Post n°51
Auteur : Kath Aplazm
* * *Kath ouvrit les yeux. Combien de temps pouvait bien s'être écoulé ? Au dessus de lui, le soleil lointain qui inondait d'ordinaire les courts jours de la lune forestière d'Endor déclinait. Tâtant le sol autour de lui, la vue embrumée, le novice essayait désespérément de rassembler ses souvenirs. Chacune de ses pensées arrivait à son esprit avec une lenteur et une lourdeur qui amplifiaient les maux de crâne causés par l'énorme bosse qu'il avait découverte sur son front. De toute évidence, l'entrainement ne s'était pas passé comme prévu. Reprenant peu à peu ses esprit, le jeune homme s'assit et s'adossa contre... contre quoi, au fait ? Autour de lui, tout n'était que ténèbres, mis à part cette lueur vacillante qui émanait du ciel. Kath se redressa difficilement, car son corps endolori protestait à chacun de ses mouvements. Où était-il ? A priori, dans une sorte de trou, mais pas de ceux que l'érosion ou les petits animaux laissaient derrière eux. A l'aspect cylindrique du lieu, quelque chose, ou plutôt quelqu'un, avait entrepris de creuser profondément. Dans quel but ? Aucune importance. Car toutes ces questions ne traversaient pas les pensées de l'Alderaani. Avachi, il s'était appuyé sur la paroi de terre et de racines du puits de fortune dans lequel il se trouvait piégé, et contemplait les quelques trois mètres qui le séparaient de la surface. Vidé de toute son énergie et tiraillé par la faim, il s'accroupit et se laissa tomber sur le dos.Son dernier souvenir remontait à quelques heures -il n'en était pas sûr, mais la hauteur du ciel le lui intimait-, lorsque, poursuivi par une horde d'ewoks enragés, il s'était réfugié dans un arbre aux côtés de ses camarades novices. S'il ne savait plus bien où Arnhal se trouvait à ce moment-là, il avait cependant une vision claire d'Endolorean s'envolant littéralement vers un autre arbre, comme portée par le vent. L'alien verte lui avait bien suggéré de faire de même, mais le jeune homme avait attendu. N'étaient-ils finalement pas bien en haut de ce perchoir ? Loin de la foule hurlante des autochtones qui les attendaient plus bas, épieux à la main, loin du maître Nass et de ces méthodes pédagogiques plus que douteuses, loin de... C'était à ce moment -il s'en souvenait bien, maintenant-, que le tronc de son abri improvisé avait commencé à pencher, sur fond de bruits de scies et de harangues endiablées. Et Kath avait sauté, en dépit de tout bon sens.Évidemment, il n'aurait pas dû faire confiance à une créature capable aussi bien de voler comme un oiseau, de nager comme un poisson que de faire entrer des objets en lévitation. Il avait beau savoir au fond de lui que chaque Jedi entrainé aurait été en mesure de faire de même, il ne pouvait s'empêcher de penser que certains étaient moins égaux que d'autre face aux difficultés du monde extérieur. Comment, elle qui n'était pas plus avancée que lui dans son parcours au sein de l'Ordre, faisait-elle pour avoir recours à ses pouvoirs aussi facilement ? Lui-même n'était pas encore persuadé d'avoir un quelconque lien avec quoi que ce soit de surnaturel, malgré ce que les maîtres pouvaient en dire. En tout cas, il ne faisait aucun doute qu'Endolorean se serait tirée du pétrin dans lequel il était. Après avoir sauté, il avait -évidemment- atterri au sol dans un râle de douleur et avait continué sa chute le long d'une pente qu'il avait gravi quelques temps plus tôt, en direction du lac. Le jeune homme s'était relevé groggy, juste à temps pour éviter l'énorme tronc de l'arbre sur lequel il se tenait une poignée de secondes auparavant. Où étaient ses camarades à ce moment-là ? Impossible pour lui de s'en rappeler, à nouveau. Il se souvenait juste avoir pris ses jambes à son cou dans une direction aléatoire, laissant tomber derrière lui le ruban jaune que lui avait confié maître Nass. Et puis, un craquement, une nouvelle chute, puis plus rien.Kath était au fond du trou, dans tous les sens du terme. Décidément, cette aventure sur Endor avait des allures de running-gag, bien que cela fît un bon moment qu'il ne la trouvait plus vraiment drôle. La bonne nouvelle dans tout ceci, s'il devait y en avoir une, était qu'il était à peu près certain d'avoir échappé aux oursons belliqueux. Pour combien de temps ? Kath se releva une nouvelle fois et longea le mur de terre argileuse contre lequel il avait appuyé sa nuque. S'agrippant à une racine d'apparence solide, il entreprit de gravir la paroi, sans succès. En s'y reprenant à trois fois, il parvint enfin à toucher du bout des doigts le rebord du trou, avant de lâcher prise dans un soupir de rage et de retomber lourdement, se foulant au passage la cheville pour la nième fois. Le jeune homme se prit les côtes et toussa lourdement. Dans l'état dans lequel il se trouvait, il ne donnait plus cher de sa peau. Il tenta encore de se relever, mais ses genoux cédèrent sous son propre poids. Il devait se rendre à l'évidence : privé de sommeil, de nourriture et bientôt de lumière, il ne pourrait pas échapper à la prison dans laquelle il s'était lui-même enfermé, contre son gré. Le jeune homme souffla lentement. S'il avait été touché par les tirs des mercenaires, plus tôt dans l'après-midi, la mort en auraient été plus douce. Couché au sol, face contre terre, il ne put réfréner un sanglot de frustration. Il n'avait jamais vraiment pensé à la mort, en tout cas pas en ces termes. A chaque fois qu'il avait affronté le danger, que ce fut dans sa jeunesse dissolue ou depuis son arrivée parmi les Jedis, il ne l'avait jamais vraiment envisagée. L'adrénaline et la peur l'avaient toujours gardé de telles pensées. Ici, dans le noir qui l'enveloppait, seul avec lui-même, il n'avait plus le luxe de la couardise. Mais le novice n'était pas un homme d'orgueil, il ne l'avait jamais été. A mesure que ses yeux se fermaient, il relâcha sa respiration, laissant le voile de la nuit l'emporter. Ses mains relâchèrent doucement le ...Kath se redressa d'un bon, comme ressuscité. Ouvrant la paume, il contempla un long instant, incrédule, ce dont il venait de prendre conscience. La corde ! Celle qu'il avait gardée en main sans s'en rendre compte ! Endolorean ne l'avait pas coupée, et il l'avait gardée avec lui dans sa chute. Tirant d'un coup sec sur le bout en métal de la fibre d'ascension, il rencontra une résistance. Se guidant du peu de lumière que dispensait encore le soleil couchant, il remonta le fil jusqu'à se retrouver de nouveau debout, comme si de rien n'était. S'aidant de ses deux bras perclus d’hématomes, il tira à nouveau sur la corde d'escalade. Nouvelle résistance, assortie d'un long grincement métallique. A coup sûr, sa veine l'avait suivie jusque dans la pire des malchances ; quelque objet devait maintenir la corde hors du trou.Investi d'une énergie nouvelle qui tenait plus d'une évaluation actualisée de ses réelles capacités que d'un miracle, Kath se monta en rappel et parvint, au bout d'une longue minute, à sortir la tête du trou. Rien alentours, ci ce n'était le tronc abattu de son perchoir à quelques dizaines de mètres de là. Celui-ci devait avoir dégringolé la pente en suivant le jeune homme, comme en témoignaient les arbustes déracinés et les traces boueuses qu'il avait laissé sur son passage. Pas de présence d'Ewoks, cependant. Pas étonnant, finalement, puisqu'il avait lamentablement échoué le test proposé par maître Nass. De retour dans la forêt, Kath se rendit compte qu'il avait largement surévalué l'heure du jour : vu d'en bas, la nuit semblait proche, mais à la surface, l'ensoleillement lui paraissait encore suffisant pour rejoindre le lac avant la nuit. Pas qu'il fut expert en orientation, néanmoins, car il n'avait aucune idée d'où il était. En se levant de ce qu'il croyait être une pierre, il aperçut qu'il s'agissait en fait d'un long tuyau qui s'enfonçait sous terre et ressurgissait en quelques endroits, formant une sorte de périmètre indéfini. Sans surprise, Kath était revenu sans le vouloir au lieu où il avait aperçu les mercenaires de la Corporation. Si ce n'était pas un coup du destin, il voulait bien se laisser pousser la moustache. Le jeune homme rampa derrière un arbre, de peur d'être vu puis se redressa sur les genoux, convaincu que si quelqu'un était proche de sa position, il l'aurait de toute façon vu. Il entreprit alors d'examiner le terminal en acier contre lequel sa corde s'était subtilement et bien heureusement coincée.Au bout d'une bonne minute de cafouillages divers, il n'avait toujours rien compris. Fatigué, il tira alors légèrement sur le bout de sa corde afin de la dégager mais s'interrompit devant un bruit assourdissant, comme si une énorme pression gazeuse s'était relâchée d'un seul coup. Et de fait, un épais nuage blanc s'échappa d'une vanne qu'il n'avait pas repérée, à un mètre seulement de lui. Il n'avait pas vraiment compris ce qu'il avait fait, mais il l'avait fait. Le regard déconfit, il contempla la série de vannes suivant les tuyaux d'acier céder peu à peu. Quoiqu'il ait bien pu se passer, ce n'était certainement pas bon, car le gaz s'évapora doucement pour laisser place à de vives flammes orangées. Ni une, ni deux, le novice se retourna et, comme à son habitude, se remit à fuir. Si maître Nass ou n'importe quel autre Jedi apprenait qu'il avait mis le feu à la forêt par inadvertance, il était dans de sales draps.