Post n°12
Auteur : Alesan Jeaix
S’aventurer dans la jungle amazonienne, seule, alors que la nuit commençait à dévorer de son ombre toute trace de lumière, était une chose risquée, stupide et insensée. Mais ce n’était pas les premières choses risquées, stupides et insensées que Lux Phallone avait faites dans sa vie. Comme par exemple voler un grimoire ancien contenant les secrets de la maitrise de l’Alchimie à l’une des têtes pensantes de la plus terrifiantes et meurtrières sectes qui n’ai jamais existée. Lux se prit à rire. Parfois elle avait l’impression que quoiqu’elle fasse, elle se retrouverait toujours au cœur de situation désespérée, amenée au bord de la catastrophe la plus ultime qui soit. Mais en même temps, qui d’autres à part l’insaisissable voleuse pouvait se sortir de ce genre de situation ? Une quinte de toux lui rappela ce qu’elle était venue faire entre ces buissons touffus. Elle avait un sortilège à rétablir. Elle observa par-dessus son épaule le moindre mouvement qui pouvait provenir de leur campement de fortune alors qu’elle sortait certaines affaires d’une poche secrète de son sac. Il y avait plusieurs rouleaux, un sac de poudre de souffre et de sulfate de cuivre, un autre de salpêtre et d’alun. Elle en sortit un dernier qu’elle rerangea : elle n’avait pas besoin d’Arsenic pour ce rituel là. Il sortit aussi son sac de craie, indispensable pour exercer sa magie dans les bas fonds. Un peu moins indispensable dans une jungle mais elle pourrait toujours graver les troncs avec. Elle re-regarda par-dessus son épaule, comme un enfant qui fait une grosse bêtise et qui ne veut pas être surpris par ses parents, et après s’être bien assurée de la non présence de forme de vie autour d’elle, elle se saisit de ses poudres et de ses craies et commença à tracer. Un cercle, dans ce cercle, un autre cercle central entouré de 3 autres cercles reliés entre eux par le tracé d’un triangle. Elle coupa le triangle par un autre triangle pour qu’ils s’assemblent en étoile. La craie ne marquait pas trop mal sur les racines et le sol rocailleux, s’était une bonne chose. Elle traça ensuite des lignes reliant les sommets opposés de chaque branche de l’étoile. Lorsque ces lignes coupèrent le cercle extérieur, elle déposa une pincée de poudre. Elle se redressa et regarda à nouveau au dessus de son épaule. Personne, aucune âme qui vive et c’était tant mieux. L’alchimie était une chose difficile à expliquer alors autant éviter une scène de ce genre. Elle fouilla dans ses poches et sortit des allumettes. Elle en gratta une et alluma le premier tas de poudre. L’odeur familière du souffre commença à s’emparer de la zone, elle se dissiperait bien vite dans ce grand air. - - Par le Feu, par l’air, par l’eau, par la terre, par le soleil et par la lune, défais ce qui à été fais et fais ce qui à été défais. Par la puissance de la Lumière, je dissous ce qui est contraire, je rétablis l’équilibre du cycle de vie, restaure ce qui à été détruit. Lux s’assit au milieu du cercle en fermant les yeux. Les poudres prirent feu les unes après les autres, propageant leur énergie dans le tracé. Ce rituel était devenu une habitude pour elle. Elle lui devait sa survie depuis… depuis trop longtemps en fait. Il était le seul moyen de défense qu’elle avait pu trouver pour endiguer cette maladie qui rongeait indistinctement hommes, femmes et enfants ayant la malchance de vivre dans la pauvreté la plus complète . Lux aurait pu être médecin. Mais elle avait vite comprit que même la médecine actuelle ne pouvait rien à sa situation. Elle pouvait à peine apaiser ses douleurs, alors ne serais-ce que la guérir ou stabiliser son état, c’était impensable. Et c’était ce qui avait fait que Lux avait mis les deux pieds dans la gueule d’un loup trop grand pour qu’elle s’en sorte indemne. L’alchimie était une magie controversée. Entre le mythe et la science, trop fantasque pour être crédible mais trop recherchée par des gens haut placés pour être totalement fausse. Elle respira profondément les vapeurs de souffre, sentant ses poumons se décongestionner sous la fumée. Un picotement s’en suivit, comme un arc électrique qui vous parcourt, ensuite ce fut comme si quelque chose ou quelqu’un essayait de vous arracher les poumons de l’intérieur. Ses pupilles se révulsèrent, mais elle ne cria pas, elle avait l’habitude, cela faisait longtemps qu’elle ne criait plus même si la douleur restait atroce. C’était les minutes les plus longues de sa vie, attendre que le rituel fasse effet, attendre que son esprit reconnecte son corps. Oui, parce que à cet instant là, Lux était loin. Son âme voltigeait dans les hautes sphères de la magie, maintenue à son corps par une mince chaine qui l’empêchait de complètement s’échapper de sa prison de chaire. Une chaine que la maladie et la mort essayaient de briser dès que l’occasion s’en présentait. Mais la magie qui protégeait Lux était trop puissante pour l’une et pour l’autre, du moins pour le moment. Lorsque Lux rouvrit les yeux, son âme lui colporta les images de son voyage. Des nuages, des lumières, des visages, des symboles. Des images que Lux utilisait comme base pour ses recherches, des images dont le Sylphium faisait partie. En fait, lorsqu’Ada l’avait décrite, elle l’avait tout de suite reconnue. Elle n’avait regardé l’image que pour s’assurer de la véracité de ses pensées. Toujours assise au milieu de son cercle, elle croisa les mains sous son menton. Ce n’était pas un hasard si elle avait croisée Ada Brissac sur son chemin. Elle et ses parents détenaient apparemment une clé que la voleuse cherchait depuis fort longtemps. Mais pour le moment, même la bibliothécaire ne semblait pas en savoir plus qu’elle sur ce sujet. Il ne fallait pas qu’elle la perde de vue. Elle passa ses mains sur son visage, étonnée qu’aucune bête féroce n’ai décidée de lui faire une visite surprise durant son absence. - - Elles n’aiment sans doute pas l’odeur de la magie… Elle se redressa lentement, respirant à plein poumons, profitant de l’air frais du soir pour récupérer des forces et de l’oxygène. Toutes les poudres étaient consumées, ils ne restaient que des vagues traces de carbones sur le sol. Avec son pied, la brune défit son dessin et rangea ses affaires. Avant de refermer son sac, Lux déroula l’un des parchemins qu’elle avait sortit. Le symbole du sylphium était dessus. Ada Brissac n’avait pas croisée sa route par hasard….Mais qu’en était-il de McRae ? Lux rebroussa chemin et retourna au camp. Le guide était seul à côté du feu, les yeux rivés sur ses cartes. Lux ne sut dire s’il les étudiait vraiment où s’il était perdu dans des pensées étranges l’emportant sur des rivages lointains avec des princesses rousses. -Vous en avez mis du temps… -Le Jaguar n’est pas venu. Lux posa son sac à côté du feu et s’assit en face de McRae. S’il voulait jouer à ce jeu là avec elle, il allait vite se rendre compte que la défaite serait son seul cadeau. McRae la dévisagea d’un œil mi-contrarié-mi-fatigué. -La jungle est dangereuse pour une femme seule. -Les rues de Paris sont dangereuses pour une femme seule. Jonathan soupira bruyamment. Le visage de Lux était impassible, ses yeux restant accroché sur le jeune homme, observant le moindre rictus de ses lèvres, les moindres rides qui dévoilaient sa pensée. Il resta silencieux. Pendant quelques seconde, il fit presque de la peine à la voleuse qui failli battre en retraite dans sa tente pour le laisser ruminer ses pensées en paix. Mais elle n’aimait pas voir les bêtes souffrir, elle préférait les achever. -J’avais besoin d’un peu de calme et de solitude. Vous m’avez mené la vie dure aujourd’hui avec Mlle Brissac. -Nous ? Mais c’est elle qui… -qui quoi ? McRae se mit à triturer son chapeau, son regard fuyait. -Une femme vous résiste et vous perdez vos moyens ? Il jeta son chapeau au sol. -Non, ce n’est pas ça. La phrase claqua. Le ton était sec, dur, presque violent. Lux se dit que si elle avait eut le malheur d’être un homme, elle se serait sans doute pris une belle droite. Et pourtant, elle ne cilla pas. Elle avait l’habitude de la colère humaine, des rages sourdes des hommes, de leur menace. Elle n’en avait pas peur car sinon elle serait morte ou emprisonnée depuis longtemps. -Qu’est ce alors ? Passant de la colère à la détresse, il prit sa tête entre ses mains, se massant doucement les tempes. -Jonathan, il s’est passé quoi avec ce Jaguar ? -Je ne sais pas …Lux …je ne sais pas. Lux aurait voulu lâcher un soupir mais elle se retint. Elle, elle savait probablement ce qui était en train de ce passer. Un sentiment profond était en train de retourner les entrailles du pauvre guide et ce sentiment profond devait sans doute entrer en conflit avec un passé lourd et lugubre. La même chose du côté d’Ada. -Moi je sais. -Vous savez…bien évidemment vous savez tout vous…lui cracha-t-il amèrement. Vous ne savez rien… Lux leva les yeux au ciel. Elle voulait juste l’aider et voila. C’était tellement facile de se mettre en colère, de détester les gens, simplement parce que vous savez qu’ils vont vous apporter quelque chose que vous ne voulez pas voir, quelque chose que vous vous refusez d’accepter. Comme si vous refusiez que quelqu’un vous aide à porter un sac trop lourd qui vous broie lentement les vertèbres et risque de vous rendre infirme. C’était stupide et immature. Lux replaça une mèche de cheveux sur son oreille, un peu heurtée par le ton acerbe de son guide, mais elle se rappela qu’elle aussi avait été comme ça. Et dieu en soit loué, elle en était sortit rapidement. Elle attrapa son sac et se redressa en époussetant vaguement son manteau. -Le jour ou vous comprendrez que, même si on apprend de son passé, il est déconseillé de vivre dedans… .. Bon, J’vais aller étaler mon savoir sur mon oreiller moi. Elle se détourna du feu et se dirigea vers la tente. Ada y lisait paisiblement. Lux se demanda un instant si elle avait entendu sa « non-discussion » avec leur guide, mais elle ne sembla pas quitter la page qu’elle parcourait des yeux. Lux posa son sac dans un coin et s’assit en enlevant ses chaussures. -Votre ballade à été bonne ? Lux se retourna lentement vers la rousse. Elle avait perçue de la suspicion dans la voix de la bibliothécaire. Elle fronça les sourcils. De la jalousie peut être ? A moins que ça ne soit autre chose… -Je cherchais un jaguar et…MFFFPFF Ada venait de lui jeter un oreiller à la tête dans la seconde qui avait suivi le mot « jaguar ». Décidemment, qui aurait cru qu’un gros chat pouvait à ce point retourner l’équilibre fragile d’un groupe sans que personne n’ai été mangé ? Elle relança l’oreiller sur Ada. -faudra que l’un de vous deux m’explique ce que cette pauvre bête vous a fait ! Ada se renfrogna et reprit son livre en main. -Rien. -A d’autres s’il vous plait… -Vous ne toussez plus ? -Pardon ? Ada rabaissa lentement son livre et la fixa de ses grands yeux verts. -Je constate que vous ne toussez plus. Lux lui tourna le dos et entreprit de défaire les boutons de sa veste et de son chemisier. -Ce n’était qu’un petit rhum passager. -Un rhum passager. En pleine jungle amazonienne… c’est un peu fou non ? -Ada, pour vous accompagner il faut être un peu fou. Lux se retourna vers Ada, planta ses iris sombre dans ceux de la bibliothécaire. -J’ai un bon métabolisme. Je me remets vite. Lux soutint le regard que lui lançait la rousse. Intérieurement, la voleuse jurait. Cette bibliothécaire était très perspicace, trop même. Ou alors elle n’avait pas assez fait attention ? Il fallait qu’elle soit plus sur ses gardes, elle n’aimait les regards de la jeune femme, ils transpiraient là…curiosité. Et la brune entendait bien garder son secret le plus longtemps possible. Mais maintenant, il lui fallait une diversion. -Ne me regardez pas comme ça. Je n’ai pas touché à votre chevalier Servant. MpfffffMPFFFFF. La prochaine fois que vous me lancez cet oreiller, je le garde ! -C’est le vôtre que j’ai lancé. La voleuse fronça les sourcils et tira la langue à la bibliothécaire. Elle se glissa ensuite sous sa couverture et ferma les yeux tandis qu’Ada éteignait la lampe. Un sourire naquit sur les lèvres de Lux. -Il faudrait que vous discutiez avec Jonathan, histoire de voir si c’est à lui de partager votre tente ou non. AIE ! Mais ça fait mal ça ! N’ayant plus d’oreiller à lui lancer, Ada lui avait lancée un bon coup de pied dans le tibia. -Vous avez un bon métabolisme, vous vous remettrez vite. ~~~~~~~ Richard s’étira longuement sous le soleil de Cayenne. Cela lui faisait grand bien de poser les pieds sur la terre ferme, même si le roulis du bateau perturberait son équilibre encore quelques heures. Il n’était pas habitué aux grands voyages en mer et c’était la première fois qu’il mettait les pieds sur le nouveau continent. Devant lui la ville de Cayenne, des maisons de bois blanc organisées autour du port et d’une place centrale. L’arrivée du bateau avait créée une certaine agitation dans un petit groupe d’enfant qui épiait les personnes qui débarquaient d’une façon insistante. Richard s’assura qu’il n’avait rien laissé de précieux dans ses poches et que son pistolet n’était pas atteignable par la bande de gamin. Les accidents arrivaient vite. La voix sifflante de Jean Wolf retentit dans son dos. -J’espère que vous avez un plan pour les retrouver dans ce…trou M. De Morgan. Le plus jeune posa sa casquette d’officier sur la tête, elle n’aurait sans doute jamais autant d’utilité que face au soleil de Cayenne. -Elles ne savent pas qu’on les suit. -Cette garce de Phallon le sait. -Cette « garce de Phallon » n’est pas seule et ne peut pas savoir que nous avons débarqué ici Wolf. Wolf dévisagea le brun qui poursuivit le développement de son idée en évitant soigneusement de croiser le regard de son comparse, peu rassuré. -Si on veut obtenir des renseignements facilement, on ne doit pas éveiller la méfiance….il faut qu’on se fasse passer pour des amis de la famille. Nous savons qu’elles sont passées ici. Nous savons aussi que les parents de Mlle Brissac sont ici. Si on les trouve, on trouvera Phallon. Wolf se tut quelques instants. Walderein leur avait confié cette affaire parce qu’il savait qu’ils étaient les plus qualifiés pour ce travail. Il avait aussi dans l’espoir que DeMorgan calmerait les ardeurs meurtrières et sociopathe de Wolf. Le loup le savait aussi d’ailleurs. Le vieux Teuton lui avait bien demandé d’agir « avec discrétion ». Les cadavres étaient rarement discrets, même si Wolf avait une certaine maitrise sur le sujet. Il y avait des disparus que n’étaient toujours pas réapparus, et qui ne réapparaitraient sans doute plus jamais. -Les meilleurs endroits pour obtenir les informations sont le bar, le comptoir de commerce et l’hôtel. Wolf fixa les gamins qui se cachaient derrière les caisses de marchandises. Il s’approcha lentement de l’un d’entre eux et sortit une pièce d’or, la faisant tournoyer sous les yeux de l’enfant. -Dis moi petit, tu n’aurais pas vu deux cat….demoiselles passer par ici récemment ? Les yeux du petit s’allumèrent sous l’éclat de la pièce. Il hocha lentement la tête, ne quittant pas des yeux le jetons d’or. -Quand et où ? -4 jours…sont allées voir M’sié D’Orchamp… Le petit tendit le bras pour attraper la pièce. Wolf le regarda avec un sourire inquiétant, DeMorgan déglutit derrière lui. -Wolf. Le temps presse. Wolf hocha la tête puis abaissa son bras, comme pour donner la pièce au petit. Au dernier moment, il la lança dans l’eau. Richard appela une nouvelle fois Wolf, pour le détourner de l’enfant. Ce dernier, après avoir craché au pied du mauvais homme, sauta à l’eau pour tenter de récupérer sa pièce. Au moins, il était hors de portée. Jean ajusta son costume et fixa le jeune officier. -Bien Richard. Allons donc rendre une visite de courtoisie à M. D’Orchamp….