La pièce était petite, sans fenêtre, éclairée par une unique lampe à spectre froid posée sur une table basse en métal. Quelques caisses tenaient lieu de sièges. Une carafe d'eau, trois verres. Devron avait pensé aux détails, le genre d'attention qui trahissait une longue habitude réunions pour un magnat des affaires. Le noble Kuati se leva à leur entrée, ses traits accusaient une fatigue récente que sa mise soignée ne parvenait pas tout à fait à dissimuler.
— Messieurs, dit-il en les regardant tour à tour. Je suis heureux que vous soyez tous les deux là.
Il n'avait pas l'air heureux au contraire il avait l'air de quelqu'un qui porte quelque chose de lourd depuis trop longtemps et qui espère enfin pouvoir le poser. Les deux B2 prirent position de part et d'autre de la porte. Syn Deubré s'installa sur une caisse avec la raideur d'un homme qui aurait préféré être ailleurs. Le Seigneur Sith lui préféra rester debout, les bras croisés, et attendit.
Devron n'hésita pas longtemps avant de prendre la parole
— Kuat se complique, commença-t-il. La régente Elisabeth a renforcé ses alliances ces dernières semaines. Elle s'est rapprochée d'une faction que je n'ai pas encore pu identifier précisément, mais dont le commandement opérationnel semble être confié à un Chiss, un certain Hivernus, ce qui en soi est déjà inquiétant. Quand bien même je suis dans ses bonnes grâce car je lui affice mon soutient je ne l'aurais pas imaginer capable de faire un coup de force de la sorte avec un contingent étranger...et le pire c'est que d'après certaines de mes sources les Républicains sont également dans le coup.
Il marqua une pause, en profitant pour prendre une gorgée d'eau, tandis que ses deux auditeurs attendait de connaître la suite de ces paroles.
— Mon groupe industriel redirige des fonds vers le Clan Bancaire depuis presque un an désormais. Le Clan, ou plutôt notre ami monsieur Deubré, les blanchit, les redistribue en soit rien d'étonnant mais avec le nouveau régime qui s'installe sur Kuat, j'ai le sentiment qu'une purge ou plutôt une chasse au sorcière se profilera tôt ou tard et chaque famille y sera soumise, la mienne y compris. Si les autorités de Kuat découvrent ses transactions de détournement de fond j'aurais certainement des problèmes, mais Kuat ayant un statut neutre, ils s'activeront à communiquer au Clan Bancaire, et si ce dernier malgrès l'aide de monsieur Deubré fait une enquête...enfin bref, notre opérationn financière pourrait nous mener tout droit à notre perte...
Le silence qui suivit n'était pas inconfortable. C'était le silence de gens qui mesurent l'étendue d'un problème avant de chercher comment le résoudre.
Ce fut Syn Deubré qui le rompit.
— Dans ce cas, dit-il de sa voix égale et précise, peut-être serait-il judicieux d'envisager une reconfiguration des arrangements actuels. D'autres institutions financières serait ravi de vous aider...
L'Anzat tourna la tête vers lui.
— Un retrait...
Le Muun soutint son regard deux secondes de plus que la plupart des gens n'auraient pu le faire, ce qui témoignait soit d'un courage certain soit d'une mauvaise évaluation de la situation. Puis quelque chose changea dans l'air de la pièce, une pression subtile, invisible, qui se concentra très précisément autour de la gorge de Syn Deubré. Le conseiller porta la main à son cou, ses doigts ne trouvèrent rien à agripper.
— Vous n'êtes pas un associé, Deubré, dit Zaden, et sa voix était parfaitement calme. Vous êtes un outil et les outils ne se retirent pas. Ils fonctionnent, ou ils sont remplacés. Est-ce que je me fais bien comprendre ?
La pression disparut aussi vite qu'elle était venue. Syn Deubré déglutit discrètement, rajusta son col d'un geste qui se voulait naturel, et acquiesça.
— Parfaitement, dit-il.
— Bien. Continuez, dit le Sith à Devron sans transition.
Le noble Kuati reprit comme si l'interruption n'avait pas eu lieu...
— La situation de notre ordre n'arrange rien, je sais. Vinsoth...
— Vinsoth est perdu, coupa cours Zaden. Notre présence sur Ossus est pour l'instant notre seule base opérationnelle. Deux navettes fonctionnelles. Le Gladius en réparation. Nous n'avons pas les moyens d'une confrontation directe avec qui que ce soit pas maintenant.
— Ce qui signifie que nous devons être intelligents, dit Devron.
— Ce qui signifie que nous devons être intelligents, confirma Zaden.
Il y avait quelque chose de presque ironique dans l'échange, deux hommes qui se répétaient la même phrase pour mieux la peser. Devron prit une courte inspiration.
— J'ai envoyé mon apprenti sur Coruscant, dit le Sith avant que l'autre puisse reprendre. Il y a là-bas un gang avec lequel nous travaillons depuis un moment. Une source de revenus, un accès au marché noir pour l'armement. Mais ça ne suffit pas. Il me faut des appuis dans des zones qui échappent aux sphères d'influence de la République, l'Impérium, Les Séparatistes. Des espaces où agir sans être surveillé.
Devron hocha la tête lentement, et quelque chose s'alluma dans son regard.
— J'ai justement une idée là-dessus.
Il se leva, fit deux pas, comme s'il avait besoin de mouvement pour réfléchir.
— Coruscant. Vous connaissez le Soleil Noir ?
— J'en ai entendu parler.
— Personne ne fait que "en entendre parler" avec le Soleil Noir. C'est l'organisation criminelle la plus puissante des bas-fonds de la capitale. Bien implantée, bien financée, tentacules sur une demi-douzaine de planètes au moins. Intouchable pour un gang ordinaire...Mais pas pour un Sith.
— Continuez.
— Si ce gang, avec l'appui de votre apprenti, commençait à mordre sérieusement sur le territoire du Soleil Noir... pas pour gagner, soyons clairs. Juste pour faire suffisamment de bruit. Le Soleil Noir réagirait. Ils enverraient des renforts depuis leurs autres cellules. Ça créerait une guerre des gangs à grande échelle au cœur même de la capitale républicaine.
Syn Deubré releva la tête.
— C'est de la folie, dit-il.
— Taisez-vous, dit Zaden sans le regarder.
Devron poursuivit.
— Avec la République focalisée sur les troubles intérieurs de Coruscant, leur attention se détournera légérement. C'est là qu'intervient le deuxième volet. Il marqua une pause, comme s'il choisissait ses mots avec soin. Je travaille actuellement avec Rendili StarDrive sur un contrat de fourniture. Réacteurs subliminiques, générateurs d'hyperdrive de cinquième génération. Mon groupe achemine ces composants vers leurs chantiers orbitaux.
— Ce qui vous donne accès à leurs installations, dit le Seigneur Sith
— Accès partiel. Pas aux plans. Mais j'ai des yeux et des oreilles là-bas depuis assez longtemps pour savoir que le projet en cours n'est pas un contrat ordinaire. Plusieurs chantiers navals républicains travaillent en parallèle sur des prototypes. Chacun sur une portion différente. Rendili coordonne l'ensemble. D'après ce que j'ai pu glaner...
Il baissa légèrement la voix, même dans cette pièce fermée.
— Ce serait un croiseur de combat. Nouvelle génération. Quelque chose que personne n'a encore vu.
Le Sith ne dit rien pendant quelques secondes. Son regard était tourné vers un point indéfini du mur, mais il ne regardait pas le mur.
— Les plans, dit-il enfin.
— Si nous les obtenons... j'ai des contacts dans les chantiers indépendants. Des gens discrets, compétents, qui ne posent pas de questions tant qu'ils sont payés. Nous pourrions mettre sur pied notre propre projet. Avec un croiseur de combat en comptant également le gladius il serait simple de s'emparer de quelques systèmes isolès en Bordure extérieur
La pièce était silencieuse. Dehors, quelque part dans les entrailles du spatioport, un conduit d'aération claquait contre sa fixation dans un rythme lent et sourd.
Le Sith déplia les bras, si il le pouvait un grand sourire apparaîtrait sur son visage
— Alors c'est ce que nous allons faire.