Espionnage industriel et convention de stage
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Post n°15
Auteur : Leiel OssoLeiel regardait la jeune femme bleue sans bouger un muscle. Ses pupilles étaient totalement contractées, noyant ses yeux dans le mauve. Elle se leva soudain, retourna à son bureau, procéda à des vérifications de son côté. Plus elle apprenait, pire ça semblait. Si elle avait raison, non seulement elle risquait de perdre ce qu'elle avait obtenu jusqu'ici, mais elle risquait également sa peau.
- Athanae, si tu peux me couvrir quelques jours, pas plus, ce serait parfait. Il va falloir que je prenne l'air et que j'aille... m'assurer du bon développement du projet. Ça devrait nous permettre de faire le lien entre plusieurs dossiers.
La femme blanche fila aux archives. Elle savait qu'elle n'aurait pas dû s'y rendre d'elle-même, elle savait qu'elle touchait à un sujet qu'on lui avait formellement interdit d'explorer. Au documentaliste, elle demanda la liste des derniers modèles droïdes produits pour un usage sur Raxus Secundus. Les productions locales, les importations, avec une préférence pour les nouveaux modèles ayant des applications agronomiques. Ca prendrait du temps, tant pis. Elle voulait les résultats les plus exhaustifs possibles.
Dans l'après-midi, elle contacta Rock cie mais n'obtint qu'un rendez-vous avec un certain monsieur Hogan au lieu du patron, Johnson, qu'elle aurait préféré rencontrer. La jeune femme resta un instant sans bouger à son bureau, les yeux dans le vide.
- Hey, Leiel. Ca va ? Tu as besoin d'un coup de main ?
- Tu sais quoi... peut-être bien. Je reviens.
Elle courait presque dans les couloirs. Le sentiment d'urgence qui l'habitait ne la laissait plus respirer.
- Charadra ?
- Excusez-moi un instant, je reviens vers vous. Leiel ? Ca ne va pas ?
- Charadra, je sais que tu es au fait de tout ça. J'ai une question. Les planètes séparatistes ont bien toute autorité pour dépenser l'argent publique, n'est-ce pas ? La limite c'est quand ça touche à la politique extérieure de la Confédération ?
- Tu penses bien qu'on ne peut pas faire n'importe quoi. Il y a forcément des accords passés avec le Consulat au préalable.
- Ecoute, je peux te demander quelque chose ? Est-ce que tu pourrais vérifier s'il y a eu une demande expresse au Consulat, ratifiée par celui-ci, autorisant l'investissement massif dans l'agronomie sur Raxus Sec. ? Ou l'inverse ? Une demande émanant du Consulat, directement, et concernant des investissements inhabituels ici ? Datant à peu près un an ?
- Tu charries ma belle, tu n'as pas une collègue qui peut faire ça mieux que moi ?
- S'il te plaît. Je te revaudrais ça.
- Je vais voir ce que je peux faire...
- Merci ! Oh... et tu ne saurais pas où est Bessie?
Elle ne se préoccupait plus de dire « pardon » à ceux qu'elle bousculait dans les couloirs. Son comm' vibra.
- Leiel ? Tout va bien ? Le Sous-Préfet ne t'a pas vu dans le bureau, il n'est pas franchement...
- Je sais ! Je reviens. Je n'en ai pas pour longtemps. A tout de suite.
Le bureau de Bessie était aussi désordonné que le sien était net. Cependant, l'humaine était capable de localiser peut-être plus rapidement dans cet espace n'importe quel document qu'elle y avait placé elle-même. Poser une cartouche d'identification dans ce bazar signifiait probablement sa perte définitive de la face du monde. Mais pour Bessie, il y avait de l'ordre dans le chaos.
- Bessie ? Je peux te demander un service ?
- Envoie. Que puis-je pour toi ?
- Deux choses. La première, tu gardes ça pour toi. D'accord ? La seconde, c'est de... Attends, j'en n'ai pas pour longtemps.
Leiel écrivit rapidement quelque chose sur un flimplast qu'elle plia au risque de le casser.
- La seconde, c'est de faire parvenir ça au Sous-Préfet, si jamais je disparaissais un moment.
- De quoi ?
- Non mais... ne t'en fais pas ! Il est possible que je sois retenue quelque part. C'est juste pour lui expliquer où je suis.
- Et tu ne peux pas, ne dois pas, ne pense pas que tu pourrais lui en parler maintenant, c'est ça ?
- Disons que c'est un peu tôt. Je peux compter sur toi ?
- Moui. Ne disparais pas comme ça. La prochaine tournée est pour toi, tu le sais.
- Et pas un mot à Soï !
Leiel filait dans les couloirs. Elle repensa brièvement à Delmach Sapoj, le malotru de sa première soirée ici. Elle aurait besoin de sa cartouche d'identification, il l'avait bien cherché. Mais pas tout de suite, elle n'avait pas le temps pour ça. Elle devait... éviter le droïde de nettoyage qu'elle vit trop tard. Elle trébucha dessus, manqua de s'étaler par terre et faillit pester en pamarthien. Décidément, elle devait surtout se calmer.
Quand elle retourna à son bureau, Athanae la dévisagea, inquiète.
- Tu devrais peut-être te débarbouiller un peu... Où étais-tu passée ?
- Me quoi ?
Leiel réalisa subitement que le droïde avait laissé une belle tache, bien visible sur sa robe blanche.
- Oh non... je repasse à mon appartement. Je suis désolée de t'abandonner au milieu de tout ça Athanae. Je fais au plus vite.
Sa douche fut longue, plus longue que prévue. Tant pis. Elle avait besoin de faire le point, sur ce qu'elle savait, sur sa panique, sur ses débordements qu'elle offrait en spectacle à n'importe qui, alors que jusque là, elle s'en était plutôt bien sorti. L'Océan, l'immense Océan qui était aussi grand que la galaxie, qui était la galaxie, n'avait pas changé. Peut-être un peu plus mouvementé, peut-être un peu plus de courants. Rien de plus.
Depuis un an, des plans qui ressemblaient furieusement à ce qu'elle aurait elle-même organisé s'étaient mis en branle sur Raxus Secundus. Bien avant son arrivée. Et Dae'mid n'avait rien dit. Dae'mid, qui lui faisait écrire des discours de présentation. Dae'mid qui lui demandait indirectement de ne plus s'avancer sur ce terrain. Si les Séparatistes avaient les informations concernant les qercis, s'ils avaient les connaissances nécessaires pour faire les adaptations géniques et bactériennes, s'ils avaient des plans pour des droïdes de soin, ou de récolte... alors la seule chose qui lui restait étaient ses graines. Et même ça... il était logique qu'ils en aient déjà, sans quoi ils n'auraient pas tant investi en si peu de temps. Et puis... ce qui faisait battre trop vite son cœur, c'était l'idée que toutes ses informations aient les mêmes sources que les siennes.
Quand elle revint dans son bureau, elle était plus fraîche, plus apaisée, plus propre aussi.
- Tu en as mis du temps. Es-tu sûre que ça va ?
- J'ai cru voir un problème dans ce dossier, tu sais. Mais en fait, je crois que j'invente des problèmes avant qu'ils ne se posent. J'ai pris rendez-vous avec Rock cie, on commencera par là. Ça va de ton côté ?
- Tes dossiers sont traités, ne t'en fais pas.
- Merci beaucoup. Je dois remettre de l'ordre dans mon esprit. C'est assez... gros, comme enquête. Il ne faut rien oublier.
La nuit, dans son appartement vide, elle chercha plus profondément que ce qu'elle osait faire de coutume dans le système. Jusque là, elle n'avait jamais rien commis d'illégal. Ce soir non plus. Mais la tentation d'ouvrir les dossiers derrière les dossiers était particulièrement forte. Elle se contenta de ce à quoi elle avait accès, et fit la liste des questions auxquelles M.Hogan devrait répondre.
Impossible cependant d'échapper aux interrogations qui revenaient sans cesse. Pourquoi deux assistantes ? Pourquoi tenter de bloquer le projet du caf... Leiel se demandait si elle n'aurait pas dû aller voir le Sous-Préfet avant de s'engager sur cette voie-là. S'il n'était pas à l'origine du projet, alors qui ? Pourquoi ces dossiers s'étaient-ils retrouvés dans son bureau ? Et puis... un doute. Un prédateur caché. Les yeux braqués sur son plafond, trouvant des formes dans les ombres, Leiel tentait de repousser le sentiment qu'elle s'avançait vers un précipice dans lequel elle était censée tomber. Peut-être qu'elle devrait contacter la Voix. L'incertitude bouillonnait. Elle chercha le sommeil, et ne trouva que l'Océan. Un peu plus sombre, un peu plus houleux. Presque rien.
Quand elle sortit de la navette, le lendemain, elle portait une robe stricte, blanche, assez courte. Ses cheveux étaient ramassés en chignon sévère. Altière, sûre d'elle, elle salua poliment le secrétaire qui la mena aux bureaux de M. Hogan. Des couloirs sobres, mais des écrans dernier cri, ce qui ressemblaient à des serrures électromagnétiques récentes sur les portes, des drones de surveillance et d'entretien partout. Leiel se demanda vaguement combien d'holocaméras la filmaient.
L'homme imposant, à grosses moustaches blanches, se leva pour accueillir l'assistante du Sous-Préfet et lui prit la main.
- Mademoiselle Osso, un plaisir de vous recevoir.
- Monsieur Hogan, je vous remercie. Je suis ici pour m'assurer que tout se passe comme prévu. Vous comprendrez que je suis un peu déçue de ne pas pouvoir m'adresser à monsieur Johnson en personne. Je détesterais vous faire perdre votre temps. Pouvons-nous faire vite, je vous prie ?
- Je vous écoute, que puis-je pour vous ?
D'un geste de la main, il l'invita à s'asseoir à son bureau. Leiel posa son datapad sur la table, se pencha légèrement en avant.
- Nous voulions nous assurer que les achats ont bien eu lieu, au prix que nous avions évoqué. Avez-vous rencontré des difficultés avec les propriétaires terriens ? Nous n'avons toujours pas de retour, et cela nous inquiète, vous le comprenez bien.
Leiel croisa ses jambes, faisant remonter sa robe sur sa peau blanche. Hogan se lissa les moustaches.
- Nous souhaitons également savoir où nous en sommes concernant les avancées de BioTechNat. Je m'adresse directement à vous pour ne pas devoir faire remonter les... lenteurs de notre communication, lenteurs qui sont bien entendu derrière nous, j'y veillerai. Les sommes en jeu étant ce qu'elles sont, vous imaginez que cela froisse certains... personnages haut placés.
Son regard se fit plus doux, son sourire plus aimable.
- Je dois aussi vous demander... je sais que je ne devrais pas, mais... avez vous des nouvelles des droïdes ? Il est encore trop tôt pour le savoir, mais... les avez-vous vus ? Comment sont-ils ?
Suffisamment de sous-entendus, suffisamment vagues, et assez de peau pour dérouter. Pas de mensonge direct non plus. Maintenant, tout reposait sur la collaboration de monsieur Hogan. Les holocaméras gênaient véritablement la jeune femme. Impossible, même si elle était laissée seule dans le bureau, de s'introduire dans le système sans être repérée. La seule possibilité aurait été d'utiliser le protocole caché dans son datapad pour réaliser une demande de transfert de dossier. Mais comme elle ne connaissait pas le système de protection de Rock cie, cela revenait à jouer à la roulette corellienne. Il fallait se rabattre sur la loquacité de monsieur Hogan, qu'elle espérait aussi fournie que ses formidables moustaches. -
Post n°16
Auteur : Super PNJMonsieur Hogan avait un style… Bien à lui. D’impressionnantes moustaches sans barbe, un cou de taureau, des yeux bleu acier, un crâne parfaitement chauve à l’exception de l’arrière qu’il laissait pousser sur sa nuque, d’énormes lunettes de soleil en toutes circonstances, et des vêtements plus visibles qu’un Dug au milieu des Jawas.
-Avant de vous répondre, madame, j’aimerais savoir à quel titre vous venez me rencontrer ? Comprenez que monsieur Johnson est très occupé, mais je suis PARFAITEMENT à même de vous renseigner, car nous sommes, comme chacun sait, PARFAITEMENT transparents sur TOUS nos dossiers. Cependant, nous ne pouvons pas choisir de tout divulguer, nous avons également des concurrents, voyez-vous ?
Les impressionnantes moustaches de Hogan frémirent alors qu’il eut un sourire charmeur parfaitement calculé, travaillé durant des années devant un mirour.
-Nous sommes EXTRÊMEMENT fiers de dire que nous avons consentis à d’ENORMES investissements pour des recherches novatrices, pour l’avenir de Raxus Secundus ! Vous voyez, nous avons eu de MAGNIFIQUES avancées ces derniers temps, qui confirment que nous allons pouvoir prendre un ascendant MAJEUR. Raxus Secundus montrera à nouveau sa supériorité !
Il croisa ses mains imposantes sur le bureau devant lui. Il avait tout du parfait communicant, les dents blanches, le discours positif, les grands gestes ouverts… Cependant, son discours sonne tellement creux que l’on croirait un puits tari. En d’autres termes… Il disait ce qu’on lui disait de dire. Il répondait ce qu’on lui avait dit de répondre. Un exécutant, un de plus, qui n’avait vraisemblablement aucune idée de ce qui se déroulait dans les laboratoires, fut-ce la moindre boîte de Pétri, la plus minuscule éprouvette dans une étuve.
Il servit encore à Leiel pendant de nombreuses minutes sa diatribe finement ciselée, lui faisant perdre encore plus de temps. Il ne la lâchait pas des yeux, l’invitant à regarder Raxus Secundus depuis sa fenêtre, vantant ce qu’elle était depuis que Rock Cie investissait sur ses terres, le profit qu’ils faisaient chaque année au bénéfice du peuple… Lorsque l’assistante sortit du bureau, elle était l’heureuse bénéficiaire d’un stylo et d’un pin’s Rock Cie. A aucun moment il ne l’avait laissée ou lâchée des yeux, et il la mettait à présent poliment à la porte, sans oublier d’insister sur le fait qu’ils étaient TOUJOURS au service de Raxus. -
Post n°17
Auteur : Leiel Osso- Non. Non, tu n'as rien compris.
Leiel se rengorgea, heurtée.
- J'ai parfaitement compris que dans cette situation, j'ai un avantage stratégique certain. Si je rends service, la personne à qui je rends service m'est redevable.
- Leiel... réfléchit une seconde, tu veux bien.
La jeune femme blanche croisa les bras et fronça les sourcils, obstinée.
- C'est une question de psychologie comportementale basique. Un débiteur n'est pas heureux d'être dans cette situation, même si ton aide a pu l'aider.
- Mais il me doit un service en retour !
Aggi Fanla soupira lourdement.
- Si tu as un savoir et que tu ne l'utilises pas, il n'existe pas. Si tu as un pouvoir que tu n'utilises pas, il n'existe pas. Si tu décides de ne pas entendre, alors je ne peux rien pour toi. Tu veux bien me laisser finir ?
La question du Tholothien était rhétorique. Seulement Leiel détestait avoir tort.
- Si tu peux être aidée par quelqu'un, fais-le. Si tu as la possibilité d'être redevable à quelqu'un, prends-la. Si tu as l'occasion de demander un service, saute dessus. Tu te places dans la position du débiteur, qui est celle qu'on veut normalement éviter, je te l'accorde. Mais tu places l'autre dans la position du créditeur, et ça, c'est exactement la position dans laquelle tu veux placer tes amis.
- C'est... effroyablement dangereux...
- Statistiquement, ça l'est moins que de venir en aide à quelqu'un.
- Mais... je vais devoir honorer des... dettes ?
- Leiel, les promesses n'engagent que ceux qui les croient. Toi, tu joues sur les concepts d'avenir, de valeur, et de risque limité. Ce n'est pas toi qui y pense, c'est celui à qui tu dois quelque chose. Ton créditeur prend le risque. Attention, il ne s'agit pas de détruire tout lien de confiance que tu peux établir en revenant systématiquement sur ta parole ou en te montrant ingrate. Mais personne, personne, ne gouverne jamais seul. Et pour t'entourer bien, ta dette est une bonne chose. Avenir, valeur, risque. Tu réunis tout ça. Et ça, c'est du pouvoir.
Leiel songeait sérieusement à enfoncer son stylo dans une des narines de M. Hogan, et d'accrocher son pin's à sa paupière gauche. Une inspiration plus tard, la menace d'un audit généralisé lui parut plus délectable. Quelques battements de cœur de plus, et elle se dit qu'elle n'obtiendrait rien parce qu'elle n'était pas censée savoir.
Dans la navette du retour au palais préfectoral, elle n'en menait pas large. Trop de questions sans réponse, trop de doutes, de dangers, d'erreurs. D'erreurs. Elle se plaçait en porte-à-faux vis-à-vis du Sous-Préfet. Elle n'obtenait aucune réponse claire. Elle attirait l'attention sur elle. Elle multipliait les imprudences... elle avait failli jurer en pamarthien devant des gens, bon sang...
Que voulait-elle, exactement ? La sécurité ? Oui. Oui, c'était sa priorité absolue. Mais la situation déclenchait des alarmes à tous les niveaux. On pouvait se passer de ses connaissances, de ses graines, d'elle. Une catastrophe. Elle était totalement dévalorisée, dans ce cas. Aaah, voilà... voilà l'origine de la panique. Maintenant, la réponse à la situation devenait évidente. Elle devait passer chez elle.
Sans perdre un instant, elle se fraya un chemin dans les couloirs bondés pour retourner à ses appartements. Dans sa chambre, elle passa la main sous le lit, fouilla un peu, et ressortit un vase large, coloré et l'observa un moment, entre ses bras levés.
- C'est un vase vyrmen, utilisé pour la cérémonie de sacrifices aux cultures. Il a été cuit dans un four à charbon et argile, ce qui n'est pas suffisant pour atteindre la température nécessaire à la formation d'une couche d'émail parfaitement solide. Elle est donc craquelée, et c'est l'effet recherché. Sa base est... de la silice et du talc, auxquels ont été adjoints une proportion principale de cobalt, puis en moindre mesure du manganèse et de l'étain. Le vase a été posé dans un nid de végétaux qui l'ont entouré, ce qui a laissé les marques caractéristiques de l'adjonction de carbone dans l'émail. Il est précieux. C'est un objet sacré. Il est précieux. C'est un objet rare. Je vois sa valeur.
Et d'un geste brusque, elle le fracassa par terre.
- Des nouvelles, Charadra ?
- Ecoute, je me suis un peu penchée sur la question, mais je n'ai rien trouvé. Il faut des accréditations que je n'ai pas pour voir certaines communications et je n'ai pas poussé plus loin.
- Je te remercie. Je t'en dois une.
- J'espère bien.
De retour à son bureau, Leiel semblait beaucoup plus calme. Rassérénée. Elle rangea les différents documents qui s'y étaient empilés, les classa dans l'ordre d'importance, puis revint à Athanae.
- Je te remercie sincèrement de m'avoir couvert. Je n'ai pas trouvé grand chose, de toute façon.
- Tu as quand même quelque chose à présenter ?
- Pas vraiment. Je sais qu'il y a un souci dans certaines dates, mais nous n'avons pas encore assez de documents pour vraiment savoir ce qui se passe. Il faudra qu'on garde un œil dessus, je pense. On en saura plus à la longue. Je vais reprendre les dossiers sur lesquels je travaillais, si tu veux bien. On peut faire une pile à part, si tu le souhaites, pour réunir les différentes documents qui intéressent cette affaire.
Dans le grand calme naissant de la légitimité, de l'importance, presque de la suffisance, Leiel considéra posément la suite des événements. Soit la Confédération n'avait plus besoin d'elle, mais elle n'aurait rien à faire ici. Soit elle avait toujours une importance, et elle devait faire son travail comme il lui avait été demandé. Une sorte de pari. Alors elle choisit de chérir ses cartes : elle connaissait les formules chimiques, les procédés d'exploitation, comment transformer les arbres en tuteurs vivants. Elle avait en sa possession les graines. Elle restait incontournable, sous peine de perdre des années, peut-être des décennies en recherche.
Et si jamais ils avaient déjà tout ça, alors quoi qu'elle puisse faire, elle était déjà finie.
Il lui fut bien plus facile de se concentrer, à présent. Son travail avançait vite. Elle était encore bien loin de rattraper son retard, mais elle ne perdait pas courage. D'ailleurs, il n'y avait aucune raison pour qu'elle perde quoi que ce soit. Elle faisait ce qu'on attendait d'elle, dans les limites qui avaient été fixées.
Subitement, elle se demanda ce que faisait Athanae, quand elle était seule dans le bureau. S'occupait-elle des dossiers en cours, cherchait-elle des solutions à des problèmes que Leiel même ne voyait pas ? En tout cas, les limites qu'elle se fixait, elles, allaient au-delà ce que qui leur avait été demandé à toutes les deux. Songeuse, elle vérifia les entrées et recherches sur son propre poste de commande. La Wroonienne avait-elle touché à ses affaires, ou travaillait-elle seulement aux siennes ? -
Post n°18
Auteur : Super PNJAssis à son bureau, Dae'mid fulminait. Face à lui, Dwayne Johnson de la Rock Cie lui détaillait tout le mal qu'il pensait de cette petite effrontée qui était venue jusque dans ses bureaux pour poser des questions ô combien délicates et sensibles sur des sujets qui étaient sensés rester confidentiels tant qu'ils n'avaient pas été dévoilés au grand public. Parler de cela à un adjoint en communication, c'était l'assurance que tout le monde serait au courant dans les semaines à venir ! Bon sang, que le palais préfectoral soit mis au courant de lourds investissements, c'était une chose, le crier sur tous les toits c'en était une autre !
-Je vous assure, monsieur Johnson, que toutes les décisions ad hoc seront prises pour résoudre cet épineux problème. Cependant, j'attire votre attention sur le fait qu'elle ait voulu bien faire, je n'en doute pas une seconde.
-Bien faire ou non, c'est un erreur, Préfet, avec tout le respect que je vous dois. Si cette opération venait à être éventée, nous n'aurions pas le choix que de tout cesser.
-Ce ne sera pas nécessaire. Je m'occuperai personnellement de cette affaire malencontreuse.
-Je l'espère. Mes hommages, Préfet.
La communication s'arrêta, laissant le politicien se passer les mains sur le visage. Qu'est ce qu'elle était allée faire là-bas, bon sang ? N'avait-elle rien compris ? Etait-elle aussi bête qu'elle en avait l'air, ou essayait-elle de tout faire capoter ? Bien entendu, il savait que ces quelques lignes de budget la feraient tiquer. Mais au point de la faire sortir de ses gonds ainsi ? Elle avait eu de la chance que la bureaucratie raxienne soit bien peu au fait de ce qui se passait à la Préfecture, ainsi elle avait pu passer entre les gouttes et se présenter officiellement, et au nom du gouvernement. Son gouvernement. C'était cela qui le chiffonnait le plus. Elle n'avait aucun pouvoir, aucune responsabilité, et déjà elle s'affichait comme une autorité. Quelle était la prochaine étape ? Se déplacer avec des droïdes de sécurité ? Demander des accès ? Lui qui avait fondé de grands espoirs sur elle allait peut-être devoir se raviser.
-Athanae. Dites à Leiel de se présenter à mon bureau dès son arrivée. En attendant, je voudrais voir toutes ses petits connaissances. Maintenant.
Bessie, Charadra et Soi, les « amies » de Leiel, furent amenées une à une sans la moindre cérémonie. Cette perte de temps considérable agaçait fermement Dae'mid, mais il s'astreint à une courtoisie et une politesse de tous les instants. Il leur demanda à chacune ce qu'elles pensaient de leur collègue Osso, en les avertissant au préalable qu'il préférait ne pas entendre de mensonges. Elles furent unanimes : sympathique, intelligente, quoiqu'elle eut parfois des comportements assez étranges, impulsifs, carrément épidermiques. Elle ne s'ouvrait que très peu, mais ne perdait pas une miette de ce qu'elle entendait.
En somme, une ambitieuse. Les entretiens finalisés, il se laissa aller contre le dossier de sa chaise. Avec ces histoires, ses propres projets allaient finir par prendre du plomb dans l'aile, et il était hors de questions qu'il se retrouve sur la sellette pour elle. Il allait falloir jouer très serré. Très, très serré. Son dernier programme lui avait permis de renouer avec ses ambitions passées, et il se sentait revivre, mais la pression revenait également s'abattre sur ses épaules. Ca promettait d'être intéressant.***
Lorsque Leiel revint au bureau ce jour-là, elle put voir Athanae sans le moindre sourire, pour une fois. Elle était même presque livide, un exploit si l'on considérait sa peau naturellement bleue. Elle ne tremblait pas, mais sa bouche était agitée d'un tic de nervosité. La Wroonienne eut toutes les peines du monde à relever la tête et à regarder Leiel dans les yeux.
-Ne... ne t'assois pas. Le Préfet t'attend dans son bureau et... il n'a pas l'air content.
Dans le bureau, Dae'mid la reçut en mettant de côté ses affaires en cours. Cette fois-ci, il ne souriait pas. Fâché et déçu, il fusillait la Garqienne du regard, et lui laissa à peine le temps de s'asseoir, que déjà, il embraya :
-Inutile de vous demander si vous savez pourquoi vous êtes là, Leiel, vous le savez pertinemment. Aviez-vous espéré que votre promenade n'attire pas l'oeil, ou êtes-vous stupide au point de croire que je ne m'y intéresserait pas ?
Il ne lui laisserait même pas le temps d'en placer une. Et gare à elle si elle osait prononcer un son, un seul.
-Vous rendre, de vous-même, dans les locaux d'une entreprise de recherche agronomique pour enquêter sur un projet disposant de fonds gouvernementaux, c'est donc là votre conception de votre travail ? Je crains d'avoir été mal compris, en ce cas. Votre tâche consiste à classer, organiser et synthétiser les différents dossiers et financements, point. Et pas à vous assurer de leur bonne marche ou de leur évolution.
Il se leva, chose inhabituelle pour lui lors d'un entretien et lui tourna le dos. Se dirigeant vers la grande baie vitrée, mains croisées derrière lui, il reprit :
-Je sais très bien ce que vous vous dites. « On m'a volé mon idée du caf, je suis inutile. » Sachez que je ne vous ai pas engagée pour cette innovation, mais pour la détermination et l'aplomb dont vous avez fait preuve ici-même. Je pensais que vous aviez compris le but de votre présence ici, je me suis fourvoyé. Vous aviez là une occasion en or de mettre un pied dans ce monde que vous regardez avec tant d'admiration. De comprendre les rouages de ce monde et de la Confédération.
Il se retourna, la fixant à nouveau.
-J'ajoute un blâme à votre dossier. La prochaine fois, ce sera la porte, purement et simplement. Je me répète, mademoiselle Osso, mais je vous demande... non, j'exige que vous ne vous occupiez plus de cette histoire de caf et que vous fassiez votre travail consciencieusement. Vous avez la chance d'avoir une collègue qui a pris le relais en votre absence. Je vous suggère d'en faire de même.
Puis il se retourna. Il en avait fini. -
Post n°19
Auteur : Leiel OssoElle déglutit, la gorge trop serrée, et s'inclina. Il lui était difficile de dire simplement : « Merci monsieur », mais elle se força à le faire distinctement avant de quitter le bureau du Sous-Préfet. Techniquement, une victoire. Viscéralement, une torture. Il lui fallut un temps pour retrouver suffisamment de calme afin de lever les yeux sur Athanae qui la fixait, inquiète. La femme bleue ne dit rien, et Leiel en éprouvait une reconnaissance infinie.
Quand l'emballement de son cœur ralentit, elle s'avança vers le bureau de sa collègue. Parler clairement était encore difficile, mais elle essaya d'articuler correctement.
- J'ai... j'ai reçu un blâme. Pour mes... très mauvaises décisions et mes actions... qui allaient contre les intérêts du Sous-Préfet.
- Leiel...
La Blanche leva doucement la main, pour finir sur sa lancée. Elle doutait de pouvoir reprendre si elle devait s'arrêter.
- Athanae, je voulais te dire merci. Tu as... tu m'as couvert, tu as pris mes dossiers en attente, tu as dû répondre à des questions me concernant sans savoir ce que je faisais, tu as été... tu as été là pour moi pendant ces derniers jours sans jamais te plaindre, sans jamais protester. Je... je te dois énormément. J'ai conscience que j'ai empilé sur tes épaules quantité de soucis que tu n'aurais jamais dû avoir à supporter. Je te demande pardon.
Leiel tendit la main pour qu'Athanae la serre. Une vague de reconnaissance la submergea. La Wroonienne s'était montrée aussi fidèle, discrète et efficace qu'elle avait démontré le contraire d'elle-même. La vérification de son poste de travail lui avait également confirmé que sa collègue n'avait jamais touché à ses propres dossiers. Sa paranoïa s'en était trouvé apaisée.
- S'il te plaît... si jamais tu as l'impression que je... dévisse, que je pars en vrille, que mes idées sont complètement idiotes... n'hésite pas à me le faire remarquer. Et si jamais tu as besoin de quelque chose, un jour, je serai là pour toi.
Elle redressa ses épaules, releva le menton, même si ses yeux mauves étaient toujours troublés.
- En attendant, je vais essayer de réparer les dégâts que j'ai causés. Et... est-ce que ça te dirait de dîner avec moi un soir ? Je sais que tu ne sors pas beaucoup, mais... si tu as des questions, j'essayerai d'y répondre au mieux. Je ne peux pas tout dire, j'espère que tu pourras le comprendre, mais ça me ferait plaisir qu'on passe un peu de temps ensemble, en dehors du travail. J'ai envie de mieux te connaître. Tu es quelqu'un de bien.
Le reste de la journée fila rapidement. Leiel s'était remise au travail et lentement, relâchait mentalement le contrôle qu'elle voulait garder sur le caf. La difficulté tenait dans le fait qu'elle voyait combien sa destinée et ce projet étaient liés. Mais il lui fallait lâcher prise. Elle offrait le caf à Dae'mid, et en échange, il l'entraînait dans son sillage. Ses velléités n'avaient eues pour conséquence que de détruire la confiance ténue que le Sous-Préfet lui accordait.
Le soir, elle se rendit dans un bar calme du quartier financier avec Bessie, Soï et Charadra. Les trois femmes affichaient un air sombre qui laissait aisément imaginer ce qu'elles pensaient de leur convocation chez le Sous-Préfet.
- Ecoutez... je voulais vous présenter mes plus plates excuses. Surtout à Charadra et à Bessie.
- Dis, moi aussi on est venu me voir, hein.
- Je sais, Soï, mais je leur ai demandé des services que je n'aurais jamais dû exiger de vous. Je vous demande pardon, sincèrement. Vous avez été... adorables. Vous avez fait ce que j'ai demandé sans poser de questions...
- Moi j'aurais des questions, reprit Soï.
- … Sans poser de questions, en pensant seulement à m'aider. Je n'avais pas le droit de vous mettre dans cette position, et... je vous dois un service.
- A moi aussi ?
- Oui Soï, à toi aussi.
- Et comment ça s'est passé avec le Sous-Préfet ?
Charadra semblait la plus glacée des trois femmes. Son regard dur, ses lèvres pincées dévoilaient sans ambivalence ce qu'elle pensait de la situation.
- J'ai reçu un blâme.
Bessie et Soï échangèrent un regard effaré, Charadra recula la tête, puis la hocha lentement.
- C'est bien.
- Je... suis d'accord. C'est ce que je méritais.
La tension palpable entre les quatre amies commença alors à se dissiper. Soï insista pour savoir ce qui s'était passé, Bessie lui parla de la lettre sur flimsi qu'elle avait fait fondre dans l'eau, Charadra des informations top secrètes qu'elle avait dû dérober directement dans le bureau du Consul, au péril de sa vie, ce qui acheva de déglacer l'atmosphère. Leiel n'expliqua pas plus en détail les origines de sa démarche. De toute façon, ses collègues avaient bien compris qu'elles n'en apprendraient pas davantage, et elles ne désiraient pas s'étendre sur le sujet plus longtemps.
Pendant la nuit, Leiel loua une navette qui l'accompagna à divers endroits de la ville et de sa banlieue. Au petit matin, elle se rendit à son bureau. Athanaé était déjà là, et le fait de se croiser aussi tôt surpris les deux jeunes femmes. Elles se remirent au travail sur le champ, néanmoins, et quand le Sous-Préfet arriva, Leiel se présenta devant lui.
Dans ses mains, un conteneur cylindrique argenté. Elle le posa sur le bureau de Dae'mid puis fit un pas en arrière.
- Monsieur, cela vous revient. Ce sont les deux cents graines de caf que j'avais en ma possession. Elles peuvent rester dans le conteneur fermé sans se dégrader pendant des mois. Je... j'ai eu des... difficultés à abandonner le contrôle que j'avais sur ces informations. Mais j'ai compris que cela devait vous revenir. Il s'agit de votre projet, non du mien. J'ai eu tort de faire ce que j'ai fait et je vous demande pardon. Tout vous revient à présent, comme il se doit. Si vous le permettez, je vais me remettre au travail, dans votre intérêt et non dans le mien.
Leiel craignait que le fait de revenir à ce sujet finisse d'exaspérer le Sous-Préfet. Elle espérait seulement qu'il comprenne qu'elle lui abandonnait les bribes de pouvoir qui lui restaient et qu'elle rentrait dans les rangs, malgré l'effroi que ce lâcher prise pouvait nourrir en elle. Elle s'inclina profondément devant lui, luttant contre son angoisse en se persuadant qu'elle jouait la seule carte qu'elle pouvait encore poser sur la table. Dae'mid avait – presque – tout ce qu'il lui fallait pour démarrer le projet de culture sur Raxus Secundus. -
Post n°20
Auteur : Super PNJAthanae avait regardé Leiel d'un air à la fois dépité et attristé. Cette Humaine blanche se montrait décidément ingérable, et entraînait beaucoup de monde dans son sillage, les laissant parfois démunis, comme c'était son cas, ou en colère, comme elle avait pu le constater en voyant les amies de la Blanche sortir du bureau à grandes enjambées. La Wroonienne elle-même n'avait pas échappé aux reproches du sous-préfet, qui l'avait longuement blâmée sur son incapacité à la raisonner et à la réorienter sur le droit chemin. La discussion, ou plutôt la leçon, avait laissé Athanae, pourtant avare en émotions, au bord des larmes, tant elle avait eu cette impression d'échec. Pourtant, avec le recul, elle n'avait pas réellement échoué, et elle avait compris que Dae'mid l'avait tancée pour l'inciter à se surpasser et potentiellement pour l'obliger à se méfier de cette Garqienne.
Aussi, lorsque Leiel revint avec seulement des mots, c'est à peine si elle écouta ses excuses. Venant d'une personne aussi bouffie d'orgueil, de complexes et d'ambition, ceux-ci n'avaient aucune valeur réelle. La femme bleue se doutait bien que la leçon ne serait retenue que dans son propre intérêt, et qu'il n'y aurait pas de réelle amélioration de son comportement. C'est pourquoi elle déclina l'invitation de l'albinos. A moins d'y être contrainte et forcée, elle ne voulait, de base, pas s'impliquer amicalement sur son travail. Alors, avec une personne dont le nom courait déjà comme une menace pour certains, c'était hors de question. Elle avait ses propres objectifs, après tout, et elle savait que ceux-ci rentreraient en conflit avec ceux de Leiel. Inutile donc d'inviter le loup dans la bergerie.
Le lendemain, Dae'mid se présenta à l'heure habituelle, saluant ses deux assistantes comme si rien ne s'était passé. A défaut d'oublier, il avait la décence et la courtoisie de ne pas insister. Ce qui était fait, était fait. A elles d'en tirer les conséquences nécessaires. A peine se fut-il assis dans son fauteuil que Leiel se plantait devant lui, et posait un cylindre argenté sur son bureau. Puis, elle lui expliqua qu'elle lui remettait les graines de caf, ce qui eu le don absolument prodigieux d'agacer Dae'mid, mais il resta muet, la laissant s'expliquer puis repartir comme elle était venue. Il inspira pour se calmer, puis récupéra le réceptacle. Soit elle n'apprendrait jamais, soit elle était têtue comme une bourrique. Il préférait la seconde option, au moins... Cela avait le mérite de présenter des avantages.
Il ouvrit son propre ordinateur, consultant la liste de ses rendez-vous. Ceux-ci s'accumulaient, ces temps-ci, et il lui faudrait tous les honorer si il voulait parvenir à ses fins. Il avait lancé une machine infernale qui, à terme, pourrait profiter à tous, si tant est qu'il n'avait pas une humaine idiote dans les jambes qui persistait à lui mettre des bâtons dans les roues. Après une longue hésitation, il programma pour la semaine suivante à Leiel un rendez-vous professionnel, sobrement intitulé « Entretien annuel ».***
En dehors de cette distraction, Dae'mid avait avancé ses pions avec une patience rare. Ceux-ci avaient été longuement en sommeil, conséquence directe de son ambition perdue. Mais l'arrivée de Leiel avait changé quantité de choses, et il s'était rendu compte de la monotonie dans laquelle il vivait, depuis tout ce temps. Aussi avait-il pris la décision de demander à nouveau à s'élever, et de briguer le poste de préfet de Cato Neimoidia. Pour cela, il lui fallait se séparer de son poste actuel, bien entendu, avant de lancer sa campagne qui lui demanderait toute son énergie. Et si il échouait, eh bien... Cela pourrait bien sonner le glas de sa carrière, et il profiterait d'une retraite bien méritée. Dans un sens comme dans l'autre, il se libérait de ses contraintes actuelles, et surtout, il se retrouvait loin d'Humaines trop curieuse.
Seulement, il n'avait pas l'habitude de laisser les choses en plan et de partir comme un voleur. Avant son départ, il voulait absolument laisser son successeur à la fois dans de bonnes dispositions et de bonnes mains, pour donner à Raxus Secundus l'avenir qu'il méritait. Et pour cela, il avait initié de nouveaux grands projets, notamment autour de cette culture du caf, en partenariat avec des entreprises locales. Celles-ci, réticentes de prime abord, avaient finalement accepté le pari et en tiraient déjà actuellement les premières avancées. L'accord était ainsi passé que les informations arriveraient en temps et en heure pour leur permettre d'avancer. Parallèlement, Dae'mid formait son successeur et lui octroyait les connaissances nécessaires au bon fonctionnement de la sous-préfecture. Enormément de dossiers passaient et devaient être analysés, fouillés, afin de s'assurer de la bonne marche des événements. Son planning aurait été parfaitement respecté si une certaine Garqienne n'avait pas voulu mettre son nez dans ses affaires. C'était là le principal problème. Son empressement avait failli faire mettre un terme au projet avec lequel elle aurait pu se lancer lorsqu'elle aurait accédé au poste qu'il lui réservait.
Le jour venu, Dae'mid était donc présent en avance dans la petite salle de réunion. Athanae était passée avant Leiel, et il l'attendait désormais. Lorsqu'elle se présenta, il lui indiqua de s'asseoir, et prit la parole.
-Bien. Voici quelques mois que vous êtes parmi nous à présent. En dehors de votre... comportement excessif par instants, je dois dire que je n'ai que peu de choses à vous reprocher. Vous êtes réactive, efficace, et vous avez l'oeil pour distinguer l'important du futile. C'est une capacité suffisamment rare pour être notée, et qui ne s'acquiert pas.
Il la regarda, se taisant un instant.
-Je dois bien dire que j'ai pensé plusieurs fois à vous renvoyer à cause de votre attitude exécrable. Vous apprendrez à l'avenir que peu importe votre grade ou vos responsabilités, vous aurez des limites à connaître et à ne pas franchir. Sans quoi, vous irez au devant de gros problèmes. C'est là votre principale faiblesse, je pense. Vous avez su comprendre rapidement ce qui se passait dans ces entreprises, mais vous n'avez pas eu la bonne réaction. En informer qui de droit, en l'occurrence, moi, et décider d'une réaction collégiale.
Il leva la main pour lui intimer de se taire, au cas où elle s'estimait légitime pour répondre.
-Cela étant dit, vous n'avez pas provoqué de catastrophe autre que sociale, j'ai donc décidé de passer l'éponge sur votre attitude. A présent, passons au réel sujet de cet entretien. Venez.
Il se leva et regarda Raxus Secundus par la baie vitrée, avec un petit sourire. Combien de fois l'avait-il contemplée, cette planète, alors qu'il réfléchissait à la meilleure chose à faire pour elle ? Combien de fois s'était-il perdu dans l'adoration de son aube, de son crépuscule ? Trop souvent, bien entendu.
-J'ai décidé de passer la main. Raxus Secundus est sur des rails plus que vertueux, désormais, malgré la corruption et la criminalité inhérente à toute grande planète. Elle vit, croît et se montre moteur, et je n'ai, dès lors, plus réellement à faire ici. J'ai passé trop de temps sur Raxus pour la voir comme je la voyais au premier jour : une terre d'opportunités, de chances, qu'il ne me faudrait que saisir pour les faire se déployer, s'animer et donner lieu à des innovations fascinantes, des avancées technologiques, sociales, ou que sais-je encore ?
Nouveau sourire. Ils y étaient. Le pinacle de cette réunion.
-Je vais briguer un autre mandat. Cato Neimoidia pour être précis. Oh, cela ne se fera pas en un jour, et, honnêtement, je pourrais très bien échouer. Mais ça n'aurait pas d'importance. J'ai suffisamment travaillé pour m'accorder une retraite paisible sans ce dernier mandat.
Il tira de sa poche le cylindre argenté qu'elle lui avait remis une semaine plus tôt et eut un rire.
-J'ai bien cru vous l'enfoncer dans le nez quand vous me l'avez présenté. Je me disais que vous n'aviez pas compris ce que je vous avais dit, et qu'il me faudrait avoir recours à des méthodes déplorables. Cela étant dit... Il vous revient. Menez Raxus sur ce chemin, si le cœur vous en dit. J'ai fait en sorte que les premiers rails soient posés, mais ce projet est le vôtre. Produisez donc le caf sur Raxus.
Un silence.
-Si vous acceptez le poste de sous-préfet, bien entendu. -
Post n°21
Auteur : Leiel OssoUn nouveau silence. Leiel regarda le cylindre qui contenait l'avenir de la planète, selon elle. Ce cylindre, dans ses mains. Les graines d'un futur encore incertain. Prospère, probablement. Rempli d'embûches, sans doute. Ce futur, dans ses mains. La jeune femme se plaça aux côtés du Gossam. Elle se demandait ce que lui voyait par la fenêtre.
- Sous-Préfet, j'accepte cet honneur. Je vous remercie.
Raxulon s'étalait devant eux. Plus large, plus haute qu'il y a quelques années, plus florissante, plus riche. Devait-elle briser cet équilibre maintenu avec maestria depuis si longtemps ? Elle se sentait étrangement calme alors qu'elle aurait dû exulter. Raxulon pour elle ressemblait à son destin, encore masqué, toujours incertain. La curiosité l'emportait sur l'excitation.
- J'ai encore énormément à apprendre, monsieur Dae'mid. Vous n'allez pas partir tout de suite, n'est-ce pas ?
- Le processus de nomination est assez long. Cependant, je vais démissionner assez vite. Pas question que j'interfère dans les futures décisions de Raxus.
Leiel tourna la tête vers le Gossam. Un élan d'émotion la cueillit subitement. Elle aurait voulu lui prendre la main, poser la sienne sur son bras, manifester sa reconnaissance. Elle lui devait... presque tout. Elle lui devait sa patience surtout.
- Excusez-moi de vous poser la question, mais je dois savoir : je vous ai déçu. J'ai commis des erreurs. Mes tentatives de... remédiation sont au mieux maladroites. Je ne suis pas la candidate idéale, c'est une évidence. Pourquoi moi ?
- Il n’y a pas de « candidat idéal ». Voyez-vous, j’ai eu le temps de voir, d’observer. Ceux qui ne font pas d’erreurs sont ceux qui n’essayent pas. Prenez Athanae par exemple. Je doute que vous ayez des atomes crochus avec elle, elle ne cherche qu’à vivre tranquillement. Elle ne serait pas propice à ce poste de sous préfet par manque d’ambition, de visions, d’idées. Vous ferez d’autres erreurs, oui. Mais vous aurez aussi des réussites.
Des réussites. Elle se souvenait des leçons sur la valeur des erreurs, sur l'importance de l'échec dans le processus d'apprentissage... Elle voulait réussir. Tout réussir. Athanae, elle l'avait imaginée plus retorse, plus complexe. Devait-elle la garder comme sa propre assistante ? La Wroonienne n'avait jamais montré de sympathie particulière à son encontre. Peut-être que, justement, sa neutralité pourrait être exactement ce qu'il lui fallait, pour ne pas commettre d'erreur. Bien sûr, qu'elle se tromperait, qu'elle échouerait. L'idée la révoltait. Elle voulait faire au mieux, pas seulement pour elle. Pas seulement pour son propre intérêt. Elle avait tant de choses à faire pour entraîner Raxus Secundus sur la spirale vertueuse qu'elle imaginait...
- Sous-Préfet, je vois la ville, je vois la planète. Je vois le fruit de votre travail. Y a-t-il des choses auxquelles je ne dois pas toucher, selon vous ? Un projet que vous avez mené, auquel vous tenez particulièrement et que je ne dois pas dénaturer ?
Leiel observa le Gossam attentivement, soucieuse de ses réactions. Guetter son approbation aurait pu passer pour un signe de faiblesse, de soumission. Mais à ce moment précis, l'avis de l'humanoïde comptait réellement pour la jeune femme. Elle s'en serait profondément voulu de totalement trahir la vision politique de Dae'mid.
- Je pense que mon avis n’a désormais que peu d’importance. Les planètes sont destinées à évoluer, à bouger ! Peut-être ai-je accompli quelque chose voici quelques années qui mérite d’être amélioré, annulé, changé ? Nous faisons tous des fautes de jugement.
- Je serai autre, Sous-Préfet. Je ferai différemment. Je voulais seulement vous assurer que je veux faire au mieux. Vous êtes un administrateur. Vous voyez des dossiers, des objectifs à atteindre, des équilibres à respecter. Votre vision est... longue. Est-ce que... est-ce que vous aurez un conseil à me donner sur la modération, la patience ? Ces qualités là... me font défaut.
- Des conseils ! Allons, donc, ne vous ai-je pas donné pendant des mois de quoi réfléchir, ma chère ? Quantité de budgets, de dossiers ? Vous serez soumise à la patience, par la force même des choses et des événements. Cela dit... ne brusquez rien. Prenez simplement garde à « l’instinct », qui vous pousserait à agir précipitamment. Prenez soin, de votre position, de rassembler tous les angles de vue, toutes les données. Ainsi, vous comprendrez les points de vue des autres, leurs objectifs. Cela vous prendra un temps certain, mais jamais inutile.
La précipitation. Ce qui était jadis son meilleur allié était devenu l'écueil à éviter. Pour elle, la vitesse restait une qualité. Il avait fallu se heurter à la patience de Dae'mid pour comprendre que les décisions politiques ne devaient, la plupart du temps, pas être forcées. Le temps politique n'était pas le temps de la formation, le temps social, le temps économique. Il lui fallait trouver la conjonction de ces rythmes, si tant est qu'elle existait. Il fallait apprendre à faire confiance, dans l'avenir, dans les autres. Ces autres qui cachent, qui déforment et qui mentent, qui reviennent sur leur parole, elle devait aussi apprendre à voir en eux pour y puiser la force et la puissance qui lui manquaient.
Dans le silence qui suivit, Leiel observait la ville. Il lui semblait y distinguer des rouages, organes d'une mécanique gigantesque, sur lesquels, bientôt, elle aurait une partie du pouvoir. Elle ne se faisait aucune illusion : ou elle maîtrisait la puissance qu'on mettait dans ses mains, ou elle finirait broyée.
Un sourire étira finement ses lèvres. Elle avait hâte de commencer. -
Post n°22
Auteur : Super PNJLa réunion s’acheva dans le silence. Tout démissionnaire était-il, Dae’mid n’en oubliait pas ses responsabilités encore pesantes, et entendait bien mener jusqu’au bout les différents dossiers encore sur le feu. En somme, il reprenait sa routine habituelle avec un entrain renouvelé, comme si rien ne s’était passé, à l’exception d’une chose : Leiel l’accompagnait, désormais. Et il ne la ménageait à aucun moment. Pire, il était d’une froideur et d’une méticulosité sans pareilles. Chaque dossier, chaque personne était décrite, analysée, décortiquée par Dae’mid pendant les déplacements, et s’en suivaient d’interminables séances de travail et d’interrogations pour la Garqienne, qui avait tout intérêt à donner les bonnes réponses. A chaque erreur, le Gossam reprenait tout depuis le début, reposant les mêmes questions, encore et encore, jusqu’à ce que chaque détail soit parfaitement assimilé.
Si il prenait très à coeur le travail de professorat, il était évident qu’il voulait mettre toutes les chances du côté de Leiel lors de son accession à ce nouveau poste, il était donc exclu de la ménager. Le sommeil et les pauses commençaient à se faire rares, et si Athanae faisait preuve d’un certain zèle en continuant de compiler les dossiers, Dae’mid rappelait régulièrement Leiel à son ancienne tâche, la remettant à travailler sur des dossiers complexes, sans oublier de continuer à l’interroger. Pour lui, c’était un travail habituel. Pour l’Humaine, une découverte totale.
Ainsi, d’un instant à l’autre, il pouvait l’interroger sur les relations publiques avec la République, puis basculer sur les flottes séparatistes, avant d’embrayer sur le nombre d’universités présentes à la surface de Raxus. C’était un flot ininterrompu d’informations, qui semblait ne jamais se tarir. Les journées s’étiraient en longueur, même Athanae rentrait plus tôt chez elle le soir, et les cernes se creusaient dans le visage de la blanche qui devait surtout ne pas abandonner. Et inlassablement, le sous-préfet continuait, encore et encore. Ce manège dura des jours, jusqu’à ce qu’il la convoque dans son bureau.
Il eut un petit sourire en la voyant arriver : il savait très bien que ce traitement, aussi dur soit-il, était absolument nécessaire. Sans quoi, le premier impair la mettrait dans une situation délicate faute de connaissances. Une fois tous ses dossiers bien en main, les erreurs devenaient sinon excusables au moins réparables. Et ça faisait une différence énorme. De son côté, il avait avancé sur sa propre campagne, et les choses se présentaient sous de bonnes auspices, au point qu’il entrait dans la phase finale de son trajet. A cet effet, il devait donc se rendre sur Cato Neimoidia, et tenait à en informe son successeur en personne. Une fois n’était pas coutume, il avait disposé deux verres à cognac, avec une larme d’alcool, sur son bureau. Après tout, si le moment n’était pas bien choisi pour trinquer, alors il n’y en avait aucun. Lorsqu’elle fut installée, il leva son verre :
-A vous, ma chère, future sous-préfète de Raxus Secundus. Je tenais à ce que nous nous rencontrions à nouveau de manière plus informelle qu’à l’habitude, afin que nous échangions une dernière fois.
Il prit une très légère gorgée qu’il apprécia tout le temps nécessaire, pour bien faire ressortir les arômes de torréfaction et de fruits frais qui en découlaient.
-Je pars demain pour Cato Neimoidia, voyez-vous. Aussi, je vous confère la lourde tâche de remettre à la fois ma lettre de démission et ma lettre de nomination au Conseil Préfectoral. Celui-ci se réunira sur Géonosis dans trois jours, au cours d’une réception célébrant les récentes nominations.
Nouvelle pause, où il la regarda dans les yeux.
-Vous avez accompli du bon travail, et je suis fier de bientôt pouvoir vous appeler sous-préfète Osso. Bien entendu, vous pourrez toujours me recontacter pour me demander conseil. Mais n’en abusez pas. Je doute que mon point de vue soit suffisamment valable à l’avenir par rapport au votre.
Il leva à nouveau son verre.
-A vous.Spoiler : Spoiler
Kryann -
Post n°23
Auteur : Leiel OssoL'alcool toucha ses lèvres, mais pas sa langue. Son odeur seule suffisait à l'indisposer, mais il était hors de question qu'on imagine qu'elle ne boive pas. La fatigue jouait aussi, mais rien ne pouvait venir à bout du sentiment de reconnaissance qu'elle éprouvait pour le futur ex-sous-préfet de Raxus Secundus. Ce n'était pas la première fois qu'elle subissait un entraînement intensif, elle savait se plier à l'exercice, et elle était apte à apprécier les efforts fournis par son professeur.
Les principales industries, et celles moins indispensables, les lignes budgétaires problématiques, les Xeri Vinginti, qui n'étaient plus que quatorze, les avancées scientifiques, les projets immobiliers, les positions des Commissaires et Conseillers sur les politiques planétaires, la nécessité de financer l'expansion de l'astroport RaxVII dont les équipements devenaient obsolètes et ralentissaient les chargements et livraisons des produits agricoles. Les liens, parfois distants, avec les systèmes proches, ceux, parfois tendus, avec des voisins plus lointains, les marchés conquis et à conquérir, les instituts de formation, de recherche, techniques, industriels, les réseaux criminels et les crimes du quotidien, les hôpitaux, la natalité, l'immigration, l'émigration, les transports, la justice... Une goutte d'eau dans un océan de connaissances dont aucune ne devait lui échapper.
Et tous ces savoirs, tous ces détails précieux, ces leçons irremplaçables, elle avait fini par les attendre et en était venue à les rechercher. Elle sentait, même si elle savait cette émotion ridicule, une forme de reconnaissance filiale devant le Gossam. Ridicule, mais inaltérable. Dangereuse, peut-être. Elle s'en moquait et en venait, presque, à regretter le départ de son prédécesseur.
- A vous, monsieur Dae'mid, répondit-elle en levant son verre.
A nouveau l'alcool ne toucha que ses lèvres. Peut-être ses vapeurs la troublaient-elles un peu plus. Peut-être qu'elle percevait l'humanoïde comme un paravent qui la protégeait encore, plus prosaïquement. Peut-être qu'elle avait peur.
Elle se redressa un peu mieux, le menton levé, un léger sourire aux lèvres. On ne voit de soi que ce que l'on donne à voir. Maîtrise, calme, équilibre. Fierté.
- A Cato Neimoidia et sa chance de vous avoir pour préfet. A Raxus Secundus. A leurs futurs prospères.
Son sourire s'élargit. Fière de son propre parcours, et fière d'avoir pu servir le Gossam, ces derniers mois. Touchée par sa sollicitude inhabituelle, ce soir. Touchée aussi par son départ.
Le lendemain, elle se rendit aux coffres, fit ouvrir un espace à son nom et y déposa la pile de flimsis sur lesquels elle avait pris soin de noter jusqu'au plus petit détail des opérations permettant la culture du caf sur sa planète. Le conteneur dans lequel les graines de la liane reposaient rejoignit les documents. Si jamais il lui arrivait quelque chose, son successeur aurait aussi cette carte dans sa manche.
Puis elle prit place dans la navette pour Géonosis. La tête pleine de détails, de plans, d'inquiétudes, d'excitation, elle s'endormit vingt minutes après le décollage et ne se réveilla qu'à l'approche de la planète aride. Le nez presque collé au permaverre, les yeux grands ouverts, elle observait la surface brune et y remarquait de plus en plus de détails dans les rares infrastructures visibles. Il lui fallut un temps pour réaliser qu'elle devait se préparer. Elle se devait d'être aussi présentable que possible. Elle était sa propre représentante, et celle de sa planète. Leiel se glissa dans une robe blanche et violette, et attacha à son cou une améthyste pendue à un collier d'argent. Elle était prête. Une nouvelle partie allait commencer. -
Post n°24
Auteur : Super PNJ
Le Gossam Dae’mid regarda son bureau vide. Ou plutôt, son ancien bureau. Maintenant que Leiel était partie avec sa lettre de démission officielle (celle-ci était officieuse depuis quelques jours), il allait pouvoir se concentrer pleinement sur la suite des événements, et surtout, sa nomination au poste de préfet de Cato Neimoidia. Depuis le départ de Maar Shane, l’ancienne préfète, le poste était plus ou moins vacant, laissé à des politiciens véreux qui prenaient le trône pour quelques jours au pire, quelques semaines au mieux, et partaient avec une partie de la caisse. En somme, la corruption gangrenait allègrement la planète, comme le reste du système. Celui-ci avait beau être noble à la base, il en était devenu décadent, et sclérosé dans tous ses membres. Malgré tous ses efforts, il n’avait pas pu empêcher la maladie de se répandre sur Raxus Secundus non plus, mais elle était malgré tout confinée et contrôlée.
C’était cela, qu’il comptait à apporter à cette nouvelle planète. Un assainissement de sa sphère politique, un nouvel élan de productivité et de dynamisme et surtout, un retour au premier plan pour elle. Il s’était rendu compte, avec les années, que la CSI, malgré toute sa puissance militaire, n’était qu’un vague patchwork de planètes espacées qui n’avait rien à voir les unes avec les autres, et qu’il fallait réunir en un seul et même système qui fonctionnerait de concert. Pour cela, il fallait reprendre la main à l’Assemblée Préfectorale, il fallait en finir avec toutes ces discussions stériles qui n’en finissaient plus. Et pour cela, il fallait un groupe de politiciens forts. Toutes ces raisons avaient achevé de lui faire ouvrir les yeux.
Et puis, il avait encore tant à faire, finalement. Paresseusement, il fit défiler à l’écran les dossiers en cours sur Raxus, et ceux concernant la politique extérieure. Les premiers iraient à Leiel Osso, sa protégée qui volerait de ses propres ailes. Les seconds resteraient avec lui. Ils représentaient une somme de travail considérable, des années de recherches, de prises de notes, d’études, menées par-delà le système Raxus, et qui aboutissaient à une profonde réflexion sur la CSI, ses relations avec l’extérieur, son fonctionnement… Ces travaux là se poursuivraient ailleurs, sur Cato Neimoidia.
Ce jour-là, ce fut en toute discrétion qu’il quitta le palais préfectoral. Cette enceinte, il l’avait aimée autant qu’il l’avait haïe, tant il en avait rêvé et cauchemardé. Les sentiments contraires qui l’animaient depuis tant de temps étaient exacerbés, maintenant qu’il posait le pied en dehors pour la dernière fois en tant que maître des lieux. Pourtant, si il y avait bien une chose qu’il ne ressentait pas, c’était du regret. Bien entendu, comme lorsqu’on quitte son conjoint après des années, on se sent… bizarre, mais libre. C’était exactement dans cet état d’esprit qu’il se trouvait. Avec une confiance en lui-même renouvelée. Une envie de servir la CSI encore des années.
Ce fut sur cette pensée qu’il posa le pied dans la navette officielle, laissant derrière lui Raxus Secundus, et une bonne partie de son passé.
