Un détour de la plus haute importance.
-
Post n°1
Auteur : HivernusTrois vaisseaux de guerre glissent doucement dans l’obscurité glaciale du système de Yaga Minor après avoir quitté l’hyperespace. Le destroyer de la classe Impériale “Pleur de Sorcière”, escorté par les croiseurs de la classe Arquitens “Courroux de l’Empire” et “Vindicateur”, se dirige à allure de croisière vers les chantiers navals du système afin de rejoindre le point de rendez-vous fixé par le commandement suprême des forces armées impériales.
Sur la passerelle du “Pleur de Sorcière”, un homme se tient seul. Campé devant la baie en transparacier du pont, Roghiss admire en silence les silhouettes imposantes des différents vaisseaux constituant la troisième flotte de système. Dix-sept bâtiments de guerre sont rassemblés ici sous le commandement de l’amirale Sayama Undalimara. Ils errent doucement à travers le vide sidéral, leur simple présence devant suffir à dissuader toute attaque dans le système. Un dix-huitième élément, le destroyer de la classe Victoire “Croisé Éternel”, est actuellement absent, affecté à une mission d’ordre diplomatique au-dessus de Borosk. D’autres vaisseaux, appartenant à la première flotte d’intervention rapide, naviguent tranquillement à leurs côtés. Devant la présence d’autant de navires de guerre (l’officier en compte vingt-six à vue de nez), comment ne pas ressentir un quelconque sentiment de fierté ?
Le haut-amiral inspire profondément, songeur. Il se demande si ce détachement de la puissante marine impériale pourrait se voir offrir son baptême du feu dans les semaines ou mois à venir… Car l’ombre de la guerre rôde désormais au-dessus de la galaxie.
Le rapport du contre-amiral Festus, récemment promu au rang de vice-amiral, concernant sa mission au sein des Régions Inconnues n’a pas été particulièrement bien reçu par les plus hautes instances militaires impériales. Si l’on se félicite en effet de la destruction du destroyer maudit, la présence sur place d’éléments républicains a toutefois laissé un goût amer au haut-commandement. L’ingérence de la République dans une opération militaire impérialo-séparatiste est considérée par beaucoup comme une insulte aux règles établies qu’il ne faut pas prendre à la légère. Parmi les proches de la Grande Moff Ashe, nombreux sont ceux qui s’insurgent et considèrent cet acte répréhensible comme une déclaration de guerre. On réclame vengeance. On veut du sang. On exige des représailles. Quelques esprits réservés réclament plus de modération, déclarant notamment qu’il demeure nécessaire pour l’Impérium de se préparer aux combats avant de lancer les hostilités.
Pour Roghiss, il ne fait aucun doute qu’une guerre est à prévoir… Les nouvelles directives qu’il a reçues de la part du commandement suprême vont en effet dans ce sens. Dérouté de sa mission initiale, qui devait l’envoyer sur son monde natal afin d’en négocier le ralliement, le voilà désormais sollicité dans une nouvelle opération d’expansion de la marine impériale. L’Impérium se prépare à la guerre… La Grande Moff Ashe a une fois de plus approuvé le versement de nouveaux fonds aux forces navales impériales. En sa qualité de haut amiral et d’assistant du chef d’état-major de la marine impériale, il incombe à Roghiss de superviser la construction ou l’acquisition de nouveaux vaisseaux pour les forces armées de l’Impérium, le grand amiral Konstantine étant pour l’heure indisposé pour une telle tâche.
L’officier observe une dernière fois la grande formation militaire navale qui s’offre à sa vue puis tourne les talons afin de quitter d’un pas décidé la passerelle. L’homme s’engage dans les coursives du destroyer, flanqué de part et d’autre par les sinistres et redoutables Manteaux de Nuit, emprunte différents turbo-ascenceurs puis rejoint finalement le hangar principal dans le but d’embarquer à bord de sa navette personnelle. Le haut amiral est salué par le personnel de bord, qui reprend ensuite son service afin de procéder aux dernières vérifications d’usage avant le décollage. A l’arrière, Roghiss et les quatre soldats d’élite chargés d’assurer sa protection rapprochée s’installent en silence.
La navette de classe Lambda décolle doucement après avoir reçu l’autorisation de quitter le hangar puis se fraie un chemin à travers les différentes files de transports et de vaisseaux-cargo en tout genre, escortée par un duo d’intercepteurs TIE. Après quelques minutes de vol, la navette approche les chantiers navals de Yaga Minor. L’imposant complexe industriel du système a de quoi impressionner. Des dizaines de navires de différents tonnages, placés en cale sèche au sein de la gigantesque structure, servent de lieu de travail pour des milliers d’ouvriers spécialisés. Quelques appareils de construction et de réparation flottent doucement dans l’espace, afin de rejoindre tel ou tel vaisseau, tandis que des centaines d’individus en combinaison spatiale œuvrent autour des carcasses métalliques de plusieurs bâtiments de guerre destinés à la marine impériale.
C’est en voyant la puissante industrie impériale à l'œuvre que l’on se rend compte à la fois de son efficacité et de son importance sur le plan économique, politique et militaire. Ceux qui tournent en ridicule l’Impérium ou considèrent qu’il ne s’agit que d’un insecte insignifiant à l’échelle galactique ne savent pas à quel point ils se trompent lourdement… Le régime impérial est un monstre qui sommeille. Un monstre qui, tapi dans l’ombre, observe sa proie et n’attend que le bon moment pour frapper à la gorge. Lorsque ces ignorants s’en rendront compte, il sera déjà trop tard.
La navette personnelle du haut amiral se pose finalement dans un petit hangar au sein duquel un cortège semble prêt à l’accueillir comme il se doit. L’officier descend la rampe d’accès du transport, d’abord précédé par les quatre Manteaux de Nuit chargés de sa protection rapprochée, puis fait face à une haie d’honneur comprenant quelques dizaines de soldats de choc impériaux. Les stormtroopers font claquer leurs talons lorsque Roghiss passe à leur hauteur. L’homme leur adresse un hochement de tête respectueux puis se dirige tout naturellement vers un duo qu’il ne connaît que trop bien.
L’amirale Sayama Undalimara, reconnaissable à sa peau verte et ses tatouages, est la première à le saluer comme il se doit. La Mirialan se met au garde-à-vous puis vient serrer la main de son supérieur hiérarchique. Le second officier, un humain au ventre rebondi et à la moustache bien entretenue, n’est autre que le contre-amiral Anmar Devon, en charge de la logistique et de l’administration de la marine impériale. L’homme imite rapidement sa comparse, un petit sourire aux lèvres.
- Vous semblez de bonne humeur, Anmar… Vous avez quelque chose à annoncer ? Demande alors le haut amiral, un brin moqueur.
Le natif de Prefsbelt IV, qui est un ami de longue date du contre-amiral, sait que ce sourire n’a rien d’anodin. Le bougre a sûrement une bonne nouvelle à lui faire partager pour se réjouir ainsi.
- Comment ne pas l’être, Viggo… Je viens d’apprendre que nous avons pris de l’avance par rapport aux prévisions annoncées. Indique Devon en glissant ses mains sur son ventre rond. Nos concitoyens Yagai font un travail remarquable. Nous devrions songer à remplacer ces bons à rien sur Fondor et Eriadu par des Yagai ! Peut-être que ça les motiverai d’avantage !
- Ou peut-être que cela les inciterait à se mettre une fois de plus en grève… Fait remarquer la Mirialan, perplexe quant à l’idée du contre-amiral.
- C’est une possibilité, en effet… Quoi qu’il en soit, on ne peut pas nier les incroyables qualités du peuple Yaga. Poursuit l’officier bedonnant, ses lèvres se fendant en un nouveau sourire. Leur expertise dans le domaine de l'ingénierie spatiale est un précieux atout pour la marine impériale. Nous devrions sérieusement envisager la possibilité d’affecter certains Yagai aux autres chantiers navals afin que leurs ouvriers puissent bénéficier d’une expérience qui leur fait défaut…
La déchéance du Moff Fleming, jugé par la Grande Moff Ashe peu fiable et dangereux pour la stabilité du régime, a permis au peuple Yaga de s’émanciper de son joug despotique. L’ancien agent du Bureau de la Sécurité Impériale, connu de tous pour son attitude méprisante et sa manie à écraser quiconque n’irait pas dans son sens, a été remercié pour ses services et invité à prendre une retraite anticipée sur l’un des nombreux mondes impériaux. Afin d’obtenir l’appui du peuple de Yaga Minor, la Boroskaise a pris la décision d’abolir l’esclavage (amplement soutenu par Fleming, lui-même possesseur d’esclaves) sur la planète ainsi que la création de nouveaux drones ouvriers et a tenu à nommer comme nouveau gouverneur un Yaga très respecté parmi les siens. Visiblement, ces nouvelles dispositions ont eu un effet positif sur la population… Surtout si l’on se fie aux dires du contre-amiral quant aux progrès réalisés sur le second cercle du projet Résurrection. Comme toujours, celle que l’on nomme “Le Renard Impérial” a vu juste…
- Cette suggestion n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd mon cher Anmar. Répond finalement Roghiss. Est-ce que vous avez fait le tour des stocks de vaisseaux disponibles à l’achat ?
- Bien évidemment. Acquiesce son ami d’un signe de tête. L’Impérium est en tête de liste pour acquérir deux croiseurs de la classe Munifex et cinq croiseurs de la classe Carrack à des gouvernements qui n’ont plus les moyens de les entretenir. Il faudra probablement faire quelques révisions et ajustements avant de les envoyer en service actif mais ce n’est qu’une affaire de quelques semaines de délais tout au plus.
- C’est un bon début. Admet le haut amiral. Mais nous devons prévoir la construction de nouveaux navires pour la marine impériale si nous voulons nous assurer d’avoir, à long terme, la supériorité spatiale contre les forces républicaines. Après tout, nous ne sommes plus à l’abri d’une guerre…
Les deux officiers qui lui font face n’émettent aucun commentaire. Il est vrai que les dernières actions de la République Fédérale sont méprisantes, insultantes et inquiétantes. Pour se protéger de la vermine rebelle et de leurs idéaux corrompus, l’Impérium se doit de poursuivre ses projets d’industrialisation et de militarisation. Ce n’est qu’en disposant d’une marine de guerre puissante, le régime impérial pourrait faire valoir ses droits et protéger ses intérêts. La Grande Moff Ashe a compris cela dès le début et, contrairement au général Valiant qui semble plus intéressé par l’idée de se faire des amis chez ces vendus de républicains, demeure encline à fournir au Bureau de l’Amirauté tout ce dont il a besoin pour qu’il puisse faire de la marine impériale l’une des plus grandes puissances spatiales de la galaxie.
L’idée d’une guerre avec la République semble galvaniser les trois amiraux, qui se mettent rapidement en marche afin de rejoindre une file de transports garés devant le hangar. Il est l’heure, pour Roghiss et ses collègues, de se mettre au travail… Plusieurs longues journées de réflexion et de planification vont être nécessaires pour faire sortir de terre un nouveau cercle de commandes dont bénéficiera la marine impériale.