Une situation de crise idéale pour un politicien en devenir
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Post n°1
Auteur : Sebulko ManniusSebulko Mannius était confortablement installé dans son siège derrière son bureau, les jambes, ou plutôt les bras, reposant sur d'imposants accoudoirs. Il se trouvait dans sa salle de travail, la pièce qui surplombait son casino. Par la baie vitrée, on pouvait apercevoir le gouffre autour duquel était construit Pau city, capitale d'Utapau, s'enfonçer dans les profondeurs. Il écoutait d'une oreille distraite son trésorier Pau'an énoncer les comptes du mois et rêvassait en sirotant à petites gorgées un cocktail sucré à base de Gin Sullustain.
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400 crédits pour la rénovation du bar
67 crédits pour le nouveau système de …
Le regard de l'ex contrebandier se perdait dans les plis qui couraient en ligne droite le long de la peau grisâtre et parcheminée de son employé. Il pensait à l'entrevue qu'il avait eut le matin même avec un autre Pau'an, Daymon Bune. Daymon Bune était ce genre d'homme d'affaires influent, dont le nom est connu de tous, qui semble être partout et toucher à tous les domaines, mais dont l'activité exacte reste floue, nimbée de mystère. Leur rencontre n'avait guère été plus qu'un échange de bons procédés, mais elle annonçait fort bien la suite de leurs relations. L'ambitieux Dug avait besoin de son homologue pour ses nombreux contacts, aussi bien chez le Techno-syndicat qui gérait l'industrie des chasseurs spatiaux d'Utapau, que chez les hauts fonctionnaires administrant la planète.
Le rêveur fut brusquement ramené à la réalité par deux sons brefs qui vinrent interrompre le monologue du comptable. Un voyant lumineux clignota nerveusement sur l'holo-récepteur du petit alien qui posa d'un mouvement sec son verre rempli d'alcool sur la table, le faisant résonner pour signifier son irritation. Qui pouvait bien le déranger en cette tranquille après-midi, alors qu'il se reposait ? Le visage d'un Dug apparut à l'holo-écran, une petite cicatrice surmontait son oeil droit. Il s'agissait de Bulta Sirus, le bras droit de Sebulko. Il se consacrait aux diverses affaires de son patron avec l'énergie et la hargne propre à sa race, mais manquant de diplomatie, il ne lui était pas confié de missions délicates. Il effectuait également divers trafics dans les bas fonds de Pau city en marge de son travail. L'hologramme de l'adjoint délivra son message destiné à l'homme d'affaires dans leur langue natale :
- Boss, regardez les holo-news, ça chauffe là haut.
L'agacement de Sebulko laissa peu à peu place à de la curiosité, il enjoignit son employé d'allumer le holo-téléviseur, celui-ci s'exécuta. L'hologramme du présentateur apparut au milieu de la pièce. Il paraissait bouleversé, bien que le Dug doutait que les Pau'ans puissent ressentir des émotions aussi complexes, et annonçait d'un ton grave les terribles évènements qui frappaient la planète :
- ... de la menace n'est pas encore totalement identifiée. Les terroristes seraient tout au plus au nombre d'une demie-douzaine à s'être introduits dans le siège du Conseil pour s'en prendre aux conseillers. Aucune information ne s'échappe du périmètre de sécurité établi par les forces de l'ordre. Des troupes se rassemblent pour lancer un assaut sur le bâtiment et tenter de sauver les survivants de cet attentat. Le soutien armé de la CSI est d'ores et déjà en route pour...
L'image disparue brutalement, laissant pendant de longues secondes un espace vide à l'endroit où se tenait l'hologramme, juste assez longtemps pour que Sebulko sente monter en lui une certaine appréhension. C'est alors qu'un masque d'acier recouvert de peintures tribales se matérialisa au-dessus de l'holo-téléviseur. La créature semblait entièrement recouverte de métal ainsi que d'une matière couleur os qui ne rendait son apparition que plus effrayante. L'immense armure métallique était courbée, les mains derrière le dos comme si elle s'apprêtait à faire la leçon à des enfants. Le bruit de sa lourde et pesante respiration fut recouvert par le son de sa voix, un timbre métallisé à glacer le sang.
- Avis à la population de Utapau. Bonjour, je suis le lieutenant Tericarax, de la Confédération. Des Sith sont en train de porter atteinte au conseil de Pau-city. Ceci n'est pas un exercice. Veuillez rester dans vos habitations – enfermés à clés – jusqu'au départ de la flotte. Ceci n'est pas un exercice.
Tout vaisseau a pour ordre de se poser à la surface de la planète.
L’être de métal fit une courte pause et la caméra zooma sur son visage morbide. Le regard vide du militaire vint se planter dans l’objectif, ses deux yeux reptiliens d’un or ambré semblaient fixer les holo-téléspectateurs, donnant à notre frêle héros la désagréable impression qu’il était épié. Un cyborg... , pensa Sebulko. Si cette chose avait été vivante un jour, aujourd’hui elle n’était assurément plus qu’une machine à tuer animée d’intelligence, mais dénuée de tous sentiments. A cette pensée, le Dug frissonna légèrement, il était de ceux qui pense que la chair est sacrée, que le bionique et le biologique ne doivent pas être confondus. Il éprouvait du dégoût pour ces être comme Tericarax qui faisaient de leur corps un vulgaire couteau-suisse.
- Aussi longtemps que cette opération durera, Utapau sera entièrement coupée du reste de la galaxie. Tout vaisseau atmosphérique comme stellaire contrevenant à ces ordres sera intercepté par la flotte en orbite, de gré...Ou de force si cela est nécessaire. Les ressources amenées par la flotte seront distribuées dans les régions qui viendraient à souffrir de cette isolation – temporaire – sur la durée de l'opération...Pour votre sécurité à tous.
Obnubilé par ce terrifiant personnage, Sebulko Mannius reprit enfin ses esprits et réalisa la teneur des propos tenus par l'hologramme. Il y aurait donc des Sith ? Ici à Utapau ? Il connaissait de réputation ces utilisateurs de la Force qui avaient fondé un empire galactique, il y avait quelques années de cela avant qu'il ne s'effondre, laissant place à la République fédérale. Pour lui, l'antagonisme entre le Côté clair et le Côté obscur n'avait pas d'importance, les Sith étaient tout simplement des utilisateurs de la Force qui agissaient dans un intérêt différent de celui des Jedi. Mais pourquoi s'attaquer au Conseil de cette planète isolée ? Le futur politicien n'en avait la moindre idée. Il se plongea dans ses pensées, faisant glisser ses doigts le long de ses vrilles charnues. Il devait se rendre au sommet de la ville pour constater de ses propres yeux l'ampleur du massacre et comprendre la motivation de ces terroristes hors du commun. Mais un instant, le danger qui régnait au dehors le fit reculer et l'ordre du lieutenant de rester à son domicile lui apparut comme l'évidence même. Les murs épais du casino semblèrent alors, aux yeux de son propriétaire, protecteurs et rassurants. D'un autre côté, la zone de sécurité établit autour du conseil mobilisait tous les forces armées de la capitale et même l'appui de leur alliés, la CSI. Les Sith malgré leurs pouvoirs avaient peu de chances de représenter un danger pour les civils. De surcroît, il savait que ce contexte était extrêmement avantageux pour lui et qu'il était temps d'accélérer ses plans afin de tirer profit des évènements. Ce dernier argument raffermit la conviction du natif de Malastare, son ambition surpassant sa crainte. Il se leva de son siège, adressa quelques mots à son comptable Pau'an et se glissa dans son manteau. Guidé par l'appel du pouvoir, Sebulko Mannius sortit de son établissement de jeux, bien déterminé à s'imposer comme un sauveur dans cette situation de crise qui frappait Utapau… -
Post n°2
Auteur : Sebulko ManniusTandis qu'il sortait par une porte qui lui était destinée, Sebulko Mannius jeta un regard empreint de fierté sur son casino. L'édifice s'élevait à l'aplomb de l'abîme non loin de la surface, là où se concentrait la plupart des activités de la ville. Son style était un savant mélange d'architecture ossic et d'architecture moderne inventé par un jeune et novateur architecte Utais. Une armature d'os appartenant à de gigantesques créatures des profondeurs depuis longtemps disparues encadrait de larges baies vitrées donnant sur l'étendue d'eau en contrebas de la ville. Le résultat était surprenant et avait grandement contribué à la renommée de l'établissement de jeux.
Le Dug contempla le gouffre sur lequel était bâti Pau City afin d'éviter les violents vents qui ravageaient la surface. La cité était répartie en quatre étages qui formaient en tout onze niveaux, reflétant la structure rigide de la société utapaun. Son regard balaya les bas fonds de la ville, plongés dans l'obscurité. La plèbe composée d'Utais extrayait par un pénible et dangereux travail la silice abondante dans sol d'Utapau et exhumait les ossements colossaux qui donnaient à l'architecture utapaun son style si particulier. C'était à cet endroit, juste au-dessus des étendues d'eau souterraines, que les autorités de la ville avaient relégué le traitement des déchets. Les niveaux supérieurs formaient la zone d'habitation des Utais, ainsi que les espaces réservés à l'élevage de bétail et à la culture d'algues. Le regard de l'homme d’affaire remonta le long du gouffre pour atteindre les quartiers résidentiels de la population privilégiée, des Pau'ans pour la plupart, mais aussi quelques Utais parmi les plus aisés. Toute l'industrie de la ville se concentrait à cet étage, non seulement les stations de pompages d'eau et les centrales de traitement de l'eau pour le dessalement ou le filtrage de précieux minéraux, mais aussi les chaînes de montages qui tournaient inlassablement pour produire les chasseurs séparatistes. Le casino de l'ancien contrebandier se trouvait au dernier niveau de cet étage. Le regard du Dug atteint enfin les niveaux civiques surplombant la capitale qui accueillaient les notables de la ville ainsi que les grands lieux de décisions. Là où habituellement régnait l'activité, où passait les navettes remplies de passagers, les vaisseaux de tous types, les Dactilions et les Varactyls, seuls quelques transporteurs militaires fonçant à vive allure et des sirènes au loin brisaient le calme ambiant. Le morceau de ciel que le petit alien pouvait apercevoir de là où il était fut soudain caché par un immense vaisseau spatial qui annonçait l'arrivée de la CSI sur la planète. L'ombre qui passa sur la ville le fit sortir de ces rêveries.
Les navettes permettant d'aller de niveaux en niveaux n'étant pas opérationnelles, Sebulko décida d'emprunter les immenses ascenseurs à proximité. Une fois arrivé au dernier niveau juste sous la surface poreuse de la planète, il prit la direction de la Chambre du Conseil. Il marchait d'un pas rapide avec la démarche étrange propre à son espèce. À mesure qu'il avançait dans les rues vides et silencieuses de la capitale, son angoisse croissait. À chaque bruit, il frissonnait, redoutant de voir surgir des terroristes armés jusqu'aux dents. Au détour d'un coin de rue, il se retrouva nez à nez avec trois droïdes B1 en faction qui le braquèrent avec leur arme, il rebroussa brusquement chemin. Un périmètre de sécurité entourait le secteur autour du siège du Conseil. Il décida de se rendre la place du Commerce, là où il avait le plus de chances d'en apprendre plus sur la situation.
Une fois arrivé à destination, le futur politicien s'arrêta pour prendre le temps d'analyser la situation, une action qui peut sembler étrange de la part d'un Dug. Sur la place grouillante d'activité, la tension était à son comble. Des droïdes en rangs serrés, l'arme au poing, attendaient un ordre pour intervenir. Non loin d'eux des notables Pau'ans et quelques Utais, qui semblaient former l'état-major, étaient lancés dans de fiévreuses discussions avec des gradés séparatistes. Du côté de l'astroport, les imposants transporteurs de la Confédération déversaient sans discontinuer des troupes en direction de la Chambre du Conseil et de tous les points d'accès de la capitale. Une des moitiés de la place était occupée par des civils. Séparés des militaires par une barrière dressée pour l'occasion, ils étaient amassés devant le siège de la Commision du Commerce Extérieur. Il s'agissait pour la plupart de citoyens qui ne pouvaient rester chez eux les yeux rivés sur leur holo-téléviseur pendant qu'une tuerie se déroulait dans leur cité, mais aussi de riches familles Pau'ans escortées jusqu'ici, car leur domicile se trouvait dans le périmètre de sécurité. Les journalistes d'Utapau news, le seul médias qui couvrait tout Utapau, était aussi de la partie. Leurs caméras enregistraient avidement chaque image de ce désordre ambiant.
Sebulko Mannius devait à tout prix tirer profit de cette situation pour accroître sa renommée et sa popularité en vue des élections qui ne manqueraient pas d'être organisées après le massacre de la plupart des députés au Conseil d'Utapau, voir même de tous les députés, comme il l'espérait en son for intérieur. L'ambitieux personnage s'engagea enfin d'un pas assuré sur la place du Commerce avec ses objectifs en tête... -
Post n°3
Auteur : Sebulko ManniusSebulko Mannius se fondit dans la masse des civils et tenta de saisir des bribes de conversations en espérant que les habitants de la capitale qui se tenaient là depuis quelques heures seraient mieux renseigné que lui. Son espoir fut déçu, le mur de droïdes qui entourait les politiciens et les militaires ne laissait filtrer aucune information. Tout le monde semblait dans l'attente d'une annonce de la part des dirigeants de la planète, du moins de ce qu'il en restait. Le Dug se faufila à travers la foule jusqu'à la barrière qui séparait la place du Commerce en deux. Du fait de sa petite taille son point de vue était assez limité, mais en tendant l'oreille il parvenait à entendre des fragments de discussions qui se tenaient à quelques mètres devant lui. Il n'eut pas le temps de s'y intéresser car un mouvement de l'autre côté de la place, dans la direction siège du Conseil, attira son attention.
Deux Quarrens, des aliens aux têtes de poulpe que le contrebandier rangé avait côtoyé quand il exerçait son ancienne activité, encadraient un Pau'an qu'il ne parvenait à reconnaître à cette distance. Devant eux, une silhouette bien que ramassée sur elle-même surpassait la foule. Ce personnage que l'homme d'affaires avait espéré ne jamais croiser traversait les rangs de droïdes B1 qui s'écartaient et se plaçaient au garde-à-vous sur son passage. À la vue de ce monstre de duranium, un murmure traversa l'assemblée. La présence du lieutenant séparatiste Tericarax, puisqu'il faut le nommer, était encore plus angoissante que l'expérience qu'avait pu en faire Sebulko à travers son holo-téléviseur. Les griffes du cyborg crissaient contre le sol à chacun de ses pas, et sa cape frappée de symboles séparatistes claquait au vent, le rendant plus imposant encore. Il prononça quelques mots de son timbre métallisé et glaçant à l'adresse de l'état-major. Un Utai vint alors se planter devant le commandant des troupes séparatistes sur Utapau et l'interpella d'un ton hargneux, l'accusant d'imposer arbitrairement un blocus à la planète. L'audacieux n'eut pas le temps de finir sa tirade qu'une main squelettique percuta son visage, le propulsant un mètre plus loin. Le militaire rappela sèchement à l'ordre celui qui avait osé lui manquer de respect. Devant cette violence, un remous parcourut la place et peu à peu un silence s'installa.
Cette altercation n'avait pas étonné le Dug, les confrontations entre l'appareil politique et l'appareil militaire étaient monnaie courante au sein de la CSI car les rapports de subordination étaient mal définis. Les politiciens considéraient que l'armée était au service des planètes séparatistes et donc sous leur direction quand elle intervenait dans leur juridiction, tandis que les hauts gradés estimaient qu'ils n'avaient aucun compte à rendre à de vulgaires bureaucrates tant qu'ils agissaient dans l'intérêt de la Confédération. L'être métallique se tourna un instant vers le Pau'an situé derrière lui. Quelques personnes dans la foule prononcèrent son nom : Tarun Blaum. L'identité de cet humanoïde à la peau striée revint revint en tête à Sebulko, Tarun Blaum était administrateur du Port de Pau city. Son rôle lui assurait un siège au Conseil d'Utapau. Il avait donc assisté au massacre… Pourquoi était-il le seul membre du Conseil présent ici ? Détenait-il des informations capitales ? Ou bien était-il le seul politicien à réchappé aux blessures ou à la mort ? Toutes ses questions restèrent pour le moment sans réponse, car le lieutenant Tericarax s'adressa à la foule de sa voix puissante et synthétique.
- Devant votre refus d'obtempérer et de rester à vos domiciles comme je l'avais ordonné, vous ne me laissez pas de choix. Les terroristes Sith courent toujours. Votre insubordination vous met en danger… Je vais donc vous protéger de vous-mêmes. Droïdes. Encerclez la population. Personne ne s'échappe. Pas d'exception.
À ces mots, les automates se mirent en branle et encerclèrent le parvis du siège de la Commission du Commerce Extérieur. Un sentiment désagréable envahit le natif de Malastare, il se sentait piégé comme un dactillion dans un tunnel, pour user des expressions utapauns.
- Droïdes, escortez cette obstinée population à la coordonnée Z-A084.71. Pau'ans, Utais, n'ayez crainte. Vous serez inspectés par des agents compétents et aucun mal ne vous sera fait. Il ne s'agit guère que d'une précaution pour vérifier qu'aucun Sith ne se dissimule dans vos rangs. Soumettez vous docilement cette fois.
L'idée qu'un Sith pouvait se cacher dans la masse des civils n'avait pas effleurée l'esprit de Sebulko. Il jeta un regard circulaire autour de lui mais ne vit rien d'autres que les visages graves de Pau'ans et d'Utais, inquiets pour le sort de leurs dirigeants politiques. Il se sentait lui-même épié, sûrement car il était un des rares étrangers présent à cet endroit. L'attroupement quitta peu à peu la place du Commerce sous la bonne garde des droïdes séparatistes, non sans protester et jeter un dernier regard à l'état-major utapaun, espérant un contre ordre ou du moins une annonce de leur part. Les journalistes étaient les plus outrés, ils dénonçaient à haute voix l'affront fait à la liberté de la presse. Ils eurent cependant tôt fait de garder leurs remarques pour eux lorsque des robots, blaster à la main, exigèrent le calme. Le contrôle de la situation échappait au futur politicien, tout ne se passait pas comme il l'aurait aimé et cela n'avait rien d’agréable. Pourtant, il avait toujours la possibilité de trouver un moyen de tourner les événements à son avantage. Les civils en détresse devant le silence de leur dirigeants n'attendaient qu'une seule chose : que quelqu'un prenne la situation en main, et ce quelqu'un pouvait très bien être Sebulko Mannius... -
Post n°4
Auteur : Sebulko ManniusOrganisation et ergonomie, tels sont les maîtres-mots droïdes. L'entrepôt Z-A084.71 situé à côté de l'astroport de Pau city fut aménagé afin que tous les habitants de la ville qui étaient présents sur la place du Commerce soient identifiés, contrôlés, et envoyés chez eux avant 21h comme le lieutenant Tericarax l'avait ordonné. Les civils avançaient en file vers le centre de l'entrepôt où ils étaient fouillés afin de s'assurer qu'ils ne portaient aucune arme sur eux. Si aucune anomalie n'était détectée, leur identité était comparée à la base de données séparatiste. Ces deux conditions remplies, ils étaient regroupés dans la seconde partie du hangar en attendant que le protocole de contrôle soit appliqué à l'ensemble des civils. Si une irrégularité survenait, un officier droïde prenait en charge le contrevenant. Toute l'opération se déroulait sous le contrôle vigilant des B1.
Sebulko se plaça en tête de file, il voulait en finir au plus vite avec les contrôles pour se concentrer sur la suite. Une fois que les Pau'ans devant lui eurent remplis les formalités, ce fut au tour du Dug de se présenter au droïde qui répétait inlassablement sa demande d'une voix monocorde et saccadée.
- Veuillez écarter légèrement les bras de votre corps, je vais procéder à une fouille corporelle.
Le natif de Malastare s'exécuta en soulevant ses membres supérieurs qui ressemblaient étrangement, du point de vue d'un humanoïde tout du moins, à une paire de jambes. Le droïde passa un scanner portatif le long du corps du sujet considéré. L'examen se déroula sans incidents.
- Veuillez me fournir votre carte d'identification ou quelconque document authentifiant votre identité.
Alors qu'il sortait son portefeuille pour chercher ladite carte, Sebulko sentit une crainte s'emparer de lui. Lorsqu'il avait abandonné son activité de transport illicite de marchandises pour créer la Sebul'korp, il y avait trois années de cela, il s'était procuré de nouveaux papiers d'identités pour que personne ne puisse remonter jusqu'à son passé illégale. Cette nouvelle identité n'avait jamais été comparée à toute la base de données séparatiste. Il ne pouvait exclure la possibilité qu'un lien soit tissé entre lui et le contrebandier qu'il avait été. L'alien fit mine de chercher sa carte sans la trouver, fouillant dans tous les recoins de son portefeuille sauf celui où elle était conservée. Il répéta l'opération plusieurs fois tout en râlant comme un Dug sait si bien le faire. Il tentait de gagner du temps, mais complètement désorienté il ne parvenait pas à former de pensées construites qui auraient pu l'aider à sortir de ce mauvais pas. Un sentiment d'impatience se fit sentir autour de lui. Un Pau'an se racla la gorge, tandis que le droïde tourna sa tête vers le civil qui se tenait devant lui, produisant un léger vrombissement. Sentant les regards peser sur lui tandis que ses doigts passaient sur la fameuse carte, Sebulko la sortit enfin et la tendit au robot. Ce dernier s'en empara et l'inséra dans un petit appareil qu'il tenait à la main.
Pendant les longues secondes nécessaires à l'analyse des données, le petit être, la gorge serrée par l'attente, essuya ses mains moites contre le pan de son manteau. Son regard se fit lointain. S'il était identifié comme un contrebandier, il serait saisi et comparaîtrait en justice. Il en serait fini de ses ambitions politiques mais également de sa liberté. Qui sait ce que réserve la CSI aux passeurs de cargaisons illégales ? Le Dug avait beau avoir de bon réflexes et être doté d'une grande agilité inhérente à sa race, les soldats d'acier gardaient le moindre accès vers l'extérieur et les postes de contrôle réservaient également une grande partie de l'attention. Dans cet hangar sous haute surveillance l'espoir de fuite était réduit à néant. Sebulko sursauta lorsque l'automate fit un geste brusque vers lui, tendant la carte d'identification à son propriétaire.
- Vous êtes en règles, rendez-vous dans la seconde partie de l'entrepôt en attendant la fin des opérations.
Les droïdes avaient contrôlé la grande majorité des civils sans qu'un seul individu dangereux ne soit identifié. Les personnes examinées étaient toutes regroupées dans une partie de l'entrepôt. Sebulko pianotait sur le datapad accroché à son bras. Il jeta un regard autour de lui avant de se rapprocher d'un Utais qu'il avait repéré depuis un moment. Ce n'était pas l'individu en lui-même qui l'intéressait, mais le haut-parleur en sa possession. Il délesta le troglodyte de son précieux appareil par une demande d'emprunt polie mais ferme. Depuis qu'il avait été informé de l'attentat qui avait frappé la Chambre du Conseil d'Utapau, l'entrepreneur savait que la meilleure manière de tirer profit de la situation et de donner une bonne image de lui était de faire un discours adressé aux citoyens de la capitale. Pendant l'après-midi, il avait rédigé quand il avait pu quelques notes en attendant que l'occasion se présente pour prendre la parole devant une assemblée. Ce moment était venu, ici dans l'entrepôt Z-A084.71, face aux habitants de Pau city qui s'étaient rassemblés sur la place du Commerce.
Le politicien en devenir se dirigea vers une amas de containers qui pour une raison inconnue avait été abandonnés dans un coin de l'entrepôt. De son pas agile, il se hissa sur plusieurs caissons jusqu'au point culminant depuis lequel il dominait la foule. Il alluma le haut parleur qu'il avait en main, jeta un dernier regard aux notes affichées sur son datapad et prit la parole d'une voix puissante et amplifiée qui portait à travers tout l'entrepôt.
Utais, Pau'ans, Utapauns !
Le natif de Malastare avait prononcé ses quelques mots en Utapese, le dialecte Pau'an dont il ne connaissait que quelques expressions. La salle s'anima peu à peu, les civils se tournèrent vers l'alien qui avait pris la parole, les journalistes d'Utapau news ajustèrent leurs caméras vers cette nouvelle source d'attention, seul les droïdes continuèrent, imperturbables, leur répétitive tâche. Lorsque l'assemblée entière se fut tourné vers lui, Sebulko Mannus inspira et expira lentement avant de s'animer soudain et de se lancer dans ce discours qui infléchirait son futur... -
Post n°5
Auteur : Sebulko ManniusSebulko Mannius commença son allocution d'un ton grave. Loin de rester immobile, il joignait son corps à sa parole et appuyait ses propos par des gestes qui laissaient transparaître son caractère énergique.
Il y a quelques heures à peine en ce jour qui restera marqué par l'infamie, la Chambre du Conseil, haut-lieu politique d'Utapau, a été soudain l'objet d'une attaque terroriste. Les meurtriers, dans leur perfidie, ont profité de la présence du Comité utapaun, détenteur du pouvoir exécutif, au côté du Conseil, corps législatif d'Utapau, pour commettre leurs exactions. Nos honorables conseillers ont été décimés. L'ampleur des pertes est encore inconnue, mais je crois savoir que très peu d'entre eux ont réchappé à la fureur aveugle qui s'est abattue au cœur de Pau city. Les terroristes ont tenté de faire plier notre nation en s'attaquant aux piliers séculaires de nos institutions. Devons-nous pour autant courber l'échine face à cette menace ? Devons-nous pour autant sombrer dans le désespoir ? Devons-nous pour autant nous laisser envahir par la panique ? Non !
Le Dug s'arrêta une poignée de secondes pour reprendre son souffle. En balayant l'assemblée d'un regard, il se rendit compte que des centaines de paires d'yeux étaient braquées sur lui. De toute sa vie, jamais il n'avait été au centre de l'attention d'une telle multitude. Il y avait quelques heures à peine, lui aussi fondu dans la masse se languissait dans l'attente d'une annonce de la part des dirigeants, et maintenant, la foule entière était suspendue à ses lèvres. Enivré par un sentiment de supériorité qui l'emplissait, Sebulko secoua légèrement la tête pour se ressaisir avant de reprendre sa harangue d'un ton véhément.
Utais, Pau'an, Utapauns...
Utapau n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! La Confédération des Systèmes Indépendants a répondu à notre appel. Elle a dépêché un état major expérimenté pour prendre en main la situation. Elle a posté sa puissante flotte en orbite de notre planète, empêchant aux assassins de fuir le sort qui les attend. Elle a déployé ses légions de droïdes de combat sur notre sol, apportant ainsi un soutien à nos valeureuses troupes de défense qui - il faut le saluer- ont agis avec efficacité, et ce malgré leurs moyens hélas trop faibles. Ce sont ces forces armées combinées qui ont tenté et tentent en ce moment même de sauver ceux qui peuvent encore l'être et d'arrêter cette folie meurtrière. Les méthodes de l'armée séparatiste sont lourdes de contraintes et parfois même brutales, mais elle est la plus qualifiée pour contrer la menace qui pèse sur notre peuple, notre territoire et notre nation. La Confédération des Systèmes Indépendants est notre éternel et indéfectible soutien dans cette guerre. Car cet acte barbare est une déclaration de guerre ! Ces terroristes ont été identifiés comme des Sith, des guerriers aux sombres desseins manipulant la Force. Utapau a-t-elle commis quelques affronts à leur égard ? Aucunement. Cette attaque n'est rien d'autre qu'un geste de violence pure, un crime crapuleux qui ne peut et ne pourra jamais en aucune façon être justifié. La réponse devra être ferme, déterminée et sans appel.
Le politicien en devenir se rétracta sur lui-même pour mieux se redresser en lançant de toute la puissance de sa voix son exhortation finale.
Moi, Sebulko Mannius, j'affirme qu'il est du devoir de chacun de coopérer pleinement et sans réticences avec les forces armées de la Confédération des Systèmes Indépendants, tout comme il est de notre devoir de ne pas fuir devant nos responsabilités en abandonnant les rênes du pouvoir à des dirigeants militaires. Peuple d'Utapau, prenez votre destin en main ! -
Post n°6
Auteur : Sebulko ManniusLa dernière phrase du discours plana quelques instants au-dessus de la foule silencieuse. L'orateur se tenait droit juché sur un container, le regard perdu au loin vers les droïdes en faction qui n'attendaient qu'un signal pour faire évacuer l'entrepôt et ramener les civils à leur domicile. L'allocution de Sebulko Mannius avait été brève mais intense : il s'était investi physiquement pour exhorter les foules. Une goutte de sueur perla sur son front. Il fut prit d'une furieuse envie d'éponger cette excrétion qui provoquait une sensation désagréable en suintant le long de son museau. Il avait remarqué du coin de l’œil et avec satisfaction que les caméras estampillées du logo d'Utapau news avaient filmé son intervention sans discontinuer. Ne voulant entacher son image par des gestes parasites pendant ce moment glorieux de sa carrière, il retint sa pulsion et laissa la goutte glisser entre deux vrilles charnues, tomber, puis s'écraser au sol. Le bouton d'enclenchement du mégaphone céda sous les doigts du Dug dans un claquement sourd. Comprenant que le petit alien avait fini de s'exprimer, quelques civils au pied des containers enthousiasmés par ce discours porteur d'espoir se mirent à applaudir. Ils furent peu à peu imités par des spectateurs convaincus par les paroles du politicien en devenir, mais aussi par d'autres civils trop bouleversés par les évènements pour penser par eux-mêmes et mus par un instinct grégaire. Tel une onde, les applaudissements se propagèrent à travers tout l'entrepôt.
Alors que le tonnerre d'applaudissements commençait à s'atténuer, Sebulko descendit du tas de containers transformé en tribune, emplacement depuis lequel l'Orateur confronté à la foule peut infléchir la balance du destin par le poids de ses paroles. L’entrepreneur, quant à lui, ne se sentait pas vraiment concerné par le destin d'Utapau, il espérait simplement que son discours lui permettrait de se rapprocher du pouvoir mal assuré. Trois journalistes s'extrayèrent de la masse compacte des civils. Un Pau'an affichant un air plus dynamique que la plupart de ses congénères avançât vers le petit alien, tout en le fixant de ses petits yeux cerclés de rouge, avec le regard avide que lance un chasseur vers sa proie. Derrière lui, se pressaient un Utais, caméra à l'épaule, et son assistant.
- Je me permets de vous solliciter au nom d'Utapau news. Puis-je vous poser quelques questions ? lança le journaliste en avançant son micro vers l'interviewé.
Une voix résonna alors dans le dos du Dug.
- M. Mannius, j'aurais aimé vous revoir en de moins terribles circonstances
Sebulko pivota sur lui-même pour se retrouver face à Daymon Bune, le mystérieux et influent entrepreneur qu'il avait rencontré le matin même. Sans lui laisser le temps de répondre, le nouveau venu continua.
- Je vous adresse mes félicitations pour ce discours qui nous éclaire en ces heures sombres
- Je vous remercie
- Je tenais à vous présenter Urt Héron, haut-magistrat à la Cour suprême d'Utapau
Daymon Bune se plaça légèrement en retrait tout en se tournant pour laisser place à un individu appuyé sur une canne finement ornementée et vêtu d'une robe complexe parcourue de rainures qui se confondaient avec les stries courants en ligne droite le long de sa peau grise et parcheminée. Sebulko estima que le vénérable Pau'an devait approcher des trois siècles d'existence. Ce n'était pas grâce aux traits du juge que le Dug avait évalué son âge avancé : les années ne marquaient pas la chaire des Pau'ans, ni même grâce à son titre, bien qu'il fallût être un ancien pour bénéficier d'un poste aussi prestigieux, c'était une rigidité dans la tenue, une lueur dans le regard, usée par les décennies écoulées.Spoiler : Urt Héron, haut-magistrat à la Cour suprême d'Utapau
- Je suis honoré de vous rencontrer, dit le natif de Malastare inclinant légèrement la tête.
- Tout le plaisir est pour moi, répondit l'honorable personnage en lui rendant son salut.
Sebulko congédia les journalistes : laisser planer une aura de mystère autour de lui ne pourrait qu'accroître l'intérêt des Utapauns à son égard. De plus, si l'ambitieux alien s'était attiré les bonnes grâces des foules par son discours, s'il avait plusieurs collaborateurs parmi les jeunes Pau'ans, il n'avait pas encore de contact dans la haute sphère du pouvoir utapaun. La conversation qui allait suivre avec les notables de Pau city était d'une importance cruciale dans le parcours de Sebulko Mannius...
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Post n°7
Auteur : Sebulko ManniusDaymon Bune savait bien s'entourer… Les énigmatiques activités du Pau'an avaient beau aiguiser l'intérêt de l'ex-contrebandier, ce n'était pas la simple curiosité qui l'avait incité à rencontrer son homologue le matin même. Les deux entrepreneurs possédaient chacun des atouts qui se complétaient. Le carnet d'adresse de Daymon Bune couvrait tout Pau city, depuis les niveaux civiques où resplendissait l'architecture ossic jusqu'aux profondeurs de la cité plongées dans l'ombre. Son réseau de contact atteignait même quelques-unes des autres cité-gouffres qui perçaient la surface d'Utapau. Sebulko était la clé du Pau'an pour accéder à la sphère politique, un moyen de s'en approcher sans s'exposer. Daymon Bune venait de faire un premier geste en le présentant à Urt Héron. Comme pour sceller une entente tacite avec le Pau'an, le Dug planta ses yeux dans ceux de son collaborateur. L'alien à la peau parcheminée, le visage vierge de toute expression, lui rendit son regard. Sebulko crut discerner dans les yeux de Daymon Bune une lueur d'acquiescement. Satisfait, le politicien en devenir se tourna vers le procureur au moment où celui-ci prit la parole.
- J'ai écouté votre allocution avec grand intérêt. Vos propos énergiques sont allés à l'essentiel. Comme vous l'avez souligné, M. Mannius, nous ne connaissons même pas l'ampleur des pertes. J'ai seulement entrevu Tarun Blaum, administrateur du port de Pau city. Il siégeait au Conseil au moment où les troubles ont éclaté. Lorsque je l'ai aperçu sur la place, il semblait absent, hagard, détruit par la scène d'horreur qu'il avait vécu. L'acte terroriste est d'une violence sans égale. Il frappe au moment et à l'endroit où on s'y attend le moins. Qui aurait-put croire qu'Utapau serait frappée par ce désastre ?
Un silence s'installa, le haut-magistrat profondément affecté par les récents événements semblait plongé dans ses pensées. Daymon Bune brisa finalement le mutisme en prenant la parole.
- Utapau est pourtant un monde en retrait aussi bien géographiquement que politiquement qui se fait discret sur la scène diplomatique. La stratégie de l'effacement n'a pas réussi à nous protéger de cette galaxie glaciale et cruelle.
Daymon Bune profitait de la situation pour remettre en cause l'isolement d'Utapau. En tant qu'entrepreneur, il privilégiait une plus grande ouverture sur le monde extérieur. Il n'avait pas tort... Sebulko ne comptant pas occuper un poste politique sur une planète tenue à l'écart rebondit sur les propos de son confrère.
- Il se peut que cette tactique ne soit plus adaptée dans une galaxie où les interactions entre les mondes et les peuples se multiplient. Face aux récentes interventions militaires qui ont mis les Sith à genoux, les terroristes ont répondu aveuglés par leur soif de sang, ne distinguant pas les mondes qui embrassent pleinement les idéaux séparatistes de ceux qui souhaitent s'isoler. Utapau a eu beau minimiser ses rapports avec la Confédération des Systèmes Indépendants, son identité séparatiste l'a violemment rattrapée.
- Vous ne semblez pas satisfait des rapports distants qu'entretiennent Utapau et la Confédération... Nos liens ont toujours été douloureux, mais les cicatrices se referment peu à peu et peut-être que ce contexte sera propice pour établir de meilleures relations.
- Je l'espère, néanmoins une autre menace pèse sur notre démocratie. Si nous laissons les séparatistes régler la crise qui secoue la planète de leur poigne de fer, Utapau ne s'en relèvera qu'amoindrie. Le rapprochement que nous souhaitons entreprendre progressivement se fera brutalement au détriment de l'indépendance et de la culture utapaun. Notre nation doit se prendre elle-même en main.
- En effet, les Utais et les Pau'ans ne sont pas des espèces belliqueuses. Ils ne sauraient se laisser mener par des militaires, ajouta Daymon Bune afin d'appuyer les propos de son homologue.
- Il est temps que nous reprenions le contrôle de la situation, nous n'avons que trop tardé. Nous autres Pau'ans sommes des êtres mesurés et réfléchis. Devant toutes difficultés, nous analysons le problème, nous étudions la totalité des solutions pouvant être apportées et nous en soupesons le moindre aspects. Malheureusement, cette prise de décision lente et sûre n'est pas adaptée lorsque nous sommes faces à une situation de crise, comme celle que nous vivons actuellement. M. Mannius, Utapau a besoin d'individus tels que vous pour se relever. Vous manquez certes d'expérience, vous êtes bien jeune comparée aux Pau'ans centenaires à la tête de l'État, mais vous avez pour vous votre dynamisme et votre vivacité d'esprit.
- La confiance que vous me portez me touche.
Après une courte pause, Sebulko reprit.
- J'ai fait du mieux que j'ai pu pour apaiser la population, pour appeler à la coopération avec la CSI, et surtout pour combattre l'abattement et l'apathie qui ne manquent pas de nous envahir quand la nation est amputée d'un morceau d'elle-même. Mais je pense que si un dirigeant officiel prenait la parole, son message ne serait que plus écouté et entendu.***
Hangar Z-A084.71
19h04, heure locale
Rien à signaler. Les droïdes n'avaient identifié aucun individu suspect. Conformément aux directives de l'officier séparatiste en charge des opérations sur Utapau, l'unité de B1 avait maintenant pour mission d'escorter les civils jusqu'à leur domicile. Le rapatriement devait se dérouler de manière ordonnée, efficace et dans les plus brefs délais. Les Utapauns avaient été disposés en rang au centre de l'entrepôt en fonction du niveau et du quartier auxquels ils habitaient. Trois civils qui conversaient quelques instants plus tôt à l'écart de la masse se dirigèrent vers un droïde. Un Pau'an d'un âge avancé prit la parole :
- Je me permets de vous solliciter. Je suis Urt Héron, haut-magistrat de Pau city et conseiller judiciaire de l'Assemblée des Anciens. En vertu des responsabilités qui m'incombent, je souhaiterais me rendre en compagnie de M. Mannius et de M. Bune à la Cour Suprême d'Utapau où sont réunis les dirigeants de la planète. Auriez vous l'amabilité d'accéder à ma requête ?
Pas mal. Le juge avait l'art de s'exprimer avec une grande courtoisie même lorsque son interlocuteur n'était qu'un vulgaire automate. Se pouvait-il qu'il soit sincère ? Dénué d'une pointe d'ironie ? Qu'il ne ressente pas, tout comme le Dug, un léger amusement en prononçant ce genre de propos affables ? Sebulko n'en savait rien. Comment aurait-il put appréhender le système de pensée d'une espèce antithétique à la sienne ?
- Je demande l'autorisation à mes supérieurs, dit le droïde de sa voix au timbre métallisé.
Il suffisait d'une réponse affirmative de la part des autorités séparatistes pour que Sebulko pénètre dans le cercle fermé de l'élite utapaun, qu'il y fasse ses preuves et s'y taille sa propre place... -
Post n°8
Auteur : Sebulko ManniusVoilà plusieurs minutes que le magistrat avait exposé sa requête et il restait toujours dans l'attente d'une réponse. Malgré la discussion qui reprenait de plus belle avec Urt Héron et Daymon Bune, le Dug s'impatientait. La chaîne d'ordre séparatiste était-elle à ce point lente ? Ou bien avait-il été naïf de croire que le Pau'an détenait la clé pour atteindre la sphère politique utapaun ? À cette idée, Sebulko se renfrogna. Alors qu'une moue boudeuse commençait à poindre sur son visage, la voix mécanique du droïde retentit à ses oreilles.
- Réponse affirmative. Les trois individus sont habilités à se rendre au Palais de justice d'Utapau sous la garde de cinq droïdes de combat B1.
Urt Héron remercia l'automate. En vain, les courtoisies ne faisaient que glisser sur la machinerie séparatiste douée d'une logique froide et implacable.
L'entrepôt où les contrôles avaient été effectués se vidait peu à peu. Les civils étaient renvoyés à leur domicile sous escorte. Le petit groupe passa à son tour la porte du hangar et prit la direction de la Cour de justice. Le ciel tourmenté comme jamais s'était assombris et couvert d'un épais voile gris sombre donnant un aspect presque morbide à la ville inanimée. Une tempête s'apprêtait à ravager la surface d'Utapau. De violentes rafales de vent balayaient les boulevards des niveaux civiques, glissant le long des grilles abaissées et des volets fermés et s'engouffrant dans les rues secondaires. Le hurlement du vent se mêlait à un bruit sourd et régulier : le martèlement des pas de centaines de soldats de métal séparatistes qui résonnaient contre les pavés froids de la capitale. Ce tableau lugubre faisait resurgir de douloureux épisodes de l'histoire d'Utapau. Lors de ses recherches sur le passé de la planète, Sebulko n'avait pas put passer à côté de l'occupation de Pau city qui tranchait avec la monotonie des chroniques utapaun. Au coeur de la guerre qui déchirait la galaxie opposant les idéaux républicains et ceux des séparatistes, la Confédération des Systèmes Indépendants avait pris pour cible Utapau. La planète faiblement défendue s'était rendue sans combattre. Les droïdes avaient défilé dans les rues de Pau city. Pendant plusieurs semaines, la vie avait été rythmée par la cadence militaire des patrouilles séparatistes. Les sons, les images se répétaient. L'histoire semblait recommencer dans un éternel cycle. Pourtant, aujourd'hui, cette force militaire n'était pas là en envahisseuse, mais en allié face à un ennemi commun : les Sith.
Après quelques minutes de marche entrecoupées par des points de contrôle réguliers, le Palais de Justice apparut enfin. Cet édifice antédiluvien d'une rare maîtrise architecturale faisait apparaître dans toute sa splendeur l'architecture ossic. D'un blanc ivoire, la cage thoracique d'un monstre des profondeurs soutenue par d'imposants piliers d'os servait de structure principale au monument. Le groupe passa par une entrée secondaire où il dut se plier à un nouveau contrôle. Les trois individus furent dirigés vers la grande salle d'audience dans laquelle devait se tenir la réunion de crise. Les moyens de sécurité déployés étaient considérables. En plus des B1 qui patrouillaient en grand nombre devant le bâtiment et des soldats organiques qui en gardaient les entrées, deux gardes Magna étaient adossés de part et d'autre de la pièce à chaque issue. Enveloppés dans leur cape grisâtre, les machines à tuer dardaient de leur regard rougeâtre quiconque pénétrait dans la salle du tribunal. Sous l'imposante coupole ossic résonnait le murmure d'une centaine de politiciens, des Pau'ans en grande majorité, qui conversaient à voix basse. Un air grave pesait sur le visage des réunis, auquel s'ajoutait une fatigue latente à peine contenue par l'urgence de la situation. Les plus désespérés se recueillaient à l'écart le regard vide en attendant le début de la séance. Quelques-uns s'entretenaient sur les récents évènements. D'autres, regroupés autour d'un holoécran écoutaient d'une oreille attentive les dernières nouvelles.
Ce furent ces derniers qui prêtèrent attention aux nouveaux arrivants. Sebulko sentit leurs regards converger vers lui. Il expliqua ce soudain intérêt pour sa personne par la récente rediffusion de son allocution. Urt Héron présenta certaines de ses connaissances au petit alien qui échangea avec elles quelques banalités. Daymon Bune avait l'air de connaître la plupart des personnes présentes, ce qui n'étonnait guère l'ancien contrebandier. Les politiciens rassemblés dans la grande salle d'audience du Palais de Justice formaient un ensemble hétérogène mélangeant aussi bien des conseillers qui ne siégeaient pas à la Chambre du Conseil au moment des faits avec des membres du gouvernement et de hauts-fonctionnaires. Les responsables militaires utapauns avaient été mobilisés par la lieutenant Tericarax pour sécuriser la capitale et traquer les Sith. En écoutant ce qui se disait autour de lui, le Dug crut comprendre que la réunion ne commencerait officiellement qu'avec l'arrivée du Conseil des Anciens. Celui-ci s'était réuni en parallèle de la réunion militaire. L'Aîné qui le présidait venait de prononcer un discours retransmis par les médias. Cette assemblée était chargée de vérifier la conformité des lois avec les Textes primordiaux et de trancher les différends à la Chambre du Conseil lorsque les délibérations s'éternisaient. Mais son pouvoir résidait principalement dans l'ascendant qu'elle exerçait sur la politique utapaun. L'attente ne fut pas longue. À l'annonce de l'arrivée des patriarches, toutes les conversations s'étouffèrent et les notables de la cité-gouffre installés sur les bancs de l'audience se levèrent. Une procession de vénérables Pau'ans le visage fermé défila depuis les entrées de la pièce jusqu'à l'estrade sur laquelle étaient disposés les sièges des magistrats. Sebulko reconnut quelques-uns d'entre eux dont un personnage extrêmement influent, Assia Pellaeon, l'Aîné qui présidait le Conseil des Anciens. Le dignitaire en question se plaça devant un lourd fauteuil.
- Je vous prie de vous asseoir, dit-il en faisant de même. Il reprit ensuite d'un ton solennelle.
Chers confrères, nous sommes réunis sous la haute voûte du Palais de justice en de tragiques circonstances. L'état utapaun a été frappé en son coeur par des terroristes Sith. L'attentat a été perpétré à la Chambre du Conseil d'Utapau en pleine séance parlementaire à huis clos. Le bilan de ce carnage est d'une violence innommable. La quinzaine des conseillers présents au Conseil ont succombé sous les coups des criminels. De même, les membres les plus imminents du Comité utapaun, le Chargé des Affaires galactiques, le Chargé de la Défense et de la Sécurité et le Chargé des Finances et du Budget, ont été assassinés. Le seul politicien à avoir survécu à ce massacre est Tarun Blaum, administrateur du Port de Pau city, à la tête du Comité utapaun. Il n'a aucune blessure physique, mais il a subi un choc psychologique important qui l'a plongé dans un mutisme profond. Il est actuellement pris en charge par les séparatistes. Ceux d'entre vous qui ont participé à la réunion avec les commandants militaires de la Confédération des Systèmes Indépendants pourront sans doute nous en apprendre plus.
Je déclare ouverte cette séance exceptionnelle qui portera sur les assassinats qui ont entaché le sol d'Utapau et sur le futur de notre monde dans ce contexte troublé. -
Post n°9
Auteur : Sebulko ManniusLe début de la séance fut marqué par un sentiment partagé par tous les politiciens présents, l'incompréhension face à la barbarie absolue. Ceux-ci, encore abasourdis par le meurtre si récent de leurs confrères, étaient confrontés à une multitude de questions. Des comment et des pourquoi s'entrechoquaient dans leur tête. Tout à tour, les dignitaires s'exprimèrent pour assembler des éléments de réponses. Utapau avait toujours su s'éloigner des affres de la guerre. La paix relative régnant sur la galaxie empêchait quiconque de prévoir le danger qui planait au-dessus de Pau city. De plus, la planète n'avait participé qu'indirectement à l'opération Chatbite, qui avait mené à la destruction des vestiges de l'ordre Sith et à la mise sous tutelle des Vestiges l'Empire, par la production de chasseurs. Les Sith avaient donc fait couler le sang utapaun pour se venger d'une défaite à laquelle ceux-ci n'avaient point concourue. Mais Utapau n'était pas un cas isolé. Les médias séparatistes avaient diffusé une dépêche annonçant que des attentats avaient eu lieu sur Mygeeto, Muunlist et Felucia et que l'armée prenait la situation en main.
Depuis le banc de l'audience, le Dug observait le débat en tentant de rattacher les noms que Daymon Bune lui chuchotait à l'oreille avec un discours, une personnalité, à défaut de retenir leur visage qui se confondaient tous. Le politicien en devenir voulait se faire une idée de ceux qui seraient ses futures alliés et ses potentiels adversaires. Il ne put retenir un léger sourire empreint de mépris face à l'attitude de certains parlementaires. Parmi les conseillers qui n'avaient pas siégé à la macabre réunion, certains se sentaient obligés de rappeler qu'ils auraient pût être des victimes. Comme si le fait d'échapper de peu à la mort leur donnait le droit de se placer au centre de l'attention et d'exiger des élans de compassion. Mais ainsi étaient les Pau'ans, dignes et calmes, certains d'entre eux étaient prompts à geindre mollement, bien loin de la force de caractère des Dugs. Alors que Sebulko absorbé par ses pensées songeait à la supériorité de sa race, un conseiller se fit remarquer par sa réflexion.
- Aucune séance officielle n'était prévue ce matin à la Chambre du Conseil. Or, j'ai appris il y a quelques heures, tout comme vous, qu'une réunion avait été organisée et que ses participants avaient perdu la vie dans un attentat ignominieux. Je laisse de côté le désarroi qui m'assaille pour me poser des questions plus pragmatiques. Cette assemblée informelle qui rassemblait quelques conseillers et membres du Comité utapaun en l'absence totale de transparence et dans le mépris absolu du principe de séparation des pouvoirs m'intrigue. Je m'interroge sur le but cette réunion, mais je me demande surtout pourquoi elle a été tenue secrète.
Les murmures qui parcouraient la salle s'intensifièrent jusqu'à former une sourde rumeur. Les parlementaires paraissaient avides d'obtenir une réponse à cette brûlante question qu'ils s'étaient sans doute posé eux aussi. Un fonctionnaire se leva à son tour pour apporter une explication.
- Je suis l'administrateur du Conseil, permettez-moi de m'exprimer sur ce point. Profitant du fait que la salle du Conseil soit disponible ce matin, plusieurs conseillers l'ont réservée pour une séance non officielle à propos, disaient-ils, de la réévaluation du budget de l'État. A mon étonnement, on m'a demandé de ne pas faire figurer cette réunion sur le planning parlementaire, mais sur le moment je ne me suis pas inquiété outre mesure. La présence de membres du Comité n'avait pas été évoquée. Les forces de sécurité déployées n'étaient donc pas conséquentes, ce qui explique la facilité avec laquelle les terroristes ont pénétré dans le bâtiment.
Personne n'était dupe. Cette prétendue réunion sur le budget d'Utapau masquait un sujet autrement plus sensible, un sujet débattu dans le plus grand secret, un sujet rassemblant les personnages les plus haut placés de l'État, un sujet qui leur avait coûté la vie. Un seul, un seul avait survécu : Tarun Blaum, administrateur du port de Pau city et chef du gouvernement utapaun. Or l'unique témoin de cette séance non-officielle était en ce moment même muré dans un mutisme absolu. Suite à cette révélation, le ton monta, chacun voulant exposer son indignation et donner son propre avis. Un autre politicien attisa encore les différends en proposant d'informer les responsables séparatistes de cette affaire. Les réactions fusèrent de toutes parts. Certains se rangèrent derrière l'avis d'un Utai qui se déclarait totalement opposé à cette décision. Pour lui, la Confédération n'avait pas à être au courant des affaires intérieures d'Utapau. Sebulko reconnut, à l'hématome qui trônait sur son front, l'insolent frappé par le Lieutenant Tericarax pour avoir osé le défier. Son insistance et sa colère ne semblaient pas complètement étrangères à sa récente humiliation. D'autres Utapauns préconisèrent de fournir aux séparatistes tous les éléments d'enquête afin d'obtenir des réponses. Les éclats de voix qui retentissaient à travers toute la salle, se changèrent en clameurs assourdissantes. Il avait suffi de peu de temps pour que la tension imposée par la gravité de la situation ne corrompe les discussions et ne les transforment en débat tumultueux.
Le Conseil des Anciens ne s'était pas encore prononcé sur le sujet. Assia Pallaeon se leva de son imposant siège depuis lequel il dominait l'assemblée. Malgré le respect qu'il imposait, la masse grouillante et gesticulante de politiciens continuait de se quereller. Une longue minute s'écoula avant que l'Aîné ne se décide à frapper le gong réservé aux magistrats de la mailloche placée sur le bureau. Les vibrations du disque métallique mirent un terme au chaos ambiant. Les dignitaires reprirent leur contenance, tout honteux de s'être ainsi emportés. Après avoir balayé ses confrères d'un regard noir, Assia Pallaeon prit la parole.
- Le Conseil des Anciens considère que les désordres intérieurs d'Utapau ne concerne en rien les affaires de la Confédération des Systèmes Indépendants. Ce serait de plus une erreur que de nous montrer faible face à un allié qui cherche à étendre son influence sur nous. Le Conseil des Anciens mènera son enquête. L'affaire est close.
Le message était clair. Néanmoins, certains parlementaires ne semblaient pas entièrement convaincus par ces arguments. En outre, l'autorité que s'octroyait le Conseil des Anciens en agaçait plus d'un. Un sourire se dessina de nouveau sur les lèvres de Sebulko. Ainsi, Utapau n'était pas exemptée d'intrigues et de scandales. Non seulement de hauts-postes politiques étaient libérés, mais en plus, l'affaire qui venait d'être dévoilée fragilisait l'État déjà malmené par les attentats. Décidément, les éléments en faveur de sa carrière politique s'enchaînaient... -
Post n°10
Auteur : Sebulko ManniusLes voix des politiciens retentissaient depuis plusieurs heures dans la grande salle du Palais de justice, tandis qu'au dehors la nuit enveloppait de son voile sombre la capitale. Les discussions sur la sécurité de Pau city et sur la poursuite des Sith se trouvaient devant une impasse. Les responsables utapauns qui avaient assisté à la réunion militaire avec les commandements séparatiste repoussaient les interrogations de leurs confrères par une unique formule : « Le lieutenant s'en charge déjà ». D'après leurs dires, les ordres donnés par le Lieutenant Tericarax relevaient du secret militaire et ne pouvaient être révélés. Ils restèrent fermes sur leur position. Le Conseil des Anciens parvint tout de même à arracher quelques réponses évasives de peu d'intérêt sans réussir à savoir à quelle étape était la poursuite des terroristes. Des doutes furent émis quant à la capacité du cyborg à gérer la situation. Au lieu de travailler main dans la main avec les autorités locales, il établissait avec elles une relation à sens unique en leur donnant des directives sans qu'ils ne soient consultés ou n'aient accès à toutes les informations. De plus, il usait de méthodes musclées, voir brutales, comme en témoignait l'hématome sur le front de l'Utai. Sebulko désapprouvait les procédés du gradé séparatiste, pourtant il reconnaissait que celui-ci semblait doté d'une réelle efficacité. Les politiciens qui prirent la parole pour le défendre le militaire étaient du même avis.
L'assemblée s'attaquait maintenant à un sujet prompte à former des querelles : la direction de l'État utapaun. La mort des trois ministres laissait vacants les postes les plus importants du Comité utapaun. Le Conseil d'Utapau était fragilisé par le décès de ses membres les plus influents. Enfin, l'administrateur du port de Pau city n'était plus en état de prendre quelconque décision. L'ensemble des gouvernants s'accordait sur la nécessité de mettre en place un Comité aux pouvoirs élargis le temps que la situation se rétablisse. Plusieurs propositions furent faites pour nommer ce gouvernement provisoire, mais aucune ne fit l'unanimité. L'agitation n'avait pas été longtemps étouffée, un tumulte emplissait à nouveau la pièce. Les parlementaire refusaient de laisser aux Anciens le soin d'élire les dirigeants. Des protestations agitèrent la salle lorsque quelqu'un proposa de laisser le Conseil des Ancien gouverner provisoirement. Selon les contestataires les membres de celui-ci n'étaient pas élus directement par le peuple et ne disposaient que d'un pouvoir consultatif ! Les conseillers ne parvinrent pas non plus à arracher ce droit de nomination.
L'entrepreneur avait observé la séance sans mots dire. Il attendait son heure pour intervenir afin de ne pas être assimilé à tout ce désordre. Ses observations lui permettaient de compléter les connaissances qu'il avait acquises sur la politique locale depuis qu'il s'était installé sur la planète. Fait relativement rare dans la galaxie, la vie politique utapaun n'était pas structurée par des parties. Il existait néanmoins deux tendances qui divisaient les politiciens. Les conservateurs, incarnés par la figure de l'Aîné, Assia Paedemon, constituaient une partie du Conseil des Anciens et une majorité du Conseil utapaun. Dominant jusqu'alors, ce mouvement était affaibli par la mort de plusieurs conseillers influents. Les réformistes, aux idéaux libéraux, avaient le soutien d'un certain nombre de hauts-fonctionnaires et d'influents entrepreneurs, dont Urt Héron et Daymon Bune. La politique utapaun était régie par le compromis. Le but étant par un habile jeu de concessions de placer ses favoris à des postes clés. Le Comité utapaun qui faisait office de gouvernement était ainsi composé de politiciens plutôt modérés de diverses tendances. Ces multiples constats permirent à Sebulko de comprendre l'intérêt que lui portait Urt Héron. Le magistrat lui apportait sûrement son soutien car il voyait en lui un politicien inexpérimenté plutôt libéral qui avait plus de chance d'être nommé au gouvernement que les réformistes de longues dates, peu aimés des conservateurs. Le Dug ne comptait pas être un pion entre les mains de tel ou tel mouvement. Il voulait être un électron libre prônant une ouverture économique et diplomatique tout en gardant un certain contrôle de l'État et en préservant la culture utapaun.
L'ambitieux alien échangea quelques mots avec Urt Héron. Profitant d'une accalmie dans les débats qui n'indiquait pas pour autant que les différends étaient réglés, le juge prit la parole pour présenter le natif à l'assemblée. L'ensemble des regards se tournèrent vers celui-ci pendant qu'il prenait place derrière la chaire réservée aux avocats de la défense. Il monta sur un marchepied pour pallier à sa petite taille et fit glisser ses doigts le long d'une de ses vrilles charnues avant de commencer son allocution.
Anciens, conseillers, politiciens,
Notre nation a été frappée par un barbarisme venu des tréfonds de la galaxie. Notre nation est en proie à un incendie que nos querelles ne font qu'attiser. Notre nation est à genoux. Pour autant, notre monde ne sera-t-il que l'ombre de lui-même, dirigé par un État divisé et affaibli ? Ces temps sombres sont l'occasion pour Utapau de se relever non pas amoindrie mais renforcée ! Dans ce contexte troublé, la vision à court terme est indispensable. Pour éradiquer les menaces qui pèsent sur nous, des mesures d'exceptions devront être adoptées. La sécurité de nos citoyens doit être assurée et les criminels doivent répondre de leurs actes infâmes.
Cependant nous devons dès maintenant tourner notre regard vers le futur pour aller de l'avant. Utapau n'a toujours été qu'un monde mineur, elle mérite pourtant une place sur la scène galactique. Sortons de l'isolationnisme apathique dans lequel nous sommes tombés en nouant des alliances militaires et des partenariats économiques avec les États étrangers. Utapau renaîtra de ses cendres, à nous de forger son destin !
Joignant le fond et la forme, le Dug avait joué de son corps et des intonations de sa voix pour appuyer le sens de son discours. Ses voisins saluèrent sa prise de parole quand il revint à sa place. Peu après cette intervention, Assia Paedemon annonça la fin de la séance et remit les discussions au lendemain. Les mines s'assombrir brusquement comme si les utapauns laissaient libre cours à leur profonde lassitude retenue jusqu'alors. Aux évènements atroces de la journée se cumulaient les éprouvantes délibérations sur la nomination d'un gouvernement provisoire. En attendant que cette question soit réglée, les responsables militaires de la planète prenaient en charge la sécurité des habitants et les différents ministères s'occupaient de faire le lien avec la Confédération des Systèmes indépendants ou de gérer les conséquences du blocus. Les politiciens furent escortés jusqu'à un hôtel des niveaux civiques aménagé pour l'occasion afin de reprendre les débats au plus tôt. Sebulko obtint qu'on le ramène jusqu'à son appartement. Après s'être exprimé face au peuple et face aux dirigeants d'Utapau, il avait besoin de recul pour élaborer une stratégie d'attaque lui permettant d'arracher une place dans ce gouvernement provisoire.
