Endor ne sera pas tienne
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Post n°34
Auteur : Kath AplazmIl n'y a pas d'émotion, il y a la paix.
Assis en tailleur sur une souche, les yeux fermés, Kath se concentrait sur les bruits de la forêt et le souffle du vent dans les branches. L'abri de fortune sous lequel il se tenait lui offrait une protection hasardeuse mais confortable contre la pluie. Il ne pouvait pas voir Vendar Olorin qui se tenait devant lui, lui aussi abrité sous le toit de paille d'une hutte, mais il ressentait sa présence apaisante. Quand il ne sortait pas de ses récurrents cauchemars, l'Alderaani pouvait sentir la quiétude qui planait dans le village Yuzzum, pareille au calme du Sanctuaire Jedi. L'existence-même de cet endroit prouvait qu'il n'y avait pas besoin d'un entrainement et d'années de labeur pour vivre dans l'harmonie. Suffisait le bon état d'esprit : une tendance à l'altruisme et au don de soi, la primeur du bien de la communauté.
Les Longues Jambes étaient de féroces guerriers, qui n'avaient rien à envier aux Ewoks. Mais derrière leurs épieux acérés et leurs coutumes peu avenantes se cachaient des êtres tendres, évoluant en parfaite symbiose avec leur environnement. Tout comme les Naa'Fruu, ils vivaient leur vie en tentant tant bien que mal de respecter l'équilibre fragile de la jungle : tuer pour se nourrir, jamais pour le sport; éliminer l'ennemi, pas seulement celui de la tribu mais celui des bêtes indigènes, pour conserver l'ordre.
Au départ apeuré par ses hôtes, Kath avait fini par comprendre que les créatures, sans aller jusqu'à vouloir son bien, ne lui voulaient aucun mal. Elles observaient une forme de respect envers Vendar Olorin et accédaient à toutes les requêtes qu'il formulait dans leur langue étrange. Les cauchemars les impliquant se faisaient maintenant plus rares à mesure que Kath les apprivoisait --ou se laissait apprivoiser par eux.Il n'y a pas d'ignorance, il y a la connaissance.
Toute peur qui se cachait dans le cœur de l'Alderaani trouvait sa source dans l'inconnu, dans ce qu'il ignorait. Les exercices quotidiens et les séances de maïeutique qu'il pratiquait avec son nouveau mentor le tiraient peu à peu de ses songes obscurs et les crises s’espaçaient maintenant de plus en plus. Loin de lui enseigner les rudiments du combat au sabre --il n'en portait d'ailleurs pas-- ou de lui enseigner l'histoire millénaire de l'Ordre, le vieux Maître ne faisait que stimuler son élève par des questions, le mettait face à ses contradictions et, à force de remontrances et de paroles acerbes, lui ouvrait les yeux sur ce qui l'entourait. Le problème de Kath n'avait jamais réellement été sa maladresse, mais son égocentrisme : aussi loin qu'il pouvait se souvenir, chacune de ses mésaventures prenait sa source dans une mauvaise décision prise par ignorance des autres et mésestimation de ses besoins personnels. Sa recherche-même des Jedi n'avait été poussée que par un sentiment de culpabilité et une envie de se sentir reconnu. Pas une fois avait-il réellement voulu aider les autres. Il avait été enrôlé de force dans cette maudite croisade et avait souvent pensé à tirer au flanc. Il ne s'était jamais soucié de la colère des Naa'Fruu et du devoir de l'Ordre. S'il lui était venu quelque désir de continuer le voyage, c'était plus par vengeance que par devoir.
En prendre conscience était la première étape vers la connaissance de lui-même. A mesure qu'il s’ auto-flagellait, il intégrait des notions qui lui étaient étrangères. Et cela faisait un bien fou à son esprit meurtri.Il n'y a pas de passion, il y a la sérénité.
Il ne s'emportait plus, ne résistait plus. Il avait compris que les "drogues" qu'on lui donnait n'étaient que des calmants et des anti-douleurs. Ses muscles récupéraient petit à petit comme il mangeait, ses pensées se faisaient plus souples et il se calmait. On ne devait plus lui donner d'encens ni d'herbes, il allait les cueillir lui-même, quoiqu'il dût observer les shamans le faire avant lui après avoir manqué de mourir en avalant un champignon vénéneux. Loin d'être primitifs, les Yuzzums étaient décidément plein de ressources.
L'esprit de plus en plus en paix, il pouvait enfin évoluer dans l'espace avec calme et même une certaine grâce, toute relative bien sûr puisque le voir se vautrer à terre en culbutant sur une racine lui attirait plus de rires gênés que de "holà" impressionnés.
En l'absence de rêves, il jouissait d'un sommeil réparateur qui reconstituait ses os, ses pensées et sa chair. il ressentait la Force, il s'en abreuvait comme d'un fleuve tranquille. Parfois, il marchait jusqu'au Chuurelung et comparait le cours d'eau avec ce qu'il ressentait. Il n'avait plus peur de son onde, il ne voyait plus les fantômes, même la nuit.Il n'y a pas de chaos, il y a l'harmonie.
Kath ouvrit les yeux. En face de lui se trouvait l'ombre de la Montagne. Pas dense et englobante comme d'habitude : petite, translucide, maigrichonne. Elle faisait peine à voir. Comme elle gazouillait des mots sur un ton inaudible, le jeune homme lui sourit et la chassa d'un revers de la main, et elle partit en fumée. Il avait appris à l'apprivoiser, elle aussi. Il savait qu'elle serait toujours là, car elle ne représentait pas la Montagne, mais ses propres tourments. Comme il grandissait en assurance, elle décroissait. Vendar Olorin l'avait mis en garde contre le Côté Obscur de la Force et ses émotions. Il savait qu'il n'était jamais à l'abri : il pouvait replonger à tout moment dans les bras de l'Ombre à l'Anneau, comme lors de chacun de ses songes agités.
Mais Kath le savait, à présent. Loin d'en tirer fierté, il n'en était que plus humble. Et prenait sa place dans la communauté en aidant autant qu'il le pouvait ses hôtes de ses nouveaux talents : il arrivait maintenant à déplacer l'une ou l'autre chose --un panier trop lourd ou un fagot de bois-- à l'aide de son esprit, au prix d'efforts considérables. Et quand ses muscles reprirent suffisamment de vigueur, il se mit à ramasser du bois pour les feux, à participer aux cueillettes, à traire les animaux et à réparer les huttes abîmées par le vent et la pluie.Il n'y a pas de mort, il y a la Force.
Ces mots avaient été les plus difficiles à accepter. Mais dans le flot de la Force avec lequel Kath parvenait à rentrer en connexion à la faveur du calme du village, il entendait les cris de Nass. Pas ceux de son sacrifice, qui résonnaient plutôt dans ses pires cauchemars, mais ses remontrances aigres mais bienveillantes. "Tiens toi droit, Aplazm !", "Non, à gauche, à gauche !"... Comme il s'exerçait, il avait l'impression que le vieux Gungan était à ses côtés, l'observait, en lieu et place d'Olorin. Et, aussi étange qu'il semble, cela le rassurait.
Kath ne sentait pas l'esprit de Bareman, ni celui de Woope ou celui de la jeune Saecha. Etait-ce parce qu'ils n'étaient pas des Maîtres Jedi ? Non, certainement pas. Kath avait bien senti l'esprit des animaux que chassaient les Yuzzums rejoindre la Force. L'Alderaani savait que ses compagnons vivaient. Où ? Comment ? Etaient-ils sains et saufs ? Loin de l'inquiéter, les savoir en vie le rassurait également. Ils étaient quelque part. Et il les retrouverait, un jour. Mais quand ?
Il n'était pas pressé. Expirant lentement, il ouvrit les yeux vers son mentor. Mais le vieux Jedi avait encore disparu. Là où il se tenait, l'herbe n'avait pas bougé. Le vent caressa les cheveux devenus longs du novice, chatouilla sa barbe mal taillée de jeune adulte. Habitué des sorties théâtrales du vieux Maître, il se releva sans sourciller, remis son manteau déchiré sur son dos et jeta un coup d'oeil alentours. Chacun s'afférait sans lui prêter attention, malgré la pluie. Avec un éternuement étouffé, Kath s'avança vers sa hutte. Alors qu'il dépassait l'endroit où Olorin Vendar s'était tenu quelques instants plus tôt, il butta sur un petit objet métallique au sol.
- Que...?
Pas de doute possible pour le novice. Il n'en avait pas vu depuis longtemps, mais il les reconnaitrait encore entre milles. Il s'agissait d'un sabre laser. A qui appartenait-il, à Vendar ? Quand Kath demanda autour de lui où était le vieillard pour lui poser cette question, dans les rudiments de la langue Yuzzum qu'il avait appris, on lui répondit que personne ne savait qui pouvait bien être ce "Vendar" dont il parlait. Ils n'avaient jamais vu un Jedi ici, à part Kath lui-même. -
Post n°35
Auteur : Kath AplazmAu petit matin, Kath était parti. Sans un bruit, telle une ombre, il avait rassemblé ses effets --quelques provisions et une petite sacoche de voyage-- et attaché les dernières lanières à sa bure rapiécée. Sur Alderaan, il aurait eu l'air d'un mendiant, avec ses vêtements tachés de boue et sa barbe hirsute. Mais dans les bois, son nouveau terreau, il était tout à fait à sa place.
Il avait laissé quelques fruits dans un panier en remerciements pour les Yuzzums, qu'il n'avait pas manqué de saluer la veille au soir. Les shamans avaient prévu que ce jour était le plus propice pour qu'il partir, car il marquait le solstice et la fin du temps des pluie sur cette région de la lune. Et Kath s'y était méticuleusement préparé.
Enjambant racines et mousses, qu'il connaissait par cœur à force de s'y être pris les pieds, il avait repris le cours de son voyage interrompu depuis si longtemps. Seul. Mais loin de ressentir de la tristesse, son cœur était plein d'une certaine allégresse. Il souriait dans l'espoir de revoir le sourire bonhomme de Bareman, les manières frustres de Woopee, les grimaces désapprobatrices de Saecha. Il n'avait pas passé beaucoup de temps avec eux, mais ses compagnons étaient ce qui se rapprochait le plus d'amis, qui accompagnaient ses songes, purgés de leurs ombres maintenant.
Pour l'heure, son seul compère de route était le vieux sabre éteint qu'il avait fermement accroché à sa ceinture. Il n'avait pas essayé de l'allumer ; tenir une arme de Jedi entre ses poings lui semblait bien trop présomptueux. Autrefois, il n'aurait sans doute pas réfléchi et l'aurait brandit avec fierté et maladresse. A présent, il ressentait tout le poids qu'un tel objet représentait. Pour le faire tournoyer dans les airs, il fallait être prêt à s'abandonner aux autres, à faire don de soi sans espérer en tirer gloire et honneur. C'était le message que lui avait transmis Olorin Vendar. C'était le message que lui avait transmis Nass.
Il poussa sa route jusqu'au lit du Chuurelung, qu'il atteint en à peine deux heures. Il avait fait ce chemin des dizaines de fois depuis qu'il avait été recueilli par les Longues Jambes. Il remonta le lit du fleuve pendant deux nouvelles heures, car on lui avait indiqué qu'il trouverait un gué praticable, quelque part en aval. Pour tout gué, il trouva des rapides et une petite chute, mais des gros rochers perçaient le lit dans sa largeur, permettant au grimpeur téméraire et à l'aventurier audacieux de traverser. L'Alderaani évalua ses chances : minces. Mais il faisait beau, la vue était dégagée et le brouillard d'ordinaire très présent laissait place à un ciel bleu qui le mit de bonne humeur.
Prenant une inspiration décidée, le novice bondit sur un roc puis l'autre, se balançant de gauche à droite pour maintenir son équilibre sur les pierres glissantes. Non sans manquer de se rompre le coup, il parvint jusqu'au centre du fleuve, sur un rocher large et plat, idéal pour faire une petite pause. Soufflant un peu, il sortit de sa sacoche un petit morceau d'un beurre rance fabriqué à base d'on-ne-sait-quoi et le goba goulument, avant de tousser et de le recracher. Mauvaise magie. Il préféra à son premier repas une pomme pour tout casse-croute.
Mais alors qu'il finissait de ronger le trognon jaune et misérable, une vague le happa et manqua de le faire glisser de son perchoir. Il mit quelques instants à regagner contenance, les mains cramponnée à la roche, les cheveux et les habits trempés. D'un air déconfit, il regarda sa sacoche mourir plusieurs mètres en bas de la chute, emportée par les eaux.
- Bien sûr, ça ne pouvait pas aller si bien...
Le novice se releva prudemment sur ses talons et considéra les dix derniers mètres qui le séparaient de la berge, sur la rive droite. Porté par un vent inconnu, il traversa l'air en un instant. Comme s'il volait. Il ouvrit les yeux juste à temps pour se raccrocher à un arbuste au bord de l'eau, sans quoi il aurait plongé droit dans le Chuurelung et aurait sans doute définitivement dit adieu à la vie.
- Je me disais bien, que la Force ne veut pas mon bien ... pesta-t-il encore avec un rictus agacé, se jetant sur le dos dans l'herbe. Il serait bien resté là à faire sécher ses vêtements sous le soleil de midi, mais il lui restait encore des jours de marche et il n'avait pas de temps à perdre. Surtout sans nourriture.
Ses pas le menèrent vers une zone plus aride, moins luxuriante, vers la fin de la journée. Une sorte de toundra s'étendait à perte de vue jusqu'à rejoindre la masse noire et informe d'une forêt lointaine mais très ancienne. Le jeune Alderaani se jeta sous un arbuste pour piquer un somme après avoir grignoté quelques baies ramassées en chemin, quand il reconnaissait encore la végétation autochtone. Il ne savait pas encore ce qu'il ferait pour se nourrir les prochains jours maintenant qu'il accédait à cette zone encore inexplorée de la lune forestière... et c'était le dernier de ses soucis, car pris d'un mal de ventre incontrôlable, il dut se dépêcher pour trouver un couvert --un petit buisson non loin-- afin de se soulager. Foutues baies !
Dans tout son remue ménage, il ne remarqua pas immédiatement les pas et les discussions qui s'approchaient. Quand elles parvinrent à ses oreilles, les individus étaient déjà trop près pour qu'il puisse bouger.
- Yok-yok ! Chuurelung tadaah !
- Mais qu'est-ce qu'il dit ? Ce n'est pas possible qu'un animal nous soit passé sous le nez depuis le fleuve, on l'aurait au moins aperçu, bon sang!...
- Tadaah Baremani ! Scrog-nob !
- C'est à n'y rien comprendre.
Toujours caché dans son fourré, le pantalon baissé et les oreilles dressées, Kath se pinça pour être sûr de ne pas rêver. Etait-il bien en train d'entendre ce qu'il était en train d'entendre ? Qui il était en train d'entendre ?
- Une minute... Je sens ...
Une fraction de seconde plus tard, un caillou de la taille d'une paume vint s'écraser sur le nez de l'Alderaani qui cracha un juron à la cantonade en tombant en arrière, esquivant de peu le trou dans lequel il avait fait son affaire. Aïe ! Mais enfin ?... Une main puissante le releva sur ses pieds et le souleva ensuite à trente centimètres du sol. Plus préoccupé à retenir son vêtement pour cacher ses attributs d'une main et à tenir son nez endolori de l'autre, Kath ne résista pas.
- Qu'est-ce que tu fous ici, trou de balle fini à la pisse de bantha ?!
- Bareman, c'est...c'est...
- Je vois bien qui c'est ...! Qu'est-ce que tu fous ici, Aplazm, rejeton de déjection de Hutt ?! hurla Bareman en secouant l'Alderaani de ses deux mains et en affichant une expression à la foie furibonde et folle de joie qui était réellement déroutante.
- Argyub-nub ! renchérit Woopee, qui avait bondit, l'épieu en avant, et donnait des coups frénétiques au postérieur de Kath à demi-couvert.
- Laissez-le parler !
Les paroles fortes de Saecha interrompirent la scène, ridicule mais cocasse. Bareman relâcha légèrement son étreinte, laissant le temps à Kath de se rhabiller en quatrième vitesse et de l'observer un peu mieux : le vieux clone avait vieilli, quoique ses cheveux longs et sa barbe étaient toujours impeccables. Il ne portait plus d'armes, si ce n'est un vieux blaster à la ceinture et paraissait souffrir de longs mois sans repos, les genoux légèrement chancellants. L'homme avait été un grand soldat, mais ces semaines de vadrouille dans la jungle avait précipité son besoin d'une retraite bien méritée. Mais il était bel et bien vivant.
Lorsqu'il eut reposé Kath au sol, le jeune homme lui tomba dans les bras. Le clone sembla tellement désarçonné qu'il envoya valdinguer Kath dans le buisson d'un coup de poing bien senti. Cette fois-ci, le jeune adulte n'évita pas le trou dans sa chute.
La Force ne voulait pas de mal à Kath Aplazm, mais elle avait le sens de l'humour. -
Post n°36
Auteur : Kath Aplazm- On a vraiment cru que t'étais mort.
Les mots de Saecha avaient été prononcés l'air de rien, mais son ton était calme, rassurant. Kath était étonné que, des trois larrons qu'il avait retrouvés, ce fut la Twi'lek qui était la plus calme. Woopee ne lui avait pas épargné les coups de bâton et les insultes en Ewokese; Bareman ne lui adressait plus la parole et observait le paysage depuis des heures. Mais la novice Jedi, elle, s'était montrée compatissante et presque attentionnée. Oh, elle n'était pas non plus aux petits soins pour Kath, et se tenait loin de lui comme il empestait toujours la boue et la crotte, mais elle lui faisait la conversation, comme s'ils ne s'étaient quittés que quelques heures auparavant.
Elle lui avait appris comme ils avaient été rattrapés par les Sanyassans peu après que Kath les avait perdus. Ils n'en avaient réchappé que grâce aux sacrifices de Kolgat et Growok. Woopee ne l'avait toujours pas digéré. S'en étaient suivies de longues semaines d'errance à échapper aux embuscades et aux pièges, à chercher désespérément un moyen de faire fonctionner la vieille radio de Bareman pour contacter de l'aide. Mais avec un coup de lame dans les circuits, ils n'avaient jamais réussi à la faire redémarrer. Alors les trois compagnons avaient fini par perdre espoir et, comme Kath, ils s'étaient contentés de survivre, traquant animaux pour se nourrir et, quand l'occasion se présentait, abattant les éclaireurs sanyassans lancés à leur poursuite. Pendant des mois. Quant au groupe qu'ils avaient perdu dans la Montagne, eh bien... aucune nouvelle, évidemment.
- On n'est pas vraiment très avancés. Au début, Bareman nous a bien guidé. Mais on dirait qu'il perd espoir depuis quelques temps.
Kath et Saecha se regardèrent longuement. L'Alderaani ne savait que dire. Jamais il n'avait essayé de les retrouver quand il était chez les Yuzzums, mais la Twi'lek ne lui fit pas un reproche. Quand avait-elle gagné cette sagesse ?
- Je me suis laissé guider par la Force, dit-elle après un instant de silence, comme pour répondre ]à la question muette de Kath. Je me suis demandé ce que mon maître aurait fait dans cette situation. Et puis, je n'ai pas vraiment eu le temps de vous en vouloir...à toi et à maître Tano... parce qu'on était toujours bien occupés.
Trois ou quatre minutes passèrent encore en silence. Le soleil commençait à décliner à l'horizon. Bareman et Woopee avaient allumé un petit feu dans l'air frais de la fin d'après-midi et cuisaient quelque petit animal qu'ils avaient du capturer la veille et dont ils avaient conservé les restes dans un petit morceau de tissu. Laissant traîner ses yeux sur l'Ewok et le clone, Kath constata qu'ils avaient maigri. Le Naa'Fruu était encore en forme malgré tout et semblait n'avoir pas perdu sa superbe et sa fierté, en façade du moins; quant à Bareman, il esquivait toujours son regard mais bougonnait bruyamment. L'Alderaani voulut formuler des excuses mentalement, mais rien ne lui vint. Il avait l'intime conviction que son absence avait été un atout pour ses compagnons, qui n'aurait probablement pas survécu à ses constantes gaffes.
- Tu te souviens de la première fois où on s'est rencontrés ?
Saecha plongea ses yeux violets dans ceux de Kath. Son regard était ferme, hostile comme à l'accoutumée, mais ses pupilles brillaient d'une lueur étrange. Assis sur un petit rocher, les coudes sur les genoux, Kath la dévisagea sans comprendre.
- Je t'aurais égorgé comme tous les Hutts de Nal Hutta pour ton insolence. Elle inspira lourdement après cette subtile référence à leur rencontre dans la forêt du Sanctuaire. ...Maintenant...je ne sais pas si c'est l'air du printemps, mais... je suis assez contente de te voir.
Un sourire se dessina sur ses lèvres violettes. Mais on aurait plutôt dit un rictus que la réelle manifestation d'une émotion de joie. Il était manifeste que la novice luttait pour ne pas fondre en sanglots, comme si elle n'arrivait plus à contenir une pression enfouie depuis des semaines.
- Je pense que je savais que tu étais encore vivant, dit-elle encore. Je me suis demandé ce qui se passerait si on te retrouvait. Je pensais que je te défoncerais pour nous avoir lâchés. Mais... non, je suis assez contente de te voir. C'est bizarre.
Aussi étrange que cela puisse paraître, Kath partageait ce sentiment. Comme s'il retrouvait un membre de sa famille depuis trop longtemps perdu de vue. Il ne parvint pas à répondre à la Twi'lek, la mâchoire toujours endolorie par le coup qu'il avait reçu, mais baissa la tête avec compassion. En d'autres temps, il aurait pensé avoir une touche avec la jeune novice. Pas cette fois. Il savait la novice sincère et certainement capable de vraiment l'éventrer s'il tentait quoi que ce soit.
Kath garda pour lui sa rencontre avec les Yuzzums et Olorin Vendar. Il ne savait pas quoi dire, en vérité, doutant toujours de la réalité de ses aventures dans la jungle. Qu'avait-il vécu, là-bas ? Les affres du côté obscur, ou l'enseignement d'un vieux maître ? Peut-être un peu des deux.
- T'as vieilli, constata Saecha, soudain familière, en lui lançant un morceau de viande cuite que venait de lui passer Woopee. Le novice le réceptionna difficilement mais se mit immédiatement à ronger l'os maigre de ce qui avait du être un rongeur.
- Tu sais quel jour on est ?
- ... Pas vraiment, mais est-ce que ça importe vraiment ? Ça doit faire 7 mois qu'on est partis, 6 qu'on a quitté la Montagne. Aucune idée.
- En fait... je pense que ça fait un an qu'on s'est rencontrés, tout juste.
- Sentimental ?
- Tu parles.
Les deux novices échangèrent une grimace. Kath détourna les yeux en souriant. Il entendit Saecha pouffer et s'étrangler avec sa nourriture. Bareman les avait rejoint mais ne pipait mot, lavant son blaster consciencieusement en observant le feu allumé à quelques mètres.
- Content de te revoir, Bareman.
- Je sais, petit. Mais tais-toi maintenant, je n'aimerais pas devoir te péter les dents une deuxième fois.* * *
Il devait être quatre heures du matin quand Kath ouvrit les yeux. De violentes bourrasques de vent lui frappaient le visage, quoiqu'il faisait relativement bon pour la saison. Il s'aspergea le visage de l'eau d'une gourde dans la semi-pénombre, blâmant le sol dur et les cris du matin qui le gardaient éveillé. Il devait reprendre des forces, car le groupe avait prévu de redescendre vers les montagnes à la levée du jour. C'était une forme d'aveu d'échec que de retourner vers la source du Chuurelung et le début de leur voyage. Si en l'état, les quatre compagnons n'avaient ni assez de moral, ni assez de forces pour combattre, ils ne s'étaient cependant pas avoués que cette manoeuvre leur ferait rebrousser chemin, quoique personne --pas même le fier Woopee-- n'objecta quand Bareman leur pointa la route du sud. Tous savaient que leur seul espoir d'un jour revoir les leur était de retourner au Sanctuaire, bredouilles.
Kath ne trouvait pourtant pas le sommeil. Il pensait à ces pisteurs Yuzzums, qu'il avait vus en songe. Les chasseurs Longues-Jambes n'auraient sans doute pas abandonné leur proie, ils se seraient vengé coûte que coûte. Et les Naa'Fruu ? Le regard las de Kath se posa sur la silhouette du guerrier Ewok non loin. Dans ses petites mains velues, le bougre tenait un certain nombre de coliers et chapelets. Le novice savait que plusieurs d'entre eux avaient appartenu à ses frères d'armes tombés. Il poussa un soupir, qui mourut dans le râle de colère que Woopee poussa dans son sommeil profond.
Au bout d'une heure à se tourner les pouces sans parvenir à dormir, Kath se releva et jeta un coup d'oeil alentours. La nuit était claire et ses yeux désormais habitués à l'obscurité percevaient les formes des arbres et des rochers au milieu de la plaine semi-aride. Les buissons bougeaient, secoués par le vent, l'odeur de l'air était rance. Le regard du novice s'arrêta sur une lueur étrange, à plusieurs centaines de mètres au sud-ouest, depuis les collines. Son cri fut étouffé par une main qui se posait sur sa bouche.
- On a perdu trop de temps ici. Ils nous ont retrouvés.
Bareman était lui aussi réveillé. Il avait du prendre soin de prévenir Saecha et Woopee, car ceux-ci étaient accroupis, à couvers, un peu en retrait.
- Rob ?
- 'sais pas. 'Doivent être une bonne vingtaine, je dirais. On pourra pas se les faire. Mais si on bouge... Merde, le temps joue contre nous.
Ils savaient tous que la route du sud leur était barrée, de même que celle qui menait au fleuve. Les quatre compagnons échangèrent un regard rapide, décidé. Kath ne saisit pas tout de suite qu'ils venaient de se mettre d'accord pour décamper et du enfiler ses vêtements humides en quatrième vitesse pour suivre le petit cortège qui fuyait la zone à la queue-leu-leu, accroupi. A peine eurent-ils franchi un nouveau couvert qu'une flèche d'acier fendit l'air pour s'écraser sur un rocher, juste devant Bareman.
- On est repérés, grogna le tenancier de la cantina du Sanctuaire. Préparez-vous à vendre chèrement votre peau, camarades !
Le dos collé contre la surface d'un rocher plus épais, les quatre compagnons ne bougèrent pourtant pas. Où pouvaient-ils aller, de toute façon ? L'aube pointait doucement et les formes se rapprocheraient bientôt. Bareman se renfrogna. Combien pourrait-il en descendre avant d'y passer ? Sûrement pas assez. Et les petits ? Woopee se défendait bien, mais il n'avait plus qu'un épieu ébrêché. Saecha aussi savait se défendre, elle l'avait prouvé plus d'une fois; mais sa maîtrise approximative du sabre ne suffirait pas. Quant à Kath l'Alderaani, il n'était pas armé. Diable ! Pas le choix.
- Non, Bareman. Saecha retint le vieux soldat d'une main ferme accrochée à son vêtement. Assez de sacrifices.
La novice avait pressenti ce qui se tramait. Kath, plus loin derrière eux, crut apercevoir une légère perle mouillée sur l'oeil du vieil homme. Aussi dur que de la pierre, son coeur avait du s'ouvrir à ses compagnons depuis qu'il parcourait les plaines avec eux. Les clameurs des maraudeurs Sanyassans approchaient, peu à peu. Kath sentit son coeur battre d'une ardeur nouvelle. C'était comme dans la Montagne. Sauf que maintenant, ils n'avaient plus Nass pour les guider, les protéger.
Cette fois, ils étaient seuls.
Les minutes passèrent. Un instant, ils crurent qu'on les avait oubliés. Woopee risque une oreille hors du couvers, et rentra directement la tête pour éviter une nouvelle volée. Les traits fusaient pour tuer.
Et soudain, le choc eut lieu. Estimant la distance suffisante, Bareman se releva d'un bond, le blaster à la main, et fusilla à gauche, à droite. Kath, resté accroupi, entendit plusieurs cris de rage et d'agonie et des bruits sourds, suivis de pas de course qui se rapprochaient. Il chercha à croiser le regard de Saecha. Leurs yeux restèrent collés un instant les uns aux autres, comme des aimants. Puis la novice twi'lek se leva à son tour en allumant son sabre laser, dont la lame illumina l'aurore. Woopee poussa un cri de guerre sortit tout droit de ses entrailles et porté par la haine.
L'Alderaani eut peine à comprendre ce qui suivit : Bareman semblait aux prises avec plusieurs maraudeurs, des cadavres jonchaient déjà le sol. Le sabre violet de Saecha tranchait l'air et les traits, une petit boule de poils roulait et frappait. Un maraudeur se présenta devant Kath, qui rempait à quatre pattes à la recherche d'une pierre à lancer ou de quelque autre projectile. Avant qu'il ait le temps d'abattre son hachoir, un tir de blaster lui transperça le torse. La scène sembla durer un instant.
Au bout de cinq minutes pourtant, un lourd silence retomba, uniquement percé par les halètements de Bareman, qui suait à grosses gouttes, huit ou neuf cadavres de Saynassans à ses pieds. Une énorme balafre lui striait le visage, colorant de rouge son faciès déjà empourpré. Au loin, un cor résonna comme le rugissement d'un prédateur, suivi du grondement de tambours et de hurlements.
- Parés pour la deuxième vague, cracha le clone. Faites vos prières, saletés.
Et soudain, une marée d'une vingtaine, ou trentaine, de maraudeurs sortit de par delà la colline, depuis l'est, armée de lances, de haches, de pics et de masses. Par chance, peu disposaient d'armes de jet et ceux qui en avaient avaient la vue bloquée par les leurs qui courraient en débandade, excités par les cors et les cris de leurs capitaines. Les plus fougueux tombèrent les premiers sous les tirs de blaster, jusqu'à ce que Bareman jette son arme à ses pieds, enraillée. L'épieu de Woopee avait quant à lui fini sa course dans la gorge d'un maraudeur. Les deux combattants serrèrent les poings, et les dents. Voilà comment ils allaient mourir.
- Ecartez-vous !
Saecha sauta par dessus les couvers, l'arme à la main. Le poignet leste, elle tranchait, frappait, tailladait, avec une certaine rage et une grande dextérité, sous les yeux ébahis des Sanyassans toujours plus nombreux à tomber mais encore plus nombreux à encercler le groupe. Woopee se retrouva vite sonné, balancer contre un rocher par une masse. Bareman luttait tant bien que mal mais perdait du terrain, ses mains fatiguées évitant de justesse les coups tranchants. Saecha finit par perdre pied et tomba à genoux. S'en était fini.
- Non !!
Kath se jeta devant la novice Twi'lek, sa tête percutant le plastron d'un maraudeur pour l'envoyer au sol. Entre ses mains, il tenait fermement le manche d'un sabre laser.
- Où est-ce que tu as trouvé...
Saecha ne finit pas sa phrase. Le temps se figea. Tous les yeux regardèrent Kath appuyer sur le déclencheur de l'arme terrible qu'il tenait entre les mains. Mais rien ne se passa. Il appuya de plus belle, sans plus de résultat. Les Sanyassans, qui s'étaient immobilisés une seconde, surpris, éclatèrent d'un rire sardonique à la vue de ce piteux Jedi.
L'un d'eux, plus patibulaire que les autres, s'avança alors et projeta Kath en arrière. Il abbatit la lame de sa hache droit vers sa tête. Le coup se stoppa à quelques centimètres des bras que Kath tenait en croix devant son visage, usant de la Force comme il le pouvait pour se protéger. Un éclair violet jaillit, tranchant les poignets de l'assaillant. Saecha, à nouveau devant Kath, se retourna vers lui :
- Tu es vraiment un imbé...- Jédaaaaaaïïs !
La Twi'lek s'interrompit, l'épaule percée par une lance. Une seconde plus tard, elle crachait du sang, une lame au travers de la gorge. Kath hurla, mais il était trop tard : six nouvelles armes transperçaient Saecha de part en part. Ses yeux s'arrêtèrent sur ceux de l'Alderaani. Elle pleurait.
Un coup percuta l'arrière du crâne du novice Jedi qui tomba en avant, inanimé. -
Post n°37
Auteur : Super PNJLe calme après la tempête. Ce sont ces mots que l'on utilise d'ordinaire pour signifier que le champ de bataille retrouve son apparence d'avant le combat, lorsque les corps sont retirés ou laissés à l'abandon, et que les vainqueurs en ont terminé avec leurs cris de joie et de rage, mus par l'adrénline et une volonté farouche de survivre. La tempête glace d'effroi le sang de tous, du plus téméraire des guerriers, à la plus apeurée des jeunes recrues. Une réaction naturelle lorsqu'on est confronté à la mort.
Et la mort venait de se présenter dans ses plus simples effets au Novice Kath Aplazm. Au milieu d'un carnage absurde, sans raison ni nécessité, il avait vu l'une des siennes périr, transpercée encore et encore par la brutalité d'assaillants sans noms, autant d'ombres qui, peut-être, ne quitteraient plus jamais le jeune Jedi. Ses derniers mots seraient une insulte de plus, amicale, mais proférée à l'encontre du Novice pyromane avec qui ils avaient tous juste renoué, après des semaines d'errance dans les vastes forêts d'Endor. La douleur succéda aux mots. Les larmes succédèrent à la douleur. Et la Force reprit ce qu'elle avait donné. La dernière chose qu'elle put voir fut un Sanyassan assommant son compagnon d'infortune. Spectacle pitoyable pour une fin pathétique, et sans raison.
Kath, comme ses compagnons vivants, Bareman et Woopee, furent emmenés, inconscients. Même le vieux clone avait été maîtrisé, au prix de nombreuses vies. Fallait-il s'en réjouir ? Sans doute pas. Il était sans doute respecté, dorénavant, après avoir fait preuve d'une telle maîtrise martiale. Mais le sort des vaincus n'est jamais enviable, peu importe la civilisation. Contrairement à Woopee et Kath, il ne fut pas attaché à un poteau, bras en l'air. Ses cris de douleur résonnèrent dans tout le campement Sanyassan, alors que les dirigeants de ce peuple barbare lui offraient la pire des morts pour un combattant : celle où il ne pouvait se défendre. Acte ultime de traîtrise et de cynisme, les maraudeurs prenaient un plaisir non dissimulé à se délecter de ces cris déchirant, à mesure que chaque centimètre carré de sa peau et de son corps était soumis à une douleur chaque fois plus inventive, plus sadique et plus aiguë que la précédente.
Les cris finirent enfin par s'estomper, dans un ultime râle d'agonie. Soit ils lui avaient coupé toute possibilité de hurler, soit il ne hurlerait plus jamais. Deux destins proches, finalement, pour un soldat au bagout inégalé sur Endor. Plus personne ne l'entendrait jamais râler et pester. Face aux deux futurs suppliciés s'avança un Sanyassan. Plus grand, plus féroce que les autres, il les apostropha avec une voix sifflante et rauque.
-Alors Jéééédaiiiiiiii ? Bien dormi ? On fait un gros dodo ? Toi et tes amis, beaucoup tué ! Nous avoir faim maintenant !
Tout en parlant, il fit un signe. Le corps inanimé de Bareman fut traîné jusqu'aux pieds de celui qui était sans doute le chef. Mort ou inconscient ? C'était impossible à dire d'ici. Woopee regarda Kath. Ses petits yeux de peluche animée semblaient l'implorer de faire quelque chose. Mais que pouvait bien faire un Novice dans cette situation ? Kath s'était spécialisé dans la fuite et l'évitement de tout combat ou précepte Jedi !Spoiler : Spoiler
Spoiler : Spoiler
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Post n°38
Auteur : Kath AplazmLes Ombres succédèrent aux ténèbres. Des formes, des souvenirs, se pressaient de partout, en cohue. L'homme attaché à un pieu de bois secoua la tête à gauche, à droite. Son occiput lui faisait atrocement mal, il n'arrivait pas à se concentrer pour distinguer les silhouettes qui perçaient ses pupilles comme les lumières de la fin d'après-midi et des torches lui parvenaient enfin. Qui était-il, où était-il ? Ses yeux vitreux rivés sur le sol, il voulut frotter son crâne endolori. Sans succès, ses mains étaient liées à l'épais tronc auquel son dos était collé. La chaleur du soleil printanier n'était pas suffisante pour le faire souffrir, mais les échardes contre sa peau rendaient cette expérience déjà désagréable complètement insupportable. L'approche d'un couple de mouchettes qui vinrent se poser sur son visage achevèrent de le réveiller et de lui faire prendre conscience de son état.
La bouche ouverte, bavant, il poussa un râle étouffé par les cordes qui barraient aussi son ventre. Ses ravisseurs n'avaient rien laissé au hasard. Des bruits de pas parvinrent aux oreilles du prisonnier. Elles bourdonnaient. Même sans conscience, il avait perçu des cris, venus du lointain, comme du bout de la terre. Les entrailles du monde lui avaient parlé de douleur, de peine, de mort. Elles n'avaient pas de visage mais il avait reconnu l'Ombre de la Montagne. Encore elle ?
Un grognement --des paroles, prononcée fort peu distinctement-- vinrent tirer le novice Kath Aplazm de son songe éveillé. Il n'en comprit pas les mots, mais le sens était clair : on s'adressait à lui en des termes peu courtois afin de mettre fin à son existence. Sur un gril, de préférence. Le jeune homme eut un sourire nerveux. Tout n'était qu'un éternel recommencement. Pourquoi Woopee le fixait-il comme ça ? Ah, il ne devait pas être habitué à être de ce côté-ci du supplice. Kath, lui, avait déjà vécu cette scène. La corde, les yeux emplis de peur d'un acolyte pris au piège, le feu des tisons. La sensation que tout était fini.
Mais ce n'était pas tout. Il avait déjà entendu les grognements des Sanyassans, mille et une fois depuis les cavernes souterraines de la Montagne Noire. Les sourires carnassiers de ces geôliers cruels. La violence de leurs mots, les coups qu'ils assénaient au corps sans conscience de Bareman... Bareman !
Kath grogna de plus belle, soufflant sur les insectes qui l'approchaient déjà en quête d'un repas anticipé. Ses yeux étaient fixés sur son ami, lequel gisait au sol, privé de ses armes et vêtements de combat. Du sang perlait depuis son cuir chevelu jusque dans sa nuque. L'Alderaani ne vit pas son visage, mais son cœur se serra. Le cri de surprise qu'il voulut pousser mourut au fond de sa gorge pour se transformer en toussotement sourd. On ne l'avait pas ménagé.
Mais il avait l'esprit étonnamment clair, quoique secoué. Son compagnon vivait, il en était persuadé. Ou plutôt, il l'avait vu. Six mois de méditation et de souffrances mentales chez les Yuzzums ne lui avaient pas fait oublier la sauvagerie et le vice des Sanyassans ; mais il ne les craignait plus. En tout cas plus de la même façon. Il les avait vu eux aussi, lors de ses exercices dans la forêt. Il avait vu leur chef, leurs guerriers, le sort qu'ils réservaient à leurs captifs. Rien de ce qu'il avait sous les yeux ne le surprenait. Et Bareman était plus fort que ça.
Pourtant, si son cerveau lui criait de penser, d'agir, de se souvenir de son entraînement, son cœur, lui, était écrasé d'un poids immense qui le retenait au sol. Mentalement, il se récitait longuement le code Jedi. Pas d'émotion, la paix... La paix ! Le visage de Saecha lui revint, ses yeux vitreux et du sang, beaucoup de sang. Pas d'émotion, pas d'émotion. Le chemin de l'obscurité était simple, trop simple, pas vrai, Maître Vendar ?
Kath sentait l'Ombre à ses côtés, ses mains sur son épaule. Sa silhouette était grande, puissante. Elle l'aidait à garder la tête froide... mais elle n'était pas son alliée, juste un nouveau geôlier. Il l'avait appris, il ne l'oublierait pas. Pas d'ignorance, la connaissance. Celle de son ennemi, celle de lui-même.
Le novice expira lentement, calmant petit à petit son rythme cardiaque. Aussi étrange que cela puisse paraître, cette situation était beaucoup plus propice au recentrement que l'ardeur du combat. Ligoté, à demi-sonné, il avait plus de facilité à chasser ses idées noires. Quelques mois plutôt, bien sûr, il aurait gigoté, se serait démené, aurait tenté de s'enfuir, comme lorsqu'il avait échappé au bûcher des Ewoks ou combattu les Sanyassans pour la première fois sous la Montagne. Mais à la passion avait succédé...la sérénité ? Il approchait son sort avec philosophie et une certaine roublardise.
On attendait de lui qu'il réagisse ? Très bien. Il plongea ses yeux dans ceux du monstre qui le toisait. Sans aucun défi, sans aucune provocation. Il était plus faible qu'eux, il le savait. La cavalerie n'arriverait plus pour les sauver cette fois, cela il le savait aussi. Mais son visage ne portait aucune trace de résignation. Il attendait. Quoi donc ? Un écho, imperceptible, secouait ses tempes. Il n'avait jamais été très doué pour la manier, mais ces derniers mois, Kath avait enfin trouvé le fil sur lequel tirer pour la faire vibrer, cette Force dont Nass et Saecha lui avaient tant parlé. Oh, il ne déplacerait pas des montagnes, non. Mais défaire des liens, il le pouvait.
- Messieurs, messieurs... Calmez-vous ! Je sais qui vous êtes, nobles guerriers ! Des aventuriers aux âmes fougueuses, que rien n'arrête sur la voie de leur glorieuse destinée ! Vous nous avez vaincus. Mais saurez-vous profiter de votre victoire ?
La voix de Kath était éraillée, sa gorge était sèche. Mais son ton gagnait en assurance au fil de ces précieuses secondes.
- Mon ami le Chef Chitupa et moi-même... Rylen Korr, avons grande valeur pour les nôtres. Nous tuer serait un symbole, bien sûr, de votre toute puissance. Mais nous garder en vie vous donneraient le pouvoir d'asservir toutes nos tribus, d'asseoir votre autorité sur toute la lune !
Les sourcils froncés, l'Alderaani pensait à toute vitesse. Qu'est-ce qu'il disait ? Woopee le dévisageait avec circonspection, gigotant comme un ver et grinçant des dents. L'Ewok prenait le rôle du chef des Naa'Fruu bien sûr, et Kath était... qui donc ? Au moment de trouver un nom, il n'avait pu penser qu'à celui-là. Il se souvenait de la réaction des Maîtres du Conseil lorsque sa camarade Alya l'avait prononcé, voilà des mois. Rylen Korr était-il bien réel ? Etait-il une chimère, ou une légende ? En tout cas, il ferait un bon prête-nom.
Le novice renchérit, anticipant un mouvement ou une réaction de ses charmants hôtes aux lances pointues.
- Moi... Jédaaaaïïï important. Vous pas bouffer moi. Moi apporter grande puissance à vous... Moi mage de la Force, boum boum !
Il en avait trop dit, mais plus c'était gros, plus cela passerait. Enfin... il ne venait pas juste de se moquer ouvertement des Sanyassans, il tentait également de leur faire croire que sa piteuse démonstration de force de la matinée n'était qu'un malentendu et qu'il était en réalité un combattant hors pair à l'importance capitale. Les Sanyassans étaient-ils aussi bêtes que de réputation ? Il le saurait bientôt.
Les cordes qui retenaient encore Woopee se détendirent légèrement. Le novice Jedi regarda l'Ewok du coin de l’œil en testant lui-même ses propres liens. Puis son regard se posa sur une torche qui se consumait non loin. Encore un peu...
- Alors, on fait la paix, les mecs ? Allez, soyez sympas. Je vous promets que je suis vraiment cool. En plus...
Subitement, les cordages tombèrent au sol, libérant Woopee et Kath qui tombèrent tout deux à genoux. Le novice tendit immédiatement la main vers la torche qu'il avait repérée. Il voulut l'attirer vers lui, mais loupa son coup. La flamme s'écrasa sur la tente attenante, lançant un début d'incendie. Une chance que les Sanyassans n'entreposaient pas de munitions, auquel cas le camp entier serait parti en fumée.
- ... En plus, je fais super bien les barbec' !
Tout n'était qu'un éternel recommencement. Ironie du sort ou volonté de la Force, peu importait. Kath et Woopee étaient libres. Et ils comptaient le rester. Avec un regard pour le petit guerrier Ewok, le novice Alderaani se jeta en arrière et se mit à courir en zig zag, en tout sens, comme un poulet sans tête, poussé par l'adrénaline et les battements de ses tempes. Son sabre laser ? Où l'avaient-ils mis ? Ah, mais le truc ne marchait pas... où avait-il la tête ? Une arme, quelque chose, il devait trouver quelq...
Son regard s'arrêta net sur une forme, qu'il venait de croiser au détour d'une tente. Son corps s'immobilisa. Au bout d'un pieu couvert de sang séché, trônait une tête arrachée, sanguinolente. Il connaissait ces traits fins, délicieux. il les avait vu plus que tout en songe. Au bout des lekkus de Saecha, enroulés autour du pic branlant, pendait son arme, exposée là comme un trophée.
Pas d'émotion, pas d'émotion, la paix, la paix. Les tempes de Kath battaient à la folie. Il sentit une main se tendre vers lui. Un Sanyassan à sa poursuite ? Non, c'était l'Ombre. Pas d'émotion. elle était là, grande et forte devant ses yeux écarquillés et injectés de sang. La paix. Pas de passion, l'harmonie... l'harmonie... Pas de mort... Juste la Force.
L'instant suivant, l'arme à lame violette de la Twi'lek était entre ses mains. -
Post n°39
Auteur : Super PNJPour les non-initiés, la Force s’apparente à un destin inflexible, insubmersible, cruel. Il arrive que le destin, pour certaines personnes, soit exceptionnel. Qu’il leur ouvre grand les portes de la gloire, de l’éternité, de l’immortalité dans les esprits. Mais il arrive également que le destin vous claque la porte au nez. C’était sans doute le cas pour le dénommé KAth Aplazm, Novice pyromane de son état. Si l’on dit souvent que les voies de la Force sont impénétrables, elles semblaient en tout cas conduire le jeune Jedi de catastrophe en catastrophe, le menant systématiquement dans la pire situation possible.
Aussi, que pouvait-il se passer d’autre qu’un incendie lorsqu’un Jedi maladroit essayait d’attraper une torche ? Pas grand-chose. Tout à sa précipitation à mettre à exécution un plan sans doute aussi mal ficelé qu’il était mal fagoté, il n’avait pas eu le temps de contrôler son geste. Le stress peut-être, ou le fait que son esprit était également occupé à distraire le Senyassan musculeux qui les menaçait. Toujours est-il que dans la confusion la plus totale, il avait enfin saisi une occasion de se libérer. Tout manchot qu’il était, il avait réalisé ce tour de force. De là à en déduire que les Senyassans eux-mêmes n’étaient pas une réelle menace…
Bien sot qui le croirait. Barbares assoiffés de sang, ils étaient déjà sur le Jedi, tout à leur haine de voir leur futur repas et trophée s’échapper encore. Il était pire qu’une anguille, persistant à filer entre leurs doigts. Déjà, ils empoignaient leurs armes et se jetaient dans une mêlée confuse. Une bataille si confuse, si inattendue que certains se battaient même entre eux, s’invectivant, se lançant des piques, se disputant le droit de confronter l’Humain à la lame violette. Les ombres commençaient à danser au sol, sous la lumière d’un feu de campement qui ne cessait de se répandre, les braises portées par la douce brise allumant de nouveaux brasiers aux huttes avoisinantes, qui elles-mêmes embrasaient de nouveaux foyers… Un chaos total.
Au milieu du tumulte, trois formes se distinguaient. Kath, tout d’abord. Sabre en main, au clair, il n’avait d’autre choix que de se défendre, sans doute maladroitement, entre le mauvais traitement, et les attaques désordonnées qu’il subissait. L’on pouvait mettre à son crédit que son comportement totalement aléatoire avait provoqué une telle panique qu’il n’avait plus réellement besoin de combattre pour éliminer la menace, tant elle se débrouillait toute seule pour cela. Malgré tout, il restait la cible numéro 1 des pillards, et sa formation plus que limitée au sabre ne lui offrait qu’une faible protection.
Woopee avait repris ses bonnes habitudes de tranchage de Sanyassans dès qu’il avait été libéré, plongeant sur la première arme qu’il trouvait pour monter à l’assaut. La petite boule de poils virevoltait, esquivait, roulait, tranchait, perçait, encore et encore, sans relâche. Malheureusement… Sa vaillance, ou plutôt, sa sauvagerie, ne pouvait que partiellement compenser la fatigue qui le prenait. Chaque seconde qui passait, chaque coup donné l’harassaient un peu plus, et il se trouvait chaque fois un peu plus proche de sa limite, qu’il ne manqua pas de franchir. Un faux mouvement, une parade mal exécutée, et il s’approcha bien trop proche d’un incendie. Sa fourrure s’embrasa, transformant bien vite l’Ewok en une boule de feu armée jusqu’aux dents qui courait partout dans le campement, ou ce qu’il en restait.
Enfin, restait bareman. Le brave clone, qui avait subi tant et tant, restait inerte au sol. Pour qui s’approcherait, le spectacle était difficilement soutenable, à la limite de l’horreur et de la compréhension humaine. Mis à nu, sa peau avait été pelée en de nombreux endroits, laissée à peine accrochée au reste pour éviter les trop nombreuses pertes de sang. Sur d’autres parties, on avait privilégié la brûlure à l’écorchement. Réalisé au tison ou au fer à marquer, il présentait désormais de très nombreuses marques cloquées et blanchies, laissant envisager le pire quant à la régénération du soldat. Sa bouche était remplie de son propre sang, qui avait coulé lorsque sa langue avait été coupée brutalement et sauvagement. La coupure n’était pas nette, preuve une nouvelle fois de la barbarie des tortionnaires, qui avaient sans nul doute pris un grand plaisir à faire ces actes. Si ses poumons cherchaient encore de l’air, ceux-ci avait également été touchés, sa poitrine transpercée en de nombreux points par une très fine aiguille qu’ils avaient fait ressortir de l’autre côté, dans le dos. On avait cherché à le garder vivant le plus longtemps possible… Mais il était plus que probable que la vie du soldat s’achève en ces lieux.
Le chaos. Rien d’autre que le chaos. Pouvait-on survivre à cela ? Pouvait-on rester le même ? Au milieu du champ de bataille, une lame violette était brandie. Bientôt, il serait confronté au chef des pillards. La mort de l’un ou de l’autre achèverait sans doute un conflit qui avait déjà trop duré. Le grand chef s’égosillait, plus personne ne l’écoutait dans ce jeu de massacre. Il lui fallait désormais réagir. Sauver son peuple. Ou ce qu’il en restait. Il empoigna son arme, une grande épée, et s’avança.Spoiler : Spoiler
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Post n°40
Auteur : Kath Aplazm
Pour les gens moins versés dans la contemplation que les Jedi, la Force pouvait s'apparenter à un mythe, à une énergie providentielle qui décidait du devenir de toute chose dans l'Univers. Les êtres dotés d'une destinée exceptionnelle auraient seuls le pouvoir de l'infléchir, lorsque le commun des mortels devait se plier à son ordre. Mais de l'observation de Kath, la Force semblait plutôt agir de façon erratique, désordonnée, en désaccord total avec le bon sens ou toute forme de logique qui ne tienne pas de l'aléatoire. La preuve en était qu'elle souriait aux mauvaises herbes. Et Kath était une mauvaise herbe qui ne se laissait pas faire.
Les émotions s'étaient succédées très vite. D'abord le soulagement d'être libéré de ses entraves. Puis le stress d'échapper à ses ravisseurs. Très vite, un profond désarroi mêlé de tristesse en tombant sur le visage décharné de Saecha. Et enfin une profonde colère. Elle n'était pas incontrôlée, oh non, car Kath sentait l'Ombre qui marchait dans ses pas, invisible à d'autres yeux. Il ne prendrait pas sa main, aussi séduisante que soit son attraction. Mais cette colère n'était pas saine non plus, que du contraire. Les premiers Sanyassans qui approchèrent de lui durent regretter de ne pas lui avoir fait la peau plus tôt dans la plaine, maintenant qu'ils se faisaient sectionner les doigts ou les nez sous les cris de douleur. Heureusement pour eux, le novice ne manipulait son arme que maladroitement, s'étant presque brûlé lui-même au deuxième coup qu'il portait. Les rudiments de Soresu enseignés par Nass et les quelques minutes passées à jouer avec le sabre laser de Saecha sur les rives du Chuurelung n'avaient pas été suffisants pour faire de lui un guerrier redoutable. Mais il était teigneux et cela suffisait pour l'instant.
Les sauvageons se battaient entre eux, en désordre, désorientés sans directive. Kath crut apercevoir l'un de ceux qui avaient ramené Bareman donner un coup de masse à un autre dans une scène qui aurait pu sembler cocasse si elle n'avait été sanglante. Sa colère redoubla, son regard cherchant instinctivement le corps de son ami qu'il ne put identifier dans la mêlée. Woopee bondissait en tous sens, une arme à la main, se démenant comme un diable. Le fier guerrier Naa'Fruu n'avait rien perdu de son courage, il fallait bien le lui reconnaître. Mais il finit acculé par une meute de guerriers en pagaille, et sa fourrure brune commença à prendre feu dans l'incendie qui, loin d'avoir été éteint par les Sanyassans, avait été ravivé par leurs nouvelles querelles. Kath jeta un œil au ciel. Tonnerre ! Quelques semaines plus tôt et la saison des pluies aurait réglé le problème. Mais là-haut, il ne restait plus que le coucher du soleil sur un tableau sans nuage, couleur de feu et de sang.
Tenant ses quelques opposants directs à distance d'un geste large du sabre violet de la défunte Saecha, Kath sauta à la suite de Woopee, s’occasionnant quelques légères brûlures en frôlant une tente en feu. A deux, ils auraient plus de chance de réchapper à cet enfer que seuls. Arrivant à hauteur de l'Ewok, il plongea une main vers son petit capuchon enflammé pour le lui arracher, mais la lance carbonisée que brandissait le Naa'fruu haletant lui fouetta le poignet.
- Eh, c'est moi, Woopee ! C'est moi ! hurla Kath, crachant ses poumons en avalant la fumée noire de l'incendie. Les coups de Woopee pleuvirent mais Kath parvint à les éviter de justesse, sous le regard de quelques maraudeurs qui ne comprenaient plus rien à ce qui se passait. Leurs alliés, leurs ennemis, tout le monde se fracassait avec une ardeur redoublée, presque joyeuse, au milieu des flammes.
- Chiotto bat flingo lah ! Chiotto bat flingo lah !
Kath répéta maladroitement la seule phrase en Ewokese qu'il avait pu retenir sans trop se tromper. "Pourrais-je avoir quelque chose à boire ?"... Dans le contexte, cela n'avait aucun sens, mais entendre sa langue natale au milieu des hurlements désarçonna suffisamment l'Ewok pour qu'il cesse de tenter de transpercer Kath de la pointe de son arme. Le novice profita de cet instant pour renverser l'Ewok au sol et lui distribuer une série de coups du plat de sa main libre, ou avec quelque tissu qui traînait là, afin de dissiper les flammes qui avaient recouvert le corps du pauvre guerrier. L'Ewok se défendit vaille que vaille, mais sa vivacité baissait très visiblement. Au bout d'une ou deux minutes, le novice alderaani parvint à éteindre le feu. Plongeant son regard dans les yeux larmoyants du Naa'Fruu, il eut un soupir de soulagement. Une seconde plus tard, il manquait de se faire décapiter par une lame. Woopee était de nouveau sur ses pieds, sa fourrure cramoisie sentait le brûlé, mais il était bien en vie.
Encore fallait-il que ça dure. Déjà, les Sanyassans s'étaient regroupés, et Kath peinait à leur faire face. Le choc de l'adrénaline passé, il recommençait à sentir ses muscles endoloris, ses bleus épars et ses quelques brûlures. Le novice et son camarade Ewok progressaient péniblement, s'aidant des flammes pour effectuer des cercles dans le campement. Woopee lui montrait la voie, semblant à l'affût de quelque chose ; Kath, lui, se contentait de trancher les lames et autres pointes de lance qui s'approchaient trop près de son cuir. Heureusement, les armes primitives des Sanyassans n'étaient pas conçues pour affronter des sabres laser, ce qui lui simplifiait la tâche. Ses assaillants, pas aveugles quoique stupides, finirent par s'en rendre compte et commencèrent à substituer leurs assauts au corps-à-corps par des lancers de pierres, de gravats et d'autres pots de chambre laissés au sol. Kath se prit une marmite à moitié pleine d'eau tiède sur le visage et poussa un juron. Par chance, le sol mouillé à ses pieds le garda des flammes qui encerclaient maintenant tout le petit camp.
Les yeux du novice balayèrent les alentours. Les dernières tentes s'effondraient, répandant les flammes aux arbustes et au reste de la flore environnante. Le feu ne prendrait pas aussi bien ici qu'au milieu de la jungle, mais il brûlerait suffisamment longtemps pour laisser le temps aux Sanyassans de venger leurs --nombreux-- morts. Combien étaient-ils encore ? Difficile à dire. Plus grand chose. Les maraudeurs avaient payé un lourd tribut à ce conflit meurtrier. Et pourquoi ? Kath eut une pensée volatile pour les Chù morts dans la Montagne, pour Nass, pour Bareman, pour Saecha... plus étonnamment, il pensa aussi à tous ces Sanyassans morts ou agonisants près des rives du fleuve, ou dans la plaine. Qui que ce soit qui sortirait vivant de ce dernier affrontement, il n'y aurait pas de vainqueur à cette guerre. Que des perdants.
Un instant, Kath pensa baisser son arme, tenter l'apaisement. Mais même un esprit peu vif aurait deviné que c'était inutile. Ils étaient tous allés trop loin pour s'en arrêter là. Cette querelle remontait à bien plus loin que l'arrivée de Kath sur Endor, et chaque mois, chaque semaine, chaque jour passé n'avait été qu'une nouvelle marche franchie dans une escalade sans limite vers la mort. Maintenant, sa résistance et celle de Woopee allaient décider de qui mériterait de mourir.< Nombreux sont les vivants qui mériteraient la mort, et les morts qui mériteraient la vie. Peux-tu la leur rendre, Kath Aplazm ?>
Kath ne sut pas s'il entendait ces mots distinctement où s'il s'agissait d'un souvenir des paroles de Vendar Olorin. Il aurait certainement préféré choisir de protéger ses compagnons, bien sûr, et n'avoir jamais eu à participer à ce combat sans fin heureuse. Ses choix et sa chance en avaient malheureusement décidé autrement. C'était une cruelle leçon que lui enseignait son mentor, que lui enseignait la Force. Sous ses paupières humides, des larmes coulèrent, peut-être provoquées par le picotement de la fumée.
Les Sanyassans s'écartèrent brusquement sous les cris de leur chef, un maraudeur beaucoup plus grand que les autres, plus musclé aussi. L'Alderaani se demanda s'il n'avait pas déjà vu sa silhouette massive dans la Montagne. Les guerriers se turent un instant, puis se mirent à rire, à crier, à hurler :" Thra, Thra ! Fils de Marrek, tuez Jédaiii ! Vengez !"
Kath ne comprit pas un traître mot à leur charabia. Ce qu'il comprenait, en revanche, c'était que le monstre portait une masse grosse comme un tronc entre ses mains et qu'un coup suffirait à mettre fin à toute résistance. Le novice chercha des yeux un couvert derrière lequel fuir le colosse qui l'avait pris pour cible, mais tout était soit déjà consumé, soit sur le point de l'être. Les flammes se répandaient dans la plaine lentement, ne laissant derrière elles qu'un morne champ cramoisi et noir. L'Alderaani aperçut le corps de Bareman, miraculeusement préservé des flammes, à l'écart du groupe compact formé par les survivants sanyassans. Woopee l'avait vu aussi et se jeta vers lui, mais les appels à l'aide de l'Ewok étaient vains. Kath n'était ni médecin, ni devin, mais il avait déjà deviné le destin de son ami clone. Pas besoin d'autopsie. Observer de près les blessures du vieux soldat ne ferait qu'accroître sa douleur. Et l'Ombre était déjà trop proche.
Il garderait toujours du tenancier de la cantina la dernière image mentale qu'il avait de lui : celle d'un combattant debout malgré ses blessures, prêt à accueillir la prochaine vague. Pas besoin d'être un Maître Jedi pour enseigner des leçons aux novices. Kath le comprenait, quoiqu'un peu tard.
Il esquiva le premier coup porté par son adversaire d'un saut maladroit sur la droite, trébuchant et s'exposant aux coups de plusieurs maraudeurs, qui ne bougèrent pas. Ils semblaient tous obnubilés par l'affrontement et n'intervenaient pas. Kath ne leur offrit pas le luxe de se demander s'ils auraient dû frapper son dos quand ils le pouvaient. D'une roulade malhabile vers l'avant, il s'éloigna du groupe et passa entre les jambes de leur chef qui chargeait dans sa direction. Ses mouvements étaient rapides mais... lents à la fois. Comparés à ceux de Nass, ou même d'Uriel, il paraissait balourd. Kath banda les muscles. Son corps n'était plus celui qu'il était sept ou huit mois auparavant. Il avait appris, il se souvenait.
Les tempes de Kath battaient à un rythme régulier. Les sourcils froncés, le novice empoigna son arme à deux mains. Le Sanyassan lui asséna un coup qu'il esquiva, un autre qu'il para difficilement. L'arme n'était pas commune, car elle ne se fendit pas au moment de rencontrer le sabre à lame violette, éjectant plutôt une volée d'étincelles qui se mêlèrent aux flammes. Cela surprit Kath, qui tomba sur les fesses, projeté par l'impact. Les mains au sol, le jeune homme secoua la tête pour recouvrer ses esprits. Le coup arrivait, trop vite. Il esquiva de justesse d'une roulade sur la gauche, suffoqua en avalant un morceau de cendre. Un coup de pied dans l'estomac le lui fit recracher.
De retour sur le dos, les bras étendus le long du corps, il contemplait maintenant le dénommé Thra qui levait son arme pour l'abattre lourdement sur son petit crâne vide. Les oreilles de Kath sifflèrent, Woopee poussa un cri en Ewokese, dont l'humain saisit évidemment pas la substance. Il avait mal, mais pas physiquement.
Le temps se figea soudainement.
Chacun des mouvements du chef Sanyassan semblait comme décomposé en petites images qui se succédaient lentement. Une main tira Kath par le bras pour le remettre sur ses pieds. Quand il regarda son poignet, il ne vit rien d'autre que le sabre laser entre ses doigts. Il semblait se déplacer tout seul, mut par une puissance invisible, brutale et cruellement mécanique.
Kath n'eut pas à éviter le nouveau coup de Thra : celui-ci tomba à genoux, le bras sectionné, sa masse roulant loin derrière lui. Il éteignit un hurlement de douleur en plongeant sa blessure dans les flammes. Le maraudeur n'était pas un chef craint et respecté pour rien. Ce n'était sans doute pas sa première blessure.- Comme Marrek, la gloire comme Marrek ! Servir les Maîtres !!
La vue du membre coupé avait surprenamment galvanisé les Sanyassans qui rugissaient d'un plaisir cruel, comme si cette scène leur en évoquait une autre, tirée d'un passé lointain. Loin de craindre la mort de leur chef, ils hurlaient de nouveaux encouragements en crachant par terre. L'instant suivant, une lame de sabre laser sous le cou de Thra les fit taire. Kath, debout, tenait le chef Sanyassan à sa merci. L'Alderaani tremblait. Il avait déjà vécu ce combat, dans la Montagne. A l'époque, il n'avait pas compris ce qui lui avait permis de vaincre son adversaire. A présent, il ne le savait que trop bien. Mais il ne pouvait hésiter. Il devait donner le coup de grâce.< Ne sois pas trop prompt à dispenser morts et jugements. Même les grands sages ne peuvent connaître toutes les fins que réserve la Force.>
...
Kath plongea ses yeux dans le regard empli de haine de son adversaire. Dans ses globes noirs, il ne vit que son propre reflet, à la lueur du feu qui brûlait autour d'eux. Son teint était pâle sous sa barbe mal entretenue, ses pupilles délavées sous ses cheveux en bataille. Olorin disait vrai, sans aucun doute. Ce reflet, cet homme avait-il autorité sur la vie ou la mort de qui que ce fût ? Ses décisions avaient déjà entrainé beaucoup de morts, du contrebandier Jarrik aux enfants Ewok dans la forêt du Sanctuaire. Et s'il n'avait jamais tué directement lui-même, sa participation à cette croisade insensée en faisait un complice de nombreux meurtres.
Non. Il n'y aurait plus de mort aujourd'hui. La lame violette du sabre laser de Saecha retrouva son manche. Cette arme avait fauché assez de vie comme cela. Sous les yeux hagards du Sanyassan, Kath accrocha l'arme à ce qui lui restait de ceinture et tendit la main vers le groupe de Sanyassans muets.
- Teeha dupav vay kommah.
"Merci pour votre hospitalité". L'Ewokese de Kath était décidément à travailler. Si les Sanyassans comprennaient cette langue, ils auraient saisi l'ironie de ces propos. Mais le ton de Kath les invitait à ne pas s'approcher et ne pas les suivre. Le novice reculait lentement en les regardant, rejoignant à grands pas Woopee qui veillait le corps mutilé de Bareman. Le clone expira difficilement un caillot de sang. Il voulut prononcer un autre mot qui se transforma en gargouillement. Kath ferma les yeux en s'agenouillant auprès de son compagnon d'armes.
- Quittez cette lune, dit-il lentement. L'absurde l'emportait sur tout, ici. Bareman, mort en vain, pour défendre quoi ? Kath, essayant de dialoguer avec des meurtriers après les avoir brûlés vifs. Tout n'était qu'absurde. Mais cela valait le coup d'essayer. Après tout, la Force avait fait preuve plus d'une fois de son sens de l'humour macabre depuis le début de ce périple. Quittez cette lune et nous ne vous suivrons pas. Nous ne vivrons jamais en paix, plus après ce qui est arrivé. Quittez cette lune, parce que si vous restez... nous mourrons tous. Vous, moi,tous ceux qui ont participé à la guerre. Ce sera la fin des Sanyassans, la fin des Ewoks, la fin des Jedi. Il n'y a aucune gloire dans le génocide. Quittez cette lune.
Kath regarda quelques-unes des flammes mourir. Le feu ne brûlerait plus longtemps, les étoiles commençaient à briller dans le ciel rouge. La Galaxie était trop vaste pour que tout ceci ait un sens. -
Post n°41
Auteur : Super PNJQu'est ce qu'un mythe, sinon la conjonction entre histoires, racontars, espoirs, peurs et échos portés par le vent ? La somme d'une multitude de récits plus ou moins modifiés par le temps et l'espace, au gré de sa transmission et de la manière de le raconter des uns et des autres. Oui, la Force correspondait à ses critères pour qui ne l'embrassait et ne la comprenait pas. Car il n'y avait rien de crédible à tendre l'oreille à une sombre histoire de force agitant toute chose, et prêtant sa puissance à qui l'étudiait.
Non. Rien. Et surtout pas lorsqu'on était témoin de son peut-être pire élève en la présence du jeune Novice Kath Aplazm. Oui, il était sans doute la pire mauvaise herbe qui ait jamais poussé au sein de l'Ordre. Une plante qui poussait de manière tellement erratique, et d'une manière si aléatoire et incontrôlable que l'on aurait pu croire qu'elle était l’œuvre d'un démon malin qui s'amusait à la tourmenter de toutes les manières possibles et imaginables. Autrement, comment accepter que chacune de ses actions ne conduise à une catastrophe plus grave encore que la précédente ? Comment prêter cela à un hasard ? Ou à une volonté bénéfique ? C'était d'une naïveté sans nom que de compter sur cette "Force" pour se tirer d'un mauvais pas. Car elle n'était finalement qu'anarchie. Et même... cruauté.
La cruauté qui animait les envahisseurs. Les Sanyassans. Et sans doute le Novice, par la même occasion, tant il avait fait preuve d'un talent prononcé pour attirer à lui le macabre. Tout ce voyage n'avait été rythmée que par la mort, la désolation, les pertes puis les retrouvailles d'amis, avant d'ensuite les perdre définitivement. Bareman venait de rendre son dernier souffle. A ses côtés, Woopee émettant également des râles de souffrance déchirants. Avant eux, Saecha, Nass, tous les pillards, les Ewoks... A la souffrance physique, tenace, s'ajouterait la douleur psychologique, qui ne se refermait jamais totalement. Il devrait vivre avec ces massacres, tel un poids sur l'âme. Il n'avait plus le choix, désormais. Etait-ce là, la voie du Jedi ? Se perdre sur des chemins détournés, semer la terreur et la mort ? Ou bien était-ce la voie des Sith ? Ou... de tout autre chose ?
Rien ne pardonnerait jamais Kath. Rengainer son arme ne lui éviterait qu'un peu plus de noirceur au fond de son cœur. Devant lui, le chef était vaincu. Au milieu de tous ses hommes, il avait perdu le combat qui l'opposait à celui qui s'était fait appeler Rylen Korr. Face au Jedaaaaii, comme ils disaient, il venait de perdre la face. D'ailleurs, l'un des siens n'avait pas manqué de le remarquer. Il sortit des rangs, hurlant, et se précipita sur le Jedi désarmé. Enfin, il essaya. Avec une vivacité surprenante, le chef vaincu récupéra son arme et trancha net la tête du nouvel assaillant. Celle ci fit un vol plané conséquent, se perdant dans les feux de joie alors que le corps s'effondrait sur place.
Jedaaaaiiii... Trop fort. Tu donnes humiliation. Tu es pas Jedaaaaiiii. Tu es monstre. Pas de gloire. Partir, toi aussi. Lune pas pour toi.
Un sens ? Fallait il en chercher un, dans ce charnier ? On pouvait tirer des leçons, sans doute. Mais lesquelles ? Chacun, selon son caractère, apprendrait ce qui lui conviendrait. Alors, qu'en tirerait le Novice ?Spoiler : Spoiler
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Post n°42
Auteur : Kath AplazmLes flammes consumaient lentement le corps de Bareman, que Kath et Woopee avaient déplacé dans le feu au prix d'efforts considérables. Le vieux clone n'aurait pas de sépulture décente, de dernier verre dans sa chère cantina. Il avait rejoint la Force dans la douleur et l'anonymat, sans voir pu se défendre. Triste fin pour un des plus fidèles serviteurs de l'Ordre Jedi. Mais, en un sens, il avait connu le destin des siens, pensés dès leurs premiers pas dans les usines de clonage de Kamino pour être de la chair à canon au service des autres, promis à mourir l'arme à la main dans des conflits qui n'étaient pas les leurs. Il était écrit quelque part que nul clone ne mourrait de vieillesse.
Les cris de Woopee mêlaient douleur physique et souffrance émotionnelle au parfum de cendres de l'air du soir. Lorsque Kath avait récupéré au milieu des décombres d'une tente le sabre défectueux que lui avait laissé Olorin Vendar, l'Ewok avait aussi reconnu les restes des ornements traditionnels du chef Chitupa et de plusieurs des guerriers Naa'Fruu. Il était tombé à genoux et semblait prier un dieu invisible en l'honneur des braves tombés au combat. A moins qu'on les ait torturés, eux aussi ? Pas de trace, en revanche, d'Hotar, Muyi Tano, Uriel ou les deux autres clones. Ou peut-être avaient-elles brûlé...
Rien ne serait jamais plus comme avant cette campagne absurde. Observant les Sanysassans qui rassemblaient leurs morts sans le quitter du regard, Kath croisa les bras. Il avait épargné Thra, et Thra l'avait épargné. Mais cette pitié n'était en aucun cas miséricordieuse. L'Alderaani ne s'y trompait pas. Ce n'était pas un acte de bonté, mais bien la peur qui avait poussé ces gestes : la peur du chef Sanyassan pour sa tribu et pour sa vie, la peur que Kath avait de lui-même et de ce qu'il pouvait devenir.
Debout sur une souche à plusieurs dizaines de mètres des derniers maraudeurs encore en vie, le novice regarda les derniers feux s'éteindre sur la plaine. Au-delà de la région calcinée ne s'étendaient qu'un paysage de quiétude, quelques collines parsemées de petits arbres. L'horizon s'assombrissait au fil des minutes mais la nuit s'annonçait tout aussi claire et tranquille. Qui n'avait pas vu ce qui venait de se produire aurait pu dès lors croire au calme après la tempête, et s'attendre à un de ces instants qui finissent toujours les histoires que l'on racontait aux enfants : le héros, ayant vaincu son terrible ennemi, s'en retournant vers le soleil couchant sous les hourras des peuples libres et les rires des jeunes filles en pâmoison. Les conteurs qui colportaient ce genre d'histoire sur Alderaan ne devaient jamais avoir mis les pieds sur la lune forestière d'Endor.
Kath sourit sans joie. Bientôt, il s'en irait. Les Sanyassans en feraient-ils de même ? Impossible de le savoir. Il ne savait pas lui-même où il irait ; il ne connaissait ni le chemin du Sanctuaire, ni du village Naa'Fruu et n'avait pas le cœur de retourner auprès de Yuzzums pour leur faire part de son échec. Son esprit embrumé allait d'errance en errance, papillonnait au vent pour éviter de se concentrer sur la situation.
Ses yeux fatigués captèrent du mouvement non loin, à une bonne centaine de mètres en direction des collines. Encore des maraudeurs ? Non. Les silhouettes étaient trop petites, trop discrètes. Le cœur de Kath fit un bond dans sa poitrine, mais il ne bougea pas, fixant toujours le chef des Sanyassans et ses troupes du regard. Leurs yeux de pisteurs experts avaient aussi remarqué l'activité des formes et ils levaient déjà leurs armes, oubliant déjà que la moitié des leurs gisaient déjà à leurs pieds. Woopee poussa un cri de soulagement et courut aussi vite que ses petites jambes meurtries le lui permettaient en direction de la cohorte qui s'était dévoilée. Personne ne l'interrompit.
Las, Kath lui emboita alors lentement le pas, tournant toutefois une dernière fois la tête pour rencontrer le regard du chef Thra. Ses yeux exprimaient une sorte de résignation, quoique ses pupilles brillaient d'un feu ardent. Le novice savait qu'il ne tenterait plus rien aujourd'hui. Mais si de nouveaux étrangers menaçaient sa troupe, il se battrait vaillamment et jusqu'à la mort cette fois.
- Novice Aplazm ! Tu es vivant !
Arrivé à mi-chemin entre le campement carbonisé et le groupe des nouveaux venus, Kath accéléra le pas. Mais ce n'était pas la joie de retrouver Muyi Tano et ses compagnons. il avait juste tourné le dos aux maraudeurs un peu trop longtemps à son goût. Devant lui, Hotar était là, le visage jovial, mais il n'arborait pas son habituel sourire bonhomme. A ses côtés, Cody et Sniper tenaient fermement leurs armes, prêts à abattre leurs ennemis. Les quelques Naa'Fruu qui les accompagnaient serraient Woopee entre leurs petites pattes velues ou glapissaient des plaintes en Ewokese. PArmi ceux-là, Kath reconnut Luuki, le second, et Lookee, le shaman. Uriel n'était pas avec eux.
Le groupe, immobile, attendit que l'Alderaani arrive à sa hauteur pour le bombarder de mots de réprimande, d'ordres de repli, de questions sur l'ennemi, ... la pluie de ces paroles presque sarcastiques glissaient sur la toile cirée de son indifférence. Il ne répondit pas, plongeant juste son regard sur le visage du chevalier Tano, qui seul était resté muet. Les rides se creusaient sur le visage pourtant encore relativement jeune du chef de la troupe du Sanctuaire. Alors que celle-ci empoignait ses armes, prête à reprendre la marche et à se livrer corps et âme à l'affrontement final, le Jedi expérimenté s'agenouilla dans une posture méditative, les yeux fermés. Kath le dépassa comme tous les autres, laissant tomber à côté de lui un objet qui tomba lourdement sur la terre battue de la plaine. Le jeune homme entendit un sanglot, comme un murmure, quand l'homme se saisit du sabre laser de son apprentie Saecha Tan.
L'instant d'après, le silence tomba sur la plaine.
- Où tu vas comme ça ? cria Hotar à Kath qui s'éloignait à courtes enjambées dans l'ombre du soir. Ce chemin ne va nulle part !
- Et le vôtre ? Kath se retourna, larmoyant. Les Sanyassans n'attaqueront plus. Ils ont l'air féroces, mais ils ont abandonné, du moins pour aujourd'hui. Si vous les provoquez, si vous avancez encore plus, les Naa'Fruu auront leur revanche. La mission que le Conseil vous a assignée sera remplie. Mais tout ça, ce sera sans moi. J'ai assez donné pour une vie entière de combats sanglants. Et vous, Hotar, dites-moi où va votre chemin ?
Ce fut au tour du chevalier de ne rien dire.
- Depuis le début, on ne se battait pas vraiment contre eux. Ils sont débiles et violents, mais la lune est bien assez grande pour qu'ils puissent vivre leur vie sans jamais plus entendre parler des Jedi et des Ewoks, à partir de maintenant.
- L'Ombre... Muyi Tano ne regardait pas Kath mais, debout, s'adressait plutôt à un interlocuteur invisible. Maîtres Arakorn, Faràn et Olorin l'avaient vu. Le Côté Obscur... c'est ça, c'est pour ça que nous sommes là.
- Les torts causés doivent être rachetés. Le campement sanyassan a brûlé, leur chef est vaincu. J'estime que ma dette envers vous est payée, lança Kath aux Ewoks, ignorant Tano et regardant tour à tour Luuki, Lookee et Woopee. Si vous n'êtes pas d'accord, venez essayer de me ficeler et de me faire cuire comme la dernière fois. Si vous êtes encore en vie après votre petite croisade, vous me trouverez dans ma hutte, au Sanctuaire... enfin, si je retrouve mon chemin. Ca fait beaucoup de "si".
Sans un au revoir, le novice s'éloigna du groupe silencieux, qui ne le quitta des yeux que quand la nuit emporta sa silhouette. S'en iraient-ils d'où ils étaient venus ? Avaient-ils fait toute cette route, traversé toutes ces embuches pour ne pas savourer une victoire bien méritée au bout du chemin ? Amer, Hotar sortit quelque onguent pour soigner les brûlures de Woopee. Muyi Tano souffla lourdement et s'assit de nouveau. Il n'apercevait plus Kath Aplazm, mais il sentait toujours sa présence. Au milieu des ombres, peut-être y avait-il encore une lumière ? -
Post n°43
Auteur : Kath Aplazm
