La Force et le Sabre
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Post n°1
Auteur : Lyzs
Ranto Corvel
Colonel de la Garde Républicaine
Dans le bureau de la générale, occupé par le Colonel Corvel.Déjà quatre jours. Quatre jours que Corvel est vissé à ce maudit fauteuil et collé à ce fichu bureau de grand patron. Loin de toute l’activité qui constituait son quotidien, notre homme soupire. Il n’a pas à gérer tout le travail de la générale, mais presque. Les rapports de la régulière ne lui parviennent pas et c’est une bonne chose. Ses décisions concernent principalement les premières activités des gardes républicains en fin de formation. Ceux-ci sont envoyés résoudre des conflits d’ampleurs régionales sur divers systèmes civilisés. Ce n’est rien de bien grandiose par rapport à la république, mais à l’échelle d’un homme c’est une tout autre chose. Peut-être que démêler ces petits nœuds de turbulences disséminés ci et là sur ces planètes permettront de gagner la confiance du peuple et de montrer que la république s’intéresse à ses problèmes internes ? En tous cas, cela fait un bon terrain d’entraînement pour que les jeunes puissent gagner en expérience…
Et encore cette sonnerie ! Le droïde secrétaire qui veut absolument rajouter des rendez-vous avec les officiers de l’armement. Pourquoi la garde républicaine ne peut-elle pas être indépendante sur la gestion de son matériel ? Heureusement, notre homme envoie du monde faire le travail à sa place. C’est ça, aussi, de gérer une base. Corvel, las, croise ses bras derrière sa tête et s’affale contre son dossier. Rester assis ici est une torture, mais il faut bien faire tourner le moulin…
Les minutes passent et se ressemblent. Tout à l’air d’être bien huilé. La machine de la garde fonctionne à bon rythme et rien ne semble la gêner. Si ce ne sont les quelques fauteurs de troubles qui ont du mal avec la discipline… Des notifications inutiles, mais que Lyzs tenait tout de même à recevoir. Pourquoi une générale s’embêterait avec de telles choses ? La connaissant, ça doit être pour garder un œil sur la statistique. Elle a toujours été curieuse.
Ranto, lui aussi, est quelqu’un de curieux. Et, pourtant, il résiste depuis plusieurs jours à fouiller dans les données de la générale. Ce serait une mine d’or, s’il était un espion. Tous les accès, toutes ces informations… Et ce petit hologramme qui demande d’appuyer sur un bouton pour restaurer la dernière session de travail… Que ferait-il, s’il était pressé ? Est-ce que des données sensibles apparaîtraient ? Est-ce qu’il ouvrirait les fichiers d’un quelconque projet en cours ? Mais… ce pourrait aussi être un simple message inachevé.
Hésitant, il regarde le petit message aérien. Ça fait trois jours qu’il se demande s’il est bien sage de fouiller là-dedans… Oh, et puis tant pis ! Il dira qu’il s’est trompé et si ça ne le concerne pas il se contentera. Alors, il appuie timidement sur le petit rectangle.
D’un coup, des dizaines de petites fiches bidimensionnelles se mettent à flotter partout où le bureau peut diffuser. Surpris, Ranto se redresse d’un coup. Les images des pages les plus proches attirent l’œil de notre homme. Un cristal, des composants de sabre, une photo de fresque murale dénuée de sens et, surtout, une forme pyramidale. Ce dernier article a été rédigé par un Sith, apparemment. Bon sang, il vient de mettre le nez dans quelque chose qui le dépasse. Le secret des holocrons… Un titre simple, sûrement déjà utilisé ailleurs. Du bout des doigts, il pousse la fiche pour laisser le champ libre à la prochaine. Puis, sans même prendre le temps de lire, il balaie la seconde. Des deux mains maintenant, il « jette » les articles au fond de l’hologramme pour jeter un œil à tous les titres.
Des recherches sur la Force, des informations sur les sabres, de maigres données sur les holocrons… Tout tourne autour de ces trois sujets. Le poste de Lyzs lui a donné accès à des informations pour lesquels certain tueraient. Mais, pourquoi son intérêt est-il si grand ? Pourquoi les holocrons ? Apparemment, Lyzs serait celle ayant commandité ces recherches... La garde dispose-t-elle de telles reliques Sith ? Ce n’est pas impossible. Après tout, la république était (il y a peu encore) un empire dirigé par les Sith. Et ces recherches sur la Force… Un laboratoire remis en état de marche, des gardes volontaires pour prendre des mesures... Pourquoi n’en a-t-il jamais entendu parler ?!
Agité, dérangé par cette découverte, Ranto soupire. Il a l’impression que la garde commet un sacrilège en s’attaquant à ce genre de recherches. Il fait de son mieux pour rester calme. Son instinct lui dit qu’il ne vaut mieux pas toucher à ces choses-là, que Lyzs n’est qu’une jeune fille un peu trop curieuse et naïve… Mais, sa raison lui rappelle que les apparences sont trompeuses : la petite générale n’est pas cette simple jeune fille. S’il y a bien une chose qui étonne notre homme lorsqu’il discute avec la générale, c’est son professionnalisme et son implication au sein de la garde. C’est comme si elle n’avait que ça en tête, comme si elle ne vivait que pour atteindre un but précis. Avoir accès à toutes ses informations conforte encore un peu plus Corvel dans cette idée. Sûrement, ces recherches ont-elles aussi un but. Un but qu’il faudra découvrir afin d’endiguer cet amer sentiment de trahison qu’éprouve le colonel. Il n’aime pas qu’on lui cache des choses… -
Post n°2
Auteur : LyzsRetour sur les quartiers de la générale.
Déjà quatre jours. Quatre jours durant lesquels Lyzs a été coupée du monde. Si certains en seraient heureux, ce n’est pas le cas de la jeune femme : le manque d’information l’inquiète. Il parasite sa concentration et retarde la fabrication de son sabre. Redoublant d’effort, la sensitive tente de mêler vitesse et application. Il lui faut terminer sa fabrication au plus vite, mais le cœur de son arme est capricieux et instable. Le cristal fissuré qu’elle tient impérativement à utiliser est inutilisable en l’état. Et, si tout le reste du sabre a déjà été préparé pour accueillir une pierre classique, il lui est impossible d’espérer un résultat positif en l’état. N’importe quel expert recommanderait un changement de cristal, celui-ci étant trop usé. Il pourrait provoquer l’explosion de l’arme au premier allumage. Ou, dans le meilleur des cas, permettre l’émission d’une lame particulièrement instable avant de simplement emporter la main de son utilisateur dans une imprévisible déflagration.
Malgré ça, Lyzs sent qu’elle a quelque chose à tirer de cette pierre artificielle. Il vaudrait mieux employer un cristal naturel. Il vaudrait mieux se rapprocher des arts Jedi. Il vaudrait mieux… Ces recommandations n’ont pas de sens pour la jeune femme. Qui pourrait avoir plus raison que son instinct ? Peu importe son histoire, c’est ce cristal-ci qui doit servir Lyzs. Elle le sait, elle le sent. C’est comme si la Force traçait un évident lien entre elle et l’objet. Un lien qu’elle serait la seule à comprendre. Alors, elle s’acharne. Les composants orbitent depuis plusieurs dizaines d’heures autour de la pierre. Elle analyse, reconfigure et améliore les liaisons entre les pièces. Son erreur aura été de perdre du temps à vouloir créer une arme normale. Non, il lui faut tout orchestrer en fonction de son cœur si particulier : le cristal brisé.
Sa volonté concentrée sur la pierre. Son esprit condensé dans les fissures de celle-ci. Lyzs fait appel à la Force pour accomplir le plus minutieux des travaux. Cette puissance mystique peut parfois avoir des effets incroyablement persistants. N’en sont que quelques preuves les étranges sensations que les sensitifs éprouvent en découvrant des lieux chargés d’histoires. Les holocrons, eux aussi, en sont un témoignage. Si ceux réservés à la conservation des données sont déjà merveilleux, les plus complexes d’entre eux sont un incroyable mélange alliage de technologie et de mystique. Gravés dans des cristaux naturels, des nerfs invisibles lient un modèle cognitif aux émetteurs électroniques. Gravés dans les cristaux… Une simple gravure serait bien trop peu pour exprimer tout le savoir et toute la grandeur des pensées des maîtres et des Sith capables de produire ces reliques. Il y a forcément plus que cela. La Force circule dans ces pierres en suivant une mécanique précise que l’on pourrait comparer à une horlogerie d’une inimaginable complexité. Une horlogerie dont la technique est supposée disparue et dont la logique dépasse l’entendement.
Lyzs pourrait-elle arriver à ce niveau de maîtrise ? A comprendre et à créer un holocron ? Non. Certainement pas. Comprendre le mode de conception est un travail difficile et rigoureux. Avoir une idée de leur fonctionnement est déjà une grande étape dans la compréhension de ces reliques. Mais, plutôt que de s’intéresser à la fabrication des holocrons, la sensitive s’oriente vers les effets persistants que la Force laisse à travers eux. S’il est possible de laisser une trace permanente sur les cristaux d’un holocron, il doit être possible de réaliser la même prouesse sur le cristal d’un sabre. Ainsi, c’est sur cette prouesse que tous les efforts de la sensitive sont concentrés. Il lui faut renforcer la pierre grâce à la Force.
Depuis de longues heures déjà, la conscience de Lyzs fusionne avec la pierre. Le niveau de maîtrise acquis par la jeune femme lui permet d’explorer et de découvrir de nouvelles choses à chaque instant. Cette capacité à comprendre la Force, cette attention avec laquelle elle saisit chaque phénomène… Ceux qui ne sont pas capables de saisir l’invisible pourraient comparer cet exercice à de la lecture. A chaque mot, la phrase gagne un peu plus en sens. Et, lorsque celle-ci arrivera à son point final, l’énigme sera complète. Pour Lyzs, il s’agit de découvrir le secret qui permettra à son cristal de briller. Il est tout prêt, et pourtant inaccessible. La générale sent que la possibilité est là, toute proche et pourtant insaisissable. C’est la piste la prometteuse et, aussi longue la méthode soit-elle, la plus viable. Et Lyzs prendra le temps qu’il faut pour arriver à son but.
Tirant du positif de la situation, la sensitive se sert de chaque seconde que lui donne sa mise aux arrêts. Produire cette arme lui prendrait bien plus de temps encore si elle devait continuer à exercer son métier. Alors, Lyzs profite de chaque minute pour atteindre son objectif. Parfois, elle tente de se reposer. Mais, très vite, l’impatience la remet sur le chemin de l’exploration : sa passion, la Force, l’appelle. Cette liaison si réconfortante entre elle et le mystique lui donne des frissons. Et pourtant, vu de l’extérieur, il s’agit que de s’asseoir en tailleur et de fermer les yeux. A ceci près que de petits objets se mettent à léviter autour d’elle. De petits objets qui finiront par se lier les uns aux autres pour créer un puissant sabre qui servira à défendre les valeurs républicaines. Ou du moins, ce que Lyzs estime être les valeurs républicaines. Son dernier échange avec la politique n’a pas été très concluant, après tout.
Alors, quand pourra-t-elle se dresser contre l’injustice de la galaxie ? Quand pourra-t-elle mettre la garde en marche vers les grands objectifs qu’elle lui fixe ? Quand pourra-t-elle accomplir tout ce dont elle estime maintenant être capable ? Voilà des questions auxquelles elle ne peut pas répondre. Mais, forte d’une confiance en elle de plus en plus solide, elle sait que ces jours viendront. La fin de la première étape, la création de son sabre, est elle-même imprévue. Tout dépend des trouvailles, des découvertes. Tout dépend de Lyzs. Cette arme, cette maîtrise, saura prouver la valeur de la générale et montrera -à ceux capable de la comprendre- l’étendue des pouvoir de la jeune femme. Cette première étape guidera certainement les sensitifs vers une garde républicaine plus solide que jamais. -
Post n°3
Auteur : LyzsLe cristal qui flottait devant la générale en pleine méditation se retrouve d’un seul coup séduit par la gravité. Il s’écrase en une mélodique note cristalline qui s’estompe comme si elle était emportée au loin. Pour la sensitive, il s’agit de la dernière accroche avec ses sensations. Elle a envie de s’y tenir, de la faire revenir, mais rien n’y fait : elle disparaît et emporte tout avec elle.
Les ténèbres, le vide… Le calme, la Force. Pour Lyzs, rien ne semble bouger, rien ne semble exister. L’air ne porte plus cette légère odeur vanillée qui plane habituellement dans l’appartement. Le son des bulles de l’aquarium a disparu. Le poids de son propre corps semble s’être évanoui. Tout est si loin, si inatteignable. Ses yeux refusent de s’ouvrir, elle ne se sent pas respirer. Ses pensées refusent de s’ordonner et, très vite, elle perd conscience.
Quelle expérience… La générale ouvre les yeux en essayant de se remémorer cette unique note. Mais, très vite, elle les referme : la lumière lui a presque brûlé les rétines ! Ce n’est pas normal… Il ne devrait pas faire si jour. Et puis, cette sensation de fatigue se faisant sentir peu à peu… C’est comme si tous ses membres étaient engourdis, frappées par de longues heures d’activité. Et ce vent chaud qui caresse sa peau, d’où vient-il ?
Allongée, écrasée sur son côté droit pour mieux subir tout le poids de son corps fatigué, elle prend le temps de retrouver peu à peu conscience. Le sol est brûlant et irrégulier. Elle a l’impression qu’il sent… le sel. Quelque chose semble aller et venir… Il s’agit du bruit des vagues qu’elle n’avait jamais entendu auparavant.
Un autre son attire son attention, mais celui-ci vient des airs. Alors, elle se laisse rouler sur son dos et masque ses yeux d’une main pour observer sa provenance. A travers ses doigts, ses pupilles s’habituent doucement à la luminosité. Là-haut, dans le ciel, elle voit quelques formes blanches s’agiter. C’est de ces oiseaux que proviennent les rires moqueurs ? Mais, quel est cet endroit ? Qu’y fait-elle ? Comment y est-elle arrivée ?
Après plusieurs secondes passées à regarder le ciel bleu pour s’habituer à la lumière, Lyzs retire enfin sa main pour se redresser, non sans peine, et voir l’océan qui s’étend devant elle. L’immense horizon reliant la mer au ciel sans nuages captive son regard pendant un long moment avant qu’elle ne s’intéresse au sable presque blanc sur lequel elle se trouve. Elle en a plein ses vêtements et ses pieds nus sont tout aussi ensablés. Curieuse, la jeune femme passe sa main dans ce sol brûlant et en attrape une poignée qu’elle laisse filtrer entre ses doigts. Les grains qui finissent de s’écouler lui révèlent alors un objet, un indice : son cristal.
Elle cligne des yeux plusieurs fois. Les questions qu’elle se posait auparavant lui paraissent d’un coup plus urgentes. Pourquoi n’est-elle pas chez elle ?! Proche de la panique, Lyzs regarde alors autour d’elle avec l’espoir de trouver quelque chose de plus. Mais, elle ne trouve rien. Devant, l’océan. Derrière, une lisière de forêt. Une chose est sûre : elle ne se trouve plus sur Coruscant. Elle est sur un littoral d’une planète qu’elle ne connaît pas et, probablement, qu’elle ne connaîtra jamais vraiment. Cette ambiance, si réelle pourtant, dégage quelque chose d’étrange. De si étrange que Lyzs comprend qu’il ne s’agit pas de la réalité, mais il ne s’agit pas non plus vraiment d’un rêve. Et puis cette pierre…
— La Force… se murmure-t-elle à elle-même.
Elle se lève et secoue son pantalon ample pour en faire tomber le sable. A nouveau, elle regarde autour d’elle. La Force ne l’a pas faite venir ici pour rien. Il lui faut trouver la raison de sa présence. Peut-être que…
— Vous n’êtes pas une Jedi, n’est-ce pas ? Demande alors une voix faiblarde.
En un sursaut, Lyzs se retourne pour voir qui lui parle. Il s’agit d’un vieil homme dont la posture pacifique rassure la jeune femme. Sa bure brune et sa tunique sont assez parlantes et ses yeux verts, comme s’ils n’avaient jamais vieilli, traduisent la vivacité d’esprit de l’homme. Malgré son corps fragile et ses rides profondes, il a bien toute sa tête.
— Non. Mais, vous, vous en êtes un.
Sous sa barbe grise et mal taillée, l’homme sourit en se demandant ironiquement quelle partie de son accoutrement a bien pu le trahir.
— En effet, jeune enfant. En effet. Je… Non. Vous devez avoir beaucoup de question. Suppose-t-il.
— C’est-à-dire que… Je ne sais pas pourquoi je suis ici. Ni comment j’y suis arrivée. Ni qui vous êtes.
Le vieux Jedi a l’air contrarié. Il secoue la tête et montre sa propre main droite en la pointant du doigt.
— Ne faites pas l’ignorante. Vous savez pourquoi vous êtes ici. Quant à moi… Je n’ai plus de nom depuis longtemps, contrairement à vous, Lyzs.
La jeune femme est surprise de voir que l’homme sait qu’elle tient un cristal dans sa main, mais elle est encore plus surprise du fait qu’il connaisse son nom. Qui peut-il bien être ? Elle ouvre son poing pour regarder la pierre, pensive. Peut-être que ce vieux personnage n’est pas si isolé du reste de la galaxie que ce que les apparences le laissent penser…
— Le cristal ? Mais, pourquoi ? Comment ?
L’homme ne dit rien, il regarde les yeux bleus de la petite sensitive se relever peu à peu en silence.
— Cette pierre, vous appartenait ?
A nouveau, le Jedi sourit.
— En effet, jeune enfant. Vous êtes perspicace. Hm… Suivez-moi. Je vais vous éclairer, mais mettons-nous d’abord à l’ombre.
De longues minutes de marche silencieuse plus tard, Lyzs et le Jedi quittent le sable chaud pour entrer dans la forêt. Peu de temps après, ils arrivent devant un immense arbre mort au pied duquel une porte attend son propriétaire. C’est une étrange maison comme Lyzs n’en a jamais vu. Quelques fenêtres difformes laissent entrer les maigres rayons de soleil réussissant à percer à travers les feuilles de la forêt et, en y regardant de plus près, quelques antennes et autres câbles s’échappent du bois. Tout en regardant les environs avec attention, la jeune femme se laisse guider à l’intérieur, là où l’air est plus frais. L’ombre de la forêt préserve la froideur de la nuit…
En descendant quelques marches, Lyzs s’abandonne à sa curiosité et observe l’endroit sans retenues. Il s’agit en fait d’une modeste et petite maisonnette aménagée dans le tronc de cet arbre. Presque tout se trouve dans la même pièce. Le lit, la cuisine… Rien d’étonnant, le Jedi a l’air de vivre loin de tout. Il doit être bien seul, ici, dans cette habitation où tout semble si vieux et dépassé, obsolète.
— Asseyez-vous donc, faites comme chez-vous. Explique poliment l'hôte.
Sans cesser d’observer les quelques installations technologiques maladroitement encastrées dans le bois, la jeune femme s’installe à une petite table sculptée dans le bois, au centre de la pièce. Elle y pose son cristal, la clé de sa visite ; et remarque qu’il n’y a qu’une seule chaise. Ce qui est sûrement normal, pour une seule personne si loin de tout.
De son côté le Jedi se met à farfouiller dans quelques étagères en se marmonnant quelques petites choses à lui-même.
— Enfin… j’en gardais toujours... Où sont passées ces maudites feuilles ?
Toujours en train de tourner le dos à Lyzs, il se met à parler plus fort :
— Comme je vous disais, si vous êtes ici, ce n’est pas pour rien.
— J’imagine, oui… Mais, qu'est-ce que vous faites ?
— Eh bien, je prépare une infusion. Je ne vais pas vous recevoir sans rien…
— Est-ce bien le moment ?
— Oh, ce n’est pas la question. Vous avez besoin de quelque chose pour vous aider à vous remettre.
— Ah… Merci.
Il se retourne alors avec une tasse en terre cuite dans chaque main. Il place les récipients fumants sur la table et… s’installe. Cette seconde chaise a-t-elle toujours été là ? Pourquoi Lyzs ne l’a-t-elle pas vue plus tôt ? Etrange…
— Ah… oui. La Force est puissante à travers vous… Même si vous avez l’air si fatiguée après ce voyage. Ça ne doit pas être une mince affaire, de réussir quelque chose comme ça. Vous êtes mon unique visite depuis…
Lyzs sourit avec ironie, mais elle réalise très vite que le personnage vient de dire quelque chose d’inhabituel. Alors, surprise, elle se penche en avant et demande, intriguée :
— Attendez. Vous pouvez le voir ? Le sentir ?
— Ah ah ! Bien sûr. C’est la moindre des choses, non ?
— C'est que mon cas est un peu particulier…
Celui qui se trouve devant Lyzs peut sentir son affinité avec la Force, alors que personne ne le pouvait auparavant. Pourquoi ? Comment ? Comment aurait été sa vie si… Non. L’air intrigué de son interlocuteur ramène la sensitive sur la raison de sa présence ici :
— Je ne suis pas là pour parler de ça. Si je suis bien ici à cause de ce cristal, c’est que vous avez des choses à m’apprendre, n’est-ce pas ?
— Oh, oui… Oui, certainement. Mais, buvez donc. Ça va refroidir. Dit-il avant de goûter lui-même au breuvage. Alors, dites-moi, pourquoi vous accrochez-vous à cette pierre ?
— Pourquoi je m’y accroche ?
— Elle est brisée. Ses fissures sont profondes. Elle est inutilisable et pourtant vous semblez vous y être attachée.
— Ça m’étonne, venant d’un Jedi. Il me semblait que vos sabres étaient plus que de simples armes, à vos yeux.
— C’est le cas, mon enfant, c’est le cas… C’est juste que nous ne pouvons pas pleurer nos pertes indéfiniment. Quand il n’y a plus rien à faire, il nous faut passer à autre chose. Un Jedi ne peut pas rester sans arme. Pas plus que vous, apparemment.
— Si je suis ici, c’est la preuve qu’il y a quelque chose à faire avec ce cristal.
— Où peut-être êtes-vous venue pour me laisser vous apprendre qu’il n’y a plus rien à faire, justement ?
— Non. Je peux aller plus loin, je peux faire quelque chose. C’est certain. Sinon, pourquoi tout ceci ? Dit-elle en écartant ses mains, comme pour désigner tout ce qui se trouve autour d’elle. Ne cherchez pas à me tester. Vous avez des choses à me dire.
— Ah ah !
Pendant que Lyzs se penche sur sa boisson fumante pour la goûter, l’homme finit de rire. Il se réjouit de voir que son invité est vive d’esprit. Alors, il se met enfin à parler :
— Oui, vous avez raison. Je n’ai pas fait que posséder cette pierre, je l’ai aussi créée.
Les lèvres de Lyzs quittent le gobelet, d’un coup, elle a du mal à avaler.
— Pardon ?! Des Jedi qui créent des cristaux ?
— Ah… Oui. Mes efforts ont longtemps été mal vus au sein de l’ordre. Mais, je n’ai jamais cru que ces pierres ne pouvaient naître que des « arts » Sith (si on peut les appeler ainsi). Ils sont bien capables de créer des holocrons, tout comme nous. Leur nature est différente, leur contenu et leur pouvoir le sont aussi… Mais, en l’essence, ils sont les mêmes que les nôtres. Alors, pourquoi pas les cristaux ? Cependant, mes recherches ont été sujettes à controverses. Alors, j’ai décidé de m’exiler en pensant m’être écarté de la voie de la Force. Aujourd’hui, je sais que ce n’est pas le cas.
— Alors, où sommes-nous ? Vous savez où se trouvent les autres Jedi ?
Le vieil érudit observe son invitée avec attention. Non. Elle n’a pas compris, mais c’est normal : il a omis de lui faire part d’une chose importante…
— Non, non. Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais vous vous égarez. Ce que je vous raconte s’est déroulé il y a bien longtemps. Il y a des milliers d’années, maintenant.
— Mais alors, comment êtes-vous encore ?...
— Il n’y a pas de mort, il n’y a que la Force.
— Qu-…
L’homme dit-il vrai ? Si c’est le cas, la Force permettrait ce genre de choses ? N’y-a-t-il vraiment pas de mort ? La volonté de la Force est-elle vraiment si puissante ? Tant de questions. Peut-elle vraiment lui faire confiance ? Cela remettrait en cause un certain nombre de ses convictions…
— Allons, allons. Vous n’avez pas fait tout ce chemin pour vous mettre dans un état pareil. Dit le vieillard devant le manque de paroles et l’expression perdue de la jeune femme. Ressaisissez-vous. Vous m’aviez l’air moins émotive, à votre arrivée.
— C’est… C’est juste que ça semble si invraisemblable…
— Pourtant, je suis bien ici. Et vous aussi, d’ailleurs ! Enfin ! Je crois que vous avez des questions, vous aurez tout le temps de vous questionner sur cette rencontre… Plus tard.
La jeune femme regarde la pierre, posée là, sur la table. Elle prend quelques secondes pour réfléchir à la situation, pour réaliser l’improbable chance qui lui est offerte. Peut-être qu’elle ne pourra pas rester ici indéfiniment ? Peut-être qu’elle n’aura pas le temps d’en apprendre assez ? Il vaut mieux aller directement au cœur du sujet.
— J’ai besoin de cette pierre, mais comment l’utiliser ?
— Hm… Soyez plus spécifique, enfin. Je peux sentir certaines choses, mais je ne suis pas omniscient. Comment s’est-elle brisée ? Qu’avez-vous tenté d’en faire, jusque-là ?
— Sentir des choses ? Comment ça ? Avec le cristal ?
— Oh, ce n’est rien de bien précis. J’observe juste, avec regret, que mon œuvre n’a que très peu servi pour le bien. Cette pierre est passée entre de nombreuses mains, mais je crois que vous êtes la première à être vraiment digne de la posséder depuis bien longtemps.
— Je ne suis pas sûre de comprendre.
— Ah, ah ! Je vois. C’est arrogant de ma part de penser ainsi. Je devrais plutôt dire que vous êtes la seule de ses propriétaires avec qui j’aurais pu avoir une conversation comme celle-ci. Les autres étaient des meurtriers, des assassins, des moins que rien. Mais, vous, vous n’êtes pas pareille. Vous avez des convictions, vous respectez des principes clairs même si vos méthodes sont différentes des miennes. Vous auriez pu être une Jedi, si vous aviez écouté l’appel de la Force, mais je ne suis pas là pour prêcher la bonne parole. Parlez-moi plutôt du cristal, nous n’avons pas toute l’éternité devant nous. Comment s’est-il cassé ?
— Hm… Pour faire concis, mon sabre était aux mains d’un Sith quand une explosion l’a emporté. Je n’en ai récupéré que le cœur brisé et… voilà tout.
— Un Sith ? Ce fléau pèse encore sur la galaxie. Et une explosion… Bien. Vous avez bien essayé quelque chose, pour utiliser cette pierre ? Vous n’êtes pas atterrie ici en premier lieu, n’est-ce pas ?
— Au début, je voulais l’utiliser sans y toucher. J’aurais corrigé le flux avec des cristaux d’ajustement pour en faire quelque chose de stable. Mais, même si ma sortie se serait approchée du résultat espéré, je sens que la pierre n’aurait pas tenu longtemps.
— Evidemment.
— Alors j’ai pensé à faire passer un flux moins puissant, pour moins faire travailler le cristal. L’idée était de le renforcer une fois qu’il est transformé, mais c’est tout simplement impossible.
— En effet.
— Donc ! Il me faut renforcer la pierre.
— J’imagine que nous arrivons à la raison de votre présence ici.
— Très certainement. J’ai d’abord pensé à utiliser des moyens techniques, mais c’est stupide de penser qu’une résine ou que quelque chose du genre puisse venir solidifier un cristal comme celui-ci. Il faudrait quelque chose qui ne perturbe pas le flux, quelque chose que j’arriverais à synchroniser parfaitement avec la Force qui agit à travers la pierre. Alors j’ai pensé à quelque chose de moins… conventionnel.
— Allez-y, dites-moi.
— Vous avez créé des cristaux, j’ai un peu peur que vous ne pensiez que mon idée est idiote.
— Vous n’avez pas fait tout ce chemin pour faire demi-tour à cause de votre fierté, si ?
— Non, vous avez raison. Bien, alors voici : j’ai pensé à imiter l’action qu’à la Force à l’intérieur des holocrons. Même si nous n’avons plus les connaissances nécessaires pour les fabriquer, nous les étudions. Nous avons compris que les cristaux utilisés dans ceux-ci ne peuvent pas agir avec les éléments technologiques en respectant les lois physiques conventionnelles. Il y a donc une action permanente de la Force à l’intérieur des holocrons. Un peu comme les cristaux artificiels ne pourraient pas fonctionner sans l’intervention d’un sensitif lors de sa création, les holocrons ne peuvent agir sans la Force. Mais, c’est bien plus complexe encore.
— Hm hm…
— Données mises à part, quelques témoignages parlent de spectres ou de manifestations extraordinaires. Les exemplaires que nous étudions n’ont jamais eu de tels effets, mais cette piste nous a mené à réfléchir sur l’action de la Force : elle n’a pas été requise que lors de la création de l’holocron. Non, la Force agit en permanence pour figer données et mémoires dans l’objet. Mieux : les cristaux servent à ancrer l’action perpétuelle de la Force pour permettre cet effet.
— Et où voulez-vous en venir ?
— Je veux donner à la Force la fonction de raffiner le flux d’énergie à la place du cristal.
— Vous voulez colmater la pierre… avec la Force ?
— Dit comme ça, ça peut paraître ridicule. Mais, je sens que c’est faisable. Depuis des jours, je travaille là-dessus. Je me sens comme guidée, j’ai l’impression de gratter la surface de la pierre, de la modifier. Je sens le changement. Sauf que, depuis un moment, je n’arrive à rien. Je cherche des réponses, je me concentre sur cette pierre comme je ne me suis jamais concentrée sur quoi que ce soit d’autre. Je suis certaine que la Force m’indique qu’il y a quelque chose à faire. Et, surtout, que je dois le faire. Nous ne sommes pas là par hasard : vous avez sûrement quelque chose à m’apprendre. Ca a peut-être à voir avec vos travaux sur les pierres ?
— Peut-être… Peut-être pas. Mais, c’est plus clair, maintenant. Vous voyez, jeune fille, j’ai passé de nombreuses années à étudier les cristaux. J’ai fait de grands progrès sur la création artificielle. Je m’enorgueillis d’une découverte surpassant mes attentes, quelque chose allant au-delà des cristaux Sith de mon époque. Et, pour faire parvenir ces recherches à l’ordre, pour les préserver au mieux, j’ai créé un holocron.
— Un holocron ?! Vous savez fabriquer les holocrons ?!
— Et bien d’autres choses, jeune fille. Et bien d’autres choses… D’ailleurs, peut être que je ne suis plus que mon propre spectre, imité par les cristaux et la Force. Je ne saurais en être sûr, maintenant.
— Le spectre ?
— Ah… Les savoirs sur les holocrons vous ont vraiment tous échappés, décidément. Pour faire simple : les données holographiques ne sont qu’une maigre surface disponible aux plus nombreux. La complexité de la création des holocrons n’est pas un mythe, mais son utilité semble en être devenue un, elle.
— Vous voulez dire que les spectres et les apparitions sont bien réels ?
— Evidemment ! Il s’agit d’imiter la conscience du créateur au cœur de l’objet. Un Jedi aguerri connaîtra les secrets les mieux gardés. Mais, il ne sera pas aisé de lui prouver votre valeur et de le faire parler.
— Les holocrons sont comme des professeurs ?
— Ah ah ! Voilà, oui. Comme des professeurs. Vous pouvez mener une conversation très enrichissante, mais vous pouvez aussi vous le mettre à dos si vous ne les respectez pas, lui ou ses principes.
— Et votre holocron, où est-il ?
— Ceci, je ne peux le dire. Le temps l'aura emporté je ne sais où. Et puis, vous m’avez moi. N’est-ce pas la même chose ?
— C’est sûrement mieux, encore. Mais quand bien même, j’aimerais savoir où trouver l’objet. Vous savez, plus nous en avons, plus nous avançons !
— J’imagine, oui.
— Alors…
— Même j'ai envie de vous faire confiance, je ne sais simplement pas où l’histoire a pu le guider.
— Hm. Je comprends... Alors, vous comptez m’éclairer au sujet des holocrons ? M’apprendre les secrets de leur ouverture ? De leur fabrication ?
— Il vous faudrait des années, Lyzs. Des mois, si vous êtes aussi douée que vous en avez l’air, pour comprendre les bases. Et puis… je ne peux pas vous enseigner quelque chose d’aussi crucial pour votre époque. Si ces savoirs vous sont indisponibles, c’est qu’il doit en être ainsi…
— Comment ? Pourtant vous allez bien m’enseigner quelque chose, non ?
— Oui, oui. Bien sûr, mais comprenez que j’agis dans les limites imposées par la Force. Les secrets des holocrons ne sont pas pour vous.
Lyzs a envie de s’indigner, de se vexer. Pourquoi ces secrets lui sont-ils si inaccessibles ? Le Jedi a été clair, mais ça lui semble si injuste… La jeune fille cligne des yeux et secoue la tête pour écarter les mauvaises pensées.
— Alors, quoi ? Dit Lyzs, avant de boire le contenu de sa tasse en un seul coup, comme pour protester.
— Suivez-moi. Je vais vous montrer.
Le vieil homme abandonne sa tasse à peine entamée et s’empare de son ancienne création cristalline. Il se lève, fais signe de l’imiter, puis il se dirige vers l’extérieur. Il emprunte un chemin tracé par de nombreux passages, traverse quelques buissons, puis rejoins un petit jardin dominé par une grande pierre plate. Nostalgique, l’homme s’en approche avant de la toucher du bout des doigts. En se tournant vers Lyzs qui arrive, il ouvre les bras :
— C’est futile, mais je remercie la Force de me permettre de revoir ce décor. Il me rappelle de nombreux souvenirs…
Le vieillard décide de s’installer sur la pierre en forçant sur ses maigres bras. Tout en lenteur, il croise les jambes. D’un geste bien plus vif alors, il jette le cristal vers le ciel. Après un court voyage en cloche, elle s’arrête et lévite au milieu de cette petite clairière où le soleil s’engouffre maladroitement.
— Prenez place sur l’herbe, devant moi, mon enfant. J’ai compris ce dont vous aviez besoin et je vais vous guider. Votre idée pourrait bien marcher et… c’est ce qui m’étonne le plus. Tout dépendra de vos premiers travaux.
Lyzs s’exécute humblement. Cette situation la fait retourner quelques mois en arrière, là où elle ne faisait que suivre naïvement les ordres.
— Dans un premier temps, prenez le contrôle de la pierre.
Si tôt dit, si tôt fait. La jeune femme ne force pas pour garder l’objet à son exacte position. Cependant, elle ne sait pas à quoi rime cette petite cérémonie. Alors, elle affiche un air naïvement perplexe.
— Enfin, fermez les yeux ! Prenez les choses au sérieux, Lyzs. Nous essayons de méditer ! S’exclame le vieillard.
Ah ! Fermer les yeux, se mettre en tailleur. Les bases, des bases. Evidemment, c’est ce que le vieil homme attend ! Lyzs l’aurait fait, si on le lui avait précisé. Pour l’instant, elle ne s’attendait qu’à devoir observer sa pierre flotter. Elle commence à se demander si elle va devoir deviner tout le reste aussi.
— Là. Voilà... Bien mieux. Concentrons-nous sur cette pierre, maintenant. Guidez-moi vers vos bases, vers vos travaux… Je ne peux vous aider sans comprendre votre progression. Ce sera plus simple si vous me donnez un coup de main. Alors, parlez-moi grâce à la Force…
Lyzs tente de se concentrer sans pour autant saisir toutes les subtilités des instructions du Jedi. Comment lui parler à travers la Force ? Comment lui montrer ses travaux ? Suffit-il de simplement tenter de reprendre là où elle en était ? Elle tente. Peut-être que passer à nouveau le regard sur le travail accomplit suffira…
Au début, tout était étrange. Lyzs ne savait pas quoi faire, ni quand le faire. Elle attend, attend et attend encore. Les minutes passent et deviennent vite une heure, puis deux. Peut-être que le Jedi réfléchit ? Il ne se serait pas endormi, quand même ?!
D’autres minutes passent… dans l’inquiétude et le doute. Puis, enfin, elle sent une présence. Et une action. Quelque chose a changé, quelque chose se modifie encore. C’est le Jedi. Il a commencé à travailler sur la pierre lui aussi. Il fait quelque chose de totalement différent. Il montre une voie que seuls les sensitifs peuvent emprunter, que les mots ne sauraient décrire. Alors, un peu perdue, la jeune fille se laisse guider par son professeur. Presque comme lors d’une danse, elle se contente d’exécuter les pas que l’on lui montre. De les répéter. Peu à peu, elle les mémorise. Plus le temps passe, plus tout semble plus clair, plus évident. Le rythme s’imprime dans la méthode et ne devient plus un objectif, mais un support. Bientôt, à la manière de deux pianistes jouant un morceau à quatre mains, les deux sensitifs s’accordent et progressent ensemble dans la réalisation de quelque chose de nouveau.
Durant des heures et des heures, la magie invisible opère. Si bien que Lyzs en perd à nouveau la notion du temps. La pierre a subis tant de changement dans son essence que sa surface physique en est modifiée. Les fissures paraissent moins irrégulières, les creux semblent avoir étés taillés avec soin et les surface perd de son apparence naturelle pour s’apparenter à une pierre savamment taillée. Ces changements sont le résultat d’innombrables coups portés par la Force, des coups guidés par le savoir-faire de l’ancien maître au nom inconnu.
Les yeux fermés, Lyzs observe le cristal. Il est si différent, si particulier. Faire passer un flux à travers une pierre taillée comme celle-ci… Le résultat pourrait être incertain, mais elle sait que ça marchera. Grâce à ces efforts et à ceux du Jedi, la pierre semble complète à travers la Force. C’est comme si elle n’avait jamais été brisée, comme si elle n’avait été que travaillée. Enfin… Enfin ! Toutes ces heures à chercher sont terminées. Tout est là, complété. Fini ! Fini…
. . .
— Madame ?... Madame !
— Hgn…
Où est passée la chaleur ? La douce brise ? L’apaisant bruit des feuilles ? Et, surtout, le sentiment de victoire qui va avec ? Pourquoi tout semble si frais, si artificiel ? Et ce bruit régulier… Des bulles ? L'aquarium...
— Allez-vous bien, madame ? Insiste la voix -
Post n°3
Auteur : Lyzsartificielle.
— C-comment ?
La jeune femme s’étire avec difficulté. Le sol est dur, l’air est frais. Elle a mal partout, ses bras et ses jambes peinent à bouger comme si elle avait dormi dessus pendant des heures. Elle se redresse doucement en supportant un long frisson courant le long de son dos. A moitié dans les nuages, elle retrouve la lumière de son appartement. Le droïde d’hospitalité, qui s’est sorti de veille spécialement pour retrouver la générale, ne comprend pas le manque de réaction.
— Mes excuses, mais que souhaitez-vous dire par « comment » ? Vous venez de tomber, madame.
— De tomber ?
— Mes capteurs ont entendu un choc très caractéristique. Votre tête ne vous fait-elle pas mal ? Tout va bien ?
— Maintenant que tu le dis…
Lyzs pose une main sur son crâne. La douleur se fait de plus en plus intense, maintenant qu’elle y fait attention.
— Je suis restée longtemps comme ça ?
— Approximativement vingt-deux secondes, madame.
— Quoi ?! C'est pas possible ! Et le cristal ! Tout… tout ça !
— Mes excuses, je ne comprends pas.
Tout lui semble si lointain ! C’est comme un rêve que l’on est sur le point d’oublier. Elle essaie de l’attraper, mais rien n’y fait. Des images sont bel et bien là, mais les détails lui échappent. Elle est frustrée, énervée ! Toutes ces heures n’étaient que des secondes ? Tout était pourtant si réel ! Elle n’a pas pu rêver tout ceci en si peu de temps. Où est le cristal ! Peut-être que…
— La pierre, où est-elle ? Le cristal !
— Ici, madame. Montre le robot, de sa main plate.
La pierre est là, par terre. Lyzs l’attrape. C’est impossible. Tout n’était qu’une illusion ! Elle n’a pas changée ! Elle est brisée, fissurée, presque mat.
— Non… Non !
Elle la regarde intensément : ce n’est pas possible ! La jeune femme souffle. Elle essaie de se calmer, de respirer.
— Tout va bien, madame ?
— Chut !
Lyzs se concentre. Sa panique s’estompe pour laisser place à un espoir naissant : quelque chose est différent. Quelque chose qui attire l’attention de la sensitive. La pierre a changé. Cette base, cette étape… Elle n’a pas souvenir de l’avoir terminée. Et la suite… la suite est évidente ! Bon sang, il va falloir tout recommencer… mais la suite est évidente !
— Madame ?
— Oui ! Oui ! Tout va bien ! Ah…Tout va bien…
Lyzs se lève et s’étire à nouveau, plus naturellement. Elle est partagée entre la déception de ne pas avoir réellement complété la modification de sa pierre et la joie d’avoir enfin de quoi compléter ses travaux. Ah, et ce vieux Jedi ! Entre joie et regret, elle sourit en pensant à lui : il l’a grandement aidée, mais elle n’a pas pu le remercier... -
Post n°4
Auteur : LyzsEnfin, la pierre est terminée. Son éclat est plus radieux encore que dans les souvenirs de sa propriétaire. Ses traits sont nombreux, fins, réguliers et symétriques. Les fissures ont laissées place à de profondes gravures qui accentuent la fragilité de la pierre. Cependant, les apparences sont trompeuses : Lyzs sait que ce cristal n’a jamais été aussi solide, aussi parfait.
Satisfaite et fière de son travail, elle ne peut détacher ses yeux de sa création posée au creux de sa main. Cette fois, le sabre est enfin sur le point d’être complété. Les pièces si minutieusement choisies sont, pour la plupart, assemblées. Il ne manque plus qu’à refermer la chambre sur le cristal et tout ce travail aura abouti. Lyzs ne se cache pas son enthousiasme : elle sourit. Non pas à l’idée d’avoir enfin sa nouvelle arme, mais car elle s’apprête à finaliser quelque chose d’incroyable.
Les yeux ouverts, elle observe sa pierre s’élever devant elle. Le cristal semble rayonner avant même d’être traversée par le flux ! Doucement, les différents éléments se rapprochent les uns des autres. Avec aisance, ils s’emboîtent et commencent à former deux ensembles solides. L’opération n’est pas longue : ça fait des jours que la sensitive se prépare pour cet instant. Chaque mouvement est calculé, préparé à l’avance. Les blocs sont assemblés en quelques secondes, puis quelques minutes passent sans que rien ne semble se produire : le travail est intérieur, invisible. Lyzs regarde le résultat avec satisfaction : tout est prêt pour la phase finale. Enfin, les deux parties de la poignée se rejoignent pour lentement couver l’étonnant cristal. Durant cette étape, Lyzs ferme les yeux pour mieux se concentrer…
Quelques minutes sont déjà passées et l’ensemble n’a pas bougé d’un femtomètre. Figé dans les airs, l’objet est en train d’être finalisé. Ce n’est qu’une heure plus tard, lorsque Lyzs reprend contact avec le monde qui l’entoure, que la poignée dérive enfin vers la main tendue de sa propriétaire. Celle-ci l’attrape, décroise les jambes, puis se lève pour observer son arme sous toutes les coutures. Tout est épuré, dépourvu d’éléments inutiles. Rien ne dépasse du corps : pas de boutons, pas de potentiomètres, pas de radiateur, pas de câbles. Il n’y a que cette élégante forme cylindrique, lisse et creusée en son cœur pour laisser s’échapper cette légère lumière filtrée par la pierre. L’esthétique se veut sobre, mais travaillée avec élégance pour faire preuve d’un goût certain pour les belles choses.Spoiler
Fièrement, Lyzs serre sa main autour de son œuvre. Sa mission personnelle arrive enfin à son terme : elle a répondu à cet appel que lui lançait la Force. Et, maintenant, il ne reste plus qu’à découvrir cette lame tant attendue. Mais, la jeune femme préfère savourer l’instant un peu plus encore.
En silence, elle apprécie le calme avant le début du spectacle. Car, pour la sensitive, il s’agit d’un moment solennel. Bien qu’elle se trouve seule, au milieu de son salon, elle a le trac comme si elle se trouvait devant une immense foule. L’excitation, la joie et l’appréhension lui offrent un sentiment tonifiant, revigorant. Elle inspire longuement et souffle plus lentement encore. Ca y est : il est temps de découvrir le fruit de tous ces efforts.
Une demande, un appel, une prise de contrôle invisible. Un savoir-faire secret déclenche le mystérieux mécanisme. L’énergie file alors d’un coup d’un seul à travers le cristal. Immédiatement, la lame idéale apparaît et secoue tout le bras de celle qui l’invoque. Lyzs, abasourdie par ses sensations, en lève sa pointe au plafond. Le son produit par le laser est étonnamment régulier et clair, il est bien plus agréable à l’oreille que celui de sa précédente arme. La résistance imposée par la physique de la lame est presque nulle et la pureté du flux dépasse les attentes les plus folles de sa créatrice. Cependant, ce n’est pas le plus important. Ce qui compte vraiment ne peut être ressenti que par ceux que la Force choisit. Car, depuis que la lame blanche a été ressuscitée, elle émet un étrange et puissant rayonnement invisible. Comme une lumière surpassant toutes les autres, elle appelle les sensitifs à prendre connaissance de son existence et à se tourner vers elle.
Nul dans le quartier général de la garde n’aura ignoré cette sensation. Pour certains, ce n’était un qu’un frisson, qu’un doute. Mais pour d’autres, les plus expérimentés, il s’agit d’un véritable orage, d’une espèce de vacarme sensoriel qui s’atténue lentement pour se stabiliser et devenir quelque chose de plus régulier, mais de tout aussi intrigant. Ceux qui méditent voient leur concentration se brouiller, ceux qui se battent et s’entraînent s’arrêtent pour se questionner sur cette nouvelle sensation. Que peut-il se passer dans les plus hauts étages du bâtiment ?
Devant la porte des appartements de la générale, deux gardes en armure complète s’interrogent :
— Il se passe quelque chose, là-dedans. Je contacte le lieutenant.
— Quoi ? Mais il faut entrer, non ? S’il se passe quelque chose…
— Notre ordre est de surveiller cette porte, pas de faire irruption chez la générale.
— Tu ne vas pas me dire que n’entrerais pas même si tu y entendais une grenade !
— Ne change pas le contexte.
— Mais, c’est la même chose ! Tu sais bien qu’on ne la perçoit jamais, elle. Ça veut dire qu’il y a quelqu’un d’autre, là-dedans !
— Ahem ! Je demande quand même.
Le garde porte sa main à son oreille pour activer son comlink. Machinalement, il regarde le sol en attendant qu’on lui réponde, mais il relève bien en entendant le bruit de pas lourds et pressés. Ce sont les bottes de Corvel qui maltraitent le sol. A toute vitesse, il s’approche des deux soldats. D’un seul geste, il dégaine son sabre pendant que les autres, surpris et intimidés, saluent plus rigoureusement qu’à leur habitude.
— Qu’est-ce que vous attendez, ici ? Ouvrez ! Vous devriez déjà être allé voir !
Sans mot dire, l’un des gardes force l’ouverture de la porte sur un petit panneau de commandes. Avant même que celle-ci ait finie de glisser dans le mur, Corvel fait irruption dans la pièce. Sabre en avant, il alors tombe nez à nez avec Lyzs.
— Quoi ? C’est toi ?! Dit-il, comme s’il était étonnant de trouver une personne dans son propre salon.
Lyzs, qui était jusque-là absorbée par l’effet de sa lame, sursaute. Elle est comme surprise dans moment d’oubli. Presque coupable, elle éteint son sabre pendant que Corvel fait de même. L’invisible halo s’atténue enfin, mais le cœur de la jeune femme bat toujours à cent à l’heure.
— C’est-Euh… Oui.
— Qu’est-ce que c’est que ce bor-…
Il s’interrompt et se tourne, les deux autres gardes l’ont rejoint.
— C’est bon. Sortez. Et vous n’avez rien vu, compris ?
Un nouveau salut et les deux hauts placés se retrouvent seuls. Derrière le colonel, la porte se ferme. Celui-ci a l’air de suite plus détendu.
— C’est toi, tout ça ? C’est quoi ? C'est ton sabre qui… ?
— Oui. Enfin, je crois. Je ne m’y attendais pas non plus.
— C’est quoi cette affaire, encore ? Evite de… de… je sais pas ! Non, attend, c’est pas la question. C’était toi que je sentais à travers la Force, là ? J’ai pas rêvé ? Ça venait de ton sabre ? Et pourquoi est-ce que tu as un sabre, d’abord ? Enfin, je veux dire : tu es censée être aux arrêts, merde !
Lyzs reste silencieuse. Corvel, prit de court par cette situation inattendue, se met à faire les cent pas. Il a tout dit en même temps, dans l’ordre ou le désordre peut-être. Il lui faut des réponses ! Il passe sa grande main sur son visage crispé, en soupirant. Puis, il s’arrête.
— Tu m’explique ? Demande-t-il autoritairement.
Lyzs a l’impression de se faire gronder. Et, bien qu’elle ait envie de protester, de dire qu’elle n’est pas une enfant, elle doit se taire. Elle sait que la situation ne lui permet pas de prendre le dessus sur le colonel. Alors, elle ravale sa fierté et décide de contourner le problème.
— Hem. Asseyons-nous, peut-être ? Ça risque d’être long…
Il est temps de tenir Corvel au courant de tout. Du fait que Breymens lui a laissé le temps et les matériaux pour construire son arme. Le fait qu’elle a dû bâtir et expérimenter autour d’une pierre brisée. Le fait qu’elle s’est éveillée d’un étrange rêve où un Jedi la guidait sur la voie des cristaux et de la Force. Elle peut faire confiance à Ranto, c’est un ami. Mais, elle ne voulait pas le rendre complice de ses activités.
Le menton baissé, et caressant machinalement le tissu de son canapé blanc, elle attend la réaction de Corvel qui, lui, est assis sur le fauteuil dans une position très fermée.
— Alors, tout était prévu ? Dit-il, vindicatif. Tu m’as collé à la tête de cet incroyable merdier administratif pour avoir le temps de créer cette arme ?! Tu sais, je m’en tamponne, d’être complice ou je ne sais quoi. Tu aurais dû m’en parler ! Ça m’aurait évité d’avoir l’impression de subir.
— Non, non ! Ce n’était pas fait exprès. C’est juste que… ça s’est déroulé comme ça. C’est bien la chancelière qui m’a mise aux arrêts. J’ai juste… profité de l’occasion. Et puis Breymens n’y connait rien. Je pense qu’il a juste vu une opportunité de me rendre redevable… une fois encore. Mais bon, ça m’arrange.
— Je le crois pas…
— C’est qu’il est plus calculateur qu’il en a l’air, j’imagine.
— Non, non, pas ça. Le sabre ! Breymens, lui, je le connais : c’est tout à fait son genre. Mais c’est pas la question : qu’est-ce que tu attends pour me montrer cette foutue arme ?!
Il y a quelques jours : le sabre de Kanos. Maintenant, celui de Lyzs. Le maître d’armes se donne des airs d’inspecteur de travaux finis. Il observe la poignée avec intérêt, mais ce qui capte son attention se trouve emprisonné au cœur de l’objet : l’inaccessible cristal.
— Cette pierre… Elle est incroyable. C’est la première fois que je vois quelque chose comme ça. Et j’en ai vu, des sabres…
S’en suit une longue discussion sur les caractéristiques de l’arme durant laquelle Corvel a du mal à comprendre les choix faits par sa jeune amie. Les composants ne sont pas tous du dernier cri, l’assemblage est particulier, l’emploi des cristaux d’ajustement n’est pas naturel. Tout dans cette arme est si étrange et, finalement, si nouveau.
— Ce rayonnement… Il était d’un tout autre niveau quand l’arme était activée. J’ai du mal à comprendre. L’énergie amplifie quelque chose ?
— Non ! Bien sûr que non. Si j’avais découvert quelque chose comme ça, ce serait une toute autre histoire ! Là la Force agit pour conserver l’énergie et modifier le flux. C’est sûrement ce que tu as du ressentir.
— Attend. Tu veux dire que sabre a besoin d’être alimenté par la Force ? En plus de l’énergie ? Constamment ?
— Si on veut, oui.
— Mais, c'est n'importe quoi ! Et est-ce que ça vaut vraiment le coup, tout ça ? Tu aurais très bien pu prendre une nouvelle pierre. Tu nous as fait une belle prouesse, mais c’est inutile : tu vas t’épuiser, avec ce sabre !
— Non, je ne pense pas. J’ai du mal à l’expliquer mais, depuis qu’il est complet, j’ai l’impression que mon lien avec la Force s’est amplifié. Je sens que ma relation avec elle est plus fusionnelle qu’avant. Oh, bon sang... Je parle comme une Jedi !
Corvel fait semblant de ne pas relever. Il a toujours accordé un crédit mystique à la Force, chose que Lyzs a du mal à concevoir.
— Alors ce sabre t’aide à comprendre la Force ? Hm, je sens bien qu’il est spécial et que quelque chose s’en dégage, mais je ne me sens pas pour autant différent en le tenant... Dit-il en sous-pesant l’objet.
— Attend, tu vas comprendre : essaie de l’allumer.
Ranto a déjà bien prit le temps de comprendre le mécanisme d’activation du sabre. Il s’agit d’un interrupteur qu’il faut localiser et activer grâce à la Force. Même si le colonel a toujours eu du mal à exprimer son lien avec la puissance invisible autrement qu’à travers sa maîtrise des armes, il devrait être capable d’appuyer sur un vulgaire bouton. Alors, pourquoi cette fichue arme refuse-t-elle donc de s’allumer ?!
— Mouais, je vois. Tu as fait quelque chose.
— Disons que… Ça s’est fait tout seul. Pour l’allumer il faut comprendre ce qui se passe à l’intérieur du cristal. Il faut savoir comment se servir de la Force pour qu’il remplisse son rôle. Sinon, rien ne se passe.
— Et tu es la seule à savoir comment faire…
— Eh oui. Pas mal, hein ? C'est sûrement parce que je l'ai fait pour qu'il me corresponde que je suis la seule à ressentir ce lien plus intense.
— Pas mal. Dangereux, mais pas mal.
— Dangereux ? Pourquoi ?
— Eh bien, oui. Et si tu perds le contrôle ? Ta concentration ? Et si ta lame s’éteint au mauvais moment ?
— Ça ne devrait pas arriver. C’est peut-être prétentieux, mais l’allumer est assez naturel pour moi, en fait.
Elle tend la main et, sans réfléchir, Corvel lui rend son arme.
— Regarde…
— Non ! Non, non ! Coupe Corvel en agitant ses mains vers la jeune femme.
Lyzs, confuse, perplexe, s’interrompt. Qu’est-ce que Corvel peut bien avoir contre son sabre ?
— Une fois, pas deux ! Quand je te dis qu’on le sent, c’est qu’on le sent. Tu vas encore alerter tout le monde. Alors si tu veux que je fasse comme si je n’avais rien vu, il vaut mieux laisser ce sabre tranquille.
— Je ne pensais pas que c’était si…
— Gros ? Puissant ? Ecoute, tu viens de me dire que, grâce à la Force, tu as parlé à un ancien Jedi décédé qui t’a confié une partie des secrets de fabrication des holocrons pour que tu puisses retaper ton cristal. Et après tu viens me dire que tu ne t’attends pas aux effets de la chose ? Vraiment ?!
Lyzs est un peu gênée, comme si elle commençait enfin à réaliser le véritable sens et l’ampleur de ses travaux.
— Je voulais juste… Créer un bon sabre, avoir de quoi me défendre. Pas causer encore plus d’ennuis.
Corvel soupire. Est-ce que cette pauvre petite qui se frotte timidement les mains est vraiment sa générale ?
— Eh ! Oh ! Debout ! Je sais que ça fait un moment que tu n’as pas porté l’uniforme, mais réveille-toi un peu ! Oui, là c’est pas le moment de te faire remarquer. Mais, quand tu seras sortie de cette affaire, ce sabre aura un immense impact sur la garde. Tu réalises, oui ou non ?
— Ne t'énerves pas… Je n’ai pas vécu la chose comme toi ou comme les autres. J’ai bien compris que ça alertait « tout le monde », mais j’ai du mal à visualiser. Vous l’avez senti, d’accord, mais comment ?
— Sentir est un mot faible. Je vais me sentir ridicule en le disant, mais tu as fabriqué quelque chose de grand, Lyzs. Quand tu allumes ce truc, c’est comme si on se trouvait à côté d’une explosion. Si les autres apprennent que tu as fabriqué un sabre… non ! Un artefact comme celui-ci, plus personne n’osera te remettre en question. C’est pas ce que tu veux, depuis que tu es à la tête de tout ça ?
— Si, si…
— Alors voilà ! Tu as tout ce qu’il te faut. C’est juste que, pour l’instant, ce n’est pas le moment. D’abord tu règles tes affaires avec le sénat et, ensuite, tu pourras reprendre ton poste de manière… fracassante. Puis, on va sûrement avoir plus besoin de toi que jamais, avec ce qui se prépare.
— Ca ne m’enchante pas.
— Moi non plus, mais tu restes générale. Tu peux aider à limiter la casse… Enfin bref, je suis resté éloigné de ton bureau trop longtemps. J’ai à faire.
Avec tout le mal de la galaxie, le colonel quitte le confortable fauteuil. Il s’étire, puis salue mollement. Lyzs, toujours assise, lui rend le geste avec ironie.
— Ah, j’oubliais. La séance est demain, c’est ça ?
— Oui...
— Alors bon courage, vu que je ne te verrai sûrement pas d’ici là.
La porte s’ouvre, puis se referme pour laisser Lyzs seule chez elle. Entendre parler du sénat après tout ça a eu pour effet d’achever les miettes de son enthousiasme. Oui. Demain, il lui faudra faire face à tous les sénateurs et faire face à leur jugement. Voilà une bonne raison d’avoir le trac et de stresser : beaucoup de choses risquent de changer. -
Post n°5
Auteur : LyzsHRP > Petit test de style.
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Déjà le matin…
Je ne sais pas depuis combien de temps je regarde ce plafond, les yeux ronds. Le stress, l’angoisse même, m’ont empêchée de dormir. C’est comme si tout un tas de choses que j’avais laissé de côté avait décidé de refaire surface. Comme si, d’un coup, j’ouvrais les yeux sur ce qu’il se passait vraiment. Je crois que mon abandon à la Force n’a pas eu que des effets positifs et… ça me donne envie de rester sous ma couverture. J’ai l’impression de sortir d’une sorte de longue transe. C’est un réveil plutôt difficile… Jusque-là, c’était comme si rien ne pouvait me déranger tant que je pouvais compléter mon arme et, maintenant, j’ai l’impression que tout cette confiance s’ébranle. En fait oui, aujourd’hui, c’est comme si ce tout gagnait en sens, en réalisme. Car même si j’ai ce sabre si rassurant, si puissant, j’ai l’impression qu’il ne pourra pas me protéger de tout. Et surtout pas des décisions douteuses de la chancelière. Ah ça, c’est le pire : en ouvrant les yeux sur les choses qui comptent vraiment, je me rends compte que tout le système se fiche de moi.
Depuis le début, en fait, je ne fais que de subir. C’est comme si la plupart de ce qui existait dans cette galaxie se liguait contre moi. Comme si les choses étaient faites pour me donner l’espoir et pour me l’enlever par la suite. En y réfléchissant, au début de mes jours solitaires j’avais cet objectif simple : survivre et nuire le plus possible à ceux qui ont ruiné ma vie et celle de tant d’autres… Les Sith. Et, au fur et à mesure, j’ai gagné en ambition et réussit à faire les choses en grand. Mais, j’aurais tellement préféré avoir une vie normale, entourée de deux parents. Je n’aurais jamais connu mon « oncle » et ma « tante », certes, mais au moins ils n’auraient pas eu à mourir à cause de moi. Mais non, il fallait que je sois spéciale. Spéciale au point que mes propres parents acceptent de me laisser enlever. Et, à chaque fois que j’avance, je prends un nouveau coup. Je retombe et je dois repartir. C’est rageant, vraiment.
Ah… Mes parents, d’ailleurs. Encore aujourd’hui, j’ai du mal à croire la facilité avec laquelle ils m’ont abandonnée. Pas un regret, pas une larme : ils étaient juste satisfaits d’avoir servi et j’étais trop jeune et naïve pour comprendre à quel point cette infecte dévotion était malsaine. Et quand je pense que Ranto tient absolument à ce que je reprenne contact… Ça me dégoûte. Suis-je vraiment un monstre parce que je ne veux pas entendre parler d’eux ? Peut-être. Ah, et même si je suis claire sur le sujet, si mônsieur le colonel connaissait mon ancien nom il aurait déjà essayé de les trouver… J’en suis sûre. D’ailleurs, même si j’ai du mal à me souvenir d’eux, je ne serais pas étonnée de les savoir hors du système républicain à l’heure qu’il est. Terrés quelque part, en train de cirer les bottes de l’un de ceux qui ont causé tout… Tout ça.
Enfin, ce n’est pas l’heure de regretter. Finies les plaintes, je ne suis plus une gamine. Je suis décidée à aller de l’avant, même si tout va mal. Je dois être forte. Je dois l’être… Comme aujourd’hui, par exemple. Oui, car il y a quelques jours encore, j’avais toutes les clés pour arriver à mes fins : j’avais la garde républicaine. Cette organisation, cette armée, est l’expression même de mon souhait ainsi que le fruit de mon dur labeur et de celui de tant d’autres. Avec elle, la république a une solution définitive pour se protéger de la menace Sith. Certes, celle-ci s’est amoindrie avec la capture de l’Omega, mais son règne a laissé de profondes cicatrices chez tous ceux doués de morale. Et, même si je pense que plus personne ne se laissera aveugler, rien ne dit que personne ne se laissera dominer.
C’est pour ça que la garde existe, elle est une force capable de protéger les faibles contre ceux qui abusent de leurs pouvoirs. Et j’ai sué pour la bâtir, cette force. Sauf que, maintenant, on m’en écarte à cause des manigances séparatistes… Je risque ma peau sur le terrain, je prends des décisions difficiles chaque jour, je m’investis comme personne pour les intérêts de la république. Et on me met aux arrêts, moi ? Quelle blague ! Si j’avais su que c’était ce qui m’attendait à la sortie !
Non, non… Plus de plaintes, j’ai dit ! Mais, est-ce vraiment égoïste de vouloir un peu de reconnaissance ? Bon sang ! Après tout ce que j’ai fait, on m’enferme dans ma chambre ! On me traite comme une « criminelle » et on me traîne une fois encore devant le sénat ! Et cette fois, pas en tant que générale, mais en tant qu’accusée ! C’est comme si je n’en faisais jamais assez, comme si tous ceux que je cherche à défendre me voyaient comme une menace. C’est insupportable…
Une générale qui doit justifier la moindre de ses opérations… Dites-le, que vous ne me faites pas confiance ! En fait, quand j’y pense, la seule personne à n’avoir jamais douté de moi, c’est Ranto. Mais bon, la situation est un peu particulière. Pour lui, j’ai toujours été vouée à accomplir de grandes choses. C’est son côté mystique qui s’exprime, j’imagine… Il a toujours aimé ces choses-là. Enfin bon… Heureusement qu’avec le temps d’autres personnes ont fini par apprendre à me respecter ! Oui, « à me respecter ». Et on pourra dire que ça a mis le temps ! Quand je pense que tout ça rentrait enfin dans l’ordre et que, maintenant, je dois encore surmonter une nouvelle épreuve. Si la Force a vraiment une volonté, elle se moque de moi. C’est sûr.
Hm… Finalement, quand j’y pense. Il y a bien une autre personne qui n’a pas l’air d’avoir douté. Il s’agit du lieutenant- Non. Il s’agissait de Tericarax. Bon sang, j’ai l’impression que cette histoire est si lointaine. Si floue. Et pourtant je sais bien que c’était il y a quelques jours à peine… Je me souviens que, lorsque je l’ai vu pour la première fois, j’ai eu du mal à ne pas broncher. Il était imposant, immense ! Avec une apparence aussi impressionnante et étrange, je n’aurais jamais soupçonné qu’il soit si… intelligent ? Logique ? Bref : il était réfléchi et ça, ça n’avait pas de prix. Ce lieutenant cyborg… Il ne devait pas être enfermé dans ce corps métallique par choix. Je me souviens avoir éprouvé de la compassion, il avait l’air si détaché de tout. Mais, lui au moins, c’était quelqu’un de respectable : il a directement su faire preuve de professionnalisme. Je sais que je ne l’ai pas connu longtemps, mais je ne pense pas que ce n’était pas juste pour les apparences. Il avait l’air d’avoir conscience de mes capacités. Il savait que si j’étais présente, ce n’était pas pour rien. Pas comme ceux que je vois ici et qui se posent des questions dès qu’ils m’aperçoivent. Les regards qu'ils me lancent lorsqu'ils me rencontrent pour la première fois m’insupportent de plus en plus…
Si Tericarax savait comme je m’en veux de ne pas avoir pu le tirer de là… Déjà parce qu’il ne méritait sûrement pas ce sort, puis car tout aurait été plus simple. On en saurait peut-être déjà plus sur Sharkaran. On aurait peut-être eu un moyen de remettre la confédération à sa place en limitant les dégâts. Cependant, sans ce témoin, tout est plus difficile. Pour une fois que je rencontre quelqu’un de raisonné, il faut que j’échoue à le garder en vie ! Mais, je ne peux pas juste me lamenter. Je dois faire en sorte de donner un sens à tout ça. Seulement, je n’ai que ma parole.
Alors assez traîné. Le sénat devra me faire confiance. Et s’il doute, je le ferai changer d’avis. Je ne veux pas d’une république trop froussarde, trop peu confiante au point de se tirer dans la jambe pour avoir une excuse et refuser de faire front. Je jette ma couverture sur le côté et je me lève. Aujourd’hui, je ne me laisse pas faire. Je ne suis pas arrivée jusqu’ici pour me laisser avoir par un complot étranger. Encore moins pour me laisser enfermer par ceux pour qui je m’arrache sans compter mes heures. Ah, ça… Non !
