Post n°35
Auteur : Larkin Kith
Le temps semblait long, bien trop au goût de Larkin. Il n’était pas claustrophobe, mais être enfermé entre quatre parois métalliques comme dans un cercueil blindé avait de quoi lui porter sur les nerfs. Et il y avait l’odeur ; celle d’une vingtaine de soldats bien vivants et tendus, entassés dans un même endroit clos. Surtout que certaines espèces galactiques ont des odeurs plus « fortes » que d’autres. Pourtant, lorsqu’il consulta sa montre à écran bleu, cela faisait moins d’une dizaine de minutes qu’ils roulaient prudemment dans une des artères principales bordant le Palais. Vérifiant les attaches de son gilet tactiques, comptant les cartouches de gaz qui lui restait, le jeune chef s’impatientait. Il avait lu quelque part que cette tension était due à l’accumulation d’adrénaline qui s’était fabriquée pendant les moments de combats. Et malgré son double entraînement et sa volonté de fer, il n’arrivait pas à ne pas s’agiter. Des morts tournaient dans son esprit, des monceaux de cadavres recouverts de fumée, alors qu’il ne devait avoir vu qu’une petite dizaine de cadavres aujourd’hui. Son imagination le travaillait déjà alors même qu’il était plongé au plus profond de la réalité.Serrant régulièrement les dents, il réfléchissait, trop à son goût. Il pensait à lui, à son engagement, et à tout ce cirque. Il pensait que désormais il avait bien trop de sang sur les mains pour continuer de l’ignorer et de faire semblant de mener une vie tranquille. Mais la question était : voulait-il réellement d’une vie tranquille ? Une vie où l’on se lève à l’heure, on se douche, on mange, on part travailler, on travaille, on rentre, on mange, on regarde l’holotélé et on se recouche, le tout pour recommencer le lendemain. Rien que de penser à tout cela, il en avait déjà le tournis. Son esprit jonglait entre les diverses émotions, les divers sujets de réflexions, et il commençait à s’y perdre. Il y a longtemps un philosophe humain pensait que les êtres conscients avaient développé le divertissement comme une technique d’esquive à cette perdition dans ses propres pensées. Une technique capable de rappeler le penseur égaré à la réalité de l’instant présent. L’instant présent d’ailleurs, il s’imposa de lui-même à Larkin sous la forme d’un brutal freinage du transport de troupe ocre. Le compartiment fut secoué et les soldats bousculés. Une explosion avait retentie dehors.- merd* ! Le CAB a… Ho bordl ! Roquette en appro…Le choc fut encore plus violent. La carlingue vibra furieusement, les têtes et casques heurtèrent les parois ; il y eut des cris. Une odeur de sang, et d’ozone. Kith se sentit soudainement, et étrangement mieux. - Equipe, débarquement ! hurla-t-il en écrasant le bouton d’ouverture de la trappe. Une bouffée d’air chaud, accompagnée de poussière et d’une violente lumière s’engouffra dans le compartiment. Remontant son keffieh et abaissant ses lunettes de protection, Larkin sortit en premier, blaster bien entre ses mains. Il s’agenouilla sur le bord droit de la trappe et contempla la situation. Autour des grands immeubles avoisinant des fumées s’élevaient. Plusieurs claquements résonnèrent, et des rafales de lasers ricochèrent sur le blindage autour de lui, sifflant et hurlant aux alentours. Les combattants se déployèrent derrière le transport à l’arrêt, dont l’arrière du flanc gauche était cabossé et recouvert d’une suie noire. - J'vois que dalle ! - Non plus chef !Les lasers sonnaient un peu partout. Mais l’ennemi restait invisible, couvert par la fumée et les bâtiments. Les traces rouges des lasers se succédaient dans l’air, remplissant de leur odeur chimique les lieux. - Unité CSI alliée sur secteur 11/7/A, ici Algor 87-3 restez à couvert, nous verrouillons la zone.- Algor 87-3, ici Amandine du 38, vous pouvez définir « verrouiller la zone » ? - Unité alliée, cessez toute communication, code d’autorité rouge. Larkin restait abasourdi par l’étrange contact radio. Il pensa aussitôt à un piège tendu par l’ennemi. Mais l’idée était idiote, les loyalistes impériaux n’avaient aucun accès aux fréquences sécurisées de la CSI, à l’inverse de cette dernière qui pouvait tout surveiller maintenant depuis la prise du Palais. - merd, c’est quoi un code d’autorité rouge ?- C’est eux les plus gradés, lui répondit son caporal. Cette simple phrase lui fit reprendre conscience des données actuelles. Il n’était même pas soldat, pas encore à ses yeux. Pourtant les affres de la guerre s’étendaient partout, et il commandait une troupe de militaires. Cela n’avait plus de sens. Et c’était sûrement pourquoi il était toujours là, accroupi dans une avenue brûlante, suant et toussant, les yeux fuyant, et le cœur battant. D’autres tirs heurtèrent le blindage, et un soldat reçu des étincelles et des petits shrapnels sur sa tenue. - Bordl chef ! Ils nous tirent dessus ! Ils nous alignent !Larkin regardait le bout de la rue, cherchant vaguement un mouvement ennemi, sans prêter attention aux dires de l’homme. - Chef ! Ils nous tirent dessus !Kith se retourna et le fixa sans vraiment comprendre. La réponse était pourtant évidente.- Et bah tirez leur dessus ! Le soldat ne se fit pas prier et déploya son blaster T-21 au sol, puis arrosa gaillardement ce qu’il jugeait être une position adverse. Un étage d’un immeuble eut toutes ses vitres pulvérisées, et des panaches de poussières accompagnaient les impacts de tirs. Le bruit sourd et guttural de l’arme était terrifiant en lui-même, et Larkin du se retenir de ne pas se recroqueviller en hurlant. Lorsque le tireur s’arrêta, le soulagement fut intense. Ce type, plus jamais je le laisse faire ce qu’il veut * Il y eut ensuite une série de détonation et de rafales. Puis enfin le calme. - A toutes unités alliées sur secteur 11/7/A, avenue principale dégagée, je répète nid de tir nettoyé. Feu vert. Ce fut le signal. L’escouade abandonna définitivement son transport et s’élança vers le carrefour. Dans l’agitation, Larkin avait presque oublié le tank qui devait les accompagner. Il gisait au milieu de la rue, éventré sur le devant. Une charge de démolition cachée dans la chaussée avait fait un très bon piège. Les arcs électriques et les étincelles parcouraient la dépouille cramoisie du blindé. - Monsieur, les kovarnistes tiennent bien la zone.- Je m’en suis rendu compte, merci. Dans quel merdier on nous a foutu...Sa phrase se termina dans un soupir alors que le groupe s’approchait de l’objectif affiché par la carte tactique. Larkin commençait à regretter de ne pas avoir emmené son casque. La petite excursion qui devait être rapide et expéditive commençait à être longue. Trop, encore une fois à son goût. Mais il devait reconnaître à ceux qui les commandaient, que leur stratégie était très efficace et bien ficelée. La tactique était bonne et bien pensée. Il pensa qu’il devrait l’étudier un peu plus une fois de retour dans un lieu plus tranquille. Traversant un bâtiment à moitié effondré, les soldats confédérés tombèrent sur une gigantesque carcasse de canonnière, bien plus impressionnante écrasée au sol. Ce devait être l’une des EVASAN qui s’était fait descendre. - Au vu de notre situation immédiate, je pense que les DCA adverses, on peut s’en cogner impérialement, et laisser ça aux autres. On fonce sur le personnel à secourir et on se tire d’ici aussi sec.Les combattants confirmèrent. Ils n’arriveraient pas à accomplir plus que ça ; ils n’étaient que de l’infanterie de ligne, en petit groupe et sans soutient, dans une zone qui semblait solidement tenue par l’ennemi. L’escouade s’installa dans une vitrine détruite d’une boutique au pied d’une superstructure et y établit un petit avant-poste en utilisant toute sorte de couvert. Kith était fasciné par la débrouillardise des soldats et de lui-même, qui en quelques heures de combat s’étaient transformé en véritables fantassins habiles. L’opérateur radio passa sur les fréquences à courte portée. - Ici unité Amandine du 38 pour équipe humanitaire confédéré. Quelle est votre situation à vous ? Je répète ici unité confédérée alliée Amandine du 38, quelle est votre situation ? Ne restait plus qu’à trouver leur objectif, et à sortir de là en un seul morceau. Larkin attrapa sa flasque de whiskey coréllien et en bu une petite lampée. Il s’étonna de son geste, puis retourna à son rôle de chef d’équipe.