Noires représailles
-
Post n°21
Auteur : TericaraxRapide. Assurément, les gardes viennent d'agir de façon extrêmement rapide – et efficace par ailleurs. Une intervention habile et intelligente, et les magna ne sont plus qu'un souvenir. Tericarax se penche et récupère dans les débris tranchés un cœur d'IG-100 ; une pile énergétique, concrètement. Les explications attendront. Pour l'heure, il faut se mettre en route. Sous les rayons mourants du Soleil Utapaun, le petit groupe se met à arpenter les rues. Le temps presse. La nuit tombera bientôt, ce qui ne laisse que peu de temps pour traverser les égouts ; la fenêtre d'opportunité dont ils disposent ensuite pour entrer dans la navette est courte, bien trop courte. Le groupe de fugitifs progressent dans les rues désertes. Autour d'eux, les fenêtres des maisons sont fermées, on a abaissé les rideaux sans doute devant les patrouilles séparatistes, les portes sont closes. Pau-city est aveugle à la fuite qui se trame au sein de ses propres rues, ses seuls yeux sont ceux des B1 qui arpentent le pavé au pas de l'oie. Il est du devoir de Tericarax de mener le groupe toujours dans l'angle mort des patrouilles.
Plusieurs fois, le cyborg est forcé de modifier l'itinéraire : un bataillon passe dans ce boulevard et pourrait les repérer. Là, une rigide phalange d'automates B1 passent par malchance dans la ruelle qu'il comptait faire emprunter au groupe. Certaines fois, il fait le choix de l'arrêt, car il ne connaît aucun autre chemin et n'est pas prêt à prendre de risques, parfois il détermine mentalement une route alternative, et préfère la suivre plutôt que de gaspiller de précieuses minutes ; la lumière déclinante est son sablier, la nuit son échéance – et le crépuscule est si proche, il sent les ultimes rayons du Soleil mourir à ses pieds, s'écraser – sanglants- sur son habit improvisé ; il force à presser le pas, le groupe passe à un petit trot. Tericarax guette chacun des signes autour de lui; un nom d'enseigne, un virage de rue particulière, un bâtiment qu'il avait mémorisé, tous les indices sont bons pour savoir où ils se trouvent – approximativement. L'absence d'émotions lui permet de garder l'esprit clair et de rester pleinement concentré sur sa tâche : l'erreur n'est pas permise et il ne la commettra pas.
À mesure que le jour décline, les maisons d'Utapau s'illuminent. Derrière les portes filtrent des halos orangés, derrière les fenêtres on devine la vie. Avec l'arrivée du crépuscule, la ville fantôme reprend des couleurs vivantes, comme pour montrer qu'elle n'est pas encore morte. Ces éclairages sont une nouvelle entorse pour la progression, car Tericarax redoute des regards indiscrets quand les habitations reprennent vie ; il modifie encore son plan de route pour n'emprunter que les ruelles les moins éclairées, ces passages d'arrière-boutique où de rares lampadaires jettent des lueurs tremblotantes et incertaines ; les lampadaires sont encore éteints car la nuit n'est pas venue, mais on évitera ainsi que des yeux par hasard tombent sur les fugitifs et ne les dénoncent aux patrouilles ; l'erreur n'est pas permise et il ne la commettra pas. De ruelle en ruelle notre quatuor passe – fugace et sûr, car l'hésitation et l'exubérance seraient leur perte à tous.
Le Kaleesh fait s'arrêter le groupe quand, devant une boutique, un Pau'an sort les poubelles. Ils restent figés ainsi dans les ombres qui s'allongent alors que l'autre, chantonnant dans sa langue natale un air dissonant, jette les gros sacs dans des bennes d'acier rectangulaires. Le cyborg reste parfaitement immobile. Il prend soin de retenir sa respiration pesante ; son cœur proteste, résonne à grands coups dans ses oreilles, en cruel besoin d'oxygène, mais son maître s'y refuse : la discrétion est de mise après tout. Pendant ce temps, le natif d'Utapau se frotte les mains, referme la benne et enfin retourne à l'intérieur. Sitôt la porte fermée derrière lui, le cyborg reprend son mouvement – et sa respiration, imité des autres. Après une cinquantaine de mètres, encadré par des murailles muettes et serrées de maisons, l'allée débouche sur une place plus large. Au centre de cet espace se dresse l'ombre de la station d'épuration. Sous les rayons monochromes et décolorés caractéristiques des premiers instants du crépuscule – ce linceul d'argent et de cendres - il distingue de sept grandes formes cylindriques, plongeant dans le sol comme autant de tentacules démesurés et immobiles. Des tuyaux, d'un très large diamètre. On devine autour des bassins, une odeur nauséabonde en vient. La station est un gros bâtiment, ses formes sont plus industrielles que les habitations de ce niveau ; sans doute est-ce là une installation d'une firme séparatiste et non pas un produit des architectes locaux, ce qui explique la différence évidente d'esthétique. L'objectif est là, sous ses yeux reptiliens. Leur porte de sortie est toute proche. Il tient toujours, sous son manteau improvisé, le cœur magna. Bientôt le jour mourra, il ne faut pas perdre un instant. Mais, dépourvu d'impatience, il observe et, hélas : des patrouilles encadrent naturellement la station. Il n'aurait pas laissé pareil point non-gardé de l'extérieur, évident et logique. Un instant, il estime la distance qu'ils ont parcouru ; ses yeux se portent vers le gouffre au cœur de Pau-City. Ils ont parcouru, avec le trajet vers les appartements de Blaum puis celui vers la station, une distance non-négligeable. S'ils poursuivaient, peut-être seraient-ils au Q.G en une dizaine de minutes...
Son vaisseau n'est au final pas si loin...Non, absurde. Il est probablement sous surveillance, et par ailleurs il serait impossible de transporter dans ce chasseur monoplace qui que ce soit : la carrure de Tericarax emplit tout le cockpit, personne d'autre ne pourrait venir avec lui, ce qui est vide d'intérêt ; une alternative stérile en somme. Non, leur clef est là, la station est juste devant eux. Mais les patrouilles en sont l'ultime gardien hélas. Quelle ironie. Jamais n'aurait-il songé que de misérables B1 puissent le mettre en pareille situation. Malgré toute leur incompétence, il leur accordera au moins cela : leur nombre fait leur force. Son esprit se met à tourner sur un plan. Passage par la force ? Impossible, ils donneraient l'alerte, ne serait-ce que par leur soudaine disparition. Par ailleurs, le temps de tous les éliminer, d'autres patrouilles pourraient venir, et les quatre seraient alors pris au piège, sans plus aucun espoir d'échappatoire. La discrétion ? Non plus. La place est large, il y a plus de deux cent mètres qui séparent la ruelle de la station : les deux bataillons qui arpentent machinalement le pavé auraient tôt fait de les repérer et de donner l'alerte. Ne reste alors qu'une seule solution possible...
- Ils tournent bêtement autour de l'endroit. Je vais faire diversion, et vous passerez, murmure un des gardes de Lyzs.
La seule solution qui puisse être mise en œuvre, songe Tericarax. Néanmoins, il y a deux patrouilles : un seul ne tiendra pas, il ne pourra pas faire distraction assez longtemps pour que le reste du groupe puisse avaler la distance qui les sépare de leur objectif. Le deuxième humain enchaîne immédiatement, pour accompagner son compère. Précisément ce qu'allait réclamer le pragmatique Kaleesh. Oui, ce n'est qu'ainsi qu'une ouverture est possible pour la générale et lui. La seule solution possible est un sacrifice. La supérieure hésite. Pourquoi hésite-t-elle ? Il n'y a pas de doute à avoir : s'ils ne vont pas attirer l'attention des B1, alors tout est perdu. Il n'y a pas de doute à avoir, c'est la seule possibilité, car tout autre choix mènerait à terme à leur perte ; l'erreur n'est pas permise et ils ne la commettront pas. Enfin, elle acquiesce, et le duo s'élance dans les rues, suivi par le regard du scientifique. Cette impulsion héroïque de ces deux ne leur coûtera sans doute pas la vie, mais c'est probablement autre chose qui les a fait bouger. Une affection pour leur supérieure peut-être ? Ou simplement une loyauté sans faille ? Difficile d'établir une véritable distinction entre les deux ; cela n'a de doute façon pas d'importance .
Les deux petites ombres deviennent presque invisibles, alors que l'obscurité commence pleinement à envahir les lieux. L'une des patrouilles s'immobilise soudain, devant les deux individus en liberté après le couvre-feu. C'est le déclic. Les algorithmes droïdes ont compris qu'il y avait des cibles à appréhender, toute la rigidité de leur programmation va les centrer sur cette tâche unique et leur faire oublier le reste. Tericarax prend son élan et s'élance, la générale sur ses talons. Au loin, les armes sont tirées. On aperçoit la lueur des sabres lasers et des tirs de blaster, des traits colorés et luminescents dans la noirceur grandissante de la nuit. Notre cyborg observe devant lui, tout en prenant garde de maintenir son habit en place d'une main ; de l'autre il tient le cœur magna. Ils passent près des bassins, d'où s'échappent une brume opaque. La générale est-elle toujours derrière lui ? Oui ? Parfait. Les deux cohortes de B1 sont toutes axées vers l'escorte de la républicaine ; d'autres droïdes viennent en renfort, chassent les fugitifs vers les rues où ils se réfugient. Leur objectif est là. Ils progressent au milieu des bassins, passent entre les conduits et les brumes aussi vite qu'ils le peuvent, et enfin arrivent devant une porte d'acier coulissante ; elle s'ouvre devant eux, se referme après leur passage dans un son vaporeux.
Tericarax s'arrête, son asthme résonne, pesant et pathologique, ses poumons en feu. Il n'est pas épuisé, non, mais il doit reprendre son souffle. Pendant qu'il inspire bruyamment, il observe les alentours, cet intérieur éclairé uniquement par l'obscurité. On devine les formes des machines industrielles et des installations, leurs arêtes se découpent sous les rares rayons lumineux, qui filtrent par des fenêtres hautes dans le hangar ; il devine là un petit balconnet, sans doute d'acier, qui permet d'accéder à d'autres instruments logistiques. Il n'y a que le son des machines dans cet endroit, continu, suffisant pour couvrir même la respiration de Tericarax. Bien évidemment ; il faut drainer et purifier les milliers de mètre-cube de déchets produits par ce niveau d'Utapau, puis l'envoyer dans les niveaux inférieurs pour continuer le traitement, jusqu'à finalement le déverser encore purulent et vil au tout dernier niveau, là où ne vivent que les plus pauvres, au milieu de la peste et des excréments. Ne reste qu'à utiliser le cœur magna, cette source d'énergie improvisée. Avec, il pourra faire disjoncter une porte de service, et obtenir l'accès vers enfin les tuyaux. Avec, ils pourront s'échapper sans faire le moindre bruit suspect. Leur temps est presque écoulé. Il ne faut plus tarder.
- Alors...C'est à cause de vous tout ça, dehors ?
Tericarax, qui vient de faire un pas, ne s'arrête pas ; son esprit ne peut ressentir la surprise. Mais ses pensées changent face à cet événement imprévu : un nouveau chiffre vient d'apparaître dans ses calculs, tout doit être revu. Il cherche mentalement ; pour quelles raisons quelqu'un se trouverait ici ? Ses yeux fouillent machinalement les ombres, mais c'est un futile essai, une tentative précautionneuse mais vouée à l'échec naturellement : il ne voit rien. Un pas de plus, et un autre. La générale derrière lui est toujours immobile. L'esprit de notre cyborg est partagé. Il hésite à proprement ignorer cette voix, ils doivent poursuivre leur route. Mais une autre parcelle de son esprit compile toutes les données à sa disposition pour déterminer l'identité de cette voix. Son timbre et son accent lui sont purement inconnus – on dirait l'expression d'une personne qui n'a pas de nez, l'expiration des paroles est étrange - mais le contexte est unique, riche en conclusions. Un travailleur est hors de propos. Cela pourrait être un simple badaud, mais alors il serait là depuis longtemps, avant les patrouilles. Sa réflexion se poursuit. Un simple errant, dans les zones favorisées de Pau-city ? Dans une station d'entretien ? Il lui faudrait un sens de la discrétion et de la dissimulation hors du commun. Et le ton assuré n'est pas celui d'un Utai ou d'un Pau'an; l'accent ne concorde pas non plus. Espèce sans nez, sur Utapau. À ce niveau de la cité, à cet instant précis.
Un son brusque ; Tericarax fait un bond sur le côté alors que s'écrase une lourde machine là où il se trouvait juste avant. Elle est tombée du plafond, et l'aurait sans doute broyé sur le coup. Incohérent, illogique, une machine ne se libère pas par hasard de ses attaches.
- Si je vous tue...Est-ce que j'aurai mon billet de sortie ?
Billet de sor...La solution apparaît évidente aux yeux de notre Kaleesh. Soudain, une vive lumière, et la foudre traverse l'air, s'abat en un tonnerre vers la générale. Tericarax plisse les yeux, l'éclairage livide et crépitant est si brusque qu'il lui blesse douloureusement les rétines et l'aveugle presque. Toutefois, il aperçoit un instant le visage à l'origine de la voix...Évidemment. Pas de nez...Ce niveau de la cité, au milieu des ombres. C'est le Bith, l'un des Sith fugitif. L'esprit du cyborg se trouble. Il sent que commence à venir un bouillonnement funèbre en lui, mais il n'y prête pas attention : il n'a pas le temps de s'en occuper. Il lâche le cœur magna au sol, déploie ses deux vibrolames qui chantent à l'unisson de leur macabre vibration. L'autre interrompt son assaut contre la générale ; il est à cinq mètres sur la droite. D'un bond en avant, Tericarax se jette vers lui, la scène replonge dans l'obscurité. Les lames du cyborg battent l'air, mais ne tranchent rien ; le Sith a profité du changement de lumière pour s'échapper. Tericarax se sent brusquement projeté sur le côté et tombe au sol. Il se rattrape et se relève, rajuste son habit en fixant ses alentours directs. La générale, à sa gauche, est éclairée par la lumière de son sabre laser, un blanc pur qui projette un halo autour d'elle. Elle n'a pas l'air d'avoir souffert des éclairs ; sans doute a-t-elle trouvé une façon de les parer, avec son sabre peut-être ? Pas le temps non plus de s'en occuper. Les iris dorés de Tericarax scrutent la pénombre. À nouveau, ils sont au milieu du vrombissement des machines. La voix s'élève une seconde fois, comme amplifiée, multidirectionnelle.
- Une Jedi, ici...Avec ton sabre laser j'ai mon billet de sortie petite.
Le Kaleesh détecte du mouvement, près de la carcasse de machine. Brusquement, un mur noir file dans sa direction et celle de Lyzs : une pluie de débris. L'obscurité l'empêche de distinguer quoi que ce soit ; il se protège de ses bras, alors que la tempête de projectiles s'abat contre la montagne d'acier qu'il est. Ses griffes s'accrochent au sol pour tenir le choc, déformant les plaques de tôle avec un crissement – mais bien moindre comparé au boucan que font tous les débris projetés vers lui et sa compagne d'infortune républicaine.
Il plisse les yeux. Quelle perte de temps. Quelles étaient les chances de tomber ici et maintenant sur le Sith ? Très faibles. Un hasard malheureux, qui pourrait bien saboter tout son plan. Soudain, une raie lumineuse ; les processus cognitifs du personnage doublent de vitesse. Un projectile file dans sa direction. Blaster. Ces lettres s'impriment dans son esprit en un quart de seconde. Il a tout juste le temps de ramener un bras sur la trajectoire de la décharge énergétique ; les alliages qui le composent font leur travail, le tir s'écrase contre son acier, laissant derrière une trace carbonisée – et un disque rouge sur son manteau improvisé. La tempête se calme.
Tericarax jette un regard vers son binôme de combat, qui a su résister au dernier assaut elle aussi. Les sensitifs peuvent se sentir mutuellement. Vers où se porte son regard actuellement ? Où se cache le Sith, qu'il sépare son joli crâne enflé du reste de son corps ? -
Post n°22
Auteur : LyzsSpoiler : HRP
Lyzs sent le côté obscur planer dans les lieux comme un brouillard de mort, mais elle n’en trouve pas l’origine non plus. Le Sith est doué, il se dissimule. Sa présence est fondue dans un nuage à travers lequel il est impossible de voir. Puis, d’un coup, quelque chose se décroche du plafond. Notre garde lève les yeux et s’écarte, mais elle n’est pas en danger : c’est Tericarax qui est visé. Celui-ci esquive d’un bond tandis que la générale se protège les yeux, au cas où. Après un grand fracas accompagné d’un long crissement, Lyzs observe l’impact. Tout autour de la lourde machine fumante, le sol est déformé, plié. Des débris sont éparpillés ci et là, mais l’homme est toujours invisible. Il reprend :
— Si je vous tue...Est-ce que j'aurai mon billet de sortie ?
La républicaine dégaine et allume son sabre, pas de doutes possibles : il s’agit du fugitif. Mais, où peut-il bien se cacher ? La fille lève les yeux. Plusieurs passerelles sont suspendues au plafond, mais elle ne voit ni n’entend personne. Quand, soudainement, quelque chose tombe de cet obscur nuage imaginaire. La générale se retourne alors pour placer son sabre devant elle sans savoir ce qui l’attend. Il s’agit du Sith qui se laisse choir pour atteindre son niveau. Mais, avant même qu’il ne touche le sol, lumière ! Lyzs se protège avec son arme. Elle y redirige d’incroyables éclairs de Force naissant du bout des doigts de son agresseur. Ce ne sont pas là de simples étincelles, il s’agit de véritables démons de lumière s’agitant en tous sens. Des démons imprévisibles dotés d’une incroyable vitesse et d’une intensité monstrueuse, si bien que la jeune femme peine à les contrôler. La foudre s’abat partout autour d’elle en des dizaines d’éclats assourdissants et brûlants. Il lui faut la maîtriser plus possible, appliquer la théorie, se concentrer, respirer, ne pas paniquer… Pour l’instant, tout va bien. Au milieu de la tempête et des explosions, la générale tient bon. Mais, pour combien de temps ?
Puis, tout s’arrête. Lyzs, qui s’était mise sur ses appuis, se redresse. Sa vue se réhabitue doucement à l’obscurité pour qu’elle devine Tericarax. Il est là où se tenait le Sith et décroise ses deux imposantes vibrolames. Elle n’y voit pas de sang : il a donc manqué son coup. Pas étonnant, l’ennemi n’est pas un débutant. Non. Les pouvoirs dont il vient de faire la démonstration trahissent une incroyable maîtrise du côté obscur. Il ne se serait jamais fait avoir par une simple attaque isolée. Mais, comment fait-il pour se déplacer ainsi ? Confuse, la générale se remet de ses émotions et reprend immédiatement la recherche du dark. A nouveau, elle ne le trouve pas. Par contre, elle l’entend encore :
— Une Jedi, ici... Avec ton sabre laser j'ai mon billet de sortie, petite.
Lyzs, une Jedi ? Non. Mais peu importe ! Le Sith a pris de la distance. Sa voix semble venir de partout à la fois, mais notre garde se doute bien qu’il n’est pas loin. Plus rapide, Tericarax a l’air de l’avoir détecté alors que la républicaine perdait son temps à essayer de le sentir à travers la présence obscure. Elle voit que le cyborg se protège, mais de quoi ? La « Jedi », ne s’étant toujours pas réhabituée au manque de lumière, se cache en vitesse derrière son partenaire. Elle le sent : quelque chose arrive, mais quoi ? Et, au moment où elle comprend enfin ce dont il s’agit, de nombreux débris viennent s’écraser tout autour des deux « traîtres ». Elle se laisse tomber sur ses genoux et place ses mains sur sa nuque. Sabre éteint, un peu en panique, elle compte sur Tericarax pour tenir le choc. S’en suit un tir de blaster qui perfore l’habit du lieutenant pour passer juste au-dessus de la générale.
Puis, silence. Lyzs se relève alors, pas vraiment sûre d’elle, pour voir que le Sith a disparu une fois encore. S’en suit une nouvelle recherche. Elle fouille la pénombre du regard. Cette fois cependant, c’est la bonne : après quelques secondes, elle sent enfin quelque chose. Sur ses gardes, elle relève les yeux et entend un craquement : un nouveau projectile, plus gros encore que le premier, leur arrive dessus. Lyzs jette alors son bras gauche en avant. L’épais amas de métaux craque à nouveau, comme s’il venait de percuter quelque chose, puis tombe quelques mètres devant les deux partenaires. Lyzs, qui s’était crispée pour se protéger du choc, s’agite lorsqu’elle entend un rire des plus condescendants. Celui-ci raisonne dans l’endroit, comme si sa nature était fantomatique.
— Ah ah ah ! Ohhh… oh oh. Je vois… Un par un, alors ?
Là, le Sith apparaît de nulle part. Comme s’il avait toujours été présent, il se retrouve entre Tericarax et Lyzs. Avant qu’ils ne puissent réagir, l’homme a déjà une main sur les épaules de chacun de ses ennemis. Subitement, ils sont tous deux projetés dans des sens opposés. Combien de mètres parcourt la générale ? Quinze ? Peut-être vingt ou plus encore ? Elle rentre le menton avant d’entrer en contact avec un mur. Sa combinaison la protège partiellement du choc, mais la taule pliée et son hurlement de douleur ne mentent pas : le choc est violent. Elle tombe au sol. Poussant sur ses bras, peinant à se relever, elle aperçoit l’ombre noire à travers ses cheveux tombants sur son visage. Il fait un geste de la main avant qu’une large et épaisse porte se referme derrière lui comme une immense mâchoire de fer. Soudain, quatre puissantes lumières éclairent la pièce depuis le haut de l’unique sortie, maintenant condamnée.
Lyzs, éblouie, arrive à peine à distinguer les yeux plissés du Bith. Sourit-il ? Non, plus important : où est le sabre ? Où est-il ?! Elle balaie l’endroit du regard. Luttant contre la luminosité, elle voit un long établi longeant la pièce qui n'est pas très grande. Engourdie par le choc, elle se relève avec peine pour découvrir que, sur celui-ci, se trouve une véritable quincaillerie. Outils, schémas, pièces détachées… Si le sabre a atterri là-dedans, le trouver ne sera pas facile. Mais, les réflexions sont interrompues : le Sith à finit de se faire craquer les doigts après avoir fait quelques pas. Il tend maintenant ses mains vers la fille. Celle-ci se relève plus encore, mais ce ne sont pas ses muscles qui l’aident à se dresser contre son adversaire. Il s’agit d’autre chose… Tout son corps tremblant lui fait mal. Mal comme s’il lui demandait d’abandonner, de lâcher prise. Derrière la républicaine, la cape frappée aux couleurs de la CSI danse étrangement. Elle ondule comme un court d’eau que l’on aurait perturbé alors que sa propriétaire s’élève lentement pour quitter le sol. Lyzs veut parler, crier, mais sa gorge est serrée. Elle n’arrive à transmettre que sa douleur dans une longue plainte avant de serrer les dents. De la pointe des pieds, elle tente d’atteindre le sol pour prendre appui, mais elle arrive à peine à bouger ses chevilles. Paniquée, elle cherche une échappatoire. Pas de sabre. Pas de temps, plus de temps ! Il lui faut faire quelque chose ! Le Sith fait un nouveau pas, puis deux. Il se rapproche lentement... Ses doigts crochus sont comme plongés dans l’âme de sa proie.
— Alors… On résiste encore ?
De ses deux bras, il donne une impulsion. Lyzs soubresaute avant de laisser s’échapper un long hurlement de douleur. Sa peau est rouge, ses veines sont gonflées, son cœur bat à cent à l’heure alors que, pour elle, les secondes sont des heures. Elle ne veut pas se laisser tuer. Elle ne veut pas mourir des mains d’un Sith. Elle ne veut pas abandonner, mais la douleur est si intense ! Non, non… il lui faut tenir bon ! Partout, dans cette pièce, il y a des outils tous plus lourds les uns que les autres. Il y a forcément un moyen de s’en sortir, de les utiliser. Mais, comment ? Aucun objet ne veut obéir à la générale. Nulle pièce de métal ne veut bouger. Aucune clé, aucun écrou, aucune vis ! La républicaine est paralysée mais ses pensées filent à mille à l’heure. Cette insupportable douleur secoue ses sentiments et fait grandir en elle la plus grande des rancœurs. Elle rêve de déchaîner une tempête d’acier sur le Sith pour lui déchirer la chair, pour prendre le dessus et lui rendre la monnaie de sa pièce. Ses yeux bleus, qui brûlent d’une volonté malsaine, d’un désir motivé par un sentiment dont se nourrit le côté obscur, se plantent dans ceux du Sith. Et, cet immonde personnage, cette raclure, ose afficher un air satisfait. Il est ravi, même.
— En colère, Jedi ?
Un nouveau cri. Cette fois, il s’agit de rage ! Lyzs tente de donner un à-coup pour se libérer. Cependant, son épaule bouge à peine avant que la prise invisible ne s’intensifie plus encore. La pression de fait plus grande. Elle veut respirer, mais sa bouche s’ouvre sans bruit. Sa tête commence à tourner. Son champ de vision se rétrécit. La lumière se fait plus intense. Le Sith devient une silhouette. Son emprise est trop écrasante, la fille ne peut plus luter. La côté obscur est trop puissant. Et, pourtant, Lyzs ne veut rien lâcher. Elle ferme les yeux et continue à espérer que la Force lui accorde le pouvoir de se libérer de ces chaînes, de terrasser le Sith. Malgré tout ce qui pèse sur elle, elle se concentre. Elle maudit ses faiblesses. Elle maudit le Sith. Elle maudit l’univers ! Ses mains ne veulent pas bouger ! Elles ne peuvent pas guider la Force. Impossible de faire bouger cette ferraille. Si seulement l’un d’entre eux voulait bien se soumettre à sa volonté. Si seulement sa volonté pouvait dépasser ses gestes !
Puis, enfin, le miracle se produit. Derrière de Sith, de lourdes pièces commencent à trembler. Puis, à vibrer. Puis… à s’agiter ! Le cliquetis provoqué par le métal tremblant s’intensifie pour devenir une musique produite par les métaux s’entrechoquant et claquant contre l’établi. Le Bith tend ce qui lui sert d’oreille. Il se retourne à peine. Peut-être que c’est le cyborg qui essaie de forcer la porte ? Bon sang ! Non ! Il se disperse ! Sa prise faiblit un instant ! Il se reconcentre mais il est déjà trop tard : comme sortant de l’eau après avoir frôlé la noyade, la « Jedi » prend une longue inspiration. Elle rouvre les yeux et foudroie le Sith du regard avec toute la rage qu’il sut faire monter en elle. D’un coup, une longue tige d’acier file vers l’ignoble fanatique. Avec aisance, le monstre obscur se baisse pour l’éviter. Mais, c’est maintenant une lourde clé qui file sur lui et le cogne aux côtes. Il tombe au sol et perd le contrôle. Il grogne et peste ! Lyzs, elle aussi, est par terre. Elle est maintenant libérée de l’emprise. Elle se relève en se tenant les bras pour se rassurer. Il lui faut retrouver son sabre, mais elle n’a pas le temps, car le Sith se redresse lui aussi et lance ses griffes vers elle !
Promptement et avec violence, la générale projette elle aussi sa puissance vers le dark. Animée d’une colère provoquée par ses nerfs torturés, elle ne se laisse pas faire. La concentration se mêle à la rage, à la colère et au désir de vaincre. Les dents serrées, les deux ennemis s’assassinent l’un et l’autre du regard. Se souhaitant mutuellement de craquer, de lâcher prise, les combattants résistent à une pression faisant gonfler leurs veines, faisant suer leur peau, faisant trembler jusqu’à leurs os ! Tous deux ont la sensation d’être écrasés par un étau illusoire. Leur crâne bourdonne, leurs tympans chantent une ode à la douleur et leur mâchoire grince comme si elles allaient se briser. Les deux adversaires, grognant leur effort, sont figés dans une furieuse bataille invisible. Les quelques mètres qui les séparent sont secoués c’est un terrible ouragan paranormal. Si bien que cette violence impalpable se transmet peu à peu à tout ce qui se trouve là. Les outils en tremblent, l’établi s’éveille sous une cacophonie des plus inquiétantes. Les pièces les plus légères s’envolent, les moutons de poussière s’agitent et tournoient dans une danse aérienne vide de sens avant de se déchirer dans l’air. La cape et la bure claquent contre leurs propriétaires qui s’acharnent toujours plus l’un contre l’autre.
Lyzs, les yeux injectés de sang, sent ses bras chanceler. Ils sont secoués par un pouvoir qui la surpasse. Son corps faiblit mais son obstination grandit. Pourtant, le Sith commence à baisser les bras comme s’il écrasait cette volonté grâce à la force brute. Notre générale est accablée par cette terrifiante puissance. Ses jambes fléchissent, son dos se courbe. Bientôt, elle met un genou au sol pour ne pas tomber. Elle gémit et grogne à cause de la douleur. Elle se retient de hurler pour ne pas montrer sa faiblesse, mais le Sith la domine. Du sang perle au coin de ses yeux rouges. Elle tousse et goûte au fer de son hémoglobine qu’elle recrache pour mieux respirer. L’homme en noir fait un pas, victorieux. Il ne lâche rien, mais Lyzs non plus. Le vainqueur s’apprête à savourer son triomphe quand, soudain, parmi les outils agités par les torrents invisibles, se détache un cylindre chromé qui file vers lui. Il lâche prise et tente de se saisir de l’objet, mais il échappe à sa portée pour rejoindre la main de Lyzs qui bondit déjà vers le bith. Sa lame blanche apparaît alors pour fendre l’air afin de s’abattre sur le maître obscur tandis que la gravité s’empare à nouveau de tout ce qui volait autour d’eux.
Un choc, puis deux. La républicaine tente d’en finir avec cette erreur de la Force mais elle n’y parvient pas : ses coups sont bloqués. Le Sith veut dégainer son blaster, mais il a besoin de ses mains pour intercepter le sabre. La fille se déchaîne comme une furie. Sans maîtrise aucune, elle veut briser la défense du dark. Elle s’acharne comme jamais, mais sa maîtrise de la Force est incroyable : les coups sont interceptés à quelques centimètres des paumes du maître. A chaque contact, c’est un son et lumière qui se joue. Comme si des disques spectraux, à peine bleutés, se formaient juste avant les impacts. Les chocs sont lumineux, puissants, explosifs. Ils éblouissent aussi bien Lyzs que le Sith qui ne s’arrêtent pourtant pas dans leur lancée. Plus la fille frappe, plus elle accompagne ses gestes avec des cris rageurs qu’elle ne se serait jamais crue capable de lancer.
Sous la tempête, l’ennemi reste concentré. Il n’a pas le temps de grogner ou de se plaindre. Il doit intercepter cette lame et stopper cette folie furieuse. Quand, tout à coup, il se retrouve face à l’imprévu. Malgré sa fureur aveuglante, la « Jedi » ne fait pas que de donner des coups au hasard. Elle s’est servie des chocs pour gagner du terrain. Le Sith est dos au mur et Lyzs lui assène un imprévisible coup de pied au ventre. Tout en tombant, le dark se prépare à intercepter la plus violente des attaques de son ennemie. Elle a saisi son arme à deux mains et donne toute sa puissance dans ce coup fatal. La pointe blanche creuse dans le métal à toute vitesse pour se retrouver, d’un coup, figée entre les deux mains du bith. Assis et adossé à la paroi, alors que le métal orange crépite au-dessus de lui et que les débris brûlants viennent roussir sa peau et creuser sa bure, il ricane.
— Tu n’es pas une Jedi, alors ?!
Il n’a pour réponse qu’un grognement. Lyzs appuie plus fort encore sur sa prise.
— Ta rage te mène à moi. Elle te mène au côté obscur ! Dit-il en plissant les yeux. Arrête de te battre ! Tu t’acharnes pour rien, comme tous les ignorants.
— Je me bats… pour la justice ! Lui répond enfin la fille, les dents serrées.
Une fois encore, elle donne un à-coup. Cette défense finira bien par céder !
— Ah ! Lance le dark, hautain.
Le bith ramène sa jambe vers lui et pousse sur son pied pour se lever. Suivant son geste, la lame se déloge du métal. L’homme la pousse de ses deux mains, comme s’il tenait l’énergie blanche avec d’épais gants de Force. Le Sith, à peine plus petit que la générale, a pourtant, en cet instant, l’air bien plus grand qu’elle.
— La justice n’est qu’un prétexte, gamine... Tu caches tout au fond de toi, mais aucun verrou ne résiste au côté obscur. Je lis en toi comme dans un livre ouvert ! Ton regard trahit ta haine. Tu cherches la vengeance, simplement la vengeance ! Tu es malhonnête, tu te mens à toi-même ! Ou... es-tu simplement ignorante ? Tu vaux moins encore que ceux que tu abhorres !
Lyzs se perd un instant. Elle doute. Peut-il vraiment lire ces choses-là ? Est-il vraiment entré dans son esprit aussi facilement ? Pense-t-elle vraiment les choses de cette façon, en vérité ? Non ! Ce ne sont là que des paroles vouées à la déstabiliser ! Des paroles de Sith, des paroles sans valeur aucune !
— Les Sith sont le fléau de la galaxie. Il n’y a rien qui vaille moins que vous !
Sous ses deux bras levés, l’homme en noir prend le temps d’observer son adversaire presque essoufflée, mais qui tient bon. Sa peau est salie par son propre sang et par la sueur mélangée à la poussière. Ses yeux sont cernés d’une marque pourpre glissant sur ses joues. Elle a le regard de quelqu’un qui ne se laisse pas convaincre, de quelqu’un qui n’a pas la tête à raisonner. Du point de vue du Sith, la fille est perdue. Sa haine est véritable et son ignorance absolue. Tant pis.
Le bith soupire alors, résigné. Puis, il lâche prise. La lame, libérée, descend d’un seul coup, mais elle ne tranche que l’air agité par le départ du Sith. Lyzs n’a pas le temps de comprendre, il est bien trop rapide. Après son pas de côté, le maître obscur écrase son poing dans le ventre de la pauvre ignorante qui tombe au sol. Sans se presser, il lui marche ensuite sur la main pour lui faire lâcher son sabre fumant. Celui-ci roule jusqu’aux doigts du dark qui s’en empare avec légèreté.
— C’est fini, maintenant. Tu seras restée dans le faux jusqu’à la fin, pauvre imbécile…
Avec son talon, il frappe contre Lyzs pour la retourner. Toujours sous le choc du précèdent coup, elle suit le mouvement en toussant. Sur le dos, elle peine à respirer et voit l’étrange forme du crâne du Sith assombrie par le contrejour des spots qui se trouvent juste au-dessus de celui-ci.
— Dommage. Lance le dark en s’approchant un peu plus.
Lyzs qui essaye tant bien que mal de bloquer la lumière avec ses mains, retient sa respiration : elle aperçoit le Sith en train lever ses deux bras joints autour du sabre allumé. Terrorisée, paniquée, la jeune fille se crispe et enfouit son visage sous ses bras. Elle se réfugie dans les ténèbres et leur rassurante chaleur avant d’entendre sa propre lame entamer la descente finale… -
Post n°23
Auteur : TericaraxComment tenir les Sith en échec ?
Alors que Tericarax se sent violemment projeté en avant, cette question vient à nouveau hanter son esprit. Comment peut-il stopper les utilisateurs du Côté Obscur ? Autour de lui, les ombres des machines filent à toute vitesse, comme un couloir d'arbres qui s'étirent lorsqu'on est à pleine vitesse sur un speeder, une allée de formes noires et titanesques, une assemblée spectrale qui ne dévoile que trop bien sa vitesse. Avec quelle puissance a-t-il donc été éjecté ?
Il cherche une accroche, mais futile : il a bien trop accéléré, il ne ferait qu'arracher ce qu'il pourrait bien agripper dans sa course, ou y laisser même un bras. Ses vibrolames se rétractent, inutiles et gênantes. Fascinant processus, comment son ennemi a-t-il pu le propulser si puissamment ? A-t-il subi un contre-coup ? Car toute action provoque une réaction opposée et de force égale, c'est un principe fondateur de la physique classique. Non, probablement pas, il n'aurait pas prit le risque de...Roc noir, droit devant lui. Roc ? Non, mur. C'est un mur noir, c'est une ombre qui se dresse et occulte tout. Réaction rapide, il ramène ses bras devant lui en protection. Mais cela n'amortit pas le choc ; avec fracas il heurte l'obstacle, aveugle dans cette obscurité silencieuse et dure. Le fer gémit dans ce duel rapproché, avec un hurlement il se déforme, la tôle se froisse, tient bon mais cède ultimement au corps gigantesque du cyborg propulsé à une terrifiante vitesse. Clonc ! Font des gonds invisibles, et Tericarax se retrouve à rouler au sol, incontrôlable. Ses yeux cherchent des images à analyser comme ses griffes cherchent un relief où s'accrocher. Si les seconds échouent, les premiers captent de nouveaux éléments : une aveuglante lumière, puis un passage au noir, puis vert, lumière, noir. Non, ce n'est pas du noir, c'est un grillage. Lumière, plafond, grillage, vert (vert ?). Un ultime tour, soudain le vide.
Le sol se dérobe sous son corps et s'ouvre brusquement en un précipice. Privé de plancher sur lequel rouler, ses sens de l'équilibre peinant encore à le situer, Tericarax se met à chuter. Il secoue la tête, tente de reprendre ses esprits, le monde tangue encore, mais à présent il chute, au diable les malaises et les vertiges ! Une désagréable sensation, celle de son cerveau mis dans un manège lancé à pleine vitesse, et des images étirées l'accompagnent vers sa perte.
Ses bras fouettent l'air à la recherche d'un appui. Bien vain effort, ses griffes se referment sur l'air riant, il n'a qu'une seule prise : le néant. Ridicule. Tout ça pour ça ? Illogique, ce n'est pas acceptable. Il faut une solution, il faut une solution. Brusque coup de fouet de son esprit et de tous ses implants cérébraux, une sensation électrique parcourt tous ses organes vitaux, son pouls s'accélère pour favoriser les réactions rapides. Un ordre, un seul : il faut agir, et vite. Les processus tuent son malaise : les images cessent de se tordre autour de lui, la sensation de tournoiement meurt elle aussi. Libre de penser, il faut observer. Ses yeux passent extrêmement rapidement autour de lui, détaillent une série de visions : son habit, déformé en d'innombrables plis ondulants dans sa chute, au-dessus une plate-forme grise, plus haut un plafond. Là, différence de couleur, il perçoit un relief, une grue de fer. Relief, prise, attache, c'est ce qu'il lui faut ! Sans réfléchir plus longtemps, il ramène devant lui son bras dans cette ultime direction, ce cap inespéré et projette son grappin. Le petit objet s'éjecte au son de la bobine de fer qui se délie. Vzzzzzzzzz. Tchak ! Tericarax sent brusquement sa chute s'arrêter, se terminant sur une violente secousse. La grue se déforme et se courbe sous son poids. Va-t-elle tenir bon ? L'acier s'échine, se ploie sous cette charge imprévue même du meilleur ingénieur. Quelques articulations cèdent, la grue se déforme, se déchire à certaines portions ; deux nouvelles secousses font descendre Tericarax d'un bon mètre plus bas, toujours suspendu à son fil de survie. Vacillant, notre cyborg tousse.
- Hnnrgh, fait-il, car cette position rend sa respiration particulièrement bruyante.
Au-dessus de lui, de gros néons blancs éclairent toute la pièce. Le plafond est constitué par des poutres métalliques courbées, sur lesquelles reposent d'épaisses tôles ondulées. Un entrepôt. Il baisse les yeux...Mais en-dessous nulle marchandise entreposée, nulle caisse stockée, nulle armoire où l'on aurait déposé des biens, non : à la place s'étend une gigantesque piscine où bouillonne un liquide verdâtre, fluorescent - comme radioactif. Des vapeurs funestes en remontent, des bulles épaisses éclatent parfois à sa surface. Le mélange toxique et vicié n'attend que Tericarax, impatient de goûter son corps froid et de le fondre, plasto-céramique comme duranium.
Maintenant pleinement en possession de ses moyens, l'esprit de Tericarax s'apaise : l'impulsion mentale se tranquillise, le Kaleesh réfléchit à nouveau à son rythme habituel. Les néons grésillent au-dessus de lui. La grue agonisante gémit son malheur. Les bulles éclatent dans des tonalités graves et visqueuses, liquides et malfaisantes, la voix affamée de cette piscine obscène qui réclame son sacrifice. Malheureusement, la chèvre qu'on a choisi ce soir de lui livrer mesure deux mètres, pèse cent soixante quinze kilos, est composée à 86.3% de métal, plastique et autres alliages artificiels, et s'appelle Tericarax. Il s'agit probablement de la cuve d'où proviennent tous les produits nécessaires au traitement des eaux : là nagent des agents extrêmement agressifs, probablement une soude assez puissante pour ronger la plupart de ses composants électroniques, des anti-microbiens et peut-être même certains mélanges enzymatiques pour plus facilement détruire les excréments. Une mare corrosive qui, s'il était tombé dedans, aurait sans doute rongé une bonne partie de ses systèmes électroniques. Coup de chance que la grue ait supporté son poids. Non, ce n'est pas tout à fait de la chance ; juste un risque qu'il était prêt à prendre, car la probabilité d'un succès aussi infime soit-elle était préférable à celle d'un échec définitif et d'une indiscutable chute dans cette mare bouillonnante. Il active son grappin, qui commence à le remonter – lentement pour ne pas forcer la grue et la faire définitivement céder.
Faisons la part des choses. Au début de sa rencontre avec le Sith, Tericarax avait senti revenir en lui des effluves courroucées et sanglantes ; il ne ressent plus rien, à nouveau son esprit bat à des pulsations glaciales et méthodiques. Quelle que soit l'origine du phénomène, il semble que celui-ci ne soit que passager ; comme un fil électronique génère un champ magnétique quand on y fait courir du courant, il se peut que son esprit se mette à ressentir, par un phénomène d'induction, sous certaines circonstances. Seulement, quoi ? Est-ce donc la Force qui aurait produit ça ? Non, ce n'est pas correct ; il n'a rencontré aucun sensitif lorsqu'il s'est impatienté quelques jours plus tôt et a violemment giflé un Pau'an un peu trop sûr de lui. Une origine liée à la Force est à écarter. Mais alors, quoi ?
Revenu à une hauteur suffisante, ses griffes se posent enfin sur la plate-forme grillagée. Il tire d'un coup de poignet, pour déloger son grappin, qui revient en sifflant. Toutefois, le mouvement tord encore la grue ; avec un craquement, elle tombe sur le flanc, et chute. Tericarax ne lui prête plus attention, occupé à ses réflexions.
L'origine du phénomène n'a pas d'importance, c'est aussi simple que ça ; ou plutôt son importance est moindre face à d'autres problèmes plus urgents. Son grappin achève de reprendre sa place dans son poignet gauche, l'ex-séparatiste se met en marche. Il doit parcourir le chemin inverse au plus vite, mais il ne peut pourtant agir dans la hâte. Il enjambe une porte désarticulée, arrachée et jetée au sol - sans doute est-ce avec celle-ci qu'il a subi le choc initial qui l'a envoyé rouler – puis replonge dans l'obscurité. Ses yeux s'habituent peu à peu aux ténèbres, son esprit entame toutes les pistes simultanément. Son pas est rapide. S'il a été expulsé dans une direction, il est tout à fait raisonnable d'imaginer que la générale a été expulsée dans celle opposée. Si elle aussi a heurté un mur, aura-t-elle survécu ? Pas si elle a pris une accélération supérieure ou égale à celle de Tericarax ; ses organes internes ne sont pas dans une cuve pressurisée comme le sont les siens, la vitesse les aurait broyés. Le pas du Kaleesh s'accélère. Cette hypothèse est plausible, mais les Sith sont connus pour aimer à corrompre leurs ennemis, les Jedi. Or, le Bith avait incorrectement pris Lyzs pour une Jedi. L'hypothèse d'une mort brutale sous le coup du choc est peu probable. Mais peut-être a-t-elle été sonnée, et que le Sith profite de sa faiblesse pour la mettre hors d'état de nuire. N'avait-il pas manifesté de l'intérêt pour son sabre laser ? Il désire plus l'objet que celle qui le manie alors. Le pas est à présent une course. Tericarax avance dans l'entrepôt, guidé seulement par ses propres pas. Les machines continuent autour de lui leur incessant bourdonnement. Pssshh fait un engin avant de lâcher un nuage de vapeur devant lui – qu'il traverse sans s'en préoccuper. Il retrace le chemin inverse, pour revenir à sa position de départ. Hypothèse suivante : il est envisageable que le Sith et la générale aient engagé un duel. Cela se fait sous hypothèse que la poussée de Force initiale imprimée à l'Yvanol ne l'ait pas sonnée, rendue inconsciente ou tuée, mais l'on a observé que pareil cas n'était pas très vraisemblable à la lumière de la psychologie Sith communément admise et observée. En cas de duel, qui l'emporterait des deux sensitifs ?
Question impossible à résoudre en l'état actuel des choses. Les observations sur les spécimens sont insuffisantes pour...Spécimens ? Est-ce que...Est-ce que tout ceci n'est à nouveau qu'une expérience ? Cet affrontement ici et maintenant entre une républicaine et un manipulateur du Côté Obscur ne relève de rien de plus qu'une simple...Tericarax tousse bruyamment.
- Après tout, n'est-ce pas par le hasard que se sont faites maintes découvertes ?
Si c'est une nouvelle observation, ne devrait-il pas rester en dehors de ce combat ? Intervenir reviendrait à influencer la manipulation, donc à fausser le résultat et toutes les conclusions qu'on peut en tirer. Mais ce n'est pas le résultat que Tericarax recherche. Côté Obscur et Côté Clair, il se moque de savoir lequel domine l'autre. Un outil n'est puissant que proportionnellement à la maîtrise de celui qui l'utilise, cette vérité est indiscutable. Peut-on discourir sur les puissances respectives d'un blaster et d'un sabre laser si l'on donne l'un à un expert tireur, l'autre à un enfant maladroit ? Non, on ne peut rien conclure, car il y a une variable cachée qu'on a pas pris la peine de contrôler. Et quand bien même, il n'a que faire des puissances respectives des deux dogmes. Lui n'a qu'une envie : comprendre le fonctionnement intrinsèque des choses, apprendre et découvrir les mécanismes et règles qui dictent l'existence de la Force. Est-ce que savoir que la générale a vaincu le Sith ou l'inverse va l'aider dans cet objectif ? Absolument pas. Ce n'est qu'un résultat stérile, vide d'intérêt comme de conclusions.
Une chose à la fois de toute évidence. La survie de la générale est prioritaire ; sa mort signerait le début d'un conflit sanglant à une échelle galactique. Bien que Tericarax n'ait aucune considération pour les vies en jeu, une guerre n'est aucunement souhaitable. Il a un killik qui réclame qu'on règle son compte, il a des expériences à poursuivre, encore bien des choses à accomplir ; une guerre ne serait ni plus ni moins qu'une contrainte supplémentaire, une difficulté ajoutée à tous les obstacles qui se dressent entre ses objectifs et lui. Il passe à côté d'une machine broyée. Le sol n'a pas supporté le choc, déformé, tordu, déchiré même. La silhouette de l'objet est familière ; c'est celle que le Sith avait tenté de faire tomber sur lui au début de l'affrontement. Il est de retour au point de départ. Il s'arrête un instant pour écouter. Le boucan des machines couvre tout, ainsi que sa respiration asthmatique...Il faut écouter. Malgré la contrainte de temps, notre cyborg est toujours parfaitement calme. Sons de turbines...Grondements des canalisations...Vibrations des moteurs...Cliquetis multiples...Cliquetis ? Il se concentre sur ces bruits. Ce n'est pas la vibration d'un moteur...C'est celle d'un sabre laser.
Le Kaleesh reprend sa course à l'aveugle. Il passe entre les lourdes machines, arrive finalement devant une...Porte ? Une porte ? Il écoute à nouveau. Derrière, il distingue les sons de sabre laser. Des voix lui parviennent, mais l'acier l'empêche d'entendre ce qui se dit. Stoppé par une porte ? C'est hors de question, c'est inacceptable. Il cherche autour de lui ; il doit bien y avoir un panneau de contrôle pour l'ouvrir. Avec le cœur magna toujours en sa possession, il peut sans doute créer un court circuit et ouvrir la porte. Là, le voici. Un petit rectangle, juste sur la gauche. Il s'en approche vivement...Des étincelles jaillissent de l'écran - éventré...Le Sith a tout massacré, huh? Alors la porte est retenue non pas par l'électronique mais par la Force...Toute action entraîne une réaction opposée. Assez de temps perdu. Il sent chaque seconde passer comme une éternité, la vie de Lyzs est sur la balance. Il écarte les bouts de verre massacrés...Hmm...Pas besoin du coeur magna en réalité. Les fils sont là, mis à nu, il ne suffit que de les reconnecter. Avec application, Tericarax attrape deux fils, les fait se toucher. Une led rouge s'allume devant la pièce. Mauvais choix, mais il s'en moque. Il prend deux nouveaux cheveux électriques et les connecte. La lumière passe à l'orange, au bleu, clignote. Sur la porte, des led se mettent à biper furieusement. Quelle séquence? Bleu, rouge, rouge, bleu, rouge, bleu. Il change de fils. Bleu, bleu, rouge, bleu, rouge, bleu. Il change la configuration des fils. Bleu, bleu, bleu, bleu, bleu, bleu. Toutes les led se figent sur cette teinte,puis passent au vert. Un lourd verrou mécanique bouge, et la grande mâchoire industrielle s'ouvre. Une lumière artificielle se déverse dans le couloir, aveuglant le scientifique. Nouveau coup de fouet dans l'esprit du scientifique, ses yeux ignorent la douleur. Il voit une ombre penchée au-dessus de Lyzs Yvanol, tenant un sabre blanc entre ses mains. Sans réfléchir, son bras attrape à sa ceinture son blaster sonique, vise puis tire.
- J'ai besoin de cette humaine vivante, dit-il en pressant plusieurs fois la gâchette.
Il est encore aveugle à cause du brusque changement de luminosité mais distingue bien les effets de son action : la forme est désarmée par le coup, mais s'écarte vivement. Dans les teintes changeantes, blanches, noires, grises (revoici enfin les couleurs de sa rétine Kaleesh) il ne voit qu'elle. Une soudaine force lui arrache son arme et l'envoie voler dans la pièce. L'image se précise, il distingue le Bith. Il tend les doigts vers lui. Hors de question de lui laisser le temps d'agir ! Les vérins surpuissants activent les jambes du cyborg, il s'élance d'un bond et décoche un fantastique uppercut au maître obscur, lui arrachant un gémissement de douleur et l'envoyant en arrière, contre un établi où les outils crient, dérangés par le fracas. Le Sith sourit, ricane.
- Ah ah, oh oh, tu es du genre énerv-
Il n'a pas le temps de finir sa phrase, un nouveau coup manque de lui écraser le crâne, déforme l'établi derrière lui. Tericarax décoche un coup de pied. Le Bith roule entre ses jambes, se remet en posture de combat, haletant. Le combat contre Lyzs l'a sans doute éprouvé. Pas de chance. Il tend la main, rattrape le sabre de la générale, mais les vibrolames de Tericarax viennent intercepter l'attaque en traître. S'il avait été capable d'éprouver la moindre patience, celle-ci serait à présent à son terme. Il n'a plus le temps d'étudier ce spécimen, il n'a pas le temps de vérifier sa façon de combattre pour trouver une stratégie contre lui, pas le temps, pas le temps, pas le temps. Ses vibrolames se déplient et sifflent, et tous ses gestes accompagnent ce constat. Chaque seconde compte, mais il faut aller plus vite que la seconde, frapper au-delà de la perception rétinienne, là où seuls les réflexes comptent, là où la fatigue devient la plus cruelle des maîtresses !
Gauche, droite, estoc, quarte, Tericarax ne réfléchit pas, les heures d'entraînement en compagnie de son magna dictent tous ses gestes. Il ne considère aucun mouvement défensif, tout son talent se porte sur l'offensive. Ce n'est pas une danse de lames, non : le géant d'acier déploie une tempête de coups, avance sans perdre une seconde sur le Sith trempé par la sueur et essoufflé par l'épuisement. Comment mettre en échec les Sith ? La réponse est simple.
Sa vibrolame manque de peu la nuque du Sith, qui évite sur le côté, tranche une baguette d'acier qui vient s'écraser au sol. Un nouveau coup découpe un tuyau, laissant une estafilade dans le mur. Pas question de lui laisser la moindre ouverture. Tericarax accélère, pousse son corps cybernétique au maximum de ses réflexes. Deux coups à la seconde, puis quatre, puis huit, neuf...Dix. Il attaque de tous les angles, coup de taille et d'estoc se succèdent et se superposent, des rotations de ses poignets accompagnent les gestes pour semer le plus de confusion possible. Vibrolames et regard froid contre sabre et regard courroucé. Comme un prédateur, l'ex séparatiste foudroie son ennemi d'une tempête de coups pour l'empêcher de répliquer.
Son ennemi fait un bond en arrière, et lance ses deux mains vers lui. Tericarax se sent brusquement propulsé à l'opposé. Il resserre ses griffes au sol, glisse, s'écrase contre un mur, tousse, atterrit au milieu des outils, une clef à mollette lui tombe sur l'épaule.
Le bith, après une révérence, s'élance vers la porte que le Kaleesh a déverrouillée pour lui. Il s'échappe, il compte s'échapper ? Sa fuite serait un immense problème, car il emporte le sabre de la générale avec lui. Et il n'a pas la permission du cyborg pour fuir. Celui-ci bondit sur ses jambes, attrape au sol l'épaisse baguette d'acier découpée dans l'échange avec son ennemi, et la projette comme une lance, puis envoie d'un second mouvement un petit objet circulaire vers le Bith. Coup de Poker, c'est sa dernière chance. L'autre se retourne, tranche la baguette dans sa course, et d'un deuxième arc lumineux tranche la sphère. Tericarax plonge devant Lyzs. La dernière vision qu'il a du maître obscur est un sourire satisfait et insolent. Échec et mat, mon petit maître du noir. Comment tenir les Sith en échec ? Par la force et la ruse, trivialement : il vient de trancher le cœur magna, une source d'énergie hautement instable et inflammable. Le liquide énergétique qui l'alimente s'embrase et soudain, un souffle terrifiant, et une déflagration qui balaie l'endroit, secoue le sol, fait vibrer les outils, chauffe l'air à blanc, accompagné du soudain cri de douleur de leur ennemi. Tericarax s'est penché sur la générale pour la protéger de son corps de fer et encaisser le souffle à sa place ; l'explosion est très localisée, insuffisante pour ravager toute la pièce, mais le souffle aurait pu la blesser ou même l'achever compte tenu de son état. Elle est salie, blessée, haletante. Le combat l'a autant éprouvée qu'il n'a éprouvé le Sith. Sans ça, jamais Tericarax n'aurait pu espérer lui faire face de front et le tenir en respect. Au final, c'est elle qui a mené véritablement la bataille, lui n'a fait que ramasser les morceaux...Elle a gagné son grade par sa compétence et son mérite, cela ne fait aucun doute.
- Générale ? Demande Tericarax d'un ton calme. Lyzs ? Relevez-vous. Nous ne devons plus tarder, le temps presse.
Il tend une main vers la jeune fille pour l'aider à se relever. Elle est mal en point, va-t-elle seulement tenir la course à travers les égouts ? Si le produit corrosif qu'il a vu dans la cuve coule dans les conduits, survivra-t-elle aux vapeurs toxiques ? Son organisme ne va-t-il pas faire un terrible choc dans un milieu aussi purulent et malsain ? La réflexion est coupée court par des sons : il les entend et les connaît presque par cœur. La marche des B1. Comment a-t-il pu négliger pareil aspect ? Quel imbécile. Tout le vacarme qu'ils ont produit, l'explosion...Tout ceci a naturellement alerté les patrouilles ! À l'heure qu'il est, ils savent que des gens se trouvent dans le bâtiment. Les issues seront bientôt bloquées, les autres relais de la station surveillés. Le plan s'écroule en morceaux...À cause de sa négligence. Il s'approche de la jeune, fouille dans sa cape, qu'elle porte sur ses épaules, en tire un petit objet : une clef.
- Écoutez moi bien générale. C'est la clef de mon vaisseau personnel, un chasseur belbullab. Coque mat, ailes rondes, vous ne pouvez pas le manquer. Les escouades droïdes seront bientôt sur nous. Il va être impossible de nous enfuir par la même route, j'en ai peur. Je vais constituer une – ultime – diversion pour que vous puissiez vous échapper. Je suis bien plus aisément repérable que vous. Je vais attirer les forces séparatistes. Vous, continuez à longer les ombres, suivez la route en gardant le gouffre à votre gauche. Lyzs ?
Tericarax s'assure de bien avoir son attention. Il parle aussi clairement que possible pour lui laisser le temps de tout assimiler – elle est très intelligente, mais il ne doit pas sous-estimer la fatigue.
- Vous vous échapperez avec mon propre vaisseau. Partez par la porte où nous sommes entrés. Je passerai par l'entrée principale. Si le killik a ordonné ma mort, mon profil étant bien connu des troupes séparatistes, je mobiliserai aisément leur attention. Ne vous inquiétez pas, je trouverai moi-même une façon de m'échapper ensuite.
Il tousse, puis porte ses deux iris dorés dans ceux d'un bleu marin de son interlocutrice, tendant sa main en ultime signe de confiance.
- Ceci marquera la fin de notre collaboration, générale Yvanol. Ce fut un plaisir de travailler avec vous.
Il rajuste sa tenue, digne d'un voyageur du désert. L'heure n'est hélas pas à la discussion; ils n'ont qu'une chance et une seule pour que Lyzs puisse, dans son état actuel, s'échapper. Le fantôme de Kalee est prêt à agir. Il a une guerre à empêcher; car qui voudrait voir pareil événement dans les manuels d'histoire, quand on peut y lire à la place de fantastiques découvertes scientifiques? -
Post n°24
Auteur : LyzsUne dernière inspiration. Puis, plus rien. Le vide, le néant. Une absence de pensées, d’existence. Trop épuisée, Lyzs n’a pas le courage de faire face à sa terreur. Les bras croisés sur son visage, elle s’est abandonnée à l’obscurité la plus totale. Sa perception du temps s’est altérée. Si bien que l’éternité pourrait tenir au creux de sa main sans qu’elle ne s’en rende compte. Quand, soudain, une explosion à faire se réveiller les morts la sort de sa léthargie. Un souffle divin secoue sa cape et ses sens, la fille retrouve conscience… Comme si elle ne l’avait jamais perdue.
Lyzs ouvre les yeux. Elle ne réalise pas vraiment ce qui est en train de se passer. Ses membres sont engourdis, ses nerfs sont secoués de douleurs électriques. Son esprit revient d’ailleurs, désorienté lui aussi. Tout son corps se crispe : avec peine, elle reprend le contrôle. Inconcevable… Elle respire. Au-dessus d’elle, le cyborg se relève et avance se main. Les yeux fatigués de Lyzs s’ouvrent un peu plus grand. Elle fixe les doigts squelettiques tendus vers elle, l’air étonnée, un peu perdue. Tericarax l’a sauvée ? Cette explosion a emporté le Sith avec elle ?
— Générale ? Demande Tericarax d'un ton calme. Lyzs ? Relevez-vous. Nous ne devons plus tarder, le temps presse.
La fille force pour cligner des yeux. Elle n’en revient pas d’être encore en vie. Timidement, fragile comme fleur fanée, elle attrape la main glaciale pour se laisser relever. Ses oreilles sifflent. Sa tête tourne et se redresse avec mollesse en suivant le mouvement imposé par son corps. Son prénom. Elle est sûre d’avoir été appelée par son prénom. Lyzs… Oui. La générale républicaine en avait presque oublié jusqu’à sa propre identité. Elle n’est pas qu’un outil, c’est aussi une personne. Une simple humaine qui doit rester en vie pour ne pas laisser trembler la galaxie. Les enjeux placés sur sa vie sont trop importants pour se laisser noyer par les mots d’un Sith. Si sa volonté était étouffée par un brouillard de doutes et de résignation, la lumière commence enfin à percer et à la libérer.
L’ex-lieutenant secoue le long vêtement de Lyzs. Perdue, elle ne comprend pas vraiment ce qu’il fait. Elle est bien loin, toujours en train de nager dans ses pensées pour revenir au monde qui l’entoure. Un monde qui tourne… Qui tourne… Stop ! Fuir. Survivre. Elle secoue la tête. Ses moyens lui reviennent enfin, à leur rythme. Le cyborg a fini de fouiller, il lui explique la situation. Tericarax cherchait en fait la clé de son vaisseau. Et, même si nombre de mots sont déformés par les sifflements et les vertiges, la générale comprend qu’il va falloir faire route à part. Le cyborg explique qu’il trouvera un moyen de s’en sortir, mais cela ne plaît pas à Lyzs. Son visage et son silence expriment son malaise. Ce genre de discours n’annonce généralement rien de bon… Elle prend tout de même la clé, il n’y a sûrement pas d’autre solution. Convaincue qu’il en est largement digne, elle décide de faire confiance à son partenaire. Mais, ce n’est pas sans regrets.
— Ceci marquera la fin de notre collaboration, générale Yvanol. Ce fut un plaisir de travailler avec vous.
Devant cette main tendue, devant ces faits, Lyzs a envie de protester. Elle voudrait trouver un autre moyen, plus sûr. Quelque chose qui lui permettrait de savoir que tous les deux s’en sont sorti indemne. Mais, elle se tait. Elle n’a pas la volonté de tenir tête à Tericarax. Pas après tout ça. D’un revers, elle essuie le sang séché berçant son regard. Enfin, elle serre la main du kaleesh. C’est une poignée ferme, aussi sincère que douloureuse. Les yeux saphir de la générale sont plongés dans les iris dorés du cyborg. Elle le remercie, en silence, de sa deuxième main qui vient recouvrir cet ultime salut. Même si l'ex-séparatiste ne peut pas en sentir la chaleur, Lyzs n’a pas le courage de s’exprimer autrement. Elle a l’impression d’abandonner celui qui vient à peine de la sauver. Sa gorge est serrée. Gravement, respectueusement, elle fait un dernier signe de la tête avant de tourner le dos au grand cyborg et de remonter la cape sur sa tête.
Cachée sous le vêtement séparatiste, Lyzs traverse la zone calcinée par l’explosion. Elle se tient droit, elle est déterminée. Il ne faut pas que ce plan-ci échoue. Il ne faut pas décevoir la république, ni Tericarax. Elle doit rentrer chez elle et empêcher la CSI de faire pression grâce aux mensonges de Sharkaran. Ces premiers pas lui servent à souffler sur les braises de sa volonté. La fille tend son bras dans le vide. Y vole son sabre, ou du moins ce qu’il en reste. Elle n’accorde même pas un regard à l’arme détruite. Elle la secoue pour que les parties brisées -qui tenaient les unes aux autres grâce à des fils brûlés- se détachent de la chambre du cristal. Un bref coup d’œil. La pierre est toujours là. Elle fourre l’objet dans l’une de ses poches avant d’emprunter la porte qui s’ouvre sans bruit. La voilà dehors. Maintenant, il ne faut pas se faire repérer…
Comme une ombre, elle glisse le long du mur. Le gouffre à sa gauche… Elle vérifie qu’elle est sur la bonne direction. Elle se tient le bras : la douleur ne veut pas partir. Tous ses nerfs sont endoloris. Se déplacer est une véritable épreuve. Montrer qu’elle a encore des ressources devant Tericarax était une chose, mais se prouver à elle-même qu’elle peut continuer dans cet état en est une autre. Mais, elle n’a pas le choix. Après un arrêt, elle se donne un coup de fouet pour reprendre sa route à bon rythme. Les unités séparatistes approchent, le temps est précieux. En fait, les droïdes sont même sont déjà là, tout autour du complexe. Ceux-ci ne sont pas nombreux, pour l’instant, mais il ne fait aucun doute que les renforts ne vont pas tarder à arriver. Il lui faut donc prendre de la distance. Et, vite. Car, si elle se fait repérer, tout est fini.
Sans bruit, elle quitte son mur pour passer derrière un petit bâtiment. Elle échappe à la vue d’une patrouille qui passe là. Ensuite, elle se sert de la lumière des étoiles pour se guider à travers toute la machinerie qui relie les immenses cuves au bâtiment principal. Il y a des droïdes de tous les côtés. La discrétion est de mise et le chemin est étroit. De là où elle est, elle peut atteindre et longer les conduits qui la mèneront jusqu’au dernier bassin qu’elle devra contourner pour arriver à la sortie de la station… Et après ? Il lui reste toujours cette immense place à traverser. Tout ce chemin à découvert... C'est de la folie !
D’un coup, elle entend le pas de la patrouille qui vient de passer qui s’accélère. Puis, des tirs ! Cachée jusque-là, elle prend le risque de sortir son museau de sa cachette pour voir que tous les droïdes semblent se rassembler au même endroit. C’est donc pour ça, que Tericarax est resté ? Logique… Digne de lui. Elle sent le besoin d’y retourner, d’aller le sortir de là. Mais, ce serait stupide ! Il ne faut pas gâcher cette chance. Il fait tout ça pour elle, après tout ! La fille souffle pour se donner du courage et se lance pour rejoindre le fameux conduit. Elle le longe en prenant soin de ne pas dépasser de celui-ci. Enfin, elle arrive à la cuve. Elle peut se redresser et continuer son chemin. Elle lute pour ignorer les bruits de tirs. Puis, une explosion attire son attention. Que fera-t-elle si elle tente d’aider Tericarax ? Elle n’a plus son sabre et l’ennemi est en bien trop grand nombre. Elle se crispe, jure et se maudit. Elle continue sur sa lancée, il est trop tard. Chaque pas qu’elle fait est une prise de risque. Et si un B1 était resté là ? Si un pas de trop la faisait tomber nez à nez avec lui ? Dans d’autres circonstances, elle serait prise d’angoisse et ralentirait. Mais, pas maintenant. Elle accélère et arrive au bout. Là… rien, personne. La voix est libre ! Elle file alors à toute allure et traverse ce vide qui la sépare des rues Utapaun. Soulagée, la générale touche le premier mur qui se trouve là, comme pour se montrer a elle-même qu’elle a pu s’en sortir. Elle reprend son souffle en marchant, puis reprend un rythme plus rapide. D’un coup, un flash illumine le ciel. Il est suivit d’une puissante détonation et d’un souffle brûlant. Tout vient de la station. Lyzs s’arrête et se retourne un instant, mais elle ne lute plus. Elle ravale son empathie et reprend sa fuite pour s’en sortir, comme convenu.
Après plusieurs minutes de marche rapide, notre républicaine aperçoit enfin le hangar. En traversant les petites ruelles, elle a pu entendre que les rues censées être désertes étaient empruntées par de nombreuses unités séparatistes. Ce mouvement est à la fois inquiétant et rassurant : la situation à la station ne doit toujours pas être désamorcée. Tericarax est sûrement encore en vie et son chemin jusqu’au vaisseau est libéré. Cet endroit devrait être gardé, en effet, mais il n’y a pas âme qui vive et c’est tant mieux. Lyzs quitte les petites rues avec précaution. Elle s’assure à nouveau que personne n’est là pour la repérer et emprunte quelques larges marches pour s’allonger le long de ces dernières. Elle ne laisse dépasser que sa tête pour balayer l’endroit du regard. Elle a atteint l’immense structure logée dans la roche. Le hangar est une large brèche qui enserre à elle seule toute une partie du puits naturel. Comment trouver un chasseur en particulier dans un endroit si vaste ?
A l’intérieur, quelques lumières sont allumées. Il y a du mouvement, mais tout est plutôt calme. Et, à première vue, rien ne correspond à la description du chasseur de Tericarax. Elle ne devrait pas le manquer, disait-il... Le vaisseau devrait donc être mis en évidence quelque part. Ses yeux quittent donc l’intérieur pour regarder autour d’elle. C’est là, quelque chose attire son attention : les plateformes d’atterrissage. Peut-être que l’engin s’y trouve ! Elle force sur sa vue pour regarder dans l’obscurité. De grands disques d’acier surplombent le vide. Sur l’un d’entre eux se trouve un étrange chasseur. A la manière des podracers, un cockpit est attaché à deux sortes de moteurs… Des ailes rondes, c’est bien ça ! Lyzs ne perd pas une seconde de plus et fonce vers la machine sans se soucier du bruit. Elle a bien vu qu’il n’y avait plus personne pour monter la garde, ici. Et ce ne sont pas les machines du hangar qui vont s’en prendre à elle.
La républicaine arrive enfin devant la plateforme où s’activent deux magnagardes. Il y avait donc encore de quoi lui poser soucis, ici ? Pourquoi attendre qu’elle s’approche tant du chasseur ? La générale jette un œil au vide. Un combat rapproché à quelques mètres du bord, peut-être ? Ou bien ce sont simplement des IG-100 qui n’ont pas reçu l’ordre –apparemment- général ? Les deux machines s’avancent dangereusement en activant leurs bâtons électriques. Lyzs ralentit sa progression et penche la tête en avant. Elle se demande si c’est un complot. Peut-être que quelque chose, ou que quelqu’un, essaie de lui mettre des bâtons dans les roues. Encore et encore, il y a toujours quelque chose qui ne va pas. Peut-être même est-ce la Force qui se joue d’elle ? Enfin… Quoi qu’il en soit, sous sa cape ramenée en capuche, elle n’affiche pas son habituelle appréhension. Elle est plutôt lasse, voire agacée, de voir qu’on essaie encore de l’empêcher d’agir. Pas de temps à perdre avec ces incapables… Elle tend sa main tremblante vers les machines qui s’élancent vers elles. Puis, sans même s’arrêter, d’un seul geste, elle les balaie dans le vide comme de vulgaires déchets. Les sons des bâtons électriques s’éteignent dans la chute des gêneurs alors que Lyzs ne leur accorde pas la moindre importance.
Arrivée au cockpit qui s’ouvre. Elle saute dans le chasseur et loge la clé rectangulaire dans son compartiment. De petits écrans, un holoviseur, divers boutons et d’autres instruments s’illuminent ensemble. Les réglages basiques s’opèrent. Le siège s’avance pour qu’elle puisse atteindre le manche. Elle fait craquer sa nuque et ses épaules pour faire glisser la cape sur sa chevelure. Elle observe le tableau de bord et saisit les commandes. Tout est assez similaire à ce qu’elle connaît déjà. Bien. Pour l’instant, les paramètres standards feront l’affaire. Quelques boutons sont pressés. Les moteurs se mettent en marche et font voler la poussière qui s’est accumulée là à cause des vents sévissant en surface. Le puissant ronronnement surprend la générale qui s’était habituée aux sons artificiels des simulateurs. Cette fois, les sensations sont bien réelles. Sans hésiter cependant, elle met les gaz. L’engin s’élève alors pour suivre les mouvements donnés au manche avec précision. Derrière elle, dans le hangar, on s’agite pour comprendre ce qu’il vient de se passer. Mais, le chasseur a déjà filé.
La générale prend un moment pour regarder les étoiles encerclées par la roche. Elle pourrait filer, rentrer chez elle et suivre le plan, mais non. D’abord, il faut prêter main forte à Tericarax. Elle est maintenant aux commandes du chasseur. C’est un outil puissant. Peut-être qu’elle peut en faire quelque chose ? Ne pas prendre plus de risques et s’enfuir, c’est le programme. Mais, Lyzs n’est pas prête à regretter de ne pas avoir tout tenté. Alors, elle s’oriente vers la station de traitement des eaux. L’engin l’y conduit en un rien de temps. Les deux moteurs dévorent les mètres avec une facilité déconcertante. La générale, sanglée et clouée à son siège, peut vite apercevoir le complexe.
Des flammes, des tirs de blaster et une épaisse fumée noire. Ce sont les premières choses qui frappent Lyzs alors qu’elle incline le vaisseau pour mieux voir. Quelque chose a éventré le bâtiment principal. En est pour preuve le feu qui se fait attaquer par de maladroits jets d’eau s’échappant des canalisations brisées. Un véritable raz-de-marée de métaux s’abat sur l’endroit : des centaines de droïdes sont en train de converger vers une zone assaillie de mille tirs. La républicaine ne perd pas de temps. Ils sont certainement en train d’essayer d’abattre Tericarax. Il faut donc agir vite. Son appareil se redresse avant de plonger vers la zone. Mais, très vite, ses instruments virent au rouge : le chasseur est verrouillé par un missile. L’objet est vite repéré car il arrive de face. Par réflexe et par précaution, Lyzs vérifie que le bouclier est bien actif. Tout est en marche, mais il est hors de question de se laisser toucher pour autant. Quelques mètres avant l’impact, l’engin vrille et évite le projectile de peu. Les instruments se calment et l’alerte se tait.
Alors que le missile va s’écraser contre la pierre, loin derrière, la jeune pilote se concentre sur son objectif. Il lui faut trouver un moyen de causer le plus de dégâts au sol avec seulement trois canons. Elle se rapproche de la station à toute vitesse. Et, comme elle pouvait le prévoir, son viseur vire à nouveau au rouge. De nouveaux missiles sont tirés. Quatre… cinq, puis six missiles sont lancés ! Mais, la générale ne peut pas changer sa trajectoire avant d’avoir porté son premier coup. Pour ne rien arranger, une partie des droïdes semble avoir reçu un nouvel ordre : les tirs commencent à partir vers le ciel et dépassent les missiles. Heureusement, l’engin est trop loin pour eux. Il échappe à la plupart des feux et les quelques chocs qui se perdent sur son bouclier n’ont plus assez de puissance pour le faire céder. Cependant, ils masquent la visibilité en s'ajoutant à la fumée qui forme un nuage de plus en plus épais. Presque en s’en remettant entièrement à la Force, Lyzs fronce les sourcils pour trouver l’objectif à temps. Ca y est ! La cible est alignée, la républicaine presse la gâchette à son tour. Trois tirs filent à toute allure vers le sol. Trois tirs qui ne seraient peut-être jamais parti si la garde avait pris en compte les conséquences, mais la vitesse, l’urgence et l’alarme de verrouillage qui retentit ont un effet des plus désinhibant.
A peine le geste effectué, Lyzs change de trajectoire pour perturber les missiles. Tandis qu’elle se lance dans des manœuvres d’évasion, ses lasers percutent le métal. En bas éclate la paroi d’un bassin que contournait le gros des troupes séparatistes. Finissant de céder sous le poids de l’eau, le grand réservoir déverse brusquement tout son contenu sur les droïdes qui se trouvent là. Ce sont des dizaines et des dizaines de pantins armées qui sont emportés vers le vide alors que le son des missiles ayant manqué leur cible raisonne dans le puits naturel. La républicaine s'en est sorti, mais la concentration que requiert le pilote met ses nerfs à bout d'épreuve. Haletante, la générale effectue un virage pour amorcer son second passage. En plus du combat contre l’infanterie, elle se bat contre elle-même. L’adrénaline éclipse sa douleur, mais ses bras tremblent de fatigue et ses yeux sont brûlants. Elle secoue la tête, comme pour chasser sa propre faiblesse, avant d’essuyer la sueur de son front. Elle accélère ensuite pour rejoindre à nouveau la station. Mais, impossible de voir le résultat de son attaque ou de trouver l’ex-lieutenant. Le nuage de fumée commence à surplomber tout l’endroit et la lumière des flammes n’est pas assez puissante pour aider à voir au travers. Il va lui falloir plonger dans la purée de pois pour repérer Tericarax et tenter de l'aider…Spoiler : HRP
-
Post n°25
Auteur : TericaraxLyzs saisit la main de Tericarax, et recouvre la poignée franche de son autre main. Les yeux du cyborg s'agrandissent devant l'action. Que fait-elle ? Il réalise subitement. C'est vrai...C'est une coutume humaine, serrer ainsi la main de ceux qu'ils nomment « ami ». Bien qu'incapable d'empathie, il comprend néanmoins pleinement le message que veut lui faire passer sa...Camarade – est-ce le terme approprié ? Des remerciements, huh ? Mais il n'y a pas à le remercier, il ne l'a sauvée de rien. Tous deux sont des militaires, voués au trépas...Elle-même en a sans doute conscience...Pareille fin est inéluctablement réservée à tous les combattants – à eux plus qu'à tous les autres, piégés dans une cité infestée de droïdes hostiles qui ne demandent qu'à les tailler en pièces. Tericarax patiente, laissant tout le temps qu'il faut à la jeune femme. Finalement, elle relâche son étreinte, dans l'état piteux où elle se trouve. Le combat ne l'a pas laissée en pleine forme, loin de là. Est-elle seulement capable de marcher jusqu'aux quais où est stationné son vaisseau ?...Ses muscles pourraient lui faire défaut en route, elle pourrait défaillir et tomber sur le pavé, pour y être récupérée par une patrouille chanceuse...Mais sa volonté n'est pas brisée, le cyborg le sait. Tant que la détermination brûle dans son esprit, tant que ses glandes surrénales produisent toujours de l'adrénaline, elle aura la force d'avancer. Ainsi fonctionnent les êtres organiques : cette hormone est le plus puissant des moteurs lorsqu'un danger se présente, un fantastique neurotransmetteur qui génère parfois des réponses physiologiques surprenantes.
Enfin, elle sort de la pièce, accompagnée par le regard de Tericarax. Il suit la frêle silhouette dissimulée sous l'épaisse cape noire, la regarde s'enfoncer dans les ténèbres puis disparaître dans la noirceur du complexe industriel, passant finalement hors de sa vue. Le Kaleesh, bien qu'inerte émotionnellement, reste néanmoins totalement silencieux pendant de longues secondes, immobile sous les néons grésillants. Face à lui, le cadavre du Sith achève de se consumer. Sa peau est rongée par des veinules incandescentes, carbonisée et noircie par le souffle qui l'a terrassé, son visage est méconnaissable, tordu, déformé, écrasé par l'explosion.
Oui...C'est une coutume humaine de serrer la main de ceux qu'on appelle ami. Il observe son organe griffu, squelettique, fait jouer ses doigts et métacarpes osseux, constate les mouvements artificiels de cette prothèse cybernétique...Décidément il n'a plus rien de vivant. Quel étrange hasard d'avoir, au milieu de tout ce chaos, trouvé une humaine qui spontanément le considère non pas comme un lieutenant, non pas comme un supérieur, non pas comme une interface avec les séparatistes, mais comme un égal et un camarade...
Ses yeux passent dans l'obscurité où elle se tenait quelques instants auparavant. La mort est le destin de tous les combattants...Mais le futur n'est pas écrit. Il fait un pas en avant. Oui, n'a-t-il pas tant de fois trompé la mort ? L'avenir n'est pas une finalité indiscutable, inscrit par une quelconque puissance cosmique dans les étoiles, connu seul de l'univers jusqu'à sa réalisation. Non, pareille chose serait illogique, car toutes les actions indépendantes de toutes les créatures de cette galaxie et des autres seraient alors corrélées dans un plus grand dessein : illogique. Non, le futur n'est que la conséquence de ses propres choix. Et la situation est très claire aux yeux du Kaleesh : Aussi longtemps qu'il se tient debout, le combat ne fait que commencer. Sharkaran les veut morts...Alors Tericarax va lui faire vivre un véritable enfer. Attend donc, killik. Il époussette une fois de plus son habit alors qu'il plonge à son tour dans l'obscurité, enjambant le corps de son défunt adversaire. Attend donc ô consul, car un fantôme de Kalee désire une entrevue en tête à tête.
Il traverse en chemin inverse les installations, guidé seulement par les ombres. Il entend les droïdes qui commencent à s'amasser, attirés par le boucan des affrontements mais leur pas est encore éloigné. L'objectif est simple : il doit gagner du temps pour Lyzs, lui offrir une fenêtre d'opportunité pour qu'elle puisse s'échapper. C'est la seule consigne claire à l'heure actuelle. Mais qu'en est-il de sa propre fuite ? Il n'a pas l'intention de se laisser tuer pour une finalité soi disant « plus grande ». Tericarax n'est pas un héros de ceux dont on entend parler dans les livres pour enfants. C'est une créature sinistre et monstrueuse, une aberration technobiologique guidée par sa soif de connaissances et par sa logique. La première n'est toujours pas étanchée, aussi la seconde dicte-t-elle la survie. Mais il n'a pas encore tous les éléments suffisants à ce sujet. Pour pouvoir formuler un nouveau plan, il lui faut des informations qui se trouvent à l'extérieur. Sans cela, concrétiser tout projet de fuite est purement impossible. Mais une chose à la fois. D'abord, il faut faire diversion. Il dépasse de grandes formes, des cylindres qui s'élèvent en de sombres tours spectrales autour de lui, passe à côté d'un gros panneau de contrôle – mais tous les voyants sont éteints ; ses serres claquent contre un sol métallique, grillagé. Enfin, il s'arrête devant une massive porte industrielle. Il pose sa griffe contre l'épais acier qui bloque sa progression. Large de quelques cinq mètres pour trois de haut, c'est un mastodonte de fer, une mâchoire artificielle qui éclaire Tericarax sur sa position : il est à l'entrée principale.
Il tourne autour de la porte quelques secondes avant de trouver le panneau de contrôle. Il l'effleure d'un contact, l'active. Un petit écran se déroule du mur, s'illumine de bleu et commence à projeter les options possibles devant les doigts du personnage, en langue Utapaun. Manque de chance. Tericarax ne connaît absolument pas cette langue. Il y a un total de trois gros boutons sur lesquels il peut appuyer... Il observe les caractères inconnus, tente d'en percer les secrets, de chercher des similitudes avec les dialectes qu'il parle lui-même. Rien à faire. Il n'arrive pas à deviner la logique derrière les lettres, qui s'enchaînent en cercles et en vagues. Il lui faudrait pour ça un exemple de traduction, à partir de là, la question deviendrait triviale par déduction...Mais il n'a pas le temps pour pareille chose. Une chance sur trois de trouver la bonne option. Quels autres paramètres pourraient bien se déclencher ? Probablement allumage ou extinction des lumières. Et puis ? Peut-être une alarme, destinée à la base aux employés, pour signaler le début comme la fin de la journée de travail ? Hm, de toute évidence il ne peut pas hésiter. Dans le pire des cas il testera tous les boutons et voilà. Sa griffe tombe sur celui au milieu, dépourvue de doute comme d'appréhension. Un petit « bip » aigu, puis de longues secondes silencieuses. Tericarax patiente, au sol son de sa respiration asthmatique. Rien ne se passe. Peut-être que ceux qui ont programmé cette interface ont mis des options supplémentaires, inutiles ? Il reste encore à patienter, dans le doute, mais rien ne vient hormis l'immobilisme de la nuit et le son régulier des machines industrielles. Tss, qui aurait pensé que les ingénieurs Pau'an pouvaient être si stupides ?
Il reporte son attention sur le panneau de contrôle. Donc l'option du milieu n'était pas la bonne visiblement...« Chlak » font des mécanismes sur sa droite. Tericarax relève les yeux, se tourne vers la source du bruit. À cet instant plusieurs gros verrous commencent à se débloquer. La porte se met à biper, de puissants vérins s'actionnent, projetant une épaisse vapeur autour des battants. Seul, Tericarax fait plusieurs pas pour se mettre de face, bien centré vers la sortie principale, alors que l'ouverture se poursuit. Il n'y avait donc qu'un long délai à l'ouverture de l'entrée industrielle, huh ?
Il existe une légende sur Kalee, un proverbe. Nsaath Vor Dontrhak, littéralement « Le champion marche avec les fantômes ». Le peuple Kaleesh, hautement spirituel, voue un culte sans fin à la guerre et au combat. Les anciens et plus grands guerriers entrent dans la légende, et parfois deviennent des divinités adorées, une part intégrante et capitale du panthéon Kaleesh ; des fantômes qui lient une génération à l'autre. Il est dit que les combattants marchant seuls souffrent, séparés de leurs camarades : ils ont oublié ce que leurs ancêtres ont accompli pour eux, et progressent hors du chemin tracé par les spectres.
La porte achève de s'ouvrir, dévoilant une volée de cinq marches larges puis une allée bordée de bassins fluorescents, qui jettent un éclairage pâle sur le chemin. On devine sur les côtés les grandes ombres des installations extérieures de la station. Juste au bord des marches, à quelques cinq mètres se tient un groupe de B1. Alors ils sont déjà là, huh. Pas de temps à gaspiller, il a une humaine qui ne demande qu'à s'échapper. Tericarax bondit en avant, ses deux vibrolames se déplient ; d'un saut il arrive en bas des marches, tombant sur les premiers automates comme la foudre. Ses ennemis se parent sous l'éclairage artificiel et faiblard des lacs de teintes blanches et éthérées, lui est une grande forme noire. Le guerrier contre les fantômes...Non, compte tenu de son apparence il incarnerait plutôt le Trépas. Ses deux armes fauchent le métal, les têtes tombent avant que les blasters ne puissent cracher leur feu mortel. Un des droïdes tente de viser sa direction, il finit sectionné en deux dans le sens du torse, s'effondre au sol. Les serres de Tericarax écrasent son crâne de fer alors que ses autres camarades s'effondrent un à un, leurs algorithmes ne leur permettent pas de suivre la cadence foudroyante imposée par le cyborg.
Il doit fournir une diversion suffisante pour la générale, et pour cela il doit attirer l’œil des troupes. Le tumulte commence déjà à faire accourir d'autres patrouilles. Un droïde qui s'était approché trop près finit la gorge éclatée par un vigoureux coup de poing, projetant un jet d'huile, sanglant dans l'obscurité. Les étincelles de ses camarades enflamment le liquide, le transforme en un soudain jet enflammé qui vient crépiter au sol et se déverse en une nappe brûlante et suffocante aux pieds du Kaleesh. Il plaque ses yeux reptiliens sur les ruelles environnantes. Les lointains et éparses lampadaires dévoilent sous leur lumière tremblante l'arrivée de troupes fraîches. L'esprit de Tericarax s'actionne. Il doit certes attirer l'attention, mais il doit également survivre. Il ne doit pas se laisser cerner, les B1 ont déjà repéré sa position et ils ne sont pas les seules troupes stationnées sur Utapau. Il ne doit pas se laisser prendre au piège. Sur ce constat, il fait volte-face et vire sur la droite. L'allée principale ne le mène que vers sa perte, il doit longer le bâtiment, attirer les gardes stationnés là pour dégager la voie à sa camarade d'infortune, puis revenir sur ses pas afin de faire tourner en bourrique les patrouilles.
Au milieu de la nuit noire, il passe et s'écarte de la place principale, longeant un chemin large de deux mètres le long des bassins lumineux, terreux. Sur sa droite, les murs impénétrables du complexe, sur sa droite ces étranges bassins. La nuit lui donne un avantage : les B1 ne possèdent pas une vision nocturne performante, et il est loin d'être visible. Il a toutes les chances de s'échapper s'il se déplace correctement. Les ténèbres seront de précieuses alliées pour les minutes à venir. Mais avant tout, il ne doit pas tomber tête baissée dans un guet-apens car - un sifflement le sort de sa piste de réflexion. Il n'a que le temps de remarquer le son, quand il est violemment projeté au sol. Ses oreilles sifflent, blessées par un son trop élevé et trop proche. Ses yeux sont aveuglés, tout le monde devient un instant blanc. Fiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii font ses oreilles. L'esprit du personnage cherche les origines possibles, toutes mènent vers la même conclusion ; une explosion. Le sifflement était un tir de roquette qui l'a manqué de peu. Tericarax secoue la tête, se force à se relever alors que les douleurs commencent à s'estomper. Derrière lui, le mur a volé en éclats, projetant des tonnes de gravats sur la route, coupant sa retraite. Hélas, il n'a pas le temps de réfléchir plus : alors qu'il se remet sur pied, il entend le soudain crépitement de bâtons électriques. Bondissant par dessus le tas de débris encore fumant, plusieurs gardes magna se jettent sur lui. Il distingue dans le noir trois disques rouges, leurs yeux et leur capteur de buste, et la pourpre foudre de leur arme éclaire leurs formes émaciées, complétant à merveille cette scène sinistre. C'est un tableau où les anges de la mort s'affrontent, l'un, plus massif et sombre, isolé, contre les autres forces du Décès qui tentent de le jeter à bas. Des lasers commencent à frapper les murs autour d'eux, des traînées luminescentes qui s'écrasent sur les pierres avec fracas, explosent au contact physique. Tericarax pare les assauts électriques qui se déchaînent devant lui, car les IG-100 ne lui donnent aucun répit. Les arcs pourpres se succèdent sur tous les axes, épuisent ses rétines, mais ses bras suivent sans y penser, interceptent les trajectoires, dévient les coups alors que ses jambes reculent à pas maîtrisés en arrière. Des traits verts viennent s'écraser dans le décor, le manquant car il se maintient en mouvement : il est sur la défensive, recule devant l'assaut de ces nouvelles unités. Les disques de lumière viennent se heurter à ses lames mat, éclairent ses iris reptiliens, mais son corps reste dissimulé sous ses habits, il demeure une ombre dans la nuit, aux contours inconnus et incertains.
Il repousse en arrière l'arme d'un de ses assaillants. Un bond en arrière. Une grêle de traits lumineux éclate au sol et sur les murs – maintenant à sa gauche - où il se tenait quelques secondes auparavant. Les IG-100 se moquant du déluge avancent, reprennent leur abordage. Tericarax pare l'un d'eux puis le dévie vers son camarade ; ils ne peuvent avancer de front que par deux. La stratégie la plus logique est de les gêner mutuellement, pour leur faire perdre du temps. Ils passent sous un échafaud grillagé, silencieux devant cette scène que nul témoin ne contera jamais. Qui soupçonnerait qu'à cet instant, dans la nuit, quelque part sur la Bordure Extérieure se joue pareille pièce ? Personne. Seules les étoiles muettes et la nuit sans fin se souviendront de cet acte ; et ce public n'applaudira pas à la tombée de rideaux. Un estoc adverse, Tericarax dévie. Le bâton échappe aux mains robotiques de l'assaillant, virevolte en l'air et retombe entre les doigts du cyborg, éteint. À ce rythme, il ne tiendra pas longtemps. La présence des gardes fait que les B1 n'osent pas rapprocher leurs tirs : c'est une couverture faite pour permettre aux IG-100 de se rapprocher et de l'abattre, de former un étau en quelque sorte. D'autres parts, ils n'arrivent sans doute pas à déterminer précisément où se trouve leur cible, et visent plus aveuglément que posément. Toutefois, s'ils venaient à changer de stratégie pour l'abattre à tout prix...Et puis il ne peut pas s'échapper sous pareille condition. Une idée germe brusquement dans son esprit alors qu'il désarme et décapite le second magna. Ses frères vont bientôt s'avancer pour prendre sa place dans l'offensive sans d...
Un brusque poids s'abat sur ses épaules. Illogique. Qu'est-ce qui pourrait bien...
Second choc, il pose un genoux à terre sous l'effort. Incompréhensible. La prochaine vague de gardes se tient docile et immobile devant lui. Ils...Attendent ? Ce poids était donc prévisible...Du coin de l’œil, il aperçoit sur ses épaules des jambes de fer. Aah, c'est donc ça. Des droïdes lui ont sauté dessus. Ils devaient se tenir sur la grue. Il n'a pas le temps de se relever, d'autres automates – des B1 modifiés pour gagner en agilité, communément nommés « commando B1 » - s'entassent sur lui, un peu à l'image des abeilles sur un frelon. Il sent toutes les masses sur ses bras, ses jambes, bientôt les robots l'entourent à tel point qu'il ne voit plus que les torses et les membres de fer autour de lui. Ils l'enserrent, empêchent ses vibrolames de bouger...Ils veulent sans doute l'immobiliser en attendant de trouver un point où le frapper mortellement. Tericarax est enseveli sous l'acier. Il est tombé dans le piège séparatiste tête baissée.
Il est une croyance Kaleesh. Les guerriers souffrent, séparés du reste de leurs camarades, esseulés. Car combien sont revenus, alors que les membres de leurs clans étaient décimés et tombaient au combat ? Bien peu, et tous périssent ensuite du désespoir. Enterré sous l'essaim robotique, Tericarax a du mal à respirer. Sa toux revient hanter ses poumons, son œsophage se déchire. Les guerriers abandonnés souffrent et trépassent...Mais nul n'est vraiment seul. Chaque personne est guidée par des traditions, des valeurs. Il ne mène pas cette bataille pour lui seul. Il marche au milieu des fantômes de son futur, ses plans à venir et ceux qu'il n'a pas encore abouti. De misérables automates ne sauraient le retenir. Ainsi est la logique. Reculez, pantins de fer, il est temps de briser vos chaînes. Ses deux bras se font brusquement quatre. Les deux nouvelles mains attrapent les droïdes les plus proches, écrasent leurs circuits, leur arrachent la vie comme eux tentaient de voler la sienne. Tericarax repousse ses assaillants en arrière de toute la force dont il dispose. Plusieurs de ses ennemis sont expulsés par le choc alors que le monstrueux Kaleesh se relève, écrase sous sa serre un robot qui se maintient encore à sa jambe (et la tête éclate avec un craquement sonore), attrape sur son dos un autre parasite et le disloque en deux dans un mouvement féral et glacial. Le monstre anciennement séparatiste se relève, clame l'existence d'autres machines qui avaient oser tenter de le vaincre. Agenouillez vous, pièces de technologie désuètes. Reconnaissez votre maître et ployez devant sa force. Les bombardements de laser reprennent, mais Tericarax sait à présent comment agir.
Aussi longtemps que son esprit fonctionne, tant que son intelligence lui dicte comment agir, il vaut une armée à lui seul. Il est un, mais il n'est pas seul à cet égard. Les IG-100 se jettent sur lui, sans doute avaient-ils pour ordre de le mener vers l'embuscade. Mais notre personnage n'a plus deux vibrolames, mais bien quatre armes à sa disposition. Du bâton électrique qu'il avait récupéré, il frappe l'IG-100 à la tempe, fait voler son crâne en éclat dans un fracas de circuits broyés. Son bras gauche libre transperce le capteur optique situé sur le torse de son infortuné opposant, ses autres bras abattent son compagnon. Alors, Tericarax soulève sa première victime et d'un geste vigoureux l'envoie – encore crépitante et palpitante d'énergie – sur la prochaine vague de magna, un pantin désarticulé qui servira à merveille pour ralentir ses ennemis. L'autre garde tombe à genoux, toute sa connectique brisée, et sombre dans le lac luminescent, qui l'engloutit goulûment. De grosses bulles remontent paresseusement à la surface. Notre scientifique avise, change le bâton de main ; il le porte à présent dans sa seconde main gauche et fait volte-face, cette arme improvisée sera orientée du côté des B1. Il reprend sa course et commence à faire tourner les pôles de fer irisés à un rythme effréné en même temps que son poignet. Bientôt le bâton forme un disque violet continu, un bouclier que les lasers auront bien du mal à passer. Ces mortels rotors le garderont au moins des assauts de blasters. Il continue à longer le lac. Le mur du complexe laisse place sur la droite à un second bassin. Une brume industrielle et basse s'étire le long de la route, un tapis épais et toxique qui se prélasse à quelques centimètres du sol, flottant au-dessus des liquides à bâbord comme à tribord. S'extirpent quelques mètres plus loin la tuyauterie colossale qui fait tourner toute l'installation. S'il peut atteindre ce couvert, il pourra sans doute perdre les B1 voire les semer, et...
De derrière les tuyaux sortent soudain d'autres gardes magna. La muraille d'acier et d'électricité devant lui est une nouvelle difficulté. Combien de pièges a-t-on prévu sur ce maudit trajet ? Lyzs est-elle aussi tombée dans pareille embuscade ? Tericarax revoit pendant une fraction de secondes l'image de l'enterrement. Il revoit les allées de militaires, tous au garde-à-vous sous la pluie battante, saluant cette tombe où l'on a déposé quelques fleurs, et devant laquelle les officiers tout en présentant leurs hommages, mènent un discours embrasé sur la fidélité, le devoir et la guerre. Cette scène est inacceptable. Tericarax saute ; ses serres tombent sur le magna directement face à lui, ses lames trouvent refuge dans le torse de ses camarades. Avec un affreux crissement, sa première victime éclate, terrassée par son poids. Il fait jouer le bâton électrique, attrape un autre ennemi et lui écrase le visage contre un tuyau. De l'autre côté de la cachette, les B1 se bornent à tirer sans comprendre qu'ils feraient mieux de contourner pour trouver un meilleur angle de tir.
Comme un typhon placide et glacial, un terrible ouragan que nulle digue ne saurait retenir, Tericarax terrasse le mur d'acier qu'on a tenté de dresser contre lui. Les cadavres s'empilent, les corps craquent sous ses pieds, ses armes trouvent toujours une victime sur laquelle s'abattre, son bras libre arrache membres et circuits avec l'avidité d'un chaman à la recherche de cœurs. Mais il n'a pas le temps de contempler ses victimes : sitôt ôte-t-il la vie qu'il reprend son avancée, accompagnant son mouvement d'un grondement asthmatique sinistre. Au milieu de la nuit, les spectres se livrent un ballet mortel, cruel rituel qui réclame le sacrifice de l'un des deux partis à sa conclusion.
Les rangées de tuyaux deviennent des remparts et des plafonds, bientôt des couloirs complets qui filent de face et de côté, sur sa droite. Derrière lui, les IG-100 le pourchassent. Droit devant il aperçoit déjà de nouvelles escouades de B1 qui accourent sous les lampadaires. Face impossible donc, on doit poursuivre à droite. Un B2 se retourne, lève son poids vers le cyborg, mais il y perd son bras et bientôt ses jambes puis sa tête avant de pouvoir répliquer. Heh les patrouilles ont bien mordu à l'appât, c'est le moins qu'on puisse dire. Cela ne garantit pas que la générale se soit échappée, mais cela augmente assurément ses chances de s'en tirer. Il longe la tuyauterie, passe sur une plate-forme de laiton, dépasse un rideau de chaînes. Des marches l'emmènent vers le haut, ses pas résonnent, portés et amplifiés par toutes les canalisations, mais il n'a pas d'autre choix, il doit avancer, abattre tout ce qui lui bloque la route. Tous les cylindres sont extrêmement larges, les passages sont parfois très étroits pour son large corps d'acier. Il se colle aux grands bras circulaires. Une électricité statique vient parfois chatouiller son armure, des petits éclairs courent le long du sol. Le phénomène est étrange, inhabituel. Mais il n'a pas le temps de chercher une explication, tout occupé qu'il est à sa fuite ; on pourra étudier les installations Utapaun tranquillement depuis son laboratoire un autre jour. Devant lui, il aperçoit un espace dégagé.
Enfin, il débouche sur un promontoire à l'air libre. Les tuyaux plongent vers la terre en un angle droit, et lui continue à l'horizontale, sur ce qui ressemble à un ponton, au milieu d'un lac aux eaux noires, qui s'étend tout autour de lui. Il poursuit sa course dans le vaste espace. Il aperçoit les ombres de la galerie Utapaun, au-dessus de lui s'étendent les étoiles. Mais il s'arrête soudain ; de l'autre côté de la passerelle il aperçoit des B1 commandos, qui s'engagent dans sa direction. Il tourne les yeux en arrière. Les magna sont à vingt mètres. Peut-il sauter dans l'eau, tout en ignorant ce qu'elle contient, et espérer survivre ? S'il s'agit d'un composé basique extrêmement agressif, il n'y survivra pas. Un éclair traverse la surface aqueuse. Un éclair... ?
Un vrombissement soudain l'alerte. Il s'accroche à la rambarde métallique quand une monstrueuse explosion fait voler en éclats la station à sa gauche : un souffle titanesque et bleu ravage en une vague électrique et thermique tout le périmètre, éclipse les lumières présentes. Le souffle colossal fait s'élever de grosses vagues le long de la plate-forme, qui tangue. Les IG-100 sont engloutis par les flots. L'esprit de Tericarax, dépourvu de peurs ou d'appréhensions, lui livre un ultime coup de fouet. Sous ces vagues électriques et aqueuses, il s'avance sur les commandos. Éclaboussé par la foudre et les pluies, le géant de fer s'avance pour faucher ses ultimes assaillants. Non, ni les B1, ni les IG-100, ni les commandos, ni personne ne se dressera sur sa route. En parallèle il cherche la raison de l'explosion. Alors qu'il écrase entre ses griffes la gorge d'un droïde commando puis le jette dans les eaux noires, une image lui revient en mémoire : le magna s'effondrant dans le lac luminescent. Au milieu des flots tempétueux, Tericarax se remet en marche. Certaines cultures utilisent effectivement une technologie désuète pour stocker de l'énergie, sous forme liquide, un carburant hydrocarbure. Une gelée énergétique, en quelque sorte. Bien inutile lorsqu'on peut calibrer un réacteur pour fournir une puissance appropriée à la demande des installations, et ce liquide est supposé diablement inefficace. Serait-ce donc ça ? Y faire tomber le magna aurait provoqué une réaction en chaîne, d'où le souffle et les chocs électriques. L'électricité résiduelle constatée dans les tuyaux était en fait un signe avant-coureur, huh ? S'il avait su plus tôt pour les lacs, il aurait sans doute pu contrôler plus efficacement l'explosion, pour permettre une fuite coordonnée de Lyzs et lui-même. Quelle malchance qu'il n'ait pas été au courant...Non, cette piste de réflexion est inféconde. Rien ne sert de blâmer le passé et ce qu'il ignorait. S'il avait su, les choses auraient sans doute été différentes, mais une telle perspective ne l'avance en rien, elle ne sert ni à l'apprentissage ni à la formulation de la suite de ses actions.
Après une course de plusieurs minutes, il arrive enfin de l'autre côté de l'immense lac noir. Là, une petite maisonnette lui offre un abri temporaire, loin des regards inquisiteurs. Il constate que les droïdes sont tous occupés par l'explosion : la station est éventrée, éclatée, répandue sur le pavé. Après le cataclysme, des flammes fauve dévorent la pierre, parfois l'azur vient s'y mêler. On tente de combattre l'incendie, mais rien à faire ; on parle ici d'une réaction chimique après tout. De l'eau n'y ferait rien, mais ça les B1 ne peuvent pas le savoir. Le sol même a été fissuré, de grandes plaies noires s'ouvrent et courent de la station jusqu'au gouffre. Tout Utapau aura sans doute été éveillée par la catastrophe. Bruit de pas qui s'approchent. D'autres patrouilles viennent. C'est évident, ils ont un fugitif sur les bras, et toute l'action récente ne laisse plus aucun doute sur son identité. Moins de dix mètres devant lui, un droïde observe tout le chaos, des jumelles en main. Les flammes lointaines jettent des ombres vacillantes sur son corps rectangulaires. Une seconde unité, en provenance de la station, vient à sa hauteur. Tous deux sont frappés de jaune, ce sont des modèles de commandement OOM.
- /Le fugitif est probablement encore dans le périmètre sergent. Les cellules IG-100 n'ont pas réussi à l'intercepter./ L'explosion a brouillé leurs capteurs./
- /Continuez les recherches./ Le fugitif doit être intercepté à tout prix, ordres de l'état major./, répond celui avec les jumelles. Accourt alors un troisième B1.
- /Sergent, sergent !/
Les deux, comme un seul homme – ou plutôt une seule machine – se tournent vers le nouvel arrivant, qui mime un garde-à-vous sommaire puis enchaîne d'une voix synthétiquement aigu :
- /Un vaisseau non autorisé vient de quitter les hangars./
Vaisseau non autorisé ? La conclusion s'impose d'elle-même : la diversion a porté ses fruits, Lyzs a réussi à atteindre le vaisseau Bellbulab et commence à s'échapper. Avec l'explosion de la station, la majorité des patrouilles rappliquent sans doute ici. Un hasard cruel pour Tericarax, mais favorable dans la réalisation de son objectif premier, la fuite de l'humaine. Maintenant qu'ils ignorent à nouveau sa position exacte, il va pouvoir songer à une façon de s'échapper...La navette de ravitaillement va bientôt descendre, ce n'est qu'une question de minutes. S'il peut s'y accrocher, assurément il aura un moyen de s'échapper.
- /Ce sont les fugitifs. Relayez mon message à toutes les unités :...
La réaction du cyborg est instantanée. Si l'OOM ordonne qu'on livre la chasse à son vaisseau -
Post n°25
Auteur : Tericaraxpersonnel, la générale ne pourra pas s'en tirer. Comme une lance, il projette le bâton électrique dans la direction du sergent, et tant pis pour la discrétion. L'arme percute la machine en plein torse, le fait tomber au sol alors que les deux autres droïdes hurlent de surprise (et le sergent d'une douleur préprogrammée). Tericarax bondit hors de sa cachette, ses lames au clair, droit sur le trio, massacrant impunément les deux encore debout. L'autre, sujet à une peur programmée dans ses algorithmes pour tenter de lui conférer un air plus organique, lance ses ordres :
-/ Il est là, à la station ! Tericarax est là ! À toutes les unités.../
Il ne finit pas sa phrase, sa tête est écrasée sous la serre de l'ex lieutenant, qui extirpe ensuite le pôle magna du torse B1.
- Dors, commande-t-il à sa victime.
Le mal est fait. La générale bénéficiera du temps dont elle a besoin pour s'échapper...Mais lui vient de se mettre en posture catastrophique. Les droïdes les plus proches se tournent dans sa direction à présent dévoilée. Ils arquent leurs tirs. Un sifflement. Sifflement ? Roquette. Fort de son expérience récente, le cyborg se jette sur le côté alors que le sol derrière lui explose en une colonne de terre et de poussière. Tericarax arrive au contact de ses ennemis les plus proches. Il ne leur laisse pas le temps de tirer, sectionne leurs bras sans autre forme de procès, passe derrière eux, s'en sert comme de boucliers cybernétiques pour intercepter les tirs de leurs camarades. Il roule au-dessus d'un B1, passe dans son dos, tranche son torse. Dans son sillage, les droïdes explosent, ratent leurs tirs qui abattent leurs confrères plutôt que leur cible. Un tir de blaster vient frapper Tericarax au torse ; la décharge se heurte aux plaques sur son torse, s'y écrase en crépitant mais ne cause pas plus de dégâts. Pendant ce temps le personnage découpe soldat de plomb sur soldat de plomb. Il raccourcit un militaire juste sous le torse, l'attrape par la tête. L'autre gémit de douleur, mais le kaleesh ne prête pas attention à ses plaintes ; comme une grenade de fortune, il l'expulse vers un groupe de tireurs plus loin, où il va exploser, emportant avec lui les siens.
Les lasers pleuvent de toutes les directions. Le sol éclate une nouvelle fois (une roquette qu'il évite de justesse). Il roule au milieu, se redresse. L'air est opaque. La fumée de l'incendie se mêle à la terre tourmentée par les multiples explosions. Des lasers viennent au milieu de ce minéral et noir frimas, des lumières étirées et fugaces qui s'abattent par grésils innombrables, la fureur B1 qui se déverse tout autour de lui. Un nouveau tir vient le frapper à la jambe, lui fait sous le choc ployer le genoux. Les droïdes avec lesquels il était aux prises se débattent, l'assaillent de coups.
- / Rendez-vous !/ Abandonnez !/ disent-ils - futilement - à son intention.
Ils le frappent de leurs blasters, tentent de viser, mais ses lames tranchent les canons avant qu'ils ne fassent feu. Les B1 se résolvent à le marteler de leurs poings et de leurs pieds. Un autre laser trouve refuge dans l'épaule droite de Tericarax. Le choc le projette sur le côté. Les tirs se font plus précis...Un des B1 devant lui est percé par les tirs de ses camarades. Les derniers boucliers qui protègent Tericarax de la mort tombent un à un...Les coups des B1 autour de lui sont trop faibles pour le blesser, mais ils l'empêchent de se mouvoir, le restreignent à un endroit...Le cerveau du kaleesh fléchit, tente de trouver un nouvel axe d'assaut. Ses vibrolames ne seront pas suffisantes, ils sont trop nombreux. Le bâton électrique non plus. Il ne peut se défendre des tirs que sur un côté, pas tout autour de lui.
Les droïdes se mettent soudain à crier, montrer le ciel et axer leurs tirs vers au-dessus. Plusieurs roquettes partent vers le ciel, une seconde l'attention est dirigée ailleurs que sur lui. Une pluie enflammée se déverse au sol et terrasse les droïdes à sa droite avec un fracas qui aurait terrifié le cyborg s'il était apte à ressentir la peur. Les B1 autour de lui ne regardent plus, erreur, cruelle erreur ! Ils finissent décapités. Les tirs partent vers le ciel alors que Tericarax se remet sur pied et tousse. Tous ces efforts commencent sérieusement à entamer sa respiration. Il entend au-dessus de lui passer un chasseur aux puissants moteurs, s'élance. Il lui faut un angle de vue dégagé. Seul un pilote d'exception aurait pu accomplir une manœuvre aussi périlleuse ; échapper à des missiles, bombarder le sol et toujours être vivant, un exploit digne du plus fin des as. Un pilote ? Non, une pilote, le doute n'est pas permis. C'est Lyzs Yvanol, venue pour éponger sa dette et sauver Tericarax comme lui lui a donné une opportunité pour s'échapper. Il ne faut pas la manquer, ne pas la gaspiller. L'échec n'est pas permis.
Tout ce qui se trouve sur le chemin du cyborg est découpé promptement. Les droïdes sont en rangs désordonnés, offrant l'occasion parfaite pour leur ex supérieur ; un à un, il les fauche, passe entre eux pour éviter les tirs, toujours en mouvement. Il voit la solution droit devant lui ; au-dessus du gouffre se balance une grue industrielle, la tête est au niveau de cet étage – sans doute un chantier de réparation pour les habitations en dessous, et une formidable plate-forme. Le feu tombe à nouveau du ciel, les B1 derrière lui hurlent avant d'être emportés dans le souffle des missiles belbullab. Ceux encore vivants tirent dans toutes les directions, faute d'un officier compétent – organique et pensant – pour les coordonner efficacement, beuglant toujours leurs « /Rendez-vous !/ Abandonnez !/ ». Avec toute la fumée au-dessus, Tericarax ne parvient pas à repérer directement son chasseur et l'humaine à son bord, la grue servira à cet effet. Il s'engage sans hésitation au-dessus du vide, avance sur l'acier grillagé et épais. Un fort vent souffle, fait claquer furieusement son habit autour de lui, comme si les éléments eux-mêmes se révoltaient contre sa fuite : Utapau elle-même réclame son sacrifice. Le destin des combattants est la mort, mais rien n'est écrit ; il revient à Tericarax seul de décider de quelle encre teinter le livre de sa vie. Avec l'aide de Lyzs, il va sortir de ce piège à rats, et marquer cette page du sang d'un certain killik. La grue grince, soudain tangue ; un tir de blaster vient de heurter l'un des lourds filins d'acier qui la maintient en place. Avec un claquement métallique, elle se porte sur le côté. Le Kaleesh manque de perdre l'équilibre, mais ses serres s'agrippent. Non, l'échec n'est pas envisageable. Il tousse, mais se force à rester en mouvement. Comme les flammes dévorent le sol, rongent la station, comme le vent souffle, le feu avale et consume ses poumons, mais l'on s'en inquiétera plus tard. Il arrive au bout de la grue. Le violent mistral fait siffler ses oreilles. Ses iris reptiliens se portent au-dessus du nuage. Là, il l'aperçoit ! S'extirpant de la brume à vitesse folle, son propre chasseur, sa carrure ne fait aucun doute. Il aligne son poignet gauche avec la trajectoire de l'appareil, anticipe ses mouvements (le vaisseau fait un brusque demi-tour et évite trois missiles qui vont s'écraser contre une paroi, délogeant de gros blocs de pierre). Les lasers autour de lui pleuvent, mais les trajectoires sont mal calculées, tous le manquent, tout est dirigé vers le chasseur. Il ne faut pas rater cette opportunité, il n'en aura pas d'autre...Doucement...Le grappin de Tericarax claque et est éjecté puissamment, droit vers le chasseur belbullab. Adieu Sharkaran. Attendez vous à des répercussions très bientôt. Les représailles seront noires.
Douleur.
Le Kaleesh ne réalise pas immédiatement ce qui se passe. Son souffle est complètement coupé. Ses oreilles sifflent, complètement assourdies. Ses deux yeux ne distinguent pendant un instant rien d'autre que le blanc. Qu...Qu'est-ce qui vient de se passer ? La couleur revient, les reliefs se dessinent. Au loin, il distingue les B1 qui évoluent au ralenti, comme figés dans une photographie guerrière. Au niveau de son torse achève de mourir un grand nuage embrasé, derrière lequel vient une colonne de fumée...Une...Une roquette...Huh ? Ses pieds, tout son corps, tout a quitté la grue, projeté au-dessus de l'abîme. Il ne sent plus ses poumons. Un mal lancinant lui déchire la tête et tout le torse, mais malgré cela il arrive toujours à réfléchir calmement. Sereinement. La fatigue de toutes les dernières heures s'abat sur lui, impitoyable maîtresse. Il se sent lentement sombrer vers l'inconscience. Le noir le réclame. Il n'a...Plus la force...De bouger les bras...Tout se déroule au ralenti.
Au-dessus de lui, l'immense caverne s'ouvre en un disque étoilé. Le ciel semble infiniment grand. Pourrait-il apercevoir Kalee par nuit claire... ? Il distingue juste en bordure du disque l'ombre de son propre chasseur belbullab, s'extirpant de la fumée noire...Il a raté son opportunité...Tericarax bouge sa main gauche – tremblante, tente de s'accrocher à la forme de l'appareil, comme s'il allait recevoir la moindre aide...Mais son ultime et unique requête s'égare dans la nuit, sans personne pour l'entendre.
Devant ses yeux, des bouts d'acier craquelés – son armure brisée – commencent à apparaître. Il sent un goût amère, maladif dans sa bouche. Il...Lui reste tant...À faire...Non...Il doit...Comprendre...La Force...S'échapper...D'Utapau...
Sous la terrible torpeur qui le saisit, Tericarax tente de ne pas fermer les yeux. Une larme coule le long du gauche, et va se perdre au milieu des multiples points blancs dans le ciel. C'est terminé.
Les orbes reptiliennes du scientifique se ferment. Il sombre dans l'inconscience, et tombe dans le gouffre de Pau-city.
La planète a eu son sacrifice. -
Post n°26
Auteur : LyzsLyzs a traversé l’épaisse brume. Elle a repéré son partenaire et tout tenté pour l’aider depuis les airs. Ses tirs ont labouré le sol d’acier, ses ailes ont flirté avec les missiles et le feu. Mais, elle a échoué... Dans un ultime virage aérien, elle peut voir une braise tombante s’éteindre dans le vide abyssal. La gorge serrée et les yeux humides, elle redresse son appareil pour, au moins, se sauver elle-même. A travers la Force, elle sent une main tendue vers elle. Une main qu’elle ne peut saisir, une conscience qui s’éloigne en silence pour rejoindre le néant. Elle ne pourra jamais revoir Tericarax, ni même lui accorder de funérailles. Si elle plonge le rejoindre, elle ne remontera pas. Alors, elle fera en sorte que son sacrifice ne soit pas vain.
Dans le nuage noir, on ne lui tire plus dessus. La républicaine est laissé seule avec la longue complainte de ses deux moteurs criant en chœur. Elle lâche les commandes et se tient la tête pour crier sa frustration. Perdue dans sa colère, elle martèle ses genoux de ses poings rageurs. Cette mission est un échec total. La douleur en est si intense que la fille ne se sent même pas lutter contre la gravité : l'appareil fend l’air à toute allure. Presque à la verticale, il quitte le nuage noir dans un éclat cendré. Derrière l’engin, une longue traînée obscure relie la générale à cette planète qui l’aura marquée à jamais. Puis, elle s'en détache.
Lyzs se laisse bercer par sa déception, par la douleur et par le son des réacteurs pendant quelques milliers de mètres encore. C’est un bip qui la tire de sa plainte, maintenant silencieuse. Les mains sur le visage, elle écarte ses doigts pour que son œil rougit puisse y voir à travers. Le radar lui signale qu’elle ne va pas tarder à arriver au niveau du blocus spatial. Tout devient plus sombre encore à mesure qu’elle quitte l’atmosphère de la planète. Les lumières du tableau de bord se font plus intenses et la carte spatiale qui y est dessinée montre que les vaisseaux séparatistes ne sont plus très loin. Elle ne peut pas prendre le risque de passer en hyperespace à cette distance. Les chances de percuter l’un des chasseurs bloquant le passage sont trop élevées. Cependant, elle n’aura peut-être pas d’autre choix.
La générale se reprend en main, elle pourra se lamenter une fois sortie d’affaire. Si elle se laisse avoir, la mort de Tericarax n’aura plus aucun sens. Elle appuie sur quelques interrupteurs et ralentit. Prendre le risque de traverser n’est pas chose facile. Elle cherche une autre option... Sur sa gauche, un menu est actif. Y sont inscrits diverses coordonnées qui varient à un rythme régulier. Du doigt, elle fouille dans les options du petit écran. Liaisons radar, coordonnées transmises et reçues, localisation actuelle, communications… Communication ! Des noms bleutés apparaissent. Dans la liste de coordonnées se trouve un nom familier qui s’éclaire au milieu des autres : Nathrin. La fille hésite un instant. Est-ce la bonne chose à faire ? Peut-être pas, mais ses chances d’obtenir de l’aide sont très certainement plus élevées que ses chances de traverser le mur spatial mis en place par les séparatistes. Elle tente finalement d’entrer en communication. Un nouveau bip se fait entendre. Il est suivit d’un grésillement. L’appareil lui indique alors qu’elle est en liaison, mais elle n’entend aucune communication entrante. Ça ne marche peut-être pas… Mais, Lyzs n’a plus d’options. A la manière d’une prière, elle se décide de s’exprimer sans savoir si on l’entend ou non.
— Nathrin… C’est Lyzs, Lyzs Yvanol. Tericarax est… Il est… mort. Nous avons creusé trop loin. Et, Tericarax en est mort. Elle avale sa salive avant de bruyamment reprendre sa respiration. Nous avons découvert que quelqu’un de haut placé manigance quelque chose et… il veut nous faire taire. Ce Sharkaran veut nous faire passer pour des traîtres. Il a tué tous les témoins. Si je ne réussis pas à passer le blocus, Tericarax sera mort pour rien. Les conséquences seront terribles et nous n’aurons plus aucune chance de faire la lumière sur les affaires de Sharkaran.
Le ton est grave, mais on peut sentir dans la faible voix de Lyzs qu’elle lute pour garder son calme. Ses propres mots la font larmoyer. Alors, pour évacuer cette chaleur qui s’accumule en elle, elle frappe le tableau de bord de ses deux poings. Peu à peu, la gravité perd de son emprise sur le cockpit…
— Nathrin ! Répondez-moi, bon sang ! Si vous ne voulez pas qu’une guerre éclate et que la CSI continue à servir de terrain de jeu à ce Sharkaran, il faut m’aider ! Faites quelque chose… Vous devez me croire ! Répondez-moi !
La républicaine perd sa contenance. Elle réfugie sa tête dans ses bras qu’elle croise et pose devant ses commandes. Elle soupire longuement, bruyamment. Sous son nez se trouve le manche et cette gâchette avec lequel elle a craché le feu quelques instants plus tôt. Seule dans l’espace silencieux, elle se maudit de ne pas avoir été plus efficace. Peut-être que Tericarax aurait pu s’en sortir si elle avait trouvé un moyen de bloquer les droïdes ? Peut-être même qu’elle aurait dû rester avec lui malgré l’arrivée des droïdes ? Lyzs soupire, désespérée. Ces secondes lui semblent tellement longues. Peine perdue, probablement... Il va sûrement falloir prendre le risque et passer en hyperespace malgré les conditions. Elle essaie de se motiver, de se convaincre qu'elle peut le faire pour avoir le courage d'amorcer la manœuvre. Quand, d’un coup, un nouveau grésillement. La fille relève la tête. Elle regarde l’espace et tend l’oreille, pleine d’espoir. -
Post n°27
Auteur : TericaraxNathrin vient de quitter les réfectoires du croiseur. La nourriture était loin d'y être excellente ; là, le cuistot, un gros besalisk grossier, a jugé bon de leur servir une espèce de gelée marronâtre et informe, au goût plus que discutable. Mais heureusement, il a prévu le truc ; il a refilé sa ration à un camarade de table, il a dans sa cabine des provisions dans lesquelles il puisera. Pas question de manger n'importe quoi non plus. Notre homme commence à se lasser de cette mission de blocus. Il espérait plus d'action, au final il ne s'est rien passé dans les derniers jours. Le lieutenant, comme à son habitude, est avare sur les informations. « Compartimentation et segmentation des tâches » dirait-il sans doute de sa voix anormalement grave et métallique. Mais bon, la paie est extrêmement correcte. Et puis, organiser les mouvements de dizaines, centaines de droïdes en coordination avec des capitaines de gigantesques croiseurs de guerres...Il y a quelque chose de grisant à la tâche : on ne fait pas ça tout les jours, c'est une opportunité unique qui ne se présente qu'une fois par vie. Mais avec le lieutenant, ce genre de chances se présente très souvent, et les récompenses sont toujours à la hauteur. Eh, il sait rendre les choses intéressantes au moins.
Le personnage se dirige vers les hangars du vaisseau tout en rajustant son chapeau sur sa tête. Il doit à présent s'occuper de finaliser les ultimes préparatifs pour qu'on puisse faire atterrir la navette de ravitaillements sur Utapau. Dans sa poche il sort une petite barre chocolatée qu'il commence à mastiquer paresseusement pour apaiser son estomac gargouillant. Il tire une nouvelle bouchée de la confiserie élastique, mâchouille à son aise. Ses papilles bénissent le met. Ah, là on touche à de la vraie saveur ! Rien à voir avec ce que le cuistot et son air bourru voulaient lui faire avaler – de gré ou de force.
Il achève son délicieux bonbon chocolaté, allant jusqu'à se lécher ses doigts encore gras de sucre alors qu'il débarque dans les hangars. Il fouille dans sa poche, constate avec regret qu'il n'avait emporté qu'une barre depuis sa cabine. Quelle tristesse ! Enfin, il aura le temps de se rassasier convenablement (en d'autres termes de se bâfrer allègrement) dès cette menue affaire terminée. On attend juste qu'il vienne faire acte de présence devant la navette en réalité ; là l'attend un gros vaisseau neimoidien à l'allure de scarabé. Les droïdes attendent docilement au poste de pilotage, tandis que trois humains en blouses oranges achèvent de charger les paquets dans la navette, notant tout sur une petite liste holographique au fur et à mesure. Armés de lunettes cybernétiques, les trois individus terminent les préparatifs. Ils reviennent vers lui, échangent quelques mots de pur protocole, et enfin les voici prêts à partir ; Nathrin n'est là que pour attester que ce sont des pilotes séparatistes aux commandes – mesure de sécurité dans le blocus. La navette projette son souffle brûlant dans le hangar, décolle lourdement. Avec un ronflement de turbines, elle s'éjecte dans l'espace. Brr, c'est qu'il gèle dans ce hangar ! Notre homme se frictionne les bras pour tenter de ramener un peu de chaleur dans ses membres, quand il entend son holopad biper. Hm, on tente de le contacter ? Il sort le petit appareil. Communication entrante du lieutenant Tericarax. Ah, il faut la prendre celle là, pas le choix. Il enclenche la liaison pour voir de quoi il en retourne. Mais ce ne sont pas les traits squelettiques et sinistres du cyborg qui l'attendent de l'autre côté de l'hologramme : il est accueilli par le frêle visage d'une jeune fille en bien piteux état. Il la reconnaît avec difficulté. Ses cheveux sont emmêlés, ses joues éclaboussées de boue, de gros cernes forment des poches noires sous ses yeux...La générale Yvanol ? Il choisit de ne pas activer son image, d'attendre de voir ce qu'elle a à dire. Que fait-elle dans le vaisseau du lieutenant ? Pourquoi a-t-elle un air aussi abattu ? Que manigance encore Tericarax ? Il n'aurait quand même pas tenté de la disséquer, toute sensitive qu'elle est, si ?! Il tente de former un sourire rassurant sur son visage, pour engager la liaison et transmettre son image.
Soudain, la nouvelle tombe. Le sourire de Nathrin meurt aussi vite qu'il vient de naître. Tericarax...Est mort ? Une boule douloureuse se forme dans l'estomac de l'humain. Son holopad glisse de sa main et tombe au sol avec un cliquetis plaintif. Il se sent soudain nauséeux, comme si on venait de lui donner un violent coup de poing dans le ventre. Un poids écrase ses épaules, il a du mal à respirer. Tericarax...Est mort... ? Mais...Pourquoi... ? Nathrin sent ses traits se déformer incontrôlablement. Les larmes lui montent aux yeux. Le kaleesh n'est plus...La voix de la générale s'énerve à l'autre bout du fil, elle s'impatiente. S'il n'agit pas, Tericarax sera mort en vain...Il renifle bruyamment, ramasse l'holopad à ses pieds. Il faut répondre, il doit répondre. Ses mains, ses bras, sa voix, tout son être tremble d'émotion alors qu'il répond. Habituellement enjoué, son timbre est rauque, marqué par la tristesse et le choc.
- Je vais vous trouver un moyen de sortir de là générale... « Il faut être logique et agir », c'est ce qu'il aurait dit...Bonne chance générale...J'aurais...Bonne chance.
Il n'a pas la force de demander comment le scientifique est mort. Il sent les larmes lui brûler les joues. Après quelques autres mots, la communication s'achève. Mais il ne peut pas trahir maintenant : il entre en communication directe avec les capitaines des vaisseaux amiraux autour de lui :
- Un vaisseau d'évacuation express, un modèle Belbullab 22, doit passer le blocus. Vous avez pour ordre de le laisser passer. Les droïdes ne doivent en aucun cas ralentir cet appareil, c'est une urgence qui nécessite une extraction chirurgicale.
À son grand soulagement, les autres ne discutent pas. Moins d'une minute plus tard, l'ordre est relayé. Les yeux lourds, tout son corps engourdi par une soudaine lassitude, Nathrin aperçoit une minuscule forme s'élever, puis disparaître avec un insignifiant flash lumineux vers la noirceur des étoiles. Et...Et maintenant ?
***
Le lendemain, les autorités découvrent le cadavre d'un bith calciné, au milieu des décombres de la station. On trouve, cloîtré dans ses appartements, un jeune Twi'lek qui correspond aux signalements du fugitif Sith toujours en cavale, et qui est embarqué par les forces séparatistes, droit vers Géonosis. L'incident de la station est imputée au maître obscur. Le corps du défunt lieutenant Tericarax demeure introuvable, englouti par la mer souterraine de Pau-city.
La générale Lyzs Yvanol s'est mystérieusement échappée de la planète. L'attaque terroriste est terminée. Le blocus est levé en début de matinée. Alors qu'un joyeux et ardent soleil vient tirer Pau-city de son sommeil, les grands croiseurs et les escouades droïdes quittent les lieux, et disparaissent en hyperespace, vers Géonosis.Spoiler