Le mouvement du Bith fut brutal, désordonné, presque paniqué.
Mais Bertrolen l’avait vu venir avant même que le blaster n’émerge du coffre. La peur avait changé de densité. Elle s’était contractée en une impulsion unique, désespérée, celle d’un homme acculé qui préfère tenter sa chance plutôt que d’attendre le couperet.
Le premier tir partit dans un éclair rouge.
Bertrolen pivota immédiatement sur le côté. Le trait d’énergie frôla son manteau, mordant le tissu sans atteindre la chair, avant d’aller exploser un vieux panneau mural dans une pluie d’étincelles. Le deuxième tir suivit trop vite, mal aligné, arraché par le réflexe plus que par la maîtrise. Bertrolen se jeta contre la table basse qui bascula sous son poids et le trait rouge passa au-dessus de son épaule pour venir brûler une longue balafre noire dans la cloison.
Le troisième coup fut le plus dangereux.
Rhapsody, porté par la panique, corrigea instinctivement sa visée. Cette fois, le tir était moins mauvais. Bertrolen sentit la chaleur du plasma lui lécher la joue lorsqu’il s’abaissa d’un mouvement sec. Le trait alla se perdre derrière lui, pulvérisant une partie du cadre de porte dans un craquement sec.
Le Jedi était déjà en mouvement.
Le DC-15S surgit de son holster avec une fluidité sèche, sans geste théâtral. Bertrolen tira avant même d’avoir pleinement redressé le bras, pleinement ouvert à la Force pour riposter sans tuer.
Le premier coup pulvérisa l’arme du Bith.
Le vieux pistolet éclata entre ses doigts dans une gerbe de métal brûlant et de composants arrachés. Rhapsody poussa un cri de douleur en reculant, serrant instinctivement sa main blessée contre lui.
Le second tir suivit immédiatement.
Le trait bleu frappa son genou.
L’articulation céda sous l’impact dans un bruit écœurant, mêlé à celui de la chair cautérisée et du tissu brûlé. Rhapsody s’effondra au sol en hurlant, entraînant avec lui un meuble branlant qui se renversa dans un vacarme pathétique.
Puis le silence revint.
Pas un vrai silence. Nar Shaddaa grondait toujours derrière les murs, mais dans le logement il ne restait que les gémissements du débiteur, le crépitement des circuits fumants et l’odeur âcre du plasma.
Bertrolen abaissa lentement son arme sans la ranger. Son visage était fermé, presque vidé de toute expression. Il approcha de Rhapsody avec une lenteur volontaire, chaque pas laissant au Bith le temps de comprendre qu’il n’avait plus aucune initiative.
Rhapsody tenta de reculer en traînant sa jambe blessée sur le sol. Bertrolen lui écrasa la main droite d’un coup de botte sec.
Le cri qui suivit déchira l’air confiné de l’appartement.
Le Jedi se pencha légèrement, attrapa l'index de la main immobilisée, puis fixa le Bith droit dans les yeux.
-Tu as déjà descendu un homme de Jared. Tu savais que quelqu’un finirait par passer cette porte.
Sa voix était basse. Stable. Plus inquiétante que s’il avait crié.
Puis il tira brutalement.
Le craquement des phalanges fut net. Rhapsody hurla de nouveau, son corps se tordant inutilement sous la douleur.
-Je t'ai laissé une chance de régler tout cela à l'amiable.
Il prit le majeur, et le tordit d'un coup sec. Le hurlement du bith se mua en gargouillis indéfinissable.
-Le problème avec les gens désespérés, c’est qu’ils finissent par croire que la panique est une stratégie.
Puis le jedi se pencha et chuchotta
-En temps normal, je serais venu à ton aide. Mais j'ai moi même des problèmes et je suis obligé de m'occuper de ton cas.
Son regard glissa alors vers le petit portrait aperçu plus tôt. L’enfant. Il ne s’y attarda qu’une seconde mais assez longtemps pour que Rhapsody suive malgré lui la direction de ses yeux.
Bertrolen se releva, en conservant sa botte sur la main blessée.
-Tu vis dans une ville où tout a un prix, Rhapsody. Les objets. Les services. Les silences. Les informations. Les attaches personnelles.
Il marqua une pause, laissant la phrase descendre lentement là où elle ferait le plus mal.
-Quand un homme ne paye pas ses dettes, d'autres viennent saisir ses possessions. Pense tu que ton gosse vaut assez pour couvrir ta dette? Je ne connais pas bien le cours du marché aux esclaves ici.
La peur du Bith changea aussitôt de nature. Elle devint plus profonde, plus viscérale. Ce n’était plus seulement la peur d’avoir mal ou de mourir.
Bertrolen sentit une pointe de dégoût remonter en lui. Pas pour Rhapsody. Pour ce qu’il venait de faire naître volontairement dans son esprit.
Il repoussa cette pensée.
Pas maintenant. Il a une mission, aussi abjecte soit elle. Et il a donné sa parole. Le temps de retrouver les siens, la nécessité ferait loi.
Il attrapa Rhapsody par le col et le redressa à moitié malgré sa jambe blessée. Le Bith gémit, incapable de soutenir son propre poids, mais Bertrolen le maintint fermement en place.
-Maintenant tu vas m’écouter très attentivement.
Le canon du DC-15S descendit lentement, non vers sa tête, mais vers son autre genou.
-Tu me donnes les deux mille crédits. Ensuite tu vas m’expliquer comment tu va trouver les trois mille restants en une semaine et quelles garanties tu consens à me donner.
Il inclina légèrement la tête.
-Et si tu me mens encore, si tu caches encore quelque chose, ou si tu essayes une énième mauvaise idée… je te retrouverais avec beaucoup moins de patience.
Son regard se porta une dernière fois vers le portrait, puis revint au Bith.
-Et je regarderai plus attentivement ce qu’il reste à saisir.