Post n°3
Auteur : Tericarax
Les pièces s'assemblaient une à une pour ce nouveau modèle. Les Géonosiens amenèrent plusieurs fois des matériaux coûteux (ils tentaient d'augmenter un peu les bénéfices en facturant la main d’œuvre plus cher, en utilisant des alliages au prix exorbitant), mais le Skakoan ne se laissait plus prendre à ce genre de pièges depuis des années. Il congédia les tentatives les plus extravagantes (des propositions de cristaux liquides affreusement onéreuses notamment, ou encore des alliages avec 0.2% de phrik pour faire face à des sabres lasers – complètement superflu et stupide s'il en est, en plus de coûter des milliers de crédits pour une pièce), on se rabattit sur des structures moins coûteuses.Un gros géonosien passa en bourdonnant à la droite de Zumbar Vryla. Il s'approcha du torse encore ouvert du nouveau modèle, cet Iroey 2.0. Au milieu de la poitrine désossée, il déposa une petite sphère ovale dont s'échappaient plusieurs tuyaux en tentacules flexibles. L'insecte portait sur les yeux un masque de soudure et, doté d'un fer réservé aux œuvres fines, il commença à picoter la sphère. Parfois, des étincelles jaunes jaillissaient et allaient courir à l'intérieur du poitrail – dont les os étaient d'acier, les cartilages de transparacier. Elles allaient s'éteindre sur les nerfs – des fils électriques qui passaient comme des couches de muscle, vers les épaules et le chassis – où des moignons seuls traçaient la silhouette. S'il existait un boucher pour les droïdes, il n'aurait pas conçu une scène différente de celle-ci : un torse éventré, posé sur une table, décapité et démembré aurait été son pain béni...De quoi ravir toute personne haïssant les droïdes dans la galaxie. L'artisan s'envola à nouveau – quoi que lourdement – de la table de ses fines ailes membraneuses, sans même regarder son œuvre. Deux autres de ses collègues vinrent greffer au torse les bras – encore désarticulés. Les mouvements saccadés qu'ils imposaient sans arrêt aux membres faisaient s'agiter les mains, les doigts se déliaient dans le vide, tissant une toile invisible et imaginaire.Lorsqu'ils eurent achevé leurs soudures, les mains ne bougeaient plus, rigoureusement immobiles. Ils vinrent ensuite ajouter des blindages au niveau des biceps, mais c'étaient des pièces usagées ; on voyait l'usure à l’œil, sans doute avaient-ils récupéré des tôles sur des modèles recyclés ? Ils ajoutèrent les jambes, et bientôt celui qui avait déposé la petite sphère revint. Il ajouta deux autres ovales, sorte d'outres, dans le thorax, qu'il greffa également à grands renforts d'étincelles. Toute la connectique abattue, on amena enfin le plat principal – et deux géonosiens s'y prirent, car il fallait être soigneux : c'était la tête. Un visage cybernétique doté de deux capteurs photo-électriques – éteints, ainsi que d'une bouche primitive pour lui permettre de mâcher, qui s'allongeait en un casque de duracier rayé mais épais. Au niveau de la nuque, des câbles tressautaient avec le vol par à-coups des deux ingénieurs chitineux.Ils amenèrent le crâne au niveau des épaules, entamèrent ce qui semblaient être les dernières soudures importantes. Le reste de la nuée de géonosiens s'envola de la table ; l'un revint avec un lourd tuyau, trois portaient une plaque qui semblait être la pièce de poitrail. Mais ils ne la posèrent pas immédiatement : alors que les deux qui s'occupaient de la tête avaient terminé le travail, ils vinrent ensuite stimuler avec des pinces inductives les circuits internes du cyborg. Son bras gauche, son pied, ses mains, ses doigts se mirent à bouger en des frissons tressaillants, brefs et surprenants. Le sergent revenait à la vie, après sa chirurgie de fils et de soudures.Alors, un des géonosiens s'approcha de la petite sphère dans le torse, lui fournissant à elle-aussi une petite décharge énergétique. Un éclair d'électricité passa entre la pince et la sphère, et la seconde se mit alors...À palpiter ! Le cœur artificiel battait, et alors on approcha la pièce de plastron et on scella définitivement le torse. Des rivets et des torches vinrent fermer ce coffre thoracique. Au centre, entre les deux pectoraux, un voyant circulaire s'alluma en rouge.Zumbar Vryla jeta un œil aux assembleurs, interrogatif. Mais personne ne lui répondit. Toute l'équipe s'éloigna de la table, à l'exception d'un seul : celui qui tenait son lourd câble. Il voleta laborieusement, tirant derrière lui la tresse électrique qui refusait de lui donner du mou, se hissa à la force de ses ailes jusqu'à la table sans doute trop haute. Il posa ses pattes griffues sur la tête du cyborg, tira une nouvelle fois sur le câble pour bénéficier d'un peu plus de longueur (ses collègues l'aidèrent en portant le fil). Alors, il brancha le fil épais sur le voyant rouge. Une prise, c'était une prise. Les iris cybernétiques se mirent à luire faiblement. Celui qui venait de « mettre en charge » Iroey releva sa tête difforme vers le Skakoan.Il émit une série de claquements de langue, que le personnage en scaphandre comprit sans peine. « Ses systèmes devraient être chargés d'ici dix huit heures ».Peu avant le réveil du sergent, on vint chercher le Skakoan dans ses appartements. Zumbar adorait voir des prototypes se lever de la table de conception, c'était pour cette raison qu'il travaillait depuis plus de neuf ans dans les rangs séparatistes. Une sorte d'impatience le gagnait à chaque fois, il lui tardait de voir la machine se lever ! Après un « Mettons nous en route, je vous en prie ! », le Skakoan s'empara d'un petit coffret, et s'élança avec son escorte.C'était le responsable des plans – le chef de production du secteur nord des chaînes de Toskrew City et vieux géonosien qui l'avait accueilli la veille – qui l'accompagnait. Un être au caractère opiniâtre, mais au talent certain en matière de conception. Il décrivait en ce moment même dans sa langue natale les modifications supplémentaires apportées au sergent : -...Doté d'un vocodeur plus puissant et d'un émetteur militaire pour communiquer avec les ordinateurs centraux...Les systèmes respiratoires fonctionnent comme prévu. Nous avons ajouté un masque amovible en duracier sur son visage pour protéger ses capteurs.C'était un cyborg dont on parlait, il était bon de le rappeler. Le concepteur du modèle précédent avait certes créé une technologie permettant de préserver le cerveau sans avoir besoin d'ingurgiter directement la nourriture pour l'apport en nutriments, mais en échange le modèle était affreusement lourd, à cause de tous les systèmes de conversion énergétique qu'il portait en son sein. Toute cette logistique coûteuse avait été oubliée, laissée au passé : on avait à la place créé un système digestif artificiel – et approximatif, mais l'essentiel était qu'il fonctionne après tout. Trachée, œsophage, estomac, poumons, et surtout un cœur avaient été reproduits avec autant de précision que possible. Tout ce système complexe représentait la majeure partie de l'investissement fait sur ce prototype : 65% du budget était passé dans cette électronique fine et délicate, qui avait pour seule fonction d'alimenter en nutriments le cerveau du sergent.Aussi, les poumons n'avaient au final pas besoin d'être très efficaces, l'essentiel était qu'ils soient assez performants pour que l'encéphale du séparatiste ne manque pas d'oxygène.Ceci imposerait au cyborg la respiration, ceci l'obligerait à manger aussi...Mais qu'étaient ces modestes sacrifices, contre la possibilité d'à nouveau vivre, fouler le sol, marcher sous le soleil ?Des broutilles, assurément. Lorsqu'ils entrèrent dans la salle, le prototype venait de se lever de la table. Aah, que c'était grisant ! Il était encore bardé de câbles, mais on lui ôtait, bientôt il serait prêt à semer la mort et la terreur chez les ennemis de la Confédération. D'une voix aussi agressive que métallisée, le prototype demanda :- Iroey. Matricule 000. Mise à jour de situation requise.Aah, un timbre de tonnerre ! Finalement, Zumbar regrettait de ne pas avoir fait forcer pour investir plus dans ce modèle. Mais bon, il se disait ça à tous les modèles, on allait pas changer des années d'habitudes avares – économes pardon – comme ça. Il sourit sous son masque respiratoire.- Bon retour parmi les vivants sergent Iroey. Je suis Zumbar Vryla, représentant du C.R.D.A. Vous êtes encore dans notre monde par la grâce de la Confédération et le travail acharné de nos amis géonosiens. Ah, mais j'ai quelque chose pour vous. En guise de...Cadeau de retour.Alors, le Skakoan tendit son petit coffret au cyborg. À l'intérieur se trouvait un manteau épuisé, déchiqueté. On avait arrangé une capuche épaisse, mais le reste de l'habit n'était guère plus qu'une cape aux bordures rongées. Noire, frappée des symboles confédérés dans un cuivre éteint au niveau du visage, elle était doublée de rouge à l'intérieur.- Nous avions à la base fait ce manteau il y a très longtemps. Les mites ont fait leur œuvre, pardonnez son piteux état. Il était à l'origine destiné à votre feu supérieur, lorsqu'il n'était pas un cyborg. Ah oh, je n'aurais sans doute pas dû dire ça, ajouta-t-il rapidement – mais son ton était riant. Zumbar avait détesté Tericarax, apprendre sa mort l'avait mis d'une humeur radieuse !Votre datapad est intégré directement à vos systèmes internes. Un nouveau message a dû vous parvenir pendant que vous étiez encore inconscient... Sergent, au plaisir. Ne gaspillez pas trop vite ce nouveau corps, hm?...Le Skakoan mima un garde-à-vous militaire, puis il s'éclipsa de la salle. Il avait veillé au bon déroulé du recyclage ; maintenant il allait chercher sa due récompense auprès du C.R.D.A., comme convenu. Peut-être allait-on lui donner un cyborg rien que pour lui ? Il en aurait bien enchaîné un sur son perron, un chouette cyborg de compagnie...Non, non, il fallait être raisonnable. Les cyborgs n'étaient-ils pas destinés à mourir sur le champ de bataille pendant que lui se prélassait dans les chaînes d'assemblage ?Spoiler : Nouvelle TransmissionDate de réception : Aujourd'huiHeure de réception : 15:08:29Expéditeur : Etat-MajorDestinataire : Unité 000 IroeySujet : Frappe NoireRepassage de la transmission...Initialisation du flux vidéo...L'image d'une jeune femme apparut. Cheveux longs, visage austère, traits peu amènes, il s'agissait de la commandante Délia.- Bonjour Sergent. La Confédération vous souhaite un bon retour parmi les vivants. Je vais vous expliquer ce qui s'est passé en votre absence. Les criminels Sith ont été interceptés et capturés sur tous les mondes attaqués. Les mesures de sécurité dans l'espace confédéré demeurent au niveau 1 jusqu'à nouvel ordre. Votre supérieur direct, le lieutenant Tericarax, a trahi la Confédération et a été déclaré fugitif puis éliminé. Des tests ont été menés sur votre cerveau pendant que vous étiez encore dans le coma, qui ont déterminé que vous n'étiez pas un individu à risque comme le lieutenant. Toutefois, des sécurités ont été implémentées pour éviter une possible trahison. Vous disposez d'un émetteur G.P.S de classe 3 militaire pour vous permettre de mieux communiquer avec les troupes et éviter un nouvel incident comme Félucia. Des modules ont aussi été implantés. Si vous subissez des dommages trop intenses ou si vous trahissez la Confédération, ils arrêteront toutes vos fonctions vitales pour protéger votre cerveau en vous plongeant dans un coma artificiel. Votre nouveau corps est plus agile que l'ancien, mais ne vous y trompez pas, il est aussi bien moins résistant. Si vous avez toujours une force supérieure à celle d'un humain grâce à vos articulations, je vous recommande aussi de ne pas trop forcer dans les prochains jours. Il vous faudra sans doute quelques temps pour vous habituer à ce nouveau corps. Le prototype Afituz a été trouvé désactivé au quartier général sur Félucia, et a été stocké dans les archives technologiques séparatistes en attente de réactivation. Vous avez quartier libre jusqu'à nouvel ordre. Sergent, rompez.Fin du flux...Spoiler : HRPApparence du nouveau prototype: