Bienvenue sur SWRPG !

Créé en septembre 2006, ce RPG situé dans l'univers Star Wars a démarré à l'aube de la Guerre des Clones. Nous avons cependant pris une trajectoire bien différente de celle de la saga. 18 ans plus tard, nous voilà dans un univers parallèle aux films de George Lucas, un univers unique dans lequel nos propres personnages ont eu (et auront) un impact sur sa destinée.

Contexte: Il n'y a pas si longtemps que ça, dans une galaxie lointaine, très lointaine... L'Ancienne République influençait les quatre coins de la Galaxie, guidée et protégée par les légendaires Chevaliers Jedi, gardiens de la paix et de la justice. De nombreuses années plus tard, on dénombre de nombreux régimes successifs, mais aucun n'a réussi à s'imposer durablement. Empire Démocrate... Empire Sith... Voilà que les différents chemins empruntés nous ramènent donc à une République Fédérale, sans que l'on soit assuré qu'elle parvienne à durer dans le temps. Une République Fédérale qui décide de miser sur la nouvelle Garde Républicaine, vouée à remplacer un Ordre Jedi dont on refuse le dogme si particulier.

Pendant ce temps, Sith, Séparatistes et Chasseurs de Primes ont su se préserver à différentes échelles de l'échec de l'Ancienne République. Tandis que l'Ordre Sith a connu récemment sa fin sur Cathar, laissant la place à différents cultes bien moins influents mais tout aussi dangereux, les Chasseurs de la Guilde de Dantooine n'ont jamais été aussi nombreux, parcourant les mondes à la recherche de primes qui en valent le coup. La Confédération des Systèmes Indépendants, elle, résiste aux fluctuations du temps et se préserve des menaces extérieures en n'hésitant pas à agir lorsqu'il le faut, comme l'en atteste son intervention musclée sur Cathar. La même Cathar qui avait accepté d'accueillir les Vestiges de l'Empire suite à la scission de l'Empire Sith, et qui aujourd'hui se retrouve sous la tutelle des Séparatistes.

Les temps sont sombres, le ciel annonce de mauvais présages comme c'est le cas à chaque nouvelle ère. Les relations entre les grandes puissances ne sont pas au beau fixe, les Sith sont de nouveaux reclus dans l'ombre -là où ils sont les plus menaçants- et les Jedi se terrent sur Endor, bien décidés à ne pas dévoiler leur présence à ceux qui leur sont hostiles et bien décidés à s'en tenir à leur but éternel : l'étude de la Force.

Jamais une ère de SWRPG n'aura été si indécise et pourtant, il y aura toujours quelqu'un pour bouleverser l’échiquier galactique. Comme ce fut le cas ces huit dernières années. Peut-être que tu seras cette personne, qui sait? Notre Galaxie t'attend !

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  • Le ChroniqueurL Hors-ligne
    Le ChroniqueurL Hors-ligne
    Le Chroniqueur
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    #20

    Post n°20
    Auteur : Arnon Veral

    Si je n’eus pas le temps d’apprécier les talents de tireuse (quoi qu’on aurait pu dire tireur…) de Vasburg, je constatais qu’elle avait été blessée au flanc. Pourtant, dans son attitude, je remarquais une terrible détermination. Nos assaillants n’étaient que des brigands probablement sans aucun entraînement militaire qui profitaient de la naïveté de voyageurs pour les détrousser, mais là cela dépassait largement ce qu’ils avaient l’habitude de voir, je le savais comme eux le savaient. Leur véhicule avançait à tombeau ouvert sur notre position et moi, j’en avais complètement oublié la trajectoire. Ce fut Vasburg qui me tira par le bras, sa poigne était forte et saisissante. Entraîné vers l’avant, je roulais sur le sol, bercé par le bruit mat du véhicule qui se faisait faucher par le pare-buffle du véhicule tout-terrain de nos ennemis. Ces derniers avaient foncé dans le tas, sans réfléchir, ce qui n’était absolument pas judicieux en situation de combat. Je restais au sol, plaqué et à l’abri pour éviter d’être une cible facile pour les tireurs du groupe de brigands qui nous faisaient face.

    Alors que Vasburg se redressait pour faire feu, je jetais un coup d’œil à mon environnement. L’un des cadavres des gardes n’était pas très loin, à quelques mètres de moi. L’étui de son pistolet me sauta aux yeux immédiatement. Malgré l’aridité du canyon, les touffes d’herbe sèche me permettaient de rester au sol sans trop attirer l’attention. Vasburg avait hurlé un ordre, je restais au sol, rampant lentement vers le cadavre du garde. J’étais choqué, mon corps était totalement endolori par les sévices et les blessures que j’avais eu à endurer depuis ces derniers jours, pourtant mon cerveau s’était déconnecté de mes sens, il s’était totalement focalisé sur cette arme qui se rapprochait lentement, à mesure que je rampais vers l’arme, je faisais totalement abstraction de ce qui se passait autour de moi. Les tirs de Vasburg, les brigands qui beuglaient des jurons et des phrases dans un argot que je comprenais à peine pour finalement se mettre à l’abri. Je détournais l’espace d’un instant mon attention pour finalement jeter un coup d’œil à Vasburg qui avait un regard calme et déterminé, elle me fixait, ce regard valait plus qu’un ordre. Le reste n’avait plus vraiment besoin d’être verbalisé, j’allais devoir agir car déjà, les brigands tiraient sur la tireuse. Ils semblaient avoir totalement fait abstraction de moi, ayant compris que je n’étais pas la véritable menace…Ce que je concevais parfaitement après avoir vu le Lieutenant à l’œuvre. Je regrettais l’espace d’un instant de l’avoir provoqué de la sorte concernant le front, car finalement elle combattait avec bien plus de courage que d’autres. J’étais blessé et affaibli, elle aurait pu me laisser ici et tenter de s’enfuir, pourtant elle faisait face à ces attaquants.

    J’étais désormais tout proche du cadavre. Je rampais encore quelques dizaines de centimètres pour finalement ouvrir délicatement le holster, un simple étui en matière synthétique attaché avec une lanière nouée. J’extrayais le pistolaser, une arme de qualité basique, le premier prix, mais pourtant de bien meilleure facture que la pétoire que j’avais eu à manœuvrer. Je ôtais soigneusement la sécurité avant de jeter un coup d’œil sur les assaillants qui faisaient toujours feu de derrière leur véhicule. L’un d’eux avait glissé à couvert et grimpais déjà sur l’arrière du véhicule tout-terrain, pour prendre place derrière la mitrailleuse lourde et faire face à Vasburg. De là où j’étais, je pouvais voir que Vasburg ne pouvait pas voir la scène. Pourtant, je n’étais qu’à quelques mètres, et l’homme ne m’avait pas vu. Je le détaillais, un grand costaud, dans la trentaine, une barbe drue et noire mangeait le bas de son visage mais peinait à masquer des cicatrices profondes qui semblaient être creusées avec une charrue. Il portait un foulard autour du coup et des vêtements de surplus militaire qu’il avait dû acheter pour l’occasion. Je me surpris à me demander quel avait été son parcours, comment en était-il arrivé là ? Cette question mourrait dans mon esprit, comme tant d’autres. Moi qui avais toujours été un contemplateur, j’allais être poussé à l’action, pour la première fois de ma vie en ces trois jours, j’avais eu des choix difficiles à faire. L’adrénaline pulsait dans mes veines, je pouvais sentir les vaisseaux sanguins qui tapaient sur mes tempes, avec l’appréhension de l’action. Je n’aurais qu’une petite fenêtre, je ne pourrais pas rater ma cible, je n’avais pas le choix. M’approchant au maximum, j’attendais le bon moment. L’homme avait rejoint le poste de tir et armait l’imposant canon, prêt à déchaîner l’enfer sur terre pour faire sortir Vasburg de sa cachette et l’abattre. C’était maintenant…La fenêtre que j’attendais tant. Je me levais d’un coup, comme un diable sortant de sa boîte, et l’homme face à moi tourna la tête, j’étais en réalité à moins de trois mètres de lui, il n’avait pas anticipé que je puisse être si proche et ses yeux s’écarquillèrent, sa bouche s’ouvrit, dévoilant ses dents jaunes et gâtées. Il ne cria pas, je crois qu’il était simplement surpris et que ses sens tiraient la sonnette d’alarme. Saisissant l’arme à deux mains et maintenant ma main déjà blessée, je le braquais et tirais, je vidais le chargeur sur l’homme , le touchant à plusieurs reprises au torse et à la tête. Il bascula en arrière et s’effondra dans un bruit mat.

    Je n’eus pas le temps de me réjouir, un autre homme, plus sec, avait pris sa suite. Il remarqua le cadavres qui venait de tomber, tentant de comprendre ce qui se passait dans le chaos du combat. Là-encore, je ne réfléchis pas, je le chargeais en hurlant. Fonçant dessus, je le percutais de toutes mes forces, tentant de le frapper au visage avec ma main valide. L’homme, bien que plutôt chétif encaissa le coup et me rendit un direct au niveau de la tempe, me sonnant à moitié. Je n’étais pas suffisamment entraîné au combat rapproché, mais lui était un combattant de rue aguerri, ayant lâché son arme, il m’asséna un autre crochet qui cette fois me cloua au sol. Le brigand hurla quelque chose à l’attention de son comparse avant de sortir un poignard de combat et de se jeter sur moi. Dans un mouvement de réflexe, je me protégeais avec les mains, décalant l’arme dont la lame me mordit l’épaule, m’arrachant un cri de douleur. J’étais désormais en position de duel face à cet homme qui appuyait sur le manche pour enfoncer la lame. Affaibli, blessé, je ne pourrais pas me dégager de son emprise, c’était désormais à Vasburg d’agir, j’étais bel et bien hors-jeu désormais.

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    • Le ChroniqueurL Hors-ligne
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      #21

      Post n°21
      Auteur : Atreïs Helcar

      Arnon avait fait son petit effet. Comme ordonné par Atréïs, il avait réussi à détourner l’attention de leurs assaillants, en plus, contrairement aux prévisions du Gurlanin, d’abattre un des hommes. C’était absolument inespéré vu son inaction jusque là, mais il n’y avait pas matière à ergoter ou débattre. Un mort, en plus d’un blessé, et le troisième venait justement de reporter son attention sur Arnon. A nouveau, la fenêtre d’action était aussi mince que risquée, mais c’était, pour cette fois, bien plus dans les cordes du Lieutenant dopé à l’adrénaline et qui voyait dans ce combat tout autant une catharsis qu’un défouloir.

      Il inspira une fois. Son allié de circonstance, désarmé et à terre, était en train de souffrir le martyre, en témoignaient ses cris de douleur. L’autre qui criait et proférait des jurons était le premier qu’il avait touché. Enfin, il restait les ahanements du dernier survivant intact qui s’échinait à enfoncer son poignard dans l’épaule de sa victime. Atréïs ferma les yeux. Il détestait déjà ce qu’il allait devoir faire, mais tant pis.

      Roulant hors de sa cachette pour ne pas donner d’angle de tir trop simple à sa cible, il épaula en serrant des dents. Ses blessures lui faisaient mal et l’handicapaient dans ses mouvements, il sentait leur feu se répandre dans son flanc et dans son épaule meurtris. Lorsqu’il leva son arme, il fut obligé de se mordre la lèvre pour ne pas montrer sa douleur par un cri. Son œil passa dans la lunette juste quelques secondes. Juste le temps qu’il fallait. Juste l’espace nécessaire. Le doigt sur la gâchette. La main ferme. Le bras sûr. Nul besoin d’une force extraordinaire. Il expira. Le coup partit. Sa cible, déjà blessée, n’eut pas le temps de réaction nécessaire pour avoir une pleine riposte. Comme Atréïs il tira. Mais là où l’un était un soldat entraîné, l’autre n’était qu’un vulgaire pillard. Le laser frôla la joue du Gurlanin, le brûlant légèrement, alors que celui du Lieutenant atteint sa cible au coeur, qui s’effondra sur place. L’agent porta la main à sa joue, serrant à nouveau les dents. Mais il n’avait plus le temps de tergiverser. Lâchant son arme, il se releva, commençant à courir. Il n’y avait pas dix mètres.

      Pour le dernier homme, le bruit qu’il faisait, ainsi que celui qui sortit du corps à l’agonie de son dernier collègue, fut suffisant pour le distraire une fraction de seconde. Un premier coup d’oeil lui indiqua que cette fichue femme brune courait droit vers lui. Il avait juste le temps qu’il lui fallait pour achever l’autre. Il leva son couteau de combat et tourna la tête juste un instant. Ce qu’il vit lui glaça le sang une dernière fois. Ce n’était plus cette femme fluette en habits civils qu’il voyait mais une bête quadrupède immonde, répugnante, dotée de crocs de la taille de son arme, d’un pelage aussi noir que la nuit d’Utapau, d’yeux malfaisants d’où irradiaient conjointement la haine et la sauvagerie.

      Le pillard n’eut même pas le temps de prononcer un mot. La bête blessée lui sauta au coup, libérant dans le même mouvement l’homme qu’il retenait. Le Gurlanin roula au sol avec son ennemi, incapable de le maîtriser. Probablement le chef de cette petite troupe d’incapables, il était plus vif, plus adroit que les autres, et avait réussi à esquiver le coup de dents qui l’aurait sûrement décapité si il était resté au même endroit. Portant la main au holster de sa ceinture, il n’eut pas le temps d’en sortir son arme. Devant ses yeux, son adversaire venait à nouveau de changer, se muant à nouveau en Vasburg, lieutenant de la CSI. A peine eut-il le temps d’écarquiller les yeux que la femme était sur lui. Sa jambe se tendit pour l’atteindre au creux de l’estomac, le faisant reculer. Immédiatement après, un uppercut vint le cueillir dans la mâchoire. Un craquement immonde retentit alors que la femme brune arrêta son assaut pour presser son flanc, qui la faisait atrocement souffrir.


      -Qu’est ce que tu es, bordel ?

      Il avait hurlé ça en se jetant sur ce monstre inconnu, qui l’acculait, à la fois physiquement et mentalement. Il ne comprenait pas ce qu’il avait en face de lui et ne pouvait que répondre par la violence. Dans un effort supplémentaire, Atréïs attrapa le poing qui se dirigeait vers lui. La répercussion et l’onde de choc du contact le firent grimacer mais il tint bon. Tordant le bras de l’homme, il le frappa à nouveau, à la carotide cette fois, de sa main libre, avant de faucher ses jambes d’un mouvement de pied vicieux. Cette fois, il était à sa merci. Mais laissant la violence prendre le pas sur sa conscience, le Gurlanin se fondit dans sa forme réelle, et égorgea de ses crocs puissants l’homme, qui ne put qu’ouvrir les yeux une dernière fois.

      Le silence retomba sur le carnage, doucement. Atréïs était redevenu Vasburg, et la seule chose qui restait de la bête était le sang autour de la bouche de la femme brune. Il l’essuya à peine en revenant au speeder, récupérant son fusil au passage, avant de se laisser aller contre le véhicule, soufflant profondément. Sans se soucier de la pudeur ou de l’environnement, il enleva la veste et le haut, pour détailler les blessures sur son épaule et son flanc. Quelques patchs de bacta feraient l’affaire, mais il n’avait rien de cela à l’heure actuelle. Un bandage de fortune ferait l’affaire, pour le moment.

      Et surtout, ensuite, il faudrait s’occuper de son problème numéro 1 : Arnon.

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        #22

        Post n°22
        Auteur : Arnon Veral

        Tout se passa si vite, que je ne pus réellement le voir. La seule chose que je pouvais sentir, qui était tangible, c’était la lame froide d’acier qui me mordait l’épaule. Elle rentrait inexorablement, le pillard était plus fort, plus déterminé. Mon corps était encore meurtri de toutes les épreuves qu’il avait dû endurer. Je n’avais plus non plus vingt ans, cet homme était plus entraîné, plus fort. Je lâchais en hurlant, me débattant, assénant des coups de pieds quand je le pouvais. Pourtant le salut vint de Vasburg. J’étais encore complètement sonné, je ne réalisais pas ce qui se passait autour de moi, je vis seulement le monstre qu’était Vasburg prendre l’homme à la gorge, à la manière d’un prédateur. L’espace d’un instant, comme un rêve ou plutôt un cauchemar, je reprenais petit à petit mes esprit, le souffle court, haletant. Je ressentais des frissons dans mon échine et des courbatures qui me paralysaient tout le corps. Mes membres tremblaient, j’avais la chair de poule.

        Rassemblant mes maigres forces, je me relevais en position assise, laissant s’échapper un grognement de douleur. Mon épaule saignait abondamment à chaque mouvement, la blessure était profonde, il allait me falloir des soins et du repos. C’était à peu près la même chose pour Vasburg, elle était blessée au niveau du visage, mais du sang ornait encore sa bouche. Sa blessure la plus sérieuse était indubitablement le flanc. Le Lieutenant enleva sa veste sans aucune pudeur, dévoilant un corps élancé, une condition physique qui devait avoir été parfaite. Je ne pouvais pas en dire autant, je peinais toujours à me relever pour la rejoindre, toujours haletant au niveau de la carrosserie du véhicule. C’était terminé, il n’y avait devant nous que des cadavres et de la tôle froissée. C’était une scène de carnage qui avait peuplé le canyon en quelques minutes. C’était une chose de conceptualiser la guerre, c’en était une autre d’y prendre part…Ces brigands en avaient fait les frais. Je me laissais moi aussi glisser contre la carrosserie, titubant.


        -J’ai bien cru que nous allions mourir ici, tous les deux. Je vous en dois une.

        C’était vrai, mais il était aussi vrai que Vasburg m’en devait une. Si je n’avais pas été là, elle aurait probablement été tuée par les brigands. Ces derniers s’étaient montrés particulièrement tenaces, ils n’avaient pas voulu lâcher. Quelle étrange attitude, normalement le voleur cherche à détrousser celui qui ne lui résiste pas, c’est une question de rentabilité. Un savant mélange d’intimidation et d’habileté qui lui permet de récupérer les biens sans avoir à combattre. Ces voleurs étaient tombés sur plus forts qu’eux. Cette idée était étrange. Malgré mon expérience passée au front, je n’avais jamais vraiment mis ma vie en jeu, pas comme ça tout du moins. Moi qui avais autrefois accepté l’idée de mort je me retrouvais dans des situations qui faisaient naître en moi une pulsion de vie. Quelle ironie. Après tant d’années à vivre une vie très ordonnée et à fuir mes responsabilités, je me sentais étrangement vivant.

        Pour l’heure, nous étions tous les deux dans un sale état et nous allions devoir avoir des soins. C’était l’urgence. Un flot de sang sortait à chaque mouvement de ma blessure à l’épaule et Vasburg était aussi bien amochée. Les choses allaient empirer si nous n’avions pas des soins immédiats. Loin de tout, nous avions cependant le véhicule à notre disposition. Après un rapide coup d’œil, je jugeais que j’étais celui de nous deux qui était en meilleur état -quoi que cette appréciation fut relative- pour conduire. De ma main valide, je saisissais le sac contenant l’uniforme qui se trouvait au sol et je m’approchais de Vasburg.


        -Il ne faut pas rester ici, nous allons avoir besoin de soins et il serait de mauvais goût qu’on nous filme ici. Je peux conduire si vous m’indiquez le chemin.

        Nous étions maintenant compagnons d’infortune. J’avais une certaine curiosité quant à la mission qui était proposée par Vasburg, jusqu’à présent je n’avais pas compris ce qui s’était produit et je comptais sur le bon Lieutenant pour me l’expliquer. Mon esprit semblait bloqué face aux évènements qui s’étaient tous déroulés sans que je ne puisse établir un quelconque lien de causalité entre eux. Le comportement de la Légion Amber puis la prison, enfin le comportement de Vasburg et ce qu’on lui avait donné comme instructions. Difficile pour moi de faire le tri entre le vrai et le faux. Je me sentais balloté par des forces contraires que je n’arrivais pas à identifier. Tout cela m’avait profondément contrarié, mais j’étais désormais apaisé, savourant d’être en vie, d’avoir survécu.

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          #23

          Post n°23
          Auteur : Atreïs Helcar

          Pour Atréïs, la situation était bien difficile, en plus d’être un calvaire à juger. Tout son corps le lançait, et il aspirait à une nuit de repos, ou plus, plutôt que les sempiternelles questions de cette homme qu’il allait sans doute devoir écrouer. Mais il n’était pas le moment d’en juger. Manifestement, Arnon avait changé d’attitude à son égard. Ce n’était pas l’amour fou, mais ça changeait des hurlements qu’ils avaient échangés avant l’interruption bien opportune des ces crétins de bandits. Oui, des crétins. Mais des crétins armés qui avaient bien failli l’abattre, lui et son idiot de prisonnier. Il s’était complètement laissé emporter par la fougue et, à son grand dam, son inexpérience. C’était sans doute la pire chose qui pouvait arriver désormais : il doutait, à la fois de la marche à suivre, et de son jugement. Mais pour l’heure, il lui fallait faire bonne figure.

          Récupérant sa chemise d’uniforme, il la déchira pour en faire un bandage de fortune, qu’il noua sur son flanc pour empêcher une quelconque hémorragie de se produire. Heureusement qu’il savait encore où ils pourraient se soigner, mais les questions ne manqueraient pas. Bah. Il verrait cela plus tard. Pour l’heure, il jeta ce qui restait de la chemise dans le véhicule, grognant de douleur lorsqu’il fit un mouvement trop brusque. Puis, il se tourna enfin vers Arnon. Il n’était pas en meilleur état que le Gurlanin, mais il tenait lui aussi à peu près debout. C’était déjà ça. Lorsqu’il le vit récupérer le sac de l’uniforme et se diriger vers lui, il récupéra la sacoche et en sortit la chemise.


          -Fais voir ton bras.

          A nouveau, il déchira la chemise. A nouveau, il fit un bandage de fortune. Il ne retiendrait pas le sang très longtemps, mais ça éviterait d’en semer partout, c’était déjà un bon début. Surtout, il en profita pour évaluer l’état général d’Arnon. Déjà que la prison l’avait visiblement secoué, ce combat laisserait également des traces. Il semblait hébété, pensif, ailleurs, un peu comme si c’était la première fois qu’il voyait des morts d’aussi près. Mais il était vrai que la sauvagerie du Gurlanin n’était pas pour rassurer qui que ce soit. Après tout, le Lieutenant avait encore du sang sur la figure, qu’il se contenta tout juste d’éponger d’un revers de l’uniforme déjà détruit.

          -Mets la veste, par dessus le bandage. Ca va appuyer et faire mal, mais ça fera compression. Et au moins, on verra tes galons. Ca évitera déjà les questions d’usage.

          Puis le Lieutenant regarda le champ de bataille, pensif. Un carnage. Un vrai. Quiconque arriverait dans ce charnier passerait des jours à comprendre ce qu’il s’était passé, entre les marques de crocs, les balles, le couteau… Un chantier inextricable pour qui n’avait pas toutes les clés. Fort heureusement, ils étaient en état de légitime défense… Et avaient agi comme agents de la CSI. Si on venait leur poser des questions, bien malin qui pourrait démêler le vrai du faux. En somme, ils étaient en sécurité. Il se retourna sur Arnon, désignant le véhicule.

          -Prends le volant. Et on aura une discussion. Une vraie.




          L’inconvénient lorsqu’on répond d’un général, c’est qu’il faut rendre des comptes. L’avantage, c’est qu’il est rare qu’on les rende à quiconque d’autre que le donneur d’ordres. Atréis avait guidé Arnon jusqu’à un petit camp militaire, un peu à l’écart de Pau City, où il savait qu’ils seraient tranquilles. Sans en faire son camp de base, c’était une retraite appréciable, au milieu des autres soldats. Les blessures étaient courantes, le respect de la hiérarchie, constant, et les questions, rares. En somme, le coin parfait pour l’improbable duo pour se ressourcer. Le Lieutenant avait demandé à ce qu’Arnon soit traité en priorité : soins, douche, repas, repos. Sous surveillance constante, ordre expressément explicité, devant Arnon, pour qu’il n’y ait pas de quiproquo. Néanmoins, pour bien lui faire comprendre, il utilisa son nouveau nom : Venkhor. Sergent Venkhor. La dernière image que l’homme eut de la femme brune fut une tape sur son épaule valide.

          -Je vous revois demain, Sergent. Première heure.


          Pour Atréis, au-delà des soins et de la douche, c’était surtout du calme, qu’il lui fallait, pour réfléchir, se reposer, et réfléchir. Comment passer ses appels, dans quels termes. Il avait deux supérieurs bien distincts à contacter, pour débriefer… Ca promettait.




          -Aspirant 8913. Au rapport.

          -Agent spécial. Monsieur Arnon Veral est mort, comme vous me l’avez demandé. Je m’en suis assurée personnellement. Il ne nuira plus.

          -Très bien. J’ai ouï dire que la situation avait causé du grabuge ?

          -Non. Rien qui ne sorte de l’ordinaire.


          -Parfait. L’heure est donc venue pour vous de reprendre votre mission. Ne perdez pas de temps. Agent spécial 003, terminé.

          Ces appels étaient aussi brefs que désagréables. L’agent spécial 003 semblait observer de très près Atréïs, sans s’expliquer, et sa voix dépourvue de sentiments grâce aux modulations technologiques rendait la situation encore plus glauque et impersonnelle. Non pas que le Gurlanin veuille nouer un quelconque lien. Mais il se demandait ce qui poussait une telle personne à s’intéresser d’aussi près à sa situation, et ce qui se tramait derrière sa mission…

          ***


          Pour la Générale Suprême, il avait pris la décision de ne pas appeler. Il avait déjà trop parlé, beaucoup trop pour une journée, et il faudrait encore parler le lendemain, persuader Arnon, ou plutôt, Adriel Venkhor, qu’il devait lui faire confiance pour la suite. Pour sa vie. Leurs vies, même. Le rapport était aussi laconique qu’inintéressant, justifiant simplement de personnes tuées en état de légitime défense. Rien qui puisse défriser l’officier supérieur, il l’espérait. Encore une fois, coincée entre la DCRS et la Générale, il devait jouer à l’équilibriste, travailler sur les deux tableaux sans jamais qu’ils ne se croisent. C’était bien là le souci. Et voilà qu’il en ajoutait un troisième avec Adriel. Décidément, il devait aimer se mettre seul dans la panade.

          Ceci fait, il eut enfin l’occasion de se reposer, lui aussi. Quelques heures qu’il s’offrit, à lui seul, pour se remettre enfin de cette journée qui lui pesait sur le corps et les nerfs. Repas frugal, soins au bacta, et nuit de sommeil. Tout ce qu’il fallait pour que le lendemain, à la première heure, il ouvre d’un seul coup la chambre d’Adriel.


          -Debout, Sergent. On a du travail.

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            #24

            Post n°24
            Auteur : Arnon Veral

            C’était terminé…Enfin terminé. Alors que mon corps arrivait encore à se mouvoir relativement aisément dans l’action sous l’effet de l’adrénaline, mes membres étaient désormais lourds, pesants. Chaque mouvement était un effort qui m’arrachait une grimace de douleur. Je n’avais pas dormi depuis la veille et j’étais blessé, mon corps déjà endolori par les mauvais traitements des prisonniers et du personnel pénitencier. Malgré tout cela, je savourais chaque goulée d’air frais, puisque j’étais en vie. Une fois de plus, le sort m’avait joué un de ses mauvais tours mais j’avais eu un atout dans ma manche, bravant un sinistre destin. Bien sûr, tout cela n’était que vaines et creuses pensées, je ne croyais ni dans le sort, ni dans le destin…Ni dans un quelconque Dieu, je vous l’ai déjà dit. Pour moi, la seule personne qui pourrait me juger éventuellement serait un humain au tribunal et même, faudrait-il que je lui reconnaisse une quelconque autorité. Malgré mon carcan nihiliste habituel, je me devais bien de reconnaître que finalement, mes arguments fatalistes ne tenaient pas toujours face à ces heureuses coïncidences : il s’en fallait de peu pour que je ne finisse par croire qu’un ange gardien veille sur moi dans les cieux. Aujourd’hui, sa manifestation -aussi étonnant que cela puisse paraître- était l’action de Vasburg. Vasburg campait dans son attitude très martiale, du sang encore sur la bouche, pourtant, je voyais bien qu’elle souffrait. Elle avait encaissé des blessures sérieuses, s’était battue pour sa vie. Je n’aurais jamais pu croire que de simples bandits puissent nous pousser dans nos derniers retranchements. D’une certaine manière, lorsque j’étais encore membre du BSI, nous arrivions après les combat et faisions des opérations à l’arrière des lignes -jusqu’à la fin de la guerre tout du moins- et je n’avais jamais été sans escorte. Je voyais désormais ce que représentait le combat, mais j’étais fier de me dire que je n’avais pas démérité.

            Vasburg se soigna à l’aide de sa chemise déchirée. Elle fit de même avec la mienne, épongeant le sang. Alors qu’elle me donnait la marche à suivre, je couvrais le bandage avec les restes de la chemise pour ne pas tâcher la veste que j’enfilais sommairement. Même comme ça, on peinait à me prendre pour un Sergent de la Marine Confédérée : barbe de plusieurs jours naissante, cheveux ébouriffés et sales et égratignures multiples. Pourtant, j’avais les insignes qui attestaient de mon appartenance. Je me relevais péniblement de la carrosserie où j’avais pris appuie pour finalement charger le sac et jeter un dernier regard sur la scène apocalyptique qui me faisait face : les tirs, les impacts, les fragments de carrosserie et les pièces qui gisaient au sol. Les corps des bandits étaient pour certains très endommagés et les le sang se mêlait à l’huile de moteur de leur véhicule désormais inutilisable. Ces gens-là se doutaient-ils qu’ils allaient mourir en se levant le matin ? Peu m’importait, au fond, je ne pouvais m’empêcher de penser que nous avions fait ce qu’il convenait de faire, ces brigands avaient probablement brisé d’autres vies avant de nous rencontrer. Nous avions fait le bien et cela devait être fait. Pour être honnête, peut-être que le conditionnement de l’Académie Impériale m’aidait à penser ainsi et à me déculpabiliser car j’étais théoriquement avec un supérieur qui avait donné l’ordre de le faire. Je me dis que je devrais travailler sur ça aussi, c’était un mécanisme de pensée dangereux. Bien installé aux commandes du Speeder, je fixais l’espace d’un instant Vasburg sans répondre à son invitation à avoir une conversation, nous verrions cela plus tard. Je démarrais le véhicule et suivais les instructions de Vasburg pour arriver finalement à un petit camp militaire en marge de Pau city où on nous contrôla sans faire aucune remarque sur leur état.

            Vasburg donna ses ordres. Me concernant, je serai traité, soigné et nourri mais sous surveillance. J’avais pris avec moi le sac qui m’avait été donné par Vasburg avec le reste de l’uniforme de la marine, m’accrochant à désormais mais seuls effets personnels. Je n’étais plus rien, plus personne, complètement à la merci d’un système tentaculaire : l’administration de la CSI. Mes états de service, mes papiers et tout ce qui faisait de moi une personne avaient été donné par Vasburg. Sans ça, je n’étais qu’un fugitif apatride. Mais n’était-ce pas ce que j’avais toujours été ? Déjà à ma naissance, mes parents ne m’avaient pas inscrit dans les registres, j’étais né dans un vaisseau, dans les étoiles et c’était ce qui m’avait sauvé lorsque plus tard, je servais l’Empire. Mort aussi dans les étoiles, sur la Forge Stellaire Ludwig Noas avait disparu, balayé par son funeste destin. Arnon Veral non plus n’était plus, officiellement mort. Mes identités, réelles ou fictives, ne semblaient pas être chanceuses en ma compagnie. Je me dis intérieurement que je devrais faire attention à Venkhor. Alors que j’étais pris en charge, ôtant la veste de mon uniforme douloureusement et vérifiant que le sang ne l’avait pas tâché, Vasburg me donna une tape à l’épaule. J’acquiesçais, signe de remerciement à son encontre et je la vis disparaître dans les couloirs, presque comme si elle-même n’était pas du tout touchée par ce qui venait de se passer. Alors qu’on me conduisait à la douche, je demandais à un des membres du personnel une nouvelle chemise, la mienne étant inutilisable.

            Après douche et rasage, on me conduisit à l’infirmerie. Le système confédéré était particulièrement efficace, même dans cette petite base. Sutures, poches de bacta et bandage, ma plaie nettoyée avait une bien meilleure allure même si mon épaule tuméfiée était encore douloureuse. Les soins durèrent quelques heures après cela, je pouvais à nouveau enfiler mon uniforme avec la chemise qu’on m’avait donné. Comme je pouvais le voir dans la glace, j’étais à nouveau un être humain, loin des nippes de prisonnier qu’on m’avait donné à la prison, je pouvais à nouveau vivre. Sans que je ne puisse dire pourquoi, une nostalgie terrible envahit mon cœur, je me rappelais Raxus Secundus, AgroChrome et mes collaborateurs. Le respectable Monsieur Veral était mort et si je n’avais pas réussi à le réaliser jusqu’ici cette pensée me rendit étrangement triste. Peut-être parce que j’avais construit cette identité pendant des années. Il fallait bien le reconnaître, Arnon Veral était une vie que j’avais fantasmé plus jeune : un homme éduqué qui était parti de rien et avait réussi à s’enrichir en fondant une entreprise prospère. Une vie honnête et laborieuse. Veral était l’archétype de l’homme du peuple, à la fois simple et pourtant soucieux de bien faire. Malheureusement, Arnon Veral était un personnage fictif, il n’avait jamais existé, et Ludwig Noas…Non, le Capitaine Ludwig Noas, avait un secret terrible. Le passé de Noas l’avait rattrapé et désormais, il refaisait surface. Comme quoi, le réel rattrapait toujours ceux qui cherchaient à fuir. Qu’importait finalement le temps qu’avait duré ma cavale, j’étais désormais prisonnier des méandres de mon destin, des manifestations évanescentes et insaisissables du Destin. Je décidais de ne plus penser à tout cela, me coiffant et enfilant mon calot pour finalement sortir de la salle dans laquelle je me changeais. Alors que mon bras et mon épaule étaient toujours immobilisés, cette fois j’étais clairement identifiable comme un militaire de la Marine de la CSI. Je demandais à ce qu’on me conduise au réfectoire, ce qui fut fait. Je pus me restaurer, une nourriture correcte, sans fioriture, mais je ne pouvais m’empêcher de la savourer.

            La suite de la journée se déroula très vite. J’avais rejoint la petite cellule dans laquelle je dormirais. J’étais constamment accompagné de deux droïdes qui me surveillaient. Je n’y accordais pas trop d’importance, c’était les ordres de Vasburg après tout. J’eus à peine le temps de me changer. A peine ma tête toucha l’oreiller que je sombrais dans un sommeil lourd et profond, sans rêve. Dans cette nuit, semblable à un coma, je recouvrais une partie de mes forces avant d’être tiré du lit par Vasburg qui avait pénétré dans ma chambre. Je n’avais pas entendu les réveils ni même les intervention des droïdes qui étaient censés me réveiller, c’était comme si j’émergeais d’une longue absence. Lentement, mes muscles endoloris se bandaient et je revenais dans le monde des vivants. Me frottant les yeux je me levais immédiatement.


            -Un instant Lieutenant, je me prépare et je suis à vous.

            Je me préparais rapidement, il me fallut exactement trois minutes pour enfiler mon uniforme et faire mon lit en deux minutes supplémentaires. Cinq minutes au total pour sortir de la chambre, me rappelant que tout manquement au règlement était très lourdement sanctionné au sein de l’Empire. Un soldat qui traînait au lit, même si cela n’était qu’une minute, héritait des pires corvées. Mais là, la situation était exceptionnelle et j’espérais secrètement que Vasburg ne m’en tiendrait pas rigueur. Sortant de ma chambre, je saluais à nouveau Vasburg et la rejoignais.

            -Me voilà, je suis prêt. Je vous prie de m’excuser, je n’ai pas réussi à me lever. Eh bien, j’ai hâte de connaître la mission qui nous amène ici.

            C’était pour moi un moment de vérité car je réalisais que finalement Vasburg ne m’avait jamais vraiment dit ce qui se tramait sur Utapau ni pourquoi nous étions ici. Je la laissais donc m’expliciter cela, m’efforçant de ne pas trahir une quelconque animosité, j’étais redevenu celui que j’étais auparavant : un homme affable et poli. La colère n’était plus, j’étais décidé à saisir ma chance dans cette nouvelle vie…Il fallait que je me rende finalement à l’évidence, j’étais plus attaché à la vie que je voulais l’admettre…

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              Post n°25
              Auteur : Atreïs Helcar

              Le réveil en douceur, ce n'était pas la spécialité du Gurlanin, loin de là. Porte ouverte en grand, voix forte, il aurait pu retourner le lit si besoin était. Mais à sa grande surprise, son nouveau subordonné sauta du lit presque aussitôt. Mieux, en quelques minutes, il était préparé et sa chambre était nickel. Pour Atréïs, qui n'avait pas l'habitude encore de travailler avec des militaires, il fallut cacher sa surprise. Décidément, ce type n'était pas fait du même bois que les autres. Restait à savoir quelle était la qualité du dit bois, désormais. En l'attendant, la gradée s'était adossée au mur de la chambre. Le contraste était évident dans les attitudes, entre un homme formé voire endoctriné dans les pratiques militaires rigoureuses, et une femme bien plus électron libre et détendue. Pourtant, c'était bien à elle que revenait le commandement, actuellement.

              Pour une fois, Atréïs avait décidé de faire les choses bien. Ou presque, en témoignait ses cheveux tout juste rapidement tirés en arrière en une queue de cheval. Son visage était légèrement marqué, mais on voyait que la nuit de sommeil avait été profitable : le teint était plus frais, les yeux alertes, et il arborait à nouveau ce petit sourire. Les galons sur ses épaules étaient la seule différence avec l'uniforme du Sergent, ou presque. Il était soigneusement entretenu, sans aucun pli, ajusté à la taille fine et musclée de la brune, et plus globalement, taillé pour elle. C'était un des seuls privilèges des officiers, et il en profitait un peu, il fallait l'avouer. Les bottes noires montantes de cuir tranchaient avec le tissu marron, et finalement, hormis son visage, on ne pouvait voir que ses mains légèrement burinées par l'usage des armes.

              La femme salua Adriel rapidement, protocolairement, puis l'invita à la suivre, prenant les devants. Il avait réussi à obtenir l'autorisation d'emprunter un bureau sécurisé, nécessaire au vu des informations qu'il s'apprêtait à dévoiler, et de la discussion qu'ils devaient avoir. La pièce ressemblait presque à une salle d'interrogatoire. Pas vraiment de mobilier hormis un bureau, un communicateur sécurisé, trois chaises, et c'était tout. Ni fenêtres, ni recoins, le strict nécessaire. Atréïs fit signe à son collègue de s'asseoir et fit de même, en face de lui.


              -Sergent Adriel Venkhor, anciennement de la huitième flotte, détaché auprès du Lieutenant Elfriede Vasburg dans le cadre de son inspection des installations d'Utapau suite aux attentats Sith ayant eu lieu sur la planète, pour analyse et proposition d'améliorations.


              Il avait attaqué de but en blanc. L'heure n'était pas à la discussion, mais aux faits. Il leva la main immédiatement pour signaler à son vis-à-vis qu'il n'avait pas terminé.

              -Ca, c'est l'intitulé officiel de notre mission ici. Pour les civils, les militaires, tout le monde. J'avais déjà commencé avec que vous ne... débarquiez avec fracas, si l'on peut dire. Ce qui m'a légèrement contrarié, vous pouvez l'imaginer, mais peu importe. C'est mon supérieur qui m'a mis sur votre route. Ou dans votre cellule. J'avais une mission très simple : m'assurer qu'Arnon Veral était décédé. Ce qui est fait, nous sommes d'accord là-dessus.

              A nouveau, ce n'était pas une question. Les yeux noirs de la femme s'était posés sur Adriel, alors qu'elle défaisait élégamment sa coiffure, passant une main dans ses cheveux. Il n'était pas dupe : difficile d'imaginer que le Sergent verrait autre chose qu'une bête sanguinaire désormais. Mais si il voulait vivre, ce qui était sans doute le cas, il allait falloir se serrer les coudes... Surtout au vu de ce qui les attendait. Croisant les mains sur la table, il reprit, plus grave.

              -Venons en au présent, maintenant. Je vais devoir répondre de vous et de votre présence devant mes propres superviseurs, et surtout de l'utilité de vous garder. Je ne compte pas faire le garde-chiourme longtemps, mais vous avez besoin de repos, déjà, et d'entraînement, ensuite. Avant que j'en vienne à la raison de ma présence sur cette planète, y'a-t-il quelque chose que vous voulez me demander ?

              Spoiler : Spoiler
              HRP
              Je prends le parti de séparer un peu la discussion pour éviter les blocs indigestes !

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                #26

                Post n°26
                Auteur : Arnon Veral

                Je suivais ma désormais supérieure sans broncher. Il n’y avait pas beaucoup de bruit dans les couloirs à part le claquement de nos bottes. Nous croisâmes quelques soldats et membres du personnel de cette base qui nous saluèrent, en rapport avec notre rang. Je rendais le salut comme le faisait Vasburg. Malgré le grand soin avec lequel j’avais été soigné, mon épaule était toujours immobilisée sous ma chemise, mais ma vareuse faisait illusion. Vasburg avait un tout autre visage, elle semblait beaucoup plus apaisée, beaucoup plus stricte aussi. Son uniforme de tailleur mettait bien en valeur son corps bien entretenu, un peu comme ce que j’avais porté en me rendant à ma mission la première fois. Alors que nous rejoignons une salle de réunion qui ressemblait plus à un bureau au style épuré, je m’asseyais lorsqu’elle me le demanda. Je voyais encore les affres du conditionnement que j’avais subit, puisque finalement, l’autorité d’un officier supérieur en grade avait encore tout son effet pour moi. Une fois assis, j’écoutais ce que la femme avait à me dire après avoir retiré mon calot et l’avoir posé sur la table.

                Elle revint sur mon parcours et mon nom. Alors qu’elle indiquait mon parcours, j’extrayais de la poche de ma vareuse mon livret avec mes états de service. Vasburg avait tout fait faire, tout était conforme, il était clair qu’on ne me poserait aucun problème. Ce Lieutenant avait fait les choses bien. Elle me parla des choses pour lesquelles nous étions-là. En tout cas ,l’intitulé officiel qui faisait référence aux attentats Siths sur Utapau. Hochant légèrement la tête, je la laissais continuer sans finalement l’interrompre. Elle en vint à l’épisode de la prison puis à la demande selon laquelle Arnon Veral devait être décédé, donc quelqu’un avait demandé à ce que je sois mort. Si le discours était très clair et même concis, cela faisait beaucoup d’informations que je devais digérer. Je revenais au point de départ, à savoir encore plus de questions que de réponses. Pourtant je ne laissais rien transparaître, écoutant plus que parlant.

                Alors qu’elle lâchait ses cheveux noirs, reprenant un peu de son apparence initiale, elle en revint à la situation actuelle. Une situation qui -même si elle l’avait balayé d’un revers de la main- n’était pas si simple. La raison de sa présence sur la planète allait désormais suivre, car évidemment, je me doutais qu’elle n’était pas ce qu’elle avait dit. Contrairement au BSI dont les agents étaient clairement identifiés, le DSP se fondait dans les institutions, ayant un rôle de surveillance totale. Donc Vasburg, comme les autres, devaient jouer un double-jeu en permanence. Je réalisai à quel point ma situation devait être pratique pour un agent du DSP car finalement, j’étais considéré comme mort, j’avais pris l’identité d’un Sergent de la Marine, ayant ainsi réussi une véritable falsification d’identité. Laissant quelques secondes de battement, je reprenais la parole lentement et calmement, soignant ma diction pour que tout soit bien compris, loin des vociférations qui avaient été miennes à la sortie de la prison.

                -Je suis tout à fait d’accord avec vous concernant l’entraînement, car je suis un peu rouillé, mais également le repos car je ne suis pas encore au meilleur de ma forme. J’avais suivi les attentats d’Utapau aux nouvelles, une triste affaire pour la CSI.

                Et je m’étais fait la remarque à cet instant que les Siths avaient pris la place qui leur revenait de droit : l’évolution naturelle de leur groupe. Des extrémistes, reliquats d’un régime autoritaire qui avaient recours à des stratégies terroristes pour tenter de rétablir leur Ordre en déclin. Cela désacralisait vraiment leur idéologie à mes yeux. Moi qui avais toujours eu de la part de leur administration une propagande pour suivre les règles et qui prônait une société hiérarchisée, je pouvais voir leur véritable nature. Avais-je vraiment attendu cela pour avoir une opinion sur eux ? Non, même lorsque j’étais au BSI, j’avais bien compris de quoi il s’agissait. Mais je m’étais fourvoyé. Après une légère hésitation sur comment aborder le sujet, je choisissais de reprendre, pour poser mes questions essentielles.

                -Eh bien je dirais qu’avant de vous laisser continuer, j’ai en effet j’ai une question, puisque tôt ou tard nous devrons l’aborder : pourquoi était-il si important qu’Arnon Veral meure ? De mon point-de-vue, c’était loin d’être une cible stratégique.

                Bien sûr, cette question en cachait au moins trois autres : pourquoi le supérieur de Vasburg avait-il donné cet ordre qui allait dans le sens de la Legion Amber ? Pourquoi Vasburg suivait-elle cette directive ? Qu’allait-il arriver de mes affaires sur Raxus Secundus ? Mais je gardais ces autres questions pour moi, elles dépassaient le cadre de la conversation et n’avaient pas d’implication directe. Cette question, relativement simple avait un lien direct avec les opérations, cela laissait une porte de sortie à Vasburg pour la traiter. Je ne faisais de toute façon plus vraiment d’effort pour cacher que j’avais en effet une certaine expérience dans le domaine du renseignement et des forces militaires, puisque de toute manière le Lieutenant l’avait déjà compris, mais autant éviter toute situation trop conflictuelle.

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                  #27

                  Post n°27
                  Auteur : Atreïs Helcar

                  Court, concis, précis. Les rapports sur Arnon, ou plutôt, Adriel, ne s’étaient pas trompés sur ce point capital pour un service de renseignements. Ils avaient omis cependant son côté buté, sa façon de sauter au hasard sur des conclusions erronées, son sourire narquois et ses manières discutables, mais personne n’est parfait, après tout… La brune laissa finir son subordonné et prit le temps de pondérer sa réponse. Bien sûr, son questionnement était légitime, et ne pas y répondre le braquerait encore plus qu’il ne l’était déjà. Au moins, la porte était entrouverte, c’était un début. Salir les murs avec le cerveau de l’homme l’agacerait au plus haut point.

                  -Arnon Veral était une épine dans le pied de la Commandante Delia, à mon avis. Sa disparition ne vient pas d’un quelconque ordre politique ou militaire autre que les siens, si vous voulez mon avis. Je me suis renseignée à son sujet. Militaire dans l’âme, précise, influente et surtout, jusqu’au-boutiste. Elle aime opérer à la frange de l’armée, à la lisière de l’acceptable, car ce sont là que se trouvent les missions les plus périlleuses, et les plus importantes, et donc qui nécessitent le plus de… sacrifices. Si je devais deviner, je dirais qu’Arnon était simplement au mauvais endroit, au mauvais moment. Une victime collatérale acceptable, si vous préférez.

                  Le Lieutenant laissa retomber le silence sur le bureau, le temps qu’Adriel enregistre l’information. Ce serait sans doute difficile à avaler pour lui, aujourd’hui, surtout qu’il avait une vie sur Raxus qu’il fallait désormais purement et simplement balayer d’un revers de la main, et qu’il fallait justifier.

                  -Quant à mon rôle, eh bien, il est tel que je l’ai décrit. On m’a chargé de m’assurer qu’Arnon Veral était mort. Sans plus de précisions. La décision sur la manière de procéder me revenait, et j’ai préféré m’épargner la paperasse concernant le décès d’une personne en prison.


                  L’ironie était palpable dans sa voix, tout comme l’évidence de la solution que le Gurlanin avait choisie sautait aux yeux : en laissant Adriel en vie, il s’assurait, temporairement au moins, un soutien. Si tant est que l’autre témoignait d’un minimum de reconnaissance pour l’avoir maintenu en vie, chose qu’Atréis n’espérait même pas. Dans sa tête, il se disait déjà que c’était une erreur, mais il n’avait pas voulu tuer gratuitement un agent qui n’avait rien fait de mal, à sa connaissance. Et puis, l’Humain l’intriguait. Il avait une histoire complexe, cachée, et il prendrait plaisir à la découvrir, sans aucun doute.

                  -Les choses se sont grandement compliquées. Pour la Légion Amber, vous êtes mort en mission, je vous l’avais dit, ce qui veut dire que quelqu’un là-bas essaye de cacher des pratiques peu avouables. Je ne serais pas étonné qu’en fouillant un peu, nous trouvions d’autres cadavres dans le placard, mais… pour l’heure, peu importe. Ce n’est pas dans votre état que vous le découvrirez, de toute façon. Pour votre vie civile, eh bien, c’est plus compliqué. Monsieur Veral, directeur d’AgroChrome, a trouvé la mort dans un crash malencontreux de speeder. Ne me regardez pas comme ça, je n’ai rien arrangé. Pour l’heure, je n’ai aucune idée des répercussions. Avait-il un testament ? Des successeurs ? Je n’ai pas de testament entre les mains pour le dire.

                  Le sourire d’Atréis s’était effacé. Ces considérations l’ennuyaient, clairement, lui qui était un homme de terrain et détestait faire le moindre rapport. Et surtout, il se voyait obligé de dire à un homme que tout ce qu’il avait construit ne lui reviendrait pas, tout ça parce qu’un officier supérieur voulait avoir les mains libres dans il ne savait quelle opération secrète. Et c’était lui qui prendrait, sans aucune doute, puisqu’Adriel était persuadé qu’il était le cerveau de cette opération. La défiance de l’Humain était compréhensible, et c’était bien ce qui l’agaçait : il n’arrivait même pas à apporter les preuves suffisantes de son innocence, et qu’il n’était là que par hasard. Cela viendrait… espérait-il.

                  -Il est probable, suivant les lois de la planète, que votre entreprise, sans légataire, ne revienne au gouvernement de Raxus, à savoir, cette sous-préfète, Leiel Osso. Il va sans dire qu’il vous sera compliqué d’en tirer quoi que ce soit.

                  Il se pencha légèrement en avant, ses yeux noirs fixant Adriel sans jamais ciller, ni trahir d’émotion.

                  -J’en suis navré. Vraiment. Mais tout n’est pas perdu pour autant. Vous êtes, pour le moment, en sécurité, et vous avez besoin de vous remettre en selle. Soins, entraînement, remise à niveau.

                  Le Lieutenant se leva et se dirigea vers la fenêtre. Sous ses yeux, le campement séparatiste s’étendait, avec quelques recrues qui s’exerçaient, au tir ou au combat. C’était la meilleure des cachettes, pour l’instant, en attendant la suite.

                  -Je compte mettre à profit mon temps ici pour vous dérouiller un peu au tir, au corps à corps, et physiquement. Ce sera intense, mais nécessaire. Le reste de mon temps sera séparé entre ma mission ici, pour la majorité, et à récupérer au moins une partie de vos affaires, pour le reste.


                  Il se retourna et s’adossa au mur, croisant les bras, pliant une jambe pour l’appuyer contre le mur. Retrouvant son petit sourire, il tendait simplement une main à Adriel, qui était libre de l’accepter ou non.


                  -Pour être clair : je ne cautionne pas ce que la Légion vous a fait, mais nous ne pouvons rien faire pour remédier réellement à ce problème. En revanche, nous pouvons déjà vous préparer. Je ne doute pas qu’une partie de vous crie vengeance pour ce crime, et je ne compte pas vous voir vous jeter la tête baissée là-dedans, ni tout seul, d’ailleurs.

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                    #28

                    Post n°28
                    Auteur : Arnon Veral

                    Mon calot sur les genoux, j’écoutais le Lieutenant. Elle-aussi savait très bien rester concise et j’apprenais petit à petit qui avait voulu me tuer. Delia en avait-elle après le DSP ? Peut-être pas, mais bon la théorie du « mauvais endroit au mauvais moment », je la connaissais bien…C’était l’épitaphe qu’on pourrait mettre sur ma tombe. Ainsi j’étais une victime collatérale du système et Vasburg en était le bras armé, cela ne répondait pas à toutes mes questions, pourtant le Lieutenant s’efforça de me donner quelques clefs pour comprendre. La CSI, que je voyais comme un régime relativement démocratique n’avait rien à envier à l’Empire Sith dans certaines de ses institutions. Pourtant, si mes sourcils se froncèrent périodiquement au cours de la discussion, je n’interrompais pas mon interlocutrice. Je crois d’ailleurs qu’elle ressentit à certains moment mon malaise, recadrant la discussion afin de bien m’indiquer que je n’avais aucun intérêt à me venger. Pourtant, à l’évocation des « pratiques non avouables » m’arracha un rictus, petit sourire en coin que je ne pus réprimer. Pourtant, je crois qu’à cet instant, dans mon for intérieur, je savais que cette manie chez moi énervait profondément Vasburg, mais c’était irrépressible chez moi et bon, nous avions tous nos travers.

                    -Des cadavres dans le placard hein ? Décidément, ça devient une habitude dans l’armée ça. Espérons donc pour nos amis de la Légion Amber qu’ils ne tuent pas la mauvaise personne un jour. Arnon Veral n’a ni testament, ni famille, ni bien précieux : un appartement, quelques affaires. La seule chose qui ait vraiment de la valeur, c’est AgroChrome et avec ce que nous avons initié avec la Délégation, c’est peut-être mieux ainsi, que ça revienne au gouvernement de Raxus. Peut-être que finalement AgroChrome servira à quelque chose…

                    Mon regard se perdit dans le vide, le rictus avait disparu, pour laisser l’espace d’un instant place à une sorte de nostalgie baignée dans la tristesse. Je n’avais pas ressenti quelque chose de similaire depuis des années. Je ne saurais pourtant vous dire s’il s’agissait de la tristesse pour cet Arnon Veral, qui avait été inventé de toute pièce, ou une nouvelle fois que je faisais face à mes démons du passé. Je me ressaisissais pourtant rapidement, soutenant le regard de Vasburg. A détailler ses pupilles sombres, ses traits sérieux, je sus à cet instant…Je savais qu’elle savait. Au fond d’elle, elle savait que j’avais menti, elle me l’avait dit dans le canyon et même si elle faisait bonne figure, elle avait compris. Jusqu’où se doutait-elle ? Je me promis de faire cesser ce poker menteur à un moment, pas maintenant, non, ce n’était pas le moment, mais dans la situation où j’étais, les choses allaient forcément ressurgir un jour. Je souriais à Vasburg, beaucoup plus sincèrement cette fois, pour conclure la conversation sur ce sujet qui semblait l’ennuyer. Elle ne manqua d’ailleurs pas après avoir donné la marche qu’elle allait suivre à me mettre en garde contre une possible envie de me venger

                    -Quoi qu’il en soit, allons de l’avant. Il est vrai que je leur en veux, mais vous n’avez rien à craindre de ce côté-là, je ne me vengerai pas. Je tiens à vous le dire, vous aviez raison, ces choses-là ne valent plus la peine qu’on s’attarde dessus, nous n’avons plus aucune prise dessus de toute façon. Votre pragmatisme a triomphé, Lieutenant, j’abdique.

                    Je terminais ma phrase avec un sourire sincère. Après tout, je m’étais trompé, si beaucoup de gens éprouvaient une certaine fierté à ne pas démordre de leurs opinions, je n’avais pas ce travers -j’en avais bien d’autres- qui pouvait en général bloquer une conversation. J’étais certes buté, têtu, mais je n’avais pas de problème à reconnaître mes torts face à des évidences. Force était de constater que les évidences étaient là. Je devais le reconnaître.

                    -C’est parfait, cela me va. Je suis prêt à reprendre l’entraînement, cela faisait une éternité que je ne m’étais pas servi d’une arme. Je suis encore blessé, mais bon, je devrais pouvoir m’en sortir pour l’entraînement, nous commencerons quand vous voulez, j’ai hâte de reprendre du service…

                    Cela m’avait échappé, naturellement, presque sans que je puisse m’y opposer. Car oui, une partie de moi avait envie de reprendre du service, depuis longtemps. Bien sûr, cela était différent, la CSI était différente…Quoi que bien moins que je l’imaginais au début. J’attendais donc patiemment la suite et que l’officier me donne les instructions nécessaires.

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                      #29

                      Post n°29
                      Auteur : Atreïs Helcar

                      Atréïs commençait à récolter les informations qu'il avait cherché pendant un long moment. Déjà, son subordonné nouvellement nommé ne semblait pas faire obstacle à une coopération. C'était une bonne chose pour travailler sereinement. Ensuite, le malentendu était dissipé, et cela lui éviterait des problèmes à l'avenir. Restait évidemment le problème Arnon Veral, et sa mort. Inévitablement, il y aurait des conséquences qu'il ne pondérait pas encore bien, et il nota mentalement qu'il lui faudrait se renseigner sur Raxus Secundus, mais chaque chose en son temps. Non, ce qui le contrariait réellement, c'était de savoir qui il avait réellement fait disparaître : un soldat fidèle et réel ou une simple couverture comme celle que le Gurlanin avait percé ? Il se doutait de la réponse, mais n'avait qu'un faisceau de présomptions, et pas l'ombre d'une preuve. Au delà de la simple vérité qui le chatouillait, il y avait surtout l'envie de comprendre les motivations et les leviers qui fonctionnaient chez ce nouveau Sergent. Il nota mentalement de refaire un tour sur Raxus, le moment venu. Qui sait ? Peut-être que la sous-préfète serait plus loquace...

                      En attendant, il avait autre chose à faire. Dérouiller l'homme, qui n'avait plus du voir un combat depuis un moment, hormis ce fatras qu'ils avaient causé la veille, qu'on ne pouvait même pas appeler un combat, tant le chaos avait régné.


                      -Bon. Si vous êtes prêt à reprendre du service, nous n'avons aucune raison d'attendre. Je vais déjà évaluer vos compétences. Puis, nous aviserons.

                      Il se décolla du mur avec un rictus. Son corps était encore engourdi, et son épaule le lançait, mais hors de question de le montrer. De toute façon, ça ne changeait pas grand chose pour lui, et il comptait bien voir de quel bois était fait Adriel.

                      -Nous nous retrouvons d'ici dix à quinze minutes au champ de tir.

                      Atréïs avait l'intention de tirer aussi. Beaucoup. Il avait raté plusieurs fois sa cible, et ça le mettait particulièrement en rogne. Aussi, il précéda Adriel sur la piste d'entraînement, son fidèle DLT-20A à l'épaule. D'ailleurs, il était déjà en place lorsqu'il arriva, et eut juste un signe de la main pour lui demander d'attendre qu'il finisse son chargeur. De l'extérieur, rien ne bougeait, chez la femme brune. Sa respiration était lente, calme, profonde. Les muscles de ses bras étaient tendus, ses épaules relâchées. Couchée sur le sol dans son uniforme marron, les jambes légèrement écartées, elle se servait d'un coude comme support, calant son fusil entre son cou et son épaule, l'oeil rivé dans la lunette de l'arme. Une inspiration. Une expiration. Elle bloqua. Son doigt enfonça la gâchette. Une fois, deux fois, trois fois. Les trois coups résonnèrent dans l'air à intervalles réguliers, laissant la brune totalement passive. Un coup à la tête, deux coups au torse, sur une cible située à plus de cinquante mètres. Suffisant pour lui arracher un grognement, mais il était difficile de déterminer si c'était de la frustration, du dépit ou de la satisfaction. Un mélange des trois, peut-être.

                      Le canon encore fumant, elle se releva sur les genoux, faisant sauter le chargeur de son arme dans l'herbe, pour en récupérer un autre avant de se lever. D'un geste précis, elle rechargea le fusil sniper, avant de regarder Arnon.


                      -Je vous avais fait parvenir une arme, j'imagine que vous ne vous y êtes pas attaché. En tout cas, je ne l'espère pas. Quoi qu'il en soit, en voici une seconde, j'espère que cette fois vous aurez le loisir de l'utiliser. Non pas que je le souhaite, cela dit.

                      Le Lieutenant lui désigna le holster posé sur la table à côté de lui, avant de se tourner vers le champ de tir, désignant les différentes cibles.

                      -Trois cibles. Dix, vingt-cinq puis cinquante mètres. Tir debout, accroupi et couché, que je voie un peu votre habileté dans chaque cas. Essayez d'oublier que je vous regarde, et concentrez vous uniquement sur votre but. Sachez que je considère qu'un tir qui n'est pas à la tête est un tir manqué pour moi.


                      Puis elle s'écarta. Elle avait retrouvé un léger sourire de façade, mais sa dernière phrase ne laissait guère de place au doute : son propre tir la contrariait grandement, mais ce n'était pas elle qu'on jugeait. Se postant un mètre en arrière, bras croisés, elle observa son nouvel adjoint. Sa faculté ou non à tirer n'avait en fait que peu d'importance. C'était son attitude qui primait. Si, comme il le disait, il était un soldat qui avait vu le front, alors son corps reproduirait les gestes et postures de l'entraînement. Si il y avait autre chose, Atréïs le verrait. Les conditions de tir étaient presque parfaites. Le vent était très léger, presque nul, la température ambiante agréable, et les nuages couvraient le soleil. Il s'était surpris à apprécier le contact de l'herbe sur son menton alors qu'il tirait. Ca lui changeait du sable brûlant de Géonosis...

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                        #30

                        Post n°30
                        Auteur : Arnon Veral

                        Le ton avait changé, les choses étaient désormais apaisées avec le Lieutenant. Je devais le reconnaître, c’était mieux ainsi. Quel autre choix avais-je que de m’adapter à cette nouvelle réalité ? Il fallait bien le reconnaître, je n’étais pas dans une position favorable. J’avais bien conscience, à ce stade de l’histoire, que Vasburg se doutait de quelque chose et que je ne faisais que gagner du temps par rapport au moment où elle se déciderait à me cuisiner de nouveau. Je décidais cependant de chasser ces pensées, mes blessures étaient encore douloureuses et bien que cachées par mon nouvel uniforme, je n’étais pas au sommet de mes capacités. Cette plongée dans l’univers carcéral avait laissé de lourds stigmates, mon masque et ma carapace s’étaient effrités et cela était dangereux. La CSI employait des méthodes peu enviables, mais encore une fois, je n’étais pas naïf au point de croire que seuls les renseignements Impériaux le faisaient en leur temps. Les méthodes du BSI et de l’Empire Sith avaient été dénoncées car ils avaient été les grands perdants de la guerre, c’était ça mon point-de-vue, mais en creusant un peu, j’étais persuadé qu’on pourrait trouver les mêmes choses ailleurs. Ce que j’avais vécu avec la Légion Amber ne faisait que donner un peu plus de poids à cette hypothèse que je n’avais jamais pu prouver formellement d’ailleurs. Pour l’instant, Vasburg semblait s’amuser de voir le nouveau subordonné que j’étais se confronter aux armes.

                        -Entendu, je serai là dans dix minutes.

                        Clair et concis, c’était après tout ma marque de fabrique au BSI. Elle avait fait mon succès là-bas, il y avait de fortes chances que cela fonctionne bien ici aussi. Une fois au champ de tir, je pus immédiatement voir Vasburg à l’œuvre, son uniforme brun oscillant à peine lorsqu’elle tira trois fois. Pour ma part, je m’étais présenté, tentant de garder une stature droite malgré mes blessures. Les tirs du Lieutenant étaient parfaits, chirurgicaux. Elle était de ces militaires qui faisaient cela naturellement. Bon, je l’avais déjà vu face à nos ennemis les brigands qui n’avaient eu aucune chance. Leur tireur d’élite embusqué avait sans doute pensé avoir l’avantage car il nous avait localisé…Malheureusement pour lui, il avait dû faire face à une tireuse d’élite chevronnée.

                        Vasburg avait désigné une nouvelle arme sur la table. Un holster parfaitement identique à celui qu’elle m’avait fait parvenir la première fois. Je caressais de la main l’étui de cuir, tout en l’ouvrant. Il y avait le même modèle, une arme standard : un pistolaser Q-2s5 MOA. Je fixais le holster à mon ceinturon et prenais l’arme en main. J’avais bien conscience qu’à l’instant où je porterais ma main sur l’arme, où mon grain de peau entrerait en contact avec le métal froid de l’arme, on saurait immédiatement que j’avais déjà utilisé ce type d’arme. Le contact avec l’arme m’arracha un frisson…Celui de la mort. Les souvenir m’assaillaient de nouveau…


                        Bataille de la Forge Stellaire,

                        Ariela Mongi dirigeait encore cette partie de la Forge. L’édifice était maintenant aux mains de l’ennemi à part son cœur qui résistait encore face à ses troupes. La femme était agitée, elle ne semblait pas même nous avoir vu, Rec et moi, qui arrivions de côté dans un des hangars où elle vociférait dans un holocommunicateur, son uniforme déchiré et son fusil blaster encore fumant.

                        -…Non ! NON ! Mais vous êtes sourds ou quoi ? Ils ont pris toutes les baies de chargement aussi…On est encerclés, si on n’a pas de renfort, c’est fini ! Quoi ? ALLEZ VOUS FAIRE METTRE !

                        Mongi jeta violemment son holocommunicateur alors que deux escouades de stormtroopers faisaient irruption dans le hangar, transportant caisses de munitions et quelques armes qu’ils avaient probablement pu sauver. Morne et passif, je détaillais leurs armures blanches rayées et noircies par les impacts de blaster. Deux d’entre eux transportaient une civière avec un blessé aux blessures béantes qui ne semblait même plus avoir de force pour gémir. Pris de haut-le-cœur à la vue de ces blessures obscène, je détournais le regard pour ne pas vomir, complètement apathique. Si Rec ne souriait plus, il semblait pourtant toujours très impliqué dans le moment, le visage froid et dur. Mongi se tourna vers nous. Le chef des stormtroopers, complètement essoufflé et éreinté avait quitté son casque, il portait une barbe naissante et plusieurs cicatrices, un vétéran qui devait avoir une cinquantaine d’années. Sa peau sèche et tannée par le soleil lui donnait un aspect de baroudeur. Je voyais Mongi qui hurlait sur Rec et ce dernier qui tenait sa position et lui répondait sèchement. Pourtant, moi, je ne pouvais quitter du regard le visage de cet homme…Une question me taraudant l’esprit : comment pouvait-il être aussi bronzé en portant constamment son casque ? Bien sûr, je ne pouvais m’empêcher de penser à la situation actuelle, qu’il l’avait quitté…Mais ça n’était pas règlementaire…Enfin, c’est ce que je pensais…Je réalisais que je ne connaissais pas le règlement, ou du moins que je l’avais oublié. Etais-je en train de perdre la tête ? Autour de moi, tout n’était que bouillie informe, inaudible. Des sons sourds et inintelligibles. Pourtant, les tirs fusaient et ce n’est que lorsque Rec me saisit par le col, me poussant à l’avant pour éviter de justesse un tir de blaster que je sortais de ma torpeur. Deux stormtroopers étaient tombés au sol, l’ennemi nous talonnait et moi, je tirais violemment mon arme de son étui et je me levais pour tirer plusieurs coups sur l’ennemi. Rec une fois de plus me tira à l’abri, pour me sortir de la pièce, Mongi et les autres le suivaient vivement. Mon ami me hurlait toujours dessus, me traitant de fou et tentant de m’expliquer quelque chose que je ne comprenais pas…

                        Ces souvenirs s’entrechoquaient dans ma mémoire. Les visages des gens n’étaient plus aussi précis, je me rappelais de ce bronzage si marqué du stormtrooper. Ces réminiscences ne venaient pas dans l’ordre mais plutôt d’un bloc, comme si l’entière séquence se déroulait en même temps. Réalisant mon absence, je me tournais vers Vasburg, la gratifiant d’un sourire qui ressemblait plus à une grimace.

                        -Cette arme est identique à la précédente…Si vous ne m’aviez pas dit qu’elles étaient différentes, je ne l’aurais pas remarqué…Pour le reste, je dois être un peu rouillé mais je vais viser la tête…

                        Viser la tête, cela paraissait anodin, presque désincarné. Pourtant ces mots avaient un sens. Je n’avais pas réalisé que je tirais sur quelqu’un face aux bandits, encore moins que j’avais tué à la prison. J’avais réussi à l’intellectualiser à postériori, l’émotion s’était étouffée par le direct. Pourtant là, j’avais les mains moites, je réalisais ce que je faisais. Vasburg me mettait en situation. Ce n’était qu’un champ de tir, mais je jetais un coup d’œil rapide aux trois cibles. Celle à dix mètres me faisait face, blanche et à stature humaine. Un homme d’environs un mètre quatre-vingt, plus costaud que moi donc. J’étais face à cet ennemi. Dix mètres, ce n’était pas loin, mais moi, je n’avais pas reçu d’entraînement militaire…Pas à l’Académie, même si on m’avait dispensé une rapide formation avant de partir au front. Cela se verrait sans doute…Mais pourtant, j’inspirais, j’expirais, plaçant ma respiration. Je rejetais l’angoisse. Mon esprit se focalisait et je saisissais mon arme, mettant la cible en joue. Bien sûr, je n’étais pas aussi à l’aise qu’un soldat, mais là-encore, il était évident que j’avais déjà tenu ce type d’arme. Le coup partit au bout de quelques secondes, touchant la cible au niveau de la gorge, un second au niveau du front, un troisième au niveau du poitrail. C’était facile, dix mètres.

                        Vingt-cinq, c’était plus loin. Cette fois, je prenais mon temps pour viser. Mon doigt caressa la gâchette, deux coups partirent, le premier passa à côté de la cible, le second la toucha au niveau du ventre. Le ventre, c’était létal, mais ça ne fonctionnait pas dans le système de Vasburg. Ce n’était pas comptabilisé. Je devais expier le mal qui me rongeait, oublier qu’elle me regardait. Pourtant, je n’arrivais pas à faire fuir ce sentiment de culpabilité…Culpabilité de quoi exactement ? De ce que j’avais fait ou d’avoir manqué ma cible ? Je ne savais le dire, cette dualité prenait possession de moi alors que j’envoyais une nouvelle salve, cette fois de trois coups, le premier toucha à l’épaule, les deux autres au niveau de la tête. J’évacuais le chargeur pour cette fois enfourner un second. Mes mouvements n’étaient pas ceux d’un expert mais on pouvait voir que j’avais été formé…Conditionné…

                        La Forge Stellaire,

                        Mongi était en train de crier sur Rec…Elle gueulait littéralement. Nous nous étions replié à travers les coursives, nous avions rejoint le centre de la Forge, les prisonniers étaient pas loin, dans la salle d’à côté. Les stormtroopers assistaient, impuissants, à une scène de discorde. Mongi était écarlate et Rec livide, le masque se craquelait, il semblait particulièrement affecté par ce qu’elle lui disait. Le BSI perdait de sa superbe, derrière les agents d’élite de l’Empire se cachaient des hommes et des femmes qui comme tous leurs semblables se retrouvaient nus lorsqu’ils étaient acculés…Avec leurs peurs et leurs angoisses. Moi, j’étais en retrait, avachi contre une caisse, je ne disais plus rien et ni Rec, ni Mongi ne semblait vouloir faire cas de moi…Ils avaient oublié que j’existais. J’étais pareil à un pantin désarticulé, incapable d’agir ou même de réagir. Spectateur de la fin imminente de ma propre vie…Voyeur du déclin…Je m’imprégnais de ce qui m’entourais sans le vivre…Je n’étais qu’un petit fonctionnaire sans histoire. Combien étaient morts sous nos ordres ? Combien de victimes de cette folie ? Je me rappelais de noms, d’holophotographies, de matricules, de visages qui racontaient une histoire…L’histoire de leur vie…

                        -Les ordres sont clairs…Nous devons résis…

                        -C’est de la folie Commandant Ornaz ! De la folie pure ! Nous sommes encerclés, ces hommes sont les dernières forces dont nous disposons et bientôt, ils viendront nous cueillir. C’est fini, la bataille est perdue.

                        Rec l’observait, désorienté. L’espace d’un instant, je pus voir sa lèvre supérieure frémir, se déformer. C’était presque imperceptible, comme la moue qu’il faisait toujours lorsqu’il allait se moquer, porter quelque chose en dérision. Ce qu’il faisait fréquemment lorsque nous avions des déconvenues. Mais cette fois…Rien ne se passa, c’était différent. Il avait peur…Ainsi Rec était un humain, il était faillible et celui qui m’avait porté jusqu’à présent, qui avait été mon tuteur…Mon ami…Mon frère, n’était plus capable de me rassurer. Je ne saurais vous dire pourquoi mais à cet instant, cette pensée me terrifia, elle fit naître en moi un sentiment de vide. J’étais désincarné, je n’existais plus. Nous étions les derniers soldats de l’Empire Sith à se battre dans la Forge Stellaire.

                        -Mes hommes et moi, nous allons nous rendre…Nous serons faits prisonniers, mais c’est terminé.

                        Terminé…Ce mot résonnait en moi comme un requiem, morne partition terminale d’un jeu de dupe qui n’avait que trop duré. La douche était glaciale et désagréable. L’espace d’un instant, je regardais mon pistolaser dans son holster. La tentation était là, c’était comme s’il me parlait et me regardait en me disant « allez, ce n’est rien, tu appuies sur la détente, et c’est terminé ». Pourtant, cette pensée me dégoûta, nouvelle nausée, je n’étais pas capable de le faire. Ce n’était pas juste, pourquoi devrais-je payer pour les autres ? Je n’ai rien fait. Une haine terrible m’envahit, une haine ponctuée de colère. Je sentais mes veines pulser, moi qui avais toujours été si taciturne, si arrangeant, portais ma main au niveau de mon ceinturon bondissant de ma position et allant me planter devant Mongi, le visage figé dans une expression de colère.

                        -Certainement pas, Colonel Mongi ! Personne ne se rendra, nous avons un travail à finir et vous et vos hommes…Vous allez nous y aider !

                        Mongi éclata de rire. Un rire sardonique et amer. Le même rire que lorsque nous étions arrivés.

                        -Mais vous rigolez Noas ? L’état-major nous a abandonné, c’est terminé, fini. Nous avons perdu. Nous allons nous rendre, c’est moi qui commande !

                        Cette femme ne me prenait pas au sérieux. Elle ne s'adressait même pas à moi par mon grade, elle m'avait toujours méprisé. Elle se moquait de moi…Comme tous s’étaient moqués de moi à mon arrivée. Ces militaires étaient suffisants. Tout vacillait autour de moi, je perdais l’équilibre, pris d’un tournis vertigineux, j’étais comme possédé. Je me dégoûtais moi-même, je ne voulais pas admettre que c’était terminé…Je ne voulais pas retourner à l’usine…Je ne voulais plus redevenir un anonyme. J’étais quelqu’un de respectable et de respecté. Ce fut automatique et je vis les yeux de Mongi s’élargir, ses pupilles se dilater, je crois qu’elle ne s’attendait pas à ce que je fasse ça. Je saisis mon arme et je l’abattis d’un tir au niveau de la tête. L’officier s’écroula dans un bruit mat. Le temps s’arrêta, les soldats aussi étaient pris de stupeurs, pourtant aucun ne réagit. Je me tournais vers eux avec une assurance qui me surprit moi-même.

                        -Votre officier est responsable de haute-trahison. Tenez vos rangs soldats, nous avons un travail à terminer. Personne ne se rend, aucune désertion dans les rangs Impériaux !

                        Les soldats semblèrent hésiter un instant, pourtant, à ma grande surprise le chef d’escouade en dépit de son visage marqué par de nombreuses batailles saisit son arme et donna quelques ordres à ses hommes. Ces derniers s’exécutèrent. Là je compris à cet instant…Je compris que ces hommes étaient comme moi…Effrayés par le destin qui les attendait. Nous étions tous dans le même bateau, un radeau qui dérivait dans la houle funeste d’un destin que nous avions nous-mêmes scellé. Nous ne voulions pas l’admettre et je représentais ce dont ils avaient besoin : un cadre, une autorité. Même si l’Empire Sith s’effondrait dans la bataille de la Forge Stellaire et que ses armées étaient écrasées à cet endroit précis, nous nous raccrochions à ce qui nous rassurait.

                        -Ludwig, je crois que…

                        Rec m’avait saisi la manche, retrouvant son assurance d’antan. Mais cela ne faisait plus illusion, le tour de magie était rompu, j’avais vu l’astuce, la supercherie. Celui qui m’avait porté pendant toutes ses années avait perdu son aura, son charisme. Il était un homme, comme moi. En y pensant, Rec avait fait le chemin inverse de l’apothéose, je me rappelais de sa tenue lorsque je l’avais rencontré de son caractère presque providentiel et sacré. Ma déception lorsqu’il s’était compromis dans la chair et dans l’alcool…L’alcool, ce camarade qui ne m’avait jamais quitté. Comme en toute occasion, nous étions ivres à cette occasion aussi : pas une ivresse délirante, un bruit de fond, nous avions bu avant de rejoindre Mongi et pourtant, je ne pouvais pas imputer mon action à l’alcool…J’étais parfaitement conscient. Ce qui embuait mon esprit, c’était autre chose. Le chant du cygne d’un conditionnement, d’une idée qu’on m’avait mise dans l’esprit. Je retirais violemment ma manche de la main de Rec et m’adressais à lui avec une autorité qu’il n’avait jamais vu chez moi.

                        -En avant Commandant, nous devons terminer le travail. Les ordres sont clairs.

                        J’enjambais le corps de Mongi sans même le regarder et Rec, résigné, me suivit. Il traînait les pieds…Il savait très bien ce que j’allais faire, je le savais aussi. Pourtant, je ne pouvais réagir, j’étais possédé et j’avais perdu la raison, désormais incapable de réagir face à l’absurdité de mes propres actions…Incapable de faire face à une réalité qui me terrifiait moi-même.

                        Perdu dans mes pensées, j’avais tiré plusieurs fois sur la cible à cinquante mètres sans pouvoir la toucher. Un tir finit par l’effleurer pour finalement la toucher à la tête. J’avais complètement oublié Vasburg, l’espace d’un instant. Puis je me retournais vers elle, lui adressant un sourire pour lui signifier que j’avais terminé sans dissimuler une certaine fierté : si les résultats étaient loin d’être parfaits, ils étaient là. Je ne m’en rendais même pas compte mais j’étais en nage…La sueur perlait sur mon front.

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                          #31

                          Post n°31
                          Auteur : Atreïs Helcar

                          Les mouvements étaient rouillés sans être spécialement tremblants, aux yeux du Lieutenant. Rien de plus normal, ni d’étrange pour quelqu’un qui avait, disait-il, servi sous les drapeaux. Les quelques hésitations, rares, semblaient plus du fait d’une habitude qui revenait lentement que d’un manque d’entraînement fut-il ancien ou récent. Et puis, Adriel sortait tout juste de prison, même si il n’y avait passé que trois jours et avait depuis pu reprendre apparence humaine, ce n’était pas une expérience qui pouvait rester sans conséquences. L’homme était solide, expérimenté, mais qui sait comment chacun réagissait face à l’univers carcéral ? D’autant qu’Atréïs n’était déjà pas un fin psychologue, encore moins face à une espèce qu’il ne comprenait pas, ou pas encore. Lui qui fonctionnait à l’instinct devait faire fonctionner son cerveau plus que de raison.

                          En ajoutant la précision quant à la qualité du tir, Atréïs espérait surtout mettre une légère pression au Sergent. Oh, rien de méchant. Juste de quoi évaluer sa capacité à être précis. Viser la tête, ou tout autre point indiqué, n’engageait pas les mêmes dispositions que de simplement toucher et tuer. D’ailleurs, les tirs à dix mètres semblaient confirmer les idées du Gurlanin. Un seul coup au but à la tête, donc un seul réussi, si il voulait se montrer tatillon. Mais pour être honnête, quel humanoïde résisterait à un tir de blaster à travers la gorge ou la poitrine ? Bien peu. Pourtant, hors de question de dire quoi que ce soit. C’était à Adriel d’agir, et Atréïs ne faisait que l’observer. D’ailleurs, plus le Sergent tirait, plus il semblait concentrer, voire précis. La cible à vingt-cinq mètre en fut la preuve. Un tir au ventre qui ne satisfaisait pas l’homme, qui n’attendit pas les ordres. A peine la première série envolée que la salve partit de nouveau. Bien plus létale cette fois. Bien plus précise, bien plus mécanique surtout. Il y avait quelque chose. Ce type-là avait reçu un entraînement aux armes. Suffisamment efficace, preuve en était sa réussite, mais pas non plus de quoi sauter au plafond. Or, c’était la première chose qu’on demandait à un soldat, être précis, savoir manipuler une arme. Ces choses là ne s’oubliaient pas facilement. Et puis, le corps avait sa propre mémoire. Adriel n’était plus vraiment là, semblant totalement ailleurs, dans les nuages, en témoignait son regard dans le vague et ses épaules qui s’étaient largement détendues… Mais la position de tir, elle, était toujours présente, et il tirait sur la dernière cible. Physiquement présent, mentalement absent. C’était inattendu. D’autant que l’exercice, qui était pourtant des plus légers, semblait l’avoir laissé dans un état de transe et de fatigue considérable.

                          Les yeux noirs du Lieutenant se tournèrent vers les cibles. Adriel semblait content de lui, a minima. On ne pouvait pas le lui reprocher, son tir, loin d’être parfait, apportait tout de même une certaine satisfaction.


                          -Pas mal. Je ne m’attendais pas à ce que vous touchiez la dernière. Entre votre… inexpérience relative et l’arme utilisée, ce serait un petit exploit. Peut-être d’ici quelques jours, avec un peu d’entraînement.

                          Elle enchaîna sur quelques précisions, demandant à Arnon de se mettre en position sans tirer, corrigeant ça et là quelques détails, apportant des conseils à l’homme ou des recommandations. Rien qui amènerait grand changement, ce n’était pas le but, juste des pistes d’amélioration. Le tir n’était que secondaire, dans son rôle. C’était plutôt celui d’Atréïs, justement.

                          -Savoir tirer, c'est une chose. Mais si votre ennemi arrive au corps à corps, savez-vous vous défendre ? Je sais, je sais, ce n'est pas votre exercice de prédilection. Mais ça fait partie de nos attributions, et de votre entraînement. Et ça me fera le plus grand bien.


                          La nuque de la femme brune craqua lorsqu'elle fit un geste vif, comme pour la défaire d'un nœud particulièrement retors. En réalité, c'était son corps entier qui se réveillait, en grande partie du fait des vibrations de l'arme dans sa peau à chaque tir. La résonance qui avait couru dans ses chairs l'avait tenue en éveil, et le Gurlanin escomptait bien le poursuivre. Cela lui rappelait Qiilura, la chasse et le plaisir de sentir son corps s'endurcir sous l'effet de la douleur. Adriel ne serait jamais un spécialiste comme lui, Atréïs, pouvait l'être. Il n'en avait pas l'envie, cela se voyait à son visage. De toute façon, son âge avancé l'empêcherait de réaliser certaines choses, selon le lieutenant. Mais ces considérations n'avaient pas cours à cet instant précis.

                          Il se débarrassa de son arme, la laissant dans l'herbe, et défit ses cheveux, s'écartant de quelques pas avant de regarder son subordonné. Ses yeux noirs se plantèrent dans les siens, et elle reprit :


                          -On reprendra le tir en conditions plus compliquées après. Lorsqu'il faut porter son arme malgré la fatigue du bras, ou quand il faut viser alors que l'hypoglycémie guette. Et pour ça, j'ai la solution parfaite.

                          L'officier se mit légèrement de profil, ne regardant plus directement Adriel. Une jambe en retrait, l'autre négligemment fléchie, les mains ouvertes, les bras détendus. Son corps entier semblait d'un calme olympien, mais il n'était pas difficile de deviner ce qui attendait le Sergent à cet instant.

                          -Nous avons quelques minutes pour nous mesurer l'un à l'autre. Prêt ?

                          Le Lieutenant était en garde, prêt à riposter. Il attendait. Patiemment.

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                            #32

                            Post n°32
                            Auteur : Arnon Veral

                            Les tirs semblaient avoir satisfait Vasburg. Cette dernière ne s’attendait pas à ce que j’ai ces capacités au tir. Tout du moins, c’est ce qu’elle dit poliment. Difficile de croire que cette femme avait voulu me tuer la veille. Ces bandits, la prison, tout ça m’avait affaiblit. J’avais de nombreuses courbatures, des douleurs et mon corps était engourdi par ces épreuves. Ces dernières années avaient été synonyme de confort pour moi, j’étais rentré dans la routine d’un citoyen lambda et pourtant, le Lieutenant me mettait désormais à rude épreuve. Même si mon corps presque tétanisé hurlait sa soif de repos, je me devais de tenir. Tenir à tout prix, pas simplement car j’en avais envie ou par défi personnel, mais parce que l’ordre avait été donné. S’il est des conditionnements physiques que le corps ne peut oublier, les conditionnements mentaux sont, eux, beaucoup plus coriaces encore. La propagande de l’Empire Sith avait réussi à infecter mon cerveau et c’était la preuve que mon service au sein du BSI avait laissé d’autres traces, qui, pareilles à un atavisme, se manifestaient désormais. Ainsi, droit comme un i, je ne pouvais m’empêcher de me tenir prêt et d’écouter ce que me disait le Lieutenant. Ce fut naturel, presqu’instinctif, lorsqu’elle eut terminé le menu des hostilités qui m’attendaient, ma silhouette se raidit.

                            -A vos ordres, Lieutenant !

                            La suite n’eut pas de quoi me réjouir. Je fronçais légèrement les sourcils lorsqu’elle évoqua le corps-à-corps. J’avais déjà pu apprécier que le Lieutenant Vasburg était rompue à cet art et qu’en réalité, elle avait même une certaine aisance de par sa « véritable nature ». C’était carrément un monstre de combat et moi, je n’avais jamais eu dé réel entraînement dans ce domaine. Je n’étais qu’un agent administratif du BSI et mon passé carcéral avait joué contre moi lors des sélections, ils s’étaient bornés à me donner le strict minimum dans l’entraînement au maniement des armes et quelques cours de défense personnelle, là où d’autres officiers plus spécialisés avaient étudié le combat au corps-à-corps et le tir comme des commandos. Ce n’était pas mon cas et je n’avais en effet jamais apprécié ce type d’exercice. Pis encore, je n’avais aucune compétence particulière. Mes articulations étaient douloureuses, mes muscles durs comme du bois, tirer au pistolaser était une chose, mais un combat avec un officier surentraîné dont je devais avoir pas loin du double de l’âge était bien pire.

                            Je ne pouvais cependant pas reculer, Vasburg était en position. Un pied devant, un pied derrière, dans une garde de combat plutôt discrète. Sa jambe fléchie était prête à se détendre, ses bras, mains ouvertes et détendus étaient prêts à accueillir n’importe quel coup. Vasburg était entraînée et elle me lança un regard de défi : elle était là pour gagner. Quelle question, si elle n’avait pas eu cette mentalité, elle n’aurait sans doute jamais été au sein des Renseignements au poste qu’elle occupait. J’avais perdu mon identité, mon honneur et maintenant je m’apprêtais à perdre mon intégrité physique…Pour une seconde fois. Je n’avais pourtant pas le choix, je devais exécuter les ordres de Vasburg. Lentement, j’inspirais une goulée d’air, mes poumons me faisais souffrir alors qu’ils se remplissaient d’air, j’avais des ecchymoses sur le torse et mon corps me rappelait à chaque instant qu’il avait atteint ses limites. Je me mettais tout de même dans un semblant de position et je souriais légèrement, un sourire amer.


                            -Prêt, je ne le serai sans doute jamais pour vous affronter, pas de cette manière. Je n’ai de toute manière pas le choix.

                            Je conservais ma bonhommie, tentant de bien prendre mes appuis, rassemblant les lointaines initiations que j’avais eu pour le combat au corps-à-corps…Autant dire pas grand-chose. Mes appuis n’étaient pas stables, ma garde trop haute et timide. J’étais naïf et même lorsque je me positionnai, c’était bien trop loin de mon adversaire, je n’avais aucune possibilité de contrôler sa distance. Pourtant, je ne me démontais pas, mes muscles se bandèrent et je me projetais sur Vasburg à toute allure. Si la vitesse était là, la technique non, j’étais en déséquilibre, trop en avant, mon poing partit pour lui décocher une droite au niveau de la tempe, pourtant, ce fut bien avant de poser mon pied, en anticipation, sans aucun mouvement de hanche. Je n’avais aucune technique et ma manœuvre inconfortable manquait de relâchement, je ne pouvais donc pas espérer une quelconque efficacité ni un quelconque relâchement…Mais je ne pouvais pas aller au-delà de mes limites.

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                              #33

                              Post n°33
                              Auteur : Atreïs Helcar

                              Atréïs n'était de toute façon pas dupe, que ce soit concernant la bonne volonté de son nouveau subordonné ou sur ses compétences au corps à corps. L'entraînement n'avait pas pour but de lui inculquer quelque faculté martiale que ce soit, tout au plus de dérouiller ses muscles engourdis par des années dans la vie civile, et plus prosaïquement, de voir jusqu'où il serait capable d'aller. Mais il ne fallut pas longtemps au Gurlanin pour bien comprendre ce qui se déroulait sous ses yeux. Le corps meurtri et vieillissant de l'Humain obéissait plus qu'il n'agissait, et il n'avait de facto pas réellement l'ombre d'une chance face à un soldat entraîné. Ironiquement, il se dévoilait bien plus ainsi que pendant ces quelques heures d'entretiens qu'ils avaient pu avoir lors des précédentes semaines. Les ordres semblaient lui importer bien plus à cet instant que les suggestions qui avaient pu être faites dans certains bureaux.

                              Le Lieutenant n'avait aucune intention de molester son sergent déjà avant le combat, et le voir se lancer aussi maladroitement que volontairement à l'assaut dans un combat qu'il ne pouvait pas gagner acheva de le convaincre. Il n'était absolument pas fait pour ce genre de choses. Ni pour le combat, ni pour les infiltrations. De facto, il était en danger avec Atréïs. Mais il avait le temps d'y penser. Au moment où le poing aurait dû s'abattre sur son visage, le soldat se déroba à l'attaque d'un simple mouvement de hanche. Il aurait très bien pu être à cinq cent mètres tant il était incapable de le toucher, alors qu'il frôlait la peau de la brune. Celle-ci ne fit même pas uun geste pour l'attaquer. Trop fatigué, trop las, ou simplement suffisamment empathique pour ne pas le frapper ? Sans doute un peu des trois. Lui aussi était éreinté par les événements, quand bien même il cherchait à ne pas le montrer.


                              -Encore.

                              Le pousser dans ses retranchements, un minimum, de manière à voir jusqu'où il irait. Ce qui pouvait légitimement s'apparenter à de la torture, mais Adriel s'y pliait remarquablement, autant en profiter. Les esquives et les parades du Lieutenant s'enchaînaient, déliant ses muscles fins, en profitant aussi pour fourbir ses armes. Il avait été échaudé par ses précédentes expériences et ne pouvait pas vraiment occulter le fait qu'il avait été mis en difficulté par le premier idiot venu qui l'avait pris par surprise, et qu'importait qu'il ait au final remporté la victoire ce jour là sur Cato Neimoidia. Alors qu'il aurait pu prendre son adversaire de haut, il se concentrait, cherchant à parer la moindre attaque. Ce petit manège là dura quelques minutes, à l'issue desquelles Atréïs fit un bon en arrière, levant une main vers Adriel.

                              -Assez. C'est bon. J'ai vu ce que je voulais voir.


                              Il n'en rajouta pas sur le sujet. D'une part car il n'était pas sûr des interprétations à avoir, hormis que les gros doutes qu'il avait sur son subordonné ne faisaient que grossir, et d'autre part car il n'était pas certain qu'ils se comprennent, avec leurs esprits embrumés par la fatigue et l'adrénaline du combat. Lorsqu'il reprit la parole, c'était en récupérant ses propres affaires. Légèrement essoufflé, mais sans plus, il faisait tout de même rouler ses muscles.

                              -Je vous laisse refaire la même séance de tir que tout à l'heure. Même cible, même objectif. Pour le reste... J'ai trouvé ce qui devrait vous convenir. Retrouvez moi demain dans la même salle de briefing qu'hier.

                              Ce qui était vrai. Sans réelle compétence au combat, ni au tir, il devenait évident que la principale ressource d'Adriel, feu Arnon, résidait entre ses deux oreilles, preuve en était sa capacité à monter une entreprise florissante sur un monde aussi reculé que Raxus Secundus... Restait désormais à savoir ce qu'il voulait, lui. Et pour cela, il l'attendait le lendemain, en tenue civile. La même, à peu de choses près, qu'elle avait lors de leur rencontre.

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                                #34

                                Post n°34
                                Auteur : Arnon Veral

                                Je frappais, frappais encore et toujours, à mesure que le Lieutenant donnait ses ordres. La jeune femme évitait chaque assaut, chaque fois au dernier moment. Elle me dominait, ce n’était pas un surprise, son corps était entraîné par des heures de pratiques et sans doute une génétique favorable. Quant à moi, j’avais l’âge de mon corps et j’étais las de cet emprisonnement qui m’avait affaiblit. J’avais bien conscience, au fond de moi, que je ne m’étais pas montré sous mon meilleur jour pendant cet entraînement. J’avais pourtant donné ce que j’avais : des qualités médiocres au tir et des compétences inexistantes en combat rapproché. Autant dire que je n’étais pas le candidat idéal pour un recrutement. Pis encore, je réalisais à quel point tout cela devait sembler suspect à mon interlocutrice. Il aurait été naïf de croire qu’elle n’avait rien remarqué jusqu’à présent. Elle avait elle-même fait la remarque concernant les doutes qu’elle avait à mon endroit. Tout cela ne serait qu’une preuve supplémentaires, un élément qui viendrait étayer le dossier et qui sans doute ressurgirait lors d’une confrontation qui aurait lieu tôt ou tard. Je m’y étais préparé, même si j’étais bien décidé à laisser les choses durer autant que possible.

                                Inlassablement, presque mécaniquement, j’assénais les coups qui étaient de plus en plus brouillons, je me déséquilibrais à chaque fois un peu plus. Mes muscles me brûlaient, j’avais mal et j’étais comme paralysé, presque handicapé, le souffle rauque par les journées de détention qui m’avaient affaibli. Vasburg cessa le jeu soudainement. Elle estima que c’était terminé, elle avait vu ce qu’elle avait voulu voir et me demanda de répéter l’exercice de tir. Je devrais la rejoindre le lendemain afin de discuter. En nage, ma chemise était trempée et je saisissais ma vareuse qui était restée au sol pour la pendre sur un des poteaux du champ de tir.

                                Méticuleusement, presque servilement, je m’exécutais. J’effectuais les mêmes tirs, plusieurs fois, à l’aide de mon arme de service. Les tirs se faisaient un peu plus précis, sans être parfaits. Je décidais de m’exercer plusieurs fois pendant plus d’une heure. Finalement, le rangeais mon arme et je me dirigeais vers les baraquements pour rejoindre ma chambre qui s’apparentait plus à une cellule. Je pris une douche chaude interminable, me débarrassant de la sueur de l’entraînement et me débarrassant de ma chemise souillée. J’aurais dû me munir de vêtements de sport et pas de ma tenue de service, mais je n’en savais rien et je réalisais que j’avais perdu une bonne partie de mes automatismes. Mais ces automatismes, les avais-je réellement eu un jour ? J’avais été l’exécutant d’un système, le chien d’un régime, mais jamais réellement un militaire. En y pensant de nouveaux, je réalisais avec désarroi que ce que j’avais fait, c’était asservir et tuer des gens, une tâche horrible. J’avais été un fusible, si cette conclusion m’avais fugacement traversé l’esprit après la chute de l’Empire, j’étais bien trop préoccupé par mon désir d’échapper à toute poursuite pour en faire cas plus précisément. Après, la culpabilité avait été trop présente pour y penser précisément. Et pourtant, combien d’heures avais-je gaspillé à réfléchir sur mes actes, à tenter de les intellectualiser et à les justifier a posteriori. Pourtant, cette fois comme les autres, la conclusion était la même, mes actes étaient impardonnables, que ce soit face à n’importe quelle morale, dans n’importe quel système : j’avais fait cela au nom d’une idéologie mortifère et j’avais péché par lâcheté, me cachant derrière les ordres de supérieurs pour qui nous n’étions que des pions. Une autre question me traversa l’esprit : jusqu’à quel point Rec était-il conscient de tout cela ? Je l’avais toujours considéré comme un grand frère, comme une sorte de mentor, un patron à partir duquel j’élaborais et je brodais mes comportements. Rec ne flanchait jamais, il était toujours de bonne humeur, il avait toujours le mot juste, le trait d’esprit qui faisait mouche et qui banalisait la situation. Plus encore, Rec était un phare qui avait dirigé ma carrière au sein du BSI, toujours dans les intrigues, au bon endroit au bon moment, il était à l’affût et m’avait toujours correctement conseillé. C’était peut-être cela qui m’avait le plus attristé à la fin, avoir perdu ce phare. Je m’étais retrouvé seul, sans guide, sans ce magicien providentiel qui maintenait l’illusion. Malheureusement, l’illusion avait cessé à partir du moment où la bataille de la Forge Stellaire s’achevait, à partir du moment où Rec avait balbutié, où il avait hésité. Rec n’était plus et là je me retrouvais à nouveau dans un système militaire, cette fois sans guide. Seule Vasburg était ma référente, mais l’ambiance était différente et je la soupçonnais d’avoir vu clair dans mon jeu.

                                Je prenais un souper léger le soir. En silence, seul à ma table. Je débarrassais rapidement mes affaires pour finalement rejoindre ma chambre et me mettre en tenue de nuit. Je dormais d’un sommeil lourd, mon corps profitant avidement de cette occasion pour recouvrer sa forme et ses capacités. Le matin, j’étais envahi par les courbatures. Si Vasburg n’avait pas parlé, son silence avait été éloquent et mon état au réveil était un argument imparable. Je m’habillais rapidement, enfilant une nouvelle chemise sous ma vareuse que je boutonnais lentement. Ma casquette sur la tête, je me dirigeais au lieu du rendez-vous et je saluais le Lieutenant qui se trouvait déjà dans la salle. Je me demandais finalement ce qu’elle allait me dire concernant mon affectation, j’avais d’ailleurs une certaine appréhension par rapport à tout cela. Silencieux et obéissant, je n’avais rien dit de plus que le protocole et j’attendais, droit comme un i, que ma désormais supérieure m’invite à m’asseoir et commence à parler.

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