Bienvenue sur SWRPG !

Créé en septembre 2006, ce RPG situé dans l'univers Star Wars a démarré à l'aube de la Guerre des Clones. Nous avons cependant pris une trajectoire bien différente de celle de la saga. 18 ans plus tard, nous voilà dans un univers parallèle aux films de George Lucas, un univers unique dans lequel nos propres personnages ont eu (et auront) un impact sur sa destinée.

Contexte: Il n'y a pas si longtemps que ça, dans une galaxie lointaine, très lointaine... L'Ancienne République influençait les quatre coins de la Galaxie, guidée et protégée par les légendaires Chevaliers Jedi, gardiens de la paix et de la justice. De nombreuses années plus tard, on dénombre de nombreux régimes successifs, mais aucun n'a réussi à s'imposer durablement. Empire Démocrate... Empire Sith... Voilà que les différents chemins empruntés nous ramènent donc à une République Fédérale, sans que l'on soit assuré qu'elle parvienne à durer dans le temps. Une République Fédérale qui décide de miser sur la nouvelle Garde Républicaine, vouée à remplacer un Ordre Jedi dont on refuse le dogme si particulier.

Pendant ce temps, Sith, Séparatistes et Chasseurs de Primes ont su se préserver à différentes échelles de l'échec de l'Ancienne République. Tandis que l'Ordre Sith a connu récemment sa fin sur Cathar, laissant la place à différents cultes bien moins influents mais tout aussi dangereux, les Chasseurs de la Guilde de Dantooine n'ont jamais été aussi nombreux, parcourant les mondes à la recherche de primes qui en valent le coup. La Confédération des Systèmes Indépendants, elle, résiste aux fluctuations du temps et se préserve des menaces extérieures en n'hésitant pas à agir lorsqu'il le faut, comme l'en atteste son intervention musclée sur Cathar. La même Cathar qui avait accepté d'accueillir les Vestiges de l'Empire suite à la scission de l'Empire Sith, et qui aujourd'hui se retrouve sous la tutelle des Séparatistes.

Les temps sont sombres, le ciel annonce de mauvais présages comme c'est le cas à chaque nouvelle ère. Les relations entre les grandes puissances ne sont pas au beau fixe, les Sith sont de nouveaux reclus dans l'ombre -là où ils sont les plus menaçants- et les Jedi se terrent sur Endor, bien décidés à ne pas dévoiler leur présence à ceux qui leur sont hostiles et bien décidés à s'en tenir à leur but éternel : l'étude de la Force.

Jamais une ère de SWRPG n'aura été si indécise et pourtant, il y aura toujours quelqu'un pour bouleverser l’échiquier galactique. Comme ce fut le cas ces huit dernières années. Peut-être que tu seras cette personne, qui sait? Notre Galaxie t'attend !

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    Le ChroniqueurL Hors-ligne
    Le Chroniqueur
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    #4

    Post n°4
    Auteur : Arnon Veral

    Leiel Osso semblait très enthousiaste, comme à son habitude, avec un soupçon d’extravagance. Elle semblait particulièrement heureuse de mon attention. Je répondis à l’affirmative, elle pouvait en effet ouvrir et déguster un des chocolats. Lorsqu’elle me proposa d’en prendre un, je choisis un petit, finement décoré par le chocolatier avec de petites lignes oranges. En la remerciant, je portais le chocolat à la bouche, les saveurs étaient très fines, élaborées, je voyais là le chef d’œuvre d’un artisan qui n’avait pas usurpé sa réputation.

    -Je l’ai en effet croisé à la Préfecture où m’ont amené mes affaires, mais nous n’avons malheureusement pas eu le temps de beaucoup bavarder. Je pense que son nouveau mandat l’occupe pleinement.

    Aucun mensonge quant à Dae’Mid, je savais qu’Osso et lui étaient proches, mais je voyais plutôt le Gossam comme une sorte de mentor pour la Sous-Préfète qui pourtant s’en était détachée pour penser elle-même. J’observais ses yeux violets et son visage uniformément blanc, il y avait là une coquetterie, une ultime originalité qui se matérialisait jusque son apparence. Osso était une amatrice d’art et c’était comme si toute sa vie était organisée autour de cela, comme si même son apparence avait été travaillée pour devenir une peinture de maître. Certains auraient pu la trouver jolie, mais ce n’était pas de cela dont il s’agissait, son teint blafard contrastait avec ses yeux violets et ses tenues extravagantes…On ne pouvait pas oublier son apparence. Je pensais que cela devait parfois peser dans les négociations, quelqu’un d’aussi original n’était pas oublié et cela devait lui donner un certain privilège. Mes cicatrices avaient au départ joué contre moi, mais j’avais su, au fil du temps, en jouer et ma politesse et mon savoir-vivre arrivaient à compenser cela. Je m’étais toujours adapté et je continuais…On ne se refaisait pas. Je sentis sa main se poser sur ma manche, surpris par une proximité soudaine avec cette politicienne que je ne connaissais finalement pas tant que ça.

    Je compris alors qu’elle m’avait fait venir plus tôt à dessein. Était-ce pour me parler de la délégation ? Peu probable, je sentais qu’elle avait voulu se rapprocher de moi pour m’observer. Elle me donnait parfois l’impression d’être un entomologiste qui a découvert une bête bizarre. Ses déclarations quant à ma disparition semblaient pourtant sincères, mais j’avais suffisamment fréquenté de politiciens dans ma vie pour pouvoir vous dire qu’il ne fallait pas simplement se baser sur la forme, certains étaient très habiles pour mentir et manipuler. L’environnement avait quelque chose de vertigineux, voire de complètement surréaliste : que ce soit dans les droïdes de combat en rang d’oignons, dans ceux qui virevoltaient et prenaient des vues ou dans cette cascade qui coiffait un enchevêtrement complexe d’espèces végétales exotiques. La marée du temps semblait s’être figée, laissant une parenthèse pour que nous puissions parler. N’était-ce pas là l’objectif de la Sous-Préfète ? Je ressentais que c’était un de ces moments où tout se jouait, où un basculement était possible. Les animaux semblaient insensibles à mes interrogations, pourtant la Sous-Préfète continuait à parler, son timbre de voix était clair, décidé, je me fis la remarque que sa diction était parfaite et que c’était en fait un des chevaux de bataille de son charisme. Ses phrases intelligibles et son discours bien construit semblaient trouver du sens et bien s’imbriquer jusque dans les digressions ô combien nombreuses.


    -Ma journée est libre, j’ai déjà donné mes instructions à mes collaborateurs.

    Sourire poli, je n’allais pas gâcher une telle occasion. Je sentais en Osso un certain potentiel, en effet depuis le départ j’avais apprécié son extravagance et son franc-parler. Je ressentais en elle un réel amour de Raxus Secundus et surtout une volonté d’en faire quelque chose de bien. Je respectais l’idéalisme et les principes, tout du moins étais-je fasciné par ceux qui en étaient capables. On adule toujours ceux qui ont ce qui nous manque me direz-vous. Vous aurez sans doute raison, sur le fond, je vous ai démontré à de nombreuses reprises que je suis un individu pragmatique, parfois cynique mais toujours sans scrupule. Je dois l’avouer, dans une situation qui met en jeu ma survie ou mon avancement, je suis sans foi ni loi. Cela a finalement su se calmer après les années, sans doute car la période Impérialo-Sith est terminée, dans le feu de l’action, je ne réalisais pas l’ampleur de mes méfaits mais mes années de vie respectable m’ont depuis fait relativiser. Dire que je regrette serait un peu fort, mais nier une certaine forme de prise de conscience serait malhonnête. Finalement, je ne suis peut-être pas un cas désespéré, je n’irai peut-être pas en enfer. Quoi qu’il en fut, Osso semblait avoir cette sorte de naïveté dans les intentions couplée à un pragmatisme dans les actions qui poussait au respect. Son projet semblait réellement l’habiter, elle semblait porter par son idée de redorer le blason de Raxus Secundus et d’exister auprès d’une CSI de plus en plus distante et de plus en plus rigide dans sa bureaucratie.

    Elle désigna des roseaux, me narrant qu’un animal s’y cachait. J’eus beau observer avec insistance, je ne vis rien. Simplement une épais bosquet de roseaux qui émergeait d’une claire qui semblait sans fond. Si l’oiseau s’y trouvait, il était bien caché. Osso semblait à la fois contrariée de ne jamais avoir observé cet animal mais également très excitée par son existence théorique jamais démontrée. Il y avait quelque chose d’enfantin dans son comportement, cette foi dans les dires d’un adulte -ici le botanique- sur quelque chose d’incroyable qui était là, sous nos yeux, mais pourtant invisible. Tel était le cas de cet échassier.

    -Les choses sont parfois sous nos yeux et nous ne les voyons pas, précisément car nous ne sommes pas prêts ou que ce n’est pas le moment. La nature est capricieuses, mais lorsqu’on y investit suffisamment de temps, on finit par y arriver. Je n’ose imaginer le travail qu’il a fallu pour recréer un tel écosystème…Cela dépasse le parc zoologique. Ce n’est pas l’échassier qui est dans son parc au milieu de la ville mais c’est bel et bien nous qui sommes dans son environnement…Il peut donc se cacher à sa guise.

    Il y avait quelque chose de métaphysique dans mes paroles. C’était l’allégorie d’une vie humaine, combien de connaissances et d’opportunités passaient sous nos yeux sans que nous puissions les voir ni les saisir. Certains sages passaient leur vie entière, dans l’Antiquité, à rechercher un savoir, jusqu’à en perdre la raison. Les cas où ces savants pourtant très érudits finissaient par comprendre à la fin de leur vie qu’un détail leur avait échappé étaient pléthore. Des années auparavant, je me félicitais de mon pragmatisme, précisément car pour moi il était l’immunité contre des quêtes théoriques trop frustrantes, la porte d’entrée vers un bien-être matériel, de toute manière le seul auquel j’avais accès immédiatement. Malheureusement, j’avais compris qu’en négligeant l’idéologie, la morale et d’autres concepts qui m’étaient alors abscons, j’avais coulé avec le navire Impérial sans en être pourtant le capitaine. Certains, comme le Gouverneur Selim Varicus, avaient su prendre les canaux de sauvetage et ne jamais être inquiétés…C’était l’enchaînement logique pour quelqu’un comme cet homme. Moi, j’avais réussi à m’en sortir en manipulant les faits, en trompant le destin et ma propre mort. Mais malheureusement, j’avais perdu mon identité, trouble dissociatif imposé…Ludwig Noas était mort, avec lui ses accomplissements, Arnon Veral était né pour une deuxième fois, feuille vierge. J’avais eu une deuxième chance, arrachée par le mensonge et la tricherie, ne laissant qu’un cœur lourd de remords et de nostalgie. Si je m’étais enrichi pendant des années et que j’avais pu devenir quelqu’un de respectable, j’avais pourtant sauté sur l’occasion de rejoindre le DSP, autrefois notre ennemi mortel. C’était ironique et presque tragique, la tragédie du scénario qui se reproduit sans cesse. Lorsqu’on a conscience de quelque chose, qu’on voit les récurrences, sans pour autant en comprendre la loi. Cet échassier était là, nous le savions et pourtant, nous ne pouvions pas l’observer. Se ruer dans les roseaux aurait biaiser l’observation, l’animal se serait enfui sans que nous puissions observer son comportement et ses détails. Tel était l’énoncé de ce que les psychologues appellent métaphoriquement un faux choix. La vie n’était qu’un enchaînement de faux-choix, nous pensions poursuivre des buts mais la plupart du temps nous n’étions que prisonniers de notre environnement, pris dans un tourbillon de déterminismes dont nous n’avions même pas conscience. Alevins sans âme ni libre-arbitre, prisonniers de la mare poisseuse de notre destin. Certains se rassuraient avec des enfants, une famille, d’autres avec une ambition, mais au fond de nous, nous savions tous…Cela n’était pas suffisant pour nous masquer à nous-même notre impuissance et notre médiocrité. Cette pensée m’avait toujours rassuré.

    L’évocation d’une proposition me ramena dans la réalité. C’était donc cela, Leiel Osso voulait me faire une proposition. Les capteurs de mon ambition s’activèrent, je voyais peut-être là poindre l’opportunité que j’étais venu chercher. La Préfecture était une opportunité en soi, et même si j’avais beaucoup de plaisir à badiner avec Osso, la perspective d’avoir mes entrées à la Préfecture aurait donné à AgroChrome la notoriété et la respectabilité que j’avais voulu pour la société depuis bien longtemps. La petite entreprise familiale qui vivotait avait été modernisée par mes soins au fil des années et j’avais intensifié le développement depuis que j’en avais pris les rennes en la modifiant profondément. L’ancien propriétaire était un homme dépassé qui pensait que son entreprise avait fait son temps, qu’elle ne durerait pas dans le temps et surtout qu’elle resterait une petite entreprise écrasée par les plus gros. Aujourd’hui, nous étions capables d’exister, c’était mon œuvre et je comptais bien la pousser bien plus loin. Mon ambition secrète était de faire d’AgroChrome une entreprise qui dépasserait Raxus Secundus et ouvrirait des succursales dans d’autres mondes, c’était pour cela que j’avais entrepris de faire de nombreux déplacements afin de pouvoir étendre notre influence. C’était pour l’instant modeste, mais cela commençait à fonctionner. Nous nous adaptions aux réglementations locales d’autres planètes.

    Alors qu’Osso me questionnait sur le fameux accident et la disparition présumée, elle fut coupée par une carpe qui sauta pour attraper un insecte. La malheureuse créature n’eut pas le temps de réagir, elle avait sans doute anticipé une attaque par les airs ou horizontalement mais pas d’un monstre aquatique de taille proportionnellement démesuré qui sortirait de sous les ondées. La bouche démesurée se referma sur l’arthropode volant, ne lui laissant aucune chance. Revint la question fatidique, que m’était-il arrivé durant mon absence ? Il était clair que je ne pouvais pas répondre à Leiel Osso que je faisais partie du DSP, je devrais donc rester dans les clous de la version officielle qui avait été brodée par mes supérieurs et moi-même.


    -L’histoire est en réalité assez simple et aurait pu être fort dramatique. J’étais en voyage, pour le travail et ma navette a eu une avarie. Je n’ai eu que le temps de sauter dans une capsule de sauvetage qui s’est finalement écrasée sur Utapau. Fort heureusement, le pilote de ma navette était un droïde et aucun mort n’est pas déplorer.

    La réalité n’était pas si loin de cette version. Les accidents et les avaries sur les navettes étaient très rares, mais cela arrivait. Il était tout à fait possible qu’une navette privée ait un problème, il était encore plus probable que la personne prise dans un tel accident monte dans une capsule de sauvetage dont étaient équipés tous les appareils civils et militaires. Ces capsules allaient du plus basique, comprenant un simple module orbital au plus complexe qui pouvait parfois comprendre des modules d’hyperespace.

    -Ma navette s’est finalement écrasée en tentant l’atterrissage sur Utapau, j’ai perdu connaissance et été blessé. Les autorités ont retrouvé mon corps inanimé et je me suis réveillé à l’hôpital. Malheureusement, je n’avais ni papiers, ni documents pour prouver mon identité et j’ai terminé sous surveillance, le temps de pouvoir régulariser ma situation. Ironie du sort, je n’étais pas censé me rendre sur Utapau, je n’étais donc pas dans leurs registres, j’ai pu finalement m’en sortir lorsqu’ils ont consulté le registre du commerce de Raxus Secundus.

    Tout cela était parfaitement cohérent, la CSI était une telle entité que prouver son identité pouvait prendre plusieurs jours. Si je m’arrangeais un peu avec la vérité, ma voix ne trahissait aucun mensonge, elle était assurée et claire. Je me bornais à déclamer la version qui était officielle, si Osso consultait le registre du commerce, elle verrait en effet que les autorités d’Utapau avaient fait une demande concernant AgroChrome et son propriétaire, pour avoir la copie des documents d’identité de ce dernier.

    -J’ai été retenu sur Utapau deux semaines pour ma convalescence, mais également pour faire les papiers et surtout que les experts de l’assurance n’élucident l’incident avec la navette. La navette a disparu dans l’espace et il a fallu cinq jours pour qu’ils la retrouvent et que la boîte noire confirme ma version des faits, par chance le droïde pilote avait mis les réacteurs en sécurité pour éviter une déflagration interne qui aurait été plus compliquée à prouver. Les experts avaient peur d’une escroquerie à l’assurance et j’ai été sous surveillance pendant toute la durée de ma convalescence. La balise de la navette avait pourtant signalé l’accident et c’est pour cela que j’ai été déclaré mort, le temps qu’on prouve mon identité et que j’étais bien le passager de cette navette. Une histoire assez complexe, un concours de circonstances…

    J’omettais soigneusement de parler des droïdes et de l’escouade qui m’avait poussé à avoir cet accident. Mon histoire était pourtant parfaitement crédible, car tout était vérifiable, c’était l’avantage du DSP, il s’évertuait à fournir les preuves de nos alibis officiels. Si Leiel Osso cherchait, elle trouverait que ma navette avait effectivement eu une avarie, que j’avais été détenu sous surveillance à Utapau, avec même un passage bref en prison après ma convalescence. J’avais passé sous silence la prison, mais cela ne rendrait que les choses plus cohérentes, car c’était ce que j’aurais fait de toute manière, j’avais un certaine étiquette à honorer et étant un homme honorable, je n’avais rien à faire en prison. Je haussais les épaules en souriant à Leiel Osso, plongeant mon regard dans le sien, mes cicatrices s’animant alors qu’un sourire occupait mes lèvres.

    -Une histoire complexe, un coup du sort qui aurait pu se terminer par ma mort. Il faut croire que ce n’était pas mon heure. Je crois que je n’ai jamais été aussi proche de la mort…

    Cela non plus, ce n’était pas tout à fait vrai, mais ça restait cohérent avec le personnage que je m’étais construit durant toutes ces années. Même si ma cicatrice était réelle, cela n’avait rien à voir avec ce qu’on risquait lors d’un accident de capsule de sauvetage ou de la déflagration d’une navette.

    Dix ans auparavant, bordure extérieure,

    La journée suivant la fameuse nuit s’était déroulée non sans un certain malaise pour moi. Rec était revenu, frais comme un gardon, il semblait en revanche frustré de ne pas avoir réussir à conclure avec Cigella, mais s’était rapidement remis de ses émotions en affichant son sourire toujours plus affirmé. Aussi lorsque nous devions à nouveau nous retrouver à l’usine, j’arrivais en retard et Rec comme Ambre étaient là, passant en revue une troupe les ouvriers et plusieurs représentants Impériaux qui se trouvaient là, y compris le Gouverneur Selim Varicus qui m’accueillit avec un grand sourire alors que j’enfilais ma casquette sur la tête, pas rasé.

    -Alors Capitaine, on est celui qui a le moins bu mais on a une panne de réveil ?

    Rec était hilare et Ambre renchérit « C’est vrai ça Capitaine, vous avez été le plus sage et on vous récupère dans cet état…Pas très sérieux…Gare au blâme ! » Rouge comme une pivoine, je me mettais au garde-à-vous devant les stormtroopers qui eux-aussi faisaient de même.

    Nous nous accordâmes sur une conférence l’après-midi sur la situation de la planète. Nous réunîmes dans une grande salle. S’enchaînèrent plusieurs officiers de l’armée qui faisaient une conférence sur la situation militaire qui tournait en défaveur des autochtones. Les « Libérateurs », groupe de combattants local, avaient perdu leurs soutiens et s’étaient repliés dans la montagne. Leur chef avait voulu négocier pour le bien de la planète, il avait eu pour toute réponse tirs d’artillerie et marcheurs de combat. Vint ensuite la question politique, ce fut Varicus qui introduit cette session et laissa la parole à Ambre qui développa la nouvelle politique de la planète. On m’avait prévenu que je devrais intervenir, j’avais l’habitude de cela puisque nous intervenions à chaque conférence de situation, mais le nouveau pour moi était de défendre ma politique contre celle que défendait Ambre. Au moment de me lever pour aller sur l’estrade, Varicus me jeta un regard inquiet, il savait que sa propre politique dépendrait également de moi.

    J’entrais ma présentation dans l’holoprojecteur et commençais mon exposé, présentant les modèles que j’avais déjà implémenté sur d’autres planètes et montrant comment nous pouvions le mettre en place ici. Je montrais ce qui avait déjà été fait, combien notre modèle dépendait de la technologie qui pourtant était proche de zéro. C’est alors qu’un officier qui était avec nous, un fonctionnaire militaire, leva la main.

    -Je m’excuse Capitaine, mais comment comptez-vous donc implémenter une quelconque technologie ici ? Le monde est dénué de toute infrastructure.

    Cette fois, je vis Varicus me jeter un regard inquiet. Il savait que de ma réponse dépendait son ambition politique et le bon développement de son idéal industriel. J’avais de mon côté la possibilité de faire tomber le pourceau, l’homme-porcelet qui nous avait tant dégoûté Rec et moi. Que ce soit bien clair, j’avais tout à fait conscience que Varicus était une véritable ordure, mais bon Rec et moi ne valions pas mieux. Un paladin blanc aurait sans doute choisi la voie de la justice universelle et du progrès, purgeant ce système de son l’imposante scorie corrompue qu’était Varicus. Au risque de vous décevoir, je n’étais pas cet homme, ma fonction était de faire tourner la barraque et Varicus était nécessaire. Pour ne pas vous mentir, la soirée passée avec lui avait également participé à le faire apparaître comme un peu plus sympathique, tout corrompu qu’il était, c’était un bon compagnon de soirée. Aussi, je pris à nouveau la parole d’une voix claire et directive :

    -Eh bien, nous ferons comme nous l’avons fait sur d’autres mondes. Le principe est de faire venir des industries ici, nous leur proposons des contrats exclusifs avec l’armée, leurs engagements sont d’apporter l’infrastructure et de respecter les délais et le volume. Cela a fonctionné dans une dizaine de mondes, je connais des noms d’industriels capables de faire cela. Vu la particularité locale, je propose de suivre la note du Gouverneur Varicus qui permettrait de trouver des gens sérieux capables de s’adapter à la faible qualification des autochtones.

    Varicus peina à réprimer un sourire, il me fit un clin d’œil, relevant le pouce discrètement. L’homme acquiesça. S’ensuivit une série de questions sur mon propre engagement à respecter les directives amenées par Ambre. Alliant la chèvre et le chou, je m’engageais à respecter les directives tout en étant conscient des nécessités du front. Je proposais de produire des étuis à munitions blaster et des musettes en cuir qui serviraient à nos soldats au front, car cela permettrait de faire travailler directement les autochtones. Ambre prit ensuite la parole, évoquant la rémunération et les conditions de travail. Magnanime, je promettais d’augmenter la ration de riz et les salaires et d’inclure cela dans le contrat. La Zeltronne sourit à nouveau, un air narquois et se rassit. Bien évidemment, mes actions furent largement acceptées : elles ne coûteraient rien à la planète, simplement aux industriels et permettraient à tout le monde de s’y retrouver. Même si je savais très bien au fond que Varicus avait fait des contrats véreux qui coûteraient un budget supplémentaire à l’Empire Sith, c’était la rançon à payer pour que les troupes au front soient ravitaillées et que nous augmentions la production…Ma seule préoccupation à mon niveau. Alors que je me dirigeais vers la fontaine de café, me servant un gobelet. Varicus me tapa amicalement l’épaule « Bravo mon gars, je dois me méfier, tu vas finir par prendre ma place avec des coups d’éclat comme ça ! » Il sourit de nouveau en saisissant une des pâtisseries qui se trouvait là. Ce fut le tour de Rec qui applaudit en me prenant lui-aussi par l’épaule « Brillant ! ». Lorsque j’eus finis de parler avec d’autres militaires présents pour leur présenter le projet ou répondre à des questions, je sentis, alors que j’étais isolé une main m’enlacer brièvement la taille. Ambre était là et ricana. « T’es plus malin que t’en as l’air, Capitaine, t’as réussi à satisfaire tout le monde. Je dois faire attention avec toi. » Ne perdant pas ma répartie, je lui tendis un gobelet de café en répondant avec un clin d’œil et un sourire enjôleur.

    -Oui, et méfie-toi, je suis un adversaire tenace, je ne lâche jamais rien. J’ai encore plusieurs tours dans ma manche.

    Il résulterait de ses accords la fameuse « Directive Noas », un des faits majeurs qu’on me reproche en plus du Massacre de la Forge. Je réaliserai en effet bien plus tard que j’avais été le seul à signer la directive concernant le traitement des prisonniers : ni Varicus, ni Ambre, ni même Rec n’avait posé sa signature. Le Département des Affaires Industrielles et Economiques s’était contenté de l’approuver sans même la signer non plus. S’en suivit donc des déplacements massifs de populations pour aller vers des usines qui ne respecteraient pas les directives alimentaires. Vers la fin de la guerre, les approvisionnements en riz ne suivraient plus et c’est plusieurs centaines de milliers de personnes qui trouveraient la mort. Me considérer comme responsable de tout cela est aller vite en besogne, mais le tribunal qui me condamnera par contumace et examinera mon cas retiendra cette directive comme un des chefs d’accusation majeurs. Il serait écrit dans les conclusions du tribunal que j’avais organisé des famines pour remplacer les habitants par des impériaux, épuisé les populations locales au travail, certains ordres signés de ma main étoffant cette thèse seront retrouvés à la fin de la guerre, je n’étais pourtant même plus en poste à cet endroit…

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      #5

      Post n°5
      Auteur : Leiel Osso

      Je suis jeune. Mes tresses blanches ne cessent de tomber devant mes yeux que je garde grands ouverts. Si je passe la tête entre les deux types en face de moi, je peux voir les acrobates et les jongleurs. Les balles lumineuses montent de plus en plus haut, des rubans de néons semble pleuvoir dans la nuit sur la petite place, leurs traînées persistent dans ma rétine et je sens en moi l'excitation du spectacle, sans crainte de rien perdre, puisque rien sur moi n'est digne d'être volé. Je souris et je mâche, la bouche ouverte, une brochette de poisson dont la sauce fait une tâche sur mon haut de résille, sur ma peau blanche. Rien n'est plus important que le spectacle. Peut-être que les balles ne redescendront plus, que les trois artistes resteront les bras en l'air, que la foule les acclamera et ce sentiment d'appartenance, de gratitude, fixe cette image en moi pour toujours. Déjà, Jayce pose la main sur ma nuque et m'entraîne. Je baisse les yeux, je souris humblement, je lui emboîte le pas.

      Je suis maigre. Les os de mes hanches semblent presque percer ma peau sous ma combinaison orange, mes yeux sont creusés, mon souffle est irrégulier, sifflant. Je suis en train de mourir. Quand je revois en mémoire, dans la migraine permanente, ce bref moment de plaisir, ce n'est plus le spectacle mais les spectateurs que j'examine avec une acuité nouvellement acquise. La rue se déverse par la gauche sur la petite place, ce qui explique le mouvement tournant autour des saltimbanques. Les balles de jonglage sont des drones, c'est pourquoi leurs trajectoires sont parfois inattendues. Dans la foule, seuls les pickpockets ont les yeux baissé. Jayce pose la main sur sa nuque, sur ma nuque. Le geste est dominateur et je l'accepte parce que celle qui a été moi reconnaît sans hésitation son autorité. La nuit sera sordide, mais quand le sordide devient normal, il s'impose sans force et sans cri. Les dynamiques sociales ont maintenant du sens, et le spectacle n'a plus, en soi, d'intérêt.

      Je suis là, sous le dôme mouvant d'un Arboretum plus grand que ce que j'ai jamais vu de mes propres yeux. Arnon Veral vient de devenir une balle que je lance parmi toutes les balles avec lesquelles je jongle. Sa position n'a de sens que relativement par rapport aux autres et mon rôle est de maintenir en l'air des situations, des événements déjà passés ou à venir, des objectifs plus ou moins avouables, pour que je puisse leur redonner l'élan nécessaire à cette danse mécanique. Rien n'est plus important que ce mouvement perpétuel.
      Je souris.

      - Vous avez eu tant de chance... combien sont ceux qui ne sont jamais revenus de ces accidents-là. Merci de m'avoir éclairée. Je suis profondément désolée que vous ayez eu à vivre une pareille expérience, et je n'ose imaginer ce que vous avez enduré. Etrange planète qu'Utapau, mais dans la tempête toutes les îles sont des ports. Heureusement que vous n'étiez pas trop loin.

      Dans le chahut de la cascade, les moteurs discrets qui poussaient les arches de la voûte ne s'entendaient presque pas. Le bourdonnement des insectes restait largement plus perceptible. Parfois, des diptères s'attardaient autour des humains comme pour les dévisager de leurs yeux à facettes. La même image, répétée des dizaines et des dizaines de fois, chaque version infinitésimalement différente de celle de ses voisines.

      - Pendant ce temps, nous apprenions votre décès. Vous m'avez fait franchir toutes les étapes du deuil, savez-vous ? Impossible d'y croire, au début, et la colère... Mais c'était au moment où il n'y avait encore qu'une version. Comment s'appelait-il, déjà... un inspecteur a mené une enquête ici. Parce que nous, nous avions la première mouture, celle de l'accident de speeder.

      Osso fouilla dans sa poche, fronça les sourcils quand elle sentit la boîte de chocolats entre ses doigts, changea de côté pour en tirer un simple morceau de pain qu'elle émietta entre ses doigts. Elle se servit des débris pour attirer les échassiers à bec plat qui filtraient la surface de l'eau, enchantés.

      - Oh, je sais bien qu'il ne faut pas nourrir les animaux. Mais ce ne sera que pour cette fois, et plus jamais. Une fois cette opportunité passée, elle ne se représentera plus et ils pourront retourner à leur vie routinière.

      Le courant du bassin ralentissait un peu sur les bords, entraînant plus lentement les miettes, les rendant plus évidentes pour les oiseaux.

      - Déjà, à ce moment-là, je vous pressentais pour l'Arborescence. Vous en avez entendu parler j'espère ? Un marché multiplanétaire, un chantier scientifique inédit, une collaboration politique accrue... Voilà ce que je veux. Un moyen pour les Cekkel et les Raklin d'avoir les débouchés qu'ils méritent, une plate-forme galactique pour promouvoir la qualité de nos produits et le sérieux de nos exigences, les brevets du futur, les découvertes de demain, et nous... en tête. A notre niveau, selon nos propres exigences, mais en tête. Je deviens un peu lyrique en parlant de cela, mais si l'Arboretum est un projet de Gray Dae'mid, l'Arborescence est le mien. D'une autre échelle, sans aucun doute. Mais s'il est trop grand, trop vaste, il sera inutile. Encore une couche d'administration stérile, sans contact avec le monde qu'il doit servir, sans application réelle. Vraiment, Agrochrome pourrait avoir sa place dans ce projet. Une interface, une connexion. C'est ce que j'imagine, en tout cas.

      Un oiseau brun plia ses longues pattes coudées pour se diriger vers le bord du bassin, ce qui ravit visiblement Osso. Les joues roses, elle se tourna vers Veral, parlant un peu plus bas pour ne pas effrayer l'animal.

      - Formidable ! Si les femelles avancent, nous aurons peut-être plus de chance de voir le mâle... Alors quand vous avez disparu, vous imaginez ma tristesse et ma déception. A ce propos, je dois vous dire. L'enquête a tenté de démontrer que vous étiez décédé dans l'accident qui a provoqué l'incendie d'un speeder de votre compagnie. Ce serait presque comique si la situation n'avait pas semblé si tragique. La Préfecture a pris le relai, bien entendu, comme le veut la loi.

      Mais elle lèva les yeux au ciel, amusée par quelque chose.

      - Je parle moins fort, mais avec ce bruit, qui pourrait nous entendre. Ca n'a pas de sens. Que disais-je... Ah oui. L'enquête, la Préfecture, la loi. Pour bien saisir la suite, il faut comprendre que j'étais vraiment en colère, je refusais d'y croire et c'est pour cela que je suis intervenue personnellement. Les étapes du deuil... Enfin. J'espère que vous avez pu retrouver votre entreprise en bon état et récupérer toutes vos affaires sans ennui ou dégâts, votre carnet de rendez-vous, vos véhicules, vos souvenirs.

      Et elle plaça délicatement le morceau de pain dans la main de son interlocuteur. Si ses iris semblaient un océan de mauve, c'est parce que ses pupilles n'étaient que deux points noirs. Son sourire monochrome restait cette fois illisible.

      - Vous êtes « l'ami des bêtes », monsieur Veral. Je sais que vous séduisez les oiseaux plus facilement que d'autres. Essayez donc de faire sortir cette créature de sa cachette, s'il vous plaît. Je veux la voir pour ce qu'elle est. Elle doit avoir peur, sans doute. Elle n'a pas de raison de nous craindre. Personne ne lui veut de mal, même si elle ne peut que l'ignorer encore.

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        Post n°6
        Auteur : Arnon Veral

        La conversation continuais et même si Osso semblait particulièrement impliquée et n’avait pas quitté la bonhommie qui la caractérisait, quelque chose s’était produit. Les divergences entre les versions n’était pas ce qui semblait clocher : cela arrivait souvent, surtout dans un système aussi tentaculaire que celui de la CSI. Alors quel était ce qui semblait accrocher l’esprit de Leiel Osso ? Etait-ce mon absence ? Cela semblait être le fond du problème, que je sois mort. Pourquoi parlait-elle d’étape du deuil ? Nous n’étions pas si proches après tout. Souriant lorsqu’elle eut terminé sa deuxième phrase concernant son deuil, je dédramatisais la situation en haussant les épaules, moi-même toujours souriant.

        -Si je n’ai jamais cru en la chance, je dois bien vous avouer que j’ai fini par admettre l’existence d’une certaine providence. Jusqu’à présent, elle a été de mon côté et m’a évité bien des tracas. Je vous remercie pour votre solidarité dans cette épreuve et si j’ai pu vous embarrasser ou vous attrister, je vous prie d’accepter mes plates excuses. Être en garde surveillée sans pouvoir prouver son identité n’est pas la situation idéale pour prévenir ses proches.

        Des proches, je n’en avais pas. La seule personne que je pouvais appeler se trouvait très loin et en général m’appelait pour me demander de l’argent. J’avais donc peu à peu évité les contacts. Il y avait surtout le personnel d’AgroChrome, mais ces derniers ne pouvaient pas être considérés comme proches. Je me rendais compte de la vacuité de ma vie, c’était finalement là ma punition, celle de vivre en solitaire. Je m’en étais accommodé pendant des années, au point d’avoir oublié ce qu’était d’avoir quelqu’un qui se faisait du souci pour moi. La situation était d’autant plus étrange que cette personne se présentait comme une politicienne. La Sous-Préfète et moi-même ne nous étions pourtant rencontré qu’une paire de fois. La délégation comptait des gens bien plus puissants que moi et bien plus influents. Utilisant un morceau de pain qu’elle fractionna et effrita à la surface de l’eau, elle se justifia d’attirer les échassiers qui semblaient à nouveau être son obsession. Les animaux semblèrent captivés par cette attention, comme si la nourriture avait un effet magnétique sur eux. Un des oiseaux se dirigea vers le bord du bassin, relativement méfiant, l’appel de la nourriture fut pourtant trop fort.

        C’est alors qu’Osso me fit la proposition pour laquelle elle m’avait fait venir : prendre en charge l’Arborescence. Je hochais la tête lentement, j’en avais entendu parler par les médias, même si cela ressemblait plutôt à un grand chantier lointain capable de rendre la splendeur à Raxus Secundus, il apparaissait qu’Osso était en capacité de lancer son projet. Mon visage se crispa alors qu’elle m’en fit découvrir l’ampleur. C’était beaucoup plus que ce que j’avais imaginé, ce type de poste était un poste de premier plan. Une fonction supplémentaire qui m’occuperait à temps plein. Je souris poliment en l’écoutant terminer et en me parlant de la place d’AgroChrome dans une projet aussi pharaonique. Un frisson me parcourut l’échine, j’étais très excité, comme un enfant devant ses cadeaux d’anniversaires. Je voyais là la cristallisation de tout ce qui avait motivé mon ambition jusqu’à présent. Mon esprit avançait vite et les premiers freins apparurent dans mon esprit, à l’instar de ces échassiers, j’étais effrayé des risques, une telle position m’exposerait. D’anciens collaborateurs, d’anciens soldats, d’anciens prisonniers pourraient me reconnaître. C’était ma hantise, depuis mon retour de parmi les morts, je vivais comme si une ombre me poursuivait en permanence, l’épée de Damoclès sur la tête. Cela s’était intensifié depuis que j’exportais AgroChrome hors de Raxus Secundus, et il y avait eu une nouvelle étape de franchie lorsqu’on m’avait proposé de rejoindre le DSP. Pourtant, ce projet, c’était tout ce dont j’avais rêvé, je n’avais jamais réellement eu la possibilité de mettre en œuvre mes talents pour quelque chose de noble et maintenant je tenais une possibilité de me racheter. Leiel Osso, en tant que Sous-Préfète ferait sans doute appel au DSP un jour ou l’autre, c’était donc une question de temps avant qu’elle ne découvre mon affiliation. Malgré le risque, j’étais attiré par cette opportunité, comme l’échassier par ces morceaux de pains. On ne se refaisait pas, je l’avais compris au fil des années et maintenant il était temps pour moi de répondre, si toutes les cellules de mon corps me disaient de refuser, mon envie profonde criait d’accepter. Prenant quelques secondes de silence pour me maîtriser, je répondis avec la même voix égale.


        -C’est une très bonne opportunité et j’en suis honoré. Je suis très honoré que vous ayez pensé à moi…Vraiment. Si je serai forcément très enthousiaste de participer à ce projet avec mes modestes compétences, je dois prendre un temps de réflexion. Je vous demanderai de réfléchir de votre côté également, vous avez des spécialistes autour de vous qui seraient sans doute beaucoup plus qualifiés que moi. Je n’ai pas un grand bagage académique vous savez, j’ai appris sur le tas…

        A part l’Académie Impériale -mais cela elle ne le savait pas- je n’avais aucun diplôme. Cette prudence me permettrait de prendre le temps, et elle était toute cohérente. Une telle responsabilité m’exposerait à des dangers qui seraient hors de contrôle. Osso ne m’écoutait de toute manière plus, ses joues s’empourprant comme celles d’un enfant devant un spectacle de cirque. Comment imaginer qu’une Sous-Préfète, ayant atteint un niveau si important, puisse se comporter aussi ainsi. Ce type de réflexion, cet émerveillement devant une célébrité ou quelqu’un d’important capable de sentiments était la preuve que l’argument d’autorité fonctionnait toujours. Après tout, pourquoi s’étonner que ces gens important aient une personnalité, des sentiments, une vie. Ils mangeaient et dormaient comme nous, finiraient entre quelques planches…Comme nous. Je n’étais plus personne et avoir la considération de quelqu’un d’important comme Osso faisait revivre en moi des réminiscences, en d’autres temps avec mes compères et collègues du BSI. Les femelles approchaient du pain, semblant particulièrement intéressées, captivées comme attirées par le magnétisme alimentaire d’un morceau de pain sec. Si toutes les choses pouvaient être aussi simples…Si tout pouvait être aussi direct et aussi naïf que cet instant qui n’était que ce qu’il était. Figés dans le temps, nous étions loin du tumulte, loin des apparences. Elle détailla ce qu’avait fait la Préfecture en mon absence, laissé pour mort, je léguais en effet toutes mes affaires à l’état. Triste fin pour un homme qui aurait été seul.

        Je fus tout à coup pris par les projections du discours de Leiel Osso, mort, je n’aurais rien laissé, à personne. Mes affaires auraient été dispersées et peu de gens seraient venus à mon enterrement. Je serais parti comme j’étais arrivé, dans un souffle. Mais n’était-ce pas le lot de tous ? Je n’avais jamais réellement eu d’angoisse existentielle, étant un homme pragmatique qui noyait tout questionnement dans des actions solutionnant des problèmes quotidiens. La malice dans les yeux violets s’intensifia, Osso sourit, comme captivé par ce qui se trouvait au ciel. Nous étions entourés par droïdes de combat et drones qui semblaient enregistrer et capturer tout ce qui se passait…Intimiste mais pas tant que ça. Je fus pris d’un nouveau frisson lorsqu’elle évoqua mes affaires, un mauvais pressentiment.


        -Oui, tout m’a été restitué et je vous remercie du soin que vous y avez apporté. Stacy m’a en effet dit que vous étiez venue sur place.

        Etrange coïncidence, là-encore. Après tout, je l’avais déjà dit, la Sous-Préfète Osso ne me connaissait pas tant que ça. Elle plaça délicatement un morceau de pain dans ma main, refermant mes phalanges sur les fibres sèches. Je plongeais maintenant mes yeux dans les siens, un océan mauve et sans fond, les profondeurs insondables de son âme. C’est alors que je compris, mon dos se raidit lorsqu’elle prononça ses dernières phrases. Se pouvait-il que… ? Non ! Non ! Pas maintenant, pas tout de suite. J’avais su durant toutes ces années que je serais découvert, mais je préférais éviter que cela soit par un officiel. J’avais pourtant tout travaillé, tout maquillé. Cette photographie manquait à l’appel et je l’avais pourtant bien rangé dans mon coffre-fort, j’avais pourtant cru l’égarer. Que faire ? Il fallait trouver une solution et vite. Mon cerveau réfléchissait à toutes les possibilités, sous l’adrénaline. La première étant de sortir mon arme…Mais je ne l’avais pas. Ceux qui pensaient qu’on pouvait se rendre à un rendez-vous avec une personnalité politique en étant calibré ont abusé d’holofilms de série B.

        Je souris à Osso, un sourire mystérieux et entendu, m’approchant de l’eau. Emiettant les morceaux de pain et m’accroupissant, je laissais les animaux s’approcher. Lentement, les femelles se dandinaient, j’évitais tout mouvement brusque. L’une d’elle sembla hésiter, s’enhardissant pourtant à chaque pas, elle finit à quelques mètres de moi, ne faisant même plus cas de mes mouvements de la main. Je fis pareil en attirant les autres. Je continuais, toujours aussi calme, ma placidité résistant à toute épreuve.


        -Eh bien, je ne pensais pas avoir à discuter de mes souvenirs de guerre avec vous, Madame la Préfète, mais si vous y tenez, je me dois au moins d’éclaircir ce malentendu avec vous. Il y a en effet certaines cultures qui pensent qu’en tuant ou dévorant un ennemi, on acquiert ses caractéristiques, mais ni vous ni moi n’avons ces croyances d’après les informations dont je dispose…

        Je me retournais, souriant de plus belle. Cette fois les roseaux avaient commencé à frémir, je levais lentement la main, signe d’apaisement, comme pour faire comprendre à Osso qu’elle ne devait pas bouger, que le clou du spectacle allait apparaître, arriver. Je continuais de relâcher du pain, ce dernier naviguant entre les méandres du faible courant.

        -Cette photographie, comme la casquette que vous avez sans doute vu ont été récupérées sur le corps d’un homme, un officier Impérial qui a été abattu lors de la bataille de la Forge Stellaire. Si vous aviez continué chez moi, vous auriez trouvé le reste, la tunique, la culotte d’équitation, les bottes, la chemise, le ceinturon…Il me semble que j’ai même encore son étui et ses décorations. Il n’en avait pas beaucoup, c’était un homme du BSI, sans doute un bureaucrate. Bref, j’ai gardé ces effets en souvenir, un souvenir de guerre que j’aurais montré à mes enfants. Malheureusement, je n’ai jamais eu d’enfants et mon couple a explosé peu après que la guerre se termine…

        Je continuais mon action, toujours plein d’assurance. Je mentais, mélangeant le vrai au faux, après tout, c’était mon ultime fuite en avant. Un sprint final, une sorte de course effrénée pour éviter qu’Osso ne me rattrape. Je me disais qu’elle n’irait pas vérifier, que tout cela était cohérent, de nombreux vétérans avaient ramené des trophées après la guerre. D’un mouvement las, je retournais ma mains dans le vide, comme si j’écartais tout ce que j’avais dit avant.

        -Tout ça, c’est du passé, il y a des cadavres qui doivent rester enfermés dans le placard, la guerre est terminée maintenant. Je devrais vendre ces vieilleries, les collectionneurs me donneraient un bon prix pour un uniforme complet du BSI. Oh, ne bougez pas, je crois que nous approchons du dénouement de notre histoire et que le grand final va bientôt avoir lieu !

        Lentement, un imposant mâle sortit des buissons de roseaux, il était plus gros, plus coloré, exhibant ses plumes qui réfléchissaient la lumière dans différentes couleurs. Je n’avais jamais vu un tel animal, ce dernier, exhibant un bec qui paraissait bleuté approcha lentement. Il hésita quelques instant, puis se mit à filtrer l’eau, comme les femelles. Ils étaient finalement de la même espèce. Je fus, l’espace d’un instant, émerveillé moi-même par cette créature qui cristallisait à elle-seule ce qu’avait été ma vie : une vaste fumisterie…Un mensonge. Cet oiseau était la diversion ultime, l’apothéose, le dénouement de mes crimes…Une fois de plus, au pied du mur, je m’en lavais les mains en détournant l’attention avec un de mes tours de passe-passe ! Une seule question me traversa fugacement l’esprit : est-ce que je n’avais pas moi-même fini par croire à mes mensonges ?

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          Post n°7
          Auteur : Leiel Osso

          Elle l'avait écouté en silence et allait prendre la parole quand l'exclamation discrète de Veral lui permit de saisir l'apparition du mâle.

          - Oh, je suis déçue. Je l'imaginais plus exot...

          C'est alors que la créature déplia quatre larges ailes, les rabattit devant elle pour former un cône d'obscurité qui lui permettrait de pêcher. Les rémiges colorées froissaient à peine la surface de l'eau et l'oiseau ne bougea plus, ignorant tout du spectacle qu'il offrait.

          - Je reviens sur ce que j'allais dire. Quel animal étrange ! Il me fait un peu penser à vous, monsieur Veral.

          L'image la fit rire doucement, mais cette parenthèse lui servit à laisser passer la caméra qui poursuivait son circuit au-dessus d'eux. Quand elle reprit la parole, elle ne semblait plus aussi amusée.

          - Vous aussi, vous recelez des qualités cachées. Et j'approuve votre déni. C'est une leçon que j'ai payée cher, mais qui valait le sacrifice : ne jamais avouer. Jamais, même face aux preuves les plus accablantes. Je ne sais pas si vous avez eu accès aux minutes de votre propre procès... si ce n'est pas le cas, je vous les déconseille, elles sont absolument à charge et je suis certaine que vous en sortiriez avec un sentiment d'injustice devant lequel vous ne pourriez être qu'impuissant. Et quelle idée de conserver des souvenirs... compromettants en plus...

          Au moment où elle prononçait cette phrase, Leiel fut parcourue d'un frisson. Le récit des horreurs dont Noas était coupable ne la rebutait pas particulièrement. Elle avait conclu depuis longtemps que toute créature vivante, à l'exception de quelques étrangetés, était une ordure au même titre que ses excréments. Simplement, la possibilité qu'il s'en prenne à elle, qu'il cherche à se débarrasser de la situation en se débarrassant d'elle s'était imposée, d'un coup. Les droïdes montaient silencieusement la garde pour éviter d'en arriver là, se rassura-t-elle. Mais tout tomberait à l'eau et ce serait véritablement dommage.

          - Je vous en prie, gardez votre indignation et vos explications. J'apprécie que vous vous défendiez, mais je vous rappelle que dans un régime de preuve, l'aveu n'est pas nécessaire. Et puis de toute façon, je ne vous veux pas de mal. Au contraire. Je voulais vous demander plusieurs choses, en fait. Nous avons le temps. Rien ne presse. Ca vous ennuie si je vous parle de moi ?

          Osso s'accroupit au bord du bassin, reprenant la position qu'elle avait au moment où son invité était arrivé. L'échassier ne se souciait pas d'elle, il pêchait toujours, sans trop de succès apparemment.

          - Sur Raxus, les champs sont... verts, jaunes, parfois rouges. Mais sur Garqi, vous vous souvenez ? Ils sont violets. Un écosystème unique. J'habitais près de la mer et le monde était fait d’aplats de couleurs, bleu, gris, mauve, jaune... Mes parents étaient des intellectuels, sur une planète universitaire, rien de bien original. Rien de bien surprenant à ce qu'ils critiquent l'Empire. Ils ont été arrêtés, bien sûr. Je n'ai jamais su ce qui s'était passé de travers dans leur rééducation, mais ils n'en sont jamais revenus. Alors j'en ai conçu une certaine culpabilité, puisque je les avais dénoncés moi-même.

          Elle réalisa qu'au milieu du bruit de la cascade, elle entendait comme un vrombissement. L'oiseau frottait ses plumes colorées entre elles, ce qui provoquait sur l'eau une myriade d'ondes qui troublaient la surface de l'eau.

          - Oh... intéressant... Bref. Soulèvement universitaire, rébellion adolescente, camp de rééducation... le parcours qu'on peut attendre dans ces circonstances. Tout ça pour vous dire que...

          Osso tourna la tête pour regarder Veral.

          - Moi, j'y ai cru. A l'Empire. Je peux le dire, personne ne nous écoute. J'en suis revenue, évidemment. Je ne sais pas si c'est la même chose pour vous. Parfois, on suit juste le chemin qu'on a devant soi, on se pose les questions après, si on se les pose.

          L'oiseau plongea subitement la tête dans l'eau et après quelques secondes de lutte, releva le cou pour avaler un poisson bleu. Quand il eut fini son repas, il ouvrit un goitre irisé qu'il fit vibrer lourdement, ce qui excita les femelles qui répliquèrent à l'invitation en poussant une série de gloussement suraigus. Le vacarme surprit Leiel qui se dépêcha de se relever.

          - Décidément, les animaux me fascinent, mais ils me font peur... Je n'ai pas peur de vous, monsieur Veral. Je vous apprécie. Je vous appréciais avant de savoir tout ce que je sais maintenant, et cela n'a pas changé. Je souhaiterais que nous travaillons ensemble. Mais pour cela, je dois vous demander de me promettre quelque chose. Alors, oui, bien sûr, vous êtes un menteur et personne ne nous écoute. Cela n'a pas d'importance. Je fais le vœu de vous croire si vous décidez de vous engager. Monsieur Veral, défendrez-vous avec sincérité les valeurs de la CSI ? Il est impossible de nous entendre si nous ne pouvons nous mettre d'accord là-dessus.

          La Sous-Préfète ne s'étendit pas sur l'alternative : il n'y en avait pas. Elle connaissait sa main. Bien sûr, Veral pouvait obstinément refuser l'évidence. Il était fort probable que ce soit le cas. Osso espérait franchir cet obstacle simplement en l'ignorant. Elle ne lui demandait pas d'avouer. Elle lui demandait de la suivre. Et comme pour tout accord, une marge de manœuvre se révélait indispensable pour parvenir à un compromis.

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            Post n°8
            Auteur : Arnon Veral

            Leiel Osso fut à nouveau prises par l’admiration de l’animal, laissant quelques instants l’illusion que mon stratagème avait fonctionné. L’animal sembla quelque peu la décevoir…C’était souvent le cas lorsqu’on nourrissait des attentes pour quelque chose, il valait mieux que cela reste dissimulé ou théorique. La créature déplia ses deux paires d’ailes, comme pour montrer à quel point elle était majestueuse, réponse à Osso. La Sous-Préfète était captivée, beaucoup plus expansive que moi-même, j’avais d’autres choses en tête. Leiel Osso avait remué le passé, des couches de vase qui avaient lentement sédimenté, au cours des années. Un passé qui avait décanté pour disparaître presque totalement de mon environnement…En apparence tout du moins.

            Comme il fallait s’y attendre, Osso ne croyait pas un mot à mon histoire. Après tout, ce n’était pas si grave, ce qui était important, c’était de faire les choses avec conviction. Les faits importaient peu, la posture était beaucoup plus importante, elle permettrait de se justifier face à n’importe quelle accusation. Je pourrais arguer que ce que j’avais répondu et qui se trouverait sans doute sur les bandes d’enregistrement des droïdes qui nous entouraient. Les droïdes de combat étaient toujours autour. Face à l’évocation de mon procès, elle ne recueillit qu’un sourire énigmatique, j’avais suivi l’affaire de loin et je savais très bien ce qu’ils avaient dit de moi. J’étais un criminel de guerre, quelqu’un responsable d’avoir organisé des famines et un esclavage généralisé. Membre d’une organisation criminelle, le BSI, et criminel moi-même, j’avais naturellement été condamné à la peine capitale. Le système des vainqueurs, qui s’empressaient de produire leur version de l’histoire et des faits afin de créer une chronologie qui leur permettrait, en temps voulus de travailler leur propre posture. Les arguments importaient peu, et sur ce point Osso avait raison.

            -Je me doute que le procès était gratiné. Je n’ai aucune intention de défendre quoi que ce soit…Je ne suis ni indigné, ni enclin à justifier, les preuves et les suspects, tout ça est relatif. Je vous en prie, je serai ravi d’entendre ce que vous avez à me dire sur vous.

            Etrangement, je me sentais soulagé et placide. Je n’avais jamais été aussi calme. J’avais imaginé que cet instant serait dans le sang et les pétarades, que le jour où on me découvrirais, je serais dans une sorte de frénésie meurtrière. Je n’avouais pas directement, pas plus que je sortais de ma posture, un simple sourire aux lèvres. Je savais de toute manière qu’Osso ne lâcherait rien, c’était dans son tempérament, j’en étais sûr à ce stade de l’histoire. Alors qu’elle s’était accroupie au niveau du bassin où l’échassier s’était attelé à une partie de pêche. Elle parla alors de Garqi, cette planète me plongea un peu plus dans des souvenirs, un peu plus désagréables cette fois. La couleur des champs, le bruissement de la brise qui s’insinuait entre les plantes. Je me rappelais le souffle rassurant du vent qui passait entre les tuiles du château. A cette époque, nous avions déjà perdu la guerre et pourtant, sur Garqi nous ne nous rendions pas compte de la débâcle sur le front. L’histoire de Leiel Osso était inscrite dans la révolte des Universitaires et des intellectuels sur Garqi, elle avait écouté les minutes de mon procès et je soupçonnais l’habile Sous-Préfète d’évoquer ce moment à dessein. J’inspirais lentement, sentant chez elle une certaine nostalgie que je ressentais aussi, sans doute pas pour les mêmes raisons. Mon regard se perdit dans le vide.

            -C’était une période trouble et difficile. Il serait facile et idiot en même temps de juger nos actes à posteriori. Fort heureusement, je ne suis pas un homme qui a le cœur au regret, j’ai tendance à considérer que lorsque les choses arrivent, elles se sont passées…Point, je ne disserte pas dessus pendant des années.

            C’était partiellement faux, la chute de l’Empire Sith avait été pour moi un traumatisme inavouable. J’avais tout perdu, je m’étais retrouvé tout seul du jour au lendemain. Sans aucun endroit où aller, c’était terminé, mon monde s’était écroulé. Quelques jours auparavant, j’étais quelqu’un et en une fraction tout avait basculé…Je n’étais plus rien. C’était amusant la vie, un homme pouvait vivre des années entières en fantasmant un avenir incertain, nourrissant une nostalgie pour un passé révolu, pourtant incapable de se rendre compte de sa situation présente. Lorsque tout basculait à cause d’un accident de la vie ou d’un revirement global de situation…Le même homme se retrouvait sans rien, comprenant qu’il n’avait pas eu conscience que les années passées étaient ses meilleures. Triste ironie de la vie, c’était pour cela que j’avais appris à ne pas trop attendre du destin ni de la providence.

            -Les intellectuels et les universitaires sur Garqi pensaient pouvoir se rebeller et l’Empire Sith essuyait de grosses pertes au front à cet instant-là. Comme tout système aux abois, les directives Impériales ont été sans équivoque : mater la rébellion dans le sang s’il le fallait. La section locale du Département de Surveillance du BSI était très active, la révolte a été ainsi écrasée. Le représentant du Département des Affaires Industrielles et Economiques du BSI n’est arrivé qu’après avec son équipe, mais ça vous le savez déjà, le travail était en fait assez décevant…Comptable. Signer des papiers, évaluer la production que chaque prisonnier pourrait fournir. Ensuite il y avait les rafles, ce qui leur manquait, ils le prélevaient dans la population active. Sur base de volontariat d’abord, par la force ensuite. C’était assez simple, des mathématiques, combien d’ouvriers pour alimenter l’économie de guerre. Parfois des canons, parfois des uniformes, plus rarement des pièces de rechange pour les marcheurs et les blindés. Chacun a fait ce qu’il avait à faire.

            Sans réellement avouer quoi que ce soit, je me voyais glisser vers les aveux, de toute manière, je savais qu’on avait témoigné contre moi pour Garqi. Osso était sans doute au courant de nos actions punitives contre ceux qui résistaient, de notre séjour au château. De ma prétendue folie sanguinaire. En tout cas de celle de Noas, je n’étais officiellement plus cet homme. Alors qu’elle avouait elle-même avoir cru en l’Empire.

            -L’Empire Sith était la meilleure chose qui soit arrivée. La société n’était pas prête à un tel progrès, à ce que les cartes soient rebattues, Madame la Préfète. Nous étions à l’avant-garde, cela nécessitait certains sacrifices. Pour être honnête avec vous, si c’était à refaire, je le referais sans hésiter. L’histoire a été réécrite par les vainqueurs et les politiques n’ont pas voulu assumer la guerre totale, s’en est suivi le désastre de la Forge…Mais nous y étions presque. Enfin, c’est du passé…Tout ne se passe pas toujours comme prévu.

            J’avais haussé les épaules. Ma voix s’était un peu élevée alors que j’avais parlé des politiciens. J’inspirais l’air et maintenant, la Sous-Préfète me réitéra sa proposition. Je souris de plus belle lorsqu’elle m’indiqua ne pas avoir peur de moi. Je soupirais avec un rictus amer.

            -Outre la question oratoire, je crains ne pas vraiment avoir le choix, n’est-ce pas ? C’est très bien joué, je vous accorde le point…

            Il n’y avait en effet aucune animosité dans ma voix. Je n’étais pas mauvais perdant, j’avais de toute manière une certaine fascination pour l’intelligence. Osso semblait capable de machinations, mais ce n’était pas une surprise. Je lui saisis la main, sa peau était douce et plutôt agréable. La retournant au niveau de la paume, la saisissais comme si je voulais lui serrer la main.

            -Dans ce cas-là, je considère que nous avons un accord. Comme je vous l’ai dit, tout ce qui est arrivé avant est du passé…J’ai en effet épousé les valeurs de la CSI depuis bien longtemps. C’est précisément pour cela que j’étais dans la délégation de Roussimoff. Quoiqu’il en soit, je me dois à mon tour d’être honnête avec vous. Je suis un homme de parole, un homme droit, je vous fais confiance et je vous apprécie. Je compte sur vous pour ne rien tenter contre moi, cela serait regrettable pour tous les deux.

            Tout ça n’était qu’un tissu de mensonges, bien évidemment. Je n’avais aucune conviction, je n’en avais jamais eu. J’avais toujours admiré les idéologues, les gens de foi ou ceux qui défendaient des causes mais moi…Je n’y arrivais pas. Après une longue introspection suite à la Bataille de la Forge, j’avais compris, compris que tout ça n’était pas dans ma nature. Je m’étais positionné par opportunisme, j’avais adhéré aux valeurs de l’Empire Sith car ils m’avaient accepté et que j’avais acquis une certaine notoriété. Mon ralliement soudain à la CSI comblait sans doute un vide intérieur et me donnait bonne conscience mais au fond, si l'appel avait eu lieu, j'aurais sans hésiter remis mon uniforme Impérial pour continuer mon oeuvre passée. Pour les justiciers du tribunal, cela aurait sans doute été une déception, eux qui voulaient condamner le « Boucher de la Forge » -un criminel de guerre fanatique- se seraient trouvés face à un gratte-papier insipide, qui n’aurait sans doute pas hésité à balancer quelques officiers morts au front pour les charger et sauver sa peau. Il était cependant important pour moi de cultiver l’ambiguïté, de me montrer presque menaçant…Leiel Osso n’avait eu accès qu’à mon procès, je ne savais pas jusqu’où sa connaissance du dossier allait…Peut-être y avait-il une part de bluff dans ses paroles. Il était important pour moi de garder quelques coups d’avance. D'autant plus que j'en avais maintenant la conviction...Leiel Osso mentait, elle ne me disait pas tout...Impossible de savoir sur quoi pour l'instant. Sa façon d'osciller entre confidences floues sur une vie passée et de tourner autour du pot. Son manque d'émotions en découvrant la vérité sur moi. Son obstination à vouloir m'inclure dans ce programme alors qu'elle avait lu des documents horribles me décrivant comme un monstre. Etant un menteur moi-même, j'avais un certain don pour détecter cela.

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              Auteur : Leiel Osso


              Caméra Merr-Sonn




              Il avait pris sa main et elle ne s'y était pas attendu alors qu'elle aurait dû l'anticiper. Elle ne la retira pas, loin de là, mais le long de son bras un frisson remonta jusqu'à l'épaule, besoin de fuir, nécessité de rester, contradictions qui firent gonfler les capillaires de ses joues, rosir ses pommettes, vaciller ses pupilles. Le conditionnement explosa dans son esprit, montagne, falaise, paroi rocheuse, rocher, roc, caillou, gravier, sable, poussière, images imbriquées, gradation descendante, calme.

              Ses doigts se refermèrent sur la main de Veral. Elle ne tremblait pas.

              - Les seuls droïdes qui peuvent nous écouter sont les Merr-Sonn, monsieur Veral. Les autres ne sont sensibles qu'aux stimuli visuels et de toute façon, leur mémoire sera effacée après notre rencontre. En ce moment, ils ont quelques difficultés à lire sur mes lèvres, mais moins sur les vôtres. Je vous conseille de tourner la tête vers la cascade si vous étiez amené à dire quelque chose qui devait rester confidentiel. Et à sourire quand les caméras passent au-dessus de nous.

              Le col de son manteau était haut, blanc comme sa peau, ses dents, ses lèvres. Dans le bassin, le mâle retournait déjà derrière l'abri des roseaux et les femelles à leur vie placide. Un scarabée trop lourd glissa d'une feuille pour tomber au sol avec un petit « poc » effacé par le vacarme de la cascade.

              - Je crois que nous nous comprenons. Si je n'ai pas intérêt à vous causer des ennuis, je n'ai pas non plus intérêt à ce que vous fomentiez quelque complot dans mon dos, monsieur Veral. Si j'ai toujours considéré la loyauté comme un sentiment fragile et souvent dénué de fond, ce n'est pas le cas de l'engagement, tout autre exercice de la volonté. Je m'engage à vous aider. A cacher certaines choses, par exemple. A vous offrir des opportunités particulières aussi. Parce que vous vous engagez, et parce que je choisis d'avoir confiance en vous. Mais si jamais je me trompais, les choses seraient plus complexes pour vous que pour moi, monsieur Veral, soyez-en certain.

              Puis elle sourit largement, garda la main de Veral un peu trop longtemps dans la sienne : le sourire s'étendit davantage, la caméra flottait à côté d'eux.

              - Passons aux choses sérieuses, voulez-vous ? dit-elle quand le drône se fut éloigné. Voilà ma proposition. Je sais que vous travaillez pour le DSP, même si je ne suis pas certaine du bureau auquel vous êtes rattaché.

              Ce qui était faux et le fait d'annoncer qu'elle avait un doute était un risque périlleux qu'elle estimait nécessaire pour appuyer la proposition précédente. Osso ne savait rien. Vasburg avait fait basculer son imagination dans un sens, en venant enquêter sur la délégation Roussimoff. La seule raison de sa présence dans son bureau n'était que Veral. Groupe d'influence d'un côté, armée de l'autre, et Veral dans le viseur. Si qui que ce soit avait eu vent du contenu de son coffre, Arnon aurait été a minima arrêté. Puis il avait disparu. Dans de doubles et troubles circonstances qui pourraient, si l'imagination courait encore dans ce sens, faire penser à un maquillage. Les explications alternatives étaient légion, évidemment. La Sous-Préfète n'avait aucune preuve, toute sa proposition était un coup de bluff absolu. Mais ça... personne ne pouvait le savoir.

              - Je souhaite que vous m'informiez de ce sur quoi vous enquêtez, le plus vite possible. Oui, je sais, je sais. Je viens de vous faire promettre de respecter les valeurs de la CSI et ce que je vous demande est de la trahison, oui... avant de refuser, laissez-moi vous expliquer pourquoi. Vous le savez aussi bien que n'importe qui que les informations dont nous disposons sont indispensables à la prise de décision. La CSI nous tient informés, bien sûr. Mais il y a un délai et ce délai m'insupporte parce qu'il laisse entendre que certaines choses sont filtrées. Ce qui est le cas, évidemment, je ne suis pas idiote. En revanche, j'ai besoin de me rendre compte de l'étendu de ce filtre.

              Le sourire se transforma en moue, elle fronça les sourcils, agacée.

              - J'espère être un jour digne d'être considérée différemment. Seulement je cumule un certain nombre de désavantages et ce ne sera pas le cas avant un moment. Or le futur proche contient des écueils qu'il nous faut éviter absolument, monsieur Veral, et Raxus n'est pas une entreprise familiale, mais une planète toute entière. J'ai besoin de voir devant moi. Soyez mes yeux. Et en échange...

              Elle lui tourna le dos, leva les bras pour embrasser l'Arboretum d'un mouvement.

              - En échange, AgroChrome sera référencée comme une entreprise partenaire de l'Arborescence. Cela vous ouvrira des portes partout, sur Raxus et ailleurs. Ce n'est pas qu'une promotion creuse, je suis intimement persuadée que vous pouvez apporter immensément au projet. Vous y avez votre place, monsieur Veral. Une place légitime, méritée. Et comme la fondation est un univers en expansion... qui sait jusqu'où vous monterez ? Avec mon appui, bien entendu.

              Elle se rapprocha de lui, les pupilles dilatées cette fois-ci, un sourire plein de promesses aux lèvres.

              - Qu'en pensez-vous ? Que diriez-vous d'être à la tête de votre propre délégation ? La délégation Veral... qui sonne mieux que Roussimoff, je dois admettre. Comme première marche. Ou seconde, si vous avez besoin d'un peu de temps pour renforcer la première. Jusqu'où monterez-vous, monsieur Veral, si nous travaillons ensemble ?

              Les yeux mauves scrutèrent l'espace, cherchant le drône qui était encore loin, masquant dans leur reflet la conviction que Roussimoff lui-même était un agent confédéré.

              - Je veux ces informations le plus rapidement possible, avant de les obtenir par les canaux réguliers. Si vous êtes prompt, si vous êtes utile, si vous êtes discret... n'est-il pas logique que je vous aide en retour ? Que je vous protège du mieux de mes capacités ?
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                Auteur : Arnon Veral

                Leiel Osso continua, avouant que les droïdes nous écoutaient et qu’ils pourraient lire sur mes lèvres. Je souris, bien sûr la Sous-Préfète avait bien calculé son coup, faisant de l’entretien un scénario qui avait été pensé et élaboré dans l’unique but de lui permettre de dominer l’entretien. Elle avait pensé à tout et semblait parfaitement dans son élément. N’ayant aucune crainte, elle avait agrippé ma main avec puissance, montrant qu’elle cherchait rester maîtresse de la situation. Le jeu des prédateurs et des proies s’était inversé. J’avais toute ma vie chassé à l’affût, préparant moi-même des pièges dans lesquels tombaient mes ennemis, cherchant toujours un compromis et évitant ainsi tout problème fâcheux. Osso avait fait mieux que ça, elle avait réussi à me prendre par surprise. Même si la situation me mettait intérieurement très en colère, je n’en laissais rien paraître, me contentant d’acquiescer en souriant. Je la laissais dérouler, sans dire mot, la poussant à parler. Elle évoqua la situation, les menaces étaient à peine voilées. Je ne saisis pas la balle au vol. Ne lâchant pas la main, elle continua.

                Là était la véritable demande d’Osso, savoir si je faisais partie du DSP et être informée de tout ce que je faisais. C’était donc là sa véritable erreur, croire qu’elle pourrait faire quoi que ce soit contre la CSI en faisant pression sur moi. Le DSP était une organisation très vaste, et comme toute organisation de renseignement, seule la préservation du secret comptait. Mon appartenance au DSP, Osso aurait pu le savoir par une voie officielle, tôt ou tard elle aurait fait appel à l’organisation. Si elle souhaitait disposer d’une personne au sein de l’organisation, c’était bien pour anticiper un coup dans l’avenir. Le plan semblait bien ficelé mais hasardeux. Je la laissais terminer, donnant des justifications qui sonnaient presque comme de l’idéologie…Comme si elle-même était convaincue de son propre engagement. Je souris alors qu’un nouveau droïde passait au-dessus de nous, laissant un peu de temps passer. C’est une voix placide et posée, sans réelle émotion qui reprit la parole.


                -Je dois avouer que vous êtes très douée, Madame la Préfète. Je suis très impressionné par votre aplomb. Vous savez présenter les choses, vous pouvez en effet m’aider à régler un problème que vous avez créé vous-même. Une telle posture et de telles allégations pourraient être très imprudentes, au fond, vous ne savez pas qui je suis, je pourrais très bien vous dénoncer, et ce au péril de ma vie. Pire encore, supposons que je sois un ancien membre des services secrets entraîné, dans votre histoire, je n’aurais aucun scrupule à vous descendre, et ce au péril de ma vie. Il va donc de soi que n’importe quel écart à n’importe quel pacte que nous ferions mènerait à des conséquences dramatiques que vous-mêmes n’auriez pas imaginé…

                Je souris de nouveau, jouant moi-même ma part du bluff, sans savoir qu’Osso avait également une part de mensonge dans son discours. Il était impossible pour moi de savoir à quel point elle mentait, mais elle mentait, j’en étais persuadé. Elle ne pouvait pas être capable de me parler avec un tel aplomb sans avoir quelques informations supplémentaires ou maquillé la vérité. De la même manière, le fait qu’elle sache précisément que je faisais partie du DSP ne pouvait être qu’un mensonge, sinon elle aurait en effet elle aurait deviné immédiatement ma mission. Souriant de plus belle, je la fixais droit dans les yeux, plongeant mon regard dans cet océan de mauve qui semblait me défier, qui voulait percer à jour mon âme à travers mon propre regard.

                -Vous jouez un jeu très dangereux. Si j’étais du DSP, vous savez très bien que je ne pourrais pas vous le dire. De plus, vous le sauriez bien assez tôt. Je pense que vous mentez, sinon vous auriez immédiatement fait le lien avec Cato Neimoidia. Si j’étais un agent du DSP, c’est très vraisemblablement pour enquêter là-dessus qu’on m’enverrait là-bas.

                Je soutenais son regard, je n’avouais pas, comme pour mon passé. Pas directement tout du moins, restant plongé dans le mystère. Je souhaitais rester maître de la situation, Osso avait ouvert une boîte, la boîte de Pandore. Elle ne savait pas à quel point un tel entretien pourrait lui être défavorable, mais je souhaitais garder cela pour moi, juste au cas où. Un tel entretien pouvait être mené de manière à me laisser le bénéfice de l’ambiguïté. Même si elle enregistrait les conversations, ce que j’anticipais en dépit de ce qu’elle disait, un enquêteur zélé n’y verrait aucune information franche et j’agirais dans les prochains jours avec ma hiérarchie de manière à rendre cohérente une histoire que je leur donnerais. Tout se faisait ainsi en anticipation, si Osso pensait me tenir, c’était là la véritable illusion. Cependant, il était quand même temps de lui donner quelque chose, une telle alliance pourrait m’être favorable, au moins pour des raisons d’avancement.

                -Ceci étant dit, je me dois de décliner votre proposition…Tout du moins de l’amender. Quelles que soient les fonctions que vous vous imaginez que j’ai au sein du DSP ou de la CSI, qu’elles soient fantasmées ou non, je ne pourrais pas violer mon serment. Précisément car cela représenterait de la haute-trahison. Au fond, vous et moi, nous ne nous connaissons pas encore réellement et je suis sûr qu’en creusant un peu, je pourrais trouver des choses très intéressantes pour vous. Bien évidemment, je ne vous jugerais pas le cas échéant…Je serais bien mal placé pour le faire, mais vous savez, nous sommes maintenant dans une situation de lutte pour la survie. Je cherche à préserver mes intérêts, tout comme vous-mêmes cherchez à préserver les vôtres…C’est bien normal…

                Je laissais un nouveau temps de silence, laissant mon discours en suspend et laissant Osso digérer ces informations. Je levais lentement mon index, comme pour préparer la suite de la phrase, laissant à nouveau un droïde passer au-dessus de nous. Je faisais preuve d’une très grande prudence, je n’aurais pas survécu toutes ces années si je n’avais pas eu cette attitude.

                -Cependant…Je peux vous donner une conseil. Je crois que les attentats comme celui qui ont touché Dae’Mid vont se reproduire. Ils sont le fruits d’organisations qui jouent sur le décalage croissant entre les autorités centrales de la CSI et leurs règlementations lunaires et une population qui lutte pour survivre et gagner sa vie dans ce contexte. Les mondes de la CSI perdent de plus en plus leur autonomie et c’est pour cela que nous avons toutes ces délégations, mais les autorités centrales de la CSI devront tôt ou tard se remettre en question, sinon les attentats se multiplieront. Pour l’instant, il est impossible de savoir qui est vraiment à l’œuvre derrière de tels actes, mais il y a un coup à jouer. Un rapport sera émis, il soulignera l’importance de ces questions, maintenant je ne peux pas vous dire si les recommandations seront entendues ou pas…Mais c’est un axe que devrait exploiter Raxus Secundus, proposer des solutions qui satisfassent la CSI et les populations locales en simplifiant les règles…La planète pourrait ainsi devenir un laboratoire du renouveau de la CSI.

                Je haussais les épaules, comme si tout ça n’était qu’une idée parmi tant d’autres. En réalité, Leiel Osso serait sans doute suffisamment intelligente pour saisir la balle au vol. J’avais objectivement des informations, mais avant, je souhaitais savoir de quel bois elle était faite. Avait-elle les épaules pour s’adresser à moi ainsi ? Nous verrions par la suite. J’avais toute ma vie su me positionner au gré des opportunités, pour cela, il y avait un secret. C’est un autre secret que je vais vous révéler -on ne m’arrête plus- afin de vous aider. Il faut savoir bien doser sa parole, pas uniquement se taire mais donner des informations suffisamment floues pour jouer sur l’ambigüité, et surtout se positionner dans le camp le plus rentable. J’avais en effet été repéré et je soupçonnais Osso d’avoir d’autres atouts dans sa manche. Il était maintenant temps de savoir si je l’avais convaincu ou pas.

                dix ans auparavant, bordure extérieure,

                Les officiers et les militaires impériaux attendaient sur le tarmac de l’astroport. Tout le monde avait été convoqué, y compris Varicus, car nous allions recevoir la visite d’un des généraux qui dirigeait le secteur : Vollon Arnikon. Telle avait été la réponse des autorités Impériales à l’annonce de notre victoire sur les dernières troupes locales qui résistaient encore sur la planète. Ambre ne savait pas vraiment ce qu’il fallait attendre de la venue d’Arnikon, ni moi, ni Rec ne savions non plus. D’après Varicus, c’était un homme brutal et directif et donner le secteur de la galaxie à cet homme semblait particulièrement étrange. Pourquoi venait-il sur cette planète mineure ? Que se passait-il ? Nous avions passé plusieurs mois sur cette planète et les usines commençaient à se développer selon les nouvelles directives. Malheureusement pour Ambre, les directives Impériales changeaient petit à petit, le front semblait s’enliser et de nombreux peuples et factions s’agrégeaient contre nous dans un forme de convergence des luttes. En tant que membre du BSI, je restait focalisé sur mes tâches, détournant le regard des situations militaires sur les situations administratives. Selon moi, tant que les usines produisaient et que cette productivité augmentait, je faisais ma part. Rec avait fait arrêter la plupart des têtes de file de l’opposition sur la planète. Bon, il aurait été malhonnête de lui en accorder tout le mérite, lui avait activé son réseau d’indics, mais c’était l’armée et Ambre qui avaient fait preuve d’une redoutable efficacité.

                Nous étions tous là, dans nos plus beaux uniformes de service. Aux côtés d’Ambre, je fumais ma cigarette, attendant le verdict final pour savoir à quelle sauce nous allions être mangés. Varicus attendait avec un groupe de stormtroopers. Je n’avais toujours pas dit à Rec ce qui se passait avec Ambre, mais je soupçonnais qu’il s’en doutait, comme à son habitude, il n’avait fait aucun commentaire, conservant sa bonhommie. Si je fréquentais toujours la Zeltronne, j’avais du mal à savoir où cela nous menait, de toute manière, mes questions donnaient constamment lieu à des réponses vagues. Je ne souhaitais pas forcément m’engager et cette relation non-sollicitée, si elle était plaisante, restreignait considérablement ma liberté d’action, j’avais parfois l’impression qu’Ambre me surveillait. Alors que je recrachais une volute de fumée dans le ciel bleu, une navette apparut au loin, escortée de quatre chasseurs. Les engins ralentirent, se rapprochant pourtant à bonne vitesse. Alors que la navette entamait son atterrissage, les chasseurs continuèrent à virevolter dans le ciel, faisant plusieurs passages en formation. Les Impériaux se raidirent, je jetais le mégot au sol, l’écrasant de ma botte, remettant en place la casquette sur ma tête.

                La passerelle s’ouvrit, laissant sortir plusieurs soldats et le Général Arnikon, un petit homme d’âge mûr qui devait avoir au moins soixante-dix ans. Arnikon portait un uniforme simple, arborant ses galons. Son visage était fripé comme une pomme mais affichait une sévérité qui ne donnait pas envie de le contredire. Il salua les Impériaux qui étaient là et qui étaient tous au garde-à-vous, puis s’approcha de Varicus, lui serrant la main et partant dans une discussion que nous ne pouvions pas entendre. Un des officiers d’ordonnance d’Arnikon nous informa que nous étions tous convoqués à une conférence de situation l’après-midi même.

                L’ambiance de la conférence de situation fut morne. On ne nous servit pas de café et nous fûmes rassemblés dans un salle des fêtes où une petite estrade avait été installée pour Arnikon. Sans présentation, le petit homme déblatéra une logorrhée fournie mais autoritaire qui expliquait la situation militaire de l’Empire Sith. Les différents fronts ouverts commençaient à peser sur l’armée et la logistique et plusieurs attentats avaient eu lieux dans des mondes annexés par l’Empire. Arnikon détailla dans un verbiage technique combien notre armée manquait de blindés, de marcheurs et même de soldats dans certains coins de la galaxie qui se trouvaient maintenant à portée de nos ennemis. Nos ennemis avaient maintenant des flottes efficaces qui leur permettaient d’effectuer des bombardements orbitaux dans les mondes Impériaux et ainsi de cibler les poumons économiques et les complexes militaro-industriels pour nous affaiblir. Leurs incursions, de plus en plus fréquentes, commençaient à inquiéter le commandement militaire central qui voulait maintenant axer les nouvelles réformes sur la productivité. Arnikon fustigeait une politique trop molle sur la planète et se jurait de tout reprendre en main. Il félicitait le Gouverneur Varicus qui s’était sans doute positionné, donnant sa propre version des faits appuyée par des documents officiels.

                Nous fûmes convoqués l’un après l’autre pour un entretien avec Arnikon. En tant que commandant de la section locale de la Section des Affaires Industrielles et Economiques du BSI, je fus convoqué seul. Arnikon avait mis une paire de lunettes, scrutant mon rapport et la fameuse directive Noas qui avait, quelques mois auparavant, été élaborée pour satisfaire tout le monde. Arnikon ne releva pas même les yeux du rapport.

                -Capitaine…Noas, c’est vous qui avez pondu ce rapport à ce que je vois. C’est quand même très complaisant à l’égard des autochtones.

                Je regardais le Général du coin de l’œil, il était dur, sec. Ses paroles étaient cassantes. Je crois que beaucoup auraient été impressionnés par cet homme. Je mentirais en disant que je ne l’étais pas, il aurait pu détruire ma carrière d’un seul mot. « En effet, nous avons tout fait pour suivre les directives du BSI qui émanaient de l’état-maj… ». « Taisez-vous Capitaine ! Les directives de ces ronds de cuir n’ont rien à voir avec la réalité du front. Le Gouverneur Varicus demandait pourtant de nouvelles usines. Pourquoi n’avez-vous pas accédé à sa demande ? ». Varicus s’était mis à l’abri, c’était de bonne guerre, il avait flairé la situation problématique. Je ne chercherais pas à l’enfoncer outre mesure, il était maintenant celui qui avait eu l’oreille d’Arnikon. Ne connaissant pas le Général, je voyais bien mon intérêt à me tenir à carreaux.

                -Ces demandes sont rarement acceptées. Sur les autres mondes, on nous bloque constamment car il faut financer de telles installations. Le niveau technologique de cette planète a plusieurs millénaires de retard. Mon objectif était de négocier des contrats avec des entreprises, ce qui a permis de négocier l’installation de nouvelles usines, mais tout cela prend du temps avec les règlementations de sécurité…

                Arnikon leva la tête du rapport et me fixa avec incompréhension. Sans sa casquette, on voyait son crâne déplumé qui, avec son nez aquilin le faisait ressembler à un vautour. L’espace d’un instant, je crus qu’il allait me fusiller du regard. « Quelles règlementations ? » Droit comme un « i », je conservais ma posture, presqu’au garde-à-vous. Je répondis avec assurance : « Les directives de sécurité imposées par les nouvelles normes, pour assurer un bon traitement des populations locales. » Cette fois, Arnikon déchaussa ses lunettes et plissa les yeux, comme si j’étais un animal étrange qui lui parlait un langage sibyllin. « Mais enfin Capitaine, de quoi diable parlez-vous ? Qui vous a donné ces directives ? » Il n’était visiblement pas au courant, ou feignait de ne pas l’être. L’administration Impériale était tentaculaire, les ordres flous à dessein pour obliger les commandants locaux à prendre leurs initiatives. L’autre avantage était que cela permettait aux nouveaux venus ou lors des nouvelles politiques de condamner ceux qui, en anticipation, avaient pris des décisions jugées mauvaises d’après la nouvelle politique.

                -Le Lieutenant-Colonel Cigella a donné des directives dans ce sens. Elle tient cela de l’état-major, c’est avec eux qu’il faut voir mon Général. J’ai suivi les ordres…Appliqué la procédure que nous appliquons dans tous les endroits où nous allons.

                C’était vrai, et en réalité, en donnant le nom d’Ambre, j’avais fait ce qu’Arnikon attendait de moi : donner le nom d’un responsable de la situation. Le vautour acquiesça lentement, cette fois ayant le nom d’une proie en tête.

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                  Auteur : Leiel Osso

                  • Hey.
                    - Hmm ?
                    - Hey, Mia.

                    Je tiens la plaque rouillée de la passerelle du vaisseau de Jayce. Drisk est en train de réparer le même réseau de câbles que d'habitude, parce que c'est toujours là que ça saute et que personne ne veut payer du nouveau matériel de sa poche. Sans ça, on ne passe pas en hyperespace, et même la vitesse subluminique est sacrément compromise. Ca arrive tous les mois, de toute façon. Même moi, je saurais réparer ce merdier, à force.

                    - Quoi ?
                    - Après ça, tu veux passer dans ma cabine ? J'ai trouvé des bouquins pour toi.
                    - … Non.

                    Il rigole. J'aime pas les Grans. Ils ont une odeur acide qui me dégoûte. Ou c'est peut-être juste Drisk qui est comme ça, j'en n'ai aucune idée.

                    - Alors, ça vient, oui ou merde !
                    - Une seconde ! Bordel, qu'il est chiant quand il s'y met. Ou alors c'est moi qui vient te voir ? Ca te...

                    Ca ne me dit rien du tout et je claque la grille de toutes mes forces. Au départ, j'imaginais que je lui coincerais le bras et qu'il en serait quitte pour un sacré bleu, mais il m'a vu faire, alors il a lâché son outil et il a voulu retirer la main, mais pas assez vite. La grille s'est refermée sur ses doigts et il s'est mis à beugler.

                    - Aaaah ! La saloooope ! ! La salooope !
                    - Mais on peut pas vous laisser seuls deux... oh merde ! Qu'est-ce que tu fous, Mia, tu peux pas l'aider, non ?

                    Jayce soulève la lourde grille, Drisk retire sa pogne, il pisse le sang et ça me fait rire.

                    - Hey, Drisk !

                    Je lui fais un « coucou » que je termine sur un doigt d'honneur.

                    - Comme ça t'as le bon nombre, gros dégueulasse.

                    L'auriculaire... c'est comme ça qu'on dit quand on a six doigts ? L'auriculaire pend à un filet de peau. J'aime pas l'odeur de son sang, ça pique le nez, mais ça me fait sourire méchamment. Et ça ne plaît pas du tout à Jayce qui m'en colle une sacrée.

                    - Tu l'as pas volée celle-là !

                    Quand on dit qu'on voit des étoiles quand on prend une beigne, c'est vrai. Des tas de petits points lumineux qui tournent dans ton champ de vision. Et on ne sent rien du tout, sur le coup. Ca vient après, ça. C'est pour ça qu'il a fallu du temps pour comprendre que le bourdonnement que j'entendais, c'était les imprécations du Gran. Seulement il a trop dit, parce que Jayce qui était sur le point de m'en refoutre une se calme sur le champ. Quand il fait ça, c'est jamais bon.

                    - T'as dit quoi, Drisk ?
                    - Qu'elle a fait exprès, cette roulure !
                    - Non. Avant.

                    J'ai assez repris mes sens pour suivre la suite. J'ai pas entendu ce qu'il a dit, le gros, mais Jayce a compris. Drisk s'est tu, il sent bien qu'il est fichu, que ça va mal tourner pour lui. Mais j'ai rien dit. Je dis jamais rien, moi. Ca se fait pas, et c'est plus prudent.

                    - Passe moi ta main. Montre.

                    Le Gran tend la main parce que Jayce est sauvage quand on l'énerve. Je me redresse, pour mieux voir. Il est en train d'examiner la plaie, le doigt qui pend, le voisin qui est probablement cassé. Alors il serre la paluche dans son poing et Drisk n'ose même pas la retirer quand Jayce l'écrase de toute sa force. Ca doit faire hyper mal. Bien fait.

                    - Tu. Ne. Touches. Pas. La. Petite.

                    Quand j'étais vraiment petite, Mamissa m'expliquait qu'on ne devait jamais se réjouir du malheur des autres. Que ça faisait des gens mauvais, ceux qui mangeaient le malheur. Je crois que je suis très mauvaise, parce que ça me fait vachement plaisir de le voir changer de couleur. Il faut qu'il beugle pour que Jayce le lâche enfin. Lui, il est livide, la colère ça fait pâlir ses lèvres et maintenant j'ai peur que ce soit mon tour. Il me tourne le dos pour pas me voir, quand il me parle.

                    - File dans ta cabine, Mia. T'en sors pas avant qu'on soit arrivé, tu comprends ? Tu restes là, je ne veux plus te voir. Clair ?
                    - Oui Jayce. Merci J...
                    - Fous le camp !

                    Allongée à plat ventre sur le sol métallique de ma cabine, je démonte un pan de la paroi : je planque de la bouffe là, dès que je peux. On arrive dans pas longtemps, si on parvient à faire redémarrer l'hyperpropulsion, je ne crèverai pas de faim. Peut-être que Jayce est au courant, pour la planque. Lui, il ne m'a jamais touchée. Jamais. C'est pour ça que je lui obéis. Je ferai toujours tout ce qu'il me demandera, même si je suis, je sais, hyper rancunière. Drisk, il l'a bien cherché, même si c'est vieux de plusieurs mois. La bouche pleine, du chocolat plein le menton, je savoure ma vengeance, délicieuse, au moins autant que les bonbecs que je m'enfile.

                    ***


                    A mesure qu'il parlait, Osso s'assombrissait, un processus lent et discret, mais de plus en plus apparent. Il ne pouvait pas refuser. Il pouvait menacer, protester, jurer, s'indigner, il pouvait se compromettre un peu plus, supplier, pourquoi pas... mais pas refuser. Et elle lui en voulut, d'un coup, de la mettre elle dans cette position. La lecture des exploits de L. Noas l'avait laissée perplexe et vaguement écoeurée, si bien qu'elle avait dû s'assurer qu'elle ne s'était pas trompée et qu'il s'agissait bien d'Arnon Veral. Lui, Veral... elle l'appréciait. Sincèrement. Elle comprenait son point de vue politique, ses prises de position professionnelles, ses démarches généreuses envers les producteurs de la plaine. Concilier les deux individus en un avait été une gageure. Mia l'avait aidée. Elle savait qu'absolument toutes les créatures vivantes traînent le poids de leur propre culpabilité immense, que personne n'était innocent. Leiel regrettait de donner raison à la petite. Elle aurait préféré Veral intouchable et incorruptible, mais cela n'était qu'un fantasme de plus, une idéalisation inutile et dangereuse.

                    Or, il refusait. Dans son discours, du moins. Ce qu'elle savait du langage corporel inné des humains ne l'aidait pas beaucoup plus. Son interlocuteur se cachait depuis longtemps et lui comme elle connaissaient certains écueils à éviter. L'impuissance devait être, largement, le sentiment le plus insupportable. Un ressenti à modérer, bien sûr, puisque impuissante, elle se refusait d'être et qu'elle avait bien des cartes à jouer avant de s'avouer en difficulté... et jamais vaincue. Veral ne donnait rien et de la figure amicale qu'elle s'imaginait depuis un certain temps il restait de moins en moins du technicien agronome de Raxus et de plus en plus du criminel de guerre coupable de génocide. La touche de paranoïa qui donnait du sens aux moindres événements n'était pas assez puissante pour effacer les mécanismes de sa raison. Mais elle savait qu'il faisait partie du DSP. Pourquoi, aucune idée. Comment ? Recrutement par Vasburg, disparition manquée. Quelque chose s'était passé de travers, mais impossible de savoir quoi. Cato Neimoidia était un terrain idéal pour prendre la mesure de la valeur d'un nouvel agent... Seulement quelle était le véritable sens d'un empilement d'assomptions vagues ? Est-ce qu'il disait vrai, finalement ? Que son accident n'avait été qu'un mauvais classement, qu'une succession d'erreurs tout à fait plausibles dans l'administration tentaculaire d'une planète, d'une coalition de planètes ?

                    Osso craignait le doute plus que tout, cette paralysie infecte de la volonté. Les grands requins de Pamarthe ne peuvent s'arrêter de nager sans étouffer. Alors avancer il fallait. Que se passerait-il s'il ne savait vraiment rien ? Pire, s'il lui racontait n'importe quoi pour satisfaire cette curiosité qu'elle lui dévoilait impudiquement ? Que se passerait-il si elle venait à fonder des décisions sur des fantasmes ? Les pupilles contractées par la colère et la frustration, les lèvres pincées, elle écoutait en silence Veral qui campait sur ses positions... jusqu'à ce qu'il ne le fasse plus.

                    Ne venait-il pas d'évoquer des organisations émanant de la CSI même comme étant à l'origine des attentats récents ? Pourquoi la CSI et pas... la République, ou l'Imperium, pourquoi une force interne et pas externe ? Alors oui. Il savait. Il savait, et il disait. Et il disait bien, enrobé dans des conseils politiques qui, même s'ils étaient malvenus, étaient un support tout à fait cohérent pour de futurs entretiens. Veral ne refusait pas. Il acceptait, à condition. Ce qu'elle était tout à fait disposée à entendre. Même si la teneur de la conversation ne lui plaisait pas entièrement.

                    - La Confédération est un gigantesque organisme qui peut sembler... parasitaire à certains. Aucune planète ne peut se vanter d'emporter une adhésion totale de sa population. Et c'est tout à fait normal, après tout.

                    En répondant, elle entrait dans un jeu. Un nouveau jeu qui lui rendait un sourire plus ouvert, qui noircissait le violet de ses iris. Un jeu qui lui rappelait leur escapade politique dans les champs.

                    - Quand l'opposition franchit un certain cap, il convient de se poser des questions. Mais en sommes-nous déjà là ?

                    Pas trop vite. Pas un rapport circonstancié. Plutôt une conversation entre vieux amis.

                    - Je ne m'oppose pas sur le fond à un changement de politique planétaire. Après tout, il est déjà amorcé. Un allégement du poids administratif, un assouplissement de certains carcans techniques... cela demande du temps, mais c'est en chemin. L'Arborescence est le moteur principal de ces évolutions. De nouveaux débouchés, de nouvelles rentrées d'argent, de nouveaux horizons. Que pensez-vous de la Fondation, monsieur Veral ? Parlez franchement. Dites-moi tout.

                    Oh oui, monsieur Veral. Dites-moi tout.
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                    Auteur : Arnon Veral

                    J’observais Osso et vit son visage s’assombrir. Bien sûr, cela aurait été difficilement perceptible pour quelqu’un d’autre, mais pour quelqu’un comme moi rompu à l’observation de l’animal humain, c’était évident. N’appréciait-elle pas le contenu de ma réponse ? Les informations ? Mon attitude ? Il était impossible de savoir car Leiel Osso était une politicienne talentueuse et qu’elle ferait tout pour garder la face. Nous jouions un jeu dangereux, tous les deux, sa grande force était de ne pas m’avoir dévoilé toutes les informations dont elle disposait, tout ça n’aurait pu être qu’un gigantesque bluff, mon unique certitude était qu’elle avait la photographie. C’était largement suffisant pour me faire tomber et me conduire à la potence, j’avais perdu, le masque était tombé. Quoi que je puisse dire ou faire, Leiel Osso savait désormais que je fus le Capitaine Ludwig Noas dans une autre vie…C’était donc à Noas qu’elle parlerait. Ce dernier ferait tout pour conserver ses privilèges durement acquis et sauver sa vie. Malheureusement, le temps du BSI était révolu et comme je l’avais dit auparavant, tout cela n’était que le passé, il ne servait à rien de remuer la vase. Vraiment ? Bien sûr qu’à sa place j’aurais remué la vase si j’avais eu une telle information, pour contraindre quelqu’un, prendre un contrat ou tout simplement éliminer un rival…J’invoquais l’argument éthique car j’étais en position de faiblesse sur l’échelle des informations. Nous le savions tous et vous l’avez compris aussi car vous avez lu cette histoire jusqu’à présent.

                    Alors qu’elle formulait sa réponse, je souris à mon tour. Cette réponse était presque risible, elle était celle d’un politicien. Quelqu’un qui n’avait jamais vraiment vu le basculement, l’effondrement. Je pouvais parler de ces concepts, les ayant moi-même vécus. Mon sourire poli n’était pas irrespectueux, bien au contraire, attendant une nouvelle fois que le passage du droïde enregistre mon sourire, je repris, tout aussi calmement.

                    -Eh bien, c’est ce que beaucoup avant vous ont cru. Lorsqu’on est dans son bureau et qu’on fait partie des sphères favorisées de la société…On a tendance à ne pas se rendre compte de ce que vit la population. Point de mépris ni de reproche dans mon propos, je suis comme vous, ignorant de tout cela. Le Préfet Dae’Mid a sans doute pensé la même chose, c’est pour cela qu’il a négligé les risques jusqu’à l’attentat. Il suffit d’une minorité agissante, d’un groupe extérieur ou de quelques meneurs pour lancer des mouvements de révoltes. Vous auriez tort de négliger une telle possibilité…La CSI a son propre agenda, mais les instances dirigeantes sont distantes et ne peuvent avoir qu’une vision globale. L’Empire Sith a commis la même erreur, les soldats se sont battus jusqu’à la fin, tentant de satisfaire des ordres délirants alors que finalement, l’effondrement était imminent.

                    Mes propos pouvaient paraître alarmistes, voire déclinistes. Pourtant, je savais de quoi je parlais et pour avoir vu et interrogé les gens qui avaient été recruté par Légion, je pouvais sans problème concevoir que ces gens étaient des dangers publics qui pourraient à terme menacer la CSI. Si Dae’Mid l’avait occulté, j’espérais qu’Osso pourrait le voir. Cela faisait aussi partie du rapport très détaillé qui allait dans ce sens. Pour l’instant, le document était perdu dans la machine infernale et titanesque qu’était l’administration de la CSI, mais j’espérais qu’un des fonctionnaires du DSP avec un rang suffisamment élevé soit convaincu et alerté par la teneur de ce rapport. S’il se voulait pondéré, il était suffisamment clair sur les risques à laisser une telle organisation dans la nature et surtout sur la menace pour la sécurité intérieure qu’elle pouvait représenter. En tant qu’agent du DSP, j’avais fait mon travail, mais là j’avais la chance d’avoir une Sous-Préfète qui m’accordait toute son attention, il fallait absolument qu’elle comprenne mon point-de-vue, cela pourrait bénéficier à Raxus Secundus, c’était le monde où je vivais et je savais que si la Légion menait des opérations ici, nous aurions tous à y perdre…Y compris AgroChrome. Je surenchérissais :

                    -Comprenez-moi bien, ce n’est pas simplement le corps Préfectoral qui est visé. Imaginez que Légion se mette à viser d’anciens Conseillers, des collaborateurs, des entreprises partenaires ou des bâtiments administratifs. Nous n’avons pas les moyens de protéger tous ces bâtiments de la population. Le rapport du DSP concernant l’attentat contre le Préfet Dae’Mid est formel, ils ont piraté les droïdes de combat et modifié les algorithmes. Nous parlons donc d’un groupe capable d’infiltrer les Préfectures. Ces attentats, ce sont les conséquences à court terme, mais imaginez les conséquences à moyen et long terme. Les oppositions planétaires feront leurs choux gras de tout ça, nous perdrons en crédibilité, les entreprises locales qui voudraient travailler avec les Préfectures ou la CSI ne voudraient plus le faire car cela serait trop risqué…Elles augmenteraient les prix. Nous ne sommes plus en temps de guerre et gardez en tête que les entreprises souffrent énormément des changements de règles de la politique centrale économique de la CSI…Si demain la CSI était en position de faiblesse, elle ne les convaincrait pas de baisser leurs prix pour un quelconque sentiment patriotique, car elle les a saigné pendant des années. La CSI repose sur un crédo assez fragile, un pacte entre un libéralisme économique assumé d’entreprises multi-planétaires et une bureaucratie totipotente. Si la confiance est rompue entre le peuple et un de ces deux acteurs, c’est possiblement la révolte. Pis encore, que se passerait-il si ces deux acteurs venaient à entrer en compétition et que le peuple en plus de ça commencerait à douter ? Nous ne sommes pas si loin de ce point-là à mon humble avis. Mais tout ça, vous devez déjà l’intuiter, n’est-ce pas ? Sinon, pourquoi avoir convoqué autant de délégations pour les acteurs économiques majeurs de Raxus Secundus ?

                    Je m’étais dévoilé, suffisamment pour donner ma vision politique…Mon constat tout du moins. Si Osso pourrait publiquement défendre le contraire, elle devait bien savoir que j’avais raison. Sinon, pourquoi avoir lancé tous ses projets sur Raxus ? Dont la Fondation d’ailleurs. Pourquoi également avoir convoqué toutes ces délégations. Leiel Osso était précisément la personne qui serait très sensible à ces considérations. Je conservais mon sourire à la question suivante, au fond, mon avis on s’en moquait un peu, ce qui importait c’était les résultats. Je ne pouvais bien évidemment pas dire cela, ça aurait été indélicat et moi-même, je maîtrisais les codes. Attendant un nouveau passage d’un droïde pour parler, je plongeais mon regard dans celui de Leiel Osso.

                    -Je dirais que c’est une très bonne mesure. La Fondation, comme toute autre mesure allant dans le sens d’une certaine souveraineté de Raxus Secundus sera une bonne chose. La population se sentira plus en sécurité et il est très important de nous libérer autant que possible du carcan administratif que constitue le pouvoir central de la CSI. La souveraineté militaire est un très bon début mais il ne sera pas suffisant pour remporter l’adhésion totale de la population et être sûr d’avoir renoué la confiance ici. Il faudrait pour cela que les délégations soient entendues et négocier un accord gagnant-gagnant avec la CSI, leur démontrer qu’ils gagneraient plus en vous laissant gérer le commerce intérieur à Raxus. Pour cela, il faudrait se débarrasser des normes centrales, celles qui fixent les prix avec les autres mondes par exemple…Cela pourrait se négocier en ayant nous-mêmes des contrats à l’exportation et dire à la CSI que nous avons ces contrats qui rapporteraient plus encore que les actuels mais que notre condition pour les mettre en place serait une latitude sur les importations et les exportations. La CSI s’y retrouverait avec les taxes prélevées sur les échanges. L’argent est le nerf de la guerre et si nous assainissions notre économie intérieure, cela laisserait les mains libres pour les autres projets, cela permettrait également d’avoir les caisses suffisamment plaines pour avoir les moyens de vos ambitions.

                    L’aspect économique, je le maîtrisais très bien car c’était ce que faisait AgroChrome. En renégociant les normes et les prix à l’import-export, je me tirais une balle dans le pied car c’était précisément ce qui faisait la richesse d’AgroChrome, il faudrait donc sortir de notre zone de confort si cela changeait, mais n’était-ce pas là la preuve de ma bonne foi ? J’avais compris que les choses n’étaient pas viable sur le long terme. Cette fois avec un sourire un peu plus appuyé, je rajoutais, comme pour montrer que j’avais eu accès à des informations un peu plus sensibles :

                    -L’avantage de mettre en place rapidement ces réformes économiques aurait deux effets bénéfiques immédiats pour votre mandat. Premièrement, cela permettrait de sauver les petites et moyennes entreprises locales, évitant la contestation. Deuxièmement, ça clouerait le bec aux esprits chagrins comme le Conseiller Bergen qui pensent que vos projets auront un coût pharaonique. Finalement, je pense toujours que vous avez intérêt à sauver toutes les familles Vinginti, y compris à trouver un héritier à ceux qui n’en ont pas. Cela vous permettra de conserver l’essence de Raxus Secundus et surtout d’inclure ces traditions -y compris les cultes traditionnels- à la nouvelle Raxus Secundus tout en évitant les frustrations dues à la perte de repère de tous les changements que vous cherchez à faire. C’est ma vision, peut-être que d’autres sont possibles, mais maintenant vous l’avez et vous avez mes arguments. Pour le reste, il vous suffirait de faire appel au DSP pour des questions de politique intérieure et vous auriez sans doute le choix entre plusieurs agents…Vous auriez sans doute des réponses plus officielles à vos questions.

                    Car en effet, il suffisait à Osso de demander pour connaître mon appartenance à cette organisation. Je serais là effectivement en mesure de la conseiller officiellement. Voire de servir de conseiller à la situation de Raxus Secundus.

                    Dix ans auparavant, Bordure Extérieure.

                    Les entretiens avec Arnikon s’étaient terminés comme ils avaient commencé. Dans des colères et des rodomontades de ce dernier. Le Général avait beau prôner un changement drastique de politique et des directives plus agressives, il n’avait pas les cartes en main. En effet, c’était le BSI et les commandants locaux qui prenaient les décisions. Chacun avait ses propres intérêts et surtout, le flou administratif et la lourde bureaucratie profitaient aux initiatives locales. Lorsqu’Ambre Cigella avait été questionnée, cette dernière avait argué avoir suivi les directives centrales qui dépendaient du QG du BSI. Arnikon avait fulminé, écrit des courriers, pris des rendez-vous, mais la vérité était qu’il n’avait que des fonctionnaires lointains dont les préoccupations n’étaient que des tableaux de chiffres. La situation de notre monde les préoccupait peu, ce qui importait c’était que les livraisons de matériel soient faites. Arnikon était un militaire, sa mission était de pousser les fronts localement, nous avions eu une victoire majeure en prenant le monde que nous occupions, c’était ce qui importait et ce qui figurerait sur le rapport que nous enverrions à l’Etat-Major et au gouvernement. Qu’importait la situation globale, ce qui importait c’était ce qui se passait à un instant t. Notre mission sur cette planète était terminée, les derniers rebelles avaient été capturés et les chefs arrêtés. Nous étions les maîtres absolus et les usines fonctionnaient maintenant à plein régime, même si les livraisons de riz n'arrivaient pas pour les soldats. Nous avions donc reçu notre ordre de partir, mais avant, il fallait montrer que le pouvoir impérial était fort, puissant. L’Etat-Major avait demandé une dernière chose aux forces sur ce monde.

                    C’était une journée printanière, le soleil était timide mais bien présent. Nous avions tous rejoint la capitales dans nos plus beaux uniformes et sous les caméras des droïdes sur place, les stormtroopers s’étaient mis à défiler, battant le pavé. A mon tour, comme mes semblables du BSI, je m’étais mis en ligne. Les bottes martelaient le pavé à intervalles réguliers et nous passâmes l’avenue principale de la capitale de cette planète maintenant vaincue. Les habitants nous regardaient, l’air hébété, presqu’incrédules. Certains en avaient les larmes aux yeux, mais nous nous en moquions éperdument, l’humiliation faisait partie du processus qui visait à briser toute volonté propre des vaincus. Ces derniers devaient accepter l’évidence qu’ils étaient maintenant part d’un ensemble plus grand : l’Empire Sith. Nous ne vivions plus pour nous-mêmes, nous n’étions plus des individus à proprement parler…C’était du moins ce que disait la doctrine Impériale. Rec se trouvait à côté de moi, il paradait fièrement, et nos collègues du BSI étaient derrière nous. Nous défilâmes ainsi pendant une vingtaine de minutes avant d’arriver devant l’estrade du commandement. Nous saluâmes le Général Arnikon, le Gouverneur Varicus et leur état-major. Des officiers tous très décorés qui n’avaient pourtant -comme moi- jamais mis les pieds au front. Derrière nous, les vaincus, des soldats des forces locales enchaînés qui finiraient dans les mines, les camps de travail et les usines. Aucun ne survivrait au traitement Impérial, tous sacrifiés pour l’idéal collectif. Il suffisait d’observer l’embonpoint de Varicus ou le comportement vaniteux d’Arnikon pour comprendre que pour certains, l’ambition personnelle n’avait pas disparue…

                    Quelques heures plus tard, nous préparions nos affaires,

                    Je partais pour ma part en permission, ma première depuis bien longtemps. C’est donc par le biais d’une navette civile que je rentrais sur Coruscant. Vêtu d’une chemise et d’un pull-over, je portais mon paquetage. Je constatais qu’Ambre se trouvait elle-aussi sur le quai de l’astroport, en civil, avec un de ses tailleurs hors-de-prix qu’elle n’hésitait pas à exhiber. Elle vint me voir et me gratifia d’un sourire.

                    -Eh bien Ludwig, c’est bel et bien fini pour toi ici ? Permission ? C’est la première fois que je te vois en civil.

                    « Il y a un début à tout, je rentre chez moi sur Coruscant, ça fait bien deux ans que je n’ai pas eu de permission… » Elle sourit de nouveau, arguant que c’était la guerre qui voulait cela. Elle m’indiqua qu’elle partait elle-aussi en permission pour Coruscant. Nous prîmes place côte à côte, dans la navette. Je pensais à cet instant-là qu’elle avait fait exprès de me rejoindre à cet instant. « Arnikon et Varicus vont saccager tout ce que tu as fait. Ils vont être obligés d’augmenter la productivité, ils m’ont demandé de signer la directive pour la "Productivité et l'Effort de Guerre". » Ambre sourit, je compris à cet instant qu’elle était totalement détachée du sort de ces ouvriers. « J’aurai fait ce que j’ai pu, j’ai exécuté les ordres, nous en sommes tous là. » Oui, nous en étions tous là et c’était par notre silence coupable face à ces ignominies que l’Empire Sith était toujours là. Les peuples galactiques avaient survécu et vécu dans des sociétés de plus en plus violentes par rapport à cela. Haussant les épaules, je rétorquais : « Nous aurons tout le temps de construire une société nouvelle une fois que nous aurons obtenu la victoire finale. Pour l’instant, ce qui importe, c’est de gagner. Cette galaxie était trop corrompue par les idéaux démocratiques et libertaires…C’est à cause de cette illusion que nous en sommes là. » Ambre acquiesça sans grande conviction, toujours souriante. Je déblatérais la propagande Impériale sans en être réellement convaincu. Sans mon uniforme, cela n’était qu’absurdité récitée quasi-religieusement par un homme dans une navette de transport en commun.

                    -Changeons de sujet, veux-tu. Cela te dirait de venir me rendre visite à mon appartement à Coruscant ? J’organise une petite réception avec mes amis…Ceux qui sont encore dans le journalisme tout du moins…Tu es le bienvenu.

                    Je fus surpris par la proposition. Cela semblait comme une forme d’officialisation. Rencontrer ses amis m’enchantait guère, mais je ne pouvais m’empêcher de penser qu’il s’agissait là d’une opportunité que j’aurais eu tort de ne pas saisir. Je la remerciais donc allègrement, car je devais me rendre à l’évidence, je m’étais attaché à cette femme.

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                      Post n°13
                      Auteur : Leiel Osso

                      Veral parlait, et le chant rauque d'un oiseau invisible se mélangea à ses mots. Il faisait chaud sous la verrière, chaud et humide, et son discours de mêlait au chant de la cascade, aux pensées d'Osso, devint alors un jardin aux sentiers qui bifurquent, un labyrinthe de possibles, de dangers, de réussites, d'échecs. Ces chemins qui se séparent, Leiel les arpentait en pensée. Ils ressemblaient aux allées de ce parc artificiel et sa représentation interne des conflits prendra cette forme, à présent. Des allées, des pentes, des cascades. Le cri des oiseaux.

                      - Il me semble que vous ne tombez pas dans cet écueil, mais une idée fausse et couramment répandue est que la CSI est un organe unique et omnipotent. En réalité, la CSI à proprement parler reste avant tout une organisation militaire qui distribue ses forces armées à ses alliés. Tout le reste... tout le reste, de l'administration des planètes aux contrats internes aux taxes aux échanges aux transports des marchandises... tout le reste, ce sont les banques galactiques qui les chapeautent. Les deux pôles sont très différents, dans leurs approches, dans leurs politiques. L'un finance et l'autre protège, et les deux grossissent de leur alliance.

                      La main blanche d'Osso s'enfonça dans sa poche. La jeune femme fronça les sourcils, sortit la boîte de chocolats, la repoussa dans son manteau. Elle chercha l'autre poche, en tira le sachet de pain qu'elle vida sur le sol, sans se soucier du qu'en-dira-t-on, de la propreté de l'allée, de l'impact sur l'environnement contrôlé dans lequel les deux humains évoluaient aussi bien que les poissons dans le bassin.

                      - L'intérêt de Raxus Secundus n'est pas forcément le même que celui de la CSI. Mon rôle à moi est de concilier les deux. D'offrir assez à l'un pour que l'autre garde une marge de manoeuvre. Je crains maintenant que la Confédération considère la situation comme assez dangereuse pour intervenir militairement. Pour écraser une rébellion dans l'oeuf. Dans le sang. Rien, absolument rien de bon n'en sortirait. L'armée ne pourrait être victorieuse en tirant sur la population qu'elle est censée défendre. Ce serait confirmer le discours des opposants, je suppose. A éviter à tout prix. Vos remarques sonnent juste, monsieur Veral. Notre escapade dans les champs m'avait révélé à quel point certains éléments structurels de l'économie planétaire étaient ignorés de la politique globale. Et encore une fois, vous me dévoilez que les choses sont plus graves encore que je ne les imaginais.

                      La Sous-Préfète ignora le vol du drone au-dessus d'eux. Son visage affichait un air sérieux, plissant ses sourcils, mais Osso était plus concentrée que tendue.

                      - Je revois encore en rêve le canon du fusil de madame Cekkel. Votre main qui se referme dessus. Je me souviens de son désarroi à elle. Et de votre calme aussi. De votre manière de désamorcer la situation. Vous étiez mon guide, monsieur Veral. J'ai appris bien plus vite avec vous qu'en plusieurs mois avec mon prédécesseur. Autrement. Efficacement.

                      Les joues pâles de Leiel s'empourprèrent subitement. Elle détourna le regard, suivant les carpes bleues des yeux le temps de retrouver contenance.

                      - C'est pour cela que je vous en ai voulu, immensément, quand j'ai compris. Noas me privait de Veral. Et puis... j'ai réalisé que vous étiez toujours là. Que rien n'avait besoin de se passer, après tout. Je devais vous dire que je savais parce que je vous estime trop pour jouer ce jeu stupide avec vous. J'ai entendu parler d'un seigneur de guerre de l'Imperium qui a fondé son autorité sur la reconnaissance d'esclaves libérés qui le suivent encore aujourd'hui. Quelle aberration. Un esclave libre a la liberté de partir. On n'attend pas de lui qu'il reste, même par respect, par reconnaissance. Par définition il est libre. Si personne ne remet en cause l'autorité de l'un sur l'autre, alors il échange une servitude pour une autre.

                      Les yeux mauves se braquèrent à nouveau sur son interlocuteur. Le maquillage scintillant donnait à ses paupières des airs d'ailes de papillon.

                      - Et vous, monsieur Veral, vous n'êtes pas un esclave. Vous avez le choix. Vous pouvez partir, recommencer ailleurs, sous un autre nom, sous un autre masque. Et personne ne vous traquera, personne ne saura rien de votre passé, et votre avenir sera vôtre. Ou vous pouvez poursuivre votre chemin ici, rester celui qui m'a guidé, poursuivre ce que vous avez commencé. J'entends vos menaces, elles sont bien naturelles après tout. Et bien inutiles. Le passé ne m'intéresse que dans la mesure où il permet de tracer un présent qui vaille le coup. Vous êtes dans une position qui rend la chose possible. Vous savez des choses avant que je les apprenne. « Légion »... ce mot m'était encore inconnu avant notre discussion. Vos analyses sont précieuses parce qu'elles ne sont pas compromises. Vous savez que les Conseillers de la Préfecture ont une logique binaire : soit ils cultivent leurs propres agendas et s'opposent à la première occasion, soit ils soignent leurs ambitions et s'écrasent au lieu de s'affirmer.

                      Le vol lourd d'un oiseau l'interrompit, la fit sursauter. Sa propre réaction la fit rire.

                      - Pardonnez-moi. J'ai besoin de vous, monsieur Veral. Surtout de vous, parce que vous êtes dans une position unique et que vos... inspirations sont uniques. Saisissez la branche que je vous tends. Faites entrer Agrochrome dans l'Arborescence, faites la fructifier, faites fructifier la Fondation elle-même. Appuyez-vous sur ses branches pour vous hisser aussi haut que vous le souhaitez. Vous aurez mon soutien, en échange de... nos conversations éclairées. C'est tout ce que je demande. Savoir avant les autres, pour garder une longueur d'avance.

                      Du bout de son escarpin blanc, Leiel poussa dans le bassin les miettes de pain qui jonchaient encore le sol. Inutiles, elles troquaient une valeur symbolique contre une autre, disparaissaient sous la surface de l'eau, dans le ventre des poissons. Il sembla à la jeune femme que flottait dans l'air l'odeur du carburant brûlé qu'elle associait à l'holophoto, que la voix d'Ornaz venait de retentir, qu'il riait et que Noas riait aussi, l'oiseau battant des ailes dans ses mains. Les miettes avaient disparu, et Leiel réalisa que la sensation le long de sa colonne vertébrale revenait, que les pics qui se dressaient sous sa peau indiquait que la Force lui échappait, venait s'immiscer contre sa volonté dans la conversation, que la tentation de céder, d'accepter tout, n'importe quoi, allait éclore dans l'esprit de Veral et que rien n'aurait de sens, rien n'aurait de valeur et que Mia aurait encore tout sali, tout corrompu. Elle frémit, écoeurée par son manque de maîtrise de soi.

                      - Monsieur Veral... j'ai une question. Un peu étrange, peut-être... Ici, maintenant, votre masque est tombé. Vous pourrez le remettre en place dès que nous nous quitterons, sans grande difficulté. Mais... Ici et maintenant, est-ce que vous vous sentez davantage Noas ? Veral ? Un autre, un mélange que vous n'avez pu exprimer ?

                      Elle le regardait, curieuse, plus douce aussi, presque juvénile tout à coup, comme si elle attendait enfin la réponse à la question qu'elle se posait depuis toujours. S'il n'avait rien à décider sur le coup, si la question qu'elle posait n'appelait pas d'adhésion mais ouvrait plutôt le champ de l'introspection, alors peut-être que son pouvoir refluerait, sans avoir trouvé de saillies auxquelles s'accrocher.

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                        Auteur : Arnon Veral

                        J’écoutais attentivement Osso, acquiesçant lentement. Sa manière de voir les choses n’était pas incompatible avec la mienne, mais simplement, j’avais apporté un éclairage nouveau par mes informations sur ce que vivait Osso de son côté et ses prérogatives. J’avais envie de fumer, mais je me retint. Mettant ma main dans ma poche, je me mis à jouer avec mon étui à cigarettes en argent, typique des officiers Impériaux en leur temps. Je complétais ce que disait Leiel avec aplomb, cette fois en haussant les épaules.

                        -Là résidera la difficulté de votre mission, Madame la Préfète, garder tous les partis satisfaits tout en conservant une identité Raxienne. Ainsi permettrez-vous d’étouffer la rébellion dans l’œuf. C’est finalement ce que craignait le Préfet Dae’Mid : que cette rébellion de « Légion » ne pousse la CSI à envoyer un contingent qui consommerait son échec mais également soufflerait sur les braises de la révolte. Les réussites des agents du renseignement ont permis aux autorités locales comme à la CSI de garder la face, mais également de conserver une certaine confiance de la population pour régler ce genre de problèmes…

                        J’observais Osso, son visage de nacre et ses yeux violets. Il y avait quelque chose d’inhumain en elle, comme si elle avait des origines célestes. J’avais longtemps tenté de comprendre ce qui me dérangeait chez elle, que ce soit dans l’étrange harmonie de son visage, dans son teint immaculé ou dans son apparence de poupée de porcelaine. Laissant le droïde passer au-dessus de nous, je reprenais avec une voix égale.

                        -Cette réussite n’offrira qu’un répit de courte durée à la CSI puisque « Légion » n’a pas été démantelée. Elle court toujours et frappera à nouveau. Tant que le nid de cloportes ne sera pas brûlé, le risque demeurera. Si vous me pardonnez cette terminologie très Impériale, c’est ce que nous pourrions appeler un « ennemi objectif ». Il faudra détruire cet ennemi avant qu’il ne frappe car c’est un nuisible qui ne pourra pas forcément être neutralisé avec notre arsenal légal, chaque nouvelle action ne fera que s’allier à la défiance déjà présente dans la population de certains mondes confédérés…Augmentant ainsi les probabilités de recrutement. Que se passera-t-il si un jour « Légion » se met à métastaser ? Si des cellules indépendantes aux revendications diverses se créent ? Autant de questions qu’il faut traiter en amont.

                        J’étais sincère, je me surprenais à dépasser mon pragmatisme habituel et, derrière ma vision très technique et à court-terme de tout ça, j’avais une certaine affection pour Raxus Secundus. Je voulais que ce monde rural reste paisible et bon à vivre. Je n’avais pas envie que « Légion » vienne tout détruire, quelles que soient leurs motivations d’ailleurs. Pourtant, je ne pouvais conserver mes informations pour moi, si le DSP forçait au silence, Leiel Osso était une Sous-Préfète qui souhaitait aller au bout de grands projets, il était dans l’intérêt de la CSI qu’elle dispose de certaines informations qu’elle ne pouvait pas deviner. En ce sens, je ne trahissais pas la CSI.

                        -Vous devrez garder cela en tête, contentez la population sur Raxus Secundus, sauvez les grandes familles comme je vous l’ai conseillé et réconciliez-les avec le peuple par un roman national et des règles qui favoriseront la production sur Raxus Secundus et qui permettront à la CSI de récolter plus de taxes sans avoir à augmenter les taxes déjà existantes mais en se contentant d’une augmentation de volume. Je suis sûr que vous pourriez même conseiller les Vinginti d’injecter une partie de leur important patrimoine dans l’agriculture locale plutôt que dans les actions extra-planétaire. Pour cela, il faut premièrement les convaincre que cette agriculture est rentable. Cela, je peux vous aider, j’ai une demi-douzaine de règles locales en tête que nous pourrions supprimer afin de fluidifier production et bénéfices sans toucher aux taxes Confédérées. Ensuite, promettez-leur la restitution de leurs terres ou des héritiers, mais dans un second temps. Une fois qu’ils auront réinvesti dans l’activité locale, ils seront à nouveau dans les grâces de la population, grâce à la Sous-Préfète Osso qui en portera l’initiative bien sûr, et personne ne trouvera à redire s’ils récupèrent des châteaux isolés et quelques terres. Il faudra simplement éviter qu’ils monopolisent encore les capitaux, mais nous y veilleront également. Ce compromis règlera à moyen-terme les contestations sociales, et satisfera la CSI. C’est bien le problème de la CSI, chaque organe est très compétent mais aucun ne communique…Il n’y a pas de vision d’ensemble.

                        Contrairement au système très vertical et autocratique de l’Empire Sith, la CSI était en effet gangrénée par des intérêts divergents. Si les agents, au niveau individuel, pensaient bien faire, ils étaient rapidement supplantés par la bureaucratie et les rivalités internes entre services. J’en avais fait les frais lors de ma toute première mission où certains avaient tenté de m’éliminer…Dans le silence complice des autorités. Ce qui importait la CSI, c’était que la paix générale soit maintenue et que les investissements soient rentables, la CSI ne pouvait cependant pas s’inquiéter des inquiétudes du petit paysan Raxien…Pour cela il y avait les autorités locales, qui devaient maintenir la paix sociale et laisser ainsi la CSI poursuivre ses objectifs. Rien d’étonnant alors à ce que la CSI soit complètement aveugle à l’ascension de groupuscules souterrains et très locaux tels que « Légion ». Ce que je proposais à Osso n’était rien de plus qu’un prolongement des idées que j’avais déjà dévoilé lors de notre sortie. Si Madame Cekkel avait sorti le fusil face à la Sous-Préfète c’était précisément car le lien entre les masses de travailleurs, les élites locales et les élites de la CSI étaient complètement perdues. Son discours sur le choix m’arracha un sourire amer, je haussais les épaules.

                        -Bien sûr que nous avons toujours le choix sur le papier…Mais j’ai toujours considéré que cela n’était qu’illusion. Là où je vous rejoins cependant, c’est bien sur le passé, tout ça est terminé, ça s’est passé, c’était des temps troubles. L’Empire Sith n’est plus, nous avons cru en un rêve, en une utopie, pourtant la société n’était pas prête, elle n’a pas adhéré à cet ordre nouveau qui aurait dû éclore. Enfin…Je ferai entrer AgroChrome au sein de l’Arborescence…Mais ne croyez pas que cela sera pour faire évoluer l’entreprise. Je souhaite que les rapports et les idées que j’ai commencé à porter à votre connaissance lors de la délégation Roussimoff soient appliquées. Je souhaite aussi que vous entendiez mon conseil concernant Raxus Secundus. Essayez d’appliquer ce que je vous propose et voyons si cela fonctionne. Pour le reste, faites appel au DSP pour enquêter sur Raxus et il se peut que nous ayons une collaboration plus officielle. Je crains que Légion soit ici aussi et nous aurions tout intérêt à les prendre de court…

                        C’était en effet ma crainte : Légion pouvait se terrer partout. Je ne savais pas jusqu’où allaient les ramifications de ce groupe et si Raxus Secundus, dans tous ses projets, n’était pas prête à se défendre voire à enquêter, cela ferait une très bonne cible pour ce type de groupuscules. En effet, la Sous-Préfète Osso était à la tête d’une planète encore très marginale qui n’avait pas les moyens d’autres planètes de premier plan, comme Cato Neimoidia, mais qui serait un trophée de choix pour des apprentis révolutionnaires.
                        A sa question suivante, je fronçais les sourcils. Alors qu’elle avait poussé du bout de son escarpin les miettes dans le bassin, elle semblait comme absorbée. L’esprit d’Osso était presqu’évanescent, comme piégé entre deux réalités. Je ne la sentais pas avec moi, comme si elle était plongée dans d’autres réflexions, sur un autre plan. Une fois de plus, sans me démonter, je répondais avec la même placidité :



                        -S’il y a une chose dont je suis convaincu, c’est que les personnes ne changent pas…Au mieux elles évoluent. En ce sens, je n’ai pas changé depuis ma naissance, je suis toujours le même. Les simulacres de procès ont tenté de nous faire passer, moi et d’autres, pour des monstres. Nous avons payé d’être dans le camp des perdants et les vainqueurs ont cherché -comme toujours- à écrire leur histoire pour se dédouaner. Ne vous méprenez pas sur mon propos, nous n’étions pas irréprochables et j’assume tout ce que j’ai fait, mais je dis simplement que les exactions étaient commises dans les deux camps…La guerre est horrible et il est aisé de la juger en temps de paix. J’ai appliqué les ordres à la lettre, ce que doit faire tout soldat en temps de guerre. Ni plus, ni moins. Aujourd’hui, vous pourrez aller voir dans vos dossier à la préfecture mais depuis mon retour à la vie civile, je n’ai commis aucune infraction. Chacun pourra se faire sa propre idée sur moi, mais les faits sont là.

                        J’aurais menti si j’avais affirmé que je n’avais pas longuement réfléchi sur ce que je venais de dire à la Sous-Préfète. Il y avait en effet un exercice qui aurait pu s’apparenter à une dose de déni. Je ne pouvais pas expliquer ce qui s’était passé, nous avions en effet été dépassés par les évènements, nous perdions et nous avions des ordres. La société n’était pas prête et nous avions dû faire face à des forces opposées. Nous, entêtés dans nos idéaux avions radicalisé nos actions…Car tel était le problème d’une révolution ou d’un ordre nouveau, ils n’admettent pas la compromission. A partir du moment où nous étions rentrés dans le processus de transformation de la société, nous n’avions plus le choix, notre destin était scellé. Le point de non-retour était atteint.


                        -Je n’ai jamais cessé d’être celui que je suis depuis ma naissance. La guerre…Nous a poussé à prendre des décisions difficiles. Tout cela fut une terrible tragédie, mais nous avons obéi aux ordres. Il serait facile de nous juger aujourd’hui comme des monstres, mais j’ai reçu des médailles pour mes états de service, Madame la Sous-Préfète. Les vainqueurs ont eu besoin de trouver des responsables pour toutes les horreurs qui ont été commises, mais ayant été un acteur contemporain, je peux vous assurer que nos ennemis n’étaient pas en reste…C’est la réalité de la guerre. Encore une fois, tout cela est terminé et je n’ai jamais cessé d’être la même personne. Vérifiez dans mon dossier à la préfecture, je n’ai jamais enfreint aucune règle depuis mon retour à la vie civile, j’ai respecté les lois, j’aide des familles dans le besoin à travers mon entreprise.

                        Dix ans auparavant, Coruscant,

                        J’étais à table, avec les convives. Ambre m’avait invité à une de ses petites « sauteries » et j’avais immédiatement saisi la différence qu’il y avait entre nous. J’étais arrivé avec un costume mal taillé, le seul que me permettait ma solde et les restrictions de guerre. Si au front, notre économie de guerre parasite me permettait d’avoir les meilleurs uniformes, il en était différent à la ville. C’était avec un bouquet de fleurs très simples que j’avais gratifié Ambre. Pourtant ici, je ne voyais que des privilégiés : membres de cercles artistiques de renom, aristocrates locaux et industriels. C’était donc dans ce milieu qu’évoluait Ambre et si elle avait tenté de me mettre à l’aise, les autres m’avaient fait comprendre que je n’étais pas à ma place dans ce duplex hors-de-prix décoré d’œuvres modernes dans les hauteurs de Coruscant. L’illusion de la guerre n’y faisait rien, je demeurais et restais celui que j’avais toujours été : un prolétaire qui ne pourrait jamais s’élever sur la Planète Eternelle. Ici on buvait des alcools raffinés, on riait des potins et on côtoyait le beau monde. On évoquait des personnes que moi-même je ne connaissais pas.

                        Nous étions donc passés à table, je m’étais un peu renfermé en moi-même, pris à la gorge par une gêne que je ne pouvais pourtant pas expliqué. Il y avait un déferlement de luxe qui frôlait le stupre. Nous fûmes servis par Ambre qui avait préparé un plat qui semblait sortir des meilleurs traiteurs, elle avait ce talent en plus. Je commis l’erreur de trop boire, enchaînant les verres. Face à moi se trouvait un homme relativement jeune, il devait faire partie de ma génération. Costume hors de prix, très bien cintré, belle gueule et cheveux blonds soigneusement coiffés, j’avais suffisamment observé les convives pour comprendre qu’il était financier et qu’il possédait une usine. Martin Jelle était son nom. Jelle, comme la plupart des personnes qui se trouvaient là et qui auraient dû être mobilisées avait gardé sa place dans la société civile pendant que d’autres -moins chanceux- mourraient sur les différents fronts galactiques. Jelle m’observait depuis un moment et je mis quelques minutes à le remarquer, moi qui avais toujours été à l’aise en public, je me sentais pris au dépourvu.

                        -Ludwig, c’est ça ? Ambre et toi, vous vous êtes connus au front n’est-ce pas ?

                        Je répondis à l’affirmative, sans trop en dire. Les agents du BSI étaient tenus au secret. Je vis son regard s’illuminer d’une sorte de fausse bienveillance remplie de fatuité alors qu’il portait son verre à la bouche. Je ne le savais pas, mais Martin Jelle avait trop bu, et contrairement à moi, il avait une forme d’alcool mauvais. Je ne sais pas ce qui le poussa à agir comme il agit par la suite envers moi, mais j’eus immédiatement un mauvais pressentiment, comme le goût minéral, presque métallique, qu’on sent parfois avant un orage. L’homme était plus grand que moi, il avait un corps sculpté par le sport et sa voix était assurée, tout semblait le positionner au-delà de moi.

                        -Je ne comprends toujours pas pourquoi Ambre est allée s’embarquer dans la guerre. Tout le monde lui dit ici, elle n’a pas besoin d’aller se faire sauter au front… Mon père est ambassadeur, il aurait pu faire pour elle comme il a fait pour nous, un petit papier et elle reste à la maison.

                        C’est à cet instant-là que la conversation bascula. La sagesse eu voulu que je me taise, que je laisse ce petit coq faire sa petite démonstration. Malheureusement, j’avais vu trop de souffrances pendant mes missions pour laisser un homme comme ça me marcher sur les pieds. Les vapeurs éthyliques n’aidant pas, je relevais les yeux de mon assiette, comme piqué au vif et pris d’un sursaut d’orgueil. Cet homme ne m’avait pas inclus dans son plan pour éviter le front. Amer, je rétorquais :

                        -Certains n’ont pas d’autre choix que d’aller au front et de verser leur sang pour leur patrie. Nous n’avons pas tous un père ambassadeur.

                        Jelle sourit avec arrogance, haussant les épaules. Je ne ressentais pas de malveillance active en lui, il me méprisais…Mais de la pire manière qui soit : un mépris froid et mauvais. Le type de comportement qui s’instille dans vos veines tel un poison, qui vous met face à vos propres limites. Cet homme me prenait de haut, à tel point que je ne pouvais pas réellement réagir. L’industriel acquiesça.

                        -Je n’ai pas eu besoin de mon père pour rester ici. J’aide l’Empire autrement, mon entreprise fabrique du matériel militaire. Avec leurs directives à la noix, ça me permet même de toucher pas mal de pognon.

                        Ces directives, je les connaissais très bien pour en avoir été l’architecte pour une partie. Pourtant, ce n’était pas le but que de s’enrichir. Portant une nouvelle fois mon verre à la bouche, je sentis l’alcool me brûler la gorge. Jetant un coup d’œil autour de nous, je vis que les autres étaient pris dans des conversations sur l’art ou les dernières tendance à la mode, même Ambre, dans sa robe de cocktail verte n’avait pas vu ce qui était en train de se dérouler. « Ça m’étonnerait, ces directives interdisent les bénéfices. C’est un effort de guerre ! ». Même si j’étais assuré dans mes propos, je sentais cependant que je flanchais, cet homme tentait de m’intimider et il réussissait. Je crois qu’il le sentit, conservant sa voix de velours et son aplomb. Il n’avait pas réellement à trop insister, son attitude, ses manières et ce qu’il était le propulsaient bien au-dessus de moi. « Peut-être, mais nous reversons une grande partie à l’état, comme cela est stipulé par les directives. » Martin posa un de ses bras sur le dossier de sa chaise, avachi, il ajouta :

                        -Il y a beaucoup de manières d’aider l’Empire et tu le comprendras assez rapidement. A ce stade de la guerre, le monde est divisé en deux : ceux qui utilisent les fusils et ceux qui les fabriquent. En les fabriquant, je sers bien mieux la Patrie, à quoi ressemblerait le front avec des militaires sans fusils ? Cette guerre se terminera bientôt, et je compte bien utiliser l’argent que j’aurai pu mettre de côté pour relancer une nouvelle filiale. Et toi, qu’est-ce que tu prévois de faire, je veux dire quand la guerre sera terminée ?

                        Martin sourit, un de ces sourires enjôleurs et entendus…Comme s’il suspectait que j’avais un filon que je ne voulais pas lui dévoiler. Bien évidemment, tout cela n’était que mépris, un mépris de classe. Jelle avait compris que j’étais arrivé dans un milieu dont je ne maîtrisais pas les codes et il avait immédiatement cerné que, contrairement à Ambre, je n’avais pas eu de choix et que je ne servais pas sous les drapeaux par pure fantaisie ou par romantisme d’une guerre fantasmée. Alors, la vérité me sauta en plein visage : je n’avais jamais planifié mon existence en-dehors de cette guerre. Mes plans se bornaient à un avancement au sein du BSI, mais quand la guerre serait terminée, qu’est-ce que je ferais ? Ce poste au BSI m’avait donné une existence, j’étais enfin quelqu’un et je prenais conscience de la vacuité de mon existence, il fallait attendre cette soirée mondaine pour comprendre que je n’avais aucune existence à la vie civile…Une fois que tout cela serait terminé, je redeviendrais le marginal sans le sous, le raté que j’avais été toute ma vie. Cette perspective me terrifia, elle fit naître en moi un profond sentiment d’effroi. Mes lèvres s’entrouvrirent mais ma gorge se noua, je fus incapable de sortir un mot et je baissais la tête, humilié. Ambre prit Martin par l’épaule et sourit, comme elle savait le faire.

                        -Laisse-le tranquille et arrête de lui bourrer le crâne… Excuse-moi Ludwig, Martin a trop bu, je te prie de l’excuser.

                        L’excuser…Le pardon…Il y avait une telle légèreté dans le sourire et les clins d’œil d’Ambre que cela en était presque désopilant. Martin se contenta de rire, adoptant les codes d’un milieu dans lequel il naviguait : un entre-soi grand-bourgeois, l’antichambre de l’exploitation. Mes ressentiments accumulés à l’usine, lorsque je n’étais qu’un agitateur du Cercle Ouvrier refirent surface. Ma Némésis, la peur d’être pauvre et de le rester…De n’être rien…Comme mes parents avant moi, des déclassés. La soirée se termina sans que je ne dise mot. Il fut l’heure de partir et alors que nous descendions dans les couloirs et que les convives se dispersaient, je saluais et remerciais Ambre chaleureusement, masquant mon désarroi et mon inconfort. Martin, au moment de me saluer me prit à part :

                        -Tu t’économiserais de faux-espoirs en arrêtant de la fréquenter. Vraiment, je t’assure, ce n’est pas une fille pour toi. Pour l’instant elle s’amuse mais on doit se marier l’année prochaine. Ravis d’avoir fait ta connaissance.

                        Ce fut le coup de massue, les convives s’étaient dispersés et Martin était parti. Je demeurais là, seul, dans ces coursives obscures avalé par la Ville-Monde. Rentrant dans la petite chambre que j’avais loué, je me rendis compte à quel point rien n’avait changé, à quel point je me sentais minable. La trahison d’Ambre était une double-humiliation, je me demandais à quel point ce que pouvait dire ce Martin était vrai…

                        Interlude,

                        Cet épisode malheureux me laissa en proie à mes ruminations. Je ruminais ces humiliations, ce mépris et ce luxe dans les appartements cossus de Coruscant. Ambre et ses amis s’amusaient de la guerre, pour eux ce n’était qu’une aventure ou un moyen de s’enrichir. Pour les plus courageux qui allaient s’encanailler près du front, il n’y aurait pas de tir perdu, pas de souffrance, pas de risque. La guerre avait fait de moi un autre homme, j’avais développé une certaine brutalité et là où ce type de scène aurait fait naître en moi une frustration de ne rien pouvoir faire auparavant, je désirais désormais en découdre. Pour moi Martin Jelle poignardaient les troupes combattantes dans le dos. Ils n’étaient que de nouvelles marionnettes de l’exploitation. Il ne me fallut pas longtemps pour activer mes contacts au BSI et de mettre -par l’entremise de Rec- le BSI sur le coup. Jelle avait plusieurs usines qui étaient en effet impliquées dans des contrats Impériaux. Il y avait une certaine tolérance dans les contrats très juteux, mais ce dernier était en effet hors-la-loi. Jelle avait peut-être l’appui de certains hiérarques Impériaux, mais le BSI était maintenant un état dans l’état…Il ne pourrait rien faire contre les tuniques grises. J’étais résolu à me venger, et ce de la pire manière qu’il soit.

                        Manufacture Jelle, quelques jours plus tard,

                        J’étais assis au bureau du directeur. Son fauteuil de cuir était de la meilleure facture qui soit. Mes doigts pianotaient sur les différents datapads et terminaux informatiques. Les chiffres et la comptabilité de l’entreprise et de ses différentes filiales défilaient devant mes yeux et mon visage impassibles. Je tapais quelques lignes de commande pour lancer la copie sur un datapad du BSI. Il ne m’avais fallu contacter quelques personnes à partir des informations données par le département de surveillance et Rec pour convaincre mes supérieurs d’aller investiguer chez Martin Jelle. Ses comptes n’étaient bien évidemment pas propres du tout : Martin, comme la plupart de ses comparses, détournait de l’argent et était ce qu’on appelait un profiteur de guerre. Souvent, les autorités locales fermaient les yeux, avec la complicité de relations plus ou moins haut-placées, c’était le cas en l’espèce du père du suspect et futur condamné. Malheureusement, le vent du conflit galactique était en train de tourner et l’Empire Sith s’était radicalisé, envoyant massivement des soldats sur tous les fronts pour tenter de maintenir ses positions. Les coûts étaient immenses et l’opulence initiale n’était plus de mise. Le BSI, avait progressivement muté, comme dans tout état policier aux abois, il avait lentement évolué en instrument de terreur. Martin Jelle était face à moi, il suait de grosses gouttes, assis devant moi, presque penaud. Me saisissant de mon étui à cigarettes, j’en allumais une, laissant la nicotine affluer.

                        -J’ai rien fait, je vous jure ! Tous mes comptes sont à disposi…

                        -TA GUEULE !

                        Radek -qui se trouvait derrière lui- venait de lui asséner une violente tape du plat de la main sur le haut du crâne. Ce dernier se tut, pendant que moi, je continuais à pianoter en recrachant une volute de fumée et en me tournant vers Radek. « Tu le crois ça, Franck ? Voilà pas que le bourgeois nous vouvoie. » Radek resta de marbre quelques instants, comme s’il réfléchissait à quoi dire. Lui et moi nous étions rapprochés, suffisamment pour que je tutoie le sous-officier en privé qui, en dépit de son rang plus faible avait un statut spécial dans notre équipe. « A ce rythme-là, on sera bientôt des aristos ! » Franck Radek laissa échapper un rire gras et guttural qui semblait émaner des profondeurs de sa carrure de titan. Le colosse avait un sens de l’humour limité, mais ce qu’il aimait, c’était chasser les traîtres. Lorsque Martin Jelle nous avait vu entrer dans son usine, arme au poing, suivis d’un chapelet de stormtroopers, il avait d’abord cru à une mauvaise blague. Puis, me reconnaissant, il avait tenté d’appeler son père pour se défendre, j’avais argué que c’était des ordres du QG du BSI. J’avais finalement reçu une communication du QG qui me disait de continuer ma mission et de ne l’abandonner sous aucun prétexte. Si j’avais eu l’esprit clair, j’y aurais sans doute vu un problème, je n’avais après tout qu’appelé Rec pour avoir des informations. Si Jelle détournait de l’argent, il aurait fallu une enquête approfondie, il était très influent. Pourtant, ivre d’une colère froide et sans fin, je continuais d’étriller les comptes du chef d’entreprise.

                        Je transférais maintenant en temps réel les données au centre du BSI. Mes analyses n’avaient pas été vaines, j’avais rapidement vu le problème. Il ne m’avait pas fallu plus de trois quart d’heure de travail pour trouver des malversations et surtout du détournement d’argent. De très grosses sommes, cela eut l’effet d’un catalyseur sur ma colère. Lorsque le transfert fut terminé, j’allumais une nouvelle cigarette et me tournais vers Martin Jelle, ma victime du jour. Mon holocommunicateur se mit à crier, mon supérieur venait de m’envoyer un message codé qui m’arracha un froncement de sourcils.

                        -Bon, je ne vais pas te mentir, c’est très mauvais pour toi. Ton père vient d’être arrêté par une autre équipe du BSI...

                        -Mais @£*!&% ! C’est un cauchemar ! Qu’est-ce que tu as fait ?

                        Je haussais les épaules, presque déçu de ne pas avoir cette influence. J’ignorais ce qui se tramait, mais j’apprendrais plus tard que Bo Jelle, le père de Martin, avait été compromis dans une affaire d’intelligence avec l’ennemi. Les fonds accumulés par son fils étant transférés à l’étranger afin d’organiser leur fuite dans le cas où l’Empire Sith s’effondrerait. Si Martin n’était pas au courant de tout cela -ce qui expliquait son désarroi- cela expliquait les procédures accélérées. Avoir transmis les comptes de l’usine n’avait fait que mettre le feu aux poudres, j’avais fourni, sans le savoir, la pièce manquante du puzzle à mes supérieurs. Ces derniers avaient sauté sur l’occasion, contents également d’avoir servi sur un plateau un larbin pour faire la basse besogne. Bien évidemment, j’ignorerais tout cela jusqu’à la fin, bien trop content de savourer ma victoire. Car tel était le problème pour Martin Jelle : j’avais été humilié, et si en temps normal j’étais plutôt de bonne composition, j’étais encore sous le choc des révélations concernant Ambre. Dans une quête d’absolu digne des pires holofilms, j’étais parti dans ma croisade, comme dans les temps antiques. Conducteur de barque qui se voyait en capitaine de cuirassé. Nouvelle communication, cette fois par mon holocommunicateur.

                        -Allô, oui très bien…Oui Monsieur. Je vous demande pardon ? Vous…A…A vos ordres !

                        J’avais blêmi, l’espace d’un instant, demandant confirmation des ordres donnés par un directeur en personne. Cette fois, je comprenais que c’était étrange, mais pourtant, mon esprit se complaisait dans ses œillères. Seule ma vengeance comptait et cette fois, j’allais l’avoir pour de bon. Me relevant, cigarette à la bouche, j’adressais un coup de menton à Radek, complètement déconfit.

                        -Bon…Il semblerait que le gratin ait de nouvelles instructions. Nous allons devoir libérer ce Monsieur…Sergent, détachez-le, nous irons signer le formulaire 49 et nous partirons. Nous sommes convoqués…

                        Radek se mit au garde-à-vous et enleva les menottes de notre victime qui s’enhardit immédiatement. Le bourgeois recouvra rapidement sa toison d’arrogance, cette vermine réussit à me prendre de haut dès qu’il sut qu’il était hors de danger.

                        -Toi, tu vas avoir de très gros problèmes, espèce de psychopathe ! Je te ferai enfermer !

                        Complètement impassible, nous lui emboîtions le pas. Nous connaissions la procédure et nous devions rester très professionnels. Une vingtaine de minutes plus tard, nous étions de retour, le pistolaser de Radek était encore fumant… Martin Jelle serait un des nombreux disparus évaporés dans la nature à la suite du dévoilement d’une trahison quelconque dans l’enceinte de nos bureaux. Le BSI, organe du secret et du complot avait fait son travail, Radek et moi en avions été les rouages. Un administrateur serait mis à la tête des entreprises afin d’assainir les comptes et nous n’en parlerions plus. J’apprendrais plus tard que Jelle avait menti, il n’avait jamais été question pour lui de se marier avec Ambre, mes relations avec la Zeltronne se tendirent cependant. Sans m’en rendre compte, j’avais glissé, le contact permanent avec la guerre et les secrets du BSI avait fait naître en moi une certaine brutalité, une violence permanente…Ce qu’on appellerait plus tard un « choc post-traumatique ». A cet instant, je ne pouvais que savourer ma vengeance, Martin Jelle, mon rival fantasmé

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                          #15

                          Post n°14
                          Auteur : Arnon Veral

                          et imaginaire, avait été éliminé. A l'instar de Radek, je commençais à me radicaliser, voyant des traîtres partout et adhérant à la nouvelle politique du BSI : la purge permanente.

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                            Post n°15
                            Auteur : Leiel Osso

                            Une réflexion propre surprit Leiel. Elle « partageait » quantité d'analyses et de points de vue de Veral, « partageait » aussi certaines de ses craintes, « partageait»... quoi d'autre ? Est-ce qu'ils se ressemblaient tant que cela ? L'idée fut vite repoussée, l'écart dans l'échelle des pouvoirs rendant la comparaison bancale, mais Osso la caressa un moment, comme un animal exotique et étonnant. Cependant, il avait raison, absolument raison sur un point en particulier : réprimer une rébellion dans la violence ne ferait que nourrir le brasier de la révolte. Non, l'ombre, la discrétion, le goût des courts-circuits et des trahisons étaient absolument la voie à emprunter. Une autre idée, une idée sous-jacente, toujours là mais jamais exprimée, colora le tableau. Légion pouvait avoir un intérêt, un grand intérêt pour des plans plus... secrets. Mais son intérêt à elle allait-il dans le même sens ? L'envie d'agir sur le champ, de cautériser la plaie avant qu'elle ne suppure la taraudait. Et tout lui clamait que l'idée était mauvaise, pire, destructrice.

                            La question de la finalité du pouvoir se posait encore, à nouveau, incessamment, finalement. Le pouvoir pour soi, pour sa richesse personnelle, son influence, pour être au centre, être vue, courtisée ? Le pouvoir pour développer sa planète, faire grandir ses perspectives, enrichir et sécuriser l'avenir des gens sous son autorité ? Le pouvoir pour servir les mâchoires de la CSI, lui fournir troupes et équipements, valider son autorité ? Le pouvoir pour faire simplement ce qu'elle pouvait, sur tous les fronts ?

                            Elle avait fait son choix. L'Arborescence était déjà un organe politique, un lieu de rencontre de dirigeants et de décideurs d'une dizaine de planètes. L'Arborescence changeait tout, ouvrait une petite confédération dans la grande, conglomérait des voix, des voix autrement perdues dans la coalition qu'était la Confédération. Et, en toute honnêteté, elle le faisait avant tout pour le bien de Raxus. Raxus Secundus se verrait plus solide avec davantage de débouchés, d'innovations, d'équipement, avec des crédits auprès des Banques Galactiques enfin renégociés, avec au moins un embryon de forces armées. A ce moment précis, Leiel Osso était convaincue de travailler pour le bien de son peuple d'adoption.

                            Puis le terme de « métastase » interpella la Sous-Préfète. Avec la notion de la maladie, de la déchéance, de la fin. Celle de la propagation, de la contagion, de l'emballement. Mais elle jouait au déjarik. Elle savait que l'avantage d'une pièce peut être retourné contre elle, toujours, jusqu'à la fin de la partie. Quelque chose en elle appelait au défi, souriait presque de l'adversité : Montrez-moi ce que vous pouvez faire, je répondrai coup pour coup.

                            - Je me souviens de ce que vous disiez sur le « roman national », monsieur Veral. L'importance de l'Histoire, la grande, et son incarnation, les Maisons. Une force formidable que cette aristocratie locale, une inertie terrible également. Je vais les museler. Pas les humilier, simplement leur permettre de mordre ailleurs que dans mes mollets. L'Arborescence est aussi un nouveau terrain de jeu pour les Ino. Une constellation de nouveaux débouchés, de nouveaux cadres de loi, une présence interplanétaire accrue... Et l'obligation de réinvestir un pourcentage de ce qui a été investi sur Raxus, quitte à dépasser les limites fixées par Anastys. Enfin, ce n'est pas encore acté, n'allons pas trop vite.

                            Sa main blanche replongea dans la poche du long manteau violet. Elle en tira une boîte ronde qu'elle ouvrit et tendit à son interlocuteur.

                            - Pourriez-vous tenir cela à ma hauteur, s'il vous plaît ? Un peu plus haut... Parfait.

                            Elle produisit également un tube de maquillage dont elle tira un pinceau. Avec une précision féminine, née de la répétition des coquetteries obligatoires et attendues, elle souligna l'arc de sa lèvre supérieure par un mauve brillant, coula une ligne verticale sur la lèvre inférieure, étira légèrement une ombre pourpre à la commissure, rendant sa bouche bicolore et symétrique.

                            - Merci. Non, les grandes Maisons ne sont pas un problème, mais une solution. Elles sont le creuset de l'identité raxienne et si je veux vendre nos produits plus chers, il me faut une marque, un emballage, une réputation. Les Maisons ne pourront pas refuser. De toute façon je ne leur en laisserai pas le choix.

                            Le miroir se referma entre ses doigts et disparut dans sa poche.

                            - Vous m'avez été d'une grande aide, monsieur Veral.

                            Son sourire blanc et violet se fit malicieux.

                            - Là où nous divergeons peut-être est dans la conception d'unité des peuples. La CSI a un avantage sur l'Imperium, c'est qu'elle ne s'attarde pas sur les différences. Pas d'uniformité, pas d'hégémonie culturelle. C'est une force, et un gain de temps. Et une source de revenus aussi, diraient les Banques Galactiques. L'identité raxienne n'est pas, encore, menacée. En revanche, la CSI ferait peut-être bien d'écouter les voix des plus petits. Nous étions des cailloux dans le reg sans fin de la République, il s'agit de ne pas devenir de simples entrées statistiques maintenant. Ce serait troquer une invisibilité pour une autre. Ce serait idiot. Réveillons un peu l'idée d'indépendance. Ne la mélangeons pas avec l'autonomie. Et voyons ce que les cadres militaires qui nous gouvernent feront de cela. Après tout, il faut attendre que l'adversaire joue si l'on veut que la partie progresse.

                            Elle eut un moment d'hésitation pourtant, comme s'il lui fallait réorganiser des idées. Elle reprit plus doucement.

                            - Je comprends. Ce que vous dites de vous. La trajectoire. Sommes-nous si fragiles, au fond ? N'y a-t-il de nous que ce que le destin façonne ? Moi... je n'ai pas de réponse à cette question. Non pas que cela m'indiffère. C'est juste que je préfère trouver une autre réponse que celle qui s'impose à moi.

                            Osso ne s'attarda pas sur ce qu'elle semblait laisser derrière elle. Son appartenance à l'Imperium, peut-être. Sans doute. Noas était le même poisson dans un bocal différent. Mais elle n'était plus un poisson.

                            - Oh, je voulais vous dire, même si vous le savez sans doute déjà. Pendant votre « absence », la Préfecture a pris le relais de votre action auprès de M. Raklin. Il fournit la cantine en fromages, le saviez-vous ? J'ai cru comprendre que la proposition l'avait beaucoup impressionné.

                            Son regard suivit la caméra qui tournait toujours autour d'eux. Elle lui sourit, comme pour prendre la pose sur une photo officielle, une main sur l'épaule de Veral.

                            - Allons. Vous êtes invité à l'inauguration et la réception, bien sûr. Vous y verrez tout le monde officiel. Tib Strama sera là. Il est une des trois têtes de l'Arborescence, vous savez ? Souhaitez-vous que je vous présente ?

                            Dans son sourire, une forme de soulagement aussi. L'entretien s'était bien déroulé. Veral reviendrait vers elle. Il lui offrirait la primeur de ce qu'elle aurait su des semaines plus tard, voire peut-être jamais. Et elle sentait son pouvoir refluer. L'avait-elle poussé à faire ou dire quelque chose qu'il ne pensait pas ? Reviendrait-il sur sa décision plus tard ? Leiel n'y croyait pas. Et peut-être qu'il lui serait possible d'apprendre à maîtriser ce don, plutôt que le craindre. Peut-être que quelqu'un pourrait l'aider à le faire.

                            Derrière les deux humains, les droïdes d'escorte suivirent à distance constante. Pas de voix, pas d'oreille. Leurs yeux n'avaient perçu que des sourires.

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