Politique extérieure
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Post n°34
Auteur : Arnon VeralJe frappais, frappais encore et toujours, à mesure que le Lieutenant donnait ses ordres. La jeune femme évitait chaque assaut, chaque fois au dernier moment. Elle me dominait, ce n’était pas un surprise, son corps était entraîné par des heures de pratiques et sans doute une génétique favorable. Quant à moi, j’avais l’âge de mon corps et j’étais las de cet emprisonnement qui m’avait affaiblit. J’avais bien conscience, au fond de moi, que je ne m’étais pas montré sous mon meilleur jour pendant cet entraînement. J’avais pourtant donné ce que j’avais : des qualités médiocres au tir et des compétences inexistantes en combat rapproché. Autant dire que je n’étais pas le candidat idéal pour un recrutement. Pis encore, je réalisais à quel point tout cela devait sembler suspect à mon interlocutrice. Il aurait été naïf de croire qu’elle n’avait rien remarqué jusqu’à présent. Elle avait elle-même fait la remarque concernant les doutes qu’elle avait à mon endroit. Tout cela ne serait qu’une preuve supplémentaires, un élément qui viendrait étayer le dossier et qui sans doute ressurgirait lors d’une confrontation qui aurait lieu tôt ou tard. Je m’y étais préparé, même si j’étais bien décidé à laisser les choses durer autant que possible.
Inlassablement, presque mécaniquement, j’assénais les coups qui étaient de plus en plus brouillons, je me déséquilibrais à chaque fois un peu plus. Mes muscles me brûlaient, j’avais mal et j’étais comme paralysé, presque handicapé, le souffle rauque par les journées de détention qui m’avaient affaibli. Vasburg cessa le jeu soudainement. Elle estima que c’était terminé, elle avait vu ce qu’elle avait voulu voir et me demanda de répéter l’exercice de tir. Je devrais la rejoindre le lendemain afin de discuter. En nage, ma chemise était trempée et je saisissais ma vareuse qui était restée au sol pour la pendre sur un des poteaux du champ de tir.
Méticuleusement, presque servilement, je m’exécutais. J’effectuais les mêmes tirs, plusieurs fois, à l’aide de mon arme de service. Les tirs se faisaient un peu plus précis, sans être parfaits. Je décidais de m’exercer plusieurs fois pendant plus d’une heure. Finalement, le rangeais mon arme et je me dirigeais vers les baraquements pour rejoindre ma chambre qui s’apparentait plus à une cellule. Je pris une douche chaude interminable, me débarrassant de la sueur de l’entraînement et me débarrassant de ma chemise souillée. J’aurais dû me munir de vêtements de sport et pas de ma tenue de service, mais je n’en savais rien et je réalisais que j’avais perdu une bonne partie de mes automatismes. Mais ces automatismes, les avais-je réellement eu un jour ? J’avais été l’exécutant d’un système, le chien d’un régime, mais jamais réellement un militaire. En y pensant de nouveaux, je réalisais avec désarroi que ce que j’avais fait, c’était asservir et tuer des gens, une tâche horrible. J’avais été un fusible, si cette conclusion m’avais fugacement traversé l’esprit après la chute de l’Empire, j’étais bien trop préoccupé par mon désir d’échapper à toute poursuite pour en faire cas plus précisément. Après, la culpabilité avait été trop présente pour y penser précisément. Et pourtant, combien d’heures avais-je gaspillé à réfléchir sur mes actes, à tenter de les intellectualiser et à les justifier a posteriori. Pourtant, cette fois comme les autres, la conclusion était la même, mes actes étaient impardonnables, que ce soit face à n’importe quelle morale, dans n’importe quel système : j’avais fait cela au nom d’une idéologie mortifère et j’avais péché par lâcheté, me cachant derrière les ordres de supérieurs pour qui nous n’étions que des pions. Une autre question me traversa l’esprit : jusqu’à quel point Rec était-il conscient de tout cela ? Je l’avais toujours considéré comme un grand frère, comme une sorte de mentor, un patron à partir duquel j’élaborais et je brodais mes comportements. Rec ne flanchait jamais, il était toujours de bonne humeur, il avait toujours le mot juste, le trait d’esprit qui faisait mouche et qui banalisait la situation. Plus encore, Rec était un phare qui avait dirigé ma carrière au sein du BSI, toujours dans les intrigues, au bon endroit au bon moment, il était à l’affût et m’avait toujours correctement conseillé. C’était peut-être cela qui m’avait le plus attristé à la fin, avoir perdu ce phare. Je m’étais retrouvé seul, sans guide, sans ce magicien providentiel qui maintenait l’illusion. Malheureusement, l’illusion avait cessé à partir du moment où la bataille de la Forge Stellaire s’achevait, à partir du moment où Rec avait balbutié, où il avait hésité. Rec n’était plus et là je me retrouvais à nouveau dans un système militaire, cette fois sans guide. Seule Vasburg était ma référente, mais l’ambiance était différente et je la soupçonnais d’avoir vu clair dans mon jeu.
Je prenais un souper léger le soir. En silence, seul à ma table. Je débarrassais rapidement mes affaires pour finalement rejoindre ma chambre et me mettre en tenue de nuit. Je dormais d’un sommeil lourd, mon corps profitant avidement de cette occasion pour recouvrer sa forme et ses capacités. Le matin, j’étais envahi par les courbatures. Si Vasburg n’avait pas parlé, son silence avait été éloquent et mon état au réveil était un argument imparable. Je m’habillais rapidement, enfilant une nouvelle chemise sous ma vareuse que je boutonnais lentement. Ma casquette sur la tête, je me dirigeais au lieu du rendez-vous et je saluais le Lieutenant qui se trouvait déjà dans la salle. Je me demandais finalement ce qu’elle allait me dire concernant mon affectation, j’avais d’ailleurs une certaine appréhension par rapport à tout cela. Silencieux et obéissant, je n’avais rien dit de plus que le protocole et j’attendais, droit comme un i, que ma désormais supérieure m’invite à m’asseoir et commence à parler. -
Post n°35
Auteur : Atreïs HelcarAtréïs n’avait pas dormi, et cela se voyait sur le visage de sa copie, de son modèle. La femme brune avait des cernes notables et le teint encore plus blafard qu’à l’habitude. La faute à ce subordonné qu’elle n’était parvenue à canaliser qu’au cours d’exercices auxquels il s’adonnait sans réelle bonne volonté, ni envie, mais il fallait lui accorder ce mérite, il avait donné le peu qui lui restait. Il suffisait de le voir marcher, raide comme un piquet, pour comprendre que le Lieutenant avait sans doute trop chargé l’entraînement, ou surestimé les capacités qui, finalement, se trouvait être vieillissant. D’un signe de la main négligé, il l’invita à s’asseoir, alors que lui-même retournait sa chaise, se servant du dossier comme d’un accoudoir, plantant ses yeux noirs dans ceux d’Adriel. La suite n’allait sûrement pas plaire à l’agent novice, mais il s’était résolu à avoir une réelle discussion avec cet humain. Mais il ne se pressa pas, surtout pas. Choisissant ses mots avec soin.
La situation était à nouveau exceptionnelle, comme à chaque fois. Dans un monde normal, jamais ils n’auraient du être si souvent en relation. Les agents de la CSI sont bien souvent indépendants, isolés, se fondant dans le tissu social de manière à s’offrir une couverture, lorsqu’ils sont dans le Renseignement, ou récupèrent les consignes, frappent, puis se fondent à nouveau dans la masse. Atréïs était des seconds. Adriel, sans doute des premiers. Il était d’une intelligence rare. Supérieure à celle du soldat. Il n’avait pas de mal à le reconnaître, mais il lui manquait sans doute… une vision d’ensemble.
-Déjà, sachez que je ne vais pas vous torturer aujourd’hui. Ni les prochains. Je pensais que vous aviez mieux récupéré, mais si j’en juge votre tête, c’était une erreur.
Il avait dit ça d’un ton égal, masquant un certain amusement, habituel de la jeunesse face à l’âge… Quand bien même il avait vécu bien plus longtemps. Et puis, il fallait bien briser la glace, et Atréïs était tout sauf doué pour ça.
-Je vais aller droit au but. Vous n’avez pas les compétences suffisantes, actuellement, pour me suivre dans les missions qui me sont confiées. Infiltration, combat… et globalement, violence et brutalité, comme notre escapade l’a prouvé. Et je doute que vous ayez un jour la capacité et la volonté de les acquérir.
Nouveau silence. Le pouce de la brune se promena sur ses lèvres. Choisir ses mots, encore et toujours. Le fil tendu. Le numéro d’équilibriste.
-Je ne dis pas que vous ne pouvez pas être agent du DSP. Mais pas sur le terrain comme je peux l’être. Vous avez fait preuve d’une résilience… peu commune. Beaucoup auraient péri à votre place. Beaucoup auraient laissé tombé. Mais pas vous. Vous êtes un roc, vous semblez parfois insubmersible, et je me demande pourquoi et comment vous avez cette volonté en vous. Ce n’est pas celle d’un simple soldat.
Cette fois, elle pianota sur le dossier de la chaise, lentement. Venait le moment le plus pénible
-J’ai eu quelques nouvelles vous concernant, et moi aussi par ricochet. Votre… ancienne vie a connu un tournant pour le moins désagréable. Votre entreprise a été fouillée, de fond en comble, et AgroChrome est rentré dans le giron public sur Raxus Secundus, le temps de retrouver un repreneur… La procédure habituelle. La Loi Tedesczy pour être précise. Quant à vos affaires, elles reviennent à la Préfecture.
Il n’en disait volontairement que la moitié. Pour voir sa réaction. Voir ce qu’il en penserait.Spoiler : Spoiler
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Post n°36
Auteur : Arnon VeralJ’avais rejoint l’officier Vasburg et elle semblait ne pas avoir dormi. Si mon corps était encore meurtri, j’avais quand même commencé à récupérer, comme elle le souligna très justement. Je me devais d’être un minimum présentable. Lorsque je m’assis, déposant ma casquette sur la table après avoir salué ma supérieure, cette dernière m’indiqua que je ne serais pas « torturé ». Au fond de moi, je ne pouvais nier le soulagement qui émanait de cette annonce. Comme elle le développa par la suite, elle avait compris que je n’avais pas les compétences suffisantes et requises. Je ne pouvais pas intégrer le DSP, tout du moins pas dans la vision qu’elle en avait pour moi. Ce fut le coup de massue, la révélation qui aurait pu me faire flancher. Pourquoi m’avoir traîné dans toutes ces situations très compliquées alors ? A quoi avait joué Vasburg ? Avait-elle réellement eu l’intention de m’intégrer un jour ? J’avais été laissé pour mort, changé de nom et failli mourir en prison pour m’entendre dire que je n’avais pas les capacités. Quel moment avait fait flancher son opinion ? Pourtant, elle développa en m’indiquant que je pourrais sans doute faire partie du DSP, mais probablement pas comme agent de terrain. Fronçant les sourcils, je pris le parti de la laisser poursuivre.
La suite fut bien plus rude encore. Si je m’attendais à ce que mes capacités soient remises en question : après tout, je n’avais plus vingt ans et j’étais retourné à la vie civile depuis longtemps. Je devais aussi avouer que mon mensonge ne tenait pas un entraînement normal, je n’avais jamais vraiment combattu de manière professionnelle dans une armée, tout du moins pas dans les troupes combattantes. Je me défaussai en général en disant que j’étais dans des troupes d’appelés et de volontaire, ce qui était le cas du véritable Arnon Veral. Mais là, Vasburg m’annonçait autre chose : AgroChrome avait été récupéré par l’état, cela avait des conséquences très claires sur la suite de ma vie. Je n’étais plus personne et je n’avais plus de source de revenu. Pis encore, si mes affaires personnelles avaient été rendues à la préfecture, cela voulait dire que certaines choses risquaient de revenir à l’état et donc qu’elles risquaient de ressortir. Mais pour cela, il fallait qu’ils fouillent et ce n’était pas forcément ce qu’ils feraient. Après tout, il faudrait prouver et faire quelques connexions et si moi je connaissais la vérité, eux ne sauraient pas forcément que chercher. Je tentais de rester de marbre face à ces affirmations, tout du moins de ne pas trahir ce qui m’ennuyait vraiment. Il ne fallait pas donner à Vasburg des doutes supplémentaires -avait-elle besoin de cela ?- concernant une identité sur laquelle elle avait déjà des doutes. Je tentais de rassembler mes forces et ma volonté pour ne pas éructer de colère ou créer une autre situation problématique et je me reprenais, restant complètement calme.
-Cela est très fâcheux, Lieutenant Vasburg. En plus d’avoir perdu mon identité, j’ai également perdu tout ce qui me permettait de gagner ma vie. Donc si d’aventure je n’intégrais pas le DSP, cela veut dire que je ne pourrais pas revenir à la vie civile. J’ai littéralement tout perdu dans cette opération.
Je laissais volontairement le sujet en suspens, faisant claquer ma langue contre mon palais. Avais-je besoin d’en dire plus ? Vasburg comprendrait immédiatement où je voulais en venir, je n’avais plus d’autre choix à présent. Ce qui était initialement une entrée dans le DSP était maintenant devenu une obligation. Je ne pouvais plus faire marche arrière, je n’avais plus d’autre choix. AgroChrome serait certainement repris par un des membres fortunés de la Délégation…Que ce soit Roussimoff ou un des autres. Ceux qui avaient rêvé d’avoir notre carnet d’adresse et notre réputation. Tout ce que j’avais bâti pendant des années se trouvait désormais détruit, balayé d’un seul coup par des révélation de Vasburg. C’était vertigineux, j’avais une barre à la tête, comme une gueule de bois. Puis venaient d’autres questions : qu’allait-il advenir des agriculteurs à qui j’avais promis un soutien financier ? Aux projets que j’avais sur Raxus ? J’avais l’impression d’avoir été trahi, que le système une fois de plus me broyait. Un sentiment d’injustice nauséeux : l’idée que finalement, quoi que je fasse ou quoi que je dise, je n’étais doué que pour faire des choses moralement répréhensibles. Au final, c’était lentement ce dont je me rendais compte, était-ce d’ailleurs ce que Vasburg cherchait à me dire, en filigrane ? Je ne pouvais pas le savoir. Ayant encaissé la nouvelle, je fixais mon interlocutrice avec cette volonté qu’elle semblait avoir percé à jour. Il était temps d’être un peu plus sincère.
-Bon, je pense que nous en sommes donc à un point où en effet, je dois m’en remettre à vous. Cette volonté dont vous parlez, elle résulte de mon vécu, je n’ai pas menti sur un point, j’ai bien fait la guerre, et elle ne s’est pas terminée dans les meilleures conditions pour moi. Mais sachez que j’ai été formé à agir et à penser comme cela, donc avec cette expertise et ces qualités, quelles sont les options qui s’offrent à moi ?
Puisque de toute manière, je n’étais pas suffisamment naïf pour penser que j’étais encore dans une position de force. Il fallait être réaliste, après que j’ai été officiellement mort, perdu tout ce que j’avais, et dévalué par mon évaluation au DSP, je devrais prendre ce qu’on me donnait. Je devais aussi préparer la suite, vendre les qualités que j’avais et ces qualités et ces compétences…Elles impliquaient de dévoiler quelques détails. -
Post n°37
Auteur : Atreïs HelcarLa déception qui rongea subitement le visage du Sergent ne passa pas inaperçue, surtout pour Atréïs qui, de toute façon, avait les yeux rivés sur ses traits. Cela surprit le Gurlanin, qui ne s'attendait pas à une telle déconfiture pour l'homme. Après tout, il n'avait pas vraiment montré l'enthousiasme d'un jeune homme prêt à marcher contre vents et marées sur le terrain pour sa patrie. Au contraire, son calme naturel indiquait qu'il était tout à fait affectable ailleurs. La réponse d'Adriel, aussi cinglante qu'inattendue, confirma les doutes d'Atréïs : son subordonné ne se doutait sans doute pas du nombre de ramifications présentes au sein du DSP. Lui-même voyait déjà plusieurs pistes, notamment une qui... Oui. Cela pourrait faire l'affaire et arranger beaucoup de monde. Il croisa les mains devant sa bouche, pondérant une réponse et attendant que son Sergent ne finisse.
-Je pense que vous ne m'avez pas compris, ou pas entièrement. Et que vous n'avez pas compris ce que vous faites ici. Je ne vous aurais pas tiré de cette prison, ni de votre enfer, si je ne comptais pas sur votre intégration dans le DSP. Vous faites partie de notre organisation, et il n'y a pas de procédure à votre encontre pour vous en destituer. Il y en a une, en revanche, pour décider à quel service vous affecter, et c'est là que se situe le problème, si on peut l'appeler ainsi.
Il garda à nouveau le silence quelques secondes, réfléchissant. Arnon était encore plus blanc qu'avant d'arriver, ce qui n'était pas peu dire. Et surtout, il y avait dans ses yeux une résignation qu'Atréïs ne s'attendait pas à voir de sa part, pas venant d'un homme qui avait tout simplement échappé à une des morts les plus horribles qui soient, avant de passer des jours en prison.
-Il y a plusieurs possibilités, quand bien même la décision finale me reviendrait, j'ai l'intention de tenir également compte de votre avis. La première, et la plus simple, consisterait à former un binôme de terrain, avec moi, probablement. Mais cela impliquerait beaucoup de voyages, sans doute des conflits armés, bref... Pas vraiment votre domaine d'expertise, sans vouloir vous vexer. Une autre possibilité serait de vous intégrer au Bureau de Propagande. S'adapter à une culture, y véhiculer les messages de la Confédération, bref... promouvoir la CSI. Un travail nettement moins physique, mais qui fait appel, outre à une certaine intelligence, à une flexibilité et à un talent pour la diplomatie.
Atréïs en venait au point qui l'intéressait le plus, finalement. Il avait vu Arnon se mouvoir. Il avait vu ce qu'il était capable de faire, et il avait compris sur quel fragile équilibre il reposait finalement. D'autant qu'il restait toujours cette part de mystère en lui que le Gurlanin voulait percer et comprendre. Et pour cela, autant le mettre dans de bonnes conditions.
-Reste la dernière option. Retourner sur Raxus Secundus et vous y fondre en tant que membre du Bureau de Surveillance. Inutile de me reprocher et de me dire qu'il aurait fallu commencer par là, j'en ai tout à fait conscience, et c'est ce que j'envisageais moi-même au départ. Vous aviez l'oreille de la sous-préfète, et sa confiance.
Un nouveau silence s'installa.
-Mais vous n'y retourneriez pas juste pour cela. Ni pour reprendre AgroChrome. Non. Vous y seriez pour établir un réel réseau de surveillance sur place. Une toile d'araignée inextricable qui rendrait toute information connue de la CSI.
Le Lieutenant se redressa légèrement sur sa chaise.
-Je vous écoute. Je suis à l'écoute de vos remarques. -
Post n°38
Auteur : Arnon VeralJe reprenais ma contenance à mesure que Vasburg déroulait les différentes possibilités. En effet, je réalisai à quel point j’avais été conditionné au sein du BSI. Pour moi le travail était mono-tâche et les options uniques. L’Empire Sith avait créé tout un tas de bureaux et de divisions afin de pouvoir répartir le travail…De nous faire faire le sale boulot. Mais lorsque nous rejoignons l’une des sections, il était en général très facile de savoir à quelle tâche elle était rattachée. Le DSP en revanche semblait avoir de nombreuses ramifications et divisions. J’écoutais donc ce qu’avait à me dire Vasburg. Cette dernière énuméra mes possibilités. Si l’une était exclue d’office, c’était le travail de terrain, je n’avais pas vraiment les compétences pour faire cela et j’en avais parfaitement conscience. Autant que Vasburg tout du moins.
Concernant les deux autres possibilités, je ne fus qu’à moitié surpris. C’était un autre signe que celle que j’avais face à moi avait bien circonscrit mon profil psychologique. Avait-elle compris quelque chose sur mon parcours passé ? A l’époque où j’étais encore membre du BSI, j’aurais sourit à savoir que la CSI déployait une telle ingéniosité pour tenir sa population. Eux qui se présentaient comme le système libre par excellence étaient passés maîtres dans l’art de l’infiltration et du bourrage de crâne. Au fond, cela ne faisait que donner raison à Rec à titre posthume. Ce dernier avait toujours développé l’idée que tant que les hommes feraient société, la démocratie ou la liberté n’existaient pas. Rec était cyniquement convaincu que le libre-arbitre n’était qu’une illusion, que nos choix n’étaient que le produit d’un certain déterminisme social. Sur le fond, cela et son absence totale d’intérêt pour une quelconque spiritualité pouvaient expliquer les choix qu’il avait fait. Je me rendais compte que finalement, je n’avais jamais eu vraiment d’avis sur ces questions. Au fond, lorsque j’étais au BSI, j’avais fait les choses parce qu’on me les avait ordonné. J’avais bien eu des idéaux lorsque j’étais jeune, mais si j’avais rejoint le BSI avec autant d’enthousiasme, c’était principalement pour renverser la table. Je sortais de prison, j’étais jeune et révolté, j’avais été exploité, pour moi c’était un choix impulsif et presque romantique. J’étais passé d’un ouvrier délinquant à un officier du prestigieux BSI. Le contexte était maintenant différent, j’étais plus vieux, plus réfléchi, je n’avais plus besoin qu’on m’empaquette les choses pour les accepter. Cette colère que j’avais eu en moi à cause de mon manque de statut sociale, elle s’était peu à peu atténuée. J’avais eu honte d’avoir pris part à cette folie, tout en sachant paradoxalement qu’elle avait laissé en moi une terrible cicatrice…Celle de l’embrigadement. J’avais été endoctriné et convaincu et désormais, il ne se passait pas un jour sans que j’ai peur de revoir cette graine germer.
La propagande était un poste attractif, mais là-encore, cela incluait de partir et de tout repartir à zéro. Bien évidemment -et je soupçonne Vasburg de l’avoir fait à dessein- l’opportunité de retourner sur Raxus Secundus était la plus séduisante à mes yeux. J’avais comme un goût amer dans la bouche, un goût d’inachevé. J’avais tissé de nombreuses relations là-bas, y compris avec la Sous-Préfète Osso, ce que le DSP aurait eu tort de négliger. Mais j’avais bien compris que derrière ce visage inexpressif et juvénile, Vasburg cachait un cerveau qui fonctionnait à plein régime. Pragmatique et froide, Vasburg avait sans doute déjà pensé à tout ça. Alors qu’elle attendait mes remarques, je laissais quelques secondes afin de poser ma voix et de reprendre calmement.
-En effet, la première possibilité n’est pas envisageable. Je suis réaliste et je n’ai jamais eu l’entraînement pour cela, si j’avais vingt ans de moins, je tenterais peut-être le coup, mais ces missions ne sont pas pour moi. Il reste la propagande qui serait une bonne expérience dans laquelle je pourrais m’épanouir…
Je laissais quelques temps de pause, mon regard se perdant dans le vide de cette pièce au mobilier épuré. Pourquoi faisais-je durer un suspense qui n’avait pas lieu d’être ? Vasburg savait précisément ce que j’allais choisir, et ce n’était ni l’un, ni l’autre. Peut-être cherchait-elle à me piéger ? A me faire avouer quelque chose ? Sans doute, mais de toute manière, il n’était plus temps de jouer. Un petit sourire naquit sur mon visage.
-Mais vous savez probablement déjà que ces options ne sont pas celles que je choisirai spontanément. Retourner sur Raxus Secundus serait la meilleure option pour moi. Je ne nierai pas que c’est un choix d’ordre personnel. D’un point de vue opérationnel, cela se défend aussi, quoi de mieux qu’un agent qui a déjà tissé ses relations et qui est recruté alors qu’il a déjà son tissu social en place.
Et c’était vrai, je ne cherchais même plus à camoufler la justesse de mes pensées. Avant d’être affilié à l’administration, j’avais eu une formation générale, je savais donc comment se déroulaient les opérations de renseignements. Par contre, il y avait en effet des questions qui restaient en suspens. Une en particulier.
-Par contre, je suis curieux de savoir comment cela peut être mis en place si j’y retourne. J’ai tout perdu et on m’a enterré sur place. Si je veux constituer un réseau efficace, il va bien falloir que j’y retourne en tant qu’Arnon Veral, car c’est précisément grâce à AgroChrome et à mes accointances avec le milieu politique de la planète que je pourrai constituer un réseau de surveillance sur place et identifier un éventuel ennemi objectif. Sans ça, je risque d’être beaucoup moins efficace. Dans un tel scénario, je devrais également continuer mes actions telles qu’elles étaient avant la mission…Enfin, ça c’est le cas idéal.
Et je savais que mes arguments ne pourraient que faire mouche. Il était évident que mon réseau professionnel était une nébuleuse qui me permettait d’avoir des oreilles et des yeux partout. Si j’avais utilisé ça à des fins commerciales ou pour tenter de perfuser des petits agriculteurs en perte de vitesse, je devrais désormais l’utiliser afin d’établir le réseau que me demandait Vasburg. Dans le déroulement de la conversation, j’avais d’ailleurs négligemment employé le terme d’ennemi objectif, un terme dédié qui était employé par le BSI pour les opposants du régime. La trace indélébile du conditionnement face à un Lieutenant qui n'avait d'ailleurs à aucun moment demandé de débusquer un quelconque ennemi. De toute manière, maintenant, les cartes étaient entre les mains de Vasburg. -
Post n°39
Auteur : Atreïs HelcarLes yeux noirs du Lieutenant se posèrent sur son éphémère collaborateur. Leur gravité masquait au moins partiellement l'impression de soulagement qui l'envahissait suite à la réponse d'Arnon. Il fallait être clair : Atréïs avait eu faux sur toute la ligne. Mais c'était un échec parfaitement prévisible et anticipable, pour quiconque avait la moindre notion de la gestion d'hommes. Une première mission, un individu difficilement cernable et un environnement peu propice à la moindre réussite, voilà ce qui avait causé cet enchaînement d'échecs cuisants. Et le pire dans tout ça était que le Gurlanin... n'avait finalement aucune hiérarchie à qui se référer. Aucun supérieur réellement direct àà contacter pour demander une aide, un soutien, un conseil. Non, il était seul. Certes, il l'avait voulu, convaincu qu'il saurait gérer d'une quelconque manière ce qui l'attendait, mais il avait également totalement occulté la réalité, à savoir qu'il ne pouvait pas travailler seul ad vitam eternam. Par orgueil et par excès de confiance, il se retrouvait dans cette situation de contrition.
Mais il aurait désormais bien le temps d'y penser, et à plus d'un titre. Pour l'heure, il fallait régler le problème Veral. Car l'homme avait raison. Quelque part, il y avait une pointe de déception pour Atréïs, qui aurait espéré voir son subordonné relever une autre possibilité. Mais celui-ci restait cantonné dans le chemin que le Lieutenant traçait pour lui. Pas de suggestion autre, pas d'éclat de voix, c'en était à se demander si il était vraiment capable d'initiative ? Question idiote. Partant de rien, il avait réussi à créer une entreprise d'importance. Ce n'était pas à la portée du premier venu, et c'était suffisant comme preuve. Mais la dite entreprise... Elle était désormais sous tutelle de l'Etat. Et c'était là le principal problème. En plus du fait qu'Arnon Veral était mort. Alors quoi ? Que faire ? Le sourire sur le visage d'Arnon encouragea le cerveau d'Atréïs à tourner un peu plus fort. Et les maux de tête revenaient avec...
-Le cas idéal...
La bête reprenait les termes du Sergent. C'était à la fois pour se donner le temps de réfléchir, et à la fois pour lui signifier qu'elle demandait du temps, et qu'elle y pensait réellement. En fait, cela faisait désormais un moment qu'Atréïs y pensait. Il savait ce que voulait dire être déraciné. Lui-même avait abandonné sa planète, les siens, sa vie et sa culture, pour essayer de protéger Qiilura. Le sacrifice ultime pour la survie de sa race, quelque part. Renvoyer Arnon chez lui, si tant que c'était réellement chez lui, c'était presque une pénitence. Au moins, lui pourrait retrouver sa vie. Partiellement. Car désormais, l'ombre de la CSI et du DSP planerait au dessus de sa tête. Mais cela, c'était à lui de vivre avec. Il avait effectivement évoqué Raxus en dernier lieu car c'était la solution qui paraissait évidente à ses yeux, et manifestement aux yeux de la recrue aussi. Quelque part, il espérait aussi que cet acte, cette décision, l'érigerait en une sorte... d'allié ?
-Le cas idéal serait de vous rendre AgroChrome. De retirer la tutelle de la planète sur celle-ci, pour vous remettre en place. Mais vous avez été déclaré mort, par une des plus hautes instances de la Confédération.
Les doigts de Vasburg tambourinèrent sur la table. Quelques secondes, puis quelques minutes passèrent, le silence n'étant rompu que par ce bruit de tapotement, régulier, calqué sur sa respiration, sur les battements de son cœur. A la fois reposant et irritant. La brune finit par se lever, regardant Arnon.
-J'ai besoin d'air. Vous m'accompagnez ?
***
Il n'avait pas fallu beaucoup de temps à Atréïs pour récupérer un speeder auprès de la garnison, qui s'élançait dorénavant à pleine vitesse sur une plaine intérieure, sauvage et indomptable. A sa mesure, à son image. Il faisait preuve d'une certaine habileté, enchaînant les cavernes, les lacs, les tunnels, à l'aveuglette, uniquement pour se laisser porter par l'instinct et l'adrénaline, comme il l'avait toujours fait, et comme il le ferait sans doute toujours. Cette discussion avec Arnon l'avait laissé perplexe sur deux choses. Tout d'abord, la hiérarchie peu claire du DSP, qui lui laissait certes les coudées franches, mais également sans filet. Il fallait résoudre cela, sans aucun doute. Mais à côté... N'était-il pas un agent de Valkoinen aussi ? Un agent parmi les agents ? Autrement dit... Il était seul. La deuxième chose étant sa propre capacité de décision. Comme il le pensait plus tôt, il n'avait pas été capable de définir les bonnes actions, et il se retrouvait devant ce mystère... En pensant à tout cela, il regarda son passager. Pour l'heure, ils étaient restés muets. Mais il fallait bien que ça change...
Le speeder finit sa course au bord d'un lac intérieur, comme il en existait tant d'autres. Pourquoi celui-ci, et pas un autre ? Il n'en savait rien. Mais il avait quelque chose... d'apaisant. Le calme de sa surface, l'absence quasi totale de mouvement autour, la fraîcheur qui en émanait. Pour rajouter à l'informalité de cette escapade, le Lieutenant était en civil. Pas de fioritures. Manches courtes. Pantalon fin et bottes de marches. Rien ne pouvait trahir sa condition de soldat en l'état. Hormis le fusil sur la plage arrière du speeder, bien sûr. Mais elle ne le saisit même pas lorsqu'elle descendit, se rapprochant de l'eau, mains dans les poches.
-Ca aurait été plus simple si j'avais tiré, l'autre jour, finalement. Ou si je vous avais laissé pourrir en prison.
Il disait ça sur un ton léger, presque à la plaisanterie malgré la gravité des mots. Il n'en pensait rien.
-Je n'ai aucune idée de la solution à apporter à votre problème, Arnon, si c'est là votre vrai nom. Vu la facilité avec laquelle vous avez endossé la personnalité d'Adriel, j'en doute fortement. Mais je doute aussi que vous me racontiez votre histoire dans les moindres détails. De toute façon... Ce n'est pas le sujet. Vous étiez en bons termes avec la sous-préfète, Leiel Osso. C'est sans doute par là que passe votre salut et votre réintégration. Votre mort a sans doute agité quelque peu les sphères de votre... comment dirais-je... corporation, mais aux yeux du grand public, ce n'est qu'un nom de plus qui sera oublié aussi vite. Il y a donc deux ensemble à convaincre de votre retour, la préfecture et vos collègues.
Il fit à nouveau quelques pas. A l'air libre, il pouvait parler tout aussi librement, sereinement. Pour une fois, peut-être qu'il paraîtrait un peu plus normal. Un léger rire agita ses épaules alors qu'il reporta ses pupilles noires sur son collègue. Ce n'était pas ironique, encore moins moqueur. Non, c'était un rire parfaitement réel. Pour une fois, il avait la sensation de pouvoir se le permettre.
-Vous devez vous dire que je le fais exprès. Que c'est encore une ruse de ma part pour je ne sais quel plan machiavélique que j'aurais ourdi dans l'ombre pour faire sombrer je ne sais quoi. Mais je vous assure que c'est loin d'être le cas. Et que depuis le début, je subis autant que vous les événements. Mais revenons à nos Banthas. Pour convaincre la sous-préfète, je ne vois pas mille possibilités : il vous faut la voir, ou la revoir. Pour cela, nous pourrions nous servir d'Yggdrasil, une flotte confédérée, placée dans le système Raxus. En jouant bien nos pions, nous pourrions vous obtenir une audience. Reste vos estimés collègues. Pour eux, je crains qu'il ne vous faille vous débrouiller seul et déployer un argumentaire solide.
Il finit par se tourner directement vers Arnon, croisant à nouveau son regard.
-Je devrais pouvoir obtenir un démenti concernant votre mort. Avec de la chance, vous n'entendrez plus parler de moi. Du moins, je l'espère pour nous deux. Si j'y parviens, vous me raconterez ? -
Post n°40
Auteur : Arnon VeralQuelque chose n’allait pas, tout du moins Vasburg était contrariée. Je n’avais jusqu’à présent jamais vu cela chez elle. Cette femme semblait être une tueuse froide et croyez-moi, j’ai une expérience dans ce domaine. Au cours de ma longue carrière au sein du BSI, j’ai pu voir de nombreux tueurs froids et je sais les reconnaître. Pourtant, dans le cas de Vasburg, je semblais m’être trompé. Cette femme était-elle un pion entre les mains de quelques puissants ? Nous l’étions tous, c’était un état de fait, je l’avais admis depuis longtemps. Aussi, lorsqu’elle me proposa de prendre l’air, j’acceptai de bon cœur. J’avais moi-aussi besoin de sortir de ce carcan. La Confédération jouait avec nous et nous n’étions que de misérables petits insectes dont l’existence éphémère servait de puissants systèmes qui eux-mêmes finissaient par s’effondrer, happés par le néant froid et infini du cosmos. Cette pensée vertigineuse poussait au nihilisme le plus profond, à la pulsion de mort. Je ne pouvais ainsi que comprendre ce bon Lieutenant dans ses réflexions, sans réellement savoir ce à quoi elle pensait car si j’identifiais facilement sa gêne et son trouble, je ne pouvais pas savoir réellement quelle était la nature du problème. Avait-elle un quelconque remord concernant ce qui m’arrivait ? Est-ce que cela était allé trop loin ? Peut-être. Je me contentais de partir dans ma cabine qui était en fait une cellule. Si j’aurais voulu quitter cet uniforme qui me collait à la peau, je réalisai que je n’avais aucune affaire, je n’avais donc pas vraiment le choix.
***
J’avais pris place aux côtés de Vasburg dans le Speeder. Elle conduisait vite, les cheveux au vent, mais de manière experte. Cette femme semblait fuir quelque chose, et moi, je ne disais mot, ne sachant pas réellement à quelle sauce j’allais être mangé. Je n’étais pas naïf, je savais que Vasburg ne m’avait pas tout dit. C’était une femme -tout du moins en avait-elle l’apparence au moment où je parle d’elle- intelligente et bien plus sensible que je ne l’avais anticipé. Je l’avais sous-estimé en somme. Sur le fond, ce qui se passa ce jour-là la fit monter dans mon estime.
Le véhicule passa plusieurs ensembles rocailleux de canyon et de végétation clairsemée pour finalement rejoindre un lac sous-terrain. Moi, je me contentais de la suivre, mon uniforme déboutonné sur ma chemise immaculée. L’eau avait une couleur turquoise et elle était apaisée, comme figée dans l’éternité. Je me surpris à penser aux temps géologiques immémoriaux que cette eau avait dû traverser. Depuis combien de temps était-elle là ? Elle avait été filtrée à travers plusieurs couches de roches pour finalement rejoindre sa prison : une nappe phréatique qui affleurait à cet endroit. Il y avait quelque chose de sacré dans cette grotte…Un temple géologique qui nous ramenait à notre condition, celle d’un grain de sable dans l’univers. C’est précisément pour cela que je n’arrive pas totalement à regretter tout ce que j’ai fait, car je me dis que finalement, le manque de sens du monde qui nous entoure finira par gommer l’épiphénomène de l’Empire Sith, aussi mortifère soit-il. J
Je m’approchais de l’eau tout en écoutant Vasburg, cette dernière déroula ses arguments tout en souriant. Le discours était surprenant et pourtant, je ne pouvais qu’y adhérer en substance. Je souris à mon tour en me tournant vers elle, m’accroupissant comme un enfant pour saisir un petit caillou. Sa surface n’était pas rugueuse, elle était très lisse, comme si ce caillou avait été charrié par de l’eau courante. Y avait-il eu une rivière ? Le ressac des vagues ? Je ne connaissais pas la géologie d’Utapau, je ne pouvais donc pas faire d’hypothèse quant à ce qui s’était passé. Je fixais la roche marbrée qui constituait ce caillou, les marbrures formaient des vagues figée dans le temps.
-Je vous raconterai en effet. Je doute que la Sous-Préfète ou quiconque fasse des histoires quant à ma réintégration. Je pense que les autorités de Raxus Secundus ne sont pas ravies d’avoir AgroChrome sur les bras. C’est une petite entreprise avec un gros carnet d’adresses, l’état ne tirera pas grand-chose de sa liquidation et les ventes aux enchères seront impitoyables car beaucoup de grands groupes chercheront à miser gros pour acheter le carnet d’adresses et la position d’influence que nous avions réussi à bâtir. Ceci dit, je vous remercie pour la délicate attention et la proposition d’intercéder en ma faveur. Il faudra sans doute un peu de temps pour que je prenne mes marques : savoir à qui je dois rendre des rapports et ce que je dois faire exactement.
Tout ça n’était finalement qu’une formalité administrative. Le renseignement, la surveillance et la dissimulation, c’était quelque chose que j’avais appris à faire. D’ailleurs, Vasburg s’était amusée à le souligner. Sur le fond, je ne pouvais pas lui en vouloir. Je poursuivis donc, presque pris par la singularité du moment qui était hors du temps. Détaillant Vasburg, je remarquai que sans son uniforme elle avait l’air presque normal, on aurait presque pu la prendre pour une civile.
-Vous auriez pu en effet me tuer. Ou me laisser croupir en prison, ce qui serait revenu au même car j’aurai sans doute mis fin à mes jours. J’ai été incarcéré dans une autre vie, il y a de cela bien longtemps et je me suis promis que je n’y retournerais jamais. Dans cette autre vie, vous m’auriez sans doute abattu comme un chien, mais tout cela, c’est du passé. Un passé révolu qui m’a marqué dans ma chair et qui a asséché mon âme. J’ai fait ce que j’ai fait, des choses clairement mauvaises aux yeux de tous, des choses honteuses, mais à ma place, croyez-moi, vous auriez sans doute fait la même chose. Nous sommes tous les produit de notre propre société…
Moi-même je n’arrivais pas à comprendre pourquoi je me confessais à demi-mot. Sans doute l’ambiance surréaliste de cette grotte et le moment, une conjonction, une fenêtre pendant laquelle tout était possible. Un éphémère laps de temps. Je continuais, le regard perdu dans les ondées immobiles qui recouvraient la grotte. Un sourire désabusé orna mon visage, avant de disparaître.
-Vous et moi, nous nous rejoignons sur un point, les noms ne sont que des mots qui sont facilement oubliés, donc pourquoi ne pas les endosser tout aussi facilement. Je n’ai ni famille, ni proche donc au final, changer d’identité n’est pas si difficile.
Je souris, cette fois espiègle. Je jouais avec le feu mais au fond, ce suspense n’avait que suffisamment duré. Vasburg s’était dévoilée dans une certaine limite à moi et je savais que tôt ou tard, la vérité finirait par éclater. Donc autant jouer la partition jusqu’au bout, j’aurais préféré me faire abattre par Vasburg de manière propre plutôt que de pendre au bout d’une corde après un procès humiliant. En me relevant, je jetais la pierre au niveau du lac, elle tomba dans un clapotis et fit naître des ondes concentriques qui se propagèrent rapidement. Fixant les mouvements de l’eau je repris d’une voix calme.
-Ludwig…C’est mon véritable prénom et j’ai fini la guerre avec le grade de Capitaine. Ne vous fatiguez pas avec les registres, vous ne m’y trouverez pas, je suis un homme très prudent, c'est d'ailleurs ce qui m'a permis de vivre correctement pendant tant d'années sans être inquiété.
Je souris à nouveau, toujours un sourire désabusé. Je venais de faire un pas vers Vasburg, c’était de bonne guerre et largement mérité. Au final, j’avais été injuste avec elle et je le reconnaissais volontiers car maintenant que j’avais une vision un peu plus générale de la situation, je ne pouvais nier qu’elle me sortait d’une situation peu enviable. Maintenant elle pourrait me voir sans concession, sans fioriture, dans l’acceptation totale de ce que j’étais : un homme brisé, amer de ses crimes passés et désabusé de tant d’années de vie paisible et routinière. -
Post n°41
Auteur : Atreïs HelcarLe Gurlanin sourit en se tournant complètement vers Arnon. Ou Ludwig. Ou Adriel. Ca n'avait pas d'importance. Alors qu'il tenait à rester discret sur ce qu'il était, il fallait qu'il tombe sur une autre personne ayant une identité secrète et un passé pouvant lui donner du tort. Comme quoi, les deux soldats étaient proches l'un de l'autre, dans une certaine mesure. Elle se rapprocha, tendant une main vers son désormais ex-subordonné.
-Alors nous avons un accord, Arnon. Vous resterez Arnon Veral, directeur d'AgroChrome le jour, agent du Bureau de Surveillance la nuit, si j'ose dire. Et ne prenez pas cela comme un ordre, sinon vous ne dormirez pas, j'ai cru comprendre que vous suiviez les directives avec un certain zèle.
Le trait d'humour, caustique et acéré, était parti tout seul. Ce n'était pas dans les habitudes d'Atréïs, il venait réellement de se surprendre lui-même avec cette petite pique. Mais après tout, Arnon lui en avait tout de même fait baver, alors c'était presque mérité...
-Vous devrez récupérer AgroChrome à la seule force de votre cerveau et de votre poignet. Nous ne pouvons pas faire intervenir les Services au moindre pet de travers, vous comprenez, j'espère. Vous croiserez peut-être d'autres agents de la CSI, en ignorant qu'ils en sont, et vice-versa, des gens qui sont en dehors... A vous de tisser votre toile, comme je le disais. De vous rendre indispensable à la bonne marche de la collecte d'information sur Raxus Secundus d'abord, au delà ensuite.
Quelque part, il y avait un peu de déception dans la voix d'Atréïs. Finalement, il avait échoué de son côté. Et ça, il était probable qu'on ne lui pardonne pas. Valkoinen risquait de lui reprocher d'avoir perdu du temps. L'Agent Spécial risquait de lui reprocher d'avoir pris des risques. Tout cela en vain, finalement, pour sa propre enquête, si ce n'était de s'attirer les foudres de ses deux supérieurs. L'image du fil tendu lui revint en tête, un instant. D'un côté, la sphère politique et militaire. De l'autre, celle plus nébuleuse de l'information, de l'ombre... Les deux pour lesquelles il travaillait, indépendamment.
-Espérez ne jamais me revoir, ce serait... mauvais signe, je pense. Je n'ai guère le temps pour les visites de courtoisie, et je doute que vous le souhaitiez quoi qu'il en soit.
Il finit par se détourner, pour revenir au speeder. L'escapade, hors du temps, des obligations et des ordres, était terminée. Pour lui, c'était le retour à une froide réalité. Pour Arnon, un retour aux sources. Le véhicule vola jusqu'à la base de nouveau, et Atréïs se sépara du Sergent, non sans lui annoncer qu'il avait deux ou trois jours libres désormais, lui conseillant à la fois de se reposer et de remettre ses idées en place.***
-Vous plaisantez, j'espère, Lieutenant ?
La voix calme et froide de Valkoinen fit frissonner l'échine du Gurlanin, qui resta droit dans son hologramme, malgré la brutale chute de température de son corps. Il venait de faire son rapport à la Générale Suprême, et il remerciait presque la Force que ses yeux ne fussent pas des blasters, sans quoi il serait mort sur place.
-Générale Suprême, je vous assure que j'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir, mais j'ai besoin de votre aval le concernant, et...
-Silence. Vous êtes sur Utapau pour enquêter sur une activité Sith, Lieutenant, et vous me parlez d'une RECRUE, pour le BUREAU DE SURVEILLANCE ? Avez vous perdu la raison ?
Atréïs baissa légèrement la tête, se mordant la lèvre. Son regard se posa un instant sur son uniforme impeccable avant de relever la tête. La Générale avait raison, bien entendu. Elle lui avait tendu une main qui aurait pu le propulser à des hauteurs insoupçonnées, et il s'était purement et simplement pris les pieds dans le tapis, en se perdant dans des considérations personnelles, sans prendre en compte la globalité de la situation.
-Avez-vous quelque chose à dire pour votre défense ou dois-je vous mettre aux arrêts pour incompétence ?
-Non, Générale. Je n'ai pas oublié ma mission, pas plus que je n'ai oublié que je suis Humaine avant tout. Le Sergent Veral était en difficulté, et je suis certaine que la perte de temps liée à son sauvetage sera compensée par sa capacité et ses compétences. Je suis persuadée que son recrutement était la bonne chose à faire, et c'est pour cela que je vous demande une ultime faveur. Je n'ai perdu que quelques jours sur une enquête dont les faits remontent à des mois. Les éléments restent présents, j'en suis sûre, et je les découvrirai.
La Générale Suprême resta silencieuse un long moment devant l'argumentaire de sa subordonnée. Elle en avait fait ses yeux, ses oreilles dans la Bordure Extérieure, et tout ce qu'elle ramenait, c'était un agent supplémentaire ? Pourtant, il lui fallait admettre qu'elle n'avait pas forcément tort. Mais Valkoinen avait besoin de résultats, absolument, et les divagations optimistes d'un simple Lieutenant n'étaient pas suffisantes.
-Je vous laisse une dernière chance, Lieutenant. Découvrez ce qui se trame dans la Bordure, ce qui s'est passé ce jour-là exactement. A défaut, vous irez rejoindre votre ami sur Raxus, et pas comme Agent.
La communication se coupa, alors qu'Atréïs laissa s'échapper un profond soupir de soulagement. A défaut de réellement convaincre sa supérieure officielle du bien fondé de sa réflexion, au moins lui avait-elle accordé un répit supplémentaire. C'était tout ce qu'il demandait, et ce dont il avait besoin. Mais désormais, il devrait agir seul. Et c'était bien là le souci. Surtout qu'un problème n'arrivant jamais seul, une communication cryptée lui parvint. Décidément, la journée serait longue.Spoiler : Spoiler
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Post n°42
Auteur : Atreïs HelcarAttablée devant un simple bol de soupe de vitamines et d'acides aminés, accompagné pour le goût de légumes qui se révélaient fades et sans intérêt, la petite femme brune, engoncée dans sa veste de cuir, ruminait dans son coin. Les derniers mois n'avaient pas été vraiment cléments pour elle, et ça se voyait à ses yeux qui, même si ils restaient acérés, ceux d'un prédateur, étaient fatigués. Tout ce temps passé à lire des rapports plus obscurs et alambiqués les uns que les autres, à exploser ses rétines sur les écrans d'ordinateur, à s'interroger encore et encore puis à relire une énième fois les écrits qu'il connaissait par cœur à force... Et surtout, tout ça pour rien. Il avait, pensait-il, absolument tout contrôlé. Oui, il y avait des zones d'ombre, mais rien ne semblait pouvoir les éclairer, même si son instinct lui soufflait... non, lui hurlait qu'il manquait la vérité. Pourtant, tout semblait se recouper. L'administrateur Blaum avait bien été tué par la Générale Lyzs Yvanol, en la présence d'un unique témoin, le lieutenant Tericarax, déclaré mort depuis. Evidemment, sans l'apport d'un tel témoin, il n'y avait aucun espoir de faire rejaillir une vérité cachée. Surtout qu'Yvanol était une sensitive, capable de brouiller les pensées.
Pourtant, il y avait toujours ce minuscule doute, à commencer par une question primordiale : quel intérêt aurait eu une Générale de l'Armée Républicaine à commettre un meurtre lors d'une opération spéciale entre les deux surpuissances galactiques ? La simple question de l'ambition et de l'escalade de la violence sonnait faux aux oreilles du Gurlanin. Utapau restait une planète somme toute mineure et Blaum était un administrateur tout aussi insignifiant finalement, au vu de la machinerie grotesque qu'était la CSI, il serait vite remplacé dans ses fonctions. Ce n'était clairement pas une cible à abattre pour quelqu'un qui voudrait plonger la CSI dans le chaos. Vers qui se tourner alors ? La Lieutenant Tericarax ? Mi-droïde, mi-organique, totalement fou ? Peu envisageable. Ses états de service étaient loin d'être mauvais, et il était plus un cerveau et un chercheur qu'un politique. Le cyborg Khalee n'avait lui non plus aucun mobile apparent. Plus sa réflexion allait loin, plus il devenait évident, voire obsessionnel, qu'il tenait là deux magnifiques boucs émissaires. Mais avec un mort et une prisonnière, inutile de chercher à fouiller dans les interrogatoires.
Le Gurlanin passa une main dans la crinière brune, s'adossant à son siège avec un soupir désabusé. Etait-il descendu assez loin ? Tarun Blaum avait eu des ennuis avant cette sombre histoire d'assassinat, avec déjà une première tentative menée par des Sith, semblait-il, ce qui avait mené à cette mise à prix délirante des têtes de tout sensitif au sein de la Confédération, si il comprenait bien. Restait l'explication à tout cela. La pièce manquante du puzzle. Entre ses doigts, il jouait avec son comlink d'une main habile, comme si il pouvait lui être d'un quelconque secours. Cela faisait bien longtemps que plus personne ne lui avait vraiment adressé la parole, depuis qu'Arnon avait quitté la planète en réalité. La Générale Suprême s'était bien gardée de le recontacter, et il comprenait, après tout, il était inefficace au possible. Il se redressa. Une humaine au milieu des Pau'an, ça attirait fatalement l'attention, mais il y était habitué désormais. Sans rien dire, il paya et retrouva la chambrette qu'il louait depuis trop longtemps maintenant.
Il s'allongea sur le lit, mains sur le visage. Ca faisait des mois qu'il répétait ce même rituel, chaque soir qu'il voyait, se remémorant comme une litanie et un mantra les différents éléments de son enquête. Blaum, Tericarax, Lyzs, Siths, Utapau... Mais cette fois, il n'eut pas le temps de produire sa logorrhée jusqu'au bout, interrompu par le bruit de son comlink dans son oreillette. D'une main lasse, il activa la communication, sans doute un peu trop rapidement à son goût, comme si c'était salvateur.
-Lieutenant Vasburg. Ou devrais-je dire Helcar ? Vous pouvez garder le silence, je ne compte pas vous garder bien longtemps.
La violence des propos de cette voix inconnue eut l'effet escompté : Atréïs était simplement mouché, et il n'avait aucune envie d'ouvrir la bouche.
-Inutile de vous affoler, je ne compte pas dévoiler votre petit secret, pas plus que je ne compte vous mettre de bâtons dans les roues. Je sais que vous êtes sur Utapau, et j'ai de bonnes raisons de penser que votre enquête rejoint la mienne. A vrai dire, j'en suis même persuadée.
Le cerveau d'Atréïs tournait à plein régime. Avait-il déjà entendu cette voix ? Non, mais elle était probablement modifiée. Les intonations ne lui parlaient pas, pas plus que les inflexions de ton qui trahissaient malgré tout une personne avec une grande confiance en elle, et surtout, habituée à ce qu'on obéisse au moindre son de sa voix. En d'autres termes, une personne puissante, mais dans la lumière ou dans l'ombre ? Voilà un mystère de plus qu'il allait devoir mettre de côté en attendant la suite.
-Je ne vous dirai pas qui je suis ni quel est mon intérêt dans tout ça. Mais je peux vous révéler que jamais vous ne traduirez en justice le commanditaire du meurtre de l'administrateur Blaum. Celui-ci est mort depuis quelques temps déjà, emporté par ses propres ambitions. Quant aux témoins potentiels de ce qu'il s'est vraiment passé ce jour-là, la grande majorité est désormais morte également.
C'était comme si le Gurlanin avait pu entendre un sourire se dessiner de l'autre côté du comlink, comme si il entendait ni plus ni moins que la satisfaction dans l'air, alors que la voix prenait une pause qu'elle savourait ostensiblement. Lui-même contint un déglutissement qui aurait trahi son appréhension bien légitime quant à la suite.
-Tarum Blaum fut tué sous l'ordre de Sharkaran Eldjurath. Ce nom vous est sans doute inconnu, il était l'un des 4 consuls de la Confédération.
Heureusement qu'Atréïs était assis. Même lui avait entendu parler du Consulat, cette assemblée si nébuleuse qui dirigeait à peu près tout et était plus ou moins à la botte de l'armée. En tout cas était-ce le cas au début, mais cette réalité devenait de plus en plus fragile avec le temps.
-Si les raisons de cet acte me sont inconnues, elles n'ont désormais que peu d'importance, car sa mort fut elle demandée par ses propres pairs. Voici qui j'espère lève un peu le voile sur le marasme dans lequel vous fouinez, Lieutenant.
Alors, c'était cela ? Un complot politique de A à Z, maquillé pour permettre d'éviter les questions embarrassantes, tout en déclenchant presque une guerre avec la République Fédérale ? C'était impensable tout autant qu'évident. Mais il restait une ultime question, en suspens, qui brûlait les lèvres d'Atréïs.
[color]-Pourquoi me révéler cela ? -
Post n°43
Auteur : Atreïs HelcarLa question était aussi légitime que dangereuse, tout comme devait l'être l'interlocutrice du Gurlanin qui avait bien du mal à se concentrer sur ce qu'il entendait, tant les implications lui semblaient violentes et improbables. Un Consul, la plus haute autorité confédérée, s'était permis ni plus ni loin que de faire abattre un haut administrateur d'Utapau. Le pire dans cette situation était qu'Atréïs se doutait de la suite. Il se doutait que tout cela n'était qu'un pan du décor et que toute une partie restait encore cachée. Ce n'était pas cette discussion qui allait le sortir du pétrin, mais au moins, il voyait là une manière de revenir à Valkoinen sans avoir les mains vides.
-J'ignore encore pourquoi vous enquêtiez là-dessus, mais je sais que vous ferez bon usage de ces informations, Lieutenant. Dans le cas contraire, vous n'auriez de toute façon ni la crédibilité de prouver vos dires, ni la capacité de survivre aux forces de la CSI qui voudraient abattre le traître dans leurs rangs. Bonne chance.
La menace était à peine voilée, et le conseil était à peine plus rassurant. Cette fois, il ne put s'empêcher de déglutir silencieusement. Quelque chose était à l'affût dans l'ombre, et il ne faisait aucun doute qu'il allait devoir y plonger tête la première désormais. Restait à trouver une manière de faire, et de présenter les choses à la Générale Suprême... Et que dire du DCRS ? Le double-jeu serait compliqué à entretenir, mais il n'avait pas le choix. Surtout qu'il lui semblait que tout ses faits et gestes étaient connus de la Galaxie... Malgré tout, il se secoua. N'importe qui de suffisamment haut placé, ou de débrouillard, pouvait avoir accès aux différentes bases de données, et voir qu'un Lieutenant avait été envoyé en mission sur Utapau en revenant de Raxus Secundus. Ou bien, il avait été vendu, mais c'était peu probable. L'aspirant 8913 était à nouveau face à ses questions. Mais cette fois, il avait quelques réponses et pouvait retourner au bercail. Immédiatement, il commanda une navette.
Et tout aussi immédiatement, son comlink sonna à nouveau, cette fois ce fut une voix bien connue qui l'accueillit, bien plus cordiale mais toujours avec cette petite pointe de moquerie qui pouvait agacer. Petit Homme avait cette faculté à énerver absolument n'importe qui...
-Aspirant ! Je vois que vous préparez déjà votre retour d'Utapau, j'imagine que vous avez des nouvelles à nous apporter, dans ce cas.
-Oui, Monsieur, mais je ne peux pas vous apporter de preuves formelles, celles-ci venant uniquement d'un témoignage. Mon enquête n'est pas finie, pas encore, mais je sais déjà que ce n'est pas à Utapau que je trouverai les réponses. Je dois consulter des registres et des enregistrements sur Géonosis.
-Géonosis, hein ? Mh...
Un silence s'installa dans la communication, aussi gênant que pesant. Le semi-mensonge d'Atréïs tenait la route, pour l'instant, mais il avait tout intérêt à repartir de la capitale avec des preuves tangibles.
-Avez-vous la certitude que vos résultats seront satisfaisants ?
-Si on ne m'a pas menti, nous avons échappé de justesse à une catastrophe d'ampleur dans les plus hautes sphères, et à un bouleversement majeur. Je n'ai pas plus de détails.
-Soit. Vous avez carte blanche pour votre enquête. Découvrez ce qu'est cette menace et qu'en sont les implications... Agent 951.
-Vous voulez dire...
-En effet. A plus tard, Vasburg.
Il resta coi. Il s'attendait à se faire taper sur les doigts, pas à être promu aussi rapidement ! Et d'une manière aussi cavalière, ça ne ressemblait pas aux services. Mais vraiment, il n'y avait pas de doute à avoir, surtout qu'il reçut quasi immédiatement une confirmation via ses états de service. L'aspirant 8913 venait de devenir l'agent 951. Pas de nom, de prénom, de photo... Juste une confirmation sécurisée qui lui était dédiée. Etait-ce pour cela que Petit Homme l'avait appelé Vasburg ? Il grimaça à cette idée, il préférait être appelé Agent, ça évitait les mésaventures... Même si il était au courant de sa seconde identité, il n'était pas sensé l'utiliser. Il faudrait tirer cela au clair un jour, mais pour l'heure, il avait à faire.
La route jusqu'au spatioport lui sembla durer une éternité. Son fusil à l'épaule et son uniforme sur le dos, il repartait surtout avec la tête lourde et remplie d'idées et de questions qui lui occasionneraient sans doute des insomnies dans les jours à venir. Et parmi elles, la pire d'entre toutes : avait-il réellement vu son identité être éventée ? Valkoinen semblait le savoir. Sa source également. Petit Homme pourrait le savoir aussi. Mais il y avait toujours un infime doute, car aucun ne l'avait réellement dit, ne l'avait annoncé. Il réfléchissait tout en marchant, se demandant si il ne devrait pas prendre le temps de retrouver et d'interroger les uns et les autres. Sans doute, un jour ou l'autre, pour éviter tout risque. Sans s'en apercevoir, il arriva à la navette, embarquant sans même saluer le droïde pilote, s'asseyant à l'arrière, la tête penchée vers le hublot. Rapidement, le vaisseau s'arracha du sol, laissant derrière Atréïs une planète toujours nimbée de mystères irrésolus.
Valkoinen attendait.
