Bienvenue sur SWRPG !

Créé en septembre 2006, ce RPG situé dans l'univers Star Wars a démarré à l'aube de la Guerre des Clones. Nous avons cependant pris une trajectoire bien différente de celle de la saga. 18 ans plus tard, nous voilà dans un univers parallèle aux films de George Lucas, un univers unique dans lequel nos propres personnages ont eu (et auront) un impact sur sa destinée.

Contexte: Il n'y a pas si longtemps que ça, dans une galaxie lointaine, très lointaine... L'Ancienne République influençait les quatre coins de la Galaxie, guidée et protégée par les légendaires Chevaliers Jedi, gardiens de la paix et de la justice. De nombreuses années plus tard, on dénombre de nombreux régimes successifs, mais aucun n'a réussi à s'imposer durablement. Empire Démocrate... Empire Sith... Voilà que les différents chemins empruntés nous ramènent donc à une République Fédérale, sans que l'on soit assuré qu'elle parvienne à durer dans le temps. Une République Fédérale qui décide de miser sur la nouvelle Garde Républicaine, vouée à remplacer un Ordre Jedi dont on refuse le dogme si particulier.

Pendant ce temps, Sith, Séparatistes et Chasseurs de Primes ont su se préserver à différentes échelles de l'échec de l'Ancienne République. Tandis que l'Ordre Sith a connu récemment sa fin sur Cathar, laissant la place à différents cultes bien moins influents mais tout aussi dangereux, les Chasseurs de la Guilde de Dantooine n'ont jamais été aussi nombreux, parcourant les mondes à la recherche de primes qui en valent le coup. La Confédération des Systèmes Indépendants, elle, résiste aux fluctuations du temps et se préserve des menaces extérieures en n'hésitant pas à agir lorsqu'il le faut, comme l'en atteste son intervention musclée sur Cathar. La même Cathar qui avait accepté d'accueillir les Vestiges de l'Empire suite à la scission de l'Empire Sith, et qui aujourd'hui se retrouve sous la tutelle des Séparatistes.

Les temps sont sombres, le ciel annonce de mauvais présages comme c'est le cas à chaque nouvelle ère. Les relations entre les grandes puissances ne sont pas au beau fixe, les Sith sont de nouveaux reclus dans l'ombre -là où ils sont les plus menaçants- et les Jedi se terrent sur Endor, bien décidés à ne pas dévoiler leur présence à ceux qui leur sont hostiles et bien décidés à s'en tenir à leur but éternel : l'étude de la Force.

Jamais une ère de SWRPG n'aura été si indécise et pourtant, il y aura toujours quelqu'un pour bouleverser l’échiquier galactique. Comme ce fut le cas ces huit dernières années. Peut-être que tu seras cette personne, qui sait? Notre Galaxie t'attend !

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Star Wars RPG

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    #6

    Post n°6
    Auteur : Super PNJ

    Le Dark, malgré l’étau qui se resserrait lentement autour de lui, ne pouvait s’empêcher d’être grisé par les récents événements. Il revoyait clairement les images dans son esprit. Le sang avait coulé à flot dans cette salle. Ce n’était anodin si le rouge représentait la colère. On ne la noie que dans le sang, un rouge pourpre. Les politiciens n’étaient finalement que des êtres faiblards et couards. Alors que les trois Sith prononçaient, à coup de blasters et vibrolames, les sentences mortelles, ceux-ci ne réussissaient qu’à supplier, crier, pleurer même. Ce n’était que joie pour lui. Ils étaient pitoyables. Supplier… La voie des faibles. Même si tout s’était déroulé il y a peu de temps, Dark Karelan ressentait d’ores et déjà un sentiment proche de la nostalgie. Le seul point noir était la perte de Lomu. Mais l’acolyte avait parfaitement rempli sa mission et n’avait apparemment pas hésité une seule seconde à utiliser la grenade en sa possession emportant nombres de personnes et droïdes dans sa chute. Une chute honorable pour un acolyte. Un de plus.
    Malgré cela, le Dark ne se déconcentrait pas. Il n’avait pas le droit. Leur attaque avait fait du bruit. C’était escompté mais cela amenuisait indubitablement les chances de s’échapper d’ici. Il s’était volontairement débarrassé de l’autre acolyte, Jonah, dans l’espoir qu’il entraine les renforts loin de lui. Il restait encore des choses à accomplir pour lui alors qu’un acolyte… était encore en bas de l’échelle.

    A l’heure actuelle, les autorités avaient déjà probablement découvert le lieu du massacre leur fournissant les premières informations sur les événements. Mais le Dark savait qu’il leur faudrait encore du temps pour combiner les pièces du puzzle. Et ce temps, il devait l’utiliser avec parcimonie et discernement. Il n’était pas question de paniquer, l’expérience avait appris à Karelan comment maîtriser de telles situations. Il avançait prudemment le long des interminables couloirs, silencieux, ponctués simplement de bruits de pas avançant à un rythme soutenu — renforts? — plus ou moins loin de la position du Dark. Celui-ci avaient tous ses sens aiguisés en éveil, aidé par la Force. Aux dires de Jonah, le ciel d’Utapau était déjà occupé. La Confédération n’avait pas perdu de temps pour faire bouger les choses. La situation était critique, autant pour le Sith que pour la planète.
    Seul le bruit des pas du Sith brisait le silence monotone de sa fuite. Après de longues minutes de marche — le Sith n’avait plus réellement la notion du temps —, il débouchait finalement dans une pièce un peu plus grande, probablement une salle de réunion à en juger par le mobilier présent, une longue table trônant au centre de la pièce agrémentée de chaises. La décoration était inexistante et les murs étaient d’un blanc blafard. Elle permettait cependant d’entrevoir l’extérieur et le tas de mauvaises nouvelles allant avec pour le Sith. La planète était bel et bien encerclée. Karelan se concentra quelques secondes, utilisant la Force pour sonder les alentours à la recherche d’une éventuelle forme de vie. Laissant échapper un soupir, il constata avec un léger soulagement que le centre d’attention était la salle du conseil pour le moment. L’heure n’était pas encore aux recherches. Il fallait d’abord déplorer les dégâts. Déplorer l’oeuvre du Sith. L’art du massacre. Utilisant cette hypothétique information, le Dark profita de ce moment de répit pour planifier — du moins tenter avec les faibles informations à sa disposition — le déroulement de sa possible évasion. Il était optimiste, pas fataliste et encore moins défaitiste. Il avait un objectif et allait s’y tenir et s’il ne pouvait pas… eh bien, les pertes à déplorer seraient encore plus conséquentes!
    Retournant la tête vers l’aperçu de l’extérieur, le Dark faisait une conclusion tombant sous le sens. Il ne pourrait s’enfuir par la voie des airs. Il serait immédiatement repéré et contrôlé. Même avec ses papiers d’identité, il était peu probable que quiconque puisse décoller ou atterrir. C’était la solution logique avec ce cas d’attaque. Le reste était donc tout aussi clair, l’essentiel serait de se cacher. Et avec la quantité de couloirs interminables que possédait cette planète, la tâche serait légèrement facilitée. Descendre vers les bas-fond! Les recherches allaient vraisemblablement prendre place et s’intensifier dans la zone du conseil et aux alentours immédiat dans un premier temps. Il était donc primordial pour le Sith de s’éloigner de cette zone de tension. Les bas-fond d’Utapau étaient donc la solution idéale par leur éloignement ainsi que leur taille.

    Reprenant le chemin avec une détermination nouvelle, Dark Karelan retrouvait les froids couloirs silencieux qui ne suffisaient pourtant pas pour tempérer les ardeurs bouillonnantes du Sith. Seul la solitude raisonnait au loin. Et le Dark se surprit à chavirer une nouvelle fois dans ses pensées vengeresses. Il avait fallu attendre une vie pour qu’il puisse enfin ressentir une telle sensation.
    Il revint pourtant bien vite à la réalité alors que des pas se firent entendre quelques mètres plus loin, au-delà d’une intersection. Faiblement éclairé, des ombres se détachaient, tremblotantes. Le Sith, légèrement pris au dépourvu, se planqua contre le mur froid et avançant lentement, se risqua à jeter un oeil dans le couloir voisin. Deux civils apparemment perdu et peu au fait des récents événements parlaient rapidement, la tension perçant dans leur voie chuchotante. C’était un risque potentiel malgré leur apparente innocence. Le Sith aurait volontiers abrégé leur vie misérable en quelques secondes mais il ne pouvait se permettre de laisser des cadavres sur la route. C’était comme des indices qu’il laissait entrevoir et qui pointaient une flèche dans sa direction.
    Pourtant ils empruntaient le chemin le plus rapide vers la destination que le Sith s’était précédemment fixé. Il pourrait toutefois détourner son chemin mais il n’était pas aisé de faire de tel alors qu’il courrait éventuellement le risque de se faire repérer.
    Ce qu’il s’apprêtait alors à faire pouvait être soit l’idée téméraire soit l’idée stupide. Dans les deux cas, l’autre n’était pas exclu. Rabattant sa capuche dans un mouvement tant de fois répété, le Sith avança en direction des deux civils inoffensifs qui ne soupçonnait toujours pas sa présence. Marchant d’un pas détaché au possible, le Sith dépassa les deux individus, prenant un soin particulier à ce que son visage ne soit pas visible et continua son chemin.

    La silhouette de l’homme venant de les dépasser ne manqua pas d’interpeller les deux comparses perdus qui s’échangèrent un regard interrogateur. Ils n’avaient eu accès à aucune source d’information depuis le matin et ne savaient donc pas l’état d’urgent régnant sur Utapau à l’heure actuelle. De bien piètres citoyens. C’est également pour cette raison qu’ils ne s’alarmèrent pas outre mesure de l’accoutrement de cet étrange personne. Au contraire, ils en virent à l’idée que celui-ci, marchant d’un pas décidé, pourrait éventuellement leur indiquer l’endroit qu’ils cherchaient.

    - Excusez-nous. Monsieur! Vous avez un instant.

    Putain. Qu’est-ce que ces deux énergumènes lui voulaient maintenant. Lui, un Dark en fuite sur une planète confédéré sortant tout droit d’un bain de sang de l’élite dirigeante de la planète et eux, deux paumés. Il pouvait tout simplement continuer son chemin et les ignorer.

    - Monsieur! Vous ne nous entendez pas?

    Devant leur insistance et le ton vindicatif qu’ils utilisaient, déplaisant, le Sith, immobile, stoppé dans son élan, leur lança :

    - Quoi? Qu’est-ce que vous voulez?

    La voix du Sith avait le mérite d’être grave, peut-être un peu trop grave et singulière même. Elle eut pour effet de les interpeller. Faisant un pas en avant — un pas de trop? —, il prirent cette fois tout deux la parole.

    - Vous… vous… allez bien?

    - Nous… ne cherchons… qu’un peu d’aide…

    - Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, je suis pressé. Je n’ai pas de temps à vous accorder.

    L’un des deux hommes s’avança dans le but de faire face au Sith. Il pouvait maintenant voir son visage tandis que le sien devenait pâle. Il échangea alors un bref regard avec l’autre, un regard empli de peur. Le Sith n’avait plus d’autre choix maintenant.

    Dark Karelan se concentra et leva ses deux mains, chacune en direction d’un des individus. Il lisait une incompréhension dans leur yeux grand ouverts alors qu’il usait d’un étranglement de Force particulièrement violent. Les deux hommes n’eurent que peu de temps avant que la vie disparaisse de leur corps. Ils tombèrent sur le sol avec un bruit lourd, lourd de conséquence pour Karelan. Il n’aurait pas du. Il laissait une piste. Une piste qu’il ne pouvait effacer maintenant.

    Lentement, il reprit la route qu’il s’était fixée. Les prochains seraient longs et décisifs. Il devrait garder un profil bas s’il voulait rester en vie. Mais le Dark savait être patient…

    —— —— —— —— —— —— —— —— —— ——

    Jonah avait accepté de se séparer du Maitre. Il n’avait pas eu de choix inverse. Mais sa peine était grande. Lomu était décédé, héroïquement et honorablement certes, mais ne faisait plus partie de ce monde quand même. Il était condamner à se sortir de ce bourbier seul. Le Maitre faisait sa route maintenant. Il se doutait que celui-ci n’agirait pas pour sauver leur vie, probablement insignifiante à ses yeux. Mais si lui, Jonah, parvenait à sortir vivant de cette attaque suicide, il serait forcément reconnu au sein de ses pairs. Une douce pensée.

    Il ne connaissait Utapau que très brièvement et avait donc un certain mal à se repérer correctement dans le dédale de couloirs atypiques de la planète. Il était perdu, autant mentalement que géographiquement. Essayant tant bien que mal, en vain toutefois, de se calmer pour remettre un ordre apparent dans ses pensées, il n’arrivait pourtant qu’à imaginer son funeste sort. C’était un perspective peu réjouissante. Continuant de marcher nerveusement, aussi attentif que possible aux bruits et détails environnants, il avançait dans une direction inconnue. Courrait-il droit dans la gueule du loup?
    Déboussolé, paniqué, sa respiration commençait progressivement à s’accélérer. Ses poumons étaient douloureux. Il n’était pas encore assez entrainé et la panique n’était qu’un effet aggravant. Son coeur, au battement rapide, pulsait dans ses tempes. Le Twi’lek, malgré la situation, était presque honteux de se découvrir sous un tel jour. La panique le gagnait et il entamait un combat perdu d’avance contre elle, s’insinuant insidieusement dans son esprit encore tourmenté.
    Et ses couloirs… interminable. L’air était pesant, l’odeur de la mort trainait entre ses murs confinés. L’odeur de la mort qu’il avait lui même propagé et qui cherchait maintenant à le rattraper. L’ambiance, morbide, consistait en une pâle lumière blanche artificielle éclairant faiblement les corridors. Et lui, Jonah, évoluait dedans tel un animal pris au piège, dans une immense toile d’araignée.

    Au bout de ses forces physiques et mentales, il ne put que stopper sa course effrénée. Il n’était plus d’attaque, il n’avait plus l’envie de se battre. Après tout, ils avaient réussi. A quoi bon courir après la vie? Haletant, il s’accoudait lourdement contre un mur, parfaitement à découvert pour quiconque viendrait à croiser son chemin, et entreprit de reprendre sa respiration. Laissant glisser son dos en sueur contre le mur froid, il s’asseyait par terre, les jambes relevé dans une vaine protection contre le monde extérieur. Quel honte pour un futur Sith. Il était la honte de ce qu’il aspirait à représenter. Faible, couard, paniqué, il était en loque et ne ressemblait plus au Jonah déterminé qui était entré, un peu plus tôt aujourd’hui, dans la salle du conseil avec son maitre, Dark Karelan, et Lomu. Désarmé, il perdait lentement les restants d’espoir encore présents en lui.
    C’est souvent dans les moments les plus désespéré que la réflexion se fait. Par un biais mystérieux, son cerveau se mit à analyser plus ou moins clairement les possibilités s’offrant actuellement à lui. Et une en particulier méritait d’être retenue. Techniquement, il possédait toujours l’appartement qu’ils avaient loués sur la planète pour la préparation de leur attaque. La principale difficulté consistait donc à retourner là-bas, dans la sécurité de l’anonymat et d’attendre que l’état d’alerte dans lequel la planète avait été placée. Il était clair que se sortir de ce piège grandeur nature ne serait pas de tout repos mais la perspective de la sécurité avait insufflé un courage nouveau dans l’esprit du jeune Twi’lek. Les enjeux étaient plus grands que sa petite personne déprimée, assise dans un couloir à attendre la mort.

    Progressant d’un pas rapide, il se fixait sur chaque indication qui pourrait lui être utile pour trouver son chemin. Gardant une oreille attentive aux mouvements alentours, il prenait soin de contourner les zones qu’il considérait comme dangereuses. Par plusieurs fois, il fut contraint de se cacher afin d’éviter d’être vu. Les Twi’lek attiraient vite l’attention. Il fut même, par une fois, menacé d’être arrêté. Concentré sur la direction qu’il devait suivre, un peu à l’aveuglette, il avait pratiquement failli foncer tête baisser dans un groupe de droïdes armés avançant au pas de course. Des renforts? Décidément, ils n’avaient pas lésiné sur les moyens mis en oeuvre ici. Profitant de quelques courtes secondes, il parvint toutefois à se dissimuler in extremis de leur champ de vision, lui laissant la voie libre. A croire que Jonah était peut-être plus doué pour fuir que pour combattre. Qui pouvait réellement le dire?

    Dans un soupir profond, long et savouré, il parvenait à pousser la porte de leur ancien repère. Fier et exténué, il s’écroula sur l’un des sièges se trouvant dans la pièce principale. Ses jambes, flageolantes, n’auraient probablement pas pu le tenir plus longtemps debout. Il ne savait pas combien de temps il avait mis à rejoindre l’endroit et il n’en avait que faire. L’important, c’est qu’il était encore en vie.


    Spoiler : HRP
    Sion,
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      #7

      Post n°7
      Auteur : Tericarax


      Q.G. Séparatiste de Pau City
      16h38, heure locale.

      L'ombre du cyborg avance d'un pas rapide. Ses griffes claquent contre le sol bétonné devant le siège du Conseil. Le quartier général a été dressé sur la place du Commerce, quelques rues plus loin. Cet emplacement n'est pas de son fait : les autorités administratives ayant anticipées de longue date une situation de crise avaient déjà prévu et réservé la place pour pareil événement. Sa respiration est bruyante, car il avance vivement, ses deux mains derrière son dos. Il est accompagné par deux Quarren, qui encadrent un Pau'an apeuré du nom de Tarun Blaum.
      Tarun Blaum est l'administrateur du port de Utapau, une figure incontournable de la politique de la planète. Aux premières loges pendant l'attaque des terroristes Sith, c'est une pièce maîtresse pour traquer les fuyards – qui ont filé entre les griffes du lieutenant. Il a vu les visages des Sith. Il connaît leur nombre. Ces données capitales doivent être dévoilées devant l'état major au complet, afin de n'omettre aucune possibilité. C'est pour cela qu'au lieu de l'interroger directement au siège du Conseil – où il a été retrouvé par les deux Quarrens qui l'encadrent à présent et le guident – Tericarax l'amène au Q.G., qu'il n'a pas encore visité.

      Lorsqu'ils débouchent sur la place du Commerce, c'est une scène atypique qui se dévoile à eux : l'unité des relations civiles est déjà en place, et s'entretient derrière un cercle protecteur de droïdes avec les responsables Pau'au et Utai qui n'étaient pas présents au conseil.
      Au delà de la muraille métallique, une foule en désordre se heurte par vagues successives sur le roc séparatiste, avide d'un seul regard même avec les dirigeants provisoires de leur planète, à l'affût d'une image, d'une parole.


      - Euh patron on fait quoi ? Demande un des Quarren.

      Il est vif d'esprit. Il a compris parfaitement ce qui se trame. Si une foule aussi immense est présente sur la place, cela ne signifie qu'une chose : la population n'a pas écouté ses ordres. Les Sith pourraient se cacher dans cette masse grouillante et stupide. Instinct grégaire idiot, leur curiosité irraisonnée les mènera tous à leur perte. Et que font donc les dirigeants à s'entretenir à l'air libre, sous le Soleil témoin du massacre des leurs il y a quelques heures à peine ? Tericarax plisse les yeux. Un journaliste de Utapau news l'ayant aperçu s'approche, tend le micro. Le Kaleesh lui adresse un regard à faire geler les enfers. Il ne dit rien. Arrivé devant le mur de B1 et de B2, ce dernier s'ouvre devant lui, chaque automate au garde-à-vous. On se retourne, on observe le cyborg. Autant chez les dirigeants que chez la population, une peur taboue naît devant l'apparence monstrueuse du personnage.


      - Tous à l'intérieur. Maintenant, dit-il froidement. Un Utai s'approche, les pommettes rougies – probablement par de longues minutes de débat houleux avec les représentants diplomates de la CSI.

      - Ah, et vous voilà vous ! Vous pensez pouvoir bloquer complètement Utapau comme ça, sans prévenir ? Vous pensez qu'on peut faire ça sans nous demander? Vous vous croyez malin avec tous vos droïdes et vos vaisseaux, c'est ç-

      Il n'a pas le temps de terminer sa phrase que la main de Tericarax vient le heurter au visage à pleine vitesse et le projette un mètre plus loin. Avec un pas lourd et un souffle empli de rage – est-ce de la rage ? - il se redresse, délie ses doigts squelettiques. Si les yeux pouvaient tuer, alors le cyborg aurait commis un meurtre sanglant.


      - Vous ne parlez pas à un laquais sans cervelle, Utai. Vous vous adressez à un officier confédéré. Surveillez votre langue ou je vous l'ôterai moi-même. Je déteste me répéter : tous à l'intérieur, maintenant.


      On ose plus protester. L'Utai jette un regard mauvais à notre Kaleesh, mais rampe en tremblant quand Tericarax bouge. Son attention n'est plus sur l'Utai, non, les yeux d'or du personnage scrutent la populace – imprégnée d'un choc et d'une peur sourde suite à la scène dont elle vient d'être témoin. La cohue une masse hétérogène, opaque, trouble, illisible, malhonnête, dissimulatrice...Une cachette idéale pour des fugitifs. Quelle erreur d'avoir délégué une instruction aussi triviale que « maintenir les habitants chez eux » aux autorités locales. C'était sous-estimer l'incompétence possible de ces dernières. C'était sous-estimer leur inutile tendance à la discussion. Comme cet Utai scandalisé qui ignorait à qui il s'adressait, les dirigeants n'ont-ils pas supposé que c'était un ordre trop extrême et choisi de l'ignorer ?

      Cette douceur est une faiblesse, cette douceur est une erreur. Ce n'est pas un temps de paix. Pensent-ils pouvoir discuter tranquillement au Soleil alors que les terroristes sont toujours en cavale ? Sont-ils à ce point écervelés pour ne pas réaliser que pareille masse est une cible idéale ? L'on ne prendra aucun risque. Plus question de s'en remettre à des incompétents pour accomplir même le plus simple. Le cyborg s'éclaircit la gorge. Devrait-il faire un discours devant l'afflux d'Utai et de Pau'an ? Il tourne son attention vers Tarun Blaum, qui est toujours sous le choc des événements. Non, peut-être pas après tout...

      - M. Blaum, dit-il de sa voix impassible. M. Blaum, répète-t-il devant le manque de réaction du personnage. Les iris noirs de l'interpellé se lèvent enfin vers le visage du violent séparatiste. Vous êtes administrateur de ce port. Nommez un entrepôt spacieux et disponible.

      La question – si déphasée par rapport à la situation dramatique dont vient de s'extirper l'infortuné le déstabilise. Il hésite, regarde autour de lui à la recherche d'un appui. Ses lèvres tremblent, alors qu'il souffle quelques mots – trop bas pour que le cyborg ne puisse les entendre.

      - Répétez
      , commande Tericarax impartialement.

      Blaum inspire difficilement, toussote. Son expression affecte une mine peinée, puis un sourire grelottant alors qu'il dit d'une voix plus forte :


      - Mon fils...Etait là-bas... risque-t-il. Les mots franchissent ses lèvres de façon décousue, le son lui-même est indécis, les phrases et leur sens hésitent, secouées par la tristesse de l'administrateur, victime d'un destin qu'il n'a pas choisi. Mon fils est...

      Le cyborg tousse. Informations inutiles, perte de temps. Il jette un regard aux Quarren, d'un signe de tête leur indique d'entrer eux-aussi dans le palais du Commerce – où le Q.G est sensé se situer plutôt qu'en place publique. Les deux céphalopodes bipèdes escortent donc l'unique survivant de l'attentat, alors que ce dernier fond en sanglots en passant la porte, ne saisissant que maintenant l'ampleur de sa perte. Plusieurs dizaines de droïdes passent dans la rue. Il se racle la gorge, puis entame. Sa voix – déjà amplifiée par son vocodeur – est grandie encore par l'effort qu'il met pour faire porter ses paroles.

      - Devant votre refus d'obtempérer et de rester à vos domiciles comme je l'avais ordonné, vous ne me laissez pas de choix. Les terroristes Sith courent toujours. Votre insubordination vous met en danger...Je vais donc vous protéger de vous-mêmes. Droïdes. Encerclez la population. Personne ne s'échappe. Pas d'exception,
      dit-il en lorgnant d'un œil prédateur quelques riches Pau'an.

      Le cyborg allume son datapad tandis que les droïdes forment un mur armé autour de la foule trop curieuse. Il a accès au plan de Pau-city en tant que chef des opérations. Son œil repère rapidement un hangar vide d'activité.


      - Droïdes, escortez cette obstinée population à la coordonnée Z-A084.71. Pau'au, Utai, n'ayez crainte. Vous serez inspectés par des agents compétents et aucun mal ne vous sera fait. Il ne s'agit guère que d'une précaution pour vérifier qu'aucun Sith ne se dissimule dans vos rangs. En une ironique révérence, le scientifique et lieutenant conclut d'un ton métallique où tintent des accords de givre : Soumettez vous docilement cette fois.

      Puis il tourne les talons, et laisse les protestations des civils et des journalistes – eux-aussi embarqués par les droïdes – derrière lui. Il bouillonne d'une énergie qu'il ne connaît pas. Est-ce de la colère ? Serait-il acrimonieux ? La logique dicte que cela est impossible, mais quel est ce battement de son cœur ? Cette ardeur brûlante qui dévore ses poumons ? Déclic, retour de la froideur.
      Comme l'élan est apparu, il meurt à présent. La nature artificielle du mental contre-intuitif reprend ses droits, et comme elle est apparue, la fureur est tuée dans le silence macabre d'une impassibilité monolithique. Acrimonieux ? Lui ? Ceci n'est plus possible depuis de nombreuses années.

      ***

      Lorsque Tericarax entre dans le Q.G, les différents partis se tournent vers lui. Les confédérés saluent sa présence qui fait taire les conflits, tandis que certains représentants de Utapau le gratifient par le mépris. Toutefois, l'attention est portée surtout à Tarun Blaum. Il prend le temps de faire le point sur la situation. En dehors de l'administrateur principal, tout le conseil de Pau City a été massacré par les Sith. Un de ces derniers a été abattu peu après son intervention. Cela signifie qu'alors qu'il entrait dans le bâtiment où les attentats se produisaient – le siège du Conseil – une portion voire la totalité des Sith étaient encore eux-aussi dans ce même bâtiment. Les caméras de surveillance ont été sabotées, mais son équipe travaille dessus et pourra probablement en tirer des informations concluantes. À cela s'ajoute le cadavre Twi'leck trouvé dans la salle principale du Conseil, cadavre sur lequel Tericarax se penchera personnellement pour en extraire des données potentielles. Sa curiosité le pousse à toucher ce corps. Un utilisateur du Côté Obscur...Quelles spécificités pourrait-il trouver sous sa peau ? Y aura-t-il des systèmes vitaux supplémentaires – un organe que l'on ne trouverait pas chez un Twi'leck lambda ? L'étincelle de l'intérêt du cyborg clignote dans son esprit. Il n'a jamais pu étudier Ast'era, car il ne peut se risquer à abîmer le seul spécimen sensitif bien portant à sa disposition, mais ce Sith est mort, il peut donc se livrer à une étude approfondie sans le moindre remord. L'étincelle se mue en flamme. Peut-être y a-t-il une modification au sein des cellules qui permet aux sensitifs de manipuler la Force ? Ou bien est-ce un processus chimique des midi-chloriens en présence d'une hormone que seul un sensitif est apte à sécréter ? Une zone cérébrale particulièrement développée peut-être ?


      - Lieutenant ?

      La flamme est soufflée par le vent de la raison. Tericarax sort de sa réflexion, cligne des yeux – l'étonnement absent de son visage. Il ne peut pas encore exploiter ce corps pour enrichir ses propres connaissances. Non, non, ce pantin désarticulé, cette marionnette sans vie ne peut que lui apporter des réponses sur les autres personnes qui l'accompagnent, rien de plus.
      Mais plus que ce cadavre, il y a autre chose qui peut lui apporter des informations précieuses. Ce quelque chose est vivant, lui.
      La forme rapace du lieutenant se dirige vers Tarun Blaum. Cette fois, il ne l'interrogera pas personnellement – Tericarax sait pertinemment qu'il n'a pas le caractère pour interroger le Pau'au sans le briser complètement par sa funèbre froideur. L'un des membres de l'unité des relations civiles est déjà en train de s'occuper de lui, et procède avec douceur et tact – deux outils que le cyborg ne sait manier. Avec un savoir-faire qui révèle des mois voire des années de pratique, le militaire parvient à calmer l'unique survivant du massacre.

      Pendant l'opération, deux Utai se sont approchés de Tericarax. Bien que terriblement méfiants à son égard, leur comportement trahit leur pensée : ils ont besoin de lui. Notre personnage fait un signe de tête dans leur direction – le geste suffit à en faire sursauter un.


      - Quelle est la suite de votre brillant plan maintenant que les Sith sont en cavale, lieutenant ? Chuchote l'un des deux sur un ton amer. Il tient de la glace contre sa joue. C'est l'Utai de tout à l'heure, le protestataire qui a goûté au tempérament de Tericarax.

      - Fouiller la ville que vous avez échoué à protéger,
      dit l'autre. Il se tourne vers le reste de la salle. Ou bien pensiez vous que je n'étais là que pour quelques heures ? La chasse ne fait que commencer. Les Sith sont passés entre les mailles du premier filet, mais la ville est scellée. Cette fois, les populations doivent être maintenues dans leurs foyers. Tous passés au peigne fin. L'un des Sith a été trouvé – mort. C'est une source d'information que je m'emploierai à tarir. Mon équipe décrypte actuellement les vidéos de surveillance du lieu de l'attaque, la deuxième source d'information. M. Blaum sera la dernière source que vous aurez à charge d'exploiter. Dressez moi un rapport précis. Surveillez avec la plus grande attention Pau City. Je veux que plus rien ne bouge dans cette cité sans que j'en sois informé. La moindre anomalie, la moindre bagarre de cantina, le moindre mort dans une ruelle sombre, le moindre poivron acheté sur le marché à un prix inhabituel, je veux tout savoir. Si je découvre que vous avez omis un détail car considéré comme secondaire... (Il cesse de parler pour tousser, puis reprend de son ton monochromatique coutumier).
      Ces fanatiques laisseront tôt ou tard des preuves pour remonter jusqu'à eux. Ils sont hâtifs, et tout hâtifs qu'ils sont, ils sont voués à commettre des erreurs. Au plus la pression se resserrera autour d'eux, au plus ils seront tentés de se débattre...Donc de se dévoiler.

      Un des membres de l'état major lève la main, Tericarax l'autorise à parler d'un regard.

      - Vu l'heure ils n'ont pas pu aller partout. On peut essayer d'extrapoler les zones où ils ont pu aller, monsieur, pour axer les recherches.


      Le cyborg hoche de la tête en signe d'affirmation, jette un œil à son datapad, reprend.

      - Il est actuellement 16h57. D'ici 21h, je veux que tous les habitants qui sont actuellement « escortés » jusqu'au hangar Z-A084.71 soient identifiés, contrôlés, et rentrés chez eux, et que plus personne ne soit dans les rues de Pau City en dehors des droïdes. Un couvre-feu sera établi pour le cadre de l'opération. Plus personne ne sort ou n'entre de la cité, et ce peu importe le prétexte. Compte tenu de l'heure tardive, vous sont accordés deux jours pour faire vos rapports. Nous sommes Centax. Je compte sur vous pour que dans deux jours à 9h, vos rapports soient prêts et complets. Rompez.


      Spoiler
      Suite ici: http://star-wars-rpg.soforums.com/t6465-Orbite-de-Utapau.htm#p68176
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        Auteur : Lyzs

        Spoiler : < RP précèdent >
        http://star-wars-rpg.soforums.com/t6465-Orbite-de-Utapau.htm


        Le lieutenant accueille une nouvelle fois les républicains. Du haut de son armure d’os métalliques, il apporte quelques précisions sur la situation. Lyzs lui accorde son attention tout en baladant son regard sur les étranges habitations utapaun. Une sensation désagréable la sort de ce contexte si strict et formel. Au-delà du cruel manque de mouvement qu’un tel décor suppose pourtant, il s’agit plutôt d’un sentiment de peur, de terreur, qui traîne dans l’endroit comme un gaz toxique. Sentant presque son goût amer, la générale en cherche naïvement la source. Comme dérangée par cette impression, elle revient sur le cyborg avant de secouer la tête.

        — …Vous et moi, générale, irons parler avec Tarun Blaum. Seuls.

        Lyzs use de tout son courage et le fixe fermement. Elle réfléchit un instant aux options proposées par le séparatiste. Quelques secondes passent. Les bras croisés, elle n’acquiesce pas sans réfléchir. Elle se tourne plutôt vers ses hommes en exposant son dos à Tericarax. Son long manteau finit de se balancer tandis qu’elle tâche de mettre de l’ordre dans son raisonnement.

        — Par paires, vous intégrez les équipes de recherche confédérées. Vous savez quoi faire. G0, vous restez avec moi comme prévu.

        Les deux gardes les plus proches de la générale font un léger signe de la tête avant d’avancer d’un pas, comme pour se séparer des autres et affirmer leur position. Question de protocole : Lyzs doit être encadrée de ses deux gardes. Aussi imposante puisse être la parole du cyborg, on n’y coupe pas. Sans chercher à y accorder grande importance, la républicaine se retourne pour signaler qu’elle est prête à être guidée vers le pau’an.

        Le kaleesh se met en route et les trois humains le suivent à travers les rues vides du quartier logé dans la roche. La jeune femme, restant au niveau du lieutenant, observe l’endroit avec curiosité. Elle traîne sur d’étranges demeures dont les structures rappellent parfois d’immenses squelettes. Elles sont bien plus remarquables que les habitations les plus communes semblant être encastrées dans la terre et la pierre.

        Longeant le bord de la grande crevasse, le groupe suit une large passerelle pour atteindre un bâtiment se trouvant à son extrémité. Après quelques minutes de marche, deux magnagardes qui se trouvaient là s’écartent pour libérer l’accès à la grande porte du fameux édifice.

        Lyzs se concentre sur ce qui se trouve devant elle pour ne pas croiser le regard avec les capteurs des droïdes : ils ont une apparence à faire froid dans le dos. Sitôt entrée, elle lève les yeux au plafond arqué dont la couleur bleutée est héritée de la lumière qui filtre à travers les nombreuses et étranges petites fenêtres qui l’entourent. Elle s’étonne : cet endroit ne lui semblait pas être si grand, vu de l’extérieur.

        En avançant, elle s’aperçoit qu’il doit s’agir d’une sorte de bâtiment administratif où l’on reçoit du monde. De petits guichets déserts encadrent grand hall où quelques bancs de pierres lisses attendent que l’on se serve d’eux. Un escalier se trouvant au fond de la salle, en face de notre petit groupe, donne l’accès à chemin encerclant l’endroit depuis le premier étage. Là-haut, de nombreuses portes laissent supposer qu’il s’agit du niveau des bureaux.

        Semblant inoccupé, l’endroit laisse raisonner les pas des quelques âmes qui s’y aventurent le temps d’une enquête. Quelques pas sonores plus tard, toujours au rez-de-chaussée, Tericarax invite Lyzs à entrer la première dans une nouvelle pièce. Une fois la porte ouverte, la générale fait signe à ses gardes : il leur faudra attendre dehors.

        En entrant, la jeune femme trouve enfin Tarun Blaum. Celui-ci ne semble pas attendre de visite. Il est là, tremblant, allongé sur un sofa et replié sur lui-même. Toujours très droite, feignant la fierté, Lyzs s’avance dans ce qui semble être une salle de repos. Elle jette un œil au lieutenant qui ne dit mot. Son seul retour fut cet ai inexpressif, presque blasé, que ses yeux ont l’habitude d’afficher.

        Ne sachant trop quoi faire, la générale se tourne à nouveau vers l’individu. C’est la première fois qu’elle rencontre un Pau’an, et celui-ci n’est pas très bavard. Elle observe son visage, ses yeux humides qui ont apparemment laissé couler quelques larmes le long de ces longues rides verticales qui sillonnent ses joues. Il ne les ouvre qu’une fois et ne semble pas avoir eu le temps de comprendre qu’il a de la visite, ou de qui il s’agit. Le pauvre homme ne change pas d’attitude et ferme à nouveau les paupières pour échapper à la réalité. Pire encore : il se crispe d’autant plus.

        Prise d’empathie, Lyzs se frotte discrètement les yeux d’une main pour en chasser l’humidité. Elle prend le temps de souffler pour se reprendre avant de poser un genou au sol et de se mettre au niveau du pau’an. Doucement, elle l’appelle :


        — Monsieur Blaum ? Tarun ? Ouvrez les yeux s’il vous plait.

        Elle attend un instant, mais rien ne change. Reprenant d’une voix plus douce encore, elle essaie d’avoir son attention.

        — Monsieur Blaum, je sais que c’est dur, mais il faut vous ressaisir.

        Durant un instant, la jeune femme pense à lui signaler qu’elle a besoin de son aide. Cependant, ce n’est peut-être pas la meilleure chose à faire. Dans un tel état, le pau’an ne doit certainement pas placer la collaboration dans ses priorités. Toujours avec délicatesse, Lyzs reprend :

        — Vous ne pouvez pas rester comme ça, Monsieur Blaum. Il vous faut vous prendre en mains. On va s’occuper de vous. Répondez-moi, s’il vous plaît.

        Appelé par son propre bien être, Blaum ouvre les yeux. Il ne voit pas vraiment ce qui se trouve devant lui. Sa seule réponse est un léger gémissement que ses tremblements rendent d’autant plus étrange. Il a l’air ailleurs. Il regarde dans le vide.
        Lyzs, mal à l’aise, se mord la lèvre. Il va falloir faire quelque chose. Elle hésite un instant avant de souligner sa résignation dans un long soupir. Timidement, elle avance sa main pour tourner le visage du pau’an vers le sien. Elle essaie d’établir un contact visuel, mais rien n’y fait. La jeune femme jette alors un regard au cyborg, impassible. Il lui faut faire quelque chose… il faut progresser.

        Sans insister, la générale se redresse. Trop d’émotion, et de vêtements sûrement, lui donnent chaud. Elle quitte son manteau et le pose avoir soin sur un fauteuil. Blaum garde ses yeux là où Lyzs les a laissés : dans le vide. Elle revient alors dans son champ de vision, s’appuyant à nouveau sur l’un de ses genoux. D’un geste furtif, elle ajuste sa coiffure avant de fermer les yeux quelques secondes.


        — Allez. On se calme, on se reprend. Dit-elle tant bien au pau’an qu’à elle-même.

        Une fois encore, elle avance sa main vers le visage gris. Cette fois, ses doigts effectuent une petite et gracieuse vague dans les airs avant de se poser avec légèreté sur la tempe du pauvre homme. Au contact, en un instant, le tremblement s’arrête, la respiration se calme, le pouls ralentit et les gémissements cessent. Les yeux un peu plus ouverts à présent, l’homme regarde en direction de la jeune humaine qui se trouve devant lui. A-t-elle toujours été là ? Cette question s’évanouit dans son esprit dans la seconde. Il ne dit toujours pas un mot. Lyzs, elle, tente sa chance :


        — Monsieur Blaum ? Répondez-moi, s’il vous plaît.

        Tarun reste inexpressif, mais la fille est patiente. Après quelques secondes, il s’exprime enfin :

        — M-Mon fils…

        Il a l’air calme, mais son regard montre sa détresse. Comprenant l’origine du problème, Lyzs décide d’éviter le sujet. Toujours avec douceur, elle tente de le faire réagir un peu plus.

        — Vous pouvez vous asseoir ? Il ne faut pas rester comme ça.

        — Mon fils…


        Impressionnée et désorientée par un tel état, la républicaine se lève. C’est la première fois qu’elle voit un cas comme celui-ci. Une main sur ses tempes, l’autre sur son coude, la générale cache son visage pour réfléchir un instant. Elle se tourne alors vers Tericarax, les bras croisés.


        — Vous avez obtenu quelque chose d’autre ? Quelles méthodes avez-vous utilisé, jusqu’à maintenant ?

        Sa tête inclinée montre qu’elle attend des réponses, cette fois, et pas juste un silence. Car, aussi imposant le lieutenant soit-il, Lyzs s’est résignée à devoir résister à son effrayante présence. Autant s’affirmer un peu, même si l’humilité reste de mise…
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          Auteur : Tericarax

          Un léger vent soulève des nuages de poussière ocre, qui s'en vont en tournoyant le long des rues – désertes si ce n'est des B1, et du groupe actuellement à l'arrêt. Tous attendent la décision de la générale. Tericarax reste silencieux. La jeune femme s'est tournée vers ses hommes, pensive, et du même coup lui expose son dos. Lui se contente de respirer. L'air d'Utapau est sec, c'est un avantage car l'humidité et l'asthme ne font pas bon ménage. Son regard détaille les bâtiments autour de lui, passant derrière chaque fenêtre, scrutant chaque ombre méthodiquement – mais promptement. Ridicule réflexe, inutile, futile. Il est extrêmement improbable qu'il puisse apercevoir d'un simple regard les fugitifs Sith, car leur faciès n'est pas encore connu. Ses yeux s'arrêtent sur une fenêtre au premier étage d'une petite maison rondelette. Les rideaux sont écartés vers une chambre. S'il y apercevait un Twi'leck, sans doute pourrait-il envoyer son escouade immédiatement, encercler la maison, jeter à bas la porte d'entrée, monter les escaliers jusqu'à la chambre. Il n'aurait pas pris la peine de déployer ses vibrolames, non, ç'aurait été là une peine inutile. Car il aurait suffit alors de voir la réaction du Twi'leck : s'il avait tenté de combattre, ou de fuir immédiatement, il aurait été le fugitif. Alors, l'entièreté de l'escouade se serait jetée sur lui. Mais s'il avait usé de la Force ?
          Un coup de blaster sonique probablement. Mais aurait-il ensuite pris la peine de lui casser méthodiquement chaque membre, pour l'empêcher de fuir comme d'user de ses capacités ? L'aurait-il empoigné, et aurait-il sauté avec lui à travers la fenêtre de plasto-verre ? Se seraient-ils écrasés trois mètres plus bas, au milieu des éclats coupants, le Twi'leck fracturé par la chute et par le lieutenant au-dessus de lui ?
          Un nouveau sirocco. Un autre nuage de poussières orangée s'élève, voletant jusqu'à la fenêtre avec un son fluet. Fluet ? Il interrompt sa rêverie. Ses yeux reviennent sur le groupe, tombent par hasard sur un des gardes républicains qui lui fait face.
          Ce n'est pas le vent qui a produit le son aigu : c'est la voix de la générale, qui distribue ses ordres. Ses hommes répartis, elle demeure accompagnée de deux gardes en guise d'escorte. Tericarax - muet comme une tombe – promène son regard sur la répartition des équipes, plus particulièrement sur ses hommes. Les organiques savent ce qu'ils ont à faire, leurs affectations n'ont plus de secrets pour eux. Pendant ce simple échange, le cyborg le leur signifie : pas d'écart, coopération parfaite avec la République.

          Ils s'en doutent bien sûr. Tous n'ont pas un passé glorieux avec la première République, beaucoup conservent une rancune qu'ils dirigent contre tout ce qui s'appelle « République », mais ce regard du cyborg – inexpressif et apathique – est sans appel : l'animosité n'a pas sa place dans cette opération.
          Son fidèle garde magna fait un pas en avant, ses servomoteurs enrichissent le silence de leur atypique sonorité, mais Tericarax pointe un autre endroit pour lui : son doigt d'acier pointe une localisation dans l'air, vague, imprécise, mais que le garde interprète et comprend. Sans mot dire, car il ne possède pas de vocodécodeur, l'automate s'incline en signe de compréhension, puis d'un pas machinal – crispé – il se rend vers sa destination.

          Alors, le lieutenant prend la tête, la générale Yvanol et ses trois gardes dans son sillage. Ils longent l'une des routes principales de Pau-city. Bientôt, les bâtiments à leur gauche s'effacent, car la route s'approche du grand gouffre autour duquel la cité est bâtie. Le plafond rocheux s'ouvre entièrement à cet abîme, d'où perce l'implacable lumière solaire – brûlante en cette heure avancée de la journée. Sur leur droite, les maisons sont en symbiose avec la roche, extirpées des murs comme des reliefs inédits. Les saillies percent à travers la roche à la façon dont le squelette perce sous la peau d'un affamé : rachitiques, toutes en protubérances et en nervures des embryons dévoilés par le savoir-faire Utapaun, accouchés par les architectes Pau'an et les ouvriers Utai.

          Dans cette ville à laquelle Tericarax a – temporairement – ôté la vie, il n'est âme qui bouge. Seules quelques escouades B1 ici et là, pour tromper l'immobilisme qu'il a imposé. Suivant la route, ils montent sur une large plate-forme. Le sol est aménagé – renforcé car l'on approche des quartiers les plus privilégiés. Finalement, ils arrivent devant les quartiers d'où Tarun Blaum dirige le port de la ville, où il réside également. Deux garde magna gardent l'entrée, mais ils s'écartent devant leur supérieur. Alors, lui, d'une révérence froide, invite le trio qui le suit à entrer. Ils errent quelques minutes dans le bâtiment, inoccupé si ce n'est pas les gardes magna, à l'immobilisme statuaire. Le silence mortuaire de l'endroit n'est perturbé que de leurs seuls pas – légers pour les trois humains, pesant pour celui du cyborg.

          Ils entrent enfin dans un petit cabinet, décoré sobrement. Allongé sur l'unique sofa de la pièce, celui qu'ils sont venus voir : Tarun Blaum. La générale s'approche, la voici qui se met à son niveau après quelques secondes d'hésitation. Avec douceur, elle l'appelle, avec bienveillance elle l'encourage, avec mesure et courtoisie elle tente de l'apprivoiser. Mais à ses tentatives, l'autre ne répond que par un silence – tremblant d'inconscience. Le cyborg reste silencieux. Il étudie le protocole. Lyzs Yvanol soupire, lui jette un regard. Espère-telle son aide ? Il ne bouge pas : il veut voir jusqu'où elle peut aller, il veut voir ce que la garde Républicaine peut faire. Elle est générale si jeune. Elle est talentueuse alors. Et il veut voir ce talent en action. Agir serait tuer la possibilité de voir le talent se dévoiler. Agir serait interrompre l'expérience. La question : comment va-t-elle faire. Le protocole est laissé à sa discrétion. Les résultats sont imprévisibles. L'observation est déjà lancée. Les yeux du Séparatiste fixent l'humaine ainsi que le Pau'an avec une avidité renouvelée, affamés par le moindre détail, taillant en pièces la scène comme une meute de loups une proie. Elle l'encourage à nouveau, et lève même sa main. Contact physique alors, eh ?

          Alors qu'elle fait un petit geste de ses doigts, le cyborg sent brusquement une désagréable sensation lui parcourir l'échine. Ses pensées se troublent, un bouillonnement affreux lui vient de sa moelle épinière, remonte le long de son échine jusqu'à son cerveau. Les bulles éclatent, embrasent son esprit. Tout lui paraît soudainement rouge. Son cœur est un gouffre noir au creux de son thorax, sa respiration est amère, mais ses pupilles se dilatent. D'où vient cette souffrance ? D'où proviennent ces sensations sans explication ? Il ne doit pas perdre une seconde de la scène. L'impression dans son torse se renforce : ses organes s'affolent, se débattent dans une substance qui leur est inconnue. Les yeux de Tericarax fixent toujours Lyzs et Blaum, une pensée irrite son esprit, un instinct soudain et déraisonné, incompréhensible, une couleur, un éclairage monstrueux et cireux jeté sur la pièce : une sensation similaire à celle qu'il ressentait avec le Pau'an, il se ressent l'envie de violence, une inexplicable sensation, il n'a qu'un désir : éliminer ici et maintenant tous les êtres de cette pièce.
          Ses tempes deviennent pesantes, son esprit se rétracte sur des pans entiers. Il fait un pas en arrière, sa tête l'élance : tuer, il doit tuer. Ridicule, risible, illogique, non-efficace, ce n'est pas l'objectif. Mais il doit éliminer, il se sent investi d'une énergie qui ne saura être libérée que par la mort d'un autre, de sa main. Bancal, paradoxal, irrationnel, cela ne remplit pas les contraintes imposées par la traque, cela ne permettra pas de trouver les Sith. Faux, faux faux ! Inefficace, incohérent, incompatible avec la traque des Sith. La traque des Sith....La traque des Sith. Les images reviennent, vivaces : sa mémoire trouve un échappatoire au carquois émotionnel, s'arrache aux barreaux de pulsion meurtrière, fissurent la gangue inexplicable. Le bâtiment. Le couloir effondré. Tericarax et son équipe à la poursuite des criminels. Les carcasses de B1 et de B2, le cadavre du Twi'leck. Tarun Blaum...Le sauvetage. Les données massacrées. Les corps dans la ruelle. L'Utai. L'Etat-Major. Les ordres de Cinder. La générale Yvanol et son calme olympien. La garde Républicaine. Les forces vers Félucia...Comment tenir les Sith en échec...Comment tenir les Sith en échec...

          La braise se consume et s'éteint. La logique reprend ses droits, le calcul glacial noie les flammes, tue la chaleur. Les douleurs disparaissent. Le cyborg a une toux grasse, respiration difficile, souffle court. Que vient-il de se passer ? Les deux premières fois, il avait songé à une simple impression, mais ici...S'agirait-il d'émotions... ? Ceci n'est pas possible. Pas en des circonstances normales..
          .

          - Vous avez obtenu quelque chose d’autre ? Quelles méthodes avez-vous utilisées, jusqu’à maintenant ? 

          Cette ultime phrase, la douceur de la voix, le regard purement concentré sur la réflexion achèvent de ramener le cyborg à la situation présente. Il secoue la tête, pour chasser les derniers relents de douleur du peu de portions organiques qu'il lui reste – et pour faciliter aussi sa respiration. Alors la générale a échouée, huh ? Il mène cette dernière en-dehors de la pièce. Son esprit peine encore à se remettre pleinement de l'expérience qu'il vient de vivre – bien que son corps d'acier ne puisse pas trahir sa douleur – mais il sait parfaitement que sa voix serait un son funeste aux oreilles de Tarun Blaum. Une fois à l'extérieur de la pièce, le lieutenant goûte la fraîcheur des couloirs plus vastes, et de l'air plus frais.

          - Non, dit-il enfin. Ce sont les proches de Tarun Blaum qui, jusqu'ici, ont tenté de le rassurer et de lui parler. Ils ont probablement utilisé des méthodes analogues aux vôtres : contacts physiques rassurants, paroles douces et encouragements. J'ai eu un moment d'absence, générale. Permettez moi de supposer ici que vous avez fait usage de la Force, à défaut d'avoir pu l'observer en détail par moi-même.

          Il tousse quelques secondes, tandis que les réflexions reprennent dans son esprit leur rythme usuel.

          - Nous ne pouvons pas l'approcher par la douceur ; la violence ne ferait que le briser définitivement. Mais je pense, générale, qu'il y a une autre approche possible. Connaissez vous l'araignée maari ? C'est un arachnide originaire de Naboo. Les araignées tissent des toiles, et les femelles ne laissent les mâles y pénétrer que s'ils tapent une séquence correcte sur les fils de la toile : un code d'entrée si vous préférez. Alors, la femelle rejoint le mâle pour la reproduction. Dans le cas contraire, elle dévore l'intrus. L'araignée maari se rend sur les toiles d'autres araignées, et imite le code approprié...Pour dévorer la femelle. Une stratégie...(Il s'arrête et se racle l’œsophage. Il exhorte, tousse, secoue la tête puis reprend)...Similaire me semble appropriée. Certes, non compatissante. Mais son comportement trahit sa peine à reconnaître son environnement. Faites-vous passer pour son fils, générale. Il est possible qu'il ne saisisse pas la différence de timbre, et s'attache seulement aux intonations. Son fils était présent avec lui. Il le sait mort. Si vous l'incarnez un instant, il dévoilera à vous, qu'il pense perdu, des informations. Il se confiera au fantôme de sa progéniture, puisqu'il ne veut se confier à nous. Vous entrerez le code sur la toile de ses pensées.

          Les yeux du scientifique se fixent dans ceux de la garde. Ce plan est loin d'être parfait, il y a beaucoup d'hypothèses, et de « et si », mais il peut probablement fonctionner.
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            Auteur : Lyzs

            L’imposante carrure du lieutenant agit comme une bride forçant la jeune femme à garder sa perplexité pour elle. Toujours les bras croisés, elle réfléchit. Les séparatistes n’ont pas tenté d’autres méthodes et leur chef a des moments d’absence... La famille de Blaum n’a pas non plus réussi à obtenir d’informations. Et, maintenant, il faudrait se faire passer pour son fils ? En voilà une méthode ! Cette sombre histoire d’araignées et de code d’entrée ne convainc pas vraiment la garde. Pourquoi proposer un tel procédé alors que, bientôt, Blaum parlera ?

            Les yeux de la générale se plissent de plus en plus. Puis, soudainement, ils s’illuminent. Sa bouche s’entrouvre alors pour mieux inspirer tandis que son index désigne le plafond. Elle comprend enfin ! En retrouvant sa contenance, elle s’explique :

            — Ça pourrait marcher si notre homme était toujours en état de choc mais…

            Elle tient un silence, cherche ses mots. Le cyborg a dû penser que ces questions marquaient la fin de l’entretien. Cependant, il n’en est rien.


            — Sachez que ce n’est pas un raté. J’ai effectivement utilisé la Force. En fait, je lui ai suggéré de se calmer. Pour tout vous dire. Je pense qu’il devrait pouvoir répondre à nos questions dans quelques minutes.

            Une nouvelle pause. Lyzs hésite à finir son explication. Elle évalue le risque, mais se laisse emporter par son rôle et finit par se dire que ce n’est pas si grave. Son regard, filant doucement dans le vide au long de sa réflexion, revient sur le cyborg. Elle reprend :

            — Je me d… j’espérais simplement en apprendre un peu plus avant de reprendre.

            Finalement, non. Elle n’osera pas avouer que ses premières impressions sur la CSI lui ont laissé imaginer qu’ils auraient pu être brutaux avec le pau’an. Elle affiche un petit sourire gêné pour répondre à ce qu’elle pense être son propre manque de courage. Mais, cette brève expression s’efface d’un seul coup. La générale tourne la tête puis le buste vers la porte qui se trouve derrière elle. Le temps de comprendre la vision fugace qui vient de lui traverser l’esprit, elle se met en garde. Sa main est avancée et ses doigts sont prêts à réceptionner son sabre, mais le danger n’est apparemment pas immédiat. Une seconde passe le temps qu’elle se fasse une idée un peu plus claire de ce qui est en train de se passer. Puis, elle s’élance vers l’autre pièce.

            — On a un problème.

            D’un pas décidé, pressé, elle entre alors que la porte n’a même pas finit se rouvrir.

            — Tarun ?

            — J-je… Qui êtes-vous ? Demande-t-il en se redressant, surpris et perdu.

            — On n’a pas le temps, il faut…

            Soudainement, un fin projectile vient briser l’une des fenêtres. Il s’approche à toute vitesse du crâne du pau’an, mais rencontre la lame blanche de la républicaine. Déviée et à moitié fondue par le choc, la balle de métal rougit va percer dans l’un des murs. En état d’alerte, la générale met son habituel embarras de côté pour attraper l’homme par le col. Elle le force à se lever et le jette en direction de la sortie. Totalement déboussolé, celui-ci se laisse faire. C’est une scène étrange, lorsque l’on sait que les pau’an sont bien plus grands que les humains. Presque sortit, Blaum lutte contre son inertie pour s’arrêter et se retourner. Désorienté, il essaie de comprendre ce qu’il se passe, mais la petite humaine n’a pas l’air d’humeur à donner des explications. Tout en ajustant sa poigne à l’aide

            — Allez ! Sortez ! Lui ordonne-t-elle sans même le regarder.

            Les deux gardes républicains, qui se sont précipités pour entrer, sont interrompu par un ordre gestuel. Ils attrapent le pau’an et le sortent de la salle. Dans le même temps, la générale attrape de petites macrojumelles qui se trouvent à sa ceinture. Elle les place immédiatement devant ses yeux pour regarder à travers l’ouverture. L’objet de son attention est vite capté : elle zoome pour apercevoir un homme dont le visage est masqué par une visière et un foulard. Celui-ci relève un long canon auquel est attaché un trépied. Il s’empresse de décamper. Lyzs a déjà connecté le comlink logé dans son col. Sans quitter la position du tireur, elle observe les données qui défilent devant ses yeux, éteint son sabre qu’elle tenait en avant jusque-là et distribue ses instructions :


            — Hostile à 360m de ma position, 67 degrés, un niveau au-dessus de nous.

            Abaissant ses lunettes, elle relève l’écran de son datapad sans le détacher de sa ceinture. Quelques points lumineux sont présentés sur un plan vide d’autres informations.

            — G11, G14. Vous quittez tout et vous vous mettez dessus. Foulard gris, casque et uniforme confédéré. Un sniper en bandoulière. Agité.

            Une dernière information plus qu’utile, pour ses sensitifs. Après tout, combien d’hommes se promènent ici sous les couleurs de la CSI ? Peut-être n’il y a-t-il pas beaucoup d’organiques, mais il vaut mieux être vigilant.

            Un peu méfiante, la républicaine jette un regard derrière elle avant de s’approcher de la fenêtre pour balayer la zone grâce à ses jumelles. Elle constate qu’il y a peu de mouvement au loin. Elle les remet ensuite à leur place, pensive. Pourquoi un séparatiste voudrait-il faire taire Tarun Blaum ? Il pourrait tout aussi bien s’agir d’un infiltré, mais Lyzs n’a pourtant pas eu l’impression d’avoir eu affaire à un sensitif. Il s'agirait d'un pion Sith voulant faire taire un témoin ? Ou bien peut-être que ce les confédérés qui mijotent quelque chose ? Elle relève la tête pour observer Tericarax, comment réagit-il ?

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              Auteur : Tericarax

              La générale révèle ce que soupçonnait Tericarax : elle a bien usé de la Force, mais pour tenter d'apaiser Blaum et le mettre en confiance. Avec les effets qu'elle a déclenchés, le Pau'an devrait parler d'ici quelques minutes. Le ton, la posture, le regard, tout est évoqué sans le moindre doute, pas de marge d'erreur : pour cette Lyzs Yvanol, Tarun Blaum va parler, c'est une certitude. La curiosité du cyborg s'anime. Il n'a que peu vu le protocole hélas ; il a vu les doigts de la générale s'agiter, puis a succombé à une inexplicable fureur. Mais un si bref geste, et la voici assurée de son succès ? Sur quelles données, sur quelles analyses, sur quoi peut-elle se baser pour affirmer si solidement les événements à venir ? La femelle humaine se désole du manque d'informations. Paradoxale et futile réflexion : si Tericarax possédait des informations, il les lui aurait transmises avant l'entretien, par soucis de clarté et par égard au fait que toute donnée est bonne à prendre. Il n'est pas dupe : ce n'est pas tout à fait à lui que s'adresse l'humaine. Moyen psychologique classique pour les êtres sapiens de décharger leurs émotions, parler dans le vent. Est-ce juste cela ?

              Mais elle change sa posture, soudain. Le prodigieux temps de réaction de Tericarax met immédiatement en marche toute la machinerie de son esprit : il retient le déploiement – presque instinctif – de ses vibrolames. La générale ne bouge pas ainsi pour lui, ce n'est pas un mouvement d'agression, non. La posture est défensive, la menace invisible. Les pupilles reptiliennes du scientifique se dilatent et ne quittent plus l'humaine, magnétisées par son image. Il ne retient plus que cette jeune femme aux cheveux noirs, si frêle mais à présent à l'expression si grave.
              Soudain, la voici qui s'élance vers le petit boudoir de Blaum. Étonnant comportement. Quelle intuition peut justifier pareil déplacement ?
              Sa curiosité déchaînée, mais dans le silence le plus total, Tericarax la suit du regard. La surprise est absente de son esprit, même si son pas lent – comme hésitant – pourrait faire penser l'inverse. Non, ses neurones cogitent bien sur l'agissement de la républicaine. Comment justifier son soudain revirement d'humeur ? Est-elle sujette au même phénomène dont le cyborg a été victime quelques secondes auparavant ? Il la regarde entrer. Elle fait lever Tarun qui, déboussolé, jette des regards apeurés autour de lui mais s'exécute docilement. Tericarax n'a pas le temps d'établir la moindre corrélation entre toutes les observations comportementales des dernières secondes : une fenêtre éclate soudain dans la pièce. Un fragment de seconde, un violent ricochet dans un mur, et la générale tient son arme en main.

              Un sabre laser ? Les différentes pièces, prises une à une, sont incohérentes, inconsistantes, déliées. Les puissants algorithmes de logique et de mathématique qui guident le Kaleesh déchiquettent la scène. Fenêtre qui explose. Influence météorologique hautement improbable ; ne correspond pas à Utapau. Impossibilité statistique qu'il s'agisse d'un grêlon, d'une roche ou même d'une météorite. Météos récentes, localisation de la fenêtre, angle par lequel le verre a explosé, impossible, rigoureusement impossible. Hypothèses : conséquence de la Force, tir. Première hypothèse rejetée, illogique.
              Impact sur le mur : hypothèse : projectile. Explosion de la fenêtre : hypothèse retenue : projectile. Corrélation évidente entre les deux. Le tir est le plus probable. Explication du sabre laser : déviation du tir. Explication de la posture de la générale : hypothèse de prescience. Cette possibilité est corroborée par les informations accumulées au sujet des utilisateurs de la Force, aux réflexes prodigieux et dotés d'une pseudo-capacité à déterminer l'avenir (quoi que non vérifiée et contrôlée empiriquement à l'heure actuelle).
              Un fragment de seconde s'est écoulé entre la déviation du tir et maintenant. Alors parvient le son d'une détonation, qui provient de la fenêtre, comme un lointain coup de tonnerre. Le son du tir, huh ? Temps écoulé entre la générale faisant lever Blaum et maintenant : une seconde et demi, songe le cerveau rigoureusement mathématique. Fabuleux réflexes. Temps de réaction extrêmement élevé, intuition et célérité hors du commun. Par quels processus neurobiologiques a-t-elle pu prévoir ainsi l'arrivée du projectile et le parer avec une telle dextérité ? Comment peut-elle se mouvoir avec pareille fluidité et réagir à des événements avant que ces derniers ne se soient produits ? Fascinant, proprement fascinant. Ceci, ceci justifie parfaitement comment elle a pu se hisser au poste de générale.

              L'autre sort une paire de jumelles. Ayant trouvé une explication rigoureusement logique à son comportement, Tericarax détache ses yeux de ce fabuleux spécimen. Ses pensées s'axent maintenant sur le tireur et les événements satellitaires autour de cette Yvanol.

              En prenant en compte le délai entre l'arrivée de la balle et la détonation, c'est un tir à longue distance. Puisque ni les gardes ni les patrouilles n'ont empêché le tir, et qu'il n'a reçu aucun message des troupes au sujet d'une quelconque intrusion, l'individu possède ou bien de fabuleuses capacités de dissimulation...Ou bien il a infiltré les troupes.

              Les magna, alertés, accourent et forment un véritable bouclier de métal autour de Tarun Blaum.
              À cet instant, la générale revient à son niveau, après avoir distribué ses ordres. Il a noté la position qu'elle a déclaré pour l'hostile, effectue mentalement la conversion en coordonnées. Son datapad s'illumine, devant lui apparaît l'image de son propre garde magna, mais aussi de deux OOM.

              - Changement de prérogatives : hostile à appréhender un niveau au-dessus, coordonnées estimées à 66-48-92. Porte l'uniforme séparatiste selon toute vraisemblance. Coopération avec les gardes républicains de mise. Armes réglées sur tirs non létaux, je le veux vivant, commande-t-il froidement.

              L'image s'interrompt sur le garde s'inclinant et les OOM se mettant au garde-à-vous. Tericarax tousse, puis ses yeux glacés reviennent sur la générale. Intervention sans laquelle Tarun Blaum serait mort. Sniper, mais dans quel but ? Pour qui le Pau'an serait-il embarrassant au point de justifier un assassinat en règle ? Les hypothèses sont prêtes à être formulées, mais le lieutenant les écarte mentalement : ce n'est pas le moment. Il considère pendant un moment de prendre part à la chasse. Pareil événement n'est pas anodin, échouer à capturer le sniper serait un inacceptable déboire. L'on fera confiance aux troupes. C'est le moment de constater l'efficacité de la garde.

              - La sécurité de M. Blaum est notre première priorité, indique-t-il autant à lui-même qu'à l'humaine. La tournure des événements indique que notre cher Pau'an ici présent a un peu trop de valeur aux yeux de certains. (Ses iris reptiliens brillent encore de curiosité). Ce tireur n'a pas agit sous mes ordres, si pareille idée avait traversé votre esprit, générale. Je présume qu'il n'a pas agit non plus sous les vôtres : souhaitez-vous prendre part à la traque, ou amener notre invité en lieu sûr et poursuivre votre...Douce interrogation de sa mémoire ?

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                Auteur : Lyzs

                — …Ce tireur n'a pas agi sous mes ordres, si pareille idée avait traversé votre esprit, générale…

                Lyzs s’est retournée. Le séparatiste juge bon d’être rassurant. Il fait bien : la générale raccroche son sabre à sa ceinture sans mot dire. Elle jette ensuite un dernier regard à la fenêtre avant de se diriger vers la sortie. Sans y faire attention, elle écrase quelques bouts de verre avant de passer devant Tericarax. Elle fixe alors le mur de magnagardes.

                — …souhaitez-vous prendre part à la traque, ou amener notre invité en lieu sûr et poursuivre votre...Douce interrogation de sa mémoire ?

                Elle s’arrête. De ses deux mains, elle fait signe aux droïdes de libérer le passage pour qu’elle puisse atteindre Blaum. Les gardes regardent leur lieutenant, puis s’écartent enfin.

                — Il nous faut plus d’informations. Le plus rapidement possible…

                Les deux autres républicains attendent là, en se questionnant encore sur les récents événements. Ils sont sur leurs gardes. Lyzs leur adresse un regard avant de leur faire, à eux aussi, un signe de la main. Ils se redressent et éloignent leur main de leur sabre, toujours ignorants.

                La générale se rapproche ensuite du Pau’an. Celui-ci fait bien deux mètres. Elle lève donc les yeux pour observer son visage marqué par la peur. Finalement, après avoir lancé quelques coups d’œil agités par ci par là, il comprend qu’il faut porter son attention sur la jeune femme. Il incline alors la tête pour remarquer que deux yeux bleus percent à travers lui. Il a déjà vu cette petite personne, peut-être il y a quelques minutes, même. Cependant, tout lui semble si flou. Il s’agissait peut-être d’un rêve ? Très certainement. Après tout, le regard dont il se souvient était bien plus rassurant, plus doux. Ces yeux-là ne sont pas ceux d’une personne appelant au calme. Non. Il s’agit plutôt des yeux d’une personne qui veut des réponses, et vite.

                Lyzs, secouée par l’attaque, estime qu’elle n’a plus de temps à perdre. Des Sith et un assassin courent toujours sur Utapau. Des gens exécrables qu’il vaudrait mieux avoir sous contrôle et sur lesquels Blaum pourrait avoir des informations. Certes, il s’agit d’une victime, mais les circonstances sont telles que la générale se sent pressée, forcée de changer de méthode.


                — Tarun, je sais que vous souffrez. Mais, des gens sont morts. Et pas vous. Vous comprenez ? On vient d’essayer de vous tuer, à l’instant. Ce n’est pas un hasard…

                Lyzs se rapproche un peu plus. Elle doit lever la tête, un peu plus encore. Tarun, lui, ne la suit que des yeux. La fille soupire. Sans trop savoir quoi dire, sentant la pression de l’instant, l’homme peine à avaler sa salive.

                — Si vous voulez que l’on vous protège efficacement, il va falloir nous en dire le plus possible. Vous ne voudriez pas que ces meurtriers s’enfuient, n’est-ce pas ? Vous voudriez qu’ils assassinent d’autres innocents ?

                Elle marque un silence, observe sa réaction inhibée par ses peurs et ses doutes.

                — Non… C’est bien ce que je pensais. Alors, pourquoi voudrait-on votre tête ?

                Lyzs envoie une image violente dans l’esprit du pauvre homme. Sa tête. On veut sa tête. Il détourne le regard, en imaginant une triste scène, sans doute. Puis, il revient sur la générale. Ses yeux se portent alors sur ses fins bras croisés. Plus précisément sur la pièce d’armure qui s’y trouve. Il y voit un symbole républicain gravé subtilement, puis il retourne à nouveau les deux perles bleues de la générale.

                — J-Je ne… tente-t-il, déboussolé.

                La jeune femme comprend. Elle use de toute sa maîtrise d’elle-même pour rester forte, droite, impressionnante même. Finalement, elle arrive à afficher un sourire confiant.

                — Je vois...

                Si proche du but, mais bloquée pour si peu. Lyzs décide alors de donner un peu d’espace au pau’an. Elle recule de deux pas et se libère, par la même occasion, de cette désagréable tension.

                — La république collabore actuellement avec la CSI. Vous pouvez parler. Nous devons avancer. Et vite.

                Blaum n’a pas l’air moins tourmenté, même s’il peut à présent détendre son dos. De la tête, il montre qu’il ne s’accorde toujours pas le droit de parler. Mais, il rassemble son courage. Bien qu’impressionné par l’assurance de l’humaine, il se jette à l’eau :

                — Je ne peux pas. Pas à vous... Pas à une républicaine.

                Lyzs fronce les sourcils. Il ne voit pas la personne, il ne voit pas la cause. Non, il voit un drapeau, une bannière. Elle aussi, hoche négativement la tête. Embêtée, désolée, elle ferme les yeux un instant.


                — Ne me forcez pas, Tarun. Je vous dis que nous avons un but commun.

                Blaum n’a pas l’air rassuré : il cherche ses mots. Sûrement pour refuser une nouvelle fois.

                Quel manque de coopération. Lyzs, agacée, perce à nouveau Tarun du regard. Elle se rapproche et attrape ses épaules. Les magnagardes, en alerte, changent leur attitude. Mais, ils n’interviennent pas : la républicaine ne fait qu’agripper le pau’an pour l’incliner vers elle. Leurs yeux sont à quelques centimètres les uns des autres. Le pauvre homme transpire, il ne sait pas quel genre de souffrances l’attendent. Il sent que l’humaine n’est pas concentrée sur ses pupilles, mais sur ce qui se trouve derrière…


                — Qui pourrait… vous être hostile ? Demande-t-elle, insistante.

                Sa prise s’affirme, ses sourcils se froncent un peu plus alors que ses yeux, eux, s’ouvrent de plus belle. L’homme ne peut pas répondre : sa bouche est entrouverte, mais aucun son n’en sort. Il est comme paralysé par un frisson courant le long de son dos. Il tremble un instant, avant d’être libéré : Lyzs lâche prise et secoue la tête, comme pour chasser une mauvaise pensée.

                La réponse tant désirée, celle que le pau’an n’osait pas donner, est enfin là. Une brève image. Puis un nom, prononcé par une voix inconnue, qui semble y être attaché. Il s’agit d’un souvenir vague, d’une connaissance qui aurait pu se trouver là depuis longtemps. Tout en s’éloignant, Lyzs cherche. Rien. Cela ne lui dit rien… Finalement, elle se tourne vers le lieutenant Tericarax.


                — Qui est… Qui est Sharkaran El… Eldj… Eldjurath ?

                Blaum est déboussolé, terrifié. Il a l’impression d’avoir été volé... d’avoir été dupé ! Il aurait trahi la confiance de la CSI sans le vouloir ?

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                  Auteur : Tericarax

                  L'humaine se lance sans attendre dans un nouvel interrogatoire. L'escorte de IG-100 autour du Pau'an se dresse contre la générale, mais Tericarax leur fait signe de s'écarter d'un geste de la main, laissant la générale à ses procédés. Il aimerait, naturellement, observer le protocole – sans interruptions cette fois. Mais l'heure n'est pas à l'observation, il faut travailler en parallèle, car sinon l'on prendra du retard. Le temps manque, l'heure est à l'efficacité et plus à la curiosité.
                  Le personnage s'éloigne encore plus de la générale. Il ne faudrait pas faire échouer sa manœuvre, on lui fera donc confiance. Et si elle obtient des informations critiques sur la CSI ?
                  Le cyborg avise. Il y a en tout et pour tout huit magna gardes. Avec lui, cela fait bien assez de bras pour la réduire au silence, si elle devait s'avérer une menace. Malgré toute la compétence qu'il veut bien lui accorder, il n'est personne qui ne puisse triompher avec un désavantage numérique si conséquent. Mais cette piste de réflexion est futile – une perte de temps protocolaire digne d'un politicien, qui n'a aucun futur.
                  Il y a plus important : pourquoi Tarun Blaum a-t-il été visé à l'instant, et comment ceci se lie-t-il à tout se qui s'est passé ces derniers jours ?

                  Il tapote sur son datapad tout en réfléchissant aux événements dont il a connaissance. Attentat contre une assemblée de représentants haut placés. Selon les messages d'alerte, les responsables sont des Sith, on appelle la CSI à l'aide. En arrivant sur les lieux, on trouve un cadavre de Twi'lek : supposément l'un des Sith. Mais qu'est-ce qui vient l'affirmer ? À la réflexion, il ne manipulait qu'une vibrolame, pas le sabre laser emblématique des Sensitifs. Tericarax peut utiliser quatre de ces lames à haute fréquence, cela ne fait pas de lui un Sith ou un Jedi pour autant ; il n'existe aucune corrélation entre l'utilisation de cet outil et une appartenance à l'un des...Dogmes de la Force. Aussi, il n'y a rien qui étaie à l'heure actuelle le fait que le Twi'lek soit bien un Sith. Cela pourrait tout aussi bien être un simple meurtrier qui se serait jeté dans la salle du conseil avec une vibrolame et des grenades.

                  Élément suivant.

                  Les deux cadavres dans la ruelle. Faute d'empreintes sur la gorge, ils sont supposés morts par un étranglement de Force. Ceci est cohérent avec l'attaque des Sith : la ruelle où ils ont été trouvés est un chemin de fuite du siège, c'est une route pour fuir la scène du crime. Un terroriste Sith aurait pris ce chemin et fait taire les témoins, de malchanceux badauds au mauvais endroit au mauvais moment. Correspondance parfaite. La façon dont ils sont morts corrobore parfaitement l'étranglement de Force : les signes biologiques sont clairs, ils sont morts de suffocation, mais sans que leur gorge ait été touchée physiquement. Une force s'est exercée sur leur œsophage, violente aux marques et aux déformations de l'épiderme et de la trachée, mais il n'y avait toutefois pas la moindre substance qui indique un toucher direct : pas d'empreintes extérieurs, pas de particules laissées par exemple par des gants, pas de stries laissées par une corde...Cet élément concorde avec l'hypothèse 1 : des Sith ont attaqués le conseil, et ces témoins sont morts par l'un des Sith en fuite.

                  Élément problématique.

                  L'assassin, véritable cheveux sur la soupe.
                  Le tireur embusqué met à mal les hypothèses précédentes. Il ébranle les certitudes et remet en question les raisonnements et suppositions établies précédemment. En effet, la supposition était que les Sith ont attaqué le conseil pour faire passer un message ; pour se venger sans doute de l'assaut sur Cathar, un ultime acte d'arrogance futile pour se croire importants.
                  Toutefois, des terroristes suicidaires n'auraient pas été jusqu'à aller quérir un tireur de précision pour abattre toutes leurs cibles. Si les profils supposés par le lieutenant sont corrects, les individus ici sont par hypothèses désespérés au point d'être prêts à donner leur vie pour envoyer un message à la galaxie entière, mais aussi prêts à périr dans un coin boueux et perdu comme Utapau.

                  Incohérent avec l'engagement d'un tireur d'élite : bien trop méticuleux pour une attaque montée à la hâte. Hypothèses alternatives ?

                  La première, la plus triviale, est que le tireur soit le responsable de toute cette affaire ; le corps serait peut-être un complice, et les messages d'alerte seraient faux, pour brouiller les pistes. Ainsi, on forcerait les troupes séparatistes à chercher dans la mauvaise direction, pour avoir le champ libre et assassiner tranquillement les rescapés de l'attentat.

                  Tout en composant les identifiants sur son appareil, le lieutenant poursuit sa réflexion. Bien entendu. C'est plausible. Mais à quel point ceci est-il vraisemblable ? Sa mémoire fait le récapitulatif : Fondamentalement, plusieurs mondes sont attaqués simultanément par des pseudo Sith. On accuse en premier lieu une attaque sur Mygeeto, annoncée par un droïde OOM. Ensuite, des messages d'alerte quasiment simultanés, mais en retard de quelques heures par rapport à Mygeeto, en provenance de Muunilinst et Utapau. On dépêche des troupes sur Félucia au cas où. Quelles sont les chances que des tueurs posant comme des Sith puis des séparatistes aient sévi sur tous les mondes simultanément ? Quelles sont les chances que le message originel de l'OOM soit falsifié, et un piège tendu à la Confédération toute entière ?

                  Probabilités très faibles. Chances qui tendent vers zéro, quasiment nulles, inexistantes. Hypothèse improbable donc. Seconde hypothèse : des tueurs profitant des attaques Sith sur d'autres mondes pour en simuler une ici et tuer leurs cibles ni vu ni connu.

                  Le lieutenant avise. Ceci semble plus vraisemblable, toutefois les tueurs n'auraient eu aucun intérêt à lancer des messages d'alerte. S'ils avaient réussi par eux-même à passer la sécurité Utapaun, ils n'auraient alors pas eu à lancer une quelconque alerte ou à poser pour des Sith, car dans la situation actuelle ç'aurait été le meilleur moyen d'attirer l'attention et faire rater toute leur opération : un plan extrêmement stupide, vide d'intérêt, stérile. Cette hypothèse là ne peut être retenue. Il en reste une troisième...


                  - Lieutenant, dit en guise de salutation le droïde.

                  La réflexion du cyborg s'arrête un instant. Ses yeux se fixent sur la communication qui vient de s'engager. Devant lui se tient un automate aux allures cyclopéennes. L'unique lentille de son subordonné s'ajuste, comme un humain ajusterait une paire de lunettes devant ses yeux. De l'autre côté de la communication, le séparatiste tape rapidement. Il recule hors du champ de la caméra, puis revient brancher de larges fils entre eux. Enfin son attention revient sur son supérieur.


                  - Nous avons quasiment fini de restaurer les données. Ils ont massacré les caméras, mais les données ont été épargnés. Quasiment. Les systèmes sont archaïques, des cassettes holographiques. Mais c'est du solide, plus faciles à réparer que des disques. La baisse de courant a causé une boucle de retour qui a fait péter les circuits à hauteur de 78.3%. Pour pouvoir retrouver les images, on a donc dû extrapoler à partir du peu de signaux restants. Les images ne seront pas très nettes, lieutenant. Dans dix minutes on devrait avoir ça.

                  - Bien, vous enverrez ceci également à la générale Yvanol. Au plus cette information est dupliquée, au moins nous risquons de la perdre par une corruption lors de l'émission rétorque le Kaleesh sans enthousiasme. SVE-97, vous êtes un expert en signaux et en communications, n'est-ce pas ?

                  Le droïde hoche affirmativement de la tête tout en poursuivant ses tâches, concentré.

                  - C'est exact lieutenant.

                  - Par où passent les communications entre Géonosis et Utapau ? Réclame notre squelette d'acier. L'autre penche la tête sur le côté, pensif.

                  - Utapau possède deux relais Holonet avec une portée suffisante : chaque relais s'occupe de la moitié des utilisateurs de la planète, répartis géographiquement.

                  - Trouvez celui depuis lequel les dernières communications ont été lancées, commande Tericarax.

                  L'autre dé zoome avec son œil. Il s'éloigne de sa chaise, sort à nouveau du champ. Il revient avec une tablette, la branche à un écran devant lui – invisible pour Tericarax – et commence à chercher. Après quelques secondes, il annonce :


                  - C'est fait. Il s'agit du relais id 160-946-ad64-055. Celui affilié à cet hémisphère de la planète.

                  - Trouvez un relais qui aurait émis il y a moins de quelques minutes, à destination de Utapau-même. Id de l'appareil, et s'il émet encore sa position géographique.

                  À nouveau, SVE-97 se met à chercher silencieusement de l'autre côté de l'hologramme, laissant Tericarax seul avec sa lourde respiration. Les recherches sont plus longues cette fois, car il faut trier parmi des dizaines – des centaines de données. Malgré le blocus imposé, il est normal que des communications continuent à entrer et sortir, on ne peut pas bloquer l'HoloNet. Notre montagne d'acier se fend d'une douloureuse quinte de toux. La fraîcheur du bâtiment a beau être plus clémente pour ses problèmes d'asthme que l'étouffante chaleur des rues, elle ne peut soigner ses poumons : rien dans la galaxie ne le peut. Pendant ces quelques instants, Tericarax entame une nouvelle piste de réflexion.

                  En supposant la troisième hypothèse, quelles raisons peuvent justifier la mort de Tarun Blaum ?

                  - Je l'ai, dit le droïde.

                  Cela serait assurément pour le faire taire qu'on a tenté de le supprimer.


                  - Je vous écoute, dit Tericarax.

                  Mais le tireur s'est trouvé plus pressé que prévu. Il avait sans doute prévu de le tuer, mais l'opération et les ordres du lieutenant ont contredit ses plans ; avec la garde autour de Blaum, il a dû attendre un moment plus opportun. Eloigné des fenêtres, cloîtré entre tous ses gardes IG-100, le Pau'an n'offrait pas d'angle de vulnérabilité. Il n'en a offert un qu'au moment le plus critique, lorsque la générale Yvanol a commencé à l'interroger. À le faire lever.


                  - Dix mètres, lieutenant. Dans la pièce adjacente à là où vous êtes. Id impossible à déterminer, la communication est encryptée.

                  Tericarax lâche un « Merci » glacial, et interrompt la communication. Le tireur s'est montré impatient. Il devait faire taire Blaum, mais en voyant la garde républicaine et la Confédération si près de sa cible, il savait sans doute qu'il n'avait plus de temps. Ses dernières chances de supprimer le responsable Utapaun avant qu'il ne livre les précieuses informations se raréfiaient de seconde en seconde...

                  - Et donc il a tiré alors même que nous étions présents, souffle le Kaleesh pour lui-même. Mais c'était sans compter la présence de la générale...Elle a en même temps mis Blaum en danger et en même temps l'a sauvé.

                  Il tousse, reprend le chemin de la salle. À cet instant, ses yeux s'arrêtent sur une petite figure qui s'avance dans sa direction. Petite, élancée, c'est la générale Yvanol. Ayant posé son manteau, elle porte à présent une armure articulée, veinée dans ses courbes d'un bleu électrique. Ses yeux bleus trahissent une expression que le scientifique a déjà aperçu chez elle : le trouble. D'une voix perturbée – comme hésitante, elle demande :

                  - Qui est… Qui est Sharkaran El… Eldj… Eldjurath ?


                  Sharkaran Eldjurath. Si l'esprit du cyborg pouvait encore être marqué par la surprise, sans doute ses yeux trahiraient-ils un choc pur et simple. Ce nom, prononcé par ces lèvres...C'est véritablement quelque chose que l'esprit du scientifique n'avait pas envisagé. Mais, incapable de ressentir l'étonnement face aux revers les plus surprenants du hasard, Tericarax se contente d'observer la Républicaine de ses pupilles glaciales, dévorant de ses deux iris ternes chaque parcelle de la jeune femme. Position des mains, tenue de la colonne vertébrale, expression faciale, dilatation des pupilles, fréquence de la respiration, le cyborg note tous ces signes, tentant de déterminer s'il s'agit de bluff ou non.

                  Effort inutile, mais dont il s'encombre néanmoins : son esprit étant vide de sentiments, il est également incapable d'empathies. De ce fait, il ne peut pas deviner ce que tous ces indices comportementaux trahissent actuellement chez la jeune à la chevelure de jais. Elle pourrait être en train de bluffer ou d'être réellement étonnée, mais le séparatiste est purement incapable de distinguer les deux. Sharkaran Eldjurath.

                  Le nom fait soudainement l'effet d'un choc électrique à l'esprit du cyborg.


                  - Je vois, dit le séparatiste d'un ton algide, si sinistre qu'il en ferait frissonner jusqu'aux magna. Puériles machinations, subtiles mais futiles intrigues, embûches infécondes, complots périlleux et inutiles. C'est donc de sa main que ce tireur vient semer le chaos dans mes hypothèses, c'est donc par ses ordres qu'on chamboule mes opérations ? (Il fixe à nouveau ses yeux sur son interlocutrice. Le regard reptilien est fixe, comme magnétisé par les iris bleus de l'humaine.) Vous venez de marcher sur une toile dangereuse, générale, tissée par une araignée habile. Une que, même avec vos pouvoirs, vous ne pourrez pas dévorer seule.

                  Il bat l'air de la main, éloignant tout caractère menaçant de ses propos à la façon dont on éloigne un insecte agaçant.


                  - Savoir à quoi correspond ce nom ne vous apportera rien : au contraire, ceci vous mettra dans le même danger si ce n'est même pire que notre ami Blaum (le doigt rachitique du cyborg désigne fatalement le Pau'an alors qu'il parle). Mes assignations sont d'obtenir votre aide pour traquer les Sith ; pas de vous entraîner par accident et jeu de coïncidences dans un piège mortel. Ceci ne serait pas bénéfique à nos deux mondes, vous en conviendrez.

                  Sur ces énigmatiques paroles, le cyborg entre dans le boudoir où se reposait Blaum avait qu'on attente à son existence. Ses griffes passent sur les éclats de verre, éraflent le parquet, laissent la marque de Tericarax comme une balafre. Les meubles sont sans intérêt. Le sofa juste à la gauche de l'entrée est secondaire. La bibliothèque au fond de la pièce, sans importance. Non, c'est le bureau au centre qui attire tout l'intérêt du lieutenant. La pièce à côté de vous disait SVE-97.

                  Sur le meuble de bois, des papiers sont rangés avec le soin d'un apothicaire. Des feuilles - une denrée rare sur un monde comme Utapau – reposent sur le bureau, à côté dort un porte-plume attendant son encre. Tericarax contourne le pupitre, repousse d'un geste un luxueux siège rembourré, et s'agenouille pour se mettre au niveau du meuble. Trois tiroirs lui font face. Sans attendre, il tente de les tirer et de les ouvrir ; mais les tiroirs ont une serrure, et elles réclament une clef. La vibrolame du cyborg se déploie en claquant et se met à vrombir.

                  ***

                  Lorsque Tericarax revient au niveau de Lyzs, il tient dans sa main droite une petite puce, qu'il tend à la Républicaine.


                  - Un mouchard, dit-il.

                  Il tousse, puis se redresse. Derrière lui, le bureau n'est plus qu'un tas de bois déchiqueté et méconnaissable, et pour cause : le mouchard était logé à même le bois, pas dans l'un des tiroirs comme il l'avait soupçonné au début. Il accuse le coup. Il devrait expliquer à la générale au moins une part de son raisonnement, sans quoi elle risque de penser – à tort – que Tericarax a massacré le meuble pour calmer ses nerfs. Avec l'application d'un - sinistre – professeur, il entame :

                  - N'avez vous pas trouvé étrange que le tireur décide d'agir lorsque nous sommes présents ? Sûrement, il aurait pu supprimer Blaum dans les jours précédents votre arrivée, mais il ne l'a pas fait. Pendant que vous l'interrogiez, je me suis demandé pourquoi ; j'en ai déduis que c'était en premier lieu parce qu'il n'en avait pas eu l'opportunité. Traumatisé par les événements récents, notre « ami » n'a quasiment pas bougé de son sofa. Avec le peu d'immeubles présents dans la zone, ceci limite grandement les fenêtres de tir possibles. La fréquence des patrouilles droïdes par ailleurs était un second facteur limitant : notre tireur devait avoir un angle d'où il ne puisse être vu, car même en séparatiste il aurait attiré l'attention avec pareil matériel...Tericarax s'arrête. Sa trachée s'enflamme après avoir parlé aussi longtemps en continu. Sa voix se trouble en des sons gutturaux répugnants. Il exhorte, des secrétions l'empêchent un moment de respirer. Il reprend enfin : Mais ceci n'explique pas pourquoi le tireur a choisi de tirer maintenant. Votre arrivée n'aurait pas été un facteur suffisant, puisque vous étiez sensée m'aider à chasser les Sith – et Sharkaran Edjurath est tout sauf lié à ces derniers. Un tireur embusqué qui tente d'assassiner Tarun Blaum ? Des informations sensibles ? L'espionnage des faits et gestes de notre victime était un effet de bord logique, prévisible. Or, vous avez parlé vous même dans le bureau et commencé à interroger Blaum. Pourquoi le tireur n'a-t-il pas tiré à ce moment là ? Parce qu'il n'était pas encore là. Il était en train d'écouter les actions de Blaum, et votre voix l'a alerté : il a su que des gens étaient présents pour extraire des informations de sa cible, et il s'est mis en position aussi vite que possible. C'est pour cela que vous avez eu le temps de le...Prévoir. J'ai demandé à l'un de mes hommes les communications les plus directes passant par un relais HoloNet et allant d'Utapau à Utapau. Compte tenu du blocus, de telles transmissions sont tout sauf courantes. L'une d'elle provenait de ce bureau. J'en ai déduis le mouchard.

                  Il s'interrompt à nouveau en une tousse grasse et maladive ; l'on le croirait atteint de la pire des pneumonies, mais le mal qui ronge ses poumons est plus pernicieux encore. Il reprend doucement son souffle.

                  - C'est une affaire que je pense indépendante des Sith. C'est l'hypothèse qui me semble la plus probable : un croisement d'attaques simultanées, mais seule celle du tireur dépend de celle des Sith. Les Sith ne sont pas liés à Sharkaran Edjurath, ni à ce que sait Tarun Blaum. Vos troupes seront bien aptes à attraper le fugitif, jointes aux miennes. Mais nos fugitifs du Côté Obscur courent toujours, eux.

                  Il porte ses yeux sur le Pau'an, qui est apeuré dans un coin du couloir. Le but de base était d'en tirer des informations sur les utilisateurs du Côté Obscur, et à présent on lui donne le nom d'un des énigmatiques consuls de la CSI actuelle ? Il va y avoir du ménage à faire.
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                    Auteur : Lyzs

                    Lyzs, assez perplexe, écoute le cyborg. Celui-ci s’exprime à la manière d’un auteur. Métaphores et tournures de phrases alambiquées sont de la partie. Mais, au moins, le message passe : Sharkaran Eldjurath est quelqu’un d’important. Un ennemi du lieutenant, peut-être ? Ou bien une personnalité confédérée ? Il faudra se renseigner à ce sujet mais, pour l’instant, ces affaires n’ont pas vraiment d’intérêt pour la jeune femme. Tout ce qui compte, c’est de savoir si cette personne a un lien avec les attaques Sith. Piège « mortel » ou non.

                    Pendant que la républicaine fait du ménage dans les sentiments volés à Tarun Blaum durant l’extraction de son petit fragment de souvenir, Tericarax, lui, s’attelle à réduire un bureau en miettes. Peut-être que c’est ce nom, qui lui fait cet effet ? Probablement pas. Après tout, la générale a du mal à percevoir une simple variation d’humeur chez le cyborg. Les chances pour qu’il s’énerve sur ce meuble pour passer ses nerfs sont bien trop faibles.

                    La pauvre créature guidée par sa logique et sa loyauté revient enfin pour présenter sa trouvaille : un mouchard. S’en suit un raisonnement sur la récente tentative de meurtre et sur la découverte du petit gadget. Bien qu’il soit unique en son genre, il faut reconnaître que le lieutenant est diablement efficace dans son domaine d’expertise : le raisonnement logique.

                    D’un coup, celui-ci s’esquinte ce qui lui reste de sa gorge avec sa plus impressionnante toux. La générale semble prise d’empathie : rien qu’entendre cet immonde bruit lui fait mal aux bronches. Il se calme enfin et Lyzs se décrispe à son tour. Puis, le cyborg explique sa conclusion : Sharkaran Edjurath n’est pas lié aux Sith. Le tireur d’élite serait lié à cette personne. Et non aux adeptes du côté obscur. Pourquoi pas ? Cela semble tenir la route. Cependant, tout cela manque de preuves tangibles. Lyzs, pensive, se tient le menton en reliant les points.


                    — Sharkaran aurait quelque chose à voir avec les victimes. L’attaque des Sith aurait précipité ses actions… Probable. Mais, peut-être que les Sith eux aussi agissaient sous ses ordres ? Le fait que nous les traquons les empêche de finir le travail, alors on aurait fait appel à ce tireur…

                    Les yeux bleus de la générale quittent le vide dans lequel ils s’étaient plongés pour revenir sur Tericarax. La petite républicaine n’est pas satisfaite.

                    — C’est une hypothèse tout aussi valable non ? Je comprends bien que l’affaire Eldjurath est très certainement un « jeu » interne à la CSI. Ce sont vos affaires. Par contre, si celui-ci a quelque chose à voir avec ces Sith, c’est une autre histoire…

                    Nouvelle réflexion. Peut-être a-t-elle parlé un peu vite ?

                    — Hm… Non, non. Vous avez certainement raison. Je manque d’informations au sujet de cette personne. Je ne vois pas pourquoi un confédéré ferait appel à des Sith pour faire ce genre de travail. Je ne vois pas non plus pourquoi il ordonnerait des attaques Sith sur différents mondes séparatistes... Ou alors ce serait bien plus grave que prévu. C’est un peu tiré par les cheveux.

                    Elle affiche un air déçu. La faute au peu d’informations utiles apporté par cette virée dans l’esprit du pau’an. Un effort pour rien…

                    — Je pense que vous avez raison. Ce sont deux problèmes différents. Ce qui ne nous avance pas dans notre recherche.

                    Elle se tourne à moitié pour s’adresser au survivant.

                    — Donc, Tarun…

                    Une interruption. Quelque chose sonne. L’attention de Lyzs se porte à présent sur son datapad. Il s’agit des résultats des travaux séparatistes : les vidéos ayant captées les déplacements des Sith. Son comlink s’active ensuite :


                    — Générale, nous avons relayé les vidéos. C’est assez flou, mais on distingue bien nos hommes : le bith et le twi’lek. Avec les heures de capture, on peut en déduire qu’ils ne sont pas bien loin. Ils sont séparés et leurs déplacements sont hasardeux. Ils doivent chercher quelque chose.

                    — Parfait, vous pouvez commencer les…

                    Un puissant grésillement vient agresser les oreilles de la républicaine : la communication est comme brouillée. Elle trouve vite le récepteur sur son col pour le couper. Sur ses gardes, elle jette rapidement un œil à son datapad pour comprendre ce qu’il vient de se passer : les communications sont bloquées. Dans le même temps, les magnagardes semblent entrer en action.

                    Au son des bâtons électriques se dépliants, Lyzs dégaine et allume son sabre. Sans qu’elle ne puisse intervenir, l’un des droïdes plante la pointe de son arme dans le torse de Blaum ! Il l’électrocute avec toute la puissance dont il dispose et, après quelques convulsions et un long cri de douleur, le pau’an s’écroule. Sa plaie fumante dégage une désagréable odeur que les magnagarde ignorent : ils ajustent leur formation en avançant leurs piques serties d’étincelles bleues. Les deux gardes de la générale, qui étaient de l’autre côté, n’ont pas le temps de traverser le mur de droïdes pour rejoindre leur supérieure. Celle-ci se trouve entre les magnagardes et le cyborg. Ils ne peuvent que se défendre eux-mêmes.

                    Lyzs, de son côté, n’a même pas le temps de se questionner : on l’attaque ! Elle pare un coup, puis deux avant de réussir à se reculer pour retrouver ses esprits embrouillés par la surprise. Les gardes républicains, eux, se lancent dans une riposte et s’engagent dans le combat. Leurs sabres bleus viennent faire jaillir des étincelles au contact de la foudre des bâtons électriques. Trois droïdes, dans le plus mécanique des styles, repoussent leurs assauts à l’arrière tandis que les autres continuent d’avancer.

                    Alors que ses hommes échangent de violents coups avec ces magnagardes, la jeune femme tente de trouver un moyen de s’en sortir en gardant ses distances. La CSI les attaque et les droïdes s’avancent vers elle, décidés à en découdre. D’ailleurs trop concentrée sur ceux-ci, elle tourne complètement le dos à l’imposant lieutenant. Seulement, le son des vibrolames qui se déploient lui fait comprendre son erreur…

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                      Post n°15
                      Auteur : Tericarax

                      Tericarax reste silencieux. La générale en face de lui s'exprime, mais il n'est pas dupe : elle mène sa réflexion à voix haute, ses mots ne lui sont pas destinés. Néanmoins, il salue sa logique : la jeune humaine finit par arriver à la même conclusion que lui – encore que ce soit ici par manque d'éléments plutôt que par une inférence purement logique, mais la conclusion n'en reste pas moins la même que la sienne. Et elle accepte de laisser cette affaire à la charge de la CSI. Logique, ce sont là des problèmes internes qui ne concernent que la Confédération. Le datapad du cyborg sonne. Il fouille dans sa cape, en extirpe le petit objet, qui vibre et sonne. Une pression de ses doigts froids suffit à enclencher le message : devant lui apparaît le visage cyclopéen de SVE-97. L'image bleue, légèrement troublée par des vagues de parasites à sa surface, se stabilise.

                      - Lieutenant, décodage terminé. Espèces identifiées. Nous avons trois individus, deux Twi'lek et un Bith. Vous devriez recevoir la vidéo dans 3...2...1...(Un nouveau bip confirme la réception du fichier. Notre Kaleesh ne relève pas pour ne pas interrompre l'automate en face de lui.) Ils entrent tous les trois dans le bâtiment et commencent à massacrer les gardes présents. Pas de doute, ce sont bien nos terroristes. Les images sont trop floues pour pouvoir obtenir un faciès net.

                      - Identités connues ? Réclame froidement Tericarax. Si les visages sont indiscernables à cause de la faible qualité des données, il faut utiliser les connaissances périphériques dont on peut disposer. Il est possible que ces individus aient déjà fait des vagues : agressions, comportements violents, quelque chose qui aurait laissé une trace, une trace à laquelle on puisse remonter. Son interlocuteur hoche négativement de la tête.

                      - Négatif. Les bases de données de Utapau sont maigres, à peine informatisées, mais nous n'avons rien trouvé au sujet d'un Bith ou de Twi'lek. De vrais fantômes.

                      Prévisible, songe Tericarax. La galaxie est vaste, et rares sont les planètes qui disposent des moyens pour créer une base de données où répertorier chaque individu présent sur son sol : même Géonosis ou Coruscant ne possèdent pas pareille technologie. Les Sith sont probablement venus dans l'ombre qu'ils affectionnent tant, sans identité réelle et sans se faire répertorier où que ce soit. Peu importe, on avance déjà. En connaissant leur espèce, on écarte 99.9% de potentiels suspects et on facilite grandement les recherches.

                      - Bien. Envoyez le signalement aux patrouilles. Ensuite préparez les scanners satelli...


                      L'image se trouble en une nuée de parasites, ne devient plus qu'une forme discontinue de lignes blanches et bleues, et la communication se coupe. Tericarax reste insonore devant l'événement. Problème technologique ? Il fixe son datapad, lorsqu'un crépitement familier se met à résonner dans le couloir. Un crépitement électrique, le son d'un bâton électrique. Tous les gardes IG-100 de Blaum viennent comme un seul homme d'allumer leurs bâtons. Soudain, l'un d'eux frappe Blaum en plein torse. La foudre parcourt son corps, fait convulser ses membres, lui arrache un cri. Tout semble se dérouler au ralenti. Sous les impulsions de tonnerre, le corps entier du Pau'an, ranimé un instant par une énergie nouvelle, s'agite en tout sens. Ses yeux, bien plus ouverts que pendant tout l'entretien avec la générale, fixent le plafond, le sol, les murs, le lieutenant, une expression où se fondent la terreur et la douleur hante chaque parcelle de peau de Tarun. Avec une ultime impulsion, il s'effondre au sol. Tout n'a duré qu'une seconde au plus. La surprise n'existe pas dans l'esprit de Tericarax, mais il n'a pas le temps d'agir ni de voir le reste : car soudain, une forme entre dans son champ de vision.
                      Tous les processus cybernétiques et biologiques du Kaleesh se mettent en action. Par réflexe, il se protège de ses deux bras ; ses avants-bras interceptent une arme électrique, qui vient chanter sa foudre à quelques centimètres de son visage. De petites langues pourpres et blanches viennent lécher le bord de ses bras, s'écrasent contre son masque mortuaire. Il plisse les yeux. Il repousse en arrière le garde, de sa force colossale renvoie le bâton en arrière. Ses deux vibrolames se déploient en claquant de ses poignets. Un autre garde se jette sur lui de la droite alors que le premier reprend son équilibre, projetant sa lance en une fente. Tericarax dévie le coup sur le côté de sa lame droite. Les dizaines d'heures passées à combattre son propre garde IG-100 lui font exécuter ces mouvements par réflexe. Il fait un pas en avant, sa deuxième lame – la gauche - tranche la gorge cybernétique du garde.

                      Le Kaleesh, d'une seconde entaille, tranche le bras armé du garde, se remet de face et sectionne son torse de sa vibrolame droite. Mais l'action a laissé le temps au deuxième IG-100 de se remettre en posture ; le droïde se tient en posture de combat à une distance raisonnable, ses deux photorécepteurs rouges plongés dans les iris reptiliens du Kaleesh. Un troisième IG-100 est à côté de lui, pour assurer l'avantage numérique contre Tericarax. Derrière le duo d'acier, il aperçoit la générale Lyzs et ses gardes, en plein combat contre les cinq autres magna.

                      Illogique retournement de situation. Un de ses assaillant tente une fente, assisté du deuxième. Ils se mettent à harceler Tericarax par des coups d'estoc, profitant de l'insolente allonge de leurs bâtons électriques. Le lieutenant repousse, quarte sur sixte, se penche sur la droite pour laisser filer un coup qu'il n'a pu intercepter et qui menaçait de lui emboutir l'épaule. Est-ce vraiment illogique ? Il repousse ses ennemis, manque de décapiter un des droïdes, mais une contre-offensive du premier des deux lui fait interrompre son assaut. Défaillance technique non envisageable, pas à une telle échelle. Les gardes magna ne suivent pas un ordinateur central, ils reçoivent des ordres individuels.
                      Il fait un pas en arrière. Un des bâtons vient heurter le mur en un arc de cercle, laissant une trace brûlée derrière lui. Ordres alors ? Source(s) possible(s) ? Il pare un coup latéral, dévie un nouvel estoc. La réponse est évidente. Sharkaran Edjurath.





                      Ce n'était pas prévu. Ce n'était pas du tout ce qui était prévu. Tarun Blaum devait disparaître, et avec le dernier témoin « gênant » aurait été réduit au silence. Voilà ce qui aurait dû se passer. Un laser au milieu de sa boîte crânienne Pau'an, et une éternité muette. C'était ça qui devait se passer. C'était ça qui était prévu. Grâce au mouchard dans le bureau, il avait tout entendu. Par son homme sur le terrain, il avait été prévenu : le séparatiste qui commandait l'opération d'intervention sur Utapau, le lieutenant Tericarax, connaissait son identité. Tout ça à cause de cette républicaine. Une enfant et une machine allaient le mettre à mal, lui ?
                      Sharkaran Eldjurath crissa, et déchiqueta tout ce qui se trouvait sur son bureau de ses pattes chitineuses. Il envoya voler une porcelaine sans prix contre le mur en face de lui, renversa les piles de dossier, menaça d'écraser entre ses bras son datapad.

                      Puis il se calma. Non, ce n'était pas encore terminé. Il n'en était pas à son premier témoin gênant. Le nombre de morts engendrés par ses ordres était incalculable, c'était le maître exécuteur, qui purgeait l'ombre séparatiste : opposants et fanatiques tombaient tous par sa main. Il n'avait nul ennemi qui ose se déclarer ouvertement contre lui, car pareil fou était promis à une mort rapide, maquillée naturellement en suicide – et sans enquête ouverte derrière, car on ne s'opposait pas à lui, et son influence était partout.

                      Le killik se reprit. Il inspira et acheva de se calmer, tout en s'asseyant à nouveau derrière son bureau, insensible aux ravages qu'il venait de provoquer. Tericarax...Il ne l'avait jamais aimé. Un droïde prétentieux, et difficile à cerner. Il l'avait à l’œil depuis quelques temps déjà. Suite à son succès sur Taris, Sharkaran avait décidé de mobiliser le cyborg pour négocier avec Atin Jnum, assuré que le tempérament explosif du sénateur serait incompatible avec l'assurance froide du kaleesh. Mais celui-ci avait accompli brillamment sa tâche, et était revenu avec un deal plus qu'avantageux pour la CSI. Même si ces matériaux allaient apporter beaucoup à la Confédération, Sharkaran n'en avait que moins aimé Tericarax. Il était compétent...Trop compétent. Il n'avait pas ce fanatisme décérébré qu'ont la plupart des officiers. Il était intelligent, un scientifique aux projets obscurs. Et c'était une machine de guerre. Tous ces éléments en faisaient un rival dangereux.

                      Le consul ne l'avait jamais apprécié : il ressemblait trop à l'ex général Gelmir, c'était un monstre engendré par la guerre, né pour la guerre. C'était un candidat parfait pour prétendre à son poste, et lui piquer la vedette. Cela en faisait un ennemi de Sharkaran ; et les ennemis du killik n'avaient jamais une espérance de vie très longue. Et cette générale républicaine...Une jeune fille ! Une gamine ! Nommée sans doute à ce poste parce qu'elle avait un joli minois, parce qu'elle avait tapé dans l’œil du Chancelier, c'était la seule explication possible ! Mais une sensitive néanmoins, une dangereuse sensitive. Lorsque le reste du Consulat avait demandé la présence de la République, le Killik avait choisi de ne pas s'y opposer ; c'était l'occasion de récolter des informations capitales sur leur façon de procéder, placer des mouchards sur leurs vaisseaux, répertorier les visages des militaires pour plus tard pouvoir exercer une pression sur eux, par des réseaux illégaux : soudainement faire vendre leur maison, faire s'enliser un procès, corrompre les juges, détruire leur vies ! Cette générale n'avait personne. Pas de famille proche, pas d'amant, pas d'enfant. Comme Tericarax, elle était dévouée corps et âmes à sa cause. Le Killik observa les traits fins de la femme. Si jeune...Elle aurait fait une parfaite esclave...Mais l'un comme l'autre avaient entendu son nom. Il n'y avait qu'une chose à faire, les supprimer.

                      Sharkaran entra en communication avec les gardes magna qui étaient mobilisés sur place. Une broutille quand on était consul confédéré, toutes les fréquences vous étaient ouvertes à tout moment. Au même moment, il envoyait ses ordres aux ordinateurs centraux stationnés en orbite de Utapau. Le message était clair :

                      - Le lieutenant Tericarax s'est rendu coupable de trahison aux côtés de la garde républicaine. Capturez par la force si nécessaire les gardes. La générale Lyzs Yvanol, le lieutenant Tericarax et Tarun Blaum doivent être supprimés. Le lieutenant Tericarax est déchu de son statut de militaire et n'a plus aucune autorité dans la CSI.

                      Un son de confirmation des ordres émis en basic. Et Sharkaran se laissa enfin aller dans son fauteuil. Personne ne s'opposait à lui. N'était-il pas après tout l'un des leaders suprêmes de la CSI ?

                      - Adieu lieutenant, adieu générale Yvanol...Ce n'a pas été un plaisir de vous connaître, murmura l'insecte à lui-même.




                      Logique, logique. Il a probablement entendu depuis le mouchard. C'est une explication plausible, et même tout à fait cohérente. Mais donner l'ordre de supprimer Tericarax et une générale républicaine ? Le cyborg saute en l'air, évitant qu'un des gardes ne lui fauche les pieds de sa lance crépitante. C'est certainement bien plus osé qu'il ne l'avait imaginé. Mais c'était aussi une éventualité à prévoir. Il abat sa lame vers le garde qui livre tout son torse, ayant manqué son balayage, mais le second vient le protéger. Par ses ordres, ce consul chamboule encore les opérations du lieutenant. Le garde est complètement déséquilibré par la force monstrueuse du cyborg, mais alors que Tericarax retombe souplement au sol et s'apprête à le frapper, le bâton de l'autre entre dans son champ de vision, le forçant à faire deux pas en arrière. Il se remet en garde.
                      Les deux en face de lui se remettent également en garde. Ils n'ont pas été affectés à la protection de Blaum pour rien : ces IG-100 sont assurément des unités d'élite, des vétérans. Ils se battent comme de vrais loups. Tericarax souffle et tousse, mais ne quitte pas les deux de son champ de vision. Des loups...Eh ? Il fait des pas lents sur le côté, et l'un des gardes fait de même tandis que l'autre prend la direction inverse de rotation. Ils tentent de l'encercler, uh ?

                      Brusquement, ils repassent à l'attaque, chacun d'un angle différent. L'un attaque du flanc gauche de Tericarax, mais lui s'est immobilisé. C'est exactement comme sur Myrkr. Exactement comme avec les Vornskr. Ils ont à nouveau marché dans son piège. Il extirpe son blaster sonique, pointe sur sa droite le garde, à bout portant. D'une quinte, il repousse l'assaut sur sa gauche, et tire. VOOM, une onde verte déforme l'air. Le garde est projeté violemment en arrière, ses circuits éclatent sous le choc. L'attention de Tericarax passe immédiatement sur celui à sa gauche, qui se rétablit. Trop lent. Faille sur son flanc droit. Il se retourne, et l'attrape de son pied ; sa serre d'acier se referme sur le crâne du droïde, étau implacable et froid. En équilibre sur une seule de ses jambes, Tericarax plie le genoux et effectue soudain un acrobatique saut : lorsqu'il retombe au sol, il écrase sous son poids la tête du garde. Sa vibrolame vient découper son torse et son photorécepteur. Il se remet en position de combat, mais constate que l'autre IG-100 n'a pas survécu à son tir sonique : toutes ses pièces ont été déformées et détruites par l'onde sonore. Il secoue la tête, son fusil disparaît à nouveau sous sa cape, puis se redresse. La générale, qu'en est-il de la générale ?

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                        Auteur : Lyzs

                        Prête à bondir, la jeune femme regarde par-dessus son épaule. Trois IG-100 se sont détachés de leur groupe pour tenter de submerger l’imposant cyborg. Il n’a pas dégainé pour elle. Alors, dans une expiration rassurée, elle se concentre à nouveau sur les deux droïdes qui n’ont pas l’air décidé à lâcher l’affaire. Tout ça doit être l’œuvre de ce Sharkaran. Le mouchard lui aura permis de savoir qu’elle, ainsi que Tericarax, en savent trop. Il veut donc les supprimer ? Ne craint-il pas qu’ils s’échappent ? Celui qui tire les ficelles risque gros, mais il a les moyens de prendre ce pari… Si toutes les unités séparatistes ont reçu ses ordres, Utapau devient alors un véritable bourbier. Cependant, il faudra s’attarder sur ces détails plus tard. Pour l’instant, il faut survivre à ce combat : la générale n’est pas tirée d’affaire.

                        Côte à côte, les magnagardes séparatistes donnent quelques coups d’estoc, comme pour jauger leur adversaire. Lyzs écarte donc les pointes électriques avec une certaine aisance, mais elle use plus de son instinct que d’une quelconque technique. Son sabre est en avant et sa main gauche est prête à attraper tout ce qui pourrait passer à sa portée. En maintenant cette posture si amateur, si sauvage, elle se déplace de quelques pas vers la droite. Sa respiration se fait plus forte et son pouls s’accélère : ça fait un moment qu’elle n’a pas eu à se battre en situation réelle. D’un geste de la tête, elle écarte quelques cheveux de son champ de vision avant de parer une nouvelle attaque, puis une autre. Les deux machines cherchent à la faire reculer. Forcée par de nouveaux coups répétés qu’elle dévie encore, elle prend de la distance. Maladroitement et de justesse, elle esquive une attaque latérale d’un petit bond vers l’arrière. Ses adversaires la guident vers le mur, vers un obstacle fatal que les omoplates de la jeune femme touchent bientôt.

                        Respirant avec plus de peine qu’à son habitude, la générale essuie la sueur perlant sur son front. Pourquoi tant de panique ? Les IG-100 avalent la distance qui les sépare de leur proie et se mettent à lancer des assauts répétés. Les quatre pointes électrisées mises en rotation par les puissants moteurs des droïdes viennent, de secondes en secondes, fragiliser la garde de la jeune femme en détresse. Elle bloque, pare et esquive. Quelques coups mal calculés viennent brûler le mur contre lequel elle s’appuie et carmer le sol sur lequel elle se tient. Entre étincelles et foudre, une fumée noire naissant de ces contacts répétés entre les armes et l’environnement commence à se lever. Lyzs commence à s’essouffler. Elle ne comprend pas pourquoi elle est aussi faible, aussi peu apte à remplir son rôle. Pourquoi ? Pourquoi n’arrive-t-elle pas à se battre comme à son habitude ? Ses coups sont amateurs, sa garde est fragile et, pourtant, les droïdes ne la percent pas. Elle vaut mieux que ça. Et elle le sait. Cependant, quelque chose la bloque. Et cette chose lui donne la chair de poule, la terrifie. C’est la peur de la mort. Une peur qu’elle assimile à ces piques, à ces éclairs qu’elle essaie désespérément de garder loin de son corps. Mais, cette foudre meurtrière-ci ne pourra pas être bloquée par un coup de sabre, non. Son dernier geste était trop ample, trop peu contrôlé. Elle serre les dents et pense à abandonner lors d’un instant. Un instant trop long à son goût : il lui faut trouver le courage d’affronter cette mort et ces armes. Alors, sa main gauche plonge vers le terrible engin pour en saisir sa hampe. Sa prise, trop proche alors du générateur du bâton, lui fait subir le choc d’étincelles venant glisser sur son gant noir. La générale, presque condamnée, sent son bras trembler à cause du choc des éclairs. Mais, malgré cette affreuse douleur nerveuse, elle tient bon : elle écrase ses dents les unes contre les autres plus fort encore et use de ces heures passées à tenter d’être plus forte, plus vivace. Son bras lutte contre les servomoteurs et la foudre pour enfin finir par gagner. Le bâton se dévie et gêne le deuxième IG-100 dans sa prochaine frappe. Le sabre blanc lancé sur la droite revient alors, elle va réussir à couper les jambes de ces pestes mécaniques ! Mais elle n’immobilise qu’une seule arme : l’autre fait glisser son bâton jusqu’à brûler le sol et intercepter la lame d’énergie juste à temps. S’il tente autre chose, il ne pourra pas empêcher l’ennemie de les trancher lui et son partenaire. Le second droïde, lui, n’attend que de voir l’humaine lâcher prise : le courant secouant son bras gauche aura bientôt raison de son endurance. Oui. Bientôt, elle sera morte.

                        Ces droïdes, semblant si grands, si impressionnants, si puissants, fixent les yeux de la malheureuse fille se trouvant devant eux. Ils observent son expression qu’ils ne comprennent pas vraiment. Peur, terreur, déni, et angoisse sont combattus par d’autres émotions lui donnant la force de tenir encore un peu plus. Leurs armes, émettant un bruit si oppressant et menaçant… Ces piques mortelles, si proches du visage de la générale en détresse. Tout pourrait se finir ici. Cependant, Lyzs a quelque chose que ces magnagardes n’ont pas : la volonté de vivre et, surtout : la Force. Alors, toujours sous plus de pression, elle grogne à travers sa mâchoire crispée. Le mur qui soutient son dos, celui qui l’empêche de tomber alors qu’elle résiste à ces moteurs trop puissants pour elle, lui sert de dernier recours. Elle pousse plus fort encore, sur le bâton, sur son arme et sur ses omoplates. Ses doigts serrent le métal comme ils n’ont jamais autant serré quoique ce soit auparavant. Mais, malgré cette allure de dernier effort, d’ultime résistance, ils se relâchent. Et, alors que plus rien ne retient ces engins de mort, Lyzs respire. Quelque chose les maintient en place. Quelque chose… d’immatériel. Ce n’est pas une simple poussée de Force, ni de la télékinésie, il s’agit plutôt de l’expression de la volonté de la jeune femme : elle veut mettre de la distance entre ces machines et elle. Elle veut se libérer de cette situation. Puis, après ce bref moment de suspens, une sorte de détonation se fait entendre. D’un grand boom sonore, Lyzs est écrasée contre le mur par son propre pouvoir. Les droïdes sont propulsés au loin dans un violent torrent invisible et s’écrasent avec fracas contre un guichet de pierre se trouvant au loin. L’un d’eux est littéralement explosé et éparpillé par la puissance du choc tandis que l’autre ne perd, par « chance », qu’un seul bras. Le vent surnaturel, lui, finit par s’éteindre en secouant ce qui se trouve sur les bureaux et les étagères du grand hall. Quelques plantes en pot sont encore délicatement secouées par la fin de cette mystérieuse explosion sans flammes. Babioles et objets divers finissent de trembler à leur rythme.

                        La jeune femme reprend alors son équilibre et fait quelques pas. Elle serre et desserre son poing gauche à plusieurs reprises : la douleur est encore présente. Elle tend ensuite son bras droit pour que son sabre, qui a lui aussi été éjecté, puisse revenir à sa propriétaire. Il file jusque dans sa main avant de s’allumer de sa plus radieuse blancheur. Le combat n’est pas terminé, il reste des ennemis dont il faut se débarrasser. Le regard de la générale file vers ses hommes. Ils s’en sortent bien : il manque une tête et un bras à leurs ennemis. Le combat, qui a été interrompue par la détonation, reprend de plus belle. Cependant, le décapité s’extrait de sa bataille pour rejoindre l’IG-100 qui affrontait la républicaine. Celui-ci finit de calculer les ajustements qu’il doit apporter à son style de combat, compte tenu de la perte de son bras. A nouveau, Lyzs se retrouve face à deux adversaires. Sauf qu’ils n’ont plus qu’une tête et trois bras pour deux corps métalliques.

                        La distance se réduit : ils avancent. Mais, Lyzs aussi, met un pied devant l’autre. Elle se tient droite et contrôle sa respiration. Son sabre est en avant, sa main libre est détendue. Il ne faut pas avoir peur. Ce ne sont que de vulgaires machines… de pâles imitations humanoïdes tentant de se battre au corps à corps contre des sensitifs maniant de nobles sabres laser. Contre des personnes maniant la Force, pouvant sentir des mouvements avant qu’ils ne soient exécutés. Pouvant parfois apercevoir le futur, le vrai. Vivant parfois même une seconde entière derrière leur propre conscience lorsque la situation l’exige. Non, ces bâtons, ces engins de mort ne sont rien dans les mains d’incapables. Si impressionnant soit leur bruit, si puissante soit leur foudre. S’ils n’atteignent pas leur cible, ils ne sont guère plus que du vent.

                        Les deux machines lancent l’assaut : quelques coups d’un enchaînement programmé viennent fendre l’air avant même d’arriver à portée de la générale, mais elle ne recule pas pour autant. Son sabre vient interrompre la rotation d’un bâton, puis de l’autre. Son dos se ne courbe pas, sa respiration de varie pas. Puis, elle pressent l’attaque suivante, ramène sa poignée devant son ventre pour que la lame s’aligne avec son nez. Elle cambre son dos pour reculer le haut de son corps. Derrière le fil blanc de lumière barrant sa vue, à quelques centimètres de ses lèvres séchées par la tension, elle voit les deux piques se croiser là où aurait dû se trouver sa tête. Puis, d’un coup, ses réflexes explosent : l’attaque passe, puis elle se redresse pour trancher bras et troncs. Un coup, puis deux. La lumière blanche a fait son travail : les droïdes s’écroulent en d’incandescentes pièces découpées.

                        Un regard au sol : elle observe le résultat de son assurance. Puis, elle se tourne vers ses soldats. Ils finissent d’éliminer le dernier droïde. Sa mémoire musculaire lui fait dessiner deux cercles dans les airs de la pointe de sa lame avant que celle-ci ne s’éteigne, véritable tic résiduel de son entraînement quotidien. Elle respire, soulagée et enfin dans le calme.


                        — Je suppose qu’il nous faut nous replier… Lieutenant, nous sommes véritablement dans le même vaisseau, à présent.

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                          Post n°17
                          Auteur : Tericarax

                          Chaos. Alors que le cyborg relève les yeux vers la jeune humaine, c'est la seule définition correcte qui lui vienne. Autour d'elle, le monde éclate ; arrachés par une tempête furieuse, les vases, les rideaux, les magna, les vitres sont soufflés par le vent du pouvoir, le souffle de la Force, l'impulsion de sa volonté. Ecrasés, les droïdes, malmenés avec la même violence qu'une feuille dans un ouragan. Le lieutenant reste immobile, sa cape s'envole furieusement derrière lui, menace d'être arrachée, mais lui tient bon, droit au milieu de la tempête. Un magna démonté, un tas de boulons déconstruit et désorganisé s'écrase sur lui ; mais cette pluie de vis et de circuits ne fait mourir sur son squelette de duranium : les gouttes mécaniques frappent contre les plaques d'alliage blindées sans guère y laisser plus qu'une rayure en souvenir, risible trace – éphémère et futile.
                          Tericarax est fixé sur Lyzs, ses yeux sont captivés par l'humaine.
                          La Force. Encore et toujours la Force.

                          La jeune fille, elle, reprend une posture de combat. Proprement singulier...Un tel pouvoir dans un corps si frêle...Son sabre en main, le regard assuré, la voici qui combat de nouveau ses assaillants. Chair contre acier, foudre contre laser, crépitement contre éclat, elle les repousse. Deux contre un, mais les IG-100 sont en désavantage. Sans trace d'hésitation, pas après pas, la générale mène sa danse, ses ennemis vont à son rythme, marchent à son tempo. Un coup, un autre, une traînée blanche, pas une fausse note. Un zigzag illuminé, et les magna ne sont plus qu'un souvenir, un tas de fragments aux bords incandescents.


                          - Je suppose qu’il nous faut nous replier… Lieutenant, nous sommes véritablement dans le même vaisseau, à présent. 

                          L'interpellé rajuste sa cape – délogée par le redoutable souffle de Force. Elle dit vrai, mais Tericarax ne lui répond pas immédiatement : il bouge, ignorant les cadavres des magna, et s'agenouiller devant Tarun Blaum. Immobile, le Pau'an est couché au sol. Le souffle l'a projeté contre un angle du mur. Tericarax ouvre ses paupières de son index et de son pouce. Blaum le fixe depuis l'au-delà.
                          Il sort le mouchard. Puisqu'ils sont découverts, l'avoir en sa possession ne sera d'aucune utilité : les pistes seront sans doute effacées des archives séparatistes par Sharkaran avant que Tericarax ne puisse quitter Utapau. Il lâche le petit appareil au sol et l'écrase sous son pied.


                          - Ex-lieutenant, corrige-t-il d'un ton neutre. Si des gardes magna séparatistes m'ont attaqué, assurément ce killik se sera assuré de m'ôter toute autorité dans la CSI...Que je ne représente plus une menace compromettante. À l'heure qu'il est, il doit trouver tous les prétextes pour m'accuser de haute trahison, et me condamner à la peine capitale. (Ses doigts de fer accablent la dépouille de Tarun) Nous ne pouvons pas l'emporter avec nous, mais soyez certaine que vous et moi porterons aux yeux du monde la responsabilité de sa mort. Une meurtrière, voilà ce pour quoi il vous fera passer à travers toute la galaxie, Lyzs Yvanol. Il veut vous supprimer ici et maintenant, et annoncer ensuite votre crime ; le jugement avant le procès, car il ne faut aucun témoin, car sa parole contre la vôtre revient à un duel de conviction, mais les morts n'ont nulle conviction. Me supprimer moi, car j'étais au mauvais endroit au mauvais moment, et parce qu'il sait pertinemment que nulle procédure, nulle enquête, nulle corruption de juge, nul pot-de-vin ni nulle menace ne sauraient le soustraire à mes griffes pour sa trahison.

                          Toutefois, il ne tuera probablement pas tous vos gardes, car pareil acte serait déclarer directement la guerre, ce serait s'avouer coupable et annoncer à tous que les raisons de notre exécution commune ne sont que mensonges.
                          (Le cyborg fixe les fenêtres, puis l'escorte de Lyzs : il mène son raisonnement à voix haute) Non, il a besoin de vos hommes vivants, car ils ne savent rien, et de vous morte car vous n'ignorez pas tout.

                          Il se stoppe. Dans un revers de logique, il assemble tous les éléments à sa disposition aussi vite que cela lui est permis. Ses neurones fonctionnent à plein régime, nullement occultés par la moindre forme de panique ou d'angoisse. Les paroles de Lyzs résonnent dans son esprit. Dans le même vaisseau...Il revoit tout ce qui s'est produit jusqu'ici. Il se revoit, la carte galactique à quelques centimètres de lui. Il revit la générale, qui l'air pensif montre Utapau puis Félucia, illustre la distance faramineuse qui les sépare. Il revoit son doigt passer de Utapau, dans la bordure extérieure, traverser la bordure médiane, écraser Coruscant dans le noyau, repasser enfin à l'autre extrême galactique et s'arrêter sur Félucia...Le même vaisseau... ? Il entend Nathrin lui résumant la chute des Vestiges, la naissance de la nouvelle République. À la façon dont on construit une carte, il assemble tous les éléments ensemble. Il voit les rangées de gardes serrées, tous le torse bombé, saluant sous une pluie battante une tombe où sont déposées des fleurs blanches. Malgré la fureur de l'intempérie – habituelle sur Coruscant – les militaires restent dans cette posture respectueuse, tandis que plusieurs gradés, le visage fermé, la mine grave, viennent discourir sur la compétence et l'exception de cet individu – CETTE individue – tombée dans l'exercice de ses fonctions. D'une héros, elle passe martyr, la pierre fondatrice des luttes à venir, l'exemple des prochaines générations, son nom gravé à jamais dans les archives républicaines. Il voit les débats enflammés au Sénat, et la défunte utilisée comme ultime argument pour mettre le feu aux poudres. Il voit les armadas décoller, emplissant les ciels de dizaines de mondes, nuées glorieuses qui s'élancent aux hymnes de la glorieuse République, sur les ailes de la liberté, portées par un vent de justice et de vengeance. Il voit des planètes ravagées. Il revoit Kalee, et ses plaines carbonisées. Le plafond menace de s'effondrer, les bombes sifflent, et soudain une poutre vient percer son ventre ! Le métal incandescent carbonise ses organes alors que son sang s'échappe, bouillonnant et brûlant. Il entend dans le chaos tout qui s'effondre, puis ce n'est plus que le noir.


                          - Non, dit brusquement le personnage. Il revient au présent, ayant pleinement envisagé les conséquences possibles et imaginables en se basant sur des données récoltées empiriquement. Il n'a aucune empathie, mais ses expériences passées lui permettent de prédire ce qui va se dérouler, car ainsi fonctionne son esprit. Ainsi survit son âme. Nous ne sommes pas dans le même vaisseau. Votre mort ici et maintenant générale, serait le début d'un conflit ravageur, à une échelle galactique : pareil affrontement est à l'heure actuelle illogique. Pour venger votre perte, la République déchaînerait sa fureur contre la Confédération ; toute la puissance de nos deux mondes respectifs se heurterait. L'opposition consumerait des dizaines, des centaines de systèmes. Un nombre incalculable de vies seraient détruites ou...Pires, ajoute-t-il en se désignant lui-même. Voilà le futur que ma logique dicte, si vous veniez à périr.
                          Si je suis tué, assurément c'est un problème d'une ampleur moindre : un nom oublié, qui sera perdu dans l'histoire comme des lettres dans le sable sont effacées par les vagues. Mais que le vôtre soit retenu comme déclenchement d'une guerre galactique n'est pas souhaitable.
                          (Il s'arrête, soudain incapable de parler. Il n'arrive plus à respirer, fait un pas en arrière et se tient contre un mur. Ses poumons se déforment dans son torse, il tousse douloureusement, puis inspire difficilement)...Ne tardons pas plus longtemps. Les patrouilles vont bientôt être lancées à notre recherche. Malgré tout notre savoir-faire combiné, un désavantage numérique écrasant serait notre perte.

                          Il sort son datapad, le lance à ses pieds puis l'écrase sous sa serre.


                          - Précaution simple, explique-t-il. Il serait malheureux que l'on nous retrouve par mon datapad. Avec le blocus en orbite comme sur Pau-city, s'échapper devient une tâche complexe. Il faut se montrer astucieux...discrets, souffle-t-il. Ses doigts viennent dégrafer sa cape. Il la saisit, l'ôte de ses épaules, puis s'avance vers la générale, et lui tend son fidèle manteau. Une petite broche en acier accompagne l'habit, rembourré de rouge dans sa bordure intérieure.

                          - Si des équipes vous cherchent, vous serez recherchée avec votre manteau et votre armure. Les droïdes sont stupides pour ce genre d'affaires, si vous ne ressemblez pas au signalement énoncé sur un nombre suffisant de caractéristiques, ils ne vous arrêteront que pour le blocus que j'ai mis en place.

                          Il passe à son côté, et entre dans le boudoir du défunt Blaum. Sa cape frappée des symboles séparatistes, remise à une générale républicaine, l'ironie est forte. Toutefois, les dimensions imposantes de celle-ci permettront à l'humaine de s'en envelopper et de dissimuler efficacement ses habits. Ce n'est certes pas une solution optimale, mais il ne voit pas d'autre alternative.

                          Une fois dans le bureau, il arrache sans effort une des tentures ornementant les murs, un large pan de cinq mètres sur trois ; Tarun avait par chance des goûts plutôt sobres, les coloris du tissus sont dans des tons désaturés et neutres. Il découpe de sa vibrolame pour se confectionner un « manteau » de fortune. Un habit simple en réalité, dans lequel il a tôt fait de s'envelopper, dissimulant un maximum de son propre corps dont son visage en priorité. Heh. On croirait un errant de Kalee, ainsi vêtu, l'un de ces arpenteurs des landes arides. Enfin, le cyborg ressort de la pièce.


                          - Il faut bouger rapidement, les patrouilles seront là d'une minute à l'autre, nous ne pouvons pas nous permettre de les affronter de face.

                          Et là-dessus il commence à avancer dans le couloir. Il faut réfléchir à un itinéraire. Oui, mais un itinéraire vers où ?

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                            Auteur : Lyzs

                            Lyzs enfile la longue cape noire. Celle-ci est plutôt lourde, mais c’est un détail qui a dû échapper au cyborg. L’épais vêtement est inodore, comme s’il n’avait jamais été porté jusque-là. Etonnant, mais logique : son propriétaire n’a pour odeur que celle du métal dont son armure est composée. Ce parfum si discret ne marque pas la fibre qui, secouée par beaucoup moins de puissance maintenant, ne vole plus. Avec ceci, elle échappera effectivement aux premiers algorithmes droïdes. Mais, il faut prendre plus de précautions encore. Alors la jeune femme appuie sur son col, tout prêt de son comlink, pour que les lumières bleues de son armure s’éteignent. Tant pis pour la praticité : pour connaître son état de santé, il faudra faire à l’ancienne.

                            Ainsi, la CSI va chercher à les retrouver et à les faire taire, elle, ses gardes et l’ex-lieutenant… Ce dernier souhaite coopérer afin de trouver un moyen de s’enfuir, par ailleurs, ce qui retire une véritable épine du pied de Lyzs. Dans son nouvel habit, l'armure vivante lui rappelle des histoires au sujet de peuples nomades traversant de longues étendues désertes. Masqué par ces vêtements, Tericarax est bien moins menaçant, mais tout aussi imposant. Cependant, il n’est pas l’heure de parler chiffon avec lui. La générale se tourne vers ses gardes :


                            — Faites de même. Et retirez vos casques, c’est trop voyant. Occupez-vous de Blaum, aussi.

                            Les deux acquiescent avant de s’y mettre. Il y a bien assez de rideaux ici pour y tailler de longues pièces de tissu. Ils recouvrent alors le cadavre du pau’an avec l’un de ces draps avant d’imiter l’ancien séparatiste. Pendant ce temps, Lyzs réfléchit à tout ce que pourrait causer sa mort : une garde républicaine fragilisée, une république en alerte, une CSI criminelle… Tericarax n’a pas tort lorsqu’il parle des enjeux de leur mort, mais il n’a pas entièrement raison. S’il disparaît, c’est un incroyable témoignage qui s’envole. Une preuve, une manifestation, qui serait nécessaire à Lyzs si, elle, venait à s’en sortir. Mais, cela, il ne peut le savoir. Parce que, évidemment, chacun regarde de son côté en ignorant l’autre. Un mur sépare les systèmes et personne n’ose jeter un œil par-dessus celui-ci. Cependant, la générale a eu un aperçu de ce qui se trame, de l’autre côté de la muraille. Et il faut que le cyborg s’en sorte lui aussi afin de faire tomber les masques. Il faut dénoncer ce Sharkaran. Il faut le faire tomber de son estrade pour rétablir une justice dans le système séparatiste. Car, si l’équilibre de la CSI est maintenu en exécutant ceux qui pèsent trop lourd sur la balance, si l’huile permettant aux engrenages confédérés de tourner n’est que le sang de ceux qui gênent, et si personne n’y fait rien… Alors, le système lui-même est pourrit jusqu’à la moelle. Pour la républicaine, c’est une confirmation : la confédération des systèmes indépendants n’est pas aussi idéale qu’elle prétend l’être. Un dirigeant, un consul de ce que lui font comprendre ses récents souvenirs « lointains », est prêt à risquer une guerre pour son profit personnel. Il est prêt à mettre la vie de centaines de milliers d’innocents sur la table en espérant avoir pioché les bonnes cartes. Pour l’instant, il sourit. Sur le tapis se trouve un as qui va de pair avec le sien, mais l’issue d’une partie n’est décidée que lorsque toutes les cartes sont tirées…

                            — Une fois sortis d’ici, il faudra faire en sorte que Sharkaran réponde de ses actes.

                            La pierre est jetée. Lyzs n’a pas l’intention de fermer les yeux parce que le problème se trouve de l’autre côté du mur. Sa vie est menacée, mais ce n’est pas tout : ce qu’elle estime être la « justice » l’est aussi. Mais, jusqu’où ce système est-il gâté ? le kilik agit-il seul ou bien est-il soutenu par les autres consuls ? Peut-être que la petite générale compte s’attaquer à trop gros pour elle. Peut-être que cet obstacle est insurmontable… Seul l’avenir le dira. Si avenir il y a. Pour l’instant, il faut se sortir d’affaire. La générale s’active donc et rejoint Tericarax. Elle jette un dernier regard au cadavre masqué du long linceul improvisé pendant que ses hommes la rejoignent.

                            — Notre navette est forcément hors d’atteinte et les hangars les plus proches doivent être surveillés, eux-aussi. Sans oublier que personne ne se déplace puisque vous avez fait libérer les rues et que vos radars vont repérer le moindre mouvement aérien… Si vous connaissez une faille dans vos procédures c’est le moment de l’exploiter. Et, s’il n’y en a pas, il ne nous reste plus qu’à nous faire repérer au plus proche d’un vaisseau et le plus tard possible.

                            A ses propres mots, elle sent un frisson parcourir ses bras. Ça ne va pas être une partie de plaisir. Tout a changé, les plans ne sont plus les mêmes. L’enjeu lui aussi est tout autre. Une guerre ? Une tension ? La stabilité de la république ? Si elle avait su, elle ne serait pas restée sur Utapau. Mais, alors, elle aurait envoyé quelqu’un d’autre à la mort. Quelqu’un qui aurait pu aussi en apprendre autant mais dont la disparition n’aurait pas fait de vagues. C’est une pensée… répugnante. Non : ce qui est fait est fait et il faut vivre avec. Il faut s’adapter. Tant pis pour les Sith : la priorité est maintenant de revenir en vie.

                            — Il me faut trouver où sont retenus mes soldats. Dit-elle, un peu plus bas.

                            Son air convaincu ne dure qu’un temps. Elle soupire et regarde ce masque encapuchonné, si froid, si vide d’émotions. Ce manque est presque inspirant, pour la républicaine. Peut-elle vraiment sauver ses hommes ? Ses priorités seraient-elles dictées par ses sentiments, par son empathie ? Ou par son sens du devoir ? Que va dire l’ex-lieutenant Tericarax ? Elle sent qu’il va répondre. Elle appréhende cette déplaisante réaction. Appréhender ? Le mot parle de lui-même : elle sait. Lyzs regarde alors ses pieds, déçue par cette dure réalité. Forcément, il n’y a pas besoin de la Force pour connaître le raisonnement du cyborg à ce sujet.

                            — Non... Je me trompe encore. Si on se fait attraper et tuer en essayant de les sauver, c’est fini. Ils devront attendre.

                            Sa résolution n’en est pas atteinte pour autant, il faut s’échapper pour avoir l’occasion de récupérer ces soldats. Elle trouvera un moyen. La CSI cédera. Elle cligne des yeux avec insistance pour se donner du courage. Puis, elle remonte enfin le regard sur son nouveau partenaire. Alors, a-t-il un plan ?

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                              Auteur : Tericarax

                              Les serres du cyborg claquent contre le plancher carrelé. Sa réflexion continue, au son de la voix de Lyzs il arpente son propre esprit labyrinthique – et les appartements de Blaum. Il écoute les remarques de la républicaine, mais n'y répond pas : elle-même connaît déjà les réponses. Elle-même sait qu'elle va devoir abandonner ses hommes à leur sort, car leur survie est secondaire. Tericarax compile les connaissances à sa disposition. C'est un officier séparatiste. Il a étudié les procédures de la Confédération. Il a mis en place le blocus lui-même, il sait dans quelles mesures les troupes sont habilitées à agir. Le blocus originel était destiné à traquer les Sith, et à les empêcher de quitter la ville avant tout. Un virage sur la gauche de ses pensées. Les Sith ont attaqué au niveau où Tericarax et Lyzs se trouvent actuellement, c'est là que le blocus est le plus important. Une petite allée éclairée seulement d'une lumière artificielle dans ses idées. Pau-city est coupée du monde. La générale a raison, les vaisseaux sont surveillés. Ils n'arriveront pas à rejoindre la navette Républicaine, et quant bien même, elle serait interceptée par le blocus orbital. Mort assurée. Inconcevable. Il faut prendre une autre approche. La Force peut-être ? Non, les droïdes sont sélectionnés spécifiquement sur ce critère dans le blocus : la Force ne peut influencer leur esprit car leurs pensées ne répondent qu'à des algorithmes, ils n'ont pas d'esprit à influencer à la base. Faire tomber leur intelligence artificielle ? Les pirater ? Dispositifs affiliés aux contrôles droïdes en orbite et aux vaisseaux capitaux tels que la Main Invisible. Ondes trop puissantes pour permettre une telle manœuvre. Tericarax n'a de toute façon pas les compétences nécessaires pour bricoler pareil matériel : les protocoles militaires de pensée droïdes sont chose complexe, on n'entre pas par intrusion dans les algorithmes d'un B1 en bricolant une carte-mère dans une cantina. Le cyborg poursuit sa réflexion, toujours silencieux : cela doit faire déjà quelques minutes qu'ils descendent, pour sortir des appartements de Blaum. Le chemin emprunté est sensiblement différent de l'aller cette fois, on passe naturellement par les portes arrières. Tericarax mène la route, suivi de près par cette Lyzs Yvanol. Ils descendent à présent des marches, pour arriver bientôt en vue d'un petit portique grillagé – une entrée assurément réservée aux domestiques, car sur la gauche se trouve un évier, d'où tombent régulièrement quelques gouttes d'eau. Derrière le portique, on devine un charmant – et stérile – jardinet, et, faisant dos au portique, trois gardes magna, assurant la protection du feu Tarun Blaum.

                              Évier ?

                              Tericarax arrête le groupe. Un évier... ?
                              Il vient de prendre un lacet dans son esprit, remonte le long d'une longue route pentue. Il retrace son raisonnement jusque là. Où en était-il avant ? Cantina, il en était à la cantina. Pareil endroit est naturellement surveillé par les droïdes, car on tient à filtrer la population, ce n'est pas quelque chose qui aura échappé à la vigilance du Kaleesh lorsqu'il a mis en place son blocus : tous les bars de Utapau sont sous bonne garde. En revanche, on cherche également à maintenir la population de la planète en vie. Si les rues de Pau-city sont désertes à cause du couvre-feu, il n'en reste pas moins que des opérations d'approvisionnement doivent être effectuées, des opérations pour assurer que les habitants ne manquent de rien. La CSI intervient pour protéger les Utapaun, pas les laisser mourir de faim pendant qu'on chasse les Sith sur leurs terres. À cet effet, on garde également les installations de la ville dans un état fonctionnel. Les installations vitales...Les installations essentielles...Sont maintenues en état de marche : protocole séparatiste imposé dans l'intervention sur un territoire allié, on doit maintenir – protéger – les installations sur le territoire pour minimiser de potentielles pertes matérielles et stratégiques, mais on ne doit pas empêcher leur fonctionnement.
                              Si le couvre-feu a été établi, c'est parce qu'on ne peut contrôler des fugitifs courant dans les rues au milieu d'une foule avec des droïdes. Bien sûr, les mines sont alors fermées, car elles représentent beaucoup d'emplois sur la planète : les garder ouvertes générerait trop de flux dans les allées, les mineurs allant à leur travail. Elles ne sont par ailleurs pas nécessaires à la survie immédiate des Utapaun.

                              Mais cet évier livre la clé à toute cette affaire. Tericarax est toujours affairé au parcourt de ses pensées, insensible pour l'heure à son environnement – et aux trois humains liés à sa propre existence. On entend depuis le portique les murmures du vent, paisible. La maison elle-même est sereine – assoupie, ignorant le décès de son propriétaire. Des ombres paresseuses, typiques de la fin d'après-midi, s'étirent le long des murs, s'étalent de marche en marche. Mais comme tout ce monde ignore le décès de son maître, le Kaleesh ignore le monde, absorbé par ses ultimes calculs logiques.

                              Placement des troupes séparatistes. Probabilité d'un trajet. Itinéraires possibles et envisageables. Connaissance approximative de Utapau à prendre en compte. Basée sur la mémoire photographique du scientifique ; considération de l'inexactitude. Temps de trajet par des routes déviées, en ajoutant la méconnaissance relative des lieux. Scénarios alternatifs ? Défavorables. Très bien. Assez d'excursion dans son esprit, place aux actes. Les différentes séquences possibles ont été déterminées, ne manque plus qu'à combler les trous manquant entre ces dernières par l'action.


                              - Vous vous trompez également en pensant que nous menons des scanners orbitaux, générale, dit Tericarax. Pau-city est creusée à même la roche : même des radars militaires ne peuvent percer à travers pareille matière, pas quand elle est si épaisse, encore moins quand il y a des vents ravageurs à la surface pour brouiller encore plus les ondes. J'ai un plan, annonce-t-il d'une voix vide d'enthousiasme comme de fierté. Les patrouilles vont avoir ordre de tirer à vue sur nous, mais Sharkaran ne va pas tenter de modifier le blocus : quoi qu'il ait voulu négocier avec Tarun, puisqu'il a choisi de le supprimer c'est qu'il ne veut pas perdre l'appui d'Utapau dans l'affaire. Il se doit donc d'attraper les Sith – en en retirant tout le mérite naturellement, et pour ça il ne peut toucher aux patrouilles en l'état : s'il dirigeait toute la chasse contre nous, les Sith seraient bien évidemment capables de fuir. Il alertera sans doute les hauts dirigeants de la planète pour nous livrer la chasse et continuer à forger notre réputation de meurtriers – en envoyant bien sûr les troupes gardées en réserve à nos trousses, puisqu'il ne peut toucher à celles qui assurent le couvre-feu et l'isolation de Pau-City. Sous hypothèse que les patrouilles suivent leurs habituels trajets, il y a une faille. Elle ne permet pas de fuir la ville, générale, mais elle nous permettra de nous mettre en meilleure posture. Un repositionnement, une temporisation jusqu'à la phase suivante.
                              Il y a un dispositif et un seul qui lie tous les niveaux de Utapau en dehors des routes habituelles – et gardées : les égouts, descendant des niveaux supérieurs jusqu'à ceux les plus bas comme vous le soupçonnez. Les canalisations. Les règles d'intervention séparatistes imposent que les installations aussi capitales que celles traitant l'eau soient protégées – mais qu'on n'interfère pas avec leur activité excepté en cas de force majeure – empoisonnement des eaux par exemple. Il en est probablement de même dans votre armée, c'est une règle de bon sens ici.
                              L'isolation de Utapau a été fixée Centax*, nous sommes Zhell, deux jours plus tard, et le soir approche. Trois jours d'isolation, générale : ce soir, on commencera à distribuer les provisions amenées à bord de la flotte que vous avez pu voir en orbite. Et l'on ne laissera pas de simples B1 distribuer la nourriture, non ; certes les B1 devront assurer l'ordre, surtout quand on ira distribuer dans les bas-fonds de Pau-city, encadrer la foule qui se ruera pour avoir des provisions, si rares dans les zones pauvres de la cité, mais ce seront des organiques qui établiront les rations, on veut après tout faire bonne figure auprès de la population.

                              Des organiques, qui seront en conséquence sensibles à vos pouvoirs, tous trois que vous êtes. Et qui vous permettront alors de monter à bord de leur navette, car on ne décharge pas pareilles provisions en amenant les croiseurs ou les chasseurs à terre. Ces navettes d'approvisionnement, générale, sont notre clé pour nous échapper, car bien qu'ex-séparatiste je connais toujours les codes nécessaires et les procédures pour mener pareil appareil.

                              Toutefois, seuls les quartiers les plus purulents, les plus infâmes, les plus répugnants de Pau-city pourraient nous convenir : il nous faut une foule sale, désordonnée, pas un groupe poli et propre sur soi comme ce serait le cas à ce niveau. Pour descendre, nous utiliserons les canalisations. Ce ne sera pas une partie de plaisir, même moi ignore ce qui peut bien se cacher dans les conduits Utapaun. Il y a une station principale d'assainissement des eaux, à l'opposé du quartier général. L'atteindre ne sera assurément pas facile, ce sera même la partie la plus périlleuse de notre voyage. Toutefois...


                              Il pointe la lumière qui vient du haut des escaliers, en provenance des fenêtres à l'étage. Les rayons s'écrasent contre les murs, faiblards, colorés de doré.


                              - Le jour déclinera bientôt. Nous aurons les ombres pour nous dissimuler. Êtes-vous prête...Lyzs ?



                              *

                              Spoiler
                              Centax et Zhell désignent les jours. Dans SW, il y a 5 jours par semaine, Primeday,Centaxday, Taungsday, Zhellday, Benduday. Traduits approximativement en français, on a Prime, Centax, Taung, Zhell et Bendu.

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                                Auteur : Lyzs

                                « Organiques ». En voilà une expression tout à fait séparatiste. Une frissonnante désignation qui rappelle à Lyzs que la CSI base la quasi-totalité de son effort militaire sur l’exploitation de machines. Là-bas, on doit employer ce genre de termes au quotidien. Cependant, la petite républicaine trouve que ce mot, si pertinent pourtant, manque cruellement d’humanité. Ceci mis à part, l’objectif est fixé, au moins. Il faut atteindre la station de traitement des eaux afin de passer par les égouts pour d’atteindre les niveaux inférieurs de Pau-city. Une fois là-bas, il faudra s’échapper avec l’un des cargos d’approvisionnement. L’idée de tremper ses pieds dans les canalisations ne réjouis pas la générale, mais elle le fera. C’est sûrement la meilleure solution, après tout. Car, même si ce plan tient sur des connaissances que Lyzs ne possède pas, les précédentes démonstrations logiques de l’ex-lieutenant lui font penser que, s’il propose une telle option, c’est qu’il s’agit de la plus viable.

                                Le groupe finit de traverser les appartements et arrive à la fin du long escalier en avançant silencieusement. Derrière le portique grillagé, donnant sur le jardin, se trouvent trois magnagardes. Ceux-ci vérifient que personne ne s’approche de la demeure au propriétaire absent pour toujours. Il faut trouver un moyen de s’en débarrasser rapidement, sans quoi les fugitifs se feront repérer. Lyzs attrape alors son sabre et se tourne vers ses hommes. Peut-être qu’il est un peu tard pour parler, les machines ne sont pas bien loin et la générale ne connais pas la sensibilité de leurs capteurs. Pour communiquer, elle utilise donc des gestes. D’abord, elle tend les doigts de sa main gauche, puis elle serre le poing pour le ramener vers elle dans un geste d’attraction. Enfin, elle désigne son sabre. Les deux gardes républicains acquiescent ensuite d’un hochement de tête synchrone.

                                La jeune femme s’avance, suivie de près par sa petite équipe. Une fois arrivée devant le portique, elle fait un nouveau signe par-dessus son épaule. Les deux sensitifs tendent alors leurs mains puis, d’un coup, les trois IG-100 se mettent à glisser vers la générale. Et, avant même que ceux-ci n’aient touché le grillage, le sabre blanc s’est allumé pour les trancher deux fois, eux et le portique. Son geste à peine fini, Lyzs éteint et raccroche son arme à sa ceinture tandis que les morceaux de métal retombent en silence : l’un des gardes a jugé bon de se concentrer pour éviter que tout s’écrase avec fracas. Une initiative des plus plaisantes, s’il en est.

                                Un regard pour le cyborg qui s’approche. Puis, le groupe enjambe les débris pour se mettre en route. A partir de là, il faut faire confiance à Tericarax : Lyzs n’a aucune idée de là où peut se trouver la station d’épuration. Ainsi, les trois humains encapuchonnés suivent leur guide mécanique à travers les petites rues utapaun. Ils longent les murs, choisissent les passages les plus étroits. De temps à autre, le groupe s’arrête pour vérifier qu’aucune patrouille ne les menace. Quand le chemin est sûr, ils s’activent. Quand il ne l’est pas, ils patientent.

                                Parfois sur la pointe des pieds, parfois au trot selon la taille des allées à traverser, les quatre fugitifs se rapprochent peu à peu de la station. Lyzs en oublie les curieux bâtiments et ne sent plus l’humidité caverneuse de l’endroit. Elle ne voit plus que l’objectif à atteindre : les vaisseaux, la station. Non, plus proche encore : elle voit Tericarax. Chaque mètre qu’il parcourt, elle doit le parcourir aussi. Pour l’instant, il est le seul à savoir où se trouvent ces objectifs à atteindre. Il faut lui faire confiance : elle n’a pas le choix, pas après avoir été aussi loin en tous cas. La jeune femme ne sait pas si elle serait capable de retrouver son chemin, en cas d’ennui.
                                Une longue heure plus tard, après avoir parcouru un chemin que quelqu’un effectuerait bien plus vite s’il n’avait pas l’armée séparatiste sur le dos, le groupe arrive au bout d’une ruelle sombre. Ils peuvent apercevoir, dans la pénombre, un grand bâtiment mal éclairé duquel s’échappent plusieurs grands conduits. Autour de celui-ci se trouvent de grands bassins circulaires remplis à ras bord. L’odeur est déjà déplaisante d’ici. Pourtant, le complexe se trouve à l’écart de tout. Entre le groupe et la station, il y a un véritable vide.

                                Lyzs lève les yeux, la nuit est presque tombée. Très vite, quelque chose d’autre capte son regard bleuté : des droïdes B1 sillonnent l’endroit. Avec une rigueur mécanique, la patrouille effectue un quart de tour sur sa droite et continue sa ronde machinale. A peine s’efface-t-elle derrière l’un des bassins qu’une nouvelle lumière apparaît : nouveau groupe se montre et prend le relais de ce côté-ci de la station. L’endroit est bien gardé. Peut-être est-il surveillé à l’intérieur, aussi ? La générale attrape ses macro-jumelles pour observer les quelques fenêtres. Deux minutes plus tard, elle est formelle : il n’y a pas de mouvement à l’intérieur. Une information rassurante, mais il est de toute façon impossible de passer sans se faire repérer. Il faut trouver un moyen…


                                — Ils tournent bêtement autour de l’endroit. Je vais faire diversion, et vous passerez. Lance l’un des gardes.

                                Lyzs est un peu surprise par une telle proposition. Mais, avant qu’elle ne puisse dire quelque chose, le second soldat prend la parole.


                                — Tu n’y vas pas seul. Nos chances seront meilleures à deux.

                                La générale se tait. Peut-être que ce n’est pas la pire des options ? Les deux militaires, eux, attendent son approbation. Leur résolution peut se lire sur leur visage. Lyzs est presque touchée : elle repense à il y a peu, quand elle avait du mal à se faire respecter en tant que générale. Elle en a du mal à donner l’ordre. Elle n’a pas envie de les envoyer au casse-pipe. Finalement, c’est le premier encapuchonné qui relance :

                                — C’est vous, qu’ils veulent. Si on se fait attraper, on s’en sortira sûrement.


                                Deux longues secondes passent, mais cela suffit finalement à faire acquiescer Lyzs. Sans un mot de plus, les deux soldats se reculent dans la ruelle pour emprunter un nouveau passage. Lyzs et Tericarax attendent là, en silence. Puis, au bout de quelques minutes, ils aperçoivent deux ombres qui s’avancent vers la station. La patrouille de gauche s’éclipse derrière le bâtiment et la patrouille qui arrive à sa droite s’immobilise d’un seul coup. De loin, la scène est plutôt difficile à cerner. Sans plus attendre cependant, l’ex-lieutenant et la générale s’élancent vers la station.

                                Alors qu’elle court, le plus vite et le plus silencieusement possible, la générale ne détache pas ses yeux de la scène. Très vite, les deux sabres bleus sont dégainés et quelques tirs de blaster foncent s’écraser contre eux. Les droïdes avancent et déjà de nouveaux tirs viennent de plus loin : la deuxième patrouille a du rejoindre la chasse. Les deux gardes reculent progressivement en déviant les lasers, puis ils finissent par atteindre les rues bordant la place pour s’enfuir. La plupart des droïdes les prend en chasse. Lyzs et Tericarax, eux, finissent de franchir une lourde porte coulissante qui se ferme derrière eux. Ils sont à l’intérieur.

                                La jeune femme n’est pas sereine, son cœur bat à cent à l’heure. C’est sûrement parce qu’elle vient de « perdre » deux soldats de plus. Mais, il y a autre chose. Elle sent que tout ne se déroule pas comme prévu. Elle est désorientée… Non, il s’agit de quelque chose d’autre encore. Elle tourne la tête, cherche quelque chose du regard. Puis, après quelque pas dans cette salle où se trouvent plusieurs machines inconnues, une voix se fait entendre :


                                — Alors… C’est à cause de vous tout ça, dehors ?

                                Les ombres, le côté obscur... Il s’agit d’un Sith, Lyzs en est sûre. Mais, d’où vient sa voix ?

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