Espionnage industriel et convention de stage
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Post n°9
Auteur : Leiel OssoLeiel avait encore des questions, mais pas de palais mental, et surtout, pas de formation classique. L'heure de cours était fascinante, éreintante, et largement décourageante. Ce qu'elle estimait une part simple de sa mission s'avérait bien plus compliqué que ce qu'elle avait anticipé. Il était hors de question qu'elle délègue la rédaction du discours. Le comptable à qui elle avait demandé des chiffres croyait à une histoire hypothétique de trafic de ryll et ses estimations ne se fondaient sur rien de concret. Elle ignorait tout des infrastructures déjà existantes qui pourraient être utilisées pour amorcer les premiers travaux chimiques et géniques, avant de construire les laboratoires dédiés. Elle n'avait aucune idée de l'accueil que les propriétaires terriens allaient donner à cette nouvelle. Si elle avait repéré dans les diverses réunions les premiers maillons accessibles du Clan Bancaire Intergalactique, elle n'avait rien à proposer maintenant qui puisse l'aider véritablement plus loin. Et surtout... surtout le moment où la D.S.P. s'intéresserait à son cas approchait à grands pas.
Tout son avenir reposait entre les mains du Sous-Préfet Dae'mid. Elle aurait préféré s'adresser au Préfet directement. Mais finalement, en proposant un outil incontournable au Gossam, elle devenait... pas encore indispensable, ou alors bientôt, sans doute, peut-être. Leiel repoussa l'effroi que lui inspirait la police politique séparatiste. Ce n'était pas le moment de s'en occuper, pas encore. Tant que Dae'mid conservait son secret, elle ne craignait rien. Au moment où le caf deviendrait la discussion sur toutes les lèvres, elle saurait si elle pouvait vraiment compter sur lui.
Elle croisa Soï dans le couloir et la pétulante Pantorienne lui mit une main sur l'épaule :
- Ca n'a pas l'air d'aller... J'ai un peu de temps, si tu veux. On prend un caf ?
L'idée la fit sourire. Elle suivit Soï qui s'était déjà lancée dans la narration détaillée des péripéties rencontrées par la délégation de Felucia qui demandait des crédits supplémentaires pour pallier les dépassements de frais de reconstruction des infrastructures, mais une enquête était ouverte contre le Secrétaire Général Takani pour détournement de fonds publics, seulement c'était un coup monté du Conseiller Namago qui s'était acoquiné avec la femme du Représentant Itani, et Leiel perdit le fil.
- Et toi ? Comment ça se passe avec le Sous-Préfet ?
- Ca se passe... Il est... il est exigent, et tant mieux. Mais j'ai peur de ne pas être au niveau. Ce n'est pas ma formation de base. Pour faire ce qu'il voudrait de moi, j'ai besoin de plus de renseignements.
- Non.
- Non ? Comment ça, non ?
Leiel reposa son infusion légère, perplexe.
- Tu me dis qu'il est exigent, mais que tu n'as pas toutes les informations que tu voudrais ? Alors tu n'en as pas besoin. Ne va pas chercher trop loin. Il porte sur quoi, ton discours ?
- Un projet de culture agricole.
- Un projet de culture ? Ici ? Je croyais qu'on faisait pousser de tout... Et bien imagine que tu doives présenter ton projet. A qui tu t'adresses, ce qu'ils veulent entendre, quelques informations concrètes pour qu'ils n'imaginent pas que c'est idiot... Laisse miroiter des bénéfices... Et c'est bon.
- Non, Soï. Ce n'est pas suffisant... j'ai fait ça, mais je le présente mal.
- Humm... alors change de voix. Imagine que c'est quelqu'un d'autre qui parle. Bon, je dois filer. Merci pour le caf !
La Pantorienne s'éloigna avec un grand sourire moqueur, laissant Leiel avec l'addition. Soï parlait trop. Beaucoup trop au goût de la Blanche, qui préférait garder le secret sur... bien des choses, le plus longtemps possible. Sympathique, ouverte, charmante, c'est ce qu'il avait suffi pour qu'elle confie à Soï travailler sur « un projet de culture agricole »... Imbécile...
La jeune femme renonça à sortir ces derniers jours. Elle remit à plat les informations dont elle disposait, les classa, les organisa. La voix du Gossam ne quittait pas son esprit. C'était plus facile, quand elle avait cette puce dans la nuque : elle pouvait absorber beaucoup plus d'informations, incroyablement plus rapidement. Seulement, c'était fini. Elle était seule avec son esprit affaibli, alors elle établit une liste des conseils du Sous-Préfet. En quelques jours, elle avait déjà changé. Ses émoluments avaient servis à la constitution d'une nouvelle garde robe : stricte, de bon goût, et simplement blanche. N'appartenant encore officiellement à aucun corps administratif, elle pouvait laisser de côté certains uniformes de service. Quand elle travaillerait réellement pour Dae'mid, alors elle verrait ce que lui préférerait. Mais ce n'était pas encore gagné. Leiel accumulait les versions, s'angoissait interminablement sur la moindre virgule, n'osait retourner ennuyer le Gossam de peur de se voir mise à la porte.
Vint le moment où il fallut choisir : toutes les options ne pouvaient être viables. Et s'il fallait commencer quelque part, ce serait par le début. Présentation du projet, faisabilité, projection des bénéfices, potentielles difficultés de terrain... et politiques. A partir de ce discours-là naîtraient commissions et réunions et dossiers d'étude. Avant que le caf ne puisse être enfin cultivé, il s'écoulerait au minimum plusieurs mois. Le Clan Bancaire Intergalactique presserait les choses. Les diplomates en relation avec l'Imperium chercheraient à les ralentir. Un instant, la jeune femme se demanda si elle ne devait pas elle-même contacter le Clan, pour renoncer aussitôt : prouver sa fidélité à Dae'mid, c'était le laisser décider du calendrier. C'était aussi s'engager dans la politique, et non dans la finance.
Discours de présentation de la motion n°XX-XXX
Commission Générale, Raxulon. Introduction de la motion d'étude.
Mesdames, messieurs les Commissaires Généraux, Représentants de la Préfecture, Représentants du Clan Bancaire Intergalactique, et Représentants des Propriétaires Terriens de Raxus Secundus,
le secret a été conservé jusqu'à présent, mais il est temps, chers amis, de vous présenter un projet particulier. Un projet porté par de longs mois de recherche, de travaux confidentiels, de réussites modestes. Mais il n'est plus temps pour la modestie.
Voici pourquoi nous sommes réunis : nous avons les moyens, dès aujourd'hui, de commencer la culture du caf, ici, sur Raxus Secundus. Longtemps, nous avons cru que le caf ne pouvait pousser que sur Garqi, qui fait, comme personne ne l'ignore, partie de l'espace de l'Imperium. Cette boisson, que vous connaissez tous, que vous appréciez tous, représente annuellement une dépense estimée pour la Confédération des Systèmes Indépendants à 1 500 000 000 crédits. Cette tasse que vous tenez dans votre main, dont vous appréciez l'amertume et l'énergie qu'elle procure, cette tasse qui ne coûte rien nous coûte une fortune.
Chers amis, si vous êtes réunis ici, c'est pour apprendre ce que nous tenons secret depuis un certain temps : nous sommes capables, aujourd'hui, de récolter la fève du caf sur Raxus Secundus. Mais nous devons aussi déterminer si nous devons le faire.
La liane de caf n'est pas une plante facile à faire pousser, vous vous en doutez. Si sa culture est possible, elle n'en sera pas moins coûteuse. La graine doit être adaptée à notre sol, ainsi que la plante qui sera son support, et qui ne pousse qu'ici. Il faudra prévoir le rachat des parcelles de terrains concernés aux propriétaires que nous refusons, solennellement, de spolier. Il faudra protéger les parcelles des animaux, des intrusions éventuelles. Il faudra les adapter à cette culture si particulière. Il faudra concevoir et construire les machines qui prendront soin des plantes, qui récolteront leurs fruits. Il faudra négocier de nouveaux marchés, financer nos recherches, nos développements, prévoir l'imprévisible. Ce sera une aventure. Une longue aventure.
D'ici quatre ans, nous prévoyons les premières récoltes. Elles seront encore minces. Elles ne seront encore que des balbutiements. Et pourtant. Pourtant, nous pourrons déjà à ce stade affiner la concentration de quassine dans les fèves, et ainsi modifier l'amertume du produit. Un avantage unique : seuls nos plans bénéficieront de cette capacité. D'ici six ans, nous pourrons véritablement concurrencer le caf traditionnel produit en territoire impérial. D'ici dix ans, nous dominerons ce marché, dans notre Confédération, et au-delà. Cela représente un investissement conséquent. Pour lancer la production de caf sur Raxus Secundus, un plan quadriennal de huit cents millions de crédits doit être voté. Une somme immense. Et pourtant moins que ce que la CSI dépense annuellement pour remplir les tasses que vous avez dans les mains.
La vraie question, chers Commissionnaires, chers Représentants, est simple : devons-nous, en toute connaissance de cause, prendre la décision d'amorcer ce processus ? L'Imperium est sous notre protectorat. A terme, nous les priverons de ressources substantielles. Cette culture, la décision qui lui donnera vie, ne peut rester non plus un secret. Les investissements sont trop importants, les implications commerciales aussi. Chers collègues, je vous demande de vous rappeler quand, pour la dernière fois, une organisation commerciale issue de l'Imperium a fait un geste dans notre direction. Nous avons été généreux. Nous avons été patients. Quels que soient les rapports que nous entretenons avec ceux qui sont nos partenaires, et non nos alliés, devons-nous sacrifier un marché de cette ampleur... pour ne pas leur nuire ?
Nous sommes la Confédération des Systèmes Indépendants. Nous ne dépendons de personne. Il n'y aura pas de guerre commerciale, ni avec l'Imperium, ni avec personne, parce que devant notre force, il n'y aurait rien à gagner. Au contraire. La renégociation de certains marchés peut renforcer nos liens avec ceux qui dépendent de nous pour leur sécurité. Nous avons été généreux, nous le serons encore.
Commissionnaires, Représentants du Préfectorat, nous avons dans nos mains une chance unique. Votons. Pour l'autorisation de la culture du caf sur Raxus Secundus. Pour un plan de financement quadriennal. Votons pour une plus grande indépendance financière. Pour une Indépendance toujours plus grande !
[Un plan d'étude fourni doit être chargé sur les datapads des Représentants en début de séance, afin qu'ils puissent bénéficier de toutes les informations nécessaires, sans alourdir le discours en lui-même. Monsieur le Sous-Préfet, je n'ai pas encore ces chiffres : pour véritablement s'appuyer sur des estimations raisonnables, il sera indispensable de mener une commission financière qui doit rester secrète. A partir du moment où l'on saura que des recherches sur le caf et sa production sont menées, cela réveillera de potentiels espions impériaux, ainsi que la D.S.P. qui viendra sans doute possible m'interroger. Aurai-je votre soutien, monsieur ? Je peux tout garder secret, et faire de vous l'unique bénéficiaire de mes connaissances, mais pourrez-vous me protéger de la police ?]
Leiel tapa à la porte du bureau du Sous-Préfet Dae'mid. Il n'était plus temps de reculer, plus le temps de faire le dos rond. Elle était prête à défendre son projet. -
Post n°10
Auteur : Super PNJLe jour était venu. Un jour d'importance. Enfin, pour Leiel, du moins. Pour le Sous-Préfet Dae'mid, c'était un jour comme un autre, et cette visite de la Garqienne n'était qu'un rendez vous de plus dans son agenda déjà bien chargé. Elle avait sollicité une nouvelle heure d'entrevue, qu'il lui avait accordée, conscient que ce pourrait bien être la dernière si elle ne lui apportait pas satisfaction. Son exigence n'avait pas été revue à la baisse, et le temps qu'elle avait perdu à lui écrire tout ces discours n'avait pas aidé. Bon prince, il lui avait tout de même donné des conseils pour réussir son entreprise, mais il avait gardé l'essentiel pour lui. Se rendait-elle seulement compte que ce qu'elle voyait comme une entreprise qui allait révolutionner la galaxie n'était en fait qu'un sujet annexe, de ceux que l'on traite entre la poire et le fromage ? C'était sans doute là la meilleure leçon qu'il pouvait lui donner : apprendre à distinguer l'important du reste. Aujourd'hui, les relations entre la CSI et l'Imperium étaient relativement tendues, mais loin de pouvoir rapidement s'envenimer et de déclencher un conflit. Aussi, ce n'était pas une concurrence qui allait mettre le feu aux poudres. Non, dans le pire des cas, cela amènerait une concurrence qui devrait être gardée saine afin d'améliorer la qualité des produits, et potentiellement de baisser les prix. La CSI serait grande gagnante, à n'en pas douter.
Il accueillit la jeune fille en se levant et avec un sourire. Il lui proposa un siège et un verre d'eau, comme à son habitude, puis s'assit confortablement en la regardant dans les yeux. Si elle faisait preuve d'un certain bon goût, elle y mettait sans doute trop de cœur. Pour l'heure, elle n'était rien, mais agissait comme si, déjà, elle cherchait à grimper les échelons. Vitesse et précipitation, deux concepts qu'elle confondait allègrement. Cela lui passerait, sans aucun doute, si elle vivait assez longtemps dans cette jungle hostile qu'était la politique confédérée. Sans se départir de son sourire poli, il récupéra ce nouveau discours, et s'arma d'un crayon, commençant sa lecture. Il annotait et corrigeait, ça et là, sans le montrer à Leiel qui devait trépigner d'impatience. Il prit son temps, non pas pour jouer avec ses nerfs, mais bien pour s'assurer de sa décision. Il s'arrêta notamment sur l'ultime note de sa stagiaire, qu'il lut avec un intérêt détaché.
Lorsqu'il eut fini son travail, dix minutes s'étaient écoulées. Il reposa l'écrit devant lui, la regardant à nouveau dans les yeux.
-Je constate que vous avez fourni un travail non négligeable en termes d'investissement, ce qui est fort appréciable. Si vous le permettez, je vais vous montrer ce que votre discours donne.
Il se leva, et commença. Il reprit le discours à sa manière, Leiel pouvant noter, ça et là, de subtiles modifications qui donnaient bien plus de force, de vigueur et de spontanéité à la chose. C'était là tout l'art du politicien. Un art qu'il avait peaufiné durant des années, qui l'avait amené à la place qui était la sienne. Il avait une aura et un charisme naturels, qui avaient été polis avec le temps, faisant de lui un réel tribun malgré ses airs de bonhomie paresseuse. De fait, il enflamma quelque peu le discours, lui apportant la substance nécessaire pour le faire vivre. Le résultat, quoique imparfait, était satisfaisant. Oui, il en était plutôt content.
Il acheva sa tirade et se rassit tranquillement. Comme souvent lorsqu'il prononçait un discours, il était sûr de lui, de sa force et de sa capacité à convaincre, ce qui se traduisait par une sorte de transe dans laquelle il était transporté, et dans laquelle il essayait de transporter son public.
-Bien. Bien, bien, bien. Comme vous pouvez le constater, ce n'est pas parfait, mais il fera l'affaire pour une commission de petite envergure. Vous n'êtes pas sans comprendre que ce sujet n'est qu'une simple affaire parmi des centaines d'autres, et que bien qu'il soit intéressant de pouvoir produire cette plante nous-même, cela ne représentera pas pour autant un motif de conflit avec l'Imperium, n'est ce pas ?
Nouveau sourire.
-Toujours est-il que vous m'avez convaincu de vous donner votre chance. Il est remonté à mes oreilles que vous aviez pris beaucoup de temps pour écrire ces propositions, et il m'apparaît évident que ce serait gâcher votre potentiel que de vous enfermer dans un simple cadre d'écriture. Vos talents en la matière n'égalent pas votre aptitude à la recherche et à la gymnastique mentale.
Il fit une légère pause, cherchant ses mots ou simplement savourant le moment. Ce n'était pas tous les jours.
-J'ai pris la décision de restructurer ce bureau. Et donc de m'adjoindre les services de deux assistants.
Il fit un geste vers son holocom.
-Venez, je vous prie.
Une jeune femme entra. Le teint bleuté, les yeux jaunes, elle semblait humaine, mais sa peau clamait qu'elle ne l'était pas. Un grand sourire s'étalait sur sa figure et elle s'avança main tendue vers Leiel, pour la lui serrer. Grande, élancée, son sourire mutin donnait envie de rire, et son regard pétillait d'une intelligence sage. Habillée d'un uniforme civil de la CSI, elle semblait se mouvoir avec aisance dans ce bureau, comme si elle y était habituée. Pourtant, une chose était sûre : Leiel ne l'avait jamais vue de sa vie.
-Athanae Tel'Ilma. Je suis ravie de vous rencontrer, Mademoiselle Osso, nous allons donc travailler ensemble ?
-N'allez pas trop vite en besogne, ma chère. Mademoiselle ne m'a pas donné sa réponse.
Il reposa les yeux sur Leiel.
-Alors, qu'en pensez-vous ?Spoiler : Spoiler
Kryann -
Post n°11
Auteur : Leiel OssoCa, elle ne l'avait pas vu venir. Toutes les données qu'elle avait pu trouver sur Dae'mid montraient qu'il travaillait seul, ou en collaboration directe avec UN assistant qui ne restait pas en poste très longtemps. Toute sa propre stratégie visait d'ailleurs à se rendre indispensable : sans elle, pas de caf, pas de bénéfices énormes et de pouvoir politique renforcé, pas de poste de Préfet aux prochaines élections.
En conséquence, que le Sous-Préfet balaye l'intérêt de l'intelligence qu'elle apportait avec elle, et en plus, lui présente une deuxième assistante tempérait sérieusement le sentiment de victoire légitime qu'elle aurait dû ressentir en se voyant proposer le poste.
Heureusement qu'elle savait rester à peu près impassible.
- Sous-Préfet Dae'mid, c'est un véritable honneur que de travailler pour vous. J'accepte avec plaisir votre proposition.
Elle se tourna vers la femme bleue. Une Pantorienne ? Peut-être que Soï la connaissait.
- Mademoiselle Tel'Ilma, je suis enchantée de vous rencontrer. Je suis sûre que notre équipe sera la plus utile possible au Sous-Préfet.
Elle prit la main tendue dans la sienne et la serra avec conviction. Leiel savait cependant qu'elle n'avait jamais maîtrisé le contrôle de la mydriase. Elle n'était pas capable d'ouvrir ses pupilles à volonté. Si l'autre savait lire ces signes là, elle saurait que son regard violet était bien plus froid qu'un regard noirci par le plaisir. C'est pourquoi elle gardait les paupières mi-closes, dans l'espoir de ne pas être découverte tout de suite.
Les deux femmes investirent leur bureau, là où Leiel avait passé son premier "entretien d'embauche" avec le Sous-Préfet directement. Elle aurait préféré prendre l'autre table, placée en face de la porte qui menait à celui de Dae'mid, mais la femme bleue l'avait précédée. Elle semblait savoir exactement où elle était... où se trouvait chaque chose autour d'elle. Leiel était encore en train de réorganiser son nouvel espace de travail qu'Athanae l'attendait déjà.
- On déjeune ensemble Leiel ?
- Avec plaisir. Je me suis fait quelques amies, si tu veux les rencontrer.
- Non, pas particulièrement. Je préfère faire ta connaissance, si tu veux bien.
Difficile de refuser. La « Pantorienne » savait ce qu'elle voulait, n'hésitait pas, semblait avoir plusieurs coups d'avance sur elle. En finissant les dernières touches à son bureau, Leiel se demanda ce que signifiait ce dédoublement de charge. Cela divisait le pouvoir de l'assistant en deux, et contentait en même temps deux personnes. Est-ce que Dae'mid imposait cette femme à Leiel, ou est-ce que Tel'Ilma s'imposait au Sous-Préfet ? La pire situation serait le cas inverse, celui où c'était elle-même le maillon le plus faible et qu'elle n'était que le faire-valoir d'Athanae.
En route vers la cantine, Leiel répondait gentiment mais distraitement aux banalités de sa collaboratrice. Ses origines sur une planète agricole pas nommée, l'arrivée sur Raxus, la chance de travailler pour le Sous-Préfet. Rien sur le caf. Elle devait garder le contrôle sur ce secret le plus longtemps possible pour assurer sa sécurité. Et si Dae'mid n'en voulait pas, alors elle passerait par le CBI. Elle repensait à Soï, si bavarde, qui savait si bien récupérer des informations négligemment jetées. Qui était Athanae Tel'Ilma ? Une partenaire, une opposante, un agent de la police politique ? Les mains de Leiel étaient glacées, signe que la peur s'installait en elle. Pourtant, elle restait charmante, ouverte, prête à travailler avec sa nouvelle collègue. Rien ne devait transpirer de ses doutes.
Une fois assise à une table dans l'espace bruyant rempli des organiques de l'institution et des nouvelles du Shadownet qui passaient en boucle sur les murs, Leiel se laissa aller à lui poser quelques questions.
- Je suis nouvelle ici, je ne connais pas tout le monde, bien sûr, mais je crois ne t'avoir jamais croisée. Tu es Pantorienne, Athanae ? Que faisais-tu avant de travailler pour le Sous-Préfet ?
Leiel n'avait aucune idée précise de ce qu'elle mettait dans sa bouche, totalement concentrée sur les réponses de la femme bleue, et sur ce qu'elle pouvait glaner de son langage corporel.
- Si ça te tente, je te propose de sortir ce soir. Un bar dansant, de DeRax, dans le quartier financier. C'est assez calme pour qu'on puisse discuter plus facilement qu'ici. Enfin, si tu t'es déjà installée dans tes quartiers. Je vais confier une partie de mon déménagement à des droïdes, ce sera plus simple. Et puis je n'ai pas encore grand chose à déplacer. J'ai hâte de voir mon nouvel appartement, cela dit !
Pas d'information qui pourrait être épluchée plus tard. Leiel restait assez factuelle, sans paraître trop froide. Cette femme l'impressionnait, et tout ce qui sortait de l'ordinaire était potentiellement dangereux. -
Post n°12
Auteur : Super PNJAthanae était d’une compagnie charmante, et se comportait comme une hôtesse plus que comme une collègue, comme si Leiel était son invitée. Elle évoluait dans son environnement comme si elle avait été là toute sa vie. Elle saluait les autres membres du bureau, leur faisait la bise parfois, se montrait vraiment agréable et sympathique. De fait, lorsqu’elle refusa tout net l’invitation de Leiel à rencontrer ses amies, c’était toujours avec le sourire. Néanmoins, elle accepta de répondre aux questions de la Garqienne :
-Moi ? Absolument pas, je suis Wroonienne. Ne cherche pas dans ta mémoire, peu de monde nous connaît, nous avons plutôt tendance à rester chez nous, je fais partie des rares à avoir eu envie de voyager à travers les étoiles.
Elle éluda volontairement la question sur le sous-préfet, étant donné que Leiel ne voulait pas non plus répondre aux siennes. Du reste, elle se disait que leur relation resterait bien entendu professionnelle plus qu’autre chose. D’ailleurs, elle refusa également sa sortie à danser, poliment. Cette femme blanche était étrange. Elle se revendiquait d’un certain professionnalisme, mais à côté de ça, elle lui parlait de relations amicales, de sorties, de distractions, en somme. Cela étonnait la Wroonienne, elle s’attendait à rencontrer quelqu’un de bien plus strict, rigoureux. Peut-être se trompait-elle, cela dit, malgré tout…***
Leiel allait vite être confrontée au travail colossal qui attendait l’assistante d’un sous-préfet. Et elle allait bien vite comprendre pourquoi elles étaient désormais deux. On lui apporta des piles et des piles de dossiers, traitant de dizaines d’affaires différentes, allant de l’éducation à l’armement, en passant par le commerce, l’agriculture, les constructions… Bref, tout ce qui avait un minimum d’importance. Cette petite valse dura un moment, pendant laquelle Athanae regarda distraitement quelques pages, ses yeux s’écarquillant devant la montagne d’informations. Il y avait absolument de tout, c’était impressionnant. Lorsque les droïdes eurent fini de remplir les bureaux, ce fut Dae’mid qui rentra dans le bureau, son éternel sourire aux lèvres.
-Parfait, vous voici donc prêtes, toutes les deux. Je vous ai fait amener tout ce qui pourrait vous êtes utile. Votre travail consiste à éplucher tous ces dossiers et à m’apporter un résumé exhaustif de chacun. Collaborez, travaillez de concert, et faites en sorte d’agir prestement. J’ai malheureusement du travail supplémentaire qui s’accumule et je n’ai plus le temps d’accorder autant d’attention à tous.
Il fit une petite pause, regardant la Garqienne puis la Wroonienne.
-Je vous fais confiance pour trier le bon grain de l’ivraie. Ce doit être votre priorité absolue. Me suis-je bien fait comprendre ?
A ces mots, il posa ses yeux sur Leiel. Ce regard voulait dire énormément de choses. Elle pouvait y lire qu’il n’accepterait pas les distractions sur le lieu de travail, comme un potentiel sujet d’études sur le caf. Ce regard n’échappa pas à Athanae, qui n’en dit pas un mot malgré tout. Il tourna ensuite les talons et s’assit à son propre bureau, laissant ses deux assistantes travailler. Rapidement, il apparut à Leiel et Athanae que l’agriculture était au centre de l’économie locale, c’était là que les dossiers étaient les moins fournis, et surtout les plus redondants. Raxus n’était pas protégée outre mesure, aussi le sujet de l’armement était rare. Quant au reste, cela dépendant des périodes. Mais surtout, il apparaissait que tout était régulier, cyclique, réglé comme une horlogerie, au moins sur les dossiers les plus anciens. Mais plus elles arrivaient à la date présente, plus ceux-ci se faisaient nombreux et fournis sur un même sujet.
La vie suivait son cours, les jours succédant aux heures et les semaines aux jours. Leiel et Athanae trouvaient leur rythme de croisière, la seconde refusant toute proposition de sortie de Leiel, se contentant de déjeuner dans un relatif silence, et terminant dans 95 % des cas plus tard qu’elle. Pourtant, elle ne semblait pas faire cela à dessein. Soit elle travaillait moins vite, soit elle faisait autre chose à côté, mais Leiel n’aurait aucune réponse à ce sujet, si elle la questionnait. Ce fut un matin, aux alentours de 11 heures, que la Wroonienne interpella Leiel :
-Ca ne te paraît pas étrange ces dépenses inconsidérées dans des centres de recherches agronomiques ? Sans détail, en plus... -
Post n°13
Auteur : Leiel OssoLes débuts furent particulièrement difficiles pour Leiel. Malgré ses connaissances accumulées, ses entraînements reçus, son acharnement personnel pour atteindre « la perfection », elle n'était pas prête pour abattre tant de travail demandant tant de connaissances légales, administratives et même générales. Pendant les premières semaines, elle s'était appuyée sur Athanae, qui semblait bien plus efficace qu'elle-même. Mais jamais elle n'avait baissé les bras. Au fil des mois, elle avait appris, compris, et au moins partiellement maîtrisé ce qui était attendu d'elle. Parallèlement, elle s'obligeait à passer deux heures en soirée deux fois par semaine. C'était le moyen le plus efficace de continuer à tisser des liens, à repérer les dynamiques interpersonnelles au sein de l'administration et à se faire voir. De toute façon, elle avait besoin de danser, ne serait-ce que pour se dépenser physiquement. Rester enfermée dans un bureau toute la journée n'était pas si simple que cela en avait l'air.
Les refus polis d'Athanae arrangeaient bien Leiel, cela dit. La plupart des soirs, la femme blanche travaillait en fait dans son appartement. Un nouvel appartement austère, peu meublé, mais immaculé. Rien à l'intérieur ne disait qui était Leiel Osso, ou disait seulement d'elle qu'elle était une femme organisée, propre, sérieuse. Assise en tailleur dans son fauteuil, face à une quantité de données toujours plus importante, Leiel extrayait des informations annexes qui pouvaient aider son propre projet. Elle n'avait jamais renoncé au caf, c'était la seule carte de valeur entre ses mains. Mais sous couvert de recherches variées, elle pouvait masquer son travail aux bots espions.
La difficulté, en travaillant pour la CSI, était de garder son propre travail secret. N'importe quelle recherche, n'importe quelle demande pouvait être repérée, analysée par les IA du palais préfectoral. N'importe quoi d'un peu extraordinaire pouvait sonner une alerte, quelque part, dans le système. Rechercher frontalement des informations sur le caf était donc hors de question. Il fallait ruser, anticiper ce que le système trouverait louche, réussir à contourner les défenses internes et cela prenait du temps. Leiel s'épuisait parfois pour presque rien, manquait des heures de sommeil, interprétées comme des heures passées à boire avec des amis. Le lendemain des jours particulièrement difficiles, elle se contentait de méditer longuement pour retrouver assez d'énergie.
Cela ne semblait pas choquer outre mesure Athanae dont le sérieux et la régularité étaient reposants. La femme bleue était déjà là quand Leiel arrivait, et encore là quand elle repartait. Son humeur égale, sa bienveillance avaient fini par adoucir les réticences de la femme blanche, et, finalement, leur collaboration semblait plutôt fructueuse. En revanche, impossible d'obtenir des informations sérieuses sur l'humanoïde. Elle était connue dans plusieurs services, globalement appréciée, et il était facile de trier les gens qui en savaient le plus sur elle : ceux qui la croyaient Pantorienne, et ceux qui savait qu'elle venait de Wroon. Mais même les plus loquaces finissaient par reconnaître qu'ils ne la connaissaient pas si bien. Beaucoup de qualités, peu de défauts, en tout cas affichés. Des informations de surface, et une grande difficulté à remonter quelque piste que ce soit.
Il fallait bien dire qu'Athanae avait le mérite d'être sympathique. Silencieuse, mais sympathique. Elle n'hésitait pas à donner un coup de main à Leiel quand elle en avait besoin. Elle savait travailler en équipe, partager les tâches, anticiper, et laisser de la marge à la Blanche qui peinait encore parfois. Seulement, cette aura de mystère autour de sa collègue empêchait Leiel de baisser la garde. Trop dépendait de ses propres secrets. Ce qu'elle ne voyait pas pouvait receler un danger. Peut-être que si elle-même s'était révélée plus loquace, les choses auraient été plus simples. Mais s'il était possible de lancer quelques informations comme on pêche sur Pamarthe, en soirée ou dans un bar, il était bien délicat de le faire ici, dans un bureau où elles passaient toutes les deux l'immense partie de leur journée, dans un espace où une question en suspend aurait flotté entre les deux femmes indéfiniment.
- Ca ne te paraît pas étrange ces dépenses inconsidérées dans des centres de recherches agronomiques ? Sans détail, en plus...
Leiel releva la tête, intriguée. Elle avait relevé de son côté des financements « redirigés », des lignes de budget réattribuées, jusqu'à tomber sur plusieurs instances de versements pour lesquels il lui était encore impossible de trouver la source. Elle avait pensé à une erreur, ou à un mauvais classement. Mais la remarque d'Athanae fit sonner des alarmes entre ses oreilles.
- Tu parles de BioTechNat, BioTechPharma, Rax-LabPhyto et, attends, Sec.Recherche et Avenir ? Les deux premiers sont deux filiales du même groupe, BioTechSec, les autres sont indépendants. Mais tous ces centres ont reçu des fonds en augmentation ces derniers mois... années, en fait. Il est possible qu'il y ait d'autres laboratoires concernés, mais ce n'est pas encore passé entre mes mains. Tu as quelque chose de ton côté sur leur objet de recherche ? J'ai... pas mal de documentation incomplète ici.
Leiel attrapa son datapad, une pile de flimsi, tira son fauteuil jusqu'au bureau d'Athanae et s'y installa comme elle avait pu le faire quelque fois devant des cas plus compliqués que les autres.
- Je ne peux pas dire que les dépenses soient inconsidérées tant qu'on ne sait pas à quoi ça sert. Mais tu as raison, l'augmentation des fonds privés alloués est plus importante qu'ailleurs, et je n'ai encore rien vu sur les fonds publiques. Ce qui n'est pas normal du tout, c'est qu'aucun de leurs dossiers ne semble à jour. J'ai des « en attente » partout, comme si cela permettait de laisser du vague où c'est utile.
Leiel confia son datapad à sa collègue et elles échangèrent un regard.
- On est sur une planète agricole. Tu penses qu'ils ont trouvé une nouvelle molécule et qu'ils travaillent dessus ?
Cette enquête là plaisait à Leiel. D'ailleurs, l'agronomie était plus son rayon. En surface, du moins, mais elle savait assez pour faire illusion un bon moment.
- Il faut que je trouve les informations manquantes... pour savoir si elles le sont réellement, ou si c'est un mauvais classement. Est-ce qu'on laisse le reste en suspend et on se penche uniquement là-dessus ? -
Post n°14
Auteur : Super PNJAthanae, patiente, laissa Leiel dérouler les informations de son côté, les rangeant dans sa mémoire, pointant les différents noms au fur et à mesure, l’air contrit de celle qui ne comprend pas. Elle avait un petit rictus au coin des lèvres, une légère moue dubitative qui indiquait clairement qu’il n’y avait pas de piège. Non, elle était réellement coincée face à cette étrange situation. A l’heure actuelle, il manquait réellement des informations. Elle prit le temps avec sa collègue de trier toutes les données, une à une, de manière à ne pas rater le panorama de ce curieux dossier. Il était certain que Raxus comptait beaucoup sur l’agriculture pour persister, mais de là à augmenter drastiquement les financements publics, d’un seul coup ? C’était assez inattendu.
-C’est toi qui a le plus de compétences dans l’agronomie. Je peux prendre le relais sur quelques uns de tes dossiers pour te libérer un peu de temps et que tu te penches dessus, mais si tu ne fais que ça, le sous-préfet va vite le remarquer.
Elle tira plusieurs feuilles, après avoir fouillé quelques minutes.
-Regarde. Voilà de quoi commencer. Il y a cinq ans, les financements publics étaient annuels, pour plusieurs millions de crédits, dépendamment des tailles de structures et des projets. On les retrouve d’année en année dans les lignes budgétaires, il y a quatre ans, trois, deux, un… Les sommes varient, mais ça me semble normal. Par contre… Attends…
A nouveau, elle prit le temps de fouiller, de réfléchir, tira quelques feuilles, en rangea certaines. Tout était fait dans l’ordre, avec patience et méticulosité, comme à son habitude.
-Tiens, ici. On voit des financements ponctuels, je pense qu’on devrait pouvoir les rattacher à des demandes ou des projets supplémentaires, même si ça nécessiterait d’aller aux archives pour trouver ça, puisque ça ne nous concerne pas directement. Par contre, sur l’année en cours, il y en a nettement plus, et pas pour des petites sommes.
Elle siffla d’admiration.
-Dis donc, ça fait un sacré paquet de crédits, il y aurait de quoi créer une flotte droïde ou presque avec tout ça… Bon j’exagère, mais tu vois l’idée… Ce qui m’embête, c’est que j’ai l’impression qu’on peut les relier aussi à d’autres dossiers de charges diverses. Ca fait un peu fourre-tout comptable.
Elle se tut, se gratta la tête. Ses yeux jaunes se perdirent dans le vague, et elle s’appuya contre le dossier de sa chaise, les yeux levés vers le plafond. Elle réfléchissait rapidement, ça se voyait. La Wroonienne était immobile, hormis ses doigts qui tambourinaient allègrement sur le bras de son fauteuil. Quatre coups, un silence, quatre coups, un silence… Lorsqu’elle faisait ça, il était rare qu’elle revienne des limbe de sa mémoire et de son cerveau sans élément concret. Etait-ce même déjà arrivé, on pouvait en douter. Derrière son air affable, et son sourire discret, elle dissimulait une mémoire remarquable, et une capacité à tisser des liens entre les événements peu commune. Nul doute que cette compétence avait fait pencher la balance en sa faveur au moment de la recruter. Brusquement, elle se pencha en avant.
-Je l’ai. Je l’ai, je l’ai, je l’ai… Là ! J’étais passée à travers, parce que je n’avais pas tous les détails et que ça semblait embryonnaire… Qu’est ce que c’est que ce bazar… Je maintiens ce que j’ai dit, il va falloir que tu te penches sur le sujet. Je vais te délester un peu. Regarde. C’est une demande de Dwayne Johnson d’estimation pour des terres cultivables. Dwayne Johnson, directeur de Rock cie, filiale de BioTechNat spécialisée dans les traitements de la terre. Et à côté, voilà des documents d’achats de droïdes… Sans le détail.
Elle regarda Leiel avec un sourire. Il y avait là un projet qui se montait en sous-main, par un grand groupe, dans un objectif inconnu. Le problème majeur se situait dans ce bureau même. Qui disait projet secret, disait confidentialité, alors pourquoi transmettre toutes ces demandes au préfet, surtout maquillées aussi grossièrement ? Ca n’avait pas de sens.
-Je crois que tu vas devoir enquêter sur tout ça. -
Post n°15
Auteur : Leiel OssoLeiel regardait la jeune femme bleue sans bouger un muscle. Ses pupilles étaient totalement contractées, noyant ses yeux dans le mauve. Elle se leva soudain, retourna à son bureau, procéda à des vérifications de son côté. Plus elle apprenait, pire ça semblait. Si elle avait raison, non seulement elle risquait de perdre ce qu'elle avait obtenu jusqu'ici, mais elle risquait également sa peau.
- Athanae, si tu peux me couvrir quelques jours, pas plus, ce serait parfait. Il va falloir que je prenne l'air et que j'aille... m'assurer du bon développement du projet. Ça devrait nous permettre de faire le lien entre plusieurs dossiers.
La femme blanche fila aux archives. Elle savait qu'elle n'aurait pas dû s'y rendre d'elle-même, elle savait qu'elle touchait à un sujet qu'on lui avait formellement interdit d'explorer. Au documentaliste, elle demanda la liste des derniers modèles droïdes produits pour un usage sur Raxus Secundus. Les productions locales, les importations, avec une préférence pour les nouveaux modèles ayant des applications agronomiques. Ca prendrait du temps, tant pis. Elle voulait les résultats les plus exhaustifs possibles.
Dans l'après-midi, elle contacta Rock cie mais n'obtint qu'un rendez-vous avec un certain monsieur Hogan au lieu du patron, Johnson, qu'elle aurait préféré rencontrer. La jeune femme resta un instant sans bouger à son bureau, les yeux dans le vide.
- Hey, Leiel. Ca va ? Tu as besoin d'un coup de main ?
- Tu sais quoi... peut-être bien. Je reviens.
Elle courait presque dans les couloirs. Le sentiment d'urgence qui l'habitait ne la laissait plus respirer.
- Charadra ?
- Excusez-moi un instant, je reviens vers vous. Leiel ? Ca ne va pas ?
- Charadra, je sais que tu es au fait de tout ça. J'ai une question. Les planètes séparatistes ont bien toute autorité pour dépenser l'argent publique, n'est-ce pas ? La limite c'est quand ça touche à la politique extérieure de la Confédération ?
- Tu penses bien qu'on ne peut pas faire n'importe quoi. Il y a forcément des accords passés avec le Consulat au préalable.
- Ecoute, je peux te demander quelque chose ? Est-ce que tu pourrais vérifier s'il y a eu une demande expresse au Consulat, ratifiée par celui-ci, autorisant l'investissement massif dans l'agronomie sur Raxus Sec. ? Ou l'inverse ? Une demande émanant du Consulat, directement, et concernant des investissements inhabituels ici ? Datant à peu près un an ?
- Tu charries ma belle, tu n'as pas une collègue qui peut faire ça mieux que moi ?
- S'il te plaît. Je te revaudrais ça.
- Je vais voir ce que je peux faire...
- Merci ! Oh... et tu ne saurais pas où est Bessie?
Elle ne se préoccupait plus de dire « pardon » à ceux qu'elle bousculait dans les couloirs. Son comm' vibra.
- Leiel ? Tout va bien ? Le Sous-Préfet ne t'a pas vu dans le bureau, il n'est pas franchement...
- Je sais ! Je reviens. Je n'en ai pas pour longtemps. A tout de suite.
Le bureau de Bessie était aussi désordonné que le sien était net. Cependant, l'humaine était capable de localiser peut-être plus rapidement dans cet espace n'importe quel document qu'elle y avait placé elle-même. Poser une cartouche d'identification dans ce bazar signifiait probablement sa perte définitive de la face du monde. Mais pour Bessie, il y avait de l'ordre dans le chaos.
- Bessie ? Je peux te demander un service ?
- Envoie. Que puis-je pour toi ?
- Deux choses. La première, tu gardes ça pour toi. D'accord ? La seconde, c'est de... Attends, j'en n'ai pas pour longtemps.
Leiel écrivit rapidement quelque chose sur un flimplast qu'elle plia au risque de le casser.
- La seconde, c'est de faire parvenir ça au Sous-Préfet, si jamais je disparaissais un moment.
- De quoi ?
- Non mais... ne t'en fais pas ! Il est possible que je sois retenue quelque part. C'est juste pour lui expliquer où je suis.
- Et tu ne peux pas, ne dois pas, ne pense pas que tu pourrais lui en parler maintenant, c'est ça ?
- Disons que c'est un peu tôt. Je peux compter sur toi ?
- Moui. Ne disparais pas comme ça. La prochaine tournée est pour toi, tu le sais.
- Et pas un mot à Soï !
Leiel filait dans les couloirs. Elle repensa brièvement à Delmach Sapoj, le malotru de sa première soirée ici. Elle aurait besoin de sa cartouche d'identification, il l'avait bien cherché. Mais pas tout de suite, elle n'avait pas le temps pour ça. Elle devait... éviter le droïde de nettoyage qu'elle vit trop tard. Elle trébucha dessus, manqua de s'étaler par terre et faillit pester en pamarthien. Décidément, elle devait surtout se calmer.
Quand elle retourna à son bureau, Athanae la dévisagea, inquiète.
- Tu devrais peut-être te débarbouiller un peu... Où étais-tu passée ?
- Me quoi ?
Leiel réalisa subitement que le droïde avait laissé une belle tache, bien visible sur sa robe blanche.
- Oh non... je repasse à mon appartement. Je suis désolée de t'abandonner au milieu de tout ça Athanae. Je fais au plus vite.
Sa douche fut longue, plus longue que prévue. Tant pis. Elle avait besoin de faire le point, sur ce qu'elle savait, sur sa panique, sur ses débordements qu'elle offrait en spectacle à n'importe qui, alors que jusque là, elle s'en était plutôt bien sorti. L'Océan, l'immense Océan qui était aussi grand que la galaxie, qui était la galaxie, n'avait pas changé. Peut-être un peu plus mouvementé, peut-être un peu plus de courants. Rien de plus.
Depuis un an, des plans qui ressemblaient furieusement à ce qu'elle aurait elle-même organisé s'étaient mis en branle sur Raxus Secundus. Bien avant son arrivée. Et Dae'mid n'avait rien dit. Dae'mid, qui lui faisait écrire des discours de présentation. Dae'mid qui lui demandait indirectement de ne plus s'avancer sur ce terrain. Si les Séparatistes avaient les informations concernant les qercis, s'ils avaient les connaissances nécessaires pour faire les adaptations géniques et bactériennes, s'ils avaient des plans pour des droïdes de soin, ou de récolte... alors la seule chose qui lui restait étaient ses graines. Et même ça... il était logique qu'ils en aient déjà, sans quoi ils n'auraient pas tant investi en si peu de temps. Et puis... ce qui faisait battre trop vite son cœur, c'était l'idée que toutes ses informations aient les mêmes sources que les siennes.
Quand elle revint dans son bureau, elle était plus fraîche, plus apaisée, plus propre aussi.
- Tu en as mis du temps. Es-tu sûre que ça va ?
- J'ai cru voir un problème dans ce dossier, tu sais. Mais en fait, je crois que j'invente des problèmes avant qu'ils ne se posent. J'ai pris rendez-vous avec Rock cie, on commencera par là. Ça va de ton côté ?
- Tes dossiers sont traités, ne t'en fais pas.
- Merci beaucoup. Je dois remettre de l'ordre dans mon esprit. C'est assez... gros, comme enquête. Il ne faut rien oublier.
La nuit, dans son appartement vide, elle chercha plus profondément que ce qu'elle osait faire de coutume dans le système. Jusque là, elle n'avait jamais rien commis d'illégal. Ce soir non plus. Mais la tentation d'ouvrir les dossiers derrière les dossiers était particulièrement forte. Elle se contenta de ce à quoi elle avait accès, et fit la liste des questions auxquelles M.Hogan devrait répondre.
Impossible cependant d'échapper aux interrogations qui revenaient sans cesse. Pourquoi deux assistantes ? Pourquoi tenter de bloquer le projet du caf... Leiel se demandait si elle n'aurait pas dû aller voir le Sous-Préfet avant de s'engager sur cette voie-là. S'il n'était pas à l'origine du projet, alors qui ? Pourquoi ces dossiers s'étaient-ils retrouvés dans son bureau ? Et puis... un doute. Un prédateur caché. Les yeux braqués sur son plafond, trouvant des formes dans les ombres, Leiel tentait de repousser le sentiment qu'elle s'avançait vers un précipice dans lequel elle était censée tomber. Peut-être qu'elle devrait contacter la Voix. L'incertitude bouillonnait. Elle chercha le sommeil, et ne trouva que l'Océan. Un peu plus sombre, un peu plus houleux. Presque rien.
Quand elle sortit de la navette, le lendemain, elle portait une robe stricte, blanche, assez courte. Ses cheveux étaient ramassés en chignon sévère. Altière, sûre d'elle, elle salua poliment le secrétaire qui la mena aux bureaux de M. Hogan. Des couloirs sobres, mais des écrans dernier cri, ce qui ressemblaient à des serrures électromagnétiques récentes sur les portes, des drones de surveillance et d'entretien partout. Leiel se demanda vaguement combien d'holocaméras la filmaient.
L'homme imposant, à grosses moustaches blanches, se leva pour accueillir l'assistante du Sous-Préfet et lui prit la main.
- Mademoiselle Osso, un plaisir de vous recevoir.
- Monsieur Hogan, je vous remercie. Je suis ici pour m'assurer que tout se passe comme prévu. Vous comprendrez que je suis un peu déçue de ne pas pouvoir m'adresser à monsieur Johnson en personne. Je détesterais vous faire perdre votre temps. Pouvons-nous faire vite, je vous prie ?
- Je vous écoute, que puis-je pour vous ?
D'un geste de la main, il l'invita à s'asseoir à son bureau. Leiel posa son datapad sur la table, se pencha légèrement en avant.
- Nous voulions nous assurer que les achats ont bien eu lieu, au prix que nous avions évoqué. Avez-vous rencontré des difficultés avec les propriétaires terriens ? Nous n'avons toujours pas de retour, et cela nous inquiète, vous le comprenez bien.
Leiel croisa ses jambes, faisant remonter sa robe sur sa peau blanche. Hogan se lissa les moustaches.
- Nous souhaitons également savoir où nous en sommes concernant les avancées de BioTechNat. Je m'adresse directement à vous pour ne pas devoir faire remonter les... lenteurs de notre communication, lenteurs qui sont bien entendu derrière nous, j'y veillerai. Les sommes en jeu étant ce qu'elles sont, vous imaginez que cela froisse certains... personnages haut placés.
Son regard se fit plus doux, son sourire plus aimable.
- Je dois aussi vous demander... je sais que je ne devrais pas, mais... avez vous des nouvelles des droïdes ? Il est encore trop tôt pour le savoir, mais... les avez-vous vus ? Comment sont-ils ?
Suffisamment de sous-entendus, suffisamment vagues, et assez de peau pour dérouter. Pas de mensonge direct non plus. Maintenant, tout reposait sur la collaboration de monsieur Hogan. Les holocaméras gênaient véritablement la jeune femme. Impossible, même si elle était laissée seule dans le bureau, de s'introduire dans le système sans être repérée. La seule possibilité aurait été d'utiliser le protocole caché dans son datapad pour réaliser une demande de transfert de dossier. Mais comme elle ne connaissait pas le système de protection de Rock cie, cela revenait à jouer à la roulette corellienne. Il fallait se rabattre sur la loquacité de monsieur Hogan, qu'elle espérait aussi fournie que ses formidables moustaches. -
Post n°16
Auteur : Super PNJMonsieur Hogan avait un style… Bien à lui. D’impressionnantes moustaches sans barbe, un cou de taureau, des yeux bleu acier, un crâne parfaitement chauve à l’exception de l’arrière qu’il laissait pousser sur sa nuque, d’énormes lunettes de soleil en toutes circonstances, et des vêtements plus visibles qu’un Dug au milieu des Jawas.
-Avant de vous répondre, madame, j’aimerais savoir à quel titre vous venez me rencontrer ? Comprenez que monsieur Johnson est très occupé, mais je suis PARFAITEMENT à même de vous renseigner, car nous sommes, comme chacun sait, PARFAITEMENT transparents sur TOUS nos dossiers. Cependant, nous ne pouvons pas choisir de tout divulguer, nous avons également des concurrents, voyez-vous ?
Les impressionnantes moustaches de Hogan frémirent alors qu’il eut un sourire charmeur parfaitement calculé, travaillé durant des années devant un mirour.
-Nous sommes EXTRÊMEMENT fiers de dire que nous avons consentis à d’ENORMES investissements pour des recherches novatrices, pour l’avenir de Raxus Secundus ! Vous voyez, nous avons eu de MAGNIFIQUES avancées ces derniers temps, qui confirment que nous allons pouvoir prendre un ascendant MAJEUR. Raxus Secundus montrera à nouveau sa supériorité !
Il croisa ses mains imposantes sur le bureau devant lui. Il avait tout du parfait communicant, les dents blanches, le discours positif, les grands gestes ouverts… Cependant, son discours sonne tellement creux que l’on croirait un puits tari. En d’autres termes… Il disait ce qu’on lui disait de dire. Il répondait ce qu’on lui avait dit de répondre. Un exécutant, un de plus, qui n’avait vraisemblablement aucune idée de ce qui se déroulait dans les laboratoires, fut-ce la moindre boîte de Pétri, la plus minuscule éprouvette dans une étuve.
Il servit encore à Leiel pendant de nombreuses minutes sa diatribe finement ciselée, lui faisant perdre encore plus de temps. Il ne la lâchait pas des yeux, l’invitant à regarder Raxus Secundus depuis sa fenêtre, vantant ce qu’elle était depuis que Rock Cie investissait sur ses terres, le profit qu’ils faisaient chaque année au bénéfice du peuple… Lorsque l’assistante sortit du bureau, elle était l’heureuse bénéficiaire d’un stylo et d’un pin’s Rock Cie. A aucun moment il ne l’avait laissée ou lâchée des yeux, et il la mettait à présent poliment à la porte, sans oublier d’insister sur le fait qu’ils étaient TOUJOURS au service de Raxus. -
Post n°17
Auteur : Leiel Osso- Non. Non, tu n'as rien compris.
Leiel se rengorgea, heurtée.
- J'ai parfaitement compris que dans cette situation, j'ai un avantage stratégique certain. Si je rends service, la personne à qui je rends service m'est redevable.
- Leiel... réfléchit une seconde, tu veux bien.
La jeune femme blanche croisa les bras et fronça les sourcils, obstinée.
- C'est une question de psychologie comportementale basique. Un débiteur n'est pas heureux d'être dans cette situation, même si ton aide a pu l'aider.
- Mais il me doit un service en retour !
Aggi Fanla soupira lourdement.
- Si tu as un savoir et que tu ne l'utilises pas, il n'existe pas. Si tu as un pouvoir que tu n'utilises pas, il n'existe pas. Si tu décides de ne pas entendre, alors je ne peux rien pour toi. Tu veux bien me laisser finir ?
La question du Tholothien était rhétorique. Seulement Leiel détestait avoir tort.
- Si tu peux être aidée par quelqu'un, fais-le. Si tu as la possibilité d'être redevable à quelqu'un, prends-la. Si tu as l'occasion de demander un service, saute dessus. Tu te places dans la position du débiteur, qui est celle qu'on veut normalement éviter, je te l'accorde. Mais tu places l'autre dans la position du créditeur, et ça, c'est exactement la position dans laquelle tu veux placer tes amis.
- C'est... effroyablement dangereux...
- Statistiquement, ça l'est moins que de venir en aide à quelqu'un.
- Mais... je vais devoir honorer des... dettes ?
- Leiel, les promesses n'engagent que ceux qui les croient. Toi, tu joues sur les concepts d'avenir, de valeur, et de risque limité. Ce n'est pas toi qui y pense, c'est celui à qui tu dois quelque chose. Ton créditeur prend le risque. Attention, il ne s'agit pas de détruire tout lien de confiance que tu peux établir en revenant systématiquement sur ta parole ou en te montrant ingrate. Mais personne, personne, ne gouverne jamais seul. Et pour t'entourer bien, ta dette est une bonne chose. Avenir, valeur, risque. Tu réunis tout ça. Et ça, c'est du pouvoir.
Leiel songeait sérieusement à enfoncer son stylo dans une des narines de M. Hogan, et d'accrocher son pin's à sa paupière gauche. Une inspiration plus tard, la menace d'un audit généralisé lui parut plus délectable. Quelques battements de cœur de plus, et elle se dit qu'elle n'obtiendrait rien parce qu'elle n'était pas censée savoir.
Dans la navette du retour au palais préfectoral, elle n'en menait pas large. Trop de questions sans réponse, trop de doutes, de dangers, d'erreurs. D'erreurs. Elle se plaçait en porte-à-faux vis-à-vis du Sous-Préfet. Elle n'obtenait aucune réponse claire. Elle attirait l'attention sur elle. Elle multipliait les imprudences... elle avait failli jurer en pamarthien devant des gens, bon sang...
Que voulait-elle, exactement ? La sécurité ? Oui. Oui, c'était sa priorité absolue. Mais la situation déclenchait des alarmes à tous les niveaux. On pouvait se passer de ses connaissances, de ses graines, d'elle. Une catastrophe. Elle était totalement dévalorisée, dans ce cas. Aaah, voilà... voilà l'origine de la panique. Maintenant, la réponse à la situation devenait évidente. Elle devait passer chez elle.
Sans perdre un instant, elle se fraya un chemin dans les couloirs bondés pour retourner à ses appartements. Dans sa chambre, elle passa la main sous le lit, fouilla un peu, et ressortit un vase large, coloré et l'observa un moment, entre ses bras levés.
- C'est un vase vyrmen, utilisé pour la cérémonie de sacrifices aux cultures. Il a été cuit dans un four à charbon et argile, ce qui n'est pas suffisant pour atteindre la température nécessaire à la formation d'une couche d'émail parfaitement solide. Elle est donc craquelée, et c'est l'effet recherché. Sa base est... de la silice et du talc, auxquels ont été adjoints une proportion principale de cobalt, puis en moindre mesure du manganèse et de l'étain. Le vase a été posé dans un nid de végétaux qui l'ont entouré, ce qui a laissé les marques caractéristiques de l'adjonction de carbone dans l'émail. Il est précieux. C'est un objet sacré. Il est précieux. C'est un objet rare. Je vois sa valeur.
Et d'un geste brusque, elle le fracassa par terre.
- Des nouvelles, Charadra ?
- Ecoute, je me suis un peu penchée sur la question, mais je n'ai rien trouvé. Il faut des accréditations que je n'ai pas pour voir certaines communications et je n'ai pas poussé plus loin.
- Je te remercie. Je t'en dois une.
- J'espère bien.
De retour à son bureau, Leiel semblait beaucoup plus calme. Rassérénée. Elle rangea les différents documents qui s'y étaient empilés, les classa dans l'ordre d'importance, puis revint à Athanae.
- Je te remercie sincèrement de m'avoir couvert. Je n'ai pas trouvé grand chose, de toute façon.
- Tu as quand même quelque chose à présenter ?
- Pas vraiment. Je sais qu'il y a un souci dans certaines dates, mais nous n'avons pas encore assez de documents pour vraiment savoir ce qui se passe. Il faudra qu'on garde un œil dessus, je pense. On en saura plus à la longue. Je vais reprendre les dossiers sur lesquels je travaillais, si tu veux bien. On peut faire une pile à part, si tu le souhaites, pour réunir les différentes documents qui intéressent cette affaire.
Dans le grand calme naissant de la légitimité, de l'importance, presque de la suffisance, Leiel considéra posément la suite des événements. Soit la Confédération n'avait plus besoin d'elle, mais elle n'aurait rien à faire ici. Soit elle avait toujours une importance, et elle devait faire son travail comme il lui avait été demandé. Une sorte de pari. Alors elle choisit de chérir ses cartes : elle connaissait les formules chimiques, les procédés d'exploitation, comment transformer les arbres en tuteurs vivants. Elle avait en sa possession les graines. Elle restait incontournable, sous peine de perdre des années, peut-être des décennies en recherche.
Et si jamais ils avaient déjà tout ça, alors quoi qu'elle puisse faire, elle était déjà finie.
Il lui fut bien plus facile de se concentrer, à présent. Son travail avançait vite. Elle était encore bien loin de rattraper son retard, mais elle ne perdait pas courage. D'ailleurs, il n'y avait aucune raison pour qu'elle perde quoi que ce soit. Elle faisait ce qu'on attendait d'elle, dans les limites qui avaient été fixées.
Subitement, elle se demanda ce que faisait Athanae, quand elle était seule dans le bureau. S'occupait-elle des dossiers en cours, cherchait-elle des solutions à des problèmes que Leiel même ne voyait pas ? En tout cas, les limites qu'elle se fixait, elles, allaient au-delà ce que qui leur avait été demandé à toutes les deux. Songeuse, elle vérifia les entrées et recherches sur son propre poste de commande. La Wroonienne avait-elle touché à ses affaires, ou travaillait-elle seulement aux siennes ? -
Post n°18
Auteur : Super PNJAssis à son bureau, Dae'mid fulminait. Face à lui, Dwayne Johnson de la Rock Cie lui détaillait tout le mal qu'il pensait de cette petite effrontée qui était venue jusque dans ses bureaux pour poser des questions ô combien délicates et sensibles sur des sujets qui étaient sensés rester confidentiels tant qu'ils n'avaient pas été dévoilés au grand public. Parler de cela à un adjoint en communication, c'était l'assurance que tout le monde serait au courant dans les semaines à venir ! Bon sang, que le palais préfectoral soit mis au courant de lourds investissements, c'était une chose, le crier sur tous les toits c'en était une autre !
-Je vous assure, monsieur Johnson, que toutes les décisions ad hoc seront prises pour résoudre cet épineux problème. Cependant, j'attire votre attention sur le fait qu'elle ait voulu bien faire, je n'en doute pas une seconde.
-Bien faire ou non, c'est un erreur, Préfet, avec tout le respect que je vous dois. Si cette opération venait à être éventée, nous n'aurions pas le choix que de tout cesser.
-Ce ne sera pas nécessaire. Je m'occuperai personnellement de cette affaire malencontreuse.
-Je l'espère. Mes hommages, Préfet.
La communication s'arrêta, laissant le politicien se passer les mains sur le visage. Qu'est ce qu'elle était allée faire là-bas, bon sang ? N'avait-elle rien compris ? Etait-elle aussi bête qu'elle en avait l'air, ou essayait-elle de tout faire capoter ? Bien entendu, il savait que ces quelques lignes de budget la feraient tiquer. Mais au point de la faire sortir de ses gonds ainsi ? Elle avait eu de la chance que la bureaucratie raxienne soit bien peu au fait de ce qui se passait à la Préfecture, ainsi elle avait pu passer entre les gouttes et se présenter officiellement, et au nom du gouvernement. Son gouvernement. C'était cela qui le chiffonnait le plus. Elle n'avait aucun pouvoir, aucune responsabilité, et déjà elle s'affichait comme une autorité. Quelle était la prochaine étape ? Se déplacer avec des droïdes de sécurité ? Demander des accès ? Lui qui avait fondé de grands espoirs sur elle allait peut-être devoir se raviser.
-Athanae. Dites à Leiel de se présenter à mon bureau dès son arrivée. En attendant, je voudrais voir toutes ses petits connaissances. Maintenant.
Bessie, Charadra et Soi, les « amies » de Leiel, furent amenées une à une sans la moindre cérémonie. Cette perte de temps considérable agaçait fermement Dae'mid, mais il s'astreint à une courtoisie et une politesse de tous les instants. Il leur demanda à chacune ce qu'elles pensaient de leur collègue Osso, en les avertissant au préalable qu'il préférait ne pas entendre de mensonges. Elles furent unanimes : sympathique, intelligente, quoiqu'elle eut parfois des comportements assez étranges, impulsifs, carrément épidermiques. Elle ne s'ouvrait que très peu, mais ne perdait pas une miette de ce qu'elle entendait.
En somme, une ambitieuse. Les entretiens finalisés, il se laissa aller contre le dossier de sa chaise. Avec ces histoires, ses propres projets allaient finir par prendre du plomb dans l'aile, et il était hors de questions qu'il se retrouve sur la sellette pour elle. Il allait falloir jouer très serré. Très, très serré. Son dernier programme lui avait permis de renouer avec ses ambitions passées, et il se sentait revivre, mais la pression revenait également s'abattre sur ses épaules. Ca promettait d'être intéressant.***
Lorsque Leiel revint au bureau ce jour-là, elle put voir Athanae sans le moindre sourire, pour une fois. Elle était même presque livide, un exploit si l'on considérait sa peau naturellement bleue. Elle ne tremblait pas, mais sa bouche était agitée d'un tic de nervosité. La Wroonienne eut toutes les peines du monde à relever la tête et à regarder Leiel dans les yeux.
-Ne... ne t'assois pas. Le Préfet t'attend dans son bureau et... il n'a pas l'air content.
Dans le bureau, Dae'mid la reçut en mettant de côté ses affaires en cours. Cette fois-ci, il ne souriait pas. Fâché et déçu, il fusillait la Garqienne du regard, et lui laissa à peine le temps de s'asseoir, que déjà, il embraya :
-Inutile de vous demander si vous savez pourquoi vous êtes là, Leiel, vous le savez pertinemment. Aviez-vous espéré que votre promenade n'attire pas l'oeil, ou êtes-vous stupide au point de croire que je ne m'y intéresserait pas ?
Il ne lui laisserait même pas le temps d'en placer une. Et gare à elle si elle osait prononcer un son, un seul.
-Vous rendre, de vous-même, dans les locaux d'une entreprise de recherche agronomique pour enquêter sur un projet disposant de fonds gouvernementaux, c'est donc là votre conception de votre travail ? Je crains d'avoir été mal compris, en ce cas. Votre tâche consiste à classer, organiser et synthétiser les différents dossiers et financements, point. Et pas à vous assurer de leur bonne marche ou de leur évolution.
Il se leva, chose inhabituelle pour lui lors d'un entretien et lui tourna le dos. Se dirigeant vers la grande baie vitrée, mains croisées derrière lui, il reprit :
-Je sais très bien ce que vous vous dites. « On m'a volé mon idée du caf, je suis inutile. » Sachez que je ne vous ai pas engagée pour cette innovation, mais pour la détermination et l'aplomb dont vous avez fait preuve ici-même. Je pensais que vous aviez compris le but de votre présence ici, je me suis fourvoyé. Vous aviez là une occasion en or de mettre un pied dans ce monde que vous regardez avec tant d'admiration. De comprendre les rouages de ce monde et de la Confédération.
Il se retourna, la fixant à nouveau.
-J'ajoute un blâme à votre dossier. La prochaine fois, ce sera la porte, purement et simplement. Je me répète, mademoiselle Osso, mais je vous demande... non, j'exige que vous ne vous occupiez plus de cette histoire de caf et que vous fassiez votre travail consciencieusement. Vous avez la chance d'avoir une collègue qui a pris le relais en votre absence. Je vous suggère d'en faire de même.
Puis il se retourna. Il en avait fini. -
Post n°19
Auteur : Leiel OssoElle déglutit, la gorge trop serrée, et s'inclina. Il lui était difficile de dire simplement : « Merci monsieur », mais elle se força à le faire distinctement avant de quitter le bureau du Sous-Préfet. Techniquement, une victoire. Viscéralement, une torture. Il lui fallut un temps pour retrouver suffisamment de calme afin de lever les yeux sur Athanae qui la fixait, inquiète. La femme bleue ne dit rien, et Leiel en éprouvait une reconnaissance infinie.
Quand l'emballement de son cœur ralentit, elle s'avança vers le bureau de sa collègue. Parler clairement était encore difficile, mais elle essaya d'articuler correctement.
- J'ai... j'ai reçu un blâme. Pour mes... très mauvaises décisions et mes actions... qui allaient contre les intérêts du Sous-Préfet.
- Leiel...
La Blanche leva doucement la main, pour finir sur sa lancée. Elle doutait de pouvoir reprendre si elle devait s'arrêter.
- Athanae, je voulais te dire merci. Tu as... tu m'as couvert, tu as pris mes dossiers en attente, tu as dû répondre à des questions me concernant sans savoir ce que je faisais, tu as été... tu as été là pour moi pendant ces derniers jours sans jamais te plaindre, sans jamais protester. Je... je te dois énormément. J'ai conscience que j'ai empilé sur tes épaules quantité de soucis que tu n'aurais jamais dû avoir à supporter. Je te demande pardon.
Leiel tendit la main pour qu'Athanae la serre. Une vague de reconnaissance la submergea. La Wroonienne s'était montrée aussi fidèle, discrète et efficace qu'elle avait démontré le contraire d'elle-même. La vérification de son poste de travail lui avait également confirmé que sa collègue n'avait jamais touché à ses propres dossiers. Sa paranoïa s'en était trouvé apaisée.
- S'il te plaît... si jamais tu as l'impression que je... dévisse, que je pars en vrille, que mes idées sont complètement idiotes... n'hésite pas à me le faire remarquer. Et si jamais tu as besoin de quelque chose, un jour, je serai là pour toi.
Elle redressa ses épaules, releva le menton, même si ses yeux mauves étaient toujours troublés.
- En attendant, je vais essayer de réparer les dégâts que j'ai causés. Et... est-ce que ça te dirait de dîner avec moi un soir ? Je sais que tu ne sors pas beaucoup, mais... si tu as des questions, j'essayerai d'y répondre au mieux. Je ne peux pas tout dire, j'espère que tu pourras le comprendre, mais ça me ferait plaisir qu'on passe un peu de temps ensemble, en dehors du travail. J'ai envie de mieux te connaître. Tu es quelqu'un de bien.
Le reste de la journée fila rapidement. Leiel s'était remise au travail et lentement, relâchait mentalement le contrôle qu'elle voulait garder sur le caf. La difficulté tenait dans le fait qu'elle voyait combien sa destinée et ce projet étaient liés. Mais il lui fallait lâcher prise. Elle offrait le caf à Dae'mid, et en échange, il l'entraînait dans son sillage. Ses velléités n'avaient eues pour conséquence que de détruire la confiance ténue que le Sous-Préfet lui accordait.
Le soir, elle se rendit dans un bar calme du quartier financier avec Bessie, Soï et Charadra. Les trois femmes affichaient un air sombre qui laissait aisément imaginer ce qu'elles pensaient de leur convocation chez le Sous-Préfet.
- Ecoutez... je voulais vous présenter mes plus plates excuses. Surtout à Charadra et à Bessie.
- Dis, moi aussi on est venu me voir, hein.
- Je sais, Soï, mais je leur ai demandé des services que je n'aurais jamais dû exiger de vous. Je vous demande pardon, sincèrement. Vous avez été... adorables. Vous avez fait ce que j'ai demandé sans poser de questions...
- Moi j'aurais des questions, reprit Soï.
- … Sans poser de questions, en pensant seulement à m'aider. Je n'avais pas le droit de vous mettre dans cette position, et... je vous dois un service.
- A moi aussi ?
- Oui Soï, à toi aussi.
- Et comment ça s'est passé avec le Sous-Préfet ?
Charadra semblait la plus glacée des trois femmes. Son regard dur, ses lèvres pincées dévoilaient sans ambivalence ce qu'elle pensait de la situation.
- J'ai reçu un blâme.
Bessie et Soï échangèrent un regard effaré, Charadra recula la tête, puis la hocha lentement.
- C'est bien.
- Je... suis d'accord. C'est ce que je méritais.
La tension palpable entre les quatre amies commença alors à se dissiper. Soï insista pour savoir ce qui s'était passé, Bessie lui parla de la lettre sur flimsi qu'elle avait fait fondre dans l'eau, Charadra des informations top secrètes qu'elle avait dû dérober directement dans le bureau du Consul, au péril de sa vie, ce qui acheva de déglacer l'atmosphère. Leiel n'expliqua pas plus en détail les origines de sa démarche. De toute façon, ses collègues avaient bien compris qu'elles n'en apprendraient pas davantage, et elles ne désiraient pas s'étendre sur le sujet plus longtemps.
Pendant la nuit, Leiel loua une navette qui l'accompagna à divers endroits de la ville et de sa banlieue. Au petit matin, elle se rendit à son bureau. Athanaé était déjà là, et le fait de se croiser aussi tôt surpris les deux jeunes femmes. Elles se remirent au travail sur le champ, néanmoins, et quand le Sous-Préfet arriva, Leiel se présenta devant lui.
Dans ses mains, un conteneur cylindrique argenté. Elle le posa sur le bureau de Dae'mid puis fit un pas en arrière.
- Monsieur, cela vous revient. Ce sont les deux cents graines de caf que j'avais en ma possession. Elles peuvent rester dans le conteneur fermé sans se dégrader pendant des mois. Je... j'ai eu des... difficultés à abandonner le contrôle que j'avais sur ces informations. Mais j'ai compris que cela devait vous revenir. Il s'agit de votre projet, non du mien. J'ai eu tort de faire ce que j'ai fait et je vous demande pardon. Tout vous revient à présent, comme il se doit. Si vous le permettez, je vais me remettre au travail, dans votre intérêt et non dans le mien.
Leiel craignait que le fait de revenir à ce sujet finisse d'exaspérer le Sous-Préfet. Elle espérait seulement qu'il comprenne qu'elle lui abandonnait les bribes de pouvoir qui lui restaient et qu'elle rentrait dans les rangs, malgré l'effroi que ce lâcher prise pouvait nourrir en elle. Elle s'inclina profondément devant lui, luttant contre son angoisse en se persuadant qu'elle jouait la seule carte qu'elle pouvait encore poser sur la table. Dae'mid avait – presque – tout ce qu'il lui fallait pour démarrer le projet de culture sur Raxus Secundus. -
Post n°20
Auteur : Super PNJAthanae avait regardé Leiel d'un air à la fois dépité et attristé. Cette Humaine blanche se montrait décidément ingérable, et entraînait beaucoup de monde dans son sillage, les laissant parfois démunis, comme c'était son cas, ou en colère, comme elle avait pu le constater en voyant les amies de la Blanche sortir du bureau à grandes enjambées. La Wroonienne elle-même n'avait pas échappé aux reproches du sous-préfet, qui l'avait longuement blâmée sur son incapacité à la raisonner et à la réorienter sur le droit chemin. La discussion, ou plutôt la leçon, avait laissé Athanae, pourtant avare en émotions, au bord des larmes, tant elle avait eu cette impression d'échec. Pourtant, avec le recul, elle n'avait pas réellement échoué, et elle avait compris que Dae'mid l'avait tancée pour l'inciter à se surpasser et potentiellement pour l'obliger à se méfier de cette Garqienne.
Aussi, lorsque Leiel revint avec seulement des mots, c'est à peine si elle écouta ses excuses. Venant d'une personne aussi bouffie d'orgueil, de complexes et d'ambition, ceux-ci n'avaient aucune valeur réelle. La femme bleue se doutait bien que la leçon ne serait retenue que dans son propre intérêt, et qu'il n'y aurait pas de réelle amélioration de son comportement. C'est pourquoi elle déclina l'invitation de l'albinos. A moins d'y être contrainte et forcée, elle ne voulait, de base, pas s'impliquer amicalement sur son travail. Alors, avec une personne dont le nom courait déjà comme une menace pour certains, c'était hors de question. Elle avait ses propres objectifs, après tout, et elle savait que ceux-ci rentreraient en conflit avec ceux de Leiel. Inutile donc d'inviter le loup dans la bergerie.
Le lendemain, Dae'mid se présenta à l'heure habituelle, saluant ses deux assistantes comme si rien ne s'était passé. A défaut d'oublier, il avait la décence et la courtoisie de ne pas insister. Ce qui était fait, était fait. A elles d'en tirer les conséquences nécessaires. A peine se fut-il assis dans son fauteuil que Leiel se plantait devant lui, et posait un cylindre argenté sur son bureau. Puis, elle lui expliqua qu'elle lui remettait les graines de caf, ce qui eu le don absolument prodigieux d'agacer Dae'mid, mais il resta muet, la laissant s'expliquer puis repartir comme elle était venue. Il inspira pour se calmer, puis récupéra le réceptacle. Soit elle n'apprendrait jamais, soit elle était têtue comme une bourrique. Il préférait la seconde option, au moins... Cela avait le mérite de présenter des avantages.
Il ouvrit son propre ordinateur, consultant la liste de ses rendez-vous. Ceux-ci s'accumulaient, ces temps-ci, et il lui faudrait tous les honorer si il voulait parvenir à ses fins. Il avait lancé une machine infernale qui, à terme, pourrait profiter à tous, si tant est qu'il n'avait pas une humaine idiote dans les jambes qui persistait à lui mettre des bâtons dans les roues. Après une longue hésitation, il programma pour la semaine suivante à Leiel un rendez-vous professionnel, sobrement intitulé « Entretien annuel ».***
En dehors de cette distraction, Dae'mid avait avancé ses pions avec une patience rare. Ceux-ci avaient été longuement en sommeil, conséquence directe de son ambition perdue. Mais l'arrivée de Leiel avait changé quantité de choses, et il s'était rendu compte de la monotonie dans laquelle il vivait, depuis tout ce temps. Aussi avait-il pris la décision de demander à nouveau à s'élever, et de briguer le poste de préfet de Cato Neimoidia. Pour cela, il lui fallait se séparer de son poste actuel, bien entendu, avant de lancer sa campagne qui lui demanderait toute son énergie. Et si il échouait, eh bien... Cela pourrait bien sonner le glas de sa carrière, et il profiterait d'une retraite bien méritée. Dans un sens comme dans l'autre, il se libérait de ses contraintes actuelles, et surtout, il se retrouvait loin d'Humaines trop curieuse.
Seulement, il n'avait pas l'habitude de laisser les choses en plan et de partir comme un voleur. Avant son départ, il voulait absolument laisser son successeur à la fois dans de bonnes dispositions et de bonnes mains, pour donner à Raxus Secundus l'avenir qu'il méritait. Et pour cela, il avait initié de nouveaux grands projets, notamment autour de cette culture du caf, en partenariat avec des entreprises locales. Celles-ci, réticentes de prime abord, avaient finalement accepté le pari et en tiraient déjà actuellement les premières avancées. L'accord était ainsi passé que les informations arriveraient en temps et en heure pour leur permettre d'avancer. Parallèlement, Dae'mid formait son successeur et lui octroyait les connaissances nécessaires au bon fonctionnement de la sous-préfecture. Enormément de dossiers passaient et devaient être analysés, fouillés, afin de s'assurer de la bonne marche des événements. Son planning aurait été parfaitement respecté si une certaine Garqienne n'avait pas voulu mettre son nez dans ses affaires. C'était là le principal problème. Son empressement avait failli faire mettre un terme au projet avec lequel elle aurait pu se lancer lorsqu'elle aurait accédé au poste qu'il lui réservait.
Le jour venu, Dae'mid était donc présent en avance dans la petite salle de réunion. Athanae était passée avant Leiel, et il l'attendait désormais. Lorsqu'elle se présenta, il lui indiqua de s'asseoir, et prit la parole.
-Bien. Voici quelques mois que vous êtes parmi nous à présent. En dehors de votre... comportement excessif par instants, je dois dire que je n'ai que peu de choses à vous reprocher. Vous êtes réactive, efficace, et vous avez l'oeil pour distinguer l'important du futile. C'est une capacité suffisamment rare pour être notée, et qui ne s'acquiert pas.
Il la regarda, se taisant un instant.
-Je dois bien dire que j'ai pensé plusieurs fois à vous renvoyer à cause de votre attitude exécrable. Vous apprendrez à l'avenir que peu importe votre grade ou vos responsabilités, vous aurez des limites à connaître et à ne pas franchir. Sans quoi, vous irez au devant de gros problèmes. C'est là votre principale faiblesse, je pense. Vous avez su comprendre rapidement ce qui se passait dans ces entreprises, mais vous n'avez pas eu la bonne réaction. En informer qui de droit, en l'occurrence, moi, et décider d'une réaction collégiale.
Il leva la main pour lui intimer de se taire, au cas où elle s'estimait légitime pour répondre.
-Cela étant dit, vous n'avez pas provoqué de catastrophe autre que sociale, j'ai donc décidé de passer l'éponge sur votre attitude. A présent, passons au réel sujet de cet entretien. Venez.
Il se leva et regarda Raxus Secundus par la baie vitrée, avec un petit sourire. Combien de fois l'avait-il contemplée, cette planète, alors qu'il réfléchissait à la meilleure chose à faire pour elle ? Combien de fois s'était-il perdu dans l'adoration de son aube, de son crépuscule ? Trop souvent, bien entendu.
-J'ai décidé de passer la main. Raxus Secundus est sur des rails plus que vertueux, désormais, malgré la corruption et la criminalité inhérente à toute grande planète. Elle vit, croît et se montre moteur, et je n'ai, dès lors, plus réellement à faire ici. J'ai passé trop de temps sur Raxus pour la voir comme je la voyais au premier jour : une terre d'opportunités, de chances, qu'il ne me faudrait que saisir pour les faire se déployer, s'animer et donner lieu à des innovations fascinantes, des avancées technologiques, sociales, ou que sais-je encore ?
Nouveau sourire. Ils y étaient. Le pinacle de cette réunion.
-Je vais briguer un autre mandat. Cato Neimoidia pour être précis. Oh, cela ne se fera pas en un jour, et, honnêtement, je pourrais très bien échouer. Mais ça n'aurait pas d'importance. J'ai suffisamment travaillé pour m'accorder une retraite paisible sans ce dernier mandat.
Il tira de sa poche le cylindre argenté qu'elle lui avait remis une semaine plus tôt et eut un rire.
-J'ai bien cru vous l'enfoncer dans le nez quand vous me l'avez présenté. Je me disais que vous n'aviez pas compris ce que je vous avais dit, et qu'il me faudrait avoir recours à des méthodes déplorables. Cela étant dit... Il vous revient. Menez Raxus sur ce chemin, si le cœur vous en dit. J'ai fait en sorte que les premiers rails soient posés, mais ce projet est le vôtre. Produisez donc le caf sur Raxus.
Un silence.
-Si vous acceptez le poste de sous-préfet, bien entendu. -
Post n°21
Auteur : Leiel OssoUn nouveau silence. Leiel regarda le cylindre qui contenait l'avenir de la planète, selon elle. Ce cylindre, dans ses mains. Les graines d'un futur encore incertain. Prospère, probablement. Rempli d'embûches, sans doute. Ce futur, dans ses mains. La jeune femme se plaça aux côtés du Gossam. Elle se demandait ce que lui voyait par la fenêtre.
- Sous-Préfet, j'accepte cet honneur. Je vous remercie.
Raxulon s'étalait devant eux. Plus large, plus haute qu'il y a quelques années, plus florissante, plus riche. Devait-elle briser cet équilibre maintenu avec maestria depuis si longtemps ? Elle se sentait étrangement calme alors qu'elle aurait dû exulter. Raxulon pour elle ressemblait à son destin, encore masqué, toujours incertain. La curiosité l'emportait sur l'excitation.
- J'ai encore énormément à apprendre, monsieur Dae'mid. Vous n'allez pas partir tout de suite, n'est-ce pas ?
- Le processus de nomination est assez long. Cependant, je vais démissionner assez vite. Pas question que j'interfère dans les futures décisions de Raxus.
Leiel tourna la tête vers le Gossam. Un élan d'émotion la cueillit subitement. Elle aurait voulu lui prendre la main, poser la sienne sur son bras, manifester sa reconnaissance. Elle lui devait... presque tout. Elle lui devait sa patience surtout.
- Excusez-moi de vous poser la question, mais je dois savoir : je vous ai déçu. J'ai commis des erreurs. Mes tentatives de... remédiation sont au mieux maladroites. Je ne suis pas la candidate idéale, c'est une évidence. Pourquoi moi ?
- Il n’y a pas de « candidat idéal ». Voyez-vous, j’ai eu le temps de voir, d’observer. Ceux qui ne font pas d’erreurs sont ceux qui n’essayent pas. Prenez Athanae par exemple. Je doute que vous ayez des atomes crochus avec elle, elle ne cherche qu’à vivre tranquillement. Elle ne serait pas propice à ce poste de sous préfet par manque d’ambition, de visions, d’idées. Vous ferez d’autres erreurs, oui. Mais vous aurez aussi des réussites.
Des réussites. Elle se souvenait des leçons sur la valeur des erreurs, sur l'importance de l'échec dans le processus d'apprentissage... Elle voulait réussir. Tout réussir. Athanae, elle l'avait imaginée plus retorse, plus complexe. Devait-elle la garder comme sa propre assistante ? La Wroonienne n'avait jamais montré de sympathie particulière à son encontre. Peut-être que, justement, sa neutralité pourrait être exactement ce qu'il lui fallait, pour ne pas commettre d'erreur. Bien sûr, qu'elle se tromperait, qu'elle échouerait. L'idée la révoltait. Elle voulait faire au mieux, pas seulement pour elle. Pas seulement pour son propre intérêt. Elle avait tant de choses à faire pour entraîner Raxus Secundus sur la spirale vertueuse qu'elle imaginait...
- Sous-Préfet, je vois la ville, je vois la planète. Je vois le fruit de votre travail. Y a-t-il des choses auxquelles je ne dois pas toucher, selon vous ? Un projet que vous avez mené, auquel vous tenez particulièrement et que je ne dois pas dénaturer ?
Leiel observa le Gossam attentivement, soucieuse de ses réactions. Guetter son approbation aurait pu passer pour un signe de faiblesse, de soumission. Mais à ce moment précis, l'avis de l'humanoïde comptait réellement pour la jeune femme. Elle s'en serait profondément voulu de totalement trahir la vision politique de Dae'mid.
- Je pense que mon avis n’a désormais que peu d’importance. Les planètes sont destinées à évoluer, à bouger ! Peut-être ai-je accompli quelque chose voici quelques années qui mérite d’être amélioré, annulé, changé ? Nous faisons tous des fautes de jugement.
- Je serai autre, Sous-Préfet. Je ferai différemment. Je voulais seulement vous assurer que je veux faire au mieux. Vous êtes un administrateur. Vous voyez des dossiers, des objectifs à atteindre, des équilibres à respecter. Votre vision est... longue. Est-ce que... est-ce que vous aurez un conseil à me donner sur la modération, la patience ? Ces qualités là... me font défaut.
- Des conseils ! Allons, donc, ne vous ai-je pas donné pendant des mois de quoi réfléchir, ma chère ? Quantité de budgets, de dossiers ? Vous serez soumise à la patience, par la force même des choses et des événements. Cela dit... ne brusquez rien. Prenez simplement garde à « l’instinct », qui vous pousserait à agir précipitamment. Prenez soin, de votre position, de rassembler tous les angles de vue, toutes les données. Ainsi, vous comprendrez les points de vue des autres, leurs objectifs. Cela vous prendra un temps certain, mais jamais inutile.
La précipitation. Ce qui était jadis son meilleur allié était devenu l'écueil à éviter. Pour elle, la vitesse restait une qualité. Il avait fallu se heurter à la patience de Dae'mid pour comprendre que les décisions politiques ne devaient, la plupart du temps, pas être forcées. Le temps politique n'était pas le temps de la formation, le temps social, le temps économique. Il lui fallait trouver la conjonction de ces rythmes, si tant est qu'elle existait. Il fallait apprendre à faire confiance, dans l'avenir, dans les autres. Ces autres qui cachent, qui déforment et qui mentent, qui reviennent sur leur parole, elle devait aussi apprendre à voir en eux pour y puiser la force et la puissance qui lui manquaient.
Dans le silence qui suivit, Leiel observait la ville. Il lui semblait y distinguer des rouages, organes d'une mécanique gigantesque, sur lesquels, bientôt, elle aurait une partie du pouvoir. Elle ne se faisait aucune illusion : ou elle maîtrisait la puissance qu'on mettait dans ses mains, ou elle finirait broyée.
Un sourire étira finement ses lèvres. Elle avait hâte de commencer. -
Post n°22
Auteur : Super PNJLa réunion s’acheva dans le silence. Tout démissionnaire était-il, Dae’mid n’en oubliait pas ses responsabilités encore pesantes, et entendait bien mener jusqu’au bout les différents dossiers encore sur le feu. En somme, il reprenait sa routine habituelle avec un entrain renouvelé, comme si rien ne s’était passé, à l’exception d’une chose : Leiel l’accompagnait, désormais. Et il ne la ménageait à aucun moment. Pire, il était d’une froideur et d’une méticulosité sans pareilles. Chaque dossier, chaque personne était décrite, analysée, décortiquée par Dae’mid pendant les déplacements, et s’en suivaient d’interminables séances de travail et d’interrogations pour la Garqienne, qui avait tout intérêt à donner les bonnes réponses. A chaque erreur, le Gossam reprenait tout depuis le début, reposant les mêmes questions, encore et encore, jusqu’à ce que chaque détail soit parfaitement assimilé.
Si il prenait très à coeur le travail de professorat, il était évident qu’il voulait mettre toutes les chances du côté de Leiel lors de son accession à ce nouveau poste, il était donc exclu de la ménager. Le sommeil et les pauses commençaient à se faire rares, et si Athanae faisait preuve d’un certain zèle en continuant de compiler les dossiers, Dae’mid rappelait régulièrement Leiel à son ancienne tâche, la remettant à travailler sur des dossiers complexes, sans oublier de continuer à l’interroger. Pour lui, c’était un travail habituel. Pour l’Humaine, une découverte totale.
Ainsi, d’un instant à l’autre, il pouvait l’interroger sur les relations publiques avec la République, puis basculer sur les flottes séparatistes, avant d’embrayer sur le nombre d’universités présentes à la surface de Raxus. C’était un flot ininterrompu d’informations, qui semblait ne jamais se tarir. Les journées s’étiraient en longueur, même Athanae rentrait plus tôt chez elle le soir, et les cernes se creusaient dans le visage de la blanche qui devait surtout ne pas abandonner. Et inlassablement, le sous-préfet continuait, encore et encore. Ce manège dura des jours, jusqu’à ce qu’il la convoque dans son bureau.
Il eut un petit sourire en la voyant arriver : il savait très bien que ce traitement, aussi dur soit-il, était absolument nécessaire. Sans quoi, le premier impair la mettrait dans une situation délicate faute de connaissances. Une fois tous ses dossiers bien en main, les erreurs devenaient sinon excusables au moins réparables. Et ça faisait une différence énorme. De son côté, il avait avancé sur sa propre campagne, et les choses se présentaient sous de bonnes auspices, au point qu’il entrait dans la phase finale de son trajet. A cet effet, il devait donc se rendre sur Cato Neimoidia, et tenait à en informe son successeur en personne. Une fois n’était pas coutume, il avait disposé deux verres à cognac, avec une larme d’alcool, sur son bureau. Après tout, si le moment n’était pas bien choisi pour trinquer, alors il n’y en avait aucun. Lorsqu’elle fut installée, il leva son verre :
-A vous, ma chère, future sous-préfète de Raxus Secundus. Je tenais à ce que nous nous rencontrions à nouveau de manière plus informelle qu’à l’habitude, afin que nous échangions une dernière fois.
Il prit une très légère gorgée qu’il apprécia tout le temps nécessaire, pour bien faire ressortir les arômes de torréfaction et de fruits frais qui en découlaient.
-Je pars demain pour Cato Neimoidia, voyez-vous. Aussi, je vous confère la lourde tâche de remettre à la fois ma lettre de démission et ma lettre de nomination au Conseil Préfectoral. Celui-ci se réunira sur Géonosis dans trois jours, au cours d’une réception célébrant les récentes nominations.
Nouvelle pause, où il la regarda dans les yeux.
-Vous avez accompli du bon travail, et je suis fier de bientôt pouvoir vous appeler sous-préfète Osso. Bien entendu, vous pourrez toujours me recontacter pour me demander conseil. Mais n’en abusez pas. Je doute que mon point de vue soit suffisamment valable à l’avenir par rapport au votre.
Il leva à nouveau son verre.
-A vous.Spoiler : Spoiler
Kryann -
Post n°23
Auteur : Leiel OssoL'alcool toucha ses lèvres, mais pas sa langue. Son odeur seule suffisait à l'indisposer, mais il était hors de question qu'on imagine qu'elle ne boive pas. La fatigue jouait aussi, mais rien ne pouvait venir à bout du sentiment de reconnaissance qu'elle éprouvait pour le futur ex-sous-préfet de Raxus Secundus. Ce n'était pas la première fois qu'elle subissait un entraînement intensif, elle savait se plier à l'exercice, et elle était apte à apprécier les efforts fournis par son professeur.
Les principales industries, et celles moins indispensables, les lignes budgétaires problématiques, les Xeri Vinginti, qui n'étaient plus que quatorze, les avancées scientifiques, les projets immobiliers, les positions des Commissaires et Conseillers sur les politiques planétaires, la nécessité de financer l'expansion de l'astroport RaxVII dont les équipements devenaient obsolètes et ralentissaient les chargements et livraisons des produits agricoles. Les liens, parfois distants, avec les systèmes proches, ceux, parfois tendus, avec des voisins plus lointains, les marchés conquis et à conquérir, les instituts de formation, de recherche, techniques, industriels, les réseaux criminels et les crimes du quotidien, les hôpitaux, la natalité, l'immigration, l'émigration, les transports, la justice... Une goutte d'eau dans un océan de connaissances dont aucune ne devait lui échapper.
Et tous ces savoirs, tous ces détails précieux, ces leçons irremplaçables, elle avait fini par les attendre et en était venue à les rechercher. Elle sentait, même si elle savait cette émotion ridicule, une forme de reconnaissance filiale devant le Gossam. Ridicule, mais inaltérable. Dangereuse, peut-être. Elle s'en moquait et en venait, presque, à regretter le départ de son prédécesseur.
- A vous, monsieur Dae'mid, répondit-elle en levant son verre.
A nouveau l'alcool ne toucha que ses lèvres. Peut-être ses vapeurs la troublaient-elles un peu plus. Peut-être qu'elle percevait l'humanoïde comme un paravent qui la protégeait encore, plus prosaïquement. Peut-être qu'elle avait peur.
Elle se redressa un peu mieux, le menton levé, un léger sourire aux lèvres. On ne voit de soi que ce que l'on donne à voir. Maîtrise, calme, équilibre. Fierté.
- A Cato Neimoidia et sa chance de vous avoir pour préfet. A Raxus Secundus. A leurs futurs prospères.
Son sourire s'élargit. Fière de son propre parcours, et fière d'avoir pu servir le Gossam, ces derniers mois. Touchée par sa sollicitude inhabituelle, ce soir. Touchée aussi par son départ.
Le lendemain, elle se rendit aux coffres, fit ouvrir un espace à son nom et y déposa la pile de flimsis sur lesquels elle avait pris soin de noter jusqu'au plus petit détail des opérations permettant la culture du caf sur sa planète. Le conteneur dans lequel les graines de la liane reposaient rejoignit les documents. Si jamais il lui arrivait quelque chose, son successeur aurait aussi cette carte dans sa manche.
Puis elle prit place dans la navette pour Géonosis. La tête pleine de détails, de plans, d'inquiétudes, d'excitation, elle s'endormit vingt minutes après le décollage et ne se réveilla qu'à l'approche de la planète aride. Le nez presque collé au permaverre, les yeux grands ouverts, elle observait la surface brune et y remarquait de plus en plus de détails dans les rares infrastructures visibles. Il lui fallut un temps pour réaliser qu'elle devait se préparer. Elle se devait d'être aussi présentable que possible. Elle était sa propre représentante, et celle de sa planète. Leiel se glissa dans une robe blanche et violette, et attacha à son cou une améthyste pendue à un collier d'argent. Elle était prête. Une nouvelle partie allait commencer.
