Post n°19
Auteur : Sion Kumitomo
La tension, par les temps courants, était palpable. Je me surprenais à effectuer des gestes répétitifs signe d’une anxiété bien présente. Je ne pouvais encore me féliciter de quoi que ce soit et la route était semée d’embûche en tout genre. Pourtant, comme l’individu mystérieux le rappelait dans son dernier message, il était difficile d’accorder une once de confiance à qui que ce soit. La vie d’un politicien occupé se résumait-elle à être rongé par le doute et l’incertitude? C’était précisément le cas ici. Lord Wilhem DeKashyyyk… Un nom qui ne m’était pas familier ce qui rendait les choses… difficile. Surtout au vu de la proposition qu’il m’exposait dernièrement. Mon avis était partagé et ce n’est pas peu dire. J’étais réellement tiraillé alors que je pesais les arguments en présence. La proposition qu’il offrait à mon attention ne manquait pas d’être alléchante mais me rebutait sous d’autres aspects alors que je réfléchissais mûrement à l’éventuelle réponse que je pourrais lui adresser. A défaut d’être une entrevue que l’on pourrait qualifier de « reposante », celle-ci brisait volontiers la monotonie récente qui s’était installée dans mon quotidien. C’était la raison principale de mon acceptation à répondre à la demande de notre ami mystérieux. Toutefois, cet « amusement » s’était mué en intérêt particulier tant la demande était peu commune. Qui venait, au jour le jour, proposer ses services? Et surtout, le détail important, de manière officieuse. Il ne souhaitait manifestement par être affiché pour ses activités à la vue de tous. C’était extrêmement délicat de démêler les paroles du Lord. Elles paraissait sincères mais couvertes d’un voile assez opaques qui rendait leur interprétations difficile. Justement, ce mot… « paraissait ». Je ne l’aime pas. Cela dévoile sans encombre l’incertitude. « Je n’ai pas choisi Kamino plus qu’une autre », cette partie avait le mérite d’être claire et tendait à prouver la sincérité sans ambages qu’il énonçait plus tard. Il ne s’entachait pas avec des mots superflus et préférait en venir directement à l’essentiel. « L’édifice d’une paix générale »… Mystérieux… Etait-ce la une volonté de se repentir de quelque chose? La formulation utilisée s’approchait presque de l’utopie. « Je vois en vous… » Les gens voient souvent seulement ce qu’ils souhaitent en nous. Actuellement, je vois en lui un inconnu me demandant d’effectuer des activités à limite de la légalité dans le but d’une « paix générale ». C’était flou. J’avais du mal à trouver le sens. Pourtant, une réponse devait être formulée au plus. Je n’aurais probablement plus le temps plus tard. C’était donc maintenant où jamais si je souhaitais voir cet homme dans mes rangs. Je marchais lentement, sans canne exceptionnellement, le long de la longue vitre composant la pièce dans laquelle j’étais installée. Je n’entendais que le ronronnement sourd provenant du vaisseau lui-même. Le reste était silencieux. Un écran holographique éclairait faiblement la pièce, dessus se trouvait le message de Lord Wilhem DeKashyyyk. De la vitre, j’apercevais aisément, une fois de plus, l’immensité de l’espace. Je m’émerveillais devant les prouesses que nous accomplissions sans forcément nous en rendre complètement compte. Un espace infini. Nous étions à la fois puissant mais si petit comparativement. Pensif, accoudé lourdement le long de la fenêtre sur l’immensité qui s’étendait à mes côtés, les yeux fixés dans l’obscurité spatiale lointaine. Après quelques minutes dans cette position pour le moment originale, je me retournais en direction du bureau avec la ferme intention de répondre à ce cher invité. Je m’asseyais le plus légèrement possible sur mon confortable fauteuil et, après avoir fait bruyamment craquer mes jointures, je commençais à parler. « Lord Wilhem DeKashyyyk. J’entends ce que vous me dites ici. J’avoue accorder un certain crédit à vos paroles. Mais, comme vous le notez si explicitement, la confiance de nos jours est aussi rare que les crédits. Elle se gagne plus chèrement. Je note que certaines de vos paroles paraissent pourtant contradictoire. Vous aspirez donc à « une paix générale ».- Je mimais l’utilisation des guillemets ici. - en me proposant votre « aide » pour des affaires officieuses, probablement en limite avec la légalité. C’est un jeu dangereux, autant pour moi que pour vous. Nous pourrions y laisser des plumes, pardonnez ma familiarité, si les choses venaient à ne pas se dérouler comme nous le voulons. Notre responsabilité est engagé mais… - Je laissais ici un silence entendu, emphase à la suite de mes paroles. - m’est avis que la mienne est plus en avant. Si, par malheur, vous veniez à échouer dans vos actes plus ou moins délictueux, ma place et ma réputation est en jeu. Quel homme politique intègre engagerait quelqu’un comme vous, n’y voyez pas de critique négative, pour « mettre les mains dans le cambouis. »Je mettais l’enregistrement en pause. Cela me donnait le temps de réfléchir à la suite de mes paroles. Elles devaient être choisies avec soin. Si j’acceptais, beaucoup de choses viendraient à dépendre de cette conversation apparemment anodine. Je notais dans un coin de ma tête de ne pas oublier de supprimer les fichiers. Si quelque chose venait à mal se passer, moins il y aurait de preuves du genre, mieux mes arrières seraient couverts. Et puis, dernière question mais pas de la moindre importance, que pourrais-je lui demander? Dans quel genre d’activités pourrais-je l’impliquer? Que demandera-t-il en retour? Toute cette mascarade pourrait se retourner contre moi bien plus vite que je ne l’imaginais. Et pourtant… pourtant, je réfléchissais sérieusement à prendre cet homme que je ne connaissais pas, contre toute attente. Contre ma propre raison même. Pourquoi? « Les ravages que votre monde ont connu… » N’allais-je pas, en l’engageant, en provoquer plus? M’approchant de nouveau de l’écran scintillant, je reprenais : « Sachez que, si je vous prend à mon service, nous serons obligés de fixer des règles claires et précises. Je suis sûr que vous pouvez le comprendre aisément. Certaines règles seront à respecter. Je ne peux tolérer la prise de risque inconsidérée. Vous êtes donc fixé. J’accepte votre demande. Vous travaillerez pour moi sous forme de contrat renouvelable. Je tiens à maintenir notre liberté d’action personnelle, aussi bien vous que moi. Mais… car il y a bien un « mais », il faudra vous y plier ou toute relation professionnelle entre nous serait compromise. Je vais quand même vous exposer la plus importante d’entre elles. Si vous veniez à vous faire capturer, repérer ou que sais-je, vous vous engagerez à ne rien divulguer de ce présent accord. Je peux vous jurer… - Ma voix ne laissait pas la place au doute - que si vous veniez à briser cette règle, je me chargerai personnellement à ce que vous n’en ressortiez pas vivant. - Je prenais maintenant un ton plus détaché. - Bien. Autrement, nos relations seront cordiales, n’en ayez crainte. J’ai effectivement quelques petites idées concernant un premier « travail » que vous pourriez accomplir. Sachez qu’il ne sera pas facile, bien loin s’en faut. Si vous réussissez celle-ci et que vous respectez quelques règles, notre coopération sera fructueuse. Bien, je vais de ce pas faire signe aux services de renseignements kaminoans de vous envoyer un rapport de la situation et le but précis de votre première mission. Ils resteront à votre écoute en cas de questions supplémentaires. Sachez que je place beaucoup en vous alors que m’êtes totalement inconnu. Je vous accorde une arme de votre choix et un vaisseau. Notez que c’est un prêt, ce sera stipulé dans le contrat. Si vous réussissez, ce vaisseau sera à vous. Autrement… N’en parlons pas. Vous reviendrez, n’est-ce pas? - Cette remarque était à double tranchant. - Vous recevrez un nouveau message d’ici peu. A notre coopération et à son succès, Sion Kumitomo.» J’avais été particulièrement clair dans ce message. Malgré le ton calme que je m’étais efforcé d’employer, mes remarques étaient strictes. Certes, cet homme voulait « m’aider » mais il ne le ferait pas n’importe comment. C’était essentiel. Il pourrait effectivement m’être utile, raison pour laquelle, dans une dernière réflexion, j’avais décidé de l’engager. Je faisais un pari risqué, un investissement à long terme. Et ce genre d’investissement, qui demandait normalement une préparation minutieuse, avait presque été pris sur un coup de tête ici. Soit j’arrivais à mes fins, soit je perdais gros… très gros. Dans la minute suivante, je transmettais les directives au ministre, Mike, que j’avais chargé des services de renseignements kaminoans. Nous étions bien informés par chance. Je me retournais, lentement cette fois, vers cette grande fenêtre. Vers le vide intersidéral où l’écho de mes doutes résonnait inlassablement.A peine une heure plus tard, je recevais une notification spécifiant que le message provenant des services de renseignements avait bien été envoyé à Lord Wilhem DeKashyyyk. Les services ne cautionnaient évidemment pas ma décision et je ne pouvais les réprimander. Ils étaient dans leur droit et j’aurais fait de même. J’avais du mal à cautionner moi-même la décision pour être franc. Je parcourais le message en question : "Services de Renseignements Kaminoans à Lord Wilhem DeKashyyyk""Services de Renseignements Kaminoans à Lord Wilhem DeKashyyyk"Comment convenu, voici votre ordre de mission. Vous êtes libres de l’accepter ou de refuser. Si vous acceptez, vous vous engagez en signant le contrat situé plus bas. C’est une affaire concernant étroitement la Sénatrice Rydinia et le général Gelmir. La situation sur Kessel est à son comble. En l’espèce, nous pourrions dire que c’est une situation de crise. Le général Gelmir est un ancien général séparatiste. Il est connu pour être quelqu'un de sanguinaire dont la cruauté n'a d'égale que son ambition. Le seul détail qu'il vous convient de connaitre est qu'il recrute principalement sur Nar Shaddaa, la planète située dans l'empire Hutt. Vous pourrez commencer votre mission de là-bas. Un diplomate alderaani est retenu sur Kessel contre son gré. Le Sénat républicain a voté une intervention non armée afin de tenter de remédier à cette situation. Toutefois, M. le Sénateur vous charge de tout faire pour venir en aide au diplomate en question. Il a toutes les raisons de penser qu’une action unilatérale pourrait être justifiée ici. Le rôle de M. le Sénateur doit rester totalement inconnu. La suite vous sera transmise lorsque le diplomate alderaani sera hors de danger. Le contrat, ainsi que le message, s'auto-supprimeront automatiquement 2 jours après leur première ouverte, ce afin de prévenir d'éventuels risques.Bien à vous. Ci-joint, le contrat.1 - Le rôle du Sénateur Kumitomo devra rester totalement inconnu à quiconque n’est pas impliqué dans cette affaire, dans l’espèce le Sénateur lui-même, les Services de Renseignements et vous-même. Aucune dérogation autorisée. 2 - Vous vous engagez à ne pas porter atteintes aux intérêts de Kamino et de son Sénateur et ce, sous aucun prétexte. Aucune dérogation autorisée. 3 - Une fois le contrat accepté, celui-ci vous engage à honorer vos obligations sous peine de poursuites internes. 4 - Un vaisseau sera gracieusement mis à votre disposition. Il n'est pas à votre choix, vous serez mis en possession d'un Slave I totalement neutre. Celui-ci doit rester en l’état. 5 - Vous aurez également, en cas de succès et à juste titre, droit à une rétribution. Le montant en crédit sera proportionnel à l'évolution de votre mission.6 - La signature du présent contrat vous engage au respect des règles énoncées ci-dessus sous peine de poursuites internes. Alors que mes yeux parcouraient rapidement, je ne pouvais m’empêcher de noter la trace purement officielle et militaire des Services de Renseignements. Un vocabulaire concis et précis, pas de métaphore et de tournures complexes. L’essentiel était là. C’était un travail appréciable. Par chance, ceux-ci avaient soigneusement pris la peine d’éviter de s’épancher sur le sujet. Wilhem ne connaissait que ce dont il avait strictement besoin. Le reste ne le concernait pas.Mes motivations? J’étais encore dubitatif. Cela améliorerait probablement les relations entre la Sénatrice Rydinia et moi-même mais surtout… Surtout la potentiel porte d’entrée que j’aurais sur les chantiers navals alderaanis. L’impact géopolitique était important d’où ce rapprochement volontaire et cette action unilatérale de ma part. Je pourrais avoir un place de choix pour négocier. Le jeu en valait-il la chandelle?