Post n°4
Auteur : Trent Kith
Les concepts philosophiques et politiques ont toujours eu un aspect flou et impénétrable pour Trent. Ce n’est pas que son esprit eut été trop limité pour les comprendre (encore que…) mais plutôt qu’il n’avait jamais eu le temps de bien les étudier, de les envisager pour tenter de les percer à jour. D’une manière générale, le jeune homme n’avait jamais eu le temps pour grand-chose. Peu de temps pour étudier car accablé par le travail industriel ; peu de temps pour se forger un esprit critique car compressé par l’entraînement et l’endoctrinement impérial ; peu de temps pour se définir car pris par sa carrière militaire. Peut-être donc que sa situation actuelle était à mettre sur le compte du manque de temps ? Qui sait, s’il en avait eu le temps, Trent aurait peut-être pu déterminer l’allégeance de Seil, ou même comprendre qu’une attaque de pirates/déserteurs sur un petit cargo commercial sans intérêt avait un but caché ? Toujours pris dans l’urgence des situations, à chaque fois face à des choix cruciaux, jamais il n’avait fait le bon choix, du moins lui semblait-il. La majorité des êtres vivants conscients ont tendance à chercher par tous les moyens un bouc-émissaire, un coupable à accuser de leurs problèmes et des catastrophes qui s’abattent sur eux. Kith lui n’avait qu’une seule personne à accuser au fond, lorsque toutes les couches de problèmes étaient soulevées, il ne restait plus qu’un coupable : lui-même. Coupable d’avoir plus ou moins subis sa vie, sans vraiment se décider à la vivre volontairement. Seul sa décision de rejoindre l’armée impériale à ses 18 ans lui semblait être l’unique exemple de libre choix ; mais en y réfléchissant bien une seule motivation l’avait poussé : quitter sa planète. C’était donc encore un autre impératif qui l’avait jeté dans cette voie, une autre chose qu’il n’avait pas choisi. Trent sentait que dans cette réflexion qu’il avait amorcée depuis son réveil à l’Hôpital central de Coruscant se trouvait la clé de son errance. Une vérité conditionnée à son existence qui lui permettrait de vivre plus librement et d’une meilleure façon. Telles étaient les pensées qui tournaient, un peu en vrac, dans l’esprit à moitié-comateux de Trent. Il n’avait pas de notion du temps qui passait, ou des lieux dans lesquels il se trouvait. A dire vrai, il ne savait pas s’il était mort, ou s’il avait encore une quelconque existence physique. * Un truc comme dans ces holofilms de sf pourris, où le héros se fait découper, et que son cerveau reste en vie dans une cuve… * Toute une série d’images plus horribles les unes que les autres traversèrent son esprit, une panique s’y infiltra et saisi tout son mental. La peur. La vraie peur. Pas l’anxiété ou la peur que l’on ressent dans les combats. Quand on se bat, on ne peut pas réaliser toute l’étendue de sa peur. Elle est certes violente, mais l’adrénaline et l’environnement font qu’elle ne peut jamais s’exprimer entièrement. A ce moment précis, Trent se retrouvait face à une peur qui ne trouvait aucune barrière, aucune limite à son expansion. Il crut devenir fou. Puis quelque chose lui permit de reprendre le contrôle. Paradoxalement c’est bien la peur qui le ramena à la réalité, et lui fit constater, douloureusement, qu’il était en vie. La violence de la peur qui massacrait son esprit se répercuta, et finit par toucher son corps même. Ce-dernier commença à être parcouru de spasmes violents et non maîtrisés. Les spasmes firent revenir la conscience corporelle. Le lieutenant républicain revint alors de son monde intangible où il était prisonnier, et tenta d’ouvrir les yeux.Une foule de petites douleurs physiques l’assaillirent aussi tôt, puis plusieurs grosses sensations se firent sentir. D’abord, la soif, puis le froid, ensuite les courbatures et enfin la douleur plus forte que les autres à son épaule droite. Instinctivement il tenta de soulever son bras droit. Le poids de sa prothèse métallique fut plus éprouvant que d’habitude, mais il parvint à déplacer son membre. Un premier pas vers le salut. La mémoire refit son arrivée, et avec elle, l’entièreté de son esprit, désormais à l’abris de la peur. Les deux éléments constitutifs de sa vie se rencontrèrent enfin, et Trent refit surface. Il se souvint de tout, y compris de la douleur du dernier coup que lui avait infligé un des pirates. Ses paupières se relevèrent lentement, découvrant une pièce carrée plongée dans l’obscurité.Le froid régnait en maître dans cette salle. Il s’infiltrait dans la tenue de Kith. Ce-dernier remarqua alors qu’il n’avait plus sa veste, et qu’un bandage entourait son épaule blessée. Ses bottes avaient disparu, son pantalon était tâché et froissé, et évidemment aucune trace de son blaster. Il était adossé par terre à une paroi de pierre froide, courbaturé et pourtant reposé. De la drogue, c’était la seule explication. Un coup, même violent, n’aurait pas pu le mettre KO au point que ses assaillants eussent pu avoir la possibilité de le déshabiller et le panser. Quel triste état pour un militaire républicain. Il tenta de se redresser, mais se ravisa au vu de la douleur de son épaule. Il n’osa pas enlever le bandage pour étudier sa blessure. Mieux valait éviter d’aggraver son état précaire. Des bruits se firent entendre au loin, ses oreilles ayant été habituées au silence détectèrent facilement leur avancée. Des pas, Trent en était certain. Un bruit de serrure, et une sorte de porte s’ouvrit en face de lui, laissant s’engouffrer une lumière artificielle. La luminosité fut trop forte pour l’humain qui ferma les yeux par réflexe. Quelqu’un venait de pénétrer dans la pièce, et Kith avait une petite idée de qui il pouvait s’agir.- Bienvenue chez les vivants, lança Seil en s’accroupissant pour être à son niveau. Vous avez l’air minable Trent.- Pas autant que vous. Où sommes-nous ?- Rhen Var. Plutôt loin de l’antique citadelle, mais quand même dans sa région. Elle nous sert de point de repère. - J’imagine que le chauffage central coûte trop cher.- Ironiser la situation ne la rendra pas plus douce Trent.- Je suis prisonnier, et vous voulez même m’enlever ma liberté de plaisanter Seil ? Franchement bravo, vous avez bien choisi votre camp, vous feriez un parfait petit dictateur en robe.- Vous êtes devenu officier politique pendant le trajet ?- Non, juste doué de bon sens. Qu’avez-vous fait du reste de l’équipage et des passagers ?- Nous conservons les passagers avec nous comme otages.- Et l’équipage ?Seil se releva tranquillement ; Trent commençait à pouvoir rouvrir les yeux, et entrapercevait l’uniforme noir de son interlocuteur.- Qu’avez-vous fait de l’équipage Seil ? la question était plus insistante.- Nous nous sommes débarrassés d’eux, pas de risque de voir quelqu’un piloter s’échapper et rameuter du renfort. - Sale chien de traître…- En voilà un comble ! C’est moi le traître dans toute cette histoire !- Ce n’est pas une histoire votre affaire, c’est une farce, de très mauvaise facture qui plus est.- Vous avez abandonné l’Empire Trent ! Vous avez renié vos serments, votre honneur, votre passé, et plus que tout, vous avez trahis les vôtres ! - Bla bla bla, j’ai fait un choix, et ça c’est ce qui vous emmerd* le plus, c’est tout. - Vraiment, vous avez choisi ? Non, je ne vous crois pas. La vérité est que vous avez agi avec couardise. Pourquoi n’avez-vous pas arrêté les sénateurs comme ordonné par l’Empereur ? Pourquoi avoir désobéi ? Parce que l’armée coruscanti attendait dehors, parce qu’un DCI stationnait au-dessus du Sénat, et que vous ne vouliez pas finir vaporisé, voilà tout.- Intéressant de voir que vous passez votre temps à éplucher les dossiers des autres. Je n’ai pas obéi parce que personne ne m’a donné d’ordre. J’espère que vous savez ce qu’est une chaîne de commandement Seil. Que l’Omega ordonne, exige autant qu’il veut, un soldat ne s’exécute que si son officier direct lui donne l’ordre. Et mes ordres à moi à ce moment précis était de mettre aux arrêts des espions confédérés. Et savez-vous quel a été mon ordre suivant ? De quitter le Sénat pour une opération spéciale du BSI. Trent toussa. La soif revenait à la charge et tiraillait sa gorge. La douleur était là, mais il voulait continuer à parler. Il voulait montrer à cet individu qu’il haïssait à quel point il était dans l’erreur, à quelle point la cause que Kith défendait était juste. - Alors que l’Empire mourrait de son propre cancer, j’accomplissais une mission pour son plus fervent défenseur. Voilà ce que je faisais. Et quand tout cela a été terminé, j’avais le choix. Celui d’aller vers l’avant, ou celui de rester recroquevillé sur le passé, au risque de tout détruire. Ce que vous, vous avez choisi, par stupidité je pense.Le coup de poing heurta sa bouche de plein fouet, et augmenta la douleur par la puissance de la surprise. Sa tête ballotta quelque peu, et un filet de bave et de sang coula sur son maillot de corps. - J’ai choisi ma voie par fidélité et loyauté. Comment votre République peut-elle imaginer survivre si elle est servie par une bande de couards et de faibles comme vous, prêts à changer d’allégeance au moindre coup de feu ? C’est ridicule. Seil marcha d’un pas ferme vers la sortie de la pièce. Avant de sortir il se retourna vers Trent.- Essayez de vous mettre debout, nous allons faire une petite balade d’ici quelques minutes. La porte se referma lourdement, plongeant de nouveau le prisonnier dans l’obscurité. Brisé physiquement, mais pas psychologiquement, c’était ce à quoi Trent se rattachait. Il passa son temps à se remémorer l’endoctrinement impérial qu’il avait reçu à l’Académie militaire. Ironie du sort, il avait appris à se défendre et à se débrouiller face à ce genre de situation dans le cas inverse. On lui avait enseigné comment tenir en tant que soldat impérial face à des rebelles, résistants qui pouvaient facilement capturer le personnel militaire de l’Empire. Désormais il était du côté institutionnel de la majorité de ce qui furent lesdits rebelles, et luttaient face à des résistants impériaux. Drôle de changement.Le temps passa, sans que Trent ne puisse jamais mesurer sa vitesse d’écoulement. La porte s’ouvrit de nouveau. Deux hommes, en treillis, entrèrent, l’agrippèrent et le forcèrent à se tenir debout. Sans aucune parole, ils lui firent enfiler une veste, ainsi qu’un lourd manteau, avant de le sortir de la salle. Le jeune homme se retrouva dans un couloir éclairé par plusieurs lumiglobes. Au fond du corridor un escalier en colimaçon, que ses geôliers lui firent grimper. Il fut escorté ainsi jusqu’à ce qu’il estima être le 5ème étage depuis sa cellule. Les premières salles qu’il traversa étaient vides, froides et donnaient sur l’extérieur. La lumière était violente, un flash continu de lumière se reflétant sur les vastes étendues de glace et de neige de Rhen Var. Trent parvint à déterminer que le bâtiment dans lequel il se trouvait était une vieille ruine, probablement bâtit par ceux ayant construit la célèbre Citadelle de la planète. Les immenses pièces recouvertes de glace et de givre étaient vides, à l’exception d’un lumi-globe par-ci et un braséro par-là. Le jeune lieutenant pensa immédiatement que le véritable campement de ses ravisseurs devait être souterrain, afin de supporter les terribles conditions de vie de ce monde glacé. Son esprit poursuivi son raisonnement. Combien pouvaient-ils être ? Les souterrains étaient-ils grands ? Sur combiens de klics s’étendaient-ils ? Des véhicules ? D’autres vaisseaux que le navire qui les avaient abordés ? Les chasseurs TIE étaient-ils au sol ? Une sorte de réflexion tactique pris le pas sur toutes les autres considérations de Kith. Chassez le naturel, il revient au galop. Enfin, ils passèrent ce qui autrefois devait être une porte d’entrée, et descendirent une volée de marches. Le prisonnier se retrouva alors dans une grande cour intérieure, verrouillée par les murailles abîmées voire affaissées de la structure. Il devait probablement s’agir d’un ancien avant-poste fortifié. Au milieu de la cour, plusieurs speeders recouverts de bâches étaient stationnés, entourés de caisses et divers conteneurs. Un groupe de personnes, en rang, lui faisait face. Ses deux geôliers l’amenèrent devant le groupe, où on lui fit faire un demi-tour, pour contempler le bâtiment principal, véritable donjon éventré sur la droite. Seul le bruit des bottes s’enfonçant dans la glace transperçait le silence pesant de la cour. Pas de vent, pas de paroles, rien. Le froid commençait à s’attaquer aux jambes de Trent, et notamment sa botte gauche trouée. Malgré le manteau, il sentait aussi sa prothèse métallique devenir chaque instant plus froide ; un poids mort de plus, un poids profondément désagréable. Chaque respiration lui donnait l’impression d’avoir des pics de glace enfoncés dans la gorge. Pourtant il ne bougeait pas de sa place, yeux fermés, il attendait, tentant de clarifier son esprit toujours perturbé. Il y eut plusieurs sons de l’autre côté de la cour, de légers râles, et des pas. Un autre convoi de prisonnier arrivait. Ils étaient 4, et en aussi mauvais état que Trent. Ils furent placés à côté de lui. Kith identifia deux civils, et deux soldats républicains, dont un sous-officier. Le soldat, uniforme ravagé, semblait avoir été sévèrement tabassé. Quelques minutes à peine après avoir été placé, il s’écroula la tête la première dans la neige, évanoui. L’un des civils tenta de le remettre debout, mais il fut roué de coup par un des loyalistes. - Lieutenant Kith, 31ème corps mécanisé, souffla-t-il au sous-officier à côté de lui.- Caporal Heor, 57ème Légion… On s’est fait choppé avec des réfugiés sur la passe après Mon Cal.- Dans le secteur Mon Cal moi aussi. Combien de temps ?- Une semaine pour moi et le soldat. Je crois qu’il passera pas la nuit… Vous ? - Aucune idée, je viens de me réveiller tout à l’heure. m****, je ne sais même pas si on est le matin ou le soir.L’autre fit un léger sourire face au marches au loin. Trois silhouettes apparurent à leur droite, et vinrent se poster devant le groupe. - Le capitaine Urahs, un fils de chien de la Marine, avec ses sbires : l’artilleur Kvenner, et le lieutenant…- Seil, c’est lui qui m’a amené ici.- Urahs et Seil sont des passionnés, qui croient pertinemment à leur mission et à leur idéologie ; des impériaux à la dure, de la trempe de Valiant sous G.Man. Les autres, Kvenner y compris, le font pour le fric, ou par dépit. Il paraît que c’était un équipage complet qui aurait déserté à l’avènement de la République et que…- Silence !Un impérial fit tomber la crosse de son DC-15 sur le dos de Heor, qui accusa le coup en gémissant faiblement. Trent serra les dents, repoussant son envie de fracturer la mâchoire de l’agresseur. Le fameux capitaine Urahs, fringant dans son uniforme s’avança, mains dans le dos. - Il n’est qu’un pouvoir dans cette galaxie impitoyable : la force ! Ho non, je ne parle pas de cette croyance de dégénéré sensitif, non ! Je parle de la puissance, de la violence que l’on peut déchaîner, de la force aussi bien physique que mentale ! Une force, que seule l’Empire a su maîtriser ! Aujourd’hui, vous autres traîtres « républicains », vous allez être témoins, d’une démonstration de ce pouvoir.Il s’écarta de son estrade improvisée. Plusieurs pirates traînèrent le soldat évanoui et les deux civils à l’endroit où il se tenait ; ils firent en sorte qu’ils restent à genoux, les mains sur la tête, tremblant dans le froid polaire. Urahs se plaça derrière le premier civil, sorti son blaster de son holster et tira un laser dans son crâne. La victime s’écroula, tandis que son collègue hurlait à côté, en larmes. - Faibles.Un autre tir, un autre corps par terre dans la neige, sur les pierres froides.- Inutiles.Le bras du capitaine se tendit. La pointe du canon toucha les cheveux sombres du trooper à ses pieds. Il eut une légère hésitation, puis dans un rictus de haine pressa rageusement la gâchette. - Traîtres !Des rugissements de joie et de contentement retentirent dans les rangs des loyalistes. Trent avait regardé toute la scène, soutenant les exécutions de son regard dur. Le déchaînement de violence allait à jamais rester inscrit dans son esprit. Au milieu de la clameur de ses troupes, Urahs se retourna vers les deux derniers républicains.- Demain, ce sera à vous de payer pour vos insultes envers l’Empire. Une phrase aussi énigmatique sembla bien stupide pour Kith. Ses mains se serraient et se desserraient dans son dos à mesure que le flot sanguin augmentait en pression. * Mon royaume pour un blaster, que je te refasse le portrait espèce d’enflure de première * Les gardes derrière les invectivèrent et les poussèrent sans ménagement vers le bâtiment latéral. Rapidement l’esprit de Trent se mit en marche, à mesure qu’ils avançaient. Les données tactiques, la situation, son métabolisme, les ennemis, le terrain, toute ces informations tournaient en lui, formant inconsciemment le début d’un plan. Ils passèrent un portail, pénètrent dans le bâtiment, puis s’enfoncèrent dans une enfilade de corridors plus abîmés les uns que les autres. Lorsqu’il fut certain qu’ils se trouvaient à bonne distance de la place d’exécution, le jeune lieutenant passa à l’action. Utilisant un avantage stratégique que ses tortionnaires n’avaient pas repérés, il se retourna violement, et lança son poing gauche métallique en plein dans le visage du premier garde. Avant que le deuxième n’eut le temps de réagir, Trent envoya son genou dans l’entrejambe de l’adversaire, le forçant à s’écrouler dans un râle sourd. Heor se jeta dessus pour le maîtriser, tandis que Trent bloquait au dernier moment une contre-attaque de sa première cible.Il para les coups de poings, mais une botte ferrée le percuta violement, le forçant à reculer essoufflé. Son attaquant tenta un revers du droit, que Kith intercepta avec son bras-prothèse. Un avantage, non, plus une bénédiction en fait. Il agrippa le poignet de l’homme, et le brisa d’une pression sèche. L’individu hurla et se tordit de douleur. Le républicain en profita pour lui asséner plusieurs coups dans les côtes. Lorsque son ennemi fut suffisamment affaibli, il se plaça derrière lui, et visualisa en boucle le schéma qu’il avait appris durant son stage-commando. Attrapant la mâchoire de l’autre, il plaça ensuite sa main droite sur le crâne ennemi, et appuya de toute ses forces. Un craquement désagréable, bien que léger, se fit entendre, et le loyaliste s’écroula, la nuque brisée. Trent, légèrement essoufflé, se retourna pour voir Heor finir d’écraser la gorge du dernier geôlier. L’action s’était déroulé en moins de deux minutes. Deux minutes d’une rare violence. Les deux prisonniers ne prirent pas le temps de réfléchir. Récupérant les armes des deux morts, ils s’échappèrent du corridor. Suivant les indications du caporal clone, Kith parcouru le dédale de salles plus ou moins vides de l’avant-poste. Par chance, ou par miracle, ils ne croisèrent personne. Ils convinrent tous deux de la nécessité de libérer les autres soldats retenus quelque part dont Heor avait entendu parler. Tentant de se repérer dans le complexe antique, ils arrivèrent finalement à une sorte d’antichambre de contrôle. Estimant qu’ils étaient suffisamment en profondeur pour ne pas faire trop de bruit, Trent ouvrit le feu à bout portant sur l’unique garde en faction, qui s’écroula rapidement. Les républicains découvrirent une console d’information avec un plan de la base et diverses annotations. Ils constatèrent avec enthousiasme que les cellules se trouvaient derrière la porte blindée qui leur faisait face. Attrapant tous ce qu’ils purent d’équipement et d’armes, ils s’évertuèrent ensuite à ouvrir ladite porte. Mais, sans les codes de sécurité la tâche s’avéra plus ardue qu’ils ne le pensaient. Excédé par la résistance du boîtier de contrôle et par la perte de temps engendrée, Heor colla le canon du DL-44 qu’il avait récupéré sur le clavier, et fit sauter l’appareil. Comme dans un mauvais holo-film de guerre (tel que Marbo IV) la porte s’ouvrit. S’engouffrant dans un énième couloir glacé, Trent observait méthodiquement toutes les cellules qu’il trouvait. Finalement dans les deux dernières, ils trouvèrent un trooper mort et deux sous-officiers blessés. La captivité ne leur avait pas réussi. Ils les prirent avec eux et se dirigèrent vers les plateformes extérieures.- Il risque d’y avoir une surveillance importante à côté des navettes.- Nous ne prendrons que la plus petite, Mon Cal ne peut pas être bien loin, nous aurons le temps d’y retourner avant qu’ils ne puissent nous intercepter. - Et les civils ?- Pas le temps pour eux.La dernière phrase eut un goût amer pour Trent. Mais ils n’avaient pas le choix. Avec un peu de chance, les otages survivraient le temps que la République mette sur pied une expédition de secours. Après tout si les pirates les gardaient, c’était bien pour s’en servir comme d’une monnaie d’échange. Le lieutenant s’accrocha à cette idée. Mais combien de sacrifices devrait-il faire encore ? Et quand allait-il les payer ? Tous ces morts, à cause de lui, qu’ils fussent civils ou militaires ; il faudrait bien un jour que quelque chose réclame un tribut en échange de leur sang versé. L’idée tordit les boyaux de Trent, et malgré la fatigue et le froid engourdissant, il accéléra le pas. Le petit groupe parvint à l’air libre. L’alerte avait dû être donnée. Ils réussirent à esquiver plusieurs patrouilles légères et paniquées. Les pirates se rendaient compte qu’ils avaient désormais à faire avec des ennemis un peu mieux préparés qu’auparavant. Le groupe était suffisamment petit pour ne pas être repéré et en même temps capable d’avancer rapidement. Trent et Hoer repérèrent une navette civile légère, non-endommagée. La porte de sortie. Ils profitèrent du passage d’une autre patrouille peu attentive, et s’introduisirent dans l’engin. Verrouillant les écoutilles, les deux militaires s’entretinrent avec les deux autres rescapés, tous deux des enseignes de la Marine Fédérale. Rapidement l’appareil fut prêt. L’enclenchement des moteurs ne passa pas inaperçu, c’est pourquoi Trent et Hoer avait préparé leur « plan de vol », et les détails du décollage. La navette se souleva brutalement à grands bruits sourds ; l’alerte fut immédiate, et les lasers ricochèrent sur le léger blindage. Trop tard pour leur riposte, le petit vaisseau fonçait déjà vers l’espace. Comme prévu, tous les pilotes des pirates étaient au sol, et le temps qu’ils puissent décoller avec la poignée de TIE qu’ils avaient à disposition, le petit module équipé d’hyperdrive quittait l’espace normal.