Bienvenue sur SWRPG !

Créé en septembre 2006, ce RPG situé dans l'univers Star Wars a démarré à l'aube de la Guerre des Clones. Nous avons cependant pris une trajectoire bien différente de celle de la saga. 18 ans plus tard, nous voilà dans un univers parallèle aux films de George Lucas, un univers unique dans lequel nos propres personnages ont eu (et auront) un impact sur sa destinée.

Contexte: Il n'y a pas si longtemps que ça, dans une galaxie lointaine, très lointaine... L'Ancienne République influençait les quatre coins de la Galaxie, guidée et protégée par les légendaires Chevaliers Jedi, gardiens de la paix et de la justice. De nombreuses années plus tard, on dénombre de nombreux régimes successifs, mais aucun n'a réussi à s'imposer durablement. Empire Démocrate... Empire Sith... Voilà que les différents chemins empruntés nous ramènent donc à une République Fédérale, sans que l'on soit assuré qu'elle parvienne à durer dans le temps. Une République Fédérale qui décide de miser sur la nouvelle Garde Républicaine, vouée à remplacer un Ordre Jedi dont on refuse le dogme si particulier.

Pendant ce temps, Sith, Séparatistes et Chasseurs de Primes ont su se préserver à différentes échelles de l'échec de l'Ancienne République. Tandis que l'Ordre Sith a connu récemment sa fin sur Cathar, laissant la place à différents cultes bien moins influents mais tout aussi dangereux, les Chasseurs de la Guilde de Dantooine n'ont jamais été aussi nombreux, parcourant les mondes à la recherche de primes qui en valent le coup. La Confédération des Systèmes Indépendants, elle, résiste aux fluctuations du temps et se préserve des menaces extérieures en n'hésitant pas à agir lorsqu'il le faut, comme l'en atteste son intervention musclée sur Cathar. La même Cathar qui avait accepté d'accueillir les Vestiges de l'Empire suite à la scission de l'Empire Sith, et qui aujourd'hui se retrouve sous la tutelle des Séparatistes.

Les temps sont sombres, le ciel annonce de mauvais présages comme c'est le cas à chaque nouvelle ère. Les relations entre les grandes puissances ne sont pas au beau fixe, les Sith sont de nouveaux reclus dans l'ombre -là où ils sont les plus menaçants- et les Jedi se terrent sur Endor, bien décidés à ne pas dévoiler leur présence à ceux qui leur sont hostiles et bien décidés à s'en tenir à leur but éternel : l'étude de la Force.

Jamais une ère de SWRPG n'aura été si indécise et pourtant, il y aura toujours quelqu'un pour bouleverser l’échiquier galactique. Comme ce fut le cas ces huit dernières années. Peut-être que tu seras cette personne, qui sait? Notre Galaxie t'attend !

Aller directement au contenu
  • Accueil
  • Récent
  • Mots-clés
  • Populaire
  • Utilisateurs
  • Groupes
Habillages
  • Light
  • Brite
  • Cerulean
  • Cosmo
  • Flatly
  • Journal
  • Litera
  • Lumen
  • Lux
  • Materia
  • Minty
  • Morph
  • Pulse
  • Sandstone
  • Simplex
  • Sketchy
  • Spacelab
  • United
  • Yeti
  • Zephyr
  • Dark
  • Cyborg
  • Darkly
  • Quartz
  • Slate
  • Solar
  • Superhero
  • Vapor

  • Défaut (Aucun habillage)
  • Aucun habillage
Réduire
Logo

Star Wars RPG

  1. SWRPG
  2. Galaxie Principale
  3. Reste de la Galaxie
  4. Espace
  5. Sang dessus dessous

Sang dessus dessous

Planifier Épinglé Verrouillé Déplacé Espace
9 Messages 1 Publieurs 1 Vues 1 Abonné
  • Du plus ancien au plus récent
  • Du plus récent au plus ancien
  • Les plus votés
Répondre
  • Répondre à l'aide d'un nouveau sujet
Se connecter pour répondre
Ce sujet a été supprimé. Seuls les utilisateurs avec les droits d'administration peuvent le voir.
  • Le ChroniqueurL Hors-ligne
    Le ChroniqueurL Hors-ligne
    Le Chroniqueur
    a écrit sur dernière édition par
    #2

    Post n°2
    Auteur : Super PNJ


    Tovarich Sonya
    Capitaine de bord / Geôlière





    Le Rejeton de Bantha avançait à une vitesse de croisière dans un champ d'astéroïde, ses capitaines aussi calmes qu'assurés. Ni rapide, ni maniable, le cargo militaire possédait de puissants canons qui le protégeaient en toute circonstance s'il venait à rencontrer un obstacle. S'il avait pu un jour –selon les on-dit– pulvériser une flotte de chasseurs de l'Amas d'Hapès et en réchapper, c'était qu'il avait plus dans le ventre que ce que laissait penser sa carcasse de métal noire et cabossée. Oh, les plus belles années du coucou étaient derrière lui, et il n'avait plus connu de situation de combat réel depuis les premiers temps de l'Empire démocrate. Presque jeté à la casse par les troupes du despote G.Man, le vaisseau avait du son salut à la passion pour la mécanique de quelque utilisateur de la Force qui avait eu besoin d'un moyen de fuir des persécutions encourues lors du changement de régime. Mais tout cela était une histoire bien triste, et bien lointaine, dont plus personne à bord ne se souvenait.

    – Plus vite que ça, vermines ! Ou j'vous expédie tout droit en esclavage sur Nal Hutta, avec mon pied aux fesses en prime !!

    Personne sauf Tovarich Sonya. Sous ses faux airs de minette, ce caractère bien trempé avait vécu le passage des années sans jamais flancher. Et pourtant, elle avait vu passer les maraudeurs, les contrebandiers, les pirates. Pas un n'avait infléchi l'ardeur explosive de cette femme d'âge mûr, qui commandait tout autour d'elle à coup d'aboiements et de coups de pieds. A force de botter des culs, elle avait fini par se forger une certaine réputation et d'aucuns disaient qu'on faisait plus souvent appel aux services de l'équipage du Rejeton de Bantha pour éviter un problème avec Sonya que pour réellement lui demander d'en régler.

    Les hommes sur lesquels elle criait, un équipage de soudards et autres rebus des bas-fonds de Nar Shadda, ne pipaient mot, même les plus gros et plus féroces. Il fallait savoir garder sa place. D'habitude, un capitaine n'eut jamais été à l'abri d'une mutinerie, mais la présence inquiétante du nouveau client sur le pont de navigation était pour beaucoup dans le mutisme des mercenaires. Trop dangereux de se frotter à ce genre de types. Ils avaient tous vus ce qu'il avait fait, lui et ses petits sbires tout aussi répugnants, à ces autochtones sur Kragis. Et c'était pas joli-joli. Déjà la cinquième planète qu'ils pillaient en quête de chair à enfermer. Jusqu'à quand continueraient-ils ce cirque ? Tant que les crédits continuaient à pleuvoir pour récompenser leur travail, personne n'en aurait cure.

    – Et vous, l'Ombre, z'avez pas envie de nous dire où s'qu'on ramène tous ces zombies en soute ?!

    Personne sauf Tovarich Sonya. Redressant ses lunettes de vol sur le haut de son crâne, la navigatrice fusillait du regard une silhouette assise sur un siège, à l'écart du reste, ses quelques comparses autour d'elle. Sonya était tout aussi avide de pognon que ses matelots, mais un poil plus éveillée. Peut-être pour ça qu'elle commandait. Enfin, ça et sa gâchette facile.

    L'homme –ou la femme ? – maugréa quelque chose. Lugubre. Sonya haussa les épaules, qu'elle avait fines mais musclées sous une veste de cuir. Elle devait lui apporter des prisonniers ? N'importe qui ? Ils devaient bien être trente là-dessous. Elle allait t'en choper quelques-uns, fissa. Pas qu'ça à faire.

    Descendant à grand fracas les marches en métal qui menaient à la soute depuis le pont, la navigatrice hurlait à la cantonade des "debout là-dedans", "on ouvre ses pavillons et on se prépare" . Flanquée de deux cerbères prêts à mater des prisonniers récalcitrants, elle ouvrit une cellule, puis la referma. Non, çui-là avait une trop sale tête. La suivante ? Pouah ! Un Wookie. La bête empestait trop, pas de ça dans le cockpit. La troisième ?

    – Eh bien, qu'avons-nous là ? La petite sirène de Kragis ? Tu feras l'affaire. Allez les gars, on l'emb...

    A peine la porte de la chambre de prison s'était-elle ouverte qu'une forme jaillit des entrailles du vaisseau, bousculant l'un des gardes. L'autre n'eut même pas le temps de réagir qu'il fut projeté contre le plafond par une force étrange, presque télékinétique. Il se fracassa le crâne contre le duracier avant de retomber par terre, presque assommé. Trois tirs de blaster fusèrent sous les clameurs, puis le calme retomba.

    Aidant ses acolytes à se relever, Tovarich Sonya caressa le canon fumant de son pistolet. Elle adressa un coup de pied bien senti au cadavre de la Twi'lek qui gisait à ses pieds. Ah ! C'était celle qu'ils avaient chopée sur Ryloth. Un beau spécimen, tout bleu, tout propre. Sans doute seize ans. Dommage.

    – Elle ne parlera plus.

    Restaient quatre des sauvages qu'ils avaient pris hier. Oui, la fille du chef avait un joli minois. Les autres étaient répugnants, avec leurs balafres et leurs membres découpés. Celle frimousse-là, par contre, on l'encadrerait. Bien comme il faut. Dommage que la Twi'lek ne se soit pas laissée faire. Ç’aurait fait un beau duo. Mais bon, tant pis. Fatiguée, Sonya indiqua à ses molosses d'emmener la fille et l'estropié avec elle. Le client avait demandé "des" prisonniers. Deux suffiraient pour le moment. Elle était capitaine du Rejeton de Bantha, après tout, pas garde-chiourme.

    Les deux captifs furent tirés dans un couloir d'acier sombre, illuminé par les seules lumières des boutons de sécurité servant à verrouiller les cages et caisses d'équipement. Par sécurité, on leur bloqua les mains derrière le dos avec des menottes de force électrifiées. Les sauvages avaient trop souvent tendance à se rebeller, et tous les geôliers ne pouvaient pas être aussi attentifs que Tovarich Sonya.

    Arrivés devant l'Ombre, les marins saluèrent et s'en allèrent à leur poste, visiblement intimidés. Sonya flanqua des coups de coude dans le dos des prisonniers pour les pousser à genoux. Après ça, elle recula de trois pas, gardant les deux sauvages en joue. Elle avait fait ce que le client avait demandé, et il paierait. Mais pas question que ces apaches foutent le boxon dans son coucou.

    Le fameux client, donc, était caché dans l'ombre, mais on devinait une silhouette longue et sèche. D'un geste presque las de la main, il intima un ordre à l'un de ses quatre chiens de garde, un vilain Devaronien à la mine patibulaire. Avec un rictus cruel, le diable aux cornes noires s'avança d'un pas décidé et flanqua une claque sonore au visage de la fille, puis un coup de genou dans le menton du manchot. Les coups filèrent, les uns après les autres. Comme un défi, un test, une expérience. Lequel des deux flancherait le premier ? Lequel se relèverait le premier pour se rebeller. Le sourire sadique du Devaronien s'agrandit. Tovarich Sonya en eut froid dans le dos.



    HRP : A toi, camarade. Tu es sur le pont, passée à tabac. Tous les yeux sont sur toi.


    Spoiler : Auteur
    by Kath à Logue.
    1 réponse Dernière réponse
    0
    • Le ChroniqueurL Hors-ligne
      Le ChroniqueurL Hors-ligne
      Le Chroniqueur
      a écrit sur dernière édition par
      #3

      Post n°3
      Auteur : Ressa Ulgesh

      Des éclats de voix dans le couloir. Les lumières s'éteignent. On ouvre des portes.
      La porte de la pièce s'ouvre. Une silhouette devant nous parle avec une voix de femme. Incompréhensible, mais je crois qu'elle s'adresse à moi.
      Quelqu'un derrière moi, peut-être Nevor ou le Khtun, aspire une bouffée d'air incontrôlée. Entre dans mon champ de vision la chose bleue qui était au fond de la salle. Sauf qu'elle fonce vers l'entrée.

      - « Mais qu'... »

      Question valable en effet. Qu'est-ce qu'elle fout ?
      L'espèce de poulpe bleu est plus petite que je ne le pensais. Une demi-tête de moins que moi, au moins. Ça ne l'empêche pas de bousculer de l'épaule un garde et d'envoyer bouler l'autre contre le mur du bout des doigts.
      Eh ! Elle ne l'a pas touché !
      J'ai déjà vu ce genre de pouvoir chez les hémomanciens, mais jamais sans rituel ni avec autant de fluidité.
      Magir Nevor grimace. Il doit penser la même chose.

      De toute façon, la prestation a pris fin. La femme toujours debout a lancé trois jets de lumière rouge sur la créature. La pièce sent la chair brûlée, une odeur qui ne m'est pas inconnue. Rudement efficace, j'aimerai bien mettre la main sur l'un de ces joujoux.
      On ne saura jamais ce qui a traversé le cerveau de cette bestiole bleue, maintenant.

      Sauf que maintenant, la femme a redirigé son attention sur moi. Pas bon. On me sort de la pièce, me plaque contre le mur du couloir pour me filer des menottes. Étrange, les avoir sur moi m'hérisse les poils et cheveux.
      On sort à ma suite le Khtun, sauf que les menottes ne vont pas à un manchot. Je ricane, et me prend un poing de le ventre en rétribution. Prévisible, mais ça valait le coup. La tête dépitée du garde tenant les menottes est impayable.
      La femme prend les menottes et les attachent bien serrées du poignet droit du Khtun à son épaule gauche, une position assurément inconfortable.

      À cinq, nous avons traversé un dédale de fer, qui me fait penser aux mythes du palais de Cypher. Ces foutus couloirs se ressemblent tous. Obscurs, avec des petites loupiotes situés ça et là.
      Cependant, on monte progressivement. Et la température devient plus acceptable, elle aussi.

      On arrive enfin dans une grande salle, bien éclairée et avec des vitres. Il fait nuit dehors, tellement nuit qu'on ne voit pas l'horizon. Ou peut-être qu'il n'y a pas d'horizon, tout simplement ?
      L'existence ou non d'un horizon pour l'instant le cadet de mes soucis.
      Je reconnais au fond de la salle l'étranger qui m'a emmené. À qui j'étais apparemment promise en mariage. Je commence à sérieusement à en douter, à moins qu'il n'y ait des coutumes vraiment étranges chez eux.
      Le type en lui-même est facile à reconnaître. Il n'a pas changé depuis son petit exploit sur Kragis. Un profil long et fin, à jouer les grands mystérieux, drapé qu'il est dans ses vêtements noirs.

      Je me prends des coups dans le dos pour m'inciter à me mettre à genoux. Je grogne en m'exécutant à contrecœur. D'habitude, c'est plus les autres qui se mettent à genoux devant moi et mon père.
      Le Khtun manque de s'étaler en faisant de même. Autour de nous, les gardes reculent, et tous les yeux se fixent sur l'étranger.
      Exactement comme dans mon foutu rêve, il fait un geste de la main sans même nous regarder.
      Une autre bestiole sortie de l'imagination d'un dément s'approche de nous. Son sourire me fait penser à un bourreau sur le point de jeter un criminel aux sangsues-vampires.

      Moi et le diablotin, on se regarde dans les yeux pendant qu'il s'approche.
      En guise de présentation, il me fout une torgnole si puissante qu'elle ouvre l'intérieur de ma joue. Je sens le goût cuivré du sang envahir ma bouche.
      Je crache un glaviot sanglant au sol pendant qu'il tabasse le Khtun. Pas le temps de regarder sa signification sur le sol : le salaud revient déjà vers moi.
      Si j'étais pas la cible, j'apprécierai le talent mis pour me rouer de coups. Le diablotin est méticuleux, sûr de sûr.
      Sauf pour mon visage, j'ai le corps couvert de cicatrices, ce qui me donne le cuir solide. Je me contorsionne sous ses coups pour essayer d'amortir les chocs par les portions les plus épaisses de ma tenue. Le résultat est assez aléatoire. Le diablotin ricane ; il pense que je me trémousse de douleur.

      Il retourne sur le Khtun. J'en profite pour regarder la trace de mon glaviot sanglant. Un bon présage ? Dur à dire, cette branche là... Pourrait aussi bien être le signe d'un destin glorieux que d'une fin ignominieuse.
      Ah, le diablotin revient vers moi. C'est le moment.
      Je gigote sous quelques coups pour le distraire, puis je me redresse d'un coup pour lui donner un coup de boule. Je cogne quelque chose, peut-être son épaule ou la base de sa gorge. Il grogne, puis riposte par un bourre-pif premier choix. Je retombe lourdement à genoux, lutte pour ne pas perdre l'équilibre. Le diablotin pose sa main sur mon épaule, pour s'assurer qu'effectivement je ne tombe pas pendant qu'il m'administre une rouste avec une violence décuplée.
      Il retourne s'occuper du Khtun. Le diablotin semble prendre un malin plaisir à s'acharner sur le moignon à peine cicatriser du parricide.
      Pas moi qui vais pleurer pour lui. Je crache un second glaviot de sang.

      Je lève la tête : l'étranger est toujours là, dos tourné.
      Tâchant de dominer la douleur, je redresse mon buste et m'éclaircit la gorge.

      - « Pas de doute, vous savez parler aux femmes, shegarii.»

      Ma voix se voulait railleuse, elle est plus faible et enrouée que je le voudrais. Probable que personne ne comprenne ce que je dis, comme je ne comprends rien à ce qu'ils disent. Qu'importe, ça défoule.

      - « Vous traitez toutes vos promises comme ça, étranger ? En envoyant votre lèche-botte à cornes attendrir la viande ? Vous voulez pas un droit de cuissage, pendant que v... »

      Le dit-lèche-botte vient d'interrompre ma diatribe d'un coup de poing.

      - « Ah ! Va te faire mettre, couillon cornu ! » riposte-je immédiatement. Je reporte mon attention sur l'étranger. « Répond, shegarii ! »

      Spoiler : Lexique

      Cypher : Dieu de la violence et des abysses
      Shegarii : Terme particulièrement injurieux désignant les peuplades non-Ketharn plus civilisées, et donc plus faibles selon les Ketharns. Signifie littéralement "muscle mou"

      1 réponse Dernière réponse
      0
      • Le ChroniqueurL Hors-ligne
        Le ChroniqueurL Hors-ligne
        Le Chroniqueur
        a écrit sur dernière édition par
        #4

        Post n°4
        Auteur : Super PNJ

        Les coups s'enchaînaient, réguliers, une mandale après l'autre. Un truc solide vola à quelques mètres en ricochant sur le sol en acier avec un son sourd. Une dent, un clou des gants du tortionnaire qui n'en finissait plus de frapper ? Aucune importance pour le Devaronien, que la charge de la sauvageonne avait surpris, mais pas décontenancé. Double dose pour elle... qu'elle recommence seulement !

        Sonya, qui observait la scène, ne put retenir un rictus nerveux. Elle avait vu des exécutions plus propres. Mais la fille résistait pas mal, même si elle se tortillait comme un ver. Pas de cris, pas de pleurs. une coriace. L'autre, l'estropié, n'en menait pas large, mais il ne chouinait pas vraiment non plus. Il ne tiendrait plus très longtemps, ceci dit, vu sa tronche ensanglantée.

        Mais voilà que la gamine se mettait à proférer des insanités –ça devait être ça, qu'est-ce qu'elle aurait bien pu dire d'autre ?– dans sa langue bizarre et gutturale. Comment pouvait-on avoir un si joli visage et parler comme un Gamorréen en pleine puberté ? Ses gargouillements s'assortirent de nouveaux coups, dans l'estomac et dans sa tronche si mignonne. Le sang commençait à couler un peu partout sur le sol du pont.

        C'en était assez. Les lèvres crispées, Tovarich Sonya attrapa son blaster et tira un coup. En l'air. Le trait laser rebondit sur quelque poutre et finit sa course aux pieds du Devaronien, noircissant encore plus le métal sombre. Le Rejeton de Bantha en avait vu d'autres.

        – Patronne...!

        – J'veux pas l'savoir
        , réagit Sonya en jetant derrière son épaule un œil à ses hommes silencieux. Retournez au boulot, y'a rien à voir. Et toi... fit-elle encore à l'adresse du Devaronien, ... si y'en a un qui me clamse ici, tu nettoieras tout avec ta langue, pigé ? C'est un pont de navigation ici, pas une morgue !

        La remarque sembla déplaire au molosse, qui grogna en faisant craquer ses jointures dans un geste de défi. La navigatrice ne baissa pas le regard et l'atmosphère se fit un instant très pesante.

        Spoiler : * ??? *


        Un nouveau mouvement du bras de la silhouette encapuchonnée, et le Devaronien regagna sa place près du siège en duracier, docile. Le personnage sous cape se leva lentement, prenant bien soin d'observer de ses yeux jaunes les visages de chacun des deux prisonniers. Celui qui n'avait qu'un bras semblait plus mal en point que l'autre. Pourrait-il se relever ? Sans doute pas.

        Les mercenaires vaquaient à leurs occupations, mais leurs mouvements étaient comme ralentis, le coin de l'œil fixé sur cette étrange créature qu'ils hébergeaient depuis bientôt deux mois. Depuis qu'il était là, plus aucun d'entre eux ne faisait de rêve. Ce n'était pas vraiment qu'il était effrayant –il l'était–, mais il dégageait une aura mauvaise, de celles qui vous font dire qu'il vaudrait mieux garder l'œil à demi ouvert sous peine de ne jamais vous réveiller. Personne n'osait le regarder en face, mais de loin, en regardant d'assez près les reflets des hublots, on aurait dit un Muun sous ses vêtements amples et noirs. Un Muun pas comme les autres, en tout cas. Oh, il puait la finance et les crédits comme ses congénères, pour sûr, mais chacun de ses gestes évoquaient la mort. Ou n'était-ce qu'une impression ? Les occupants réguliers du Rejeton de Bantha avaient trop tué pour son compte pour ne pas en être persuadés.

        L'agile silhouette finit par s'approcher de deux captifs au sol, non sans les avoir longuement observés au préalable. Surtout la fille aux cheveux de sang. Elle dégageait une sorte de force avec son regard défiant sur sa gueule défoncée. L'autre ressemblait plus à une loque humaine, le Muun n'accorda qu'un léger coup d’œil à sa carcasse prostrée.

        Sans relever la capuche masquant son visage pâle et marqué d'une vive cicatrice, l'inconnu plongea le feu orangé de ses pupilles dans celles de la fille à genoux. Il leva le bras. Immédiatement, l'autre sauvage se tordit de douleur, comme secoué par un mal intérieur bien plus terrible que les coups, quoique pas une goutte de sang ne s'ajouta au tableau effroyable. Tovarich Sonya apprécierait.

        Et soudain, chacun des membres de l'estropié se plaqua contre le sol d'acier du cargo, comme attiré par un gigantesque aimant, lui cassant le bras qu'il avait attaché derrière son épaule par des menottes de force au passage.

        Un claquement de doigts retentit dans le silence des lieux que ne perçaient que les cris du torturé.

        < Tue-le. >


        Cette voix d'Outre-tombe n'avait pas résonné dans l'air, mais dans les tempes de la fille captive, comme un écho violent et inquisiteur, une agression dans son intimité. Et pourtant, elle était libre à présent. Enfin, relativement. Ses menottes avaient glissé au sol dans son dos.

        Sonya les ramassa avant de reprendre quelques mètres de distance. Elle voulait garder un oeil sur ce qui se tramait, mais tout cela ne lui disait rien qui vaille. Elle avait hébergé des politiciens véreux à bord de son cargo, des chasseurs de primes redoutés à la solde des DOnOs, des déserteurs des Vestiges de l'Empire... mais des cocos comme celui-ci, elle n'en avait pas vus beaucoup. Sonya commença tout doucement à songer à la retraite.




        Spoiler : Auteur
        by Kath à Pulte.

        1 réponse Dernière réponse
        0
        • Le ChroniqueurL Hors-ligne
          Le ChroniqueurL Hors-ligne
          Le Chroniqueur
          a écrit sur dernière édition par
          #5

          Post n°5
          Auteur : Ressa Ulgesh

          Pas de réponse. Les coups continuent.
          Je me sens détachée de tout ça, peut-être parce que je commence à mourir. Allez savoir.

          Je ne vois plus de l’œil gauche, et toute la partie gauche de mon visage est chaud. Le sang se glisse dans mon col pour couler sur mon épaule et ma poitrine.
          Je n'ai jamais dû plus mériter mon surnom d'Itisgarn. Sauf que le sang sur mes chevaux est cette fois le mien.
          Le diablotin retourne sur le Khtun. J'en profite pour délicatement tâter mes dents avec ma langue. Plusieurs bougent, sur le point de se déchausser. J'en crache sur le pont deux qui traînaient déjà au fond de ma bouche, et que je viens de sentir.

          Le diablotin revient vers moi. Ah non, il se fige. Le temps d'un clignement des yeux, j'ai vu un bâton-lumière rouge percuter le pont aux pieds du lèche-botte, laissant un petit cratère noir fumant.
          Indifférente au silence pesant dans la salle, je me racle la gorge, crache un nouveau glaviot sanglant et retourne péniblement la tête vers la droite. C'est la femme qui nous a apporté ici. Sa machine à bâton-lumière est encore fumante.
          Il y a quelque chose de pas net ici. Une confrontation. Les deux groupes, celui de l'étranger et de la femme n'en forment pas un seul. Peut-être allié, mais ne répondent pas au même chef. Un rapport de force à l'oeuvre, et je suis dans l’œil du cyclone. Super.

          L'étranger refait un geste, et son diablotin revient à sa position initiale en bon larbin. Et maintenant, c'est lui qui s'approche.

          ...

          Ouh. Belle saloperie.
          Si toute cette histoire de mariage n'est qu'un quiproquo, je suis heureuse de rester sur ce quiproquo. La bestiole est un espèce d'humanoïde au visage trop long.
          On se regarde, assez longtemps. J'aimerai dévier mon regard, mais j'en suis incapable. Attraction magnétique, volonté inconsciente de faire face ? Aucune idée. Il a une sale gueule avec ses cicatrices et son museau de traviole, mais pas pire que certains Ketharns. Non, c'est son aura. Un aura que j'avais déjà senti la première fois, mais qui est décuplé ici, sans filtre, à travers ses yeux d'un jaune malsain.

          Il lève le bras vers le Khtun, qui se met à hurler, lui qui n'avait pas fait un bruit jusque-là. Entendre un Ketharn crier n'est pas commun. La surprise me permet de rompre le contact visuel avec la bestiole. Le Khtun convulse comme un ver, avant d'être plaqué au sol par une force invisible mais Ô combien puissante. J'entends un craquement désagréable comme il se déboîte l'épaule droite sous la violence du placage, son bras étant toujours attaché à son moignon gauche.
          Merde, comment il fait ça ? Comme la bestiole bleue de toute à l'heure, il n'utilise pas non plus le sang du Khtun, qui est pourtant étalé sur le sol. Ça ressemble pourtant aux rituels de souffrance faits par les hémomanciens sur les prisonniers.

          Il lève son autre main et claque des doigts.
          Quoi encore ? Il me prend pour son...

          < Tue-le. >


          La phrase sonne comme si un ver de cartilage dansait dans ma tête. Ça se frotte contre tous les rebords de mon crâne. Un bourdonnement désagréable s'installe dans mon cerveau. Pas moyen de l'en faire sortir, ça...
          Eh, respire. L'étranger peut s'installer dans ta tête, lire dans tes pensées ? Très bien. Pense action, description. Regarde le sang. Voilà.
          Je ne sais pas si cette saloperie peut entendre mes pensées, mais je ne veux pas prendre le risque. Pas si c'est involontaire, parce qu'en attendant, nous venons de franchir la barrière de la langue.


          J'entends un bruit sourd. Je baisse les yeux : mes menottes ont glissé je ne sais trop comment, mais plutôt bien pourquoi. Elles sont maintenant au sol, derrière moi. Libre.
          Je me redresse lentement, moins pour l'effet dramatique que pour m'assurer de ne pas rejoindre le sol aussi sec. Ouah, ça tangue.
          Bon, voyons voir.

          Je regarde le Khtun. Je sens le dégoût m'envahir. Ce n'est pas très difficile : même s'il est réduit à carcasse pathétique, il reste un criminel coupable de parricide, maudit des dieux.
          Je me concentre sur mes pensées, à former une phrase mentale claire et univoque.

          < Non. >


          Je savoure la pause, imaginant la surprise intérieure de l'étranger. Je reprends après une fraction de seconde.

          < Je ne salirai pas mes mains ou mes bottes pour l'exécuter. Il ne le mérite pas.
          Je veux une arme. Une lame, l'erzek que vous m'avez confisquée... >


          Je me tourne vers la femme qui a tirée un peu plus tôt. Elle fronce les sourcils alors que je pointe le doigt vers elle.

          < Ou alors l'un de ces cracheurs de bâton-lumière. J'ai vu ces joujoux, ils ne font pas couler le sang. C'est le bon châtiment pour un traître comme lui. >


          Spoiler : Lexique

          Itisgarn : Littéralement "fille de sang". Référence aux cheveux rituellement teintés de sang. Signifie donc par extension "fille aux cheveux de sang"
          Erzek : Épée ketharn, fine lame légèrement courbée, à dents de scie, souvent dotée d'un manche sculpté à partir d'os animal ou humain

          1 réponse Dernière réponse
          0
          • Le ChroniqueurL Hors-ligne
            Le ChroniqueurL Hors-ligne
            Le Chroniqueur
            a écrit sur dernière édition par
            #6

            Post n°6
            Auteur : Super PNJ

            Le silence s'était fait encore plus pesant, ces dernières secondes. L'estropié avait fini de brailler, il se recroquevillait sur lui-même, le visage contre le sol, émettant encore un petit grognement de temps à autre. Tovarich Sonya eut un haut-le-cœur. En observant ces tribus de barbares balafrés depuis son cockpit, elle s'était dit que jamais elle ne rencontrerait d'êtres plus répugnants et violents parmi ses semblables de la race humaine. Tout compte fait... Répugnants, ils l'étaient, surtout cette fille qui semblait tout endurer. Mais ils étaient surtout masochistes, apparemment. La navigatrice fronça les sourcils quand la petite commença à gigoter, les mains libres, et se renfrogna d'autant plus qu'elle la montrait du doigt en fixant le client.

            La visage de ce dernier se creusa de rides, mais son expression de déplaisir se transforma vite en un sourire terrifiant exposant des dents jaunies et mal alignées. Au bout d'un court instant à fixer la jeune femme couverte d'hématomes, il poussa un ricanement lugubre, mais visiblement satisfait. Le Muun fit quelques pas en arrière pour retomber lestement sur son siège, le visage à nouveau couvert de son capuchon sombre.

            < Tu ignores la plus puissante des armes, insolente esclave.>


            La créature était encore plus vicieuse qu'elle n'était laide. Sonya Tovarich le sentait, et resserra le poing sur son blaster. Une main dans le dos, elle appuya sur un petit objet électronique pendouillant à sa ceinture. Un vieux truc de contrebandier, au cas où ça tournerait mal. Elle n'aimait décidément pas ce nouveau pensionnaire. Et elle prendrait ses précautions, juste au cas où. Qu'est-ce qu'il faisait à encore lever le bras, là ?

            Ses doigts maigres et blancs levés vers l'avant, l'inconnu joua un instant avec l'air, caressant lentement les cheveux de sa captive. Puis, brusquement, il serra le poing. Après un craquement sonore, le Devaronien s'écrasa au sol, la tête dans une flaque de sang, la bouche ouverte et couverte d'écume. Le souhait de Sonya était exaucé.

            < La Force est ton outil. Elle coule dans tes veines, ton sang bout à l'idée du meurtre. Serre le poing, ressens-la. Tu as de l'orgueil en toi, esclave. Tu as de la rage. Mais tu ne t'en sers pas.>


            Le Rejeton de Bantha tout entier était à présent silencieux, immobile. Plus personne ne soupirait, plus personne n'osait même trembler. Cette triste scène aurait bien une fin... Le plus vite possible, pensa Sonya, dont le moral commençait à baisser à mesure qu'elle sentait son propre équipage flancher. Argh ! Elle en aurait, des coups à payer, quand ils auraient fini ce job. Les gars n'oublieraient pas de sitôt ce qui se passait ici. Ses yeux oscillaient entre la fille, l'Ombre, et les sbires de celles-ci, amputés d'un de leurs membres. Saleté. Ce cadavre-là, elle le ferait passer par le sas sans même le regarder.

            Les trois autres avaient quitté leur poste, lentement. L'un d'eux s'était approché de la carcasse ensanglantée, mi-morte mi-vivante, du sauvage. Les deux autres, deux Duros à la mine patibulaire sous des vêtements de cuir noir, croisaient les bras en effectuant des pas lents vers l'avant, attendant un ordre qui ne venait pas.

            <J'espère que je n'aurai pas à répéter mon ordre.>


            Les yeux jaunes orangés de la créature brillèrent d'un feu malsain, son sourire s'effaçant sur ses lèvres balafrées. Son esprit se faisait invasif, piquant, corrosif. Il ne jouait plus avec sa prisonnière à présent, il la torturait.

            <Les faibles ne ressentent rien, car les faibles ont peur. La Force sert les forts, car la Force reconnait le pouvoir. Les Forts écrasent les faibles.>


            Tovarich Sonya tressaillit, les muscles crispés. Quelque chose d'effroyable était sur le point de se produire, mais elle ne savait pas encore quoi. L'Ombre était restée silencieuse beaucoup trop longtemps. La fille aussi. Pas bon. Pas bon du tout.

            <...J'espère que je n'aurai pas à répéter.>





            Spoiler : Auteur
            by Kath Erpillar.

            1 réponse Dernière réponse
            0
            • Le ChroniqueurL Hors-ligne
              Le ChroniqueurL Hors-ligne
              Le Chroniqueur
              a écrit sur dernière édition par
              #7

              Post n°7
              Auteur : Ressa Ulgesh

              D'abord agacé, le monstre me sourit. Merde, je m'en serais bien passée, de ces chicots et de son haleine si puante qu'elle ne peut pas être naturelle, alors que j'ai pourtant le cœur bien accroché.
              Après un ricanement, il se force un nouveau un... Passage dans mon... Crâne, @£*!&% !

              < Tu ignores la plus puissante des armes, insolente esclave.>


              La pression reflue. Je respire un peu mieux.
              "Esclave". Voilà qui ôte tout malentendu.

              Et des fois que je n'aurais pas compris, voilà qu'il lève la main pour jouer avec mes cheveux, comme si j'étais son amante. Il a des longs doigts paresseux, décharnés et plus blancs que la neige. Pourquoi paresseux ? Je n'en sais rien, je ne peux que les imaginer comme ça, à s'agiter lentement comme des gros vers blancs.
              Les voir se resserrer autour de sa paume me prend donc d'autant plus par surprise. Je sursaute en entendant un craquement d'os, comme si l'on venait de briser une nuque, persuadée que je viens d'être exécutée.
              Mais non, c'est ce salaud de diablotin qui tombe sur le sol, complètement amorphe, et avec une flaque de sang qui s'étale autour de lui.
              Difficile à dire avec la distance, mais je vois dans la flaque un mauvais présage. La maji est puissante ici, et franchement incontrôlable, si j'interprète bien les gerbes de sang.
              Ah non ! Le voilà qui... Gnnnhhh...

              < La Force est ton outil. Elle coule dans tes veines, ton sang bout à l'idée du meurtre. Serre le poing, ressens-la. Tu as de l'orgueil en toi, esclave. Tu as de la rage. Mais tu ne t'en sers pas.>


              Je ne pige rien à ce qu'il me raconte. Force ? Il parle de la maji, ou de...

              <J'espère que je n'aurai pas à répéter mon ordre.
              Les faibles ne ressentent rien, car les faibles ont peur. La Force sert les forts, car la Force reconnait le pouvoir. Les Forts écrasent les faibles.
              ...J'espère que je n'aurai pas à répéter.>


              Gnnnh... Gaah ! Bordel, mais on s'entend plus penser ici !
              Allez, casse-toi de ma tête ! Ouste !

              Bon. Respire. Voilà.
              Ok. Il veut que j'utilise la maji, ou un truc équivalent. Il pense que j'en suis capable, et je sais que je le suis.
              Mais une itighaur ne peut devenir magir... Qu'importe maintenant, je ne suis plus itighaur, je suis une esclave. Et je ne compte pas finir mes jours comme telle, alors si ce shegarii est assez idiot pour m'apprendre des rituels, je ne vais pas m'en priver.
              L'étranger me fixe avec son regard de tordu, d'un jaune malsain. Ses hommes de main, enfin, ceux restants, se sont déplacés pour nous entourer. Des fois que je ferais un truc stupide ? La bestiole a l'air de très bien se défendre toute seule.

              Je m'approche du Khtun, toujours recroquevillé comme un animal blessé.
              Un animal, c'est exactement le mot. Le Khtun a tellement souffert qu'il a passé un cap. Il ne vit plus, il survit.
              Je m'agenouille à une trentaine de centimètres du Khtun. Je passe l'index sur le sol à côté de lui, couvert de sang, puis l'apporte à ma bouche. Par endroit, nos sangs sont mêlés, mais le sang que j'ai récolté est sans aucun doute exclusivement le sien. Je connais le goût de mon sang, et il n'y est pas ici. Et maintenant, je connais le goût du sang du Khtun.
              C'est un élément facilitant les rituels des hémomanciens. On va voir si c'est pareil pour moi.

              - "Jilak urktul, Khtun," murmure-je dans un souffle.

              Je regarde sa carcasse brisée et couverte de sang. Je lève le poing droit, et comme le shegarii avant, je serre. Je serre de plus en plus fort, jusqu'à ce que mes ongles percent ma paume et que mon sang goutte de ma main.
              Il ne se passe d'abord rien. Puis le corps du Khtun se secoue de plus en plus, de plus en plus violemment. J'entends un bruit au loin, comme une lame que l'on fait lentement crisser sur une plaque de métal.
              Le Khtun effectue une chorégraphie psychédélique sur le sol. Est-ce que je suis en train de lui réduire les os en miettes, de lui bouillir le sang ? Aucune idée, mais ça marche.
              D'un coup, il redresse le buste, ouvre la bouche en un cri silencieux.
              Il garde la posture pendant plusieurs secondes, comme une statue de cire, puis un bruit jaillit soudain de sa gorge. Le son que j'ai entendu au loin, sauf qu'il est bien plus strident.
              Il me percute comme une onde de choc. Je relâche tout et recule en titubant. Il y a des cris autour de moi, mais ma vue est trouble. Je secoue ma tête pour enlever les larmes qui brouille mon regard.

              Le Khtun s'est effondré comme une poupée de chiffon. Il est là, gémissant.
              Je repose mon regard sur l'étranger, qui ne semble pas bouleversé le moins du monde.

              < Ça suffit. >


              Je m'approche de l'étranger, assez près pour distinguer sa sale gueule sous sa capuche.

              < Cette mascarade suffit, shegarii. Vous avez vu que j'en suis capable. >


              Je regarde de nouveau le Khtun. Toujours là, haletant.

              < Regardez-le. Il est brisé. Je ne vois pas ce qu'il y a de fort à le tuer. Ce n'est pas une mise à mort, c'est une faveur. De la pitié. >


              Je regarde de nouveau le monstre dans les yeux.

              < Et il ne mérite pas ma pitié. Qu'il vive pour ses crimes, qu'il souffre. Mais je refuse de lui faire cette faveur. >


              Je pointe ma main poisseuse de sang vers le cadavre du diablotin.

              < C'est lui que je voulais tuer, pour ce qu'il m'a fait. Et vous m'en avez privé. Je ne vois pas pourquoi je vous ferai ce plaisir sur le Khtun. Alors vous n'aurez pas à le répéter, parce que je ne suivrai pas votre foutu ordre. >


              Je hausse les épaules et indique le corps du diablotin d'un coup de menton.

              < De toute façon, vous être aveuglément loyal ne sert à rien. Regardez votre larbin. >


              Spoiler : Lexique

              Jilak urktul : "Je te connais" en ketharn. Formule rituelle de maji du sang, désignant le magir comme possesseur du sang de sa cible, et donc apte à exercer son influence sur celle-ci

              1 réponse Dernière réponse
              0
              • Le ChroniqueurL Hors-ligne
                Le ChroniqueurL Hors-ligne
                Le Chroniqueur
                a écrit sur dernière édition par
                #8

                Post n°8
                Auteur : Super PNJ

                Une sorte de défi, sinon d'affrontement, semblait se dérouler sous les yeux plissés de la capitaine du Rejeton de Bantha. D'un côté, le Muun qui lui servait de commanditaire, froid et silencieux, si l'on exceptait les quelques ricanements qu'il poussait de temps à autres, lorsqu'il semblait réagir aux mouvements de la prisonnière, de l'autre côté. Beaucoup trop en forme pour quelqu'un qui venait de subir ce qu'elle avait subi, définitivement. Tovarich Sonya n'avait pas connaissance de la Force, mais elle savait certains soldats d'élite capables de tours morbides, elle l'avait vu quand elle vendait encore ses services aux Sith sous l'Empire. Elle avait appris à s'en méfier. Ces gens-là ne répondaient pas aux logiques du commun des mortels : les crédits, les possessions matérielles, toutes ces choses avaient peu d'emprises sur eux. Il ne reconnaissait qu'une seule forme de pouvoir, il n'avait qu'une seule forme d'ambition : la violence.

                Déjà deux morts sur le pont. Enfin, un et demi. Cette entrevue ne devait pas se prolonger. Cette fois pourtant, Tovarich Sonya ne rappela plus personne à l'ordre. Elle avait vu la sauvageonne torturer son propre camarade sans ciller. Elle l'épargnait ? Et alors ? Elle était tout aussi dangereuse que le client. La navigatrice n'avait pas peur, mais son instinct lui disait de se tenir prête à tirer au moindre geste suspect. Quant à l'Ombre, elle l'aurait au chantage : elle avait activé le contrôle à distance des sas. Une seule menace et elle balancerait toute sa cargaison dans le vide spatial, détruisant là des semaines de travail.

                – Vous n'avez pas à vous inquiéter plus longtemps, capitaine, maugréa la créature encapuchonnée. Nous avons terminé.

                Il y eut un instant de silence, mais aucun relâchement. Les gardes du Muun se contentèrent de revenir à son côté.

                – ...Et où est-ce qu'on va maintenant, l'Ombre ? Encore un coin paumé, comme les précédents ?

                Sonya avait dégluti lourdement et parlé avec une déférence inhabituelle. Il était manifeste qu'elle craignait particulièrement le pouvoir terrifiant du Muun.

                – Non... Nous avons ce qu'il nous faut à présent. Vous pourrez nous déposer à destination pour recevoir votre paiement.

                La pression qui pesait sur l'entièreté de l'espace confiné du pont sembla se relâcher. Les murmures reprirent çà et là, l'activité des matelots se fit de nouveau bruyante. Comme s'ils n'avaient attendu que ces mots pour se souvenir qu'ils faisaient partie des brigands les plus redoutés de ce secteur de la Galaxie. Sonya jeta encore un coup d'œil au Muun, à la fille, puis fit volte-face pour s'en retourner à ses engueulades habituelles.

                – Un instant, capitaine.

                La Muun n'avait pas fini. Un frisson parcourut l'échine de l'humaine, de la nuque aux talons. L'idée que l'Ombre se trouvait dans son dos n'était pas pour lui plaire. Plutôt embrasser un Hutt. Sonya s'immobilisa mais tourna légèrement le menton vers son client.

                – Ramenez ces deux-là où vous les avez trouvés. Et amenez-moi les autres que vous avez embarqués sur Kragis.

                – Et après ? J'vous en ramène encore d'autres ? Ceux de Ryloth, de Concordia...?

                Sa voix était inutilement hésitante. La navigatrice voulait savoir combien de temps encore elle devrait souffrir ces séances de torture à la vue de tous. Il y avait encore des caves pleines de prisonniers dans son cargo. Et encore quelques sauts en hyperespace avant leur destination finale.

                – Nous avons ce qu'il faut.

                – Vous comptez en faire quelque chose, de tous ces cadavres ambulants ? Je les fais nourrir ? Parce que garder toute cette viande en vie, c'est de la logistique et...

                – Passez-les dans le compacteur ou laissez-les à vos hommes pour leur moral, si ça vous chante. Mais dépêchez-vous. Et ne me dérangez plus.

                La vue des mains blanchâtres du Muun qui se refermaient sur les accoudoirs de son siège suffirent à Sonya pour comprendre l'avertissement. Elle beugla quelque chose en dialecte rodien et aussitôt les deux musclés qui l'avaient accompagnée dans les geôles un peu plus tôt vinrent se positionner autour des deux natifs de Kragis. L'un d'eux souleva l'estropié à moitié mort sans ménagement et se dirigea vers la soute. Mais l'autre n'osait pas s'approcher de la fille. Trop risqué. Sonya fronça les sourcils et alla fixer elle-même les menottes de la gamine.

                – Tch. On dirait que t'as une touche, petite. Quoiqu'il t'arrive, tu vas bien te mettre
                , grommela-t-elle à mi-voix. Elle était loin d'éprouver de l'empathie pour la prisonnière. Mais à sa place, elle aurait tout fait pour un cachet de cyanure.

                L'Ombre n'avait pas quitté des yeux la fille aux cheveux rouges que la navigatrice poussait vers les escaliers descendant aux prisons.

                < Quand une mouche t'importune, tu l'écrases, esclave. Et quand ton maître te demande de tuer, tu tues, ou tu meurs.>


                Le Muun ferma les yeux et relâcha soudainement toute pression mentale qu'il exerçait sur la captive. Un bien rare se ménageait. Un tant soit peu.

                < Tu as de la chance, car je ne suis pas ton Maître. Mais celui que tu serviras est bien moins indulgent que moi. Sers-le bien et tu siègeras peut-être à ma place. Continue à jouer les récalcitrantes et tu finiras la tête au fond d'un trou.>


                Ces mots avaient été lâchés avec une légèreté très étrange comme si, le test finit, le Muun s'était métamorphosé en un tout autre personnage. il était toujours aussi laid et impressionnant, mais le ton de ses pensées était aigre-doux, presque bienveillant. La prisonnière ne devait pas s'y tromper. L'haleine pestilentielle qui s'échappait de ses lèvres entrouvertes propageait une odeur de mort.

                Alors qu'ils regagnaient les quartiers des prisonniers, la fille et le manchot furent traités avec une délicatesse relative qui contrastait avec la brusquerie dont ils avaient été victimes peu avant. Sans dire qu'ils furent dorlotés, tous deux eurent droit à une ration d'eau potable, assortie d'une poignée de fruits secs et presque pourris, quand on les emmena dans une cellule plus spacieuse et lumineuse à l'écart des autres.
                Rien en revanche pour les autres prisonniers, qui devraient se nourrir d'un cadavre de Twi'lek qu'on avait balancé avec eux.


                * * *


                Plusieurs heures passèrent sans qu'un bruit ne filtre depuis le couloir de la soute. De violentes secousses retournèrent subitement les cages, secouèrent les grilles, réveillant les occupants du vaisseau. Un grand vacarme vint percer la quiétude –si l'on pouvait parler de quiétude– de la prison. Les prisonniers ne le savaient sans doute pas, mais le Rejeton de Bantha venait d'atterrir.

                Les portes des cellules grincèrent les unes après les autres, accompagnées de grognements, de pleurs et de coups de feu. Quand Tovarich Sonya ouvrit enfin la chambre qui enfermait le duo de balafrés, elle avait l'air fatiguée et extrêmement soucieuse. Elle s'en alla sans un mot –les deux affreux derrière elle, les sbires de l'Ombre, prendraient le relai.

                Quand elle fut suffisamment loin pour ne plus les interrompre, les deux Duros se regardèrent, puis entrèrent dans la pièce. Ils n'étaient pas armés, mais gantés d'acier. Vêtus de noir, ils se fondaient dans la pénombre quoique leurs yeux rougeâtres ressortaient comme des petites lampes dans le noir.

                L'un d'eux sortit de son vêtement un petit appareil pas plus gros qu'un insecte. Un mécano averti reconnaitrait là la puce de communication d'un droïde de protocole ancien, sans doute arrachée à son propriétaire et maladroitement assemblée sur un vocalisateur grésillant. Le Duros prononça quelques mots inaudibles, la bouche collée à la petite plaque de métal.

                – Tzzrh... Le Maître Plo'Geis te ..kshr..demande, Itisgarn.

                Le petit traducteur ébréché s'était adressé à la fille aux cheveux de sang dans sa langue, suivant toutefois un dialecte ancien sans doute plus en usage courant depuis longtemps. Qui sait à quand remontait les donnée qui permettait aux Duros de communiquer avec les captifs ? Sans doute à la Grande Guerre de l'Hyperespace, ou à des temps plus anciens encore. En tout cas, il ne semblait pas en mesure d'assurer la traduction avec d'autres langues que le basic.

                –Tzzrrrhhsshh... Garde ça sur toi. Et avise-toi d'apprendre à t'en servir.

                Le Duros jeta l'objet aux silhouettes tapies dans les ténèbres. Ils ne menottèrent pas la fille, que l'on emmena seule cette fois, Tovarich Sonya n'ayant pas pris la peine de lui ôter ses liens, de toute façon.

                Sur le pont, une lumière froide faisait briller l'acier terni du Rejeton de Bantha. Il faisait jour dehors, mais c'était surtout la glace omniprésente à l'extérieur qui prodiguait cette impression d'aveuglement. Les yeux, lorsqu'ils s'habituaient, purent constater que toute trace des évènements précédents avait été effacée. Il n'y avait apparemment plus âme qui vive sur le vaisseau, si ce n'était l'Ombre, seule, les bras croisés derrière le dos, observant le paysage sans mot dire. Soulevant les pans de sa cape, un vent froid pénétra le cockpit comme un sas glacé s'ouvrait lentement, plusieurs mètres à droite du Muun.

                –Nous y sommes, grogna le Duros qui marchait derrière.

                –Bienvenue sur Ilum, renchérit l'autre en tirant la prisonnière vers l'avant.



                HRP: N'hésite pas à réagir avant l'ellipse si tu le souhaites. Tu peux choisir de réagir sur ce topic, mais la suite de tes aventures se déroulera ici. Si tu as des questions ou des suggestions, je suis comme d'habitude dispo en MP.

                Spoiler : Auteur
                by Kath aux Liques.

                1 réponse Dernière réponse
                0
                • Le ChroniqueurL Hors-ligne
                  Le ChroniqueurL Hors-ligne
                  Le Chroniqueur
                  a écrit sur dernière édition par
                  #9

                  Post n°9
                  Auteur : Ressa Ulgesh

                  L'Ombre me fixe en silence.
                  Suis-je allée trop loin ? Peut-être.
                  Tant pis.

                  L'étranger se tourne vers la femme garde. Ils discutent un moment. Même s'ils ne font pas partie du même clan, je sens clairement que le rapport de force est en faveur du shegarii, ce qui peut se comprendre étant donné sa petite démonstration tout à l'heure.
                  Il vient se remettre sur son trône, pendant que le clan de la femme se remet à occuper le pont à peu près normalement.
                  C'est étrange. Chez nous, sur Kragis, le clan dominant occupe un territoire, il ne le partage pas avec le clan faible. Peut-être que le clan de l'étranger a besoin du clan de la femme, d'une compétence spécifique ? Mais pourquoi ne pas l'imposer ? Il en a les moyens... Ça me dépasse.
                  Deux costauds s'approchent de moi et du Khtun. Ce dernier est embarqué sans ménagement, et je regarde le deuxième s'approcher de moi. Mais il rechigne à me toucher.
                  Il a peur que je le morde ? J'aurais bien pu le faire à l'aller... Ah, non. C'est mon petit numéro sur le Khtun qui leur a foutu une peur bleue. Finalement, c'est la femme qui prend les choses en main et me remet les menottes électrisées. Je me retiens de soupirer de soulagement. Je m'attendais à un bâton-lumière dans le crâne, à ce stade-ci.
                  Elle semble m'adresser la parole, mais je ne comprends pas un traître mot. Je commence à avoir l'habitude. Elle me saisit à l'épaule pour m'entraîner vers la sortie, mais je me raidit après quelques secondes. Encore cette foutue pression mentale, mais cette fois bien moins violente.

                  < Quand une mouche t'importune, tu l'écrases, esclave. Et quand ton maître te demande de tuer, tu tues, ou tu meurs.>


                  Je me retourne vers le shegarii. Il est là, sur son trône, à me fixer.
                  Je me retiens de lui répondre que le Khtun tient plus d'un tas de merde qu'à une mouche mais... Je me retiens. J'ai dû assez tâter les limites pour aujourd'hui.

                  < Tu as de la chance, car je ne suis pas ton Maître. Mais celui que tu serviras est bien moins indulgent que moi. Sers-le bien et tu siégeras peut-être à ma place. Continue à jouer les récalcitrantes et tu finiras la tête au fond d'un trou.>


                  Pas besoin de m'exploser le crâne pour faire passer son message. Ça confirme que j'étais dangereusement proche de la ligne rouge, aujourd'hui. Enfin, je le savais déjà, de toute façon.
                  Je ne lui réponds rien et me contente de le regarder. Ce genre d'avertissement ne demande pas de réponse.
                  La femme me tire vers l'arrière. Je résiste, me rappelant brusquement quelque chose.
                  Honte à moi, Remine ! Ma filia ! Mes dix dévoués dont j'ai été séparé depuis l'arrivée sur l'oiseau de métal, je n'ai pas pensé un instant à eux depuis ma sortie de cellule. Mais c'est mon devoir de ghaur de veiller sur eux, où qu'ils puissent être.

                  < Ma filia,>
                  dis-je brusquement. < Les dix venus avec moi. Ils m'ont juré fidélité et je leur ait juré protection. Je sais que les serments ne valent rien pour vous, mais je l'ai juré sur mon sang. Mon sang, shegarii.>

                  Je réfléchis à toute vitesse. Marge de manœuvre de négociation : nulle. Que ma potentielle valeur à ses yeux, pour son "Maître", qui qu'il puisse être.

                  < Si je suis si importante à vos yeux, ne leur faîtes pas de mal. J'ai bien entendu votre avertissement. Et je me rappellerai du traitement que vous leur aurez réservé, en bien ou en mal. Le Sang appelle le Sang.>


                  Je me laisse entraîner par les mains insistantes de la fille. Je sauverai ma filia ou je la vengerai, Remine m'en soit témoin.

                  On m'escorte plus qu'on me traîne jusqu'à une nouvelle cellule. Plus grande, chaude, blanche et propre. Le Khtun y est déjà, haletant et adossé au mur.
                  On nous apporte un bol d'eau et quelques trucs qui ressemblent à des fruits, à l'odeur aussi ragoûtante que l'haleine du shegarii.
                  Je me force à manger ceux qui ne se décomposent pas entre mes doigts. Leur goût est absolument dégueulasse, mais je me force à avaler. J'ai déjà avalé de la peau d'animal bouillie pour survivre, c'est pas des fruits pourris qui vont me faire peur. Je ne sais pas quand sera mon prochain repas, et je n'ai pas envie d'être affaiblie par la faim au prochain combat, c'est une règle élémentaire.
                  J'avale quelques rasades d'eau pour passer le goût en bouche. L'eau a beau être tiède, elle irrite ma gorge encore écorché par mes hauts-le-cœur.
                  Hauts-le-cœur nettoyés par le Khtun.

                  Je reporte mon regard sur sa carcasse ensanglanté face à moi. Je ne lui doit rien. Il a beau s'être occupé de moi pendant que j'étais dans les vapes, je ne vais pas m'attendrir pour autant. C'est un parricide, il n'est rien.
                  Et pourtant. Est-ce que je l'ai vraiment épargné pour les raisons que j'ai exposé à l'étranger ?
                  Oui. Prétendre l'inverse serait mentir.
                  Non, plutôt : est-ce que je l'ai épargné seulement pour ces raisons ?
                  Merde, j'ai pas le cœur tendre, c'est un truc de shegarii, d'être sentimentale... Mais faut bien regarder les choses en face. Je ne sais pas ce qu'est devenue ma filia, ni Nevor et son apprenti. La loque devant mes yeux est la seule chose qui vient de Kragis, de ma tribu, et dont je suis certain qu'il est en vie. C'est ma faiblesse, de vouloir protéger ce Khtun, juste parce qu'il n'y a plus que lui et moi lancés dans l'océan de l'inconnu.

                  Je pousse le bol d'eau vers lui du bout du pied.

                  - "Bois ça. Tu mourras quand je le dirais."

                  Il lève péniblement la tête vers moi. Je distingue une étincelle d'ironie dans ces yeux à moitié aveuglés par la douleur. Son bras droit est non seulement déboîté, mais est toujours attaché à son moignon gauche à travers le dos.
                  Toucher un Khtun, c'est s'attirer les malédictions d'Erkan et de Remine. Mais je suis maintenant une itighaur qui a pratiqué l'hémomancie. Foutue pour foutue...
                  Je saisie péniblement le bol avec mes deux mains toujours attachées, et je m'accroupit près du Khtun.

                  - "Ouvre la bouche," ordonne-je.

                  Le Khtun s'exécute docilement, révélant une mélasse sanglante dans sa cavité buccale. Je penche le bol. Le dos de ma main droite touche son visage. Ça y est. Le mal est fait.
                  Lui ne se rend pas compte, tout occupé qu'il est à ne pas s'étouffer dans l'eau qu'il ingurgite.
                  Après l'avoir fait boire, j'écrase les fruits restants, puis lui apporte la pulpe, qu'il avale tout aussi péniblement.
                  L'affaire faite, il semble un peu plus conscient. Le goût atroce des fruits ne doit pas y être pour rien. Je m'essuie les mains sur ses vêtements ensanglantés.

                  - "On est pas quitte pour autant, Khtun.
                  - Mal..." se contente-il de me répondre faiblement.

                  Ouais, je m'en doute. Moi aussi. Maintenant que l'adrénaline de l'instant est passé, je déguste salement. Tout le côté gauche de mon visage palpite, et est couvert de sang séché. Je ne vois toujours rien de l’œil gauche.
                  Je tâte son épaule droite. Elle est trop en avant.

                  - "Prêt pour une éternité de souffrances, Khtun ?"

                  Sans lui laisser le temps de réagir, je saisis son épaule et la pousse en arrière d'une brusque torsion du bras.

                  Spoiler : Lexique

                  Filia : Aussi appelé "Consanguinité", désigne un groupe d'individus unis par lien du sang établi de façon rituel. Tout clan est une filia, mais un clan peut être composé de plusieurs filias. Leurs membres répondent alors et au chef de filia, et au chef de clan (double serment)


                  Spoiler : Suite

                  De sang et de glace

                  1 réponse Dernière réponse
                  0
                  Répondre
                  • Répondre à l'aide d'un nouveau sujet
                  Se connecter pour répondre
                  • Du plus ancien au plus récent
                  • Du plus récent au plus ancien
                  • Les plus votés


                  • Se connecter

                  • Vous n'avez pas de compte ? S'inscrire

                  • Connectez-vous ou inscrivez-vous pour faire une recherche.
                  Powered by NodeBB Contributors
                  • Premier message
                    Dernier message
                  0
                  • Accueil
                  • Récent
                  • Mots-clés
                  • Populaire
                  • Utilisateurs
                  • Groupes