Politique extérieure
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Post n°28
Auteur : Arnon VeralMon calot sur les genoux, j’écoutais le Lieutenant. Elle-aussi savait très bien rester concise et j’apprenais petit à petit qui avait voulu me tuer. Delia en avait-elle après le DSP ? Peut-être pas, mais bon la théorie du « mauvais endroit au mauvais moment », je la connaissais bien…C’était l’épitaphe qu’on pourrait mettre sur ma tombe. Ainsi j’étais une victime collatérale du système et Vasburg en était le bras armé, cela ne répondait pas à toutes mes questions, pourtant le Lieutenant s’efforça de me donner quelques clefs pour comprendre. La CSI, que je voyais comme un régime relativement démocratique n’avait rien à envier à l’Empire Sith dans certaines de ses institutions. Pourtant, si mes sourcils se froncèrent périodiquement au cours de la discussion, je n’interrompais pas mon interlocutrice. Je crois d’ailleurs qu’elle ressentit à certains moment mon malaise, recadrant la discussion afin de bien m’indiquer que je n’avais aucun intérêt à me venger. Pourtant, à l’évocation des « pratiques non avouables » m’arracha un rictus, petit sourire en coin que je ne pus réprimer. Pourtant, je crois qu’à cet instant, dans mon for intérieur, je savais que cette manie chez moi énervait profondément Vasburg, mais c’était irrépressible chez moi et bon, nous avions tous nos travers.
-Des cadavres dans le placard hein ? Décidément, ça devient une habitude dans l’armée ça. Espérons donc pour nos amis de la Légion Amber qu’ils ne tuent pas la mauvaise personne un jour. Arnon Veral n’a ni testament, ni famille, ni bien précieux : un appartement, quelques affaires. La seule chose qui ait vraiment de la valeur, c’est AgroChrome et avec ce que nous avons initié avec la Délégation, c’est peut-être mieux ainsi, que ça revienne au gouvernement de Raxus. Peut-être que finalement AgroChrome servira à quelque chose…
Mon regard se perdit dans le vide, le rictus avait disparu, pour laisser l’espace d’un instant place à une sorte de nostalgie baignée dans la tristesse. Je n’avais pas ressenti quelque chose de similaire depuis des années. Je ne saurais pourtant vous dire s’il s’agissait de la tristesse pour cet Arnon Veral, qui avait été inventé de toute pièce, ou une nouvelle fois que je faisais face à mes démons du passé. Je me ressaisissais pourtant rapidement, soutenant le regard de Vasburg. A détailler ses pupilles sombres, ses traits sérieux, je sus à cet instant…Je savais qu’elle savait. Au fond d’elle, elle savait que j’avais menti, elle me l’avait dit dans le canyon et même si elle faisait bonne figure, elle avait compris. Jusqu’où se doutait-elle ? Je me promis de faire cesser ce poker menteur à un moment, pas maintenant, non, ce n’était pas le moment, mais dans la situation où j’étais, les choses allaient forcément ressurgir un jour. Je souriais à Vasburg, beaucoup plus sincèrement cette fois, pour conclure la conversation sur ce sujet qui semblait l’ennuyer. Elle ne manqua d’ailleurs pas après avoir donné la marche qu’elle allait suivre à me mettre en garde contre une possible envie de me venger
-Quoi qu’il en soit, allons de l’avant. Il est vrai que je leur en veux, mais vous n’avez rien à craindre de ce côté-là, je ne me vengerai pas. Je tiens à vous le dire, vous aviez raison, ces choses-là ne valent plus la peine qu’on s’attarde dessus, nous n’avons plus aucune prise dessus de toute façon. Votre pragmatisme a triomphé, Lieutenant, j’abdique.
Je terminais ma phrase avec un sourire sincère. Après tout, je m’étais trompé, si beaucoup de gens éprouvaient une certaine fierté à ne pas démordre de leurs opinions, je n’avais pas ce travers -j’en avais bien d’autres- qui pouvait en général bloquer une conversation. J’étais certes buté, têtu, mais je n’avais pas de problème à reconnaître mes torts face à des évidences. Force était de constater que les évidences étaient là. Je devais le reconnaître.
-C’est parfait, cela me va. Je suis prêt à reprendre l’entraînement, cela faisait une éternité que je ne m’étais pas servi d’une arme. Je suis encore blessé, mais bon, je devrais pouvoir m’en sortir pour l’entraînement, nous commencerons quand vous voulez, j’ai hâte de reprendre du service…
Cela m’avait échappé, naturellement, presque sans que je puisse m’y opposer. Car oui, une partie de moi avait envie de reprendre du service, depuis longtemps. Bien sûr, cela était différent, la CSI était différente…Quoi que bien moins que je l’imaginais au début. J’attendais donc patiemment la suite et que l’officier me donne les instructions nécessaires. -
Post n°29
Auteur : Atreïs HelcarAtréïs commençait à récolter les informations qu'il avait cherché pendant un long moment. Déjà, son subordonné nouvellement nommé ne semblait pas faire obstacle à une coopération. C'était une bonne chose pour travailler sereinement. Ensuite, le malentendu était dissipé, et cela lui éviterait des problèmes à l'avenir. Restait évidemment le problème Arnon Veral, et sa mort. Inévitablement, il y aurait des conséquences qu'il ne pondérait pas encore bien, et il nota mentalement qu'il lui faudrait se renseigner sur Raxus Secundus, mais chaque chose en son temps. Non, ce qui le contrariait réellement, c'était de savoir qui il avait réellement fait disparaître : un soldat fidèle et réel ou une simple couverture comme celle que le Gurlanin avait percé ? Il se doutait de la réponse, mais n'avait qu'un faisceau de présomptions, et pas l'ombre d'une preuve. Au delà de la simple vérité qui le chatouillait, il y avait surtout l'envie de comprendre les motivations et les leviers qui fonctionnaient chez ce nouveau Sergent. Il nota mentalement de refaire un tour sur Raxus, le moment venu. Qui sait ? Peut-être que la sous-préfète serait plus loquace...
En attendant, il avait autre chose à faire. Dérouiller l'homme, qui n'avait plus du voir un combat depuis un moment, hormis ce fatras qu'ils avaient causé la veille, qu'on ne pouvait même pas appeler un combat, tant le chaos avait régné.
-Bon. Si vous êtes prêt à reprendre du service, nous n'avons aucune raison d'attendre. Je vais déjà évaluer vos compétences. Puis, nous aviserons.
Il se décolla du mur avec un rictus. Son corps était encore engourdi, et son épaule le lançait, mais hors de question de le montrer. De toute façon, ça ne changeait pas grand chose pour lui, et il comptait bien voir de quel bois était fait Adriel.
-Nous nous retrouvons d'ici dix à quinze minutes au champ de tir.
Atréïs avait l'intention de tirer aussi. Beaucoup. Il avait raté plusieurs fois sa cible, et ça le mettait particulièrement en rogne. Aussi, il précéda Adriel sur la piste d'entraînement, son fidèle DLT-20A à l'épaule. D'ailleurs, il était déjà en place lorsqu'il arriva, et eut juste un signe de la main pour lui demander d'attendre qu'il finisse son chargeur. De l'extérieur, rien ne bougeait, chez la femme brune. Sa respiration était lente, calme, profonde. Les muscles de ses bras étaient tendus, ses épaules relâchées. Couchée sur le sol dans son uniforme marron, les jambes légèrement écartées, elle se servait d'un coude comme support, calant son fusil entre son cou et son épaule, l'oeil rivé dans la lunette de l'arme. Une inspiration. Une expiration. Elle bloqua. Son doigt enfonça la gâchette. Une fois, deux fois, trois fois. Les trois coups résonnèrent dans l'air à intervalles réguliers, laissant la brune totalement passive. Un coup à la tête, deux coups au torse, sur une cible située à plus de cinquante mètres. Suffisant pour lui arracher un grognement, mais il était difficile de déterminer si c'était de la frustration, du dépit ou de la satisfaction. Un mélange des trois, peut-être.
Le canon encore fumant, elle se releva sur les genoux, faisant sauter le chargeur de son arme dans l'herbe, pour en récupérer un autre avant de se lever. D'un geste précis, elle rechargea le fusil sniper, avant de regarder Arnon.
-Je vous avais fait parvenir une arme, j'imagine que vous ne vous y êtes pas attaché. En tout cas, je ne l'espère pas. Quoi qu'il en soit, en voici une seconde, j'espère que cette fois vous aurez le loisir de l'utiliser. Non pas que je le souhaite, cela dit.
Le Lieutenant lui désigna le holster posé sur la table à côté de lui, avant de se tourner vers le champ de tir, désignant les différentes cibles.
-Trois cibles. Dix, vingt-cinq puis cinquante mètres. Tir debout, accroupi et couché, que je voie un peu votre habileté dans chaque cas. Essayez d'oublier que je vous regarde, et concentrez vous uniquement sur votre but. Sachez que je considère qu'un tir qui n'est pas à la tête est un tir manqué pour moi.
Puis elle s'écarta. Elle avait retrouvé un léger sourire de façade, mais sa dernière phrase ne laissait guère de place au doute : son propre tir la contrariait grandement, mais ce n'était pas elle qu'on jugeait. Se postant un mètre en arrière, bras croisés, elle observa son nouvel adjoint. Sa faculté ou non à tirer n'avait en fait que peu d'importance. C'était son attitude qui primait. Si, comme il le disait, il était un soldat qui avait vu le front, alors son corps reproduirait les gestes et postures de l'entraînement. Si il y avait autre chose, Atréïs le verrait. Les conditions de tir étaient presque parfaites. Le vent était très léger, presque nul, la température ambiante agréable, et les nuages couvraient le soleil. Il s'était surpris à apprécier le contact de l'herbe sur son menton alors qu'il tirait. Ca lui changeait du sable brûlant de Géonosis... -
Post n°30
Auteur : Arnon VeralLe ton avait changé, les choses étaient désormais apaisées avec le Lieutenant. Je devais le reconnaître, c’était mieux ainsi. Quel autre choix avais-je que de m’adapter à cette nouvelle réalité ? Il fallait bien le reconnaître, je n’étais pas dans une position favorable. J’avais bien conscience, à ce stade de l’histoire, que Vasburg se doutait de quelque chose et que je ne faisais que gagner du temps par rapport au moment où elle se déciderait à me cuisiner de nouveau. Je décidais cependant de chasser ces pensées, mes blessures étaient encore douloureuses et bien que cachées par mon nouvel uniforme, je n’étais pas au sommet de mes capacités. Cette plongée dans l’univers carcéral avait laissé de lourds stigmates, mon masque et ma carapace s’étaient effrités et cela était dangereux. La CSI employait des méthodes peu enviables, mais encore une fois, je n’étais pas naïf au point de croire que seuls les renseignements Impériaux le faisaient en leur temps. Les méthodes du BSI et de l’Empire Sith avaient été dénoncées car ils avaient été les grands perdants de la guerre, c’était ça mon point-de-vue, mais en creusant un peu, j’étais persuadé qu’on pourrait trouver les mêmes choses ailleurs. Ce que j’avais vécu avec la Légion Amber ne faisait que donner un peu plus de poids à cette hypothèse que je n’avais jamais pu prouver formellement d’ailleurs. Pour l’instant, Vasburg semblait s’amuser de voir le nouveau subordonné que j’étais se confronter aux armes.
-Entendu, je serai là dans dix minutes.
Clair et concis, c’était après tout ma marque de fabrique au BSI. Elle avait fait mon succès là-bas, il y avait de fortes chances que cela fonctionne bien ici aussi. Une fois au champ de tir, je pus immédiatement voir Vasburg à l’œuvre, son uniforme brun oscillant à peine lorsqu’elle tira trois fois. Pour ma part, je m’étais présenté, tentant de garder une stature droite malgré mes blessures. Les tirs du Lieutenant étaient parfaits, chirurgicaux. Elle était de ces militaires qui faisaient cela naturellement. Bon, je l’avais déjà vu face à nos ennemis les brigands qui n’avaient eu aucune chance. Leur tireur d’élite embusqué avait sans doute pensé avoir l’avantage car il nous avait localisé…Malheureusement pour lui, il avait dû faire face à une tireuse d’élite chevronnée.
Vasburg avait désigné une nouvelle arme sur la table. Un holster parfaitement identique à celui qu’elle m’avait fait parvenir la première fois. Je caressais de la main l’étui de cuir, tout en l’ouvrant. Il y avait le même modèle, une arme standard : un pistolaser Q-2s5 MOA. Je fixais le holster à mon ceinturon et prenais l’arme en main. J’avais bien conscience qu’à l’instant où je porterais ma main sur l’arme, où mon grain de peau entrerait en contact avec le métal froid de l’arme, on saurait immédiatement que j’avais déjà utilisé ce type d’arme. Le contact avec l’arme m’arracha un frisson…Celui de la mort. Les souvenir m’assaillaient de nouveau…
Bataille de la Forge Stellaire,
Ariela Mongi dirigeait encore cette partie de la Forge. L’édifice était maintenant aux mains de l’ennemi à part son cœur qui résistait encore face à ses troupes. La femme était agitée, elle ne semblait pas même nous avoir vu, Rec et moi, qui arrivions de côté dans un des hangars où elle vociférait dans un holocommunicateur, son uniforme déchiré et son fusil blaster encore fumant.
-…Non ! NON ! Mais vous êtes sourds ou quoi ? Ils ont pris toutes les baies de chargement aussi…On est encerclés, si on n’a pas de renfort, c’est fini ! Quoi ? ALLEZ VOUS FAIRE METTRE !
Mongi jeta violemment son holocommunicateur alors que deux escouades de stormtroopers faisaient irruption dans le hangar, transportant caisses de munitions et quelques armes qu’ils avaient probablement pu sauver. Morne et passif, je détaillais leurs armures blanches rayées et noircies par les impacts de blaster. Deux d’entre eux transportaient une civière avec un blessé aux blessures béantes qui ne semblait même plus avoir de force pour gémir. Pris de haut-le-cœur à la vue de ces blessures obscène, je détournais le regard pour ne pas vomir, complètement apathique. Si Rec ne souriait plus, il semblait pourtant toujours très impliqué dans le moment, le visage froid et dur. Mongi se tourna vers nous. Le chef des stormtroopers, complètement essoufflé et éreinté avait quitté son casque, il portait une barbe naissante et plusieurs cicatrices, un vétéran qui devait avoir une cinquantaine d’années. Sa peau sèche et tannée par le soleil lui donnait un aspect de baroudeur. Je voyais Mongi qui hurlait sur Rec et ce dernier qui tenait sa position et lui répondait sèchement. Pourtant, moi, je ne pouvais quitter du regard le visage de cet homme…Une question me taraudant l’esprit : comment pouvait-il être aussi bronzé en portant constamment son casque ? Bien sûr, je ne pouvais m’empêcher de penser à la situation actuelle, qu’il l’avait quitté…Mais ça n’était pas règlementaire…Enfin, c’est ce que je pensais…Je réalisais que je ne connaissais pas le règlement, ou du moins que je l’avais oublié. Etais-je en train de perdre la tête ? Autour de moi, tout n’était que bouillie informe, inaudible. Des sons sourds et inintelligibles. Pourtant, les tirs fusaient et ce n’est que lorsque Rec me saisit par le col, me poussant à l’avant pour éviter de justesse un tir de blaster que je sortais de ma torpeur. Deux stormtroopers étaient tombés au sol, l’ennemi nous talonnait et moi, je tirais violemment mon arme de son étui et je me levais pour tirer plusieurs coups sur l’ennemi. Rec une fois de plus me tira à l’abri, pour me sortir de la pièce, Mongi et les autres le suivaient vivement. Mon ami me hurlait toujours dessus, me traitant de fou et tentant de m’expliquer quelque chose que je ne comprenais pas…
Ces souvenirs s’entrechoquaient dans ma mémoire. Les visages des gens n’étaient plus aussi précis, je me rappelais de ce bronzage si marqué du stormtrooper. Ces réminiscences ne venaient pas dans l’ordre mais plutôt d’un bloc, comme si l’entière séquence se déroulait en même temps. Réalisant mon absence, je me tournais vers Vasburg, la gratifiant d’un sourire qui ressemblait plus à une grimace.
-Cette arme est identique à la précédente…Si vous ne m’aviez pas dit qu’elles étaient différentes, je ne l’aurais pas remarqué…Pour le reste, je dois être un peu rouillé mais je vais viser la tête…
Viser la tête, cela paraissait anodin, presque désincarné. Pourtant ces mots avaient un sens. Je n’avais pas réalisé que je tirais sur quelqu’un face aux bandits, encore moins que j’avais tué à la prison. J’avais réussi à l’intellectualiser à postériori, l’émotion s’était étouffée par le direct. Pourtant là, j’avais les mains moites, je réalisais ce que je faisais. Vasburg me mettait en situation. Ce n’était qu’un champ de tir, mais je jetais un coup d’œil rapide aux trois cibles. Celle à dix mètres me faisait face, blanche et à stature humaine. Un homme d’environs un mètre quatre-vingt, plus costaud que moi donc. J’étais face à cet ennemi. Dix mètres, ce n’était pas loin, mais moi, je n’avais pas reçu d’entraînement militaire…Pas à l’Académie, même si on m’avait dispensé une rapide formation avant de partir au front. Cela se verrait sans doute…Mais pourtant, j’inspirais, j’expirais, plaçant ma respiration. Je rejetais l’angoisse. Mon esprit se focalisait et je saisissais mon arme, mettant la cible en joue. Bien sûr, je n’étais pas aussi à l’aise qu’un soldat, mais là-encore, il était évident que j’avais déjà tenu ce type d’arme. Le coup partit au bout de quelques secondes, touchant la cible au niveau de la gorge, un second au niveau du front, un troisième au niveau du poitrail. C’était facile, dix mètres.
Vingt-cinq, c’était plus loin. Cette fois, je prenais mon temps pour viser. Mon doigt caressa la gâchette, deux coups partirent, le premier passa à côté de la cible, le second la toucha au niveau du ventre. Le ventre, c’était létal, mais ça ne fonctionnait pas dans le système de Vasburg. Ce n’était pas comptabilisé. Je devais expier le mal qui me rongeait, oublier qu’elle me regardait. Pourtant, je n’arrivais pas à faire fuir ce sentiment de culpabilité…Culpabilité de quoi exactement ? De ce que j’avais fait ou d’avoir manqué ma cible ? Je ne savais le dire, cette dualité prenait possession de moi alors que j’envoyais une nouvelle salve, cette fois de trois coups, le premier toucha à l’épaule, les deux autres au niveau de la tête. J’évacuais le chargeur pour cette fois enfourner un second. Mes mouvements n’étaient pas ceux d’un expert mais on pouvait voir que j’avais été formé…Conditionné…
La Forge Stellaire,
Mongi était en train de crier sur Rec…Elle gueulait littéralement. Nous nous étions replié à travers les coursives, nous avions rejoint le centre de la Forge, les prisonniers étaient pas loin, dans la salle d’à côté. Les stormtroopers assistaient, impuissants, à une scène de discorde. Mongi était écarlate et Rec livide, le masque se craquelait, il semblait particulièrement affecté par ce qu’elle lui disait. Le BSI perdait de sa superbe, derrière les agents d’élite de l’Empire se cachaient des hommes et des femmes qui comme tous leurs semblables se retrouvaient nus lorsqu’ils étaient acculés…Avec leurs peurs et leurs angoisses. Moi, j’étais en retrait, avachi contre une caisse, je ne disais plus rien et ni Rec, ni Mongi ne semblait vouloir faire cas de moi…Ils avaient oublié que j’existais. J’étais pareil à un pantin désarticulé, incapable d’agir ou même de réagir. Spectateur de la fin imminente de ma propre vie…Voyeur du déclin…Je m’imprégnais de ce qui m’entourais sans le vivre…Je n’étais qu’un petit fonctionnaire sans histoire. Combien étaient morts sous nos ordres ? Combien de victimes de cette folie ? Je me rappelais de noms, d’holophotographies, de matricules, de visages qui racontaient une histoire…L’histoire de leur vie…
-Les ordres sont clairs…Nous devons résis…
-C’est de la folie Commandant Ornaz ! De la folie pure ! Nous sommes encerclés, ces hommes sont les dernières forces dont nous disposons et bientôt, ils viendront nous cueillir. C’est fini, la bataille est perdue.
Rec l’observait, désorienté. L’espace d’un instant, je pus voir sa lèvre supérieure frémir, se déformer. C’était presque imperceptible, comme la moue qu’il faisait toujours lorsqu’il allait se moquer, porter quelque chose en dérision. Ce qu’il faisait fréquemment lorsque nous avions des déconvenues. Mais cette fois…Rien ne se passa, c’était différent. Il avait peur…Ainsi Rec était un humain, il était faillible et celui qui m’avait porté jusqu’à présent, qui avait été mon tuteur…Mon ami…Mon frère, n’était plus capable de me rassurer. Je ne saurais vous dire pourquoi mais à cet instant, cette pensée me terrifia, elle fit naître en moi un sentiment de vide. J’étais désincarné, je n’existais plus. Nous étions les derniers soldats de l’Empire Sith à se battre dans la Forge Stellaire.
-Mes hommes et moi, nous allons nous rendre…Nous serons faits prisonniers, mais c’est terminé.
Terminé…Ce mot résonnait en moi comme un requiem, morne partition terminale d’un jeu de dupe qui n’avait que trop duré. La douche était glaciale et désagréable. L’espace d’un instant, je regardais mon pistolaser dans son holster. La tentation était là, c’était comme s’il me parlait et me regardait en me disant « allez, ce n’est rien, tu appuies sur la détente, et c’est terminé ». Pourtant, cette pensée me dégoûta, nouvelle nausée, je n’étais pas capable de le faire. Ce n’était pas juste, pourquoi devrais-je payer pour les autres ? Je n’ai rien fait. Une haine terrible m’envahit, une haine ponctuée de colère. Je sentais mes veines pulser, moi qui avais toujours été si taciturne, si arrangeant, portais ma main au niveau de mon ceinturon bondissant de ma position et allant me planter devant Mongi, le visage figé dans une expression de colère.
-Certainement pas, Colonel Mongi ! Personne ne se rendra, nous avons un travail à finir et vous et vos hommes…Vous allez nous y aider !
Mongi éclata de rire. Un rire sardonique et amer. Le même rire que lorsque nous étions arrivés.
-Mais vous rigolez Noas ? L’état-major nous a abandonné, c’est terminé, fini. Nous avons perdu. Nous allons nous rendre, c’est moi qui commande !
Cette femme ne me prenait pas au sérieux. Elle ne s'adressait même pas à moi par mon grade, elle m'avait toujours méprisé. Elle se moquait de moi…Comme tous s’étaient moqués de moi à mon arrivée. Ces militaires étaient suffisants. Tout vacillait autour de moi, je perdais l’équilibre, pris d’un tournis vertigineux, j’étais comme possédé. Je me dégoûtais moi-même, je ne voulais pas admettre que c’était terminé…Je ne voulais pas retourner à l’usine…Je ne voulais plus redevenir un anonyme. J’étais quelqu’un de respectable et de respecté. Ce fut automatique et je vis les yeux de Mongi s’élargir, ses pupilles se dilater, je crois qu’elle ne s’attendait pas à ce que je fasse ça. Je saisis mon arme et je l’abattis d’un tir au niveau de la tête. L’officier s’écroula dans un bruit mat. Le temps s’arrêta, les soldats aussi étaient pris de stupeurs, pourtant aucun ne réagit. Je me tournais vers eux avec une assurance qui me surprit moi-même.
-Votre officier est responsable de haute-trahison. Tenez vos rangs soldats, nous avons un travail à terminer. Personne ne se rend, aucune désertion dans les rangs Impériaux !
Les soldats semblèrent hésiter un instant, pourtant, à ma grande surprise le chef d’escouade en dépit de son visage marqué par de nombreuses batailles saisit son arme et donna quelques ordres à ses hommes. Ces derniers s’exécutèrent. Là je compris à cet instant…Je compris que ces hommes étaient comme moi…Effrayés par le destin qui les attendait. Nous étions tous dans le même bateau, un radeau qui dérivait dans la houle funeste d’un destin que nous avions nous-mêmes scellé. Nous ne voulions pas l’admettre et je représentais ce dont ils avaient besoin : un cadre, une autorité. Même si l’Empire Sith s’effondrait dans la bataille de la Forge Stellaire et que ses armées étaient écrasées à cet endroit précis, nous nous raccrochions à ce qui nous rassurait.
-Ludwig, je crois que…
Rec m’avait saisi la manche, retrouvant son assurance d’antan. Mais cela ne faisait plus illusion, le tour de magie était rompu, j’avais vu l’astuce, la supercherie. Celui qui m’avait porté pendant toutes ses années avait perdu son aura, son charisme. Il était un homme, comme moi. En y pensant, Rec avait fait le chemin inverse de l’apothéose, je me rappelais de sa tenue lorsque je l’avais rencontré de son caractère presque providentiel et sacré. Ma déception lorsqu’il s’était compromis dans la chair et dans l’alcool…L’alcool, ce camarade qui ne m’avait jamais quitté. Comme en toute occasion, nous étions ivres à cette occasion aussi : pas une ivresse délirante, un bruit de fond, nous avions bu avant de rejoindre Mongi et pourtant, je ne pouvais pas imputer mon action à l’alcool…J’étais parfaitement conscient. Ce qui embuait mon esprit, c’était autre chose. Le chant du cygne d’un conditionnement, d’une idée qu’on m’avait mise dans l’esprit. Je retirais violemment ma manche de la main de Rec et m’adressais à lui avec une autorité qu’il n’avait jamais vu chez moi.
-En avant Commandant, nous devons terminer le travail. Les ordres sont clairs.
J’enjambais le corps de Mongi sans même le regarder et Rec, résigné, me suivit. Il traînait les pieds…Il savait très bien ce que j’allais faire, je le savais aussi. Pourtant, je ne pouvais réagir, j’étais possédé et j’avais perdu la raison, désormais incapable de réagir face à l’absurdité de mes propres actions…Incapable de faire face à une réalité qui me terrifiait moi-même.
Perdu dans mes pensées, j’avais tiré plusieurs fois sur la cible à cinquante mètres sans pouvoir la toucher. Un tir finit par l’effleurer pour finalement la toucher à la tête. J’avais complètement oublié Vasburg, l’espace d’un instant. Puis je me retournais vers elle, lui adressant un sourire pour lui signifier que j’avais terminé sans dissimuler une certaine fierté : si les résultats étaient loin d’être parfaits, ils étaient là. Je ne m’en rendais même pas compte mais j’étais en nage…La sueur perlait sur mon front. -
Post n°31
Auteur : Atreïs HelcarLes mouvements étaient rouillés sans être spécialement tremblants, aux yeux du Lieutenant. Rien de plus normal, ni d’étrange pour quelqu’un qui avait, disait-il, servi sous les drapeaux. Les quelques hésitations, rares, semblaient plus du fait d’une habitude qui revenait lentement que d’un manque d’entraînement fut-il ancien ou récent. Et puis, Adriel sortait tout juste de prison, même si il n’y avait passé que trois jours et avait depuis pu reprendre apparence humaine, ce n’était pas une expérience qui pouvait rester sans conséquences. L’homme était solide, expérimenté, mais qui sait comment chacun réagissait face à l’univers carcéral ? D’autant qu’Atréïs n’était déjà pas un fin psychologue, encore moins face à une espèce qu’il ne comprenait pas, ou pas encore. Lui qui fonctionnait à l’instinct devait faire fonctionner son cerveau plus que de raison.
En ajoutant la précision quant à la qualité du tir, Atréïs espérait surtout mettre une légère pression au Sergent. Oh, rien de méchant. Juste de quoi évaluer sa capacité à être précis. Viser la tête, ou tout autre point indiqué, n’engageait pas les mêmes dispositions que de simplement toucher et tuer. D’ailleurs, les tirs à dix mètres semblaient confirmer les idées du Gurlanin. Un seul coup au but à la tête, donc un seul réussi, si il voulait se montrer tatillon. Mais pour être honnête, quel humanoïde résisterait à un tir de blaster à travers la gorge ou la poitrine ? Bien peu. Pourtant, hors de question de dire quoi que ce soit. C’était à Adriel d’agir, et Atréïs ne faisait que l’observer. D’ailleurs, plus le Sergent tirait, plus il semblait concentrer, voire précis. La cible à vingt-cinq mètre en fut la preuve. Un tir au ventre qui ne satisfaisait pas l’homme, qui n’attendit pas les ordres. A peine la première série envolée que la salve partit de nouveau. Bien plus létale cette fois. Bien plus précise, bien plus mécanique surtout. Il y avait quelque chose. Ce type-là avait reçu un entraînement aux armes. Suffisamment efficace, preuve en était sa réussite, mais pas non plus de quoi sauter au plafond. Or, c’était la première chose qu’on demandait à un soldat, être précis, savoir manipuler une arme. Ces choses là ne s’oubliaient pas facilement. Et puis, le corps avait sa propre mémoire. Adriel n’était plus vraiment là, semblant totalement ailleurs, dans les nuages, en témoignait son regard dans le vague et ses épaules qui s’étaient largement détendues… Mais la position de tir, elle, était toujours présente, et il tirait sur la dernière cible. Physiquement présent, mentalement absent. C’était inattendu. D’autant que l’exercice, qui était pourtant des plus légers, semblait l’avoir laissé dans un état de transe et de fatigue considérable.
Les yeux noirs du Lieutenant se tournèrent vers les cibles. Adriel semblait content de lui, a minima. On ne pouvait pas le lui reprocher, son tir, loin d’être parfait, apportait tout de même une certaine satisfaction.
-Pas mal. Je ne m’attendais pas à ce que vous touchiez la dernière. Entre votre… inexpérience relative et l’arme utilisée, ce serait un petit exploit. Peut-être d’ici quelques jours, avec un peu d’entraînement.
Elle enchaîna sur quelques précisions, demandant à Arnon de se mettre en position sans tirer, corrigeant ça et là quelques détails, apportant des conseils à l’homme ou des recommandations. Rien qui amènerait grand changement, ce n’était pas le but, juste des pistes d’amélioration. Le tir n’était que secondaire, dans son rôle. C’était plutôt celui d’Atréïs, justement.
-Savoir tirer, c'est une chose. Mais si votre ennemi arrive au corps à corps, savez-vous vous défendre ? Je sais, je sais, ce n'est pas votre exercice de prédilection. Mais ça fait partie de nos attributions, et de votre entraînement. Et ça me fera le plus grand bien.
La nuque de la femme brune craqua lorsqu'elle fit un geste vif, comme pour la défaire d'un nœud particulièrement retors. En réalité, c'était son corps entier qui se réveillait, en grande partie du fait des vibrations de l'arme dans sa peau à chaque tir. La résonance qui avait couru dans ses chairs l'avait tenue en éveil, et le Gurlanin escomptait bien le poursuivre. Cela lui rappelait Qiilura, la chasse et le plaisir de sentir son corps s'endurcir sous l'effet de la douleur. Adriel ne serait jamais un spécialiste comme lui, Atréïs, pouvait l'être. Il n'en avait pas l'envie, cela se voyait à son visage. De toute façon, son âge avancé l'empêcherait de réaliser certaines choses, selon le lieutenant. Mais ces considérations n'avaient pas cours à cet instant précis.
Il se débarrassa de son arme, la laissant dans l'herbe, et défit ses cheveux, s'écartant de quelques pas avant de regarder son subordonné. Ses yeux noirs se plantèrent dans les siens, et elle reprit :
-On reprendra le tir en conditions plus compliquées après. Lorsqu'il faut porter son arme malgré la fatigue du bras, ou quand il faut viser alors que l'hypoglycémie guette. Et pour ça, j'ai la solution parfaite.
L'officier se mit légèrement de profil, ne regardant plus directement Adriel. Une jambe en retrait, l'autre négligemment fléchie, les mains ouvertes, les bras détendus. Son corps entier semblait d'un calme olympien, mais il n'était pas difficile de deviner ce qui attendait le Sergent à cet instant.
-Nous avons quelques minutes pour nous mesurer l'un à l'autre. Prêt ?
Le Lieutenant était en garde, prêt à riposter. Il attendait. Patiemment. -
Post n°32
Auteur : Arnon VeralLes tirs semblaient avoir satisfait Vasburg. Cette dernière ne s’attendait pas à ce que j’ai ces capacités au tir. Tout du moins, c’est ce qu’elle dit poliment. Difficile de croire que cette femme avait voulu me tuer la veille. Ces bandits, la prison, tout ça m’avait affaiblit. J’avais de nombreuses courbatures, des douleurs et mon corps était engourdi par ces épreuves. Ces dernières années avaient été synonyme de confort pour moi, j’étais rentré dans la routine d’un citoyen lambda et pourtant, le Lieutenant me mettait désormais à rude épreuve. Même si mon corps presque tétanisé hurlait sa soif de repos, je me devais de tenir. Tenir à tout prix, pas simplement car j’en avais envie ou par défi personnel, mais parce que l’ordre avait été donné. S’il est des conditionnements physiques que le corps ne peut oublier, les conditionnements mentaux sont, eux, beaucoup plus coriaces encore. La propagande de l’Empire Sith avait réussi à infecter mon cerveau et c’était la preuve que mon service au sein du BSI avait laissé d’autres traces, qui, pareilles à un atavisme, se manifestaient désormais. Ainsi, droit comme un i, je ne pouvais m’empêcher de me tenir prêt et d’écouter ce que me disait le Lieutenant. Ce fut naturel, presqu’instinctif, lorsqu’elle eut terminé le menu des hostilités qui m’attendaient, ma silhouette se raidit.
-A vos ordres, Lieutenant !
La suite n’eut pas de quoi me réjouir. Je fronçais légèrement les sourcils lorsqu’elle évoqua le corps-à-corps. J’avais déjà pu apprécier que le Lieutenant Vasburg était rompue à cet art et qu’en réalité, elle avait même une certaine aisance de par sa « véritable nature ». C’était carrément un monstre de combat et moi, je n’avais jamais eu dé réel entraînement dans ce domaine. Je n’étais qu’un agent administratif du BSI et mon passé carcéral avait joué contre moi lors des sélections, ils s’étaient bornés à me donner le strict minimum dans l’entraînement au maniement des armes et quelques cours de défense personnelle, là où d’autres officiers plus spécialisés avaient étudié le combat au corps-à-corps et le tir comme des commandos. Ce n’était pas mon cas et je n’avais en effet jamais apprécié ce type d’exercice. Pis encore, je n’avais aucune compétence particulière. Mes articulations étaient douloureuses, mes muscles durs comme du bois, tirer au pistolaser était une chose, mais un combat avec un officier surentraîné dont je devais avoir pas loin du double de l’âge était bien pire.
Je ne pouvais cependant pas reculer, Vasburg était en position. Un pied devant, un pied derrière, dans une garde de combat plutôt discrète. Sa jambe fléchie était prête à se détendre, ses bras, mains ouvertes et détendus étaient prêts à accueillir n’importe quel coup. Vasburg était entraînée et elle me lança un regard de défi : elle était là pour gagner. Quelle question, si elle n’avait pas eu cette mentalité, elle n’aurait sans doute jamais été au sein des Renseignements au poste qu’elle occupait. J’avais perdu mon identité, mon honneur et maintenant je m’apprêtais à perdre mon intégrité physique…Pour une seconde fois. Je n’avais pourtant pas le choix, je devais exécuter les ordres de Vasburg. Lentement, j’inspirais une goulée d’air, mes poumons me faisais souffrir alors qu’ils se remplissaient d’air, j’avais des ecchymoses sur le torse et mon corps me rappelait à chaque instant qu’il avait atteint ses limites. Je me mettais tout de même dans un semblant de position et je souriais légèrement, un sourire amer.
-Prêt, je ne le serai sans doute jamais pour vous affronter, pas de cette manière. Je n’ai de toute manière pas le choix.
Je conservais ma bonhommie, tentant de bien prendre mes appuis, rassemblant les lointaines initiations que j’avais eu pour le combat au corps-à-corps…Autant dire pas grand-chose. Mes appuis n’étaient pas stables, ma garde trop haute et timide. J’étais naïf et même lorsque je me positionnai, c’était bien trop loin de mon adversaire, je n’avais aucune possibilité de contrôler sa distance. Pourtant, je ne me démontais pas, mes muscles se bandèrent et je me projetais sur Vasburg à toute allure. Si la vitesse était là, la technique non, j’étais en déséquilibre, trop en avant, mon poing partit pour lui décocher une droite au niveau de la tempe, pourtant, ce fut bien avant de poser mon pied, en anticipation, sans aucun mouvement de hanche. Je n’avais aucune technique et ma manœuvre inconfortable manquait de relâchement, je ne pouvais donc pas espérer une quelconque efficacité ni un quelconque relâchement…Mais je ne pouvais pas aller au-delà de mes limites. -
Post n°33
Auteur : Atreïs HelcarAtréïs n'était de toute façon pas dupe, que ce soit concernant la bonne volonté de son nouveau subordonné ou sur ses compétences au corps à corps. L'entraînement n'avait pas pour but de lui inculquer quelque faculté martiale que ce soit, tout au plus de dérouiller ses muscles engourdis par des années dans la vie civile, et plus prosaïquement, de voir jusqu'où il serait capable d'aller. Mais il ne fallut pas longtemps au Gurlanin pour bien comprendre ce qui se déroulait sous ses yeux. Le corps meurtri et vieillissant de l'Humain obéissait plus qu'il n'agissait, et il n'avait de facto pas réellement l'ombre d'une chance face à un soldat entraîné. Ironiquement, il se dévoilait bien plus ainsi que pendant ces quelques heures d'entretiens qu'ils avaient pu avoir lors des précédentes semaines. Les ordres semblaient lui importer bien plus à cet instant que les suggestions qui avaient pu être faites dans certains bureaux.
Le Lieutenant n'avait aucune intention de molester son sergent déjà avant le combat, et le voir se lancer aussi maladroitement que volontairement à l'assaut dans un combat qu'il ne pouvait pas gagner acheva de le convaincre. Il n'était absolument pas fait pour ce genre de choses. Ni pour le combat, ni pour les infiltrations. De facto, il était en danger avec Atréïs. Mais il avait le temps d'y penser. Au moment où le poing aurait dû s'abattre sur son visage, le soldat se déroba à l'attaque d'un simple mouvement de hanche. Il aurait très bien pu être à cinq cent mètres tant il était incapable de le toucher, alors qu'il frôlait la peau de la brune. Celle-ci ne fit même pas uun geste pour l'attaquer. Trop fatigué, trop las, ou simplement suffisamment empathique pour ne pas le frapper ? Sans doute un peu des trois. Lui aussi était éreinté par les événements, quand bien même il cherchait à ne pas le montrer.
-Encore.
Le pousser dans ses retranchements, un minimum, de manière à voir jusqu'où il irait. Ce qui pouvait légitimement s'apparenter à de la torture, mais Adriel s'y pliait remarquablement, autant en profiter. Les esquives et les parades du Lieutenant s'enchaînaient, déliant ses muscles fins, en profitant aussi pour fourbir ses armes. Il avait été échaudé par ses précédentes expériences et ne pouvait pas vraiment occulter le fait qu'il avait été mis en difficulté par le premier idiot venu qui l'avait pris par surprise, et qu'importait qu'il ait au final remporté la victoire ce jour là sur Cato Neimoidia. Alors qu'il aurait pu prendre son adversaire de haut, il se concentrait, cherchant à parer la moindre attaque. Ce petit manège là dura quelques minutes, à l'issue desquelles Atréïs fit un bon en arrière, levant une main vers Adriel.
-Assez. C'est bon. J'ai vu ce que je voulais voir.
Il n'en rajouta pas sur le sujet. D'une part car il n'était pas sûr des interprétations à avoir, hormis que les gros doutes qu'il avait sur son subordonné ne faisaient que grossir, et d'autre part car il n'était pas certain qu'ils se comprennent, avec leurs esprits embrumés par la fatigue et l'adrénaline du combat. Lorsqu'il reprit la parole, c'était en récupérant ses propres affaires. Légèrement essoufflé, mais sans plus, il faisait tout de même rouler ses muscles.
-Je vous laisse refaire la même séance de tir que tout à l'heure. Même cible, même objectif. Pour le reste... J'ai trouvé ce qui devrait vous convenir. Retrouvez moi demain dans la même salle de briefing qu'hier.
Ce qui était vrai. Sans réelle compétence au combat, ni au tir, il devenait évident que la principale ressource d'Adriel, feu Arnon, résidait entre ses deux oreilles, preuve en était sa capacité à monter une entreprise florissante sur un monde aussi reculé que Raxus Secundus... Restait désormais à savoir ce qu'il voulait, lui. Et pour cela, il l'attendait le lendemain, en tenue civile. La même, à peu de choses près, qu'elle avait lors de leur rencontre. -
Post n°34
Auteur : Arnon VeralJe frappais, frappais encore et toujours, à mesure que le Lieutenant donnait ses ordres. La jeune femme évitait chaque assaut, chaque fois au dernier moment. Elle me dominait, ce n’était pas un surprise, son corps était entraîné par des heures de pratiques et sans doute une génétique favorable. Quant à moi, j’avais l’âge de mon corps et j’étais las de cet emprisonnement qui m’avait affaiblit. J’avais bien conscience, au fond de moi, que je ne m’étais pas montré sous mon meilleur jour pendant cet entraînement. J’avais pourtant donné ce que j’avais : des qualités médiocres au tir et des compétences inexistantes en combat rapproché. Autant dire que je n’étais pas le candidat idéal pour un recrutement. Pis encore, je réalisais à quel point tout cela devait sembler suspect à mon interlocutrice. Il aurait été naïf de croire qu’elle n’avait rien remarqué jusqu’à présent. Elle avait elle-même fait la remarque concernant les doutes qu’elle avait à mon endroit. Tout cela ne serait qu’une preuve supplémentaires, un élément qui viendrait étayer le dossier et qui sans doute ressurgirait lors d’une confrontation qui aurait lieu tôt ou tard. Je m’y étais préparé, même si j’étais bien décidé à laisser les choses durer autant que possible.
Inlassablement, presque mécaniquement, j’assénais les coups qui étaient de plus en plus brouillons, je me déséquilibrais à chaque fois un peu plus. Mes muscles me brûlaient, j’avais mal et j’étais comme paralysé, presque handicapé, le souffle rauque par les journées de détention qui m’avaient affaibli. Vasburg cessa le jeu soudainement. Elle estima que c’était terminé, elle avait vu ce qu’elle avait voulu voir et me demanda de répéter l’exercice de tir. Je devrais la rejoindre le lendemain afin de discuter. En nage, ma chemise était trempée et je saisissais ma vareuse qui était restée au sol pour la pendre sur un des poteaux du champ de tir.
Méticuleusement, presque servilement, je m’exécutais. J’effectuais les mêmes tirs, plusieurs fois, à l’aide de mon arme de service. Les tirs se faisaient un peu plus précis, sans être parfaits. Je décidais de m’exercer plusieurs fois pendant plus d’une heure. Finalement, le rangeais mon arme et je me dirigeais vers les baraquements pour rejoindre ma chambre qui s’apparentait plus à une cellule. Je pris une douche chaude interminable, me débarrassant de la sueur de l’entraînement et me débarrassant de ma chemise souillée. J’aurais dû me munir de vêtements de sport et pas de ma tenue de service, mais je n’en savais rien et je réalisais que j’avais perdu une bonne partie de mes automatismes. Mais ces automatismes, les avais-je réellement eu un jour ? J’avais été l’exécutant d’un système, le chien d’un régime, mais jamais réellement un militaire. En y pensant de nouveaux, je réalisais avec désarroi que ce que j’avais fait, c’était asservir et tuer des gens, une tâche horrible. J’avais été un fusible, si cette conclusion m’avais fugacement traversé l’esprit après la chute de l’Empire, j’étais bien trop préoccupé par mon désir d’échapper à toute poursuite pour en faire cas plus précisément. Après, la culpabilité avait été trop présente pour y penser précisément. Et pourtant, combien d’heures avais-je gaspillé à réfléchir sur mes actes, à tenter de les intellectualiser et à les justifier a posteriori. Pourtant, cette fois comme les autres, la conclusion était la même, mes actes étaient impardonnables, que ce soit face à n’importe quelle morale, dans n’importe quel système : j’avais fait cela au nom d’une idéologie mortifère et j’avais péché par lâcheté, me cachant derrière les ordres de supérieurs pour qui nous n’étions que des pions. Une autre question me traversa l’esprit : jusqu’à quel point Rec était-il conscient de tout cela ? Je l’avais toujours considéré comme un grand frère, comme une sorte de mentor, un patron à partir duquel j’élaborais et je brodais mes comportements. Rec ne flanchait jamais, il était toujours de bonne humeur, il avait toujours le mot juste, le trait d’esprit qui faisait mouche et qui banalisait la situation. Plus encore, Rec était un phare qui avait dirigé ma carrière au sein du BSI, toujours dans les intrigues, au bon endroit au bon moment, il était à l’affût et m’avait toujours correctement conseillé. C’était peut-être cela qui m’avait le plus attristé à la fin, avoir perdu ce phare. Je m’étais retrouvé seul, sans guide, sans ce magicien providentiel qui maintenait l’illusion. Malheureusement, l’illusion avait cessé à partir du moment où la bataille de la Forge Stellaire s’achevait, à partir du moment où Rec avait balbutié, où il avait hésité. Rec n’était plus et là je me retrouvais à nouveau dans un système militaire, cette fois sans guide. Seule Vasburg était ma référente, mais l’ambiance était différente et je la soupçonnais d’avoir vu clair dans mon jeu.
Je prenais un souper léger le soir. En silence, seul à ma table. Je débarrassais rapidement mes affaires pour finalement rejoindre ma chambre et me mettre en tenue de nuit. Je dormais d’un sommeil lourd, mon corps profitant avidement de cette occasion pour recouvrer sa forme et ses capacités. Le matin, j’étais envahi par les courbatures. Si Vasburg n’avait pas parlé, son silence avait été éloquent et mon état au réveil était un argument imparable. Je m’habillais rapidement, enfilant une nouvelle chemise sous ma vareuse que je boutonnais lentement. Ma casquette sur la tête, je me dirigeais au lieu du rendez-vous et je saluais le Lieutenant qui se trouvait déjà dans la salle. Je me demandais finalement ce qu’elle allait me dire concernant mon affectation, j’avais d’ailleurs une certaine appréhension par rapport à tout cela. Silencieux et obéissant, je n’avais rien dit de plus que le protocole et j’attendais, droit comme un i, que ma désormais supérieure m’invite à m’asseoir et commence à parler. -
Post n°35
Auteur : Atreïs HelcarAtréïs n’avait pas dormi, et cela se voyait sur le visage de sa copie, de son modèle. La femme brune avait des cernes notables et le teint encore plus blafard qu’à l’habitude. La faute à ce subordonné qu’elle n’était parvenue à canaliser qu’au cours d’exercices auxquels il s’adonnait sans réelle bonne volonté, ni envie, mais il fallait lui accorder ce mérite, il avait donné le peu qui lui restait. Il suffisait de le voir marcher, raide comme un piquet, pour comprendre que le Lieutenant avait sans doute trop chargé l’entraînement, ou surestimé les capacités qui, finalement, se trouvait être vieillissant. D’un signe de la main négligé, il l’invita à s’asseoir, alors que lui-même retournait sa chaise, se servant du dossier comme d’un accoudoir, plantant ses yeux noirs dans ceux d’Adriel. La suite n’allait sûrement pas plaire à l’agent novice, mais il s’était résolu à avoir une réelle discussion avec cet humain. Mais il ne se pressa pas, surtout pas. Choisissant ses mots avec soin.
La situation était à nouveau exceptionnelle, comme à chaque fois. Dans un monde normal, jamais ils n’auraient du être si souvent en relation. Les agents de la CSI sont bien souvent indépendants, isolés, se fondant dans le tissu social de manière à s’offrir une couverture, lorsqu’ils sont dans le Renseignement, ou récupèrent les consignes, frappent, puis se fondent à nouveau dans la masse. Atréïs était des seconds. Adriel, sans doute des premiers. Il était d’une intelligence rare. Supérieure à celle du soldat. Il n’avait pas de mal à le reconnaître, mais il lui manquait sans doute… une vision d’ensemble.
-Déjà, sachez que je ne vais pas vous torturer aujourd’hui. Ni les prochains. Je pensais que vous aviez mieux récupéré, mais si j’en juge votre tête, c’était une erreur.
Il avait dit ça d’un ton égal, masquant un certain amusement, habituel de la jeunesse face à l’âge… Quand bien même il avait vécu bien plus longtemps. Et puis, il fallait bien briser la glace, et Atréïs était tout sauf doué pour ça.
-Je vais aller droit au but. Vous n’avez pas les compétences suffisantes, actuellement, pour me suivre dans les missions qui me sont confiées. Infiltration, combat… et globalement, violence et brutalité, comme notre escapade l’a prouvé. Et je doute que vous ayez un jour la capacité et la volonté de les acquérir.
Nouveau silence. Le pouce de la brune se promena sur ses lèvres. Choisir ses mots, encore et toujours. Le fil tendu. Le numéro d’équilibriste.
-Je ne dis pas que vous ne pouvez pas être agent du DSP. Mais pas sur le terrain comme je peux l’être. Vous avez fait preuve d’une résilience… peu commune. Beaucoup auraient péri à votre place. Beaucoup auraient laissé tombé. Mais pas vous. Vous êtes un roc, vous semblez parfois insubmersible, et je me demande pourquoi et comment vous avez cette volonté en vous. Ce n’est pas celle d’un simple soldat.
Cette fois, elle pianota sur le dossier de la chaise, lentement. Venait le moment le plus pénible
-J’ai eu quelques nouvelles vous concernant, et moi aussi par ricochet. Votre… ancienne vie a connu un tournant pour le moins désagréable. Votre entreprise a été fouillée, de fond en comble, et AgroChrome est rentré dans le giron public sur Raxus Secundus, le temps de retrouver un repreneur… La procédure habituelle. La Loi Tedesczy pour être précise. Quant à vos affaires, elles reviennent à la Préfecture.
Il n’en disait volontairement que la moitié. Pour voir sa réaction. Voir ce qu’il en penserait.Spoiler : Spoiler
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Post n°36
Auteur : Arnon VeralJ’avais rejoint l’officier Vasburg et elle semblait ne pas avoir dormi. Si mon corps était encore meurtri, j’avais quand même commencé à récupérer, comme elle le souligna très justement. Je me devais d’être un minimum présentable. Lorsque je m’assis, déposant ma casquette sur la table après avoir salué ma supérieure, cette dernière m’indiqua que je ne serais pas « torturé ». Au fond de moi, je ne pouvais nier le soulagement qui émanait de cette annonce. Comme elle le développa par la suite, elle avait compris que je n’avais pas les compétences suffisantes et requises. Je ne pouvais pas intégrer le DSP, tout du moins pas dans la vision qu’elle en avait pour moi. Ce fut le coup de massue, la révélation qui aurait pu me faire flancher. Pourquoi m’avoir traîné dans toutes ces situations très compliquées alors ? A quoi avait joué Vasburg ? Avait-elle réellement eu l’intention de m’intégrer un jour ? J’avais été laissé pour mort, changé de nom et failli mourir en prison pour m’entendre dire que je n’avais pas les capacités. Quel moment avait fait flancher son opinion ? Pourtant, elle développa en m’indiquant que je pourrais sans doute faire partie du DSP, mais probablement pas comme agent de terrain. Fronçant les sourcils, je pris le parti de la laisser poursuivre.
La suite fut bien plus rude encore. Si je m’attendais à ce que mes capacités soient remises en question : après tout, je n’avais plus vingt ans et j’étais retourné à la vie civile depuis longtemps. Je devais aussi avouer que mon mensonge ne tenait pas un entraînement normal, je n’avais jamais vraiment combattu de manière professionnelle dans une armée, tout du moins pas dans les troupes combattantes. Je me défaussai en général en disant que j’étais dans des troupes d’appelés et de volontaire, ce qui était le cas du véritable Arnon Veral. Mais là, Vasburg m’annonçait autre chose : AgroChrome avait été récupéré par l’état, cela avait des conséquences très claires sur la suite de ma vie. Je n’étais plus personne et je n’avais plus de source de revenu. Pis encore, si mes affaires personnelles avaient été rendues à la préfecture, cela voulait dire que certaines choses risquaient de revenir à l’état et donc qu’elles risquaient de ressortir. Mais pour cela, il fallait qu’ils fouillent et ce n’était pas forcément ce qu’ils feraient. Après tout, il faudrait prouver et faire quelques connexions et si moi je connaissais la vérité, eux ne sauraient pas forcément que chercher. Je tentais de rester de marbre face à ces affirmations, tout du moins de ne pas trahir ce qui m’ennuyait vraiment. Il ne fallait pas donner à Vasburg des doutes supplémentaires -avait-elle besoin de cela ?- concernant une identité sur laquelle elle avait déjà des doutes. Je tentais de rassembler mes forces et ma volonté pour ne pas éructer de colère ou créer une autre situation problématique et je me reprenais, restant complètement calme.
-Cela est très fâcheux, Lieutenant Vasburg. En plus d’avoir perdu mon identité, j’ai également perdu tout ce qui me permettait de gagner ma vie. Donc si d’aventure je n’intégrais pas le DSP, cela veut dire que je ne pourrais pas revenir à la vie civile. J’ai littéralement tout perdu dans cette opération.
Je laissais volontairement le sujet en suspens, faisant claquer ma langue contre mon palais. Avais-je besoin d’en dire plus ? Vasburg comprendrait immédiatement où je voulais en venir, je n’avais plus d’autre choix à présent. Ce qui était initialement une entrée dans le DSP était maintenant devenu une obligation. Je ne pouvais plus faire marche arrière, je n’avais plus d’autre choix. AgroChrome serait certainement repris par un des membres fortunés de la Délégation…Que ce soit Roussimoff ou un des autres. Ceux qui avaient rêvé d’avoir notre carnet d’adresse et notre réputation. Tout ce que j’avais bâti pendant des années se trouvait désormais détruit, balayé d’un seul coup par des révélation de Vasburg. C’était vertigineux, j’avais une barre à la tête, comme une gueule de bois. Puis venaient d’autres questions : qu’allait-il advenir des agriculteurs à qui j’avais promis un soutien financier ? Aux projets que j’avais sur Raxus ? J’avais l’impression d’avoir été trahi, que le système une fois de plus me broyait. Un sentiment d’injustice nauséeux : l’idée que finalement, quoi que je fasse ou quoi que je dise, je n’étais doué que pour faire des choses moralement répréhensibles. Au final, c’était lentement ce dont je me rendais compte, était-ce d’ailleurs ce que Vasburg cherchait à me dire, en filigrane ? Je ne pouvais pas le savoir. Ayant encaissé la nouvelle, je fixais mon interlocutrice avec cette volonté qu’elle semblait avoir percé à jour. Il était temps d’être un peu plus sincère.
-Bon, je pense que nous en sommes donc à un point où en effet, je dois m’en remettre à vous. Cette volonté dont vous parlez, elle résulte de mon vécu, je n’ai pas menti sur un point, j’ai bien fait la guerre, et elle ne s’est pas terminée dans les meilleures conditions pour moi. Mais sachez que j’ai été formé à agir et à penser comme cela, donc avec cette expertise et ces qualités, quelles sont les options qui s’offrent à moi ?
Puisque de toute manière, je n’étais pas suffisamment naïf pour penser que j’étais encore dans une position de force. Il fallait être réaliste, après que j’ai été officiellement mort, perdu tout ce que j’avais, et dévalué par mon évaluation au DSP, je devrais prendre ce qu’on me donnait. Je devais aussi préparer la suite, vendre les qualités que j’avais et ces qualités et ces compétences…Elles impliquaient de dévoiler quelques détails. -
Post n°37
Auteur : Atreïs HelcarLa déception qui rongea subitement le visage du Sergent ne passa pas inaperçue, surtout pour Atréïs qui, de toute façon, avait les yeux rivés sur ses traits. Cela surprit le Gurlanin, qui ne s'attendait pas à une telle déconfiture pour l'homme. Après tout, il n'avait pas vraiment montré l'enthousiasme d'un jeune homme prêt à marcher contre vents et marées sur le terrain pour sa patrie. Au contraire, son calme naturel indiquait qu'il était tout à fait affectable ailleurs. La réponse d'Adriel, aussi cinglante qu'inattendue, confirma les doutes d'Atréïs : son subordonné ne se doutait sans doute pas du nombre de ramifications présentes au sein du DSP. Lui-même voyait déjà plusieurs pistes, notamment une qui... Oui. Cela pourrait faire l'affaire et arranger beaucoup de monde. Il croisa les mains devant sa bouche, pondérant une réponse et attendant que son Sergent ne finisse.
-Je pense que vous ne m'avez pas compris, ou pas entièrement. Et que vous n'avez pas compris ce que vous faites ici. Je ne vous aurais pas tiré de cette prison, ni de votre enfer, si je ne comptais pas sur votre intégration dans le DSP. Vous faites partie de notre organisation, et il n'y a pas de procédure à votre encontre pour vous en destituer. Il y en a une, en revanche, pour décider à quel service vous affecter, et c'est là que se situe le problème, si on peut l'appeler ainsi.
Il garda à nouveau le silence quelques secondes, réfléchissant. Arnon était encore plus blanc qu'avant d'arriver, ce qui n'était pas peu dire. Et surtout, il y avait dans ses yeux une résignation qu'Atréïs ne s'attendait pas à voir de sa part, pas venant d'un homme qui avait tout simplement échappé à une des morts les plus horribles qui soient, avant de passer des jours en prison.
-Il y a plusieurs possibilités, quand bien même la décision finale me reviendrait, j'ai l'intention de tenir également compte de votre avis. La première, et la plus simple, consisterait à former un binôme de terrain, avec moi, probablement. Mais cela impliquerait beaucoup de voyages, sans doute des conflits armés, bref... Pas vraiment votre domaine d'expertise, sans vouloir vous vexer. Une autre possibilité serait de vous intégrer au Bureau de Propagande. S'adapter à une culture, y véhiculer les messages de la Confédération, bref... promouvoir la CSI. Un travail nettement moins physique, mais qui fait appel, outre à une certaine intelligence, à une flexibilité et à un talent pour la diplomatie.
Atréïs en venait au point qui l'intéressait le plus, finalement. Il avait vu Arnon se mouvoir. Il avait vu ce qu'il était capable de faire, et il avait compris sur quel fragile équilibre il reposait finalement. D'autant qu'il restait toujours cette part de mystère en lui que le Gurlanin voulait percer et comprendre. Et pour cela, autant le mettre dans de bonnes conditions.
-Reste la dernière option. Retourner sur Raxus Secundus et vous y fondre en tant que membre du Bureau de Surveillance. Inutile de me reprocher et de me dire qu'il aurait fallu commencer par là, j'en ai tout à fait conscience, et c'est ce que j'envisageais moi-même au départ. Vous aviez l'oreille de la sous-préfète, et sa confiance.
Un nouveau silence s'installa.
-Mais vous n'y retourneriez pas juste pour cela. Ni pour reprendre AgroChrome. Non. Vous y seriez pour établir un réel réseau de surveillance sur place. Une toile d'araignée inextricable qui rendrait toute information connue de la CSI.
Le Lieutenant se redressa légèrement sur sa chaise.
-Je vous écoute. Je suis à l'écoute de vos remarques. -
Post n°38
Auteur : Arnon VeralJe reprenais ma contenance à mesure que Vasburg déroulait les différentes possibilités. En effet, je réalisai à quel point j’avais été conditionné au sein du BSI. Pour moi le travail était mono-tâche et les options uniques. L’Empire Sith avait créé tout un tas de bureaux et de divisions afin de pouvoir répartir le travail…De nous faire faire le sale boulot. Mais lorsque nous rejoignons l’une des sections, il était en général très facile de savoir à quelle tâche elle était rattachée. Le DSP en revanche semblait avoir de nombreuses ramifications et divisions. J’écoutais donc ce qu’avait à me dire Vasburg. Cette dernière énuméra mes possibilités. Si l’une était exclue d’office, c’était le travail de terrain, je n’avais pas vraiment les compétences pour faire cela et j’en avais parfaitement conscience. Autant que Vasburg tout du moins.
Concernant les deux autres possibilités, je ne fus qu’à moitié surpris. C’était un autre signe que celle que j’avais face à moi avait bien circonscrit mon profil psychologique. Avait-elle compris quelque chose sur mon parcours passé ? A l’époque où j’étais encore membre du BSI, j’aurais sourit à savoir que la CSI déployait une telle ingéniosité pour tenir sa population. Eux qui se présentaient comme le système libre par excellence étaient passés maîtres dans l’art de l’infiltration et du bourrage de crâne. Au fond, cela ne faisait que donner raison à Rec à titre posthume. Ce dernier avait toujours développé l’idée que tant que les hommes feraient société, la démocratie ou la liberté n’existaient pas. Rec était cyniquement convaincu que le libre-arbitre n’était qu’une illusion, que nos choix n’étaient que le produit d’un certain déterminisme social. Sur le fond, cela et son absence totale d’intérêt pour une quelconque spiritualité pouvaient expliquer les choix qu’il avait fait. Je me rendais compte que finalement, je n’avais jamais eu vraiment d’avis sur ces questions. Au fond, lorsque j’étais au BSI, j’avais fait les choses parce qu’on me les avait ordonné. J’avais bien eu des idéaux lorsque j’étais jeune, mais si j’avais rejoint le BSI avec autant d’enthousiasme, c’était principalement pour renverser la table. Je sortais de prison, j’étais jeune et révolté, j’avais été exploité, pour moi c’était un choix impulsif et presque romantique. J’étais passé d’un ouvrier délinquant à un officier du prestigieux BSI. Le contexte était maintenant différent, j’étais plus vieux, plus réfléchi, je n’avais plus besoin qu’on m’empaquette les choses pour les accepter. Cette colère que j’avais eu en moi à cause de mon manque de statut sociale, elle s’était peu à peu atténuée. J’avais eu honte d’avoir pris part à cette folie, tout en sachant paradoxalement qu’elle avait laissé en moi une terrible cicatrice…Celle de l’embrigadement. J’avais été endoctriné et convaincu et désormais, il ne se passait pas un jour sans que j’ai peur de revoir cette graine germer.
La propagande était un poste attractif, mais là-encore, cela incluait de partir et de tout repartir à zéro. Bien évidemment -et je soupçonne Vasburg de l’avoir fait à dessein- l’opportunité de retourner sur Raxus Secundus était la plus séduisante à mes yeux. J’avais comme un goût amer dans la bouche, un goût d’inachevé. J’avais tissé de nombreuses relations là-bas, y compris avec la Sous-Préfète Osso, ce que le DSP aurait eu tort de négliger. Mais j’avais bien compris que derrière ce visage inexpressif et juvénile, Vasburg cachait un cerveau qui fonctionnait à plein régime. Pragmatique et froide, Vasburg avait sans doute déjà pensé à tout ça. Alors qu’elle attendait mes remarques, je laissais quelques secondes afin de poser ma voix et de reprendre calmement.
-En effet, la première possibilité n’est pas envisageable. Je suis réaliste et je n’ai jamais eu l’entraînement pour cela, si j’avais vingt ans de moins, je tenterais peut-être le coup, mais ces missions ne sont pas pour moi. Il reste la propagande qui serait une bonne expérience dans laquelle je pourrais m’épanouir…
Je laissais quelques temps de pause, mon regard se perdant dans le vide de cette pièce au mobilier épuré. Pourquoi faisais-je durer un suspense qui n’avait pas lieu d’être ? Vasburg savait précisément ce que j’allais choisir, et ce n’était ni l’un, ni l’autre. Peut-être cherchait-elle à me piéger ? A me faire avouer quelque chose ? Sans doute, mais de toute manière, il n’était plus temps de jouer. Un petit sourire naquit sur mon visage.
-Mais vous savez probablement déjà que ces options ne sont pas celles que je choisirai spontanément. Retourner sur Raxus Secundus serait la meilleure option pour moi. Je ne nierai pas que c’est un choix d’ordre personnel. D’un point de vue opérationnel, cela se défend aussi, quoi de mieux qu’un agent qui a déjà tissé ses relations et qui est recruté alors qu’il a déjà son tissu social en place.
Et c’était vrai, je ne cherchais même plus à camoufler la justesse de mes pensées. Avant d’être affilié à l’administration, j’avais eu une formation générale, je savais donc comment se déroulaient les opérations de renseignements. Par contre, il y avait en effet des questions qui restaient en suspens. Une en particulier.
-Par contre, je suis curieux de savoir comment cela peut être mis en place si j’y retourne. J’ai tout perdu et on m’a enterré sur place. Si je veux constituer un réseau efficace, il va bien falloir que j’y retourne en tant qu’Arnon Veral, car c’est précisément grâce à AgroChrome et à mes accointances avec le milieu politique de la planète que je pourrai constituer un réseau de surveillance sur place et identifier un éventuel ennemi objectif. Sans ça, je risque d’être beaucoup moins efficace. Dans un tel scénario, je devrais également continuer mes actions telles qu’elles étaient avant la mission…Enfin, ça c’est le cas idéal.
Et je savais que mes arguments ne pourraient que faire mouche. Il était évident que mon réseau professionnel était une nébuleuse qui me permettait d’avoir des oreilles et des yeux partout. Si j’avais utilisé ça à des fins commerciales ou pour tenter de perfuser des petits agriculteurs en perte de vitesse, je devrais désormais l’utiliser afin d’établir le réseau que me demandait Vasburg. Dans le déroulement de la conversation, j’avais d’ailleurs négligemment employé le terme d’ennemi objectif, un terme dédié qui était employé par le BSI pour les opposants du régime. La trace indélébile du conditionnement face à un Lieutenant qui n'avait d'ailleurs à aucun moment demandé de débusquer un quelconque ennemi. De toute manière, maintenant, les cartes étaient entre les mains de Vasburg. -
Post n°39
Auteur : Atreïs HelcarLes yeux noirs du Lieutenant se posèrent sur son éphémère collaborateur. Leur gravité masquait au moins partiellement l'impression de soulagement qui l'envahissait suite à la réponse d'Arnon. Il fallait être clair : Atréïs avait eu faux sur toute la ligne. Mais c'était un échec parfaitement prévisible et anticipable, pour quiconque avait la moindre notion de la gestion d'hommes. Une première mission, un individu difficilement cernable et un environnement peu propice à la moindre réussite, voilà ce qui avait causé cet enchaînement d'échecs cuisants. Et le pire dans tout ça était que le Gurlanin... n'avait finalement aucune hiérarchie à qui se référer. Aucun supérieur réellement direct àà contacter pour demander une aide, un soutien, un conseil. Non, il était seul. Certes, il l'avait voulu, convaincu qu'il saurait gérer d'une quelconque manière ce qui l'attendait, mais il avait également totalement occulté la réalité, à savoir qu'il ne pouvait pas travailler seul ad vitam eternam. Par orgueil et par excès de confiance, il se retrouvait dans cette situation de contrition.
Mais il aurait désormais bien le temps d'y penser, et à plus d'un titre. Pour l'heure, il fallait régler le problème Veral. Car l'homme avait raison. Quelque part, il y avait une pointe de déception pour Atréïs, qui aurait espéré voir son subordonné relever une autre possibilité. Mais celui-ci restait cantonné dans le chemin que le Lieutenant traçait pour lui. Pas de suggestion autre, pas d'éclat de voix, c'en était à se demander si il était vraiment capable d'initiative ? Question idiote. Partant de rien, il avait réussi à créer une entreprise d'importance. Ce n'était pas à la portée du premier venu, et c'était suffisant comme preuve. Mais la dite entreprise... Elle était désormais sous tutelle de l'Etat. Et c'était là le principal problème. En plus du fait qu'Arnon Veral était mort. Alors quoi ? Que faire ? Le sourire sur le visage d'Arnon encouragea le cerveau d'Atréïs à tourner un peu plus fort. Et les maux de tête revenaient avec...
-Le cas idéal...
La bête reprenait les termes du Sergent. C'était à la fois pour se donner le temps de réfléchir, et à la fois pour lui signifier qu'elle demandait du temps, et qu'elle y pensait réellement. En fait, cela faisait désormais un moment qu'Atréïs y pensait. Il savait ce que voulait dire être déraciné. Lui-même avait abandonné sa planète, les siens, sa vie et sa culture, pour essayer de protéger Qiilura. Le sacrifice ultime pour la survie de sa race, quelque part. Renvoyer Arnon chez lui, si tant que c'était réellement chez lui, c'était presque une pénitence. Au moins, lui pourrait retrouver sa vie. Partiellement. Car désormais, l'ombre de la CSI et du DSP planerait au dessus de sa tête. Mais cela, c'était à lui de vivre avec. Il avait effectivement évoqué Raxus en dernier lieu car c'était la solution qui paraissait évidente à ses yeux, et manifestement aux yeux de la recrue aussi. Quelque part, il espérait aussi que cet acte, cette décision, l'érigerait en une sorte... d'allié ?
-Le cas idéal serait de vous rendre AgroChrome. De retirer la tutelle de la planète sur celle-ci, pour vous remettre en place. Mais vous avez été déclaré mort, par une des plus hautes instances de la Confédération.
Les doigts de Vasburg tambourinèrent sur la table. Quelques secondes, puis quelques minutes passèrent, le silence n'étant rompu que par ce bruit de tapotement, régulier, calqué sur sa respiration, sur les battements de son cœur. A la fois reposant et irritant. La brune finit par se lever, regardant Arnon.
-J'ai besoin d'air. Vous m'accompagnez ?
***
Il n'avait pas fallu beaucoup de temps à Atréïs pour récupérer un speeder auprès de la garnison, qui s'élançait dorénavant à pleine vitesse sur une plaine intérieure, sauvage et indomptable. A sa mesure, à son image. Il faisait preuve d'une certaine habileté, enchaînant les cavernes, les lacs, les tunnels, à l'aveuglette, uniquement pour se laisser porter par l'instinct et l'adrénaline, comme il l'avait toujours fait, et comme il le ferait sans doute toujours. Cette discussion avec Arnon l'avait laissé perplexe sur deux choses. Tout d'abord, la hiérarchie peu claire du DSP, qui lui laissait certes les coudées franches, mais également sans filet. Il fallait résoudre cela, sans aucun doute. Mais à côté... N'était-il pas un agent de Valkoinen aussi ? Un agent parmi les agents ? Autrement dit... Il était seul. La deuxième chose étant sa propre capacité de décision. Comme il le pensait plus tôt, il n'avait pas été capable de définir les bonnes actions, et il se retrouvait devant ce mystère... En pensant à tout cela, il regarda son passager. Pour l'heure, ils étaient restés muets. Mais il fallait bien que ça change...
Le speeder finit sa course au bord d'un lac intérieur, comme il en existait tant d'autres. Pourquoi celui-ci, et pas un autre ? Il n'en savait rien. Mais il avait quelque chose... d'apaisant. Le calme de sa surface, l'absence quasi totale de mouvement autour, la fraîcheur qui en émanait. Pour rajouter à l'informalité de cette escapade, le Lieutenant était en civil. Pas de fioritures. Manches courtes. Pantalon fin et bottes de marches. Rien ne pouvait trahir sa condition de soldat en l'état. Hormis le fusil sur la plage arrière du speeder, bien sûr. Mais elle ne le saisit même pas lorsqu'elle descendit, se rapprochant de l'eau, mains dans les poches.
-Ca aurait été plus simple si j'avais tiré, l'autre jour, finalement. Ou si je vous avais laissé pourrir en prison.
Il disait ça sur un ton léger, presque à la plaisanterie malgré la gravité des mots. Il n'en pensait rien.
-Je n'ai aucune idée de la solution à apporter à votre problème, Arnon, si c'est là votre vrai nom. Vu la facilité avec laquelle vous avez endossé la personnalité d'Adriel, j'en doute fortement. Mais je doute aussi que vous me racontiez votre histoire dans les moindres détails. De toute façon... Ce n'est pas le sujet. Vous étiez en bons termes avec la sous-préfète, Leiel Osso. C'est sans doute par là que passe votre salut et votre réintégration. Votre mort a sans doute agité quelque peu les sphères de votre... comment dirais-je... corporation, mais aux yeux du grand public, ce n'est qu'un nom de plus qui sera oublié aussi vite. Il y a donc deux ensemble à convaincre de votre retour, la préfecture et vos collègues.
Il fit à nouveau quelques pas. A l'air libre, il pouvait parler tout aussi librement, sereinement. Pour une fois, peut-être qu'il paraîtrait un peu plus normal. Un léger rire agita ses épaules alors qu'il reporta ses pupilles noires sur son collègue. Ce n'était pas ironique, encore moins moqueur. Non, c'était un rire parfaitement réel. Pour une fois, il avait la sensation de pouvoir se le permettre.
-Vous devez vous dire que je le fais exprès. Que c'est encore une ruse de ma part pour je ne sais quel plan machiavélique que j'aurais ourdi dans l'ombre pour faire sombrer je ne sais quoi. Mais je vous assure que c'est loin d'être le cas. Et que depuis le début, je subis autant que vous les événements. Mais revenons à nos Banthas. Pour convaincre la sous-préfète, je ne vois pas mille possibilités : il vous faut la voir, ou la revoir. Pour cela, nous pourrions nous servir d'Yggdrasil, une flotte confédérée, placée dans le système Raxus. En jouant bien nos pions, nous pourrions vous obtenir une audience. Reste vos estimés collègues. Pour eux, je crains qu'il ne vous faille vous débrouiller seul et déployer un argumentaire solide.
Il finit par se tourner directement vers Arnon, croisant à nouveau son regard.
-Je devrais pouvoir obtenir un démenti concernant votre mort. Avec de la chance, vous n'entendrez plus parler de moi. Du moins, je l'espère pour nous deux. Si j'y parviens, vous me raconterez ? -
Post n°40
Auteur : Arnon VeralQuelque chose n’allait pas, tout du moins Vasburg était contrariée. Je n’avais jusqu’à présent jamais vu cela chez elle. Cette femme semblait être une tueuse froide et croyez-moi, j’ai une expérience dans ce domaine. Au cours de ma longue carrière au sein du BSI, j’ai pu voir de nombreux tueurs froids et je sais les reconnaître. Pourtant, dans le cas de Vasburg, je semblais m’être trompé. Cette femme était-elle un pion entre les mains de quelques puissants ? Nous l’étions tous, c’était un état de fait, je l’avais admis depuis longtemps. Aussi, lorsqu’elle me proposa de prendre l’air, j’acceptai de bon cœur. J’avais moi-aussi besoin de sortir de ce carcan. La Confédération jouait avec nous et nous n’étions que de misérables petits insectes dont l’existence éphémère servait de puissants systèmes qui eux-mêmes finissaient par s’effondrer, happés par le néant froid et infini du cosmos. Cette pensée vertigineuse poussait au nihilisme le plus profond, à la pulsion de mort. Je ne pouvais ainsi que comprendre ce bon Lieutenant dans ses réflexions, sans réellement savoir ce à quoi elle pensait car si j’identifiais facilement sa gêne et son trouble, je ne pouvais pas savoir réellement quelle était la nature du problème. Avait-elle un quelconque remord concernant ce qui m’arrivait ? Est-ce que cela était allé trop loin ? Peut-être. Je me contentais de partir dans ma cabine qui était en fait une cellule. Si j’aurais voulu quitter cet uniforme qui me collait à la peau, je réalisai que je n’avais aucune affaire, je n’avais donc pas vraiment le choix.
***
J’avais pris place aux côtés de Vasburg dans le Speeder. Elle conduisait vite, les cheveux au vent, mais de manière experte. Cette femme semblait fuir quelque chose, et moi, je ne disais mot, ne sachant pas réellement à quelle sauce j’allais être mangé. Je n’étais pas naïf, je savais que Vasburg ne m’avait pas tout dit. C’était une femme -tout du moins en avait-elle l’apparence au moment où je parle d’elle- intelligente et bien plus sensible que je ne l’avais anticipé. Je l’avais sous-estimé en somme. Sur le fond, ce qui se passa ce jour-là la fit monter dans mon estime.
Le véhicule passa plusieurs ensembles rocailleux de canyon et de végétation clairsemée pour finalement rejoindre un lac sous-terrain. Moi, je me contentais de la suivre, mon uniforme déboutonné sur ma chemise immaculée. L’eau avait une couleur turquoise et elle était apaisée, comme figée dans l’éternité. Je me surpris à penser aux temps géologiques immémoriaux que cette eau avait dû traverser. Depuis combien de temps était-elle là ? Elle avait été filtrée à travers plusieurs couches de roches pour finalement rejoindre sa prison : une nappe phréatique qui affleurait à cet endroit. Il y avait quelque chose de sacré dans cette grotte…Un temple géologique qui nous ramenait à notre condition, celle d’un grain de sable dans l’univers. C’est précisément pour cela que je n’arrive pas totalement à regretter tout ce que j’ai fait, car je me dis que finalement, le manque de sens du monde qui nous entoure finira par gommer l’épiphénomène de l’Empire Sith, aussi mortifère soit-il. J
Je m’approchais de l’eau tout en écoutant Vasburg, cette dernière déroula ses arguments tout en souriant. Le discours était surprenant et pourtant, je ne pouvais qu’y adhérer en substance. Je souris à mon tour en me tournant vers elle, m’accroupissant comme un enfant pour saisir un petit caillou. Sa surface n’était pas rugueuse, elle était très lisse, comme si ce caillou avait été charrié par de l’eau courante. Y avait-il eu une rivière ? Le ressac des vagues ? Je ne connaissais pas la géologie d’Utapau, je ne pouvais donc pas faire d’hypothèse quant à ce qui s’était passé. Je fixais la roche marbrée qui constituait ce caillou, les marbrures formaient des vagues figée dans le temps.
-Je vous raconterai en effet. Je doute que la Sous-Préfète ou quiconque fasse des histoires quant à ma réintégration. Je pense que les autorités de Raxus Secundus ne sont pas ravies d’avoir AgroChrome sur les bras. C’est une petite entreprise avec un gros carnet d’adresses, l’état ne tirera pas grand-chose de sa liquidation et les ventes aux enchères seront impitoyables car beaucoup de grands groupes chercheront à miser gros pour acheter le carnet d’adresses et la position d’influence que nous avions réussi à bâtir. Ceci dit, je vous remercie pour la délicate attention et la proposition d’intercéder en ma faveur. Il faudra sans doute un peu de temps pour que je prenne mes marques : savoir à qui je dois rendre des rapports et ce que je dois faire exactement.
Tout ça n’était finalement qu’une formalité administrative. Le renseignement, la surveillance et la dissimulation, c’était quelque chose que j’avais appris à faire. D’ailleurs, Vasburg s’était amusée à le souligner. Sur le fond, je ne pouvais pas lui en vouloir. Je poursuivis donc, presque pris par la singularité du moment qui était hors du temps. Détaillant Vasburg, je remarquai que sans son uniforme elle avait l’air presque normal, on aurait presque pu la prendre pour une civile.
-Vous auriez pu en effet me tuer. Ou me laisser croupir en prison, ce qui serait revenu au même car j’aurai sans doute mis fin à mes jours. J’ai été incarcéré dans une autre vie, il y a de cela bien longtemps et je me suis promis que je n’y retournerais jamais. Dans cette autre vie, vous m’auriez sans doute abattu comme un chien, mais tout cela, c’est du passé. Un passé révolu qui m’a marqué dans ma chair et qui a asséché mon âme. J’ai fait ce que j’ai fait, des choses clairement mauvaises aux yeux de tous, des choses honteuses, mais à ma place, croyez-moi, vous auriez sans doute fait la même chose. Nous sommes tous les produit de notre propre société…
Moi-même je n’arrivais pas à comprendre pourquoi je me confessais à demi-mot. Sans doute l’ambiance surréaliste de cette grotte et le moment, une conjonction, une fenêtre pendant laquelle tout était possible. Un éphémère laps de temps. Je continuais, le regard perdu dans les ondées immobiles qui recouvraient la grotte. Un sourire désabusé orna mon visage, avant de disparaître.
-Vous et moi, nous nous rejoignons sur un point, les noms ne sont que des mots qui sont facilement oubliés, donc pourquoi ne pas les endosser tout aussi facilement. Je n’ai ni famille, ni proche donc au final, changer d’identité n’est pas si difficile.
Je souris, cette fois espiègle. Je jouais avec le feu mais au fond, ce suspense n’avait que suffisamment duré. Vasburg s’était dévoilée dans une certaine limite à moi et je savais que tôt ou tard, la vérité finirait par éclater. Donc autant jouer la partition jusqu’au bout, j’aurais préféré me faire abattre par Vasburg de manière propre plutôt que de pendre au bout d’une corde après un procès humiliant. En me relevant, je jetais la pierre au niveau du lac, elle tomba dans un clapotis et fit naître des ondes concentriques qui se propagèrent rapidement. Fixant les mouvements de l’eau je repris d’une voix calme.
-Ludwig…C’est mon véritable prénom et j’ai fini la guerre avec le grade de Capitaine. Ne vous fatiguez pas avec les registres, vous ne m’y trouverez pas, je suis un homme très prudent, c'est d'ailleurs ce qui m'a permis de vivre correctement pendant tant d'années sans être inquiété.
Je souris à nouveau, toujours un sourire désabusé. Je venais de faire un pas vers Vasburg, c’était de bonne guerre et largement mérité. Au final, j’avais été injuste avec elle et je le reconnaissais volontiers car maintenant que j’avais une vision un peu plus générale de la situation, je ne pouvais nier qu’elle me sortait d’une situation peu enviable. Maintenant elle pourrait me voir sans concession, sans fioriture, dans l’acceptation totale de ce que j’étais : un homme brisé, amer de ses crimes passés et désabusé de tant d’années de vie paisible et routinière. -
Post n°41
Auteur : Atreïs HelcarLe Gurlanin sourit en se tournant complètement vers Arnon. Ou Ludwig. Ou Adriel. Ca n'avait pas d'importance. Alors qu'il tenait à rester discret sur ce qu'il était, il fallait qu'il tombe sur une autre personne ayant une identité secrète et un passé pouvant lui donner du tort. Comme quoi, les deux soldats étaient proches l'un de l'autre, dans une certaine mesure. Elle se rapprocha, tendant une main vers son désormais ex-subordonné.
-Alors nous avons un accord, Arnon. Vous resterez Arnon Veral, directeur d'AgroChrome le jour, agent du Bureau de Surveillance la nuit, si j'ose dire. Et ne prenez pas cela comme un ordre, sinon vous ne dormirez pas, j'ai cru comprendre que vous suiviez les directives avec un certain zèle.
Le trait d'humour, caustique et acéré, était parti tout seul. Ce n'était pas dans les habitudes d'Atréïs, il venait réellement de se surprendre lui-même avec cette petite pique. Mais après tout, Arnon lui en avait tout de même fait baver, alors c'était presque mérité...
-Vous devrez récupérer AgroChrome à la seule force de votre cerveau et de votre poignet. Nous ne pouvons pas faire intervenir les Services au moindre pet de travers, vous comprenez, j'espère. Vous croiserez peut-être d'autres agents de la CSI, en ignorant qu'ils en sont, et vice-versa, des gens qui sont en dehors... A vous de tisser votre toile, comme je le disais. De vous rendre indispensable à la bonne marche de la collecte d'information sur Raxus Secundus d'abord, au delà ensuite.
Quelque part, il y avait un peu de déception dans la voix d'Atréïs. Finalement, il avait échoué de son côté. Et ça, il était probable qu'on ne lui pardonne pas. Valkoinen risquait de lui reprocher d'avoir perdu du temps. L'Agent Spécial risquait de lui reprocher d'avoir pris des risques. Tout cela en vain, finalement, pour sa propre enquête, si ce n'était de s'attirer les foudres de ses deux supérieurs. L'image du fil tendu lui revint en tête, un instant. D'un côté, la sphère politique et militaire. De l'autre, celle plus nébuleuse de l'information, de l'ombre... Les deux pour lesquelles il travaillait, indépendamment.
-Espérez ne jamais me revoir, ce serait... mauvais signe, je pense. Je n'ai guère le temps pour les visites de courtoisie, et je doute que vous le souhaitiez quoi qu'il en soit.
Il finit par se détourner, pour revenir au speeder. L'escapade, hors du temps, des obligations et des ordres, était terminée. Pour lui, c'était le retour à une froide réalité. Pour Arnon, un retour aux sources. Le véhicule vola jusqu'à la base de nouveau, et Atréïs se sépara du Sergent, non sans lui annoncer qu'il avait deux ou trois jours libres désormais, lui conseillant à la fois de se reposer et de remettre ses idées en place.***
-Vous plaisantez, j'espère, Lieutenant ?
La voix calme et froide de Valkoinen fit frissonner l'échine du Gurlanin, qui resta droit dans son hologramme, malgré la brutale chute de température de son corps. Il venait de faire son rapport à la Générale Suprême, et il remerciait presque la Force que ses yeux ne fussent pas des blasters, sans quoi il serait mort sur place.
-Générale Suprême, je vous assure que j'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir, mais j'ai besoin de votre aval le concernant, et...
-Silence. Vous êtes sur Utapau pour enquêter sur une activité Sith, Lieutenant, et vous me parlez d'une RECRUE, pour le BUREAU DE SURVEILLANCE ? Avez vous perdu la raison ?
Atréïs baissa légèrement la tête, se mordant la lèvre. Son regard se posa un instant sur son uniforme impeccable avant de relever la tête. La Générale avait raison, bien entendu. Elle lui avait tendu une main qui aurait pu le propulser à des hauteurs insoupçonnées, et il s'était purement et simplement pris les pieds dans le tapis, en se perdant dans des considérations personnelles, sans prendre en compte la globalité de la situation.
-Avez-vous quelque chose à dire pour votre défense ou dois-je vous mettre aux arrêts pour incompétence ?
-Non, Générale. Je n'ai pas oublié ma mission, pas plus que je n'ai oublié que je suis Humaine avant tout. Le Sergent Veral était en difficulté, et je suis certaine que la perte de temps liée à son sauvetage sera compensée par sa capacité et ses compétences. Je suis persuadée que son recrutement était la bonne chose à faire, et c'est pour cela que je vous demande une ultime faveur. Je n'ai perdu que quelques jours sur une enquête dont les faits remontent à des mois. Les éléments restent présents, j'en suis sûre, et je les découvrirai.
La Générale Suprême resta silencieuse un long moment devant l'argumentaire de sa subordonnée. Elle en avait fait ses yeux, ses oreilles dans la Bordure Extérieure, et tout ce qu'elle ramenait, c'était un agent supplémentaire ? Pourtant, il lui fallait admettre qu'elle n'avait pas forcément tort. Mais Valkoinen avait besoin de résultats, absolument, et les divagations optimistes d'un simple Lieutenant n'étaient pas suffisantes.
-Je vous laisse une dernière chance, Lieutenant. Découvrez ce qui se trame dans la Bordure, ce qui s'est passé ce jour-là exactement. A défaut, vous irez rejoindre votre ami sur Raxus, et pas comme Agent.
La communication se coupa, alors qu'Atréïs laissa s'échapper un profond soupir de soulagement. A défaut de réellement convaincre sa supérieure officielle du bien fondé de sa réflexion, au moins lui avait-elle accordé un répit supplémentaire. C'était tout ce qu'il demandait, et ce dont il avait besoin. Mais désormais, il devrait agir seul. Et c'était bien là le souci. Surtout qu'un problème n'arrivant jamais seul, une communication cryptée lui parvint. Décidément, la journée serait longue.Spoiler : Spoiler
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Post n°42
Auteur : Atreïs HelcarAttablée devant un simple bol de soupe de vitamines et d'acides aminés, accompagné pour le goût de légumes qui se révélaient fades et sans intérêt, la petite femme brune, engoncée dans sa veste de cuir, ruminait dans son coin. Les derniers mois n'avaient pas été vraiment cléments pour elle, et ça se voyait à ses yeux qui, même si ils restaient acérés, ceux d'un prédateur, étaient fatigués. Tout ce temps passé à lire des rapports plus obscurs et alambiqués les uns que les autres, à exploser ses rétines sur les écrans d'ordinateur, à s'interroger encore et encore puis à relire une énième fois les écrits qu'il connaissait par cœur à force... Et surtout, tout ça pour rien. Il avait, pensait-il, absolument tout contrôlé. Oui, il y avait des zones d'ombre, mais rien ne semblait pouvoir les éclairer, même si son instinct lui soufflait... non, lui hurlait qu'il manquait la vérité. Pourtant, tout semblait se recouper. L'administrateur Blaum avait bien été tué par la Générale Lyzs Yvanol, en la présence d'un unique témoin, le lieutenant Tericarax, déclaré mort depuis. Evidemment, sans l'apport d'un tel témoin, il n'y avait aucun espoir de faire rejaillir une vérité cachée. Surtout qu'Yvanol était une sensitive, capable de brouiller les pensées.
Pourtant, il y avait toujours ce minuscule doute, à commencer par une question primordiale : quel intérêt aurait eu une Générale de l'Armée Républicaine à commettre un meurtre lors d'une opération spéciale entre les deux surpuissances galactiques ? La simple question de l'ambition et de l'escalade de la violence sonnait faux aux oreilles du Gurlanin. Utapau restait une planète somme toute mineure et Blaum était un administrateur tout aussi insignifiant finalement, au vu de la machinerie grotesque qu'était la CSI, il serait vite remplacé dans ses fonctions. Ce n'était clairement pas une cible à abattre pour quelqu'un qui voudrait plonger la CSI dans le chaos. Vers qui se tourner alors ? La Lieutenant Tericarax ? Mi-droïde, mi-organique, totalement fou ? Peu envisageable. Ses états de service étaient loin d'être mauvais, et il était plus un cerveau et un chercheur qu'un politique. Le cyborg Khalee n'avait lui non plus aucun mobile apparent. Plus sa réflexion allait loin, plus il devenait évident, voire obsessionnel, qu'il tenait là deux magnifiques boucs émissaires. Mais avec un mort et une prisonnière, inutile de chercher à fouiller dans les interrogatoires.
Le Gurlanin passa une main dans la crinière brune, s'adossant à son siège avec un soupir désabusé. Etait-il descendu assez loin ? Tarun Blaum avait eu des ennuis avant cette sombre histoire d'assassinat, avec déjà une première tentative menée par des Sith, semblait-il, ce qui avait mené à cette mise à prix délirante des têtes de tout sensitif au sein de la Confédération, si il comprenait bien. Restait l'explication à tout cela. La pièce manquante du puzzle. Entre ses doigts, il jouait avec son comlink d'une main habile, comme si il pouvait lui être d'un quelconque secours. Cela faisait bien longtemps que plus personne ne lui avait vraiment adressé la parole, depuis qu'Arnon avait quitté la planète en réalité. La Générale Suprême s'était bien gardée de le recontacter, et il comprenait, après tout, il était inefficace au possible. Il se redressa. Une humaine au milieu des Pau'an, ça attirait fatalement l'attention, mais il y était habitué désormais. Sans rien dire, il paya et retrouva la chambrette qu'il louait depuis trop longtemps maintenant.
Il s'allongea sur le lit, mains sur le visage. Ca faisait des mois qu'il répétait ce même rituel, chaque soir qu'il voyait, se remémorant comme une litanie et un mantra les différents éléments de son enquête. Blaum, Tericarax, Lyzs, Siths, Utapau... Mais cette fois, il n'eut pas le temps de produire sa logorrhée jusqu'au bout, interrompu par le bruit de son comlink dans son oreillette. D'une main lasse, il activa la communication, sans doute un peu trop rapidement à son goût, comme si c'était salvateur.
-Lieutenant Vasburg. Ou devrais-je dire Helcar ? Vous pouvez garder le silence, je ne compte pas vous garder bien longtemps.
La violence des propos de cette voix inconnue eut l'effet escompté : Atréïs était simplement mouché, et il n'avait aucune envie d'ouvrir la bouche.
-Inutile de vous affoler, je ne compte pas dévoiler votre petit secret, pas plus que je ne compte vous mettre de bâtons dans les roues. Je sais que vous êtes sur Utapau, et j'ai de bonnes raisons de penser que votre enquête rejoint la mienne. A vrai dire, j'en suis même persuadée.
Le cerveau d'Atréïs tournait à plein régime. Avait-il déjà entendu cette voix ? Non, mais elle était probablement modifiée. Les intonations ne lui parlaient pas, pas plus que les inflexions de ton qui trahissaient malgré tout une personne avec une grande confiance en elle, et surtout, habituée à ce qu'on obéisse au moindre son de sa voix. En d'autres termes, une personne puissante, mais dans la lumière ou dans l'ombre ? Voilà un mystère de plus qu'il allait devoir mettre de côté en attendant la suite.
-Je ne vous dirai pas qui je suis ni quel est mon intérêt dans tout ça. Mais je peux vous révéler que jamais vous ne traduirez en justice le commanditaire du meurtre de l'administrateur Blaum. Celui-ci est mort depuis quelques temps déjà, emporté par ses propres ambitions. Quant aux témoins potentiels de ce qu'il s'est vraiment passé ce jour-là, la grande majorité est désormais morte également.
C'était comme si le Gurlanin avait pu entendre un sourire se dessiner de l'autre côté du comlink, comme si il entendait ni plus ni moins que la satisfaction dans l'air, alors que la voix prenait une pause qu'elle savourait ostensiblement. Lui-même contint un déglutissement qui aurait trahi son appréhension bien légitime quant à la suite.
-Tarum Blaum fut tué sous l'ordre de Sharkaran Eldjurath. Ce nom vous est sans doute inconnu, il était l'un des 4 consuls de la Confédération.
Heureusement qu'Atréïs était assis. Même lui avait entendu parler du Consulat, cette assemblée si nébuleuse qui dirigeait à peu près tout et était plus ou moins à la botte de l'armée. En tout cas était-ce le cas au début, mais cette réalité devenait de plus en plus fragile avec le temps.
-Si les raisons de cet acte me sont inconnues, elles n'ont désormais que peu d'importance, car sa mort fut elle demandée par ses propres pairs. Voici qui j'espère lève un peu le voile sur le marasme dans lequel vous fouinez, Lieutenant.
Alors, c'était cela ? Un complot politique de A à Z, maquillé pour permettre d'éviter les questions embarrassantes, tout en déclenchant presque une guerre avec la République Fédérale ? C'était impensable tout autant qu'évident. Mais il restait une ultime question, en suspens, qui brûlait les lèvres d'Atréïs.
[color]-Pourquoi me révéler cela ?
