Post n°14
Auteur : Aikin
Alors que je me concentre sur le cube, je sens Aldia se déplacer, s’approcher. Imaginant qu’elle fait cela pour se rapprocher, je ne réagis pas immédiatement. Remarquant qu’elle se rapproche étonnamment prêt, je me retourne instinctivement vers elle, mais sursaute quand je sens la prise de ses mains sur mes épaules.— Excellent ! Tu as… un grand potentiel. Vraiment.Elle marque une pause. Je ne réagis pas, à moitié sous le coup de la surprise, et toujours un peu ailleurs de par mon essai sur le cube. Lorsque je me rends compte de la signification de ces mots, elle enchaîne :— Je vais devoir organiser une rencontre. Ta présence et tes capacités feront très plaisir à une certaine personne. Tu as de la chance.Une rencontre ? Avec qui ? Quand ? Comment ? Pourquoi ? Les questions affluent dans mon esprit. J’ai le sentiment que je viens d’ouvrir la boîte de Pandore. Je ne m’attendais déjà pas à être douée à ce niveau là. Et je ne m’attendais pas non plus aux conséquences d’une telle découverte. Je frémis légèrement. Une certaine personne ? Donc un autre militaire gradé ? Bien que curieuse, je préfère mettre de côté cette information dans l’immédiat, et continue d’écouter ma supérieure.J’éprouve un léger soulagement quand la lieutenante me relâche et s’écarte. Je n’ai vraiment pas l’habitude d’être touchée… Mais je sens que je vais devoir m’y habituer, que ce soit avec un supérieur hiérarchique, ou avec d’autres recrues, ou d’autres militaires…— Suivre le cursus normal serait te ralentir. Donc, au lieu de te faire reprendre la formation, je vais trouver quelqu’un pour te guider dans la base le temps que je m’occupe de deux ou trois choses. Grâce à toi, j’ai du boulot !Je suis partagée entre un sentiment de joie et une peur de l’inconnu. Mais je suppose que je ne peux pas discuter sa décision, elle en sait assurément beaucoup plus que moi à ce sujet. Le seul détail qui m’embête est le fait de finir la journée avec un inconnu. Ce n’est pas que je n’ai pas confiance, mais… en vérité, j’aime bien ce point de refuge qu’est Aldia actuellement, et je ne sais pas si j’aurai le même traitement avec quelqu’un d’autre. Mais, encore une fois, je ne peux m’y opposer.Je regarde Aldia. Elle semble satisfaite, puis commence à prendre le chemin du retour, pianotant sur son datapad. J’adresse un dernier regard à la grande salle, puis me met sur les talons de la lieutenante suite à ses dernières paroles.Une fois sorti de la salle, le “retour à la réalité”, ou ici au métal et à l’acier Coruscanti est un peu plus brutal que prévu. Un droïde interpelle Aldia, ils commencent à discuter. Je réagis un peu tardivement au “Madame”, n’ayant jamais vraiment été appelée de la sorte, et hoche la tête faiblement. J’écoute les dernières paroles d’Aldia, puis emboîte le pas du droïde. Nous marchons dans les couloirs du QG de la Garde. A première inspection, les couloirs me semblent tous identiques, mais les instructions et conseils du droïde me permettent de mieux me repérer, d’à peu près mémoriser les directions et lieux importants.Nous arrivons finalement aux salles de repos. J’appréhende un peu le contact avec d’autres recrues, d’autres Gardes. Enfin, il n’y a aucune raison d’avoir peur, mais… je ne peux pas vraiment m’en empêcher, surtout dans un lieu encore un peu inconnu comme celui ci.A mon soulagement, je ne distingue actuellement qu’une seule silouhette dans la salle de repos en face de nous. Nous sommes en milieu d’après-midi, après tout. Peut-être que la plupart des Gardes sont encore en service. La personne est assise, semble concentrée sur quelque chose. On dirait un humain… J’essaie de détailler son visage. Ses traits se révèlent, et me donnent une impression de déjà-vu…Le droïde prend la parole, termine son “tour du propriétaire”. Sa voix métallique brise la concentration de l’homme, qui se retourne pour nous faire face. Il me regarde, semble me reconnaître lui aussi. Après quelques secondes, un sourire se dessine sur son visage. Il se relève, s’approche. Je me rappelle d’où je l’ai déjà vu, cet homme aux cheveux courts, aux yeux bleus, au visage rasé, plutôt athlétique. C’était la seconde recrue qui était rentrée dans la pièce il y a quelques jours, juste après moi. Il hoche la tête en ma direction, puis prend la parole :— Bien le bonjour ! Aikin, si ma mémoire est bonne ?— Ou...oui ? Bonjour …! je réponds d’un ton hasardeux, ne m’attendant pas à un “accueil” si chaleureux. Je suis désolé, je crois que j’ai oublié de te demander ton prénom… Tu es… ?—Adrian Vhattmal. Mais tu peux m’appeler Adrien, cela ne me dérange pas. il accompagne son geste d’un clin d’oeil. Comment vas-tu ?— Euh… Bien, je crois ? Je remarque qu’il hausse un sourcil, je me rectifie. — Non, je viens bien. Aucun soucis, vraiment.— Parfait, alors ! Il m’adresse un sourire sincère. Je dresse également un sourire, peut-être un peu gêné, dû à la situation et au silence qui s’installe progressivement. Remarquant l’ambiance légèrement morose, il enchaîne sur un autre sujet.— D’ailleurs, aucune des autres recrues ne t’a vu depuis que la Lieutenante t’a sorti du lit ! Ni elle, d’ailleurs. On a un nouvel instructeur. Tu t’es fait passer un sermon, après ton coup d’éclat pendant l’entraînement au corps-à-corps ? demande-t-il, d’un ton mi-curieux, mi-enjoué. Il se penche sur le côté et inspecte le robot derrière moi. Mon torse se recule instinctivement, mes mains s’ouvrent et se lèvent au niveau de ma poitrine en s’agitant pour marquer la négation.— Non, non ! Du tout ! Du tout !— Alors quoi ? continue-t-il, un peu confus.— Cela semble improbable, mais… elle m’a plus ou moins pris sous son aile...— Comment ? Mais c’est super, pour toi ! déclare-t-il, passé un moment de surprise tout à fait légitime devant une révélation de ce genre.— Oui, certainement... ma voix marque une pointe d’hésitation, d’incertitude, mais mon interlocuteur ne semble pas l’avoir remarqué.— Bon courage, alors ! Une idée de pourquoi elle t’a… choisi, si tu me permets le terme ?— Euh… Je… Je crois qu’elle trouve que j’ai du potentiel. Oui, voilà. Du potentiel.— Vrai ? Cool ! Quel genre de potentiel ?— De ce que j’ai compris… au tir. Et dans la Force, peut-être aussi. — Super ! il se rapproche doucement, je m’écarte légèrement, mais il me fait signe de me rapprocher. Il chuchote : Tu me fais une démonstration ?— Que… Quoi ? Ici ? Maintenant ? Mais… Tu es sûr qu’on a le droit, au moins ? je lui chuchote en retour, surprise par sa demande.— Mais oui ! il s’exclame, reprenant un ton de voix normal, s’écartant à nouveau, me laissant un peu hagarde face à ces changements brutaux de ton. Regarde… Avant que tu n’arrives, j’étais en train de m’entraîner avec ma bille. Je fais des progrès, je commence à pouvoir la soulever et la faire bouger dans les airs ! il m’annonce, non sans marquer sa fierté à ce propos, tout en ouvrant sa main devant moi pour dévoiler une petite sphère sombre, identique à celle de notre premier entraînement— Euh… Dans ce cas… Pourquoi pas...Forte de mon expérience et de mon apprentissage précédemment acquis, je me concentre, visualise la bille, l’invite à se mouvoir. Elle commence à faire des allers-retours dans la main d’Adrian, puis l’objet se soulève, flottille, se met à tourner sur lui même suivant mes demandes. Une idée me traverse l’esprit. En silence, cherchant à conserver ma conservation sur le premier objet, je récupère l’autre bille, toujours dans la poche de mon uniforme. Testant ma chance, je la lance en air, et réussis à la contrôler pour qu’elle reste en hauteur. J’entreprends de faire tourner les billes autour de la main de l’autre recrue, dans une danse assez aléatoire, passant au dessus et en dessous de la paume, parfois entre les doigts du jeune homme, parfois entre l’index et le pouce. L’important ici est de garder le contrôle.— Wow ! Tu es beaucoup plus douée que moi ! il déclare, enjoué, mais aussi plutôt impressionné par ma performance. — M...merci ? J’ai un peu de mal avec les compliments. Je ne sais jamais trop comment les recevoir, si je dois être fière, modeste, imbue de moi même ou vigilante par rapport à un commentaire ironique.— Mais c’est la vérité ! Ne joue pas à la modeste, voyons ! il accompagne ses paroles d’une légère tape sur mon épaule gauche, qui manque de me faire lâcher mon emprise sur les deux petites sphères qui ont arrêté de virevolter.— Oh… Erm… D’accord, merci. Je tourne la tête vers lui. Cela n’a pas une grande signification pour moi, mais pour les humains, regarder dans les yeux d’un autre a une signification. Mais je peux tout de même faire comme si j’en avais. Après quelques instants de silence, je détourne légèrement la tête.— Et bien, maintenant, je vais devoir me dépasser, pour te dépasser ! clame-t-il en reprenant sa bille.— Oh, euh… Je ne voyais pas les choses sous cet angle… Mais pourquoi pas ?— Mais oui ! Et même dans le cas où je ne te dépasse pas, j’aurai eu un but à atteindre. Au final, l’important, ce n’est pas forcément de devenir meilleur que les autres, mais simplement de devenir meilleur que ce que l’on était avant, non ? il accompagne sa tirade d’un sourire et d’un clin d’oeil. Ses mots et sa sympathie me touchent sincèrement, me font gagner un peu de confiance en moi.— Oui, c’est sûr ! Sur mon visage, à ce moment, on peut lire un sourire, un peu moins gêné qu’il y a quelques minutes auparavant, tandis que je récupère ma sphère et relâche ma concentration, laissant échapper une petite expiration. Au même moment, une autre recrue fait irruption dans la salle. Une jeune femme, humaine également, aux cheveux de jais attachés. Elle semble essoufflée en arrivant dans la porte. Elle relève la tête et dévoile différents petits tatouages sur son visage et des yeux verts. Ces tatouages… Je suis sûr d’avoir déjà lu quelque chose à ce sujet… Peut-être pas une humaine ? L’inconnue me regarde, puis regarde le jeune homme.— Adrian ! Le lieutenant nous appelle ! Il veut faire un dernier entraînement avant de nous laisser notre soirée ! Dépêche toi, on va être en retard !Mon interlocuteur blêmit un instant, puis fonce vers la porte. Il se retourne brièvement et jette par dessus son épaule.— Désolé, je dois y aller, urgence capitale ! C’était sympa de discuter ! A la prochaine ! Suite à cela, il s’éclipse à la suite de sa camarade, prennent un couloir et disparaissent dans l’infrastructure.Un peu surprise par la tournure des évènements, je me retourne vers le robot me servant de guide. Il nous a regardé silencieusement durant toute la discussion. C’est surprenant, mais je ne m’y attarde pas plus que ça. Je lui signale que nous pouvons y aller, et il ouvre la marche. Pour un moment, les soucis de l'entraînement se sont envolés.Nous finissons le tour de la base, et me prête un plan au cas où j’aurai besoin d’une béquille. Je le remercie énormément, puis le regarde partir, avant de partir m’occuper de mes propres affaires. Demain sera un nouveau jour.