Post n°11
Auteur : John Harvey
Lee Vaughn avait été plus prévoyant. Il avait eu le mérite d’embarquer une lampe torche ce qui, Harvey devait le reconnaître, était très utile pour explorer une grotte. Les deux comparses avaient fait route jusqu’aux falaises, celles que leur avaient indiquées les mômes. John avait même du se mouiller pour entrer dans l’une des grottes. Ce n’était pas la première que le duo visitait. Celles d’avant n’étaient pas très profondes et ils en avaient rapidement fait le tour. Celle-là était un peu plus longue et ils étaient bien contents que Vaughn ait apporté sa lampe torche. Tout au long de leur expédition, ils avaient revêtu un foulard afin de se préserver des éventuelles odeurs d’épices. À présent, ils pataugeaient dans l’eau salée de l’océan. Elle s’étendait dans la grotte à perte de vue. Faut dire que la lumière du camarade ne portait pas très loin. Mais c’était suffisamment d’eau pour savoir que les deux comparses n’allaient pas en ressortir sec. Au moins, ils avaient largement pieds... pour le moment. Le son caractéristique d’un tir de blaster accompagna celui, non moins surprenant, d’une lampe qui vole en éclat. L’instant d’après, John était au sol (ou plutôt « à l’eau »), bien abrité derrière un gros cailloux. On venait de leur tirer dessus. Désormais, la seule source de lumière était celle de l’extérieur. Elle venait mourir à quelques mètres de l’entrée. Autant dire que les chasseurs de primes ne pouvaient pas voir grand chose. En revanche, leurs silhouettes pouvaient facilement se dessiner dans la lumière tamisée. Donc il valait mieux s’économiser tout mouvement. Ayant du mal à évaluer la situation, Harvey s’enquit tout de même d’un « Ça va ? ». - Comme sur des répulseurs ! Mais ce taré à intérêt à me racheter une lampe ! Lee fut interrompu par une nouvelle salve, qui fit voler en éclat le sommet du rocher derrière lequel il s’était abrité. C’était sûr, ils n’avaient pas affaire à des rigolos ! Apparemment, Vaughn paraissait du même avis. Bientôt, un objet clignotait entre ses doigts. - Qu’est-ce que tu fais ? Demanda John, les dents serrés. Cet abruti n’allait tout de même pas leur balancer un détonateur thermique ? - Ça va les calmer, expliqua Lee Vaughn. - Certainement pas ! gronda cette fois son acolyte. Cette fois, le tir de blaster s’abattit juste au-dessus de sa tête. Par réflexe, John baissa la tête, histoire d’être bien sûr de ne pas se faire allumer. Vaughn était devenu fou ! Il y avait des épices à l’intérieur de cette grotte et peut-être même des prisonniers. Faire sauter le barda, c’était se tirer une balle dans le pied. Ceci dit, son camarade venait de lui donner une idée... - Envoie ! Ordonna-t-il à Vaughn. Après un regard incompréhensif, Lee balança le détonateur à Harvey, qui le réceptionna difficilement. L’objet explosif rebondit dans ses mains, avant que le tueur à gages ne parvienne à le rattraper de justesse. Il envoya un regard insistant à son acolyte, dont la qualité du lancer avait failli les pulvériser tous deux. Puis il activa la charge explosive. Le pouce lourdement enfoncé sur le bouton, il leva doucement la main et cria à destination du tireur isolé : - Halte-là ! Si tu nous touches, on fait tout sauter ! Cette fois-ci, aucun tir ne vint ponctuer les paroles du chasseur de primes. Bien. Au moins, le gars en face avait un minimum de présence d’esprit. Le bras toujours en l’air, Harvey enchaîna : - Doucement ! On va sortir. Calmement, Harvey leva son deuxième bras, puis se redressa lentement. D’abord sa tête, puis son buste furent à découvert. Le sang battait dans ses tempes mais, à son grand soulagement, aucun tir ne vint le cueillir. Subitement, il ramena son bras armé au niveau de son buste. Il préférait garder le détonateur prêt de ses parties vitales. Si le gars en face était malin, peut-être éviterait-il toute tentative désespérée. Bon, maintenant, que faire ? Harvey avait désamorcé une situation, mais pour aller où ? Car, maintenant que son pouce était enfoncé sur son détonateur, les marges de manoeuvres étaient très réduites. - On cherche des amis à nous ! Lança Lee à la volée. John fit un mouvement de tête exaspéré. Il ne pouvait jamais la fermer, celui-là ? - Allez vous-en ! C’était une voix de femme. Et elle n’avait pas l’air très ouverte à la négociation. John leva sa main valide, dans un signe d’évidence : - On sait que vous êtes réglos. Vous avez épargné le gamin. John commençait à y voir plus clair. La réaction en face avait eu tendance à confirmer ses premières intuitions. Tout d’abord, des épices font disparaître des pêcheurs. Ensuite, des gamins n’osent plus aller dans les falaises où ils jouaient. Enfin, Vaughn et Harvey tombent sur un tireur isolé qui a peur de tout faire sauter. Ces trois éléments le laissent penser que des petits malins cultivaient des épices ici. Pour une raison ou pour une autre, une partie avait été déversée dans l’océan et avait conduit les pêcheurs (et chasseurs de primes) à leur perte : les illusions suite à la consommation d'épices les avaient sûrement conduits au sabordage ou à la noyade. En parallèle, les brigands avaient effrayé les enfants pour qu’ils arrêtent de rôder dans les parages. - Il n’y a personne que vous cherchez ici. Maintenant, partez ! Les négociations n’allaient pas dans le bon sens. John ignorait encore tout des gens qu’il avait en face. Quel était leur nombre et leur motivation ? Il continuait de discuter avec un écran noir en face de lui. La personne pouvait s’en aller qu’il ne s’en rendrait même pas compte.- Alors qu’est-ce qui nous empêche de tout faire sauter ? Pas de réponse. L’argument avait visiblement fait mouche. La tireuse embusquée ne savait visiblement pas quoi répondre. Mais la satisfaction de Harvey tourna court : - @#!/ ! maugréa-t-il en s’élançant en avant. La femme venait de mettre les voiles. - Aïe ! Et John venait de se manger une paroi. Portant sa main valide à son nez, il constata avec soulagement qu’il n’avait rien de grave. - On décampe ! entendit-il crier. Des lampes plasma illuminaient un tunnel au dessus-de lui. Avec l’aide de Vaughn, il escalada la paroi qu’il venait de heurter et s’engouffra dans le tunnel. Il arriva dans une grande salle et eut tout juste le temps de voir déguerpir deux silhouettes dans un tunnel en face. Sans réfléchir, il les prit en chasse. Tout en courant, il vit sur sa gauche la carrière dans laquelle les brigands cultivaient leur épice. Un rapide coup d’oeil en arrière lui confirma que Lee était toujours à une enjambée derrière lui. Allez, il était temps de se débarrasser de ce détonateur encombrant ! D’un mouvement ample, il expédia l’explosif sur sa gauche, là où se trouvaient les épices. John sourit intérieurement. Il n’avait pas besoin de voir l’expression ahurie de Lee pour deviner sa panique soudaine. Les deux chasseurs s’engouffrèrent dans le tunnel au moment où la caverne s’effondrait. Ça s’était joué de peu. John déprimait déjà en imaginant les complaintes de Lee lorsqu’ils seraient tirés d’affaire. Mais, pour l’heure, ils devaient encore arrêter les deux fuyards. Le tunnel était ascendant. Et très long. Harvey faisait de son mieux pour ne pas perdre le rythme. Les brigands avaient déjà une avance suffisante et il ne pouvait pas se permettre de leur laisser le moindre avantage. Plutôt que de ralentir, autant s’arrêter. Réduire la cadence, c’était abandonner. John avait pris de l’avance sur Lee. Il finit par sortir à l’air libre. Le tunnel débouchait sur les plaines. À travers ce passage souterrain, Harvey venait de remonter tout en haut des falaises. Il interrompit sa course dans les hautes herbes. Il put observer les deux bandits chevaucher des moto-jets. Et ils se croyaient tirés d’affaire ? Essoufflé, Harvey prit le temps de sortir son blaster S-5 et de la paramétrer sur la bonne fonctionnalité. Les moto-jets venaient d’entamer leur course. John prit solidement position dans le sol, bloqua sa respiration et visa l’une des deux moto-jets. Le grappin s’élança et vint percuter l’un des deux véhicules. Lee Vaughn, sortant à son tour du tunnel, eut tout juste le temps de voir son compagnon embarqué en avant, traîné malgré lui par la motojet. Mais John s’était préparé à l’événement. Bon, ok, il ne s’était pas attendu à être ainsi trainé. Mais il était bien mieux préparé que la cavalière qui ne sut pas comment réagir. Sans qu’elle ne comprenne pourquoi, sa moto fut déviée et commença à faire des embardées. John était dans une situation inconfortable. Il était trainé de tout son long. Son plan n’avait pas réellement tourné comme prévu. Il avait pensé pouvoir ralentir la moto-jet. Il avait été stupide. En toute logique, le voilà qui faisait du ski nautique. Sans ski et sans eau. À la place, il était en train de bousiller ses vêtements, ses genoux, son torse et peut-être bien son visage s’il ne trouvait pas rapidement une solution. Harvey aggrava sa peine en activant le rambobinement du câble. Mais voilà qu’il se rapprochait d’une distance raisonnable de la moto-jet et de sa cavalière. Celle-ci se retourna, inquiète de voir cette menace se rapprocher. Concentré sur la situation, John ne prit pas le temps de la détailler. D’autant plus qu’elle venait de sortir un couteau. Cela ne présageait rien de bon. Il fallut de nombreux roulé-boulé pour arrêter sa course. Le sol paraissait tournoyer autour de Harvey. Il mit un instant pour se relever, crachant au sol. Le voyage avait été mouvementé. En face de lui, les motojets filaient au loin. L’une était hors de portée. Mais pas la seconde, passablement ralentie par le numéro de John. Le tueur à gages passa sa manche sur les lèvres, comme pour les essuyer, puis il sortit son Kisteer 1284. Debout, droit comme un i, il visa la moto-jet. Où tirer ? Sur la cavalière ? Sur le moteur, histoire de créer un joli feu d’artifice ? (Ça avait toujours son petit effet !) Comme à son habitude, John opta pour la solution la plus pragmatique. Au loin, la silhouette s’effondra au sol et la moto-jet continua un instant dans le vide. Essoufflé, Lee Vaughn venait de rejoindre John. - Eh ben... , murmura-t-il, joli carton ! Au loin, la silhouette au sol remuait légèrement. Elle avait été touchée à l’épaule. Lentement, John retira son foulard et glissa un cure-dent dans sa bouche. Puis il se dirigea d’un pas serein vers la fugitive. Arrivé à son niveau, il la dévisagea calmement. Entre temps, elle s’était redressée. C’était une jeune femme, à peine plus jeune que lui. Elle se tenait l’épaule et lui jetait un regard plein de défi. Harvey se contenta de déplacer son cure-dent d’un bord à l’autre de sa bouche. Sans mot dire, il jeta un regard à Vaughn. Ce-dernier sortit tranquillement des menottes et les glissa aux poignets de la jeune femme, les refermant dans son dos. La captive réprima une grimace, le mouvement amplifiant la douleur de son épaule blessée. Lee ne trouva rien de mieux à dire que : - Allez, très chère ! On va voir si les geôles de Dantooine sont à ton goût ! Le trio entama la longue marche jusqu’au village de pêcheurs, où le speeder de Lee était stationné. Au fond de lui, John ressentait une rare satisfaction : celle du travail bien fait. Marchant de tête et dos à ses compagnons de route, il s’autorisa quelque chose que personne ne l’avait jamais vu faire. Dans l’intimité du soleil éclairant son visage, dans l’impunité de la solitude et l’espace d’un court instant, John Harvey sourit. Spoiler : AprèsRemise de la prisonnière au Doyen