Post n°18
Auteur : Zaden Kryos
Zaden se tenait immobile, absorbant chaque mot que son maître, Dark Tyrax, prononçait. Pour la première fois depuis longtemps, Zaden pouvait voir son maître sans son masque. Ce qu’il découvrit n’était rien d’autre qu’un rappel glaçant du prix à payer pour le pouvoir.La chair de Dark Tyrax portait les stigmates du duel légendaire qu’il avait mené contre Dark Oblivious, l’actuel maître de l’Ordre Sith. Des plaies cautérisées par des éclairs sith, et sa peau, parcheminée et noircie par des années d’exposition à l’énergie du Côté Obscur, semblait se désagréger à même son ossature. Ce n’était pas une simple blessure, c’était une malédiction vivante, un rappel que le Côté Obscur ne donnait jamais rien sans exiger un tribut en retour.Malgré cela, Tyrax dégageait une présence écrasante, un charisme impitoyable. Zaden pouvait ressentir sa satisfaction. Son apprenti avait fait du chemin. Il avait prouvé qu’il était capable d’exécuter la volonté de son maître sans poser de questions. Le moment était venu pour lui de frapper à nouveau.— Oui, maître. J’exécuterai votre volonté.À peine ces mots furent-ils prononcés que la transmission holographique s’interrompit brutalement, ne laissant derrière elle que l’écho ténu de la respiration de l’Anzati. Il était seul désormais, seul face à une mission aussi risquée qu’ambitieuse : s’infiltrer sur Muunilinst, un bastion économique vital de la Confédération des Systèmes Indépendants, usurper une identité et se frayer un chemin jusqu’à Syn Deubré, un notable influent du Clan Bancaire.Le convaincre ou l’éliminer.Mais avant tout, Zaden avait besoin de repos.Le sommeil ne lui apporta aucun répit. Dès qu’il sombra dans l’inconscience, l’Obscurité l’enveloppa. Ce n’était pas un rêve ordinaire, ni même une vision induite par un rituel sith. C’était quelque chose de plus ancien, de plus primitif.Il était dans une antichambre dont l’existence même semblait défier les lois du réel. L’air y était lourd, saturé d’un froid surnaturel. L’obscurité l’enveloppait comme une chape de plomb, si bien que même sa perception via la Force ne lui permettait pas d’en discerner les contours. Des chuchotements indistincts résonnaient tout autour de lui, sinistres, murmurant dans une langue qu’il ne comprenait qu’à moitié.Ce n’était pas la voix du Seigneur Krath qui lui était apparue autrefois. Non, c’était une présence différente, plus vorace, plus affamée.Soudain, une lueur rougeâtre illumina faiblement l’obscurité à ses pieds. Une orbe écarlate pulsait comme un cœur maléfique, projetant un mince faisceau lumineux vers le haut. Peu à peu, la silhouette d’un objet ancien se dessina : un holocron Sith, incrusté de runes oubliées.Zaden sentit une force irrésistible l’attirer vers lui. Lorsqu’il tendit la main pour s’en emparer, une ombre massive s’éleva devant lui, aussi rapide qu’imposante. L’Anzati eut à peine le temps de réagir qu’une poigne glaciale s’abattit sur ses épaules, l’immobilisant sur place.Une silhouette noire, revêtue d’une armure d’un autre âge, le surplombait. Un casque impénétrable dissimulait son visage, mais sa présence dans la Force était écrasante, presque divine dans sa puissance brute.— Qui es-tu pour oser perturber mon repos, jeune ignorant ?Sa voix résonna comme un grondement lointain, imprégnée d’une autorité séculaire.Zaden, malgré l’oppression qu’il ressentait, tint bon. Il avait traversé trop d’épreuves pour se laisser intimider par un simple fantôme.— Je suis Zaden, apprenti de Dark Tyrax, chef de l’Ordre Krath. C’est vous qui êtes venu à moi durant mon sommeil, je ne vous ai pas cherché.L’entité marqua une pause.— Tu ne m’as peut-être pas cherché… mais tes ambitions ont résonné jusqu’à moi. Alors, tu prétends être un Sith ? Pourtant, je te sens faible. Mon Dashade aurait pu t’éliminer d’un geste.Zaden ne broncha pas, même lorsque le spectre émit un léger ricanement.— Mais il est rare que je puisse entrer en contact avec quelqu’un sans qu’il soit physiquement proche de mon tombeau. Intéressant…L’ombre sembla contempler l’Anzati, jaugeant sa valeur.— Si tu es un Sith… que cherches-tu ? Quelle est ta dévotion au Côté Obscur ?Zaden sentit son cœur s’accélérer. Ce moment, il l’attendait depuis longtemps.— Je veux le pouvoir absolu. Le Code Sith nous enseigne de briser nos chaînes et d’atteindre la liberté. Mais nous sommes faibles. Nous nous terrons comme des ombres, alors que jadis, la galaxie tremblait à la simple évocation de notre nom. Je veux le pouvoir de changer cela.L’ombre rit de plus belle.— Beaucoup d’ambition… mais trop peu de capacités. Je pourrais t’apprendre mes secrets. Deviens imbattable. Lorsque tu auras atteint ta pleine puissance, tu pourras me ramener, et ensemble, nous referons naître l’Empire Sith.L’Anzati comprit que la proposition était un piège. Ce spectre voulait le manipuler, le posséder peut-être… mais si le prix était la connaissance, alors c’était un risque qu’il était prêt à prendre.Il accepta.Le spectre ordonna alors à Zaden de se rendre sur Korriban, dans la Vallée des Seigneurs Noirs. Là-bas, il trouverait son tombeau, où reposaient les savoirs interdits qu’il lui offrirait.Mais avant cela, il lui apprit les bases de l’ancienne langue Sith. Un savoir précieux, indispensable pour déchiffrer les secrets les plus profonds du Côté Obscur.Zaden s’éveilla en sursaut. Son corps était couvert de sueur froide, son cœur battait furieusement dans sa poitrine. Il lui fallut plusieurs secondes pour reprendre son souffle, pour retrouver la frontière entre la réalité et la vision. L’expérience l’avait marqué. Il se sentait… changé. Mais il n’avait pas le luxe d’y réfléchir davantage. Son objectif immédiat restait Muunilinst. Korriban attendrait. Il se leva, enfila sa tunique et ouvrit son comlink.— R2-X4, prépare l’Anonymous pour le départ. Direction Vinsoth.Le petit droïde, resté sur le spatioport Night Star en orbite, confirma avec un bip enthousiaste avant de se mettre au travail. Zaden prit ensuite contact avec Greezk, le bandit. Il lui expliqua la situation.— J’connais un type, le meilleur faussaire du Noyau, j’t’assure. Il a bossé pour le Soleil Noir, les Hutts. J’te file son adresse, mais c’est pas donné.Zaden ne posa pas de questions. Il se contenta de noter les coordonnées.Il n’avait plus qu’une chose à faire : se rendre dans les bas-fonds et s’assurer que cette nouvelle identité soit parfaite.L’infiltration de Muunilinst ne faisait que commencer.Les bas-fonds de Coruscant n’étaient jamais vraiment silencieux. Même en plein cycle nocturne, les néons défectueux clignotaient par intermittence, projetant des ombres tordues sur les murs crasseux. L’air était saturé d’une odeur de carburant bon marché et de moisissure, ponctuée çà et là par l’odeur métallique du sang séché sur le permabéton. Zaden avançait d’un pas assuré, ses sens aiguisés par la Force. Il savait qu’il était suivi. Une brève impulsion de sa volonté, et un cri étranglé résonna dans l’une des allées sombres. Un surineur des bas-fonds venait de découvrir, trop tard, qu’il s’était attaqué à la mauvaise proie.L’Anzat continua son chemin sans se retourner, son long manteau sombre flottant légèrement derrière lui. L’éclairage blafard de la rue fit briller un instant le métal noirci de sa main cybernétique lorsqu’il poussa la porte d’un petit bâtiment aux allures insignifiantes. Un atelier de bric-à-brac mal famé, perdu parmi les centaines d’autres qui faisaient le commerce de pièces détachées, d’armes volées et de documents d’identification falsifiés.L’intérieur était exigu, poussiéreux, encombré d’étagères croulant sous des modules informatiques obsolètes et des pièces détachées de droïdes en tout genre. Un vieux poste radio grésillait faiblement, crachant une musique de cantina hutt un brin désaccordée. Pendant un instant, seul le bourdonnement électrique des lampes suspendues troubla le silence. Puis, d’un battement d’ailes bourdonnant, un Toydarien apparut derrière un comptoir désordonné.— Bienvenue chez Trouve’tou, la meilleure quincaillerie des bas-fonds ! Si vous cherchez un vibrocouteau affûté ou un droïde de protocole...— Je suis ici de la part de Grezzk. Il a commandé "quelque chose" pour moi.Le Toydarien battit des ailes plus vivement, ses petits yeux globuleux se plissant d’un air plus méfiant, avant de se détendre avec un rire nasillard.— Ah ! C’est Grezzk qui t’envoie ! Je t’attendais justement. Voilà pour toi.Il disparut un instant sous le comptoir, le bruit métallique d’un tiroir forcé résonnant dans l’échoppe. Lorsqu’il refit surface, il déposa sur le bois usé une série de cartes biométriques, accompagnées d’un sac de toile épaisse contenant des vêtements soigneusement pliés.— Voilà, désormais ton nom est Fo Salam, employé de la Czerka Corporation, en mission d’affaires sur Muunilinst. Tout est en ordre : empreintes, scans rétiniens et justificatifs de voyage. L’identité appartenait à un type qui s’est aventuré dans la mauvaise cantina au mauvais moment… Disons qu’il sera discret le temps que tu en aies besoin.Zaden attrapa les documents et les feuilleta brièvement. Tout semblait en règle. L’identité était robuste, assez crédible pour tromper un contrôle standard. Il ouvrit ensuite le sac et observa l’uniforme aux couleurs de la Czerka : une tenue sobre, mais bien taillée, arborant le logo stylisé de l’entreprise corrompue.— Et mon paiement ?Zaden lui lança une petite poche de crédits, qui disparut immédiatement dans les replis de sa tunique flottante.— Toujours un plaisir de faire affaire avec GrezzkL’Anzat hocha la tête, puis enfila rapidement sa nouvelle tenue, ajustant le col et dissimulant son sabre-laser dans une poche intérieure renforcée. L’arme, bien cachée, ne créerait pas d’anomalie trop suspecte à un scanner de sécurité standard. Il jeta un dernier regard au faussaire avant de quitter la boutique.Une fois dehors, il pressa le pas vers le spatioport, évitant les regards curieux et les patrouilles de mercenaires locaux. Coruscant n’était pas une planète où l’on s’attardait après avoir acheté une nouvelle identité. Quelques rues plus loin, il atteignit un petit astroport privé où il put embarquer sur un transport civil en partance pour la station spatiale avant d’embarquer pour Muunlist. Le billet lui coûta cinquante crédits, une dépense mineure pour éviter les itinéraires plus scrutés.Le vaisseau, un vieux cargo de la Kessel Drives reconverti pour le transport de passagers, vibrait légèrement sous l'effet de ses moteurs fatigués, exhalant une odeur de carburant brûlé mêlée à celle des corps entassés dans l’espace confiné. L’air recyclé avait ce goût métallique propre aux vieux transports de seconde zone, ceux où l’on voyageait par nécessité plutôt que par choix.Zaden balaya la cabine du regard, dissimulant toujours sa présence dans la Force. Autour de lui, une mosaïque d’individus issus des quatre coins de la galaxie occupait les sièges élimés. Un Duros en tenue de bureaucrate, vêtu d’un uniforme gris parfaitement ajusté, était plongé dans des calculs affichés sur son holopad, ses grands yeux rouges parcourant les chiffres avec une concentration studieuse. Il était sans doute un fonctionnaire du Clan Bancaire en transit, comme tant d’autres, préoccupé uniquement par ses bilans et ses marges.Un Rodien à la peau vert sombre, vêtu d’un gilet de voyage élimé et d’un pantalon aux multiples poches, lisait un datapad d’un air distrait. Son museau frémissait parfois, signe qu’il marmonnait intérieurement les lignes qu’il parcourait. Une habitude nerveuse, peut-être. Son regard vif semblait habitué à jauger les alentours, un réflexe que Zaden avait déjà observé chez les petits escrocs et les informateurs des bas-fonds.Mais c’est une Twi’lek aux courbes généreuses qui attira véritablement son attention. Installée à quelques rangs devant lui, elle semblait se fondre dans l’atmosphère de promiscuité du vaisseau, pourtant son allure ne trompait pas. Sa peau d’un bleu profond captait les rares lumières de la cabine, et ses lekku ornés de bagues ondulaient lentement alors qu’elle ajustait sa position, cherchant une posture plus confortable sur les sièges usés du cargo. Elle portait une veste courte en cuir renforcé, ouverte sur une combinaison moulante qui mettait en valeur une silhouette voluptueuse. Une ceinture de contrebandière sanglée à sa taille portait plusieurs poches dissimulant sans doute des outils ou des crédits.Zaden la sentit l’observer du coin de l’œil. Ce n’était pas une simple voyageuse. Peut-être une contrebandière, une chasseuse de primes, ou simplement une femme trop habituée à devoir jauger ceux qui l’entourent.Le Sith ne détourna pas le regard immédiatement, laissant planer l’ombre d’un intérêt calculé. Il savait que parfois, les rencontres les plus anodines pouvaient devenir des opportunités. La Twi’lek, quant à elle, haussa légèrement un sourcil, avant de reporter son attention sur son datapad, faisant mine de l’ignorer...