Orbite de Raxus
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Post n°16
Auteur : Leiel OssoVolgger Korvax, depuis qu'il avait confirmé la date de la communication, ne dormait plus. Ce n'est pas tant que le Conseiller à la Défense fut un fêtard invétéré, ni qu'il éprouvât une angoisse toute particulière à l'idée de parler avec le colonel Graff. Korvax. Depuis plusieurs jours, et quelques nuits, il répétait inlassablement ce qu'il devait dire.
Le Conseiller était face à la chance de sa carrière, la chance de sa vie. Raxus Secundus avait été une planète violente, pendant des millénaires. Mais elle avait appris à régler ses conflits internes différemment qu'à coup de batteries laser. Le monde était toujours soucieux de ses richesses naturelles, l'ordre était relativement facilement contenu par les droïdes de la police ou les intérêts privés. Alors l'armée...
Présent dans les gouvernements pré-datant la CSI, Volgger n'avait jamais vécu une période de tel faste budgétaire. Pour la première fois de sa vie, des crédits abondaient dans sa direction. Des décisions devaient être prises, des choix devaient être faits, et c'était à lui qu'on demandait son avis. Quarante ans de carrière, pour qu'enfin on lui parle de politique.
Cependant, ce changement dans le rythme du monde, s'il était bien accueilli, était peut-être moins bien vécu. Le Conseiller vivait dans la crainte de se tromper, lui qui n'avait jamais pris un risque de son existence. Toutes les décisions à venir se rapporteraient à lui, à ce moment précis où la politique militaire multi-millénaire de la planète allait changer. Korvax ne se leurrait pas. Ce serait aussi son chant du cygne. Alors tout devait être parfait.
D'autant plus parfait que d'autres Conseillers acceptaient mal les dernières « excentricités » de la Sous-Préfète. Osso s'attirait des reproches dernièrement, son urgence à réformer pesait lourd dans le budget de la planète et la future académie militaire allait creuser encore ces déficits. L'idée avait fait reculer Korvax, au début. Les foudres du Conseiller aux finances Bergen laissaient des traces où elle tombaient. Mais... n'était-ce pas le temps d'agir ? De prendre les devants ? D'enfin faire un pas dans « la bonne direction » ?
La communication allait avoir lieu dans quelques instants. Déjà à son bureau, Korvax essuyait ses mains sur son pantalon. Quelle chaleur ! Au moment où il s'épongeait le front, l'holocom illumina la pièce. Il se rassit, droit comme un I, n'osant même plus cligner des yeux, manquant de répondre au salut militaire du colonel, ce qu'il, heureusement, réussit à éviter. Graff, direct, énonçait déjà l'objet de son appel.
- Colonel Graff, salutations. Pour que tout soit bien clair, je voulais rappeler quelques éléments propres au dossier raxien.
Du calme, une respiration profonde, ne pas parler trop vite. Voilà. Il allait y arriver. Il en avait l'étoffe.
- L'académie militaire est appelée de nos vœux, mais tous les budgets ne sont pas encore votés. En conséquence, rien n'est prêt. Nous n'avons pas de bâtiment, ni au sol, ni en orbite, à part nos trois... deux Sabaoth. Je ne veux pas que votre formatrice en chef soit prise de cours, ou déçue.
Non, il ne fallait pas présenter les choses comme ça...
- Je veux dire qu'il faudra que nous travaillions ensemble sur l'élaboration fine du projet. Je peux confirmer l'engagement de la Sous-Préfète et celui de son gouvernement. Raxus a besoin du projet, mais au-delà de notre planète, nous espérons apporter un nouvel atout à la Confédération.
C'était mieux. Mais il louvoyait, il s'en rendait compte.
- Nous sommes enchantés d'accueillir la formatrice que vous avez choisie et mettrons à sa disposition tout ce dont elle pourrait avoir besoin. Que devons-nous savoir sur elle ?
Mieux. Il fallait arrêter de parler. Trop vite en plus. Mais c'était lancé... le projet était véritablement lancé ! Volgger Korvax vivait, absolument, le plus beau moment de son existence. -
Post n°17
Auteur : June KingLes mains jointes dans le dos, le visage froid et impassible, le colonel Graff se tenait seul au milieu de la pièce plongée dans une pénombre totale. Seule son imposante silhouette se distinguait grâce aux faibles éclairages projetés par l'holoprojecteur en face de lui, qui affichait en grand le conseiller à la défense de Raxus Secundus : Volgger Korvax. Détaillant et observant chaque mouvement et écoutant attentivement chaque mot prononcé par le conseiller ; le colonel pouvait percevoir son affolement dans son attitude. Le pauvre homme semblait chercher ses mots au fur et à mesure de son monologue qu'il présentait de plus en plus vite, tout en voulant désespérément paraître le plus détendu et sérieux possible face au colonel qui ne faisait qu'écouter méticuleusement ce qu'il avait à dire. Les explications du conseiller étaient angoissantes pour l'avenir. Les budgets pour l'académie n'avaient pas encore été approuvés et les fondations de celle-ci étaient encore seulement dessinées sur un plan, si le colonel avait bien compris. Comment cela pouvait-il être acceptable d'amener une formatrice importante sur Raxus et de déranger la Confédération pour rien ? Le froncement de sourcils du colonel et ses yeux qui semblaient se transformer en blasters à cet instant pouvaient être clairement visibles. Bien que le conseiller essayait de se rattraper en expliquant plus calmement que sa planète souhaitait travailler en étroite collaboration avec la Confédération pour améliorer leur situation et faire sortir de terre une académie impressionnante, cela ne suffisait pas et le colonel semblait interrogatif.
« — Conseiller, que cela soit clair dès à présent et de manière catégorique, répondit froidement le colonel une fois le monologue du conseiller terminé. La formatrice ne sera nullement sous vos ordres ou sous les lois de Raxus. La sergente et une confédérée et une soldate avant tout, elle ne sera là que pour vous aider à former les premiers soldats qui devront reprendre la relève avant son départ, expliqua-t-il afin qu'il ne se repose pas uniquement sur la sergente. Évidemment, elle devra disposer de tout ce qu'elle aura besoin pour le bon déroulement des recrutements et entraînements, appuya-t-il sur ce détail. Aussi, je ne vous cache pas ma déception concernant l'académie qui n'est pas encore présente, mais je prends note que votre planète est en pleine remilitarisation et constructions d'infrastructures militaires, c'est pourquoi je fermerai les yeux sur ce détail, soulageait-il le conseiller sur ce point. Mais, si vous voulez garantir une bonne coopération et une bonne entente avec la Confédération, je vous suggère de débuter les fondations immédiatement, conseilla-t-il sous-entendant de construire l'académie sans passer par un vote ou une approbation majoritaire et de ne pas vendre la peau du Bantha avant de l'avoir tué, concernant les promesses envers la CSI. »
Le colonel Graff instaura volontairement un moment de silence pendant lequel il se racla la gorge, puis sortit de derrière son dos un datapad contenant les informations personnelles et professionnelles de la jeune sergente et formatrice chargée des recrutements et des entraînements des premières recrues de Raxus. En appuyant sur l'une des touches du datapad, un hologramme de la sergente apparut devant le conseiller, sans qu'il soit nécessaire de l'afficher également pour le colonel. S'assurant que son hologramme tournait sur lui-même en activant cette fonction, le colonel éloigna le datapad de ses yeux afin de présenter la sergente de manière détaillée au conseiller.
« — Je vous présente la sergente June King, dit-il en se remettant droit et les mains jointes dans le dos qui tenaient le datapad. La sergente et formatrice en entraînements de tirs de toutes catégories, et plus spécifiquement en tir à distance, fait la fierté de la Confédération et est énormément estimée et respectée par tous, y compris par ses supérieurs, détailla-t-il en laissant le conseiller avoir un moment de silence pour enregistrer les informations. Elle a également dirigé des escadrons d'élite dans de nombreuses batailles, notamment sur Félucia lorsqu'elle a fait face à un Sith, et a toujours réussi à tirer le meilleur de ses troupes en les préparant pour la victoire, une sorte de don inné chez elle, prit-il le temps positionner le datapad de nouveau en face de lui en appuyant dessus pour que le conseiller puisse avoir l'intégralité des informations de son côté. La sergente et une proche-humaine de talent et capable de déceler la moindre émotion ou attention malhonnête de son interlocuteur, elle sait faire preuve de discrétion et répond parfaitement aux ordres, c'est pour cela qu'elle excelle parfaitement dans son rôle de formatrice, rien ne lui échappe, louait-il ses qualités naturelles. Ainsi, si quelque chose devait lui arriver, soyez-en sûr qu'il y aurait de graves répercussions, alerta-t-il sous forme d'avertissement déguisé. »
Le colonel put enfin, lui aussi, avoir pour la première fois un aperçu complet de cette sergente si particulière aux yeux de la lieutenante Gladmoore. Mis à part une simple photo peu flatteuse dans sa fiche à l'intérieur du datapad-, il fut surpris et étrangement amusé par la taille de ce petit bout de femme qui donnait plus l'envie de la protéger en la serrant dans ses bras que de compter sur elle dans des moments difficiles pour survivre à une catastrophe ou a une guerre intergalactique. Pourquoi avoir sollicité sa candidature ? Allait-elle avoir les épaules suffisamment larges pour répondre correctement aux exigences que demandait cette mission, loin de la capitale de la Confédération ? Cependant, le colonel avait vu bien des choses et savait qu'il ne fallait jamais se fier aux apparences. D'autant plus que la sergente avait un passé et des faits d'armes assez remarquables à son actif.
« — Avez-vous des questions particulières auxquelles vous voulez que je réponde ? questionna-t-il le conseiller en souhaitant lui apporter le plus de clarté possible. » -
Post n°18
Auteur : Leiel OssoLa réponse du colonel Graff fut une douche froide pour le pauvre Korvax. Il manqua de couper la parole à son interlocuteur pour se justifier : « nous n'avons pas demandé officiellement d'aide à la CSI, notre projet n'est pas fini, vous arrivez trop tôt... » mais fort heureusement, il garda ses états d'âme pour lui. Effectivement, rien n'était prêt. Rien ne le serait avant des mois, sans doute. En revanche, il y avait à faire. Beaucoup à préparer, à prévoir, à mettre en place. La future académie devrait compter entre cent cinquante et deux cents élèves par an pour une formation de quatre ans. Un millier d'élèves, une fois que les choses se seraient mises en route. Une goutte d'eau... mais contrairement à la République dont l'armée était organique, la Confédération utilisait massivement les droïdes pour grouillots. L'Académie ne formerait pas l'infanterie de demain. Elle formerait ses officiers.
Et pour former des officiers, il fallait des moyens, des formateurs performants, une volonté d'excellence... un esprit de corps. Et les grandes lignes de cet esprit manquaient encore. Korvax, pour en avoir parlé avec Osso, savait qu'initialement, elle avait privilégié une spécialisation défensive. Puis elle était revenue sur ce choix. Un officier doit être capable de tout faire, avait-elle expliqué. Et pour capable de prendre l'avantage, il faut savoir le trouver. Si les officiers ne savent lire qu'une moitié du champ de bataille, ils ne serviront à rien. Le Conseiller à la défense avait approuvé. Osso n'avait rien d'une militaire. Il lui semblait même qu'elle peinait à concevoir correctement la hiérarchie qui s'appliquait au sein de la Confédération entre les civils et l'armée. Mais il se rangeait à ses côtés, de toute façon. Personne sauf elle n'aurait entrepris un tel revirement de politique publique.
- Un Sith ?
Korvax haussa les sourcils, impressionné. Il n'en avait jamais vu, même pendant le temps de leur bref Empire. Mais le simple nom déclencha chez lui une sueur froide. Décidément, il fallait que Raxus sache se protéger. La galaxie recelait des monstres partout. Il toussa un peu avant de reprendre la parole.
- Merci infiniment, Colonel. Nous sommes ravis d'accueillir la sergente King sur Raxus Secundus. La planète est calme, il n'y a pas de raison que quoique ce soit lui arrive ! Sa sécurité sera assurée, bien sûr. C'est tout naturel. Puis-je vous demander si elle est amenée à rester à l'Académie ? Est-elle pressentie pour en devenir la directrice ?
Cette discussion là avec Osso n'avait trouvé aucune réponse : qui allait prendre la tête de l'Académie ? Comment couper l'herbe sous le pied des Viginti qui allaient phagocyter le lieu comme autant de tiques ? La Sous-Préfète n'avait pas de réponse. Pas encore.
- Quoiqu'il en soit, nous ferons de notre mieux pour satisfaire les exigences de la Confédération et celles de la sergente King. C'est la raison même de ce projet : fournir à la CSI ce dont elle a besoin.
Un élan patriotique fit bomber le torse de Korvax. Il se sentit tout de suite un peu ridicule, mais le transport était sincère. Enfin... enfin, il était utile. -
Post n°19
Auteur : June KingLe colonel Graff se révélait être un orateur convaincant, capable d'exprimer ses idées avec clarté et passion dans ses propos. L'art de la persuasion n'était pas donné à tout le monde, mais il savait captiver son auditoire à sa manière et ne manquait jamais d'assurance. Bien que la Confédération lui avait confié ces dernières années des tâches bien moins palpitantes que de conduire des troupes sur le champ de bataille et vers la victoire, il savait que la bureaucratie était tout aussi épuisante et terriblement dangereuse. Malgré cela, il conservait certaines manières militaires dans son discours, qui pouvaient donner l'impression d'une hostilité décomplexée. Bien sûr, il n'allait certainement pas sourire de manière malicieuse, comme le faisaient souvent les politiciens, mais une certaine volonté de paraître amical sans pour autant offenser son interlocuteur pouvait se faire ressentir parfois dans ses paroles.
Après le long monologue du colonel sur la sergente et les explications concernant les exigences de la Confédération quant aux conditions à remplir, le conseiller Korvax prit la parole et n'hésita pas à rassurer le militaire. Ce dernier hocha simplement la tête en réponse. Se redressant et éteignant l'hologramme de la sergente, il joignit les mains derrière son dos et remercia le conseiller.
« — Vous m'en voyez soulagé, conseiller. Même si certaines choses sont à améliorer, votre sens du travail et votre dévouement envers la Confédération nous honorent et elle saura vous le rendre correctement, dit-il en hochant une nouvelle fois la tête. Vous disposez à présent de toutes les informations nécessaires pour assurer une bonne réception de la sergente et savoir à qui vous avez affaire, j'espère que vous ne la décevrez pas, répéta-t-il. Je vous souhaite bonne chance, conseiller. Graff, terminé. »
Alors que l'hologramme du conseiller disparut, plongeant la pièce dans l'obscurité totale avant que les lumières ne reviennent pour éblouir les yeux du colonel, une expression de satisfaction et de fierté se dessina sur son visage. Il craqua sa nuque pour se détendre, signe de soulagement après cette réunion courte, mais épuisante - une chance que son implant réduisant la fatigue fonctionnait parfaitement. Il était déjà très tard, et la soirée avait laissée place à la nuit - dont l'obscurité était accentuée par l'orage qui grondait encore à l'extérieur et recouvrait une grande partie de la planète. Le colonel se dirigea vers la sortie de la salle de réunion pour regagner son bureau, mais décida de faire un léger détour vers l'extérieur pour prendre une bouffée d'air frais et fumer une cigarette, appréciant la douce berceuse apaisante qu'offrait le tonnerre.
Mais l'appel du travail se faisait de plus en plus fort. Écrasant sa cigarette dans un cendrier extérieur, le colonel retourna s'asseoir à son bureau pour rédiger un long rapport sur son échange avec le conseiller. Cependant, au cours de la rédaction, il se souvint d'un détail crucial concernant la sergente : un sous-officier ne pouvait prétendre à un poste de chef formateur. Bien qu'elle puisse temporairement pallier l'absence d'un officier ou d'un officier supérieur, son grade de sergent ne lui permettait pas d'assumer des responsabilités importantes telles que diriger une académie en tant que directrice. Il décida donc d'ouvrir une nouvelle page dans son datapad et d'entamer un long rapport et une demande pour que la sergente soit promue. Bien entendu, cela nécessiterait l'approbation de plusieurs officiers et officiers supérieurs et prendrait du temps. Cependant, s'il pouvait garantir à l'académie, qui verrait bientôt le jour, une directrice officielle avec le grade d'officier, cela faciliterait grandement ses recherches pour un remplaçant en lui faisant gagner du temps et lui éviterait surtout une montagne de paperasse inutile.