Bienvenue sur SWRPG !

Créé en septembre 2006, ce RPG situé dans l'univers Star Wars a démarré à l'aube de la Guerre des Clones. Nous avons cependant pris une trajectoire bien différente de celle de la saga. 18 ans plus tard, nous voilà dans un univers parallèle aux films de George Lucas, un univers unique dans lequel nos propres personnages ont eu (et auront) un impact sur sa destinée.

Contexte: Il n'y a pas si longtemps que ça, dans une galaxie lointaine, très lointaine... L'Ancienne République influençait les quatre coins de la Galaxie, guidée et protégée par les légendaires Chevaliers Jedi, gardiens de la paix et de la justice. De nombreuses années plus tard, on dénombre de nombreux régimes successifs, mais aucun n'a réussi à s'imposer durablement. Empire Démocrate... Empire Sith... Voilà que les différents chemins empruntés nous ramènent donc à une République Fédérale, sans que l'on soit assuré qu'elle parvienne à durer dans le temps. Une République Fédérale qui décide de miser sur la nouvelle Garde Républicaine, vouée à remplacer un Ordre Jedi dont on refuse le dogme si particulier.

Pendant ce temps, Sith, Séparatistes et Chasseurs de Primes ont su se préserver à différentes échelles de l'échec de l'Ancienne République. Tandis que l'Ordre Sith a connu récemment sa fin sur Cathar, laissant la place à différents cultes bien moins influents mais tout aussi dangereux, les Chasseurs de la Guilde de Dantooine n'ont jamais été aussi nombreux, parcourant les mondes à la recherche de primes qui en valent le coup. La Confédération des Systèmes Indépendants, elle, résiste aux fluctuations du temps et se préserve des menaces extérieures en n'hésitant pas à agir lorsqu'il le faut, comme l'en atteste son intervention musclée sur Cathar. La même Cathar qui avait accepté d'accueillir les Vestiges de l'Empire suite à la scission de l'Empire Sith, et qui aujourd'hui se retrouve sous la tutelle des Séparatistes.

Les temps sont sombres, le ciel annonce de mauvais présages comme c'est le cas à chaque nouvelle ère. Les relations entre les grandes puissances ne sont pas au beau fixe, les Sith sont de nouveaux reclus dans l'ombre -là où ils sont les plus menaçants- et les Jedi se terrent sur Endor, bien décidés à ne pas dévoiler leur présence à ceux qui leur sont hostiles et bien décidés à s'en tenir à leur but éternel : l'étude de la Force.

Jamais une ère de SWRPG n'aura été si indécise et pourtant, il y aura toujours quelqu'un pour bouleverser l’échiquier galactique. Comme ce fut le cas ces huit dernières années. Peut-être que tu seras cette personne, qui sait? Notre Galaxie t'attend !

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    Le ChroniqueurL Hors-ligne
    Le Chroniqueur
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    #20

    Post n°19
    Auteur : Kath Aplazm

    Le feu qui brûlait dans les yeux de Kath se réverbéra un instant dans les orbites globuleux de son instructeur. Alors qu'il tombait dans l'abîme noire et profonde de la Montagne Noire, le Gungan avait lancé un ultime regard en direction du groupe amoindri. S'il avait eu le temps d'observer les compagnons un à un, il aurait vu la mine éteinte du clone Bareman, les visages déconfis de Growok, Kolgat et Woopee, les lèvres tremblantes de Saecha... le novice humain qui fermait la marche du groupe, quant à lui, était interdit, les joues creusées et les sourcils froncés dans une expression étrange.

    Étrange, c'était bien ça. Kath ne savait que ressentir en cet instant. De la tristesse ? Il n'avait personne à pleurer, sinon un maître qu'il n'avait jamais porté dans son cœur. De la peur ? Il avait été pris de panique quand l'ombre gigantesque du Dragon Condor avait succédé aux hordes de Sanyassans, mais l'adrénaline l'avait gardé de toute imprudence. Du soulagement ? Le pire restait à venir, en effet. De l'angoisse ? Mais que pouvait-il leur arriver de pire ? Des émotions crues se mélangeaient dans l'esprit de l'Alderaani, ainsi que beaucoup de questions. Et il n'était assurément pas le seul à se les poser.

    Mais personne ne parla. Tous regardaient le gouffre dans lequel s'enfonçait Nass, comme ralenti par une force surnaturelle. Chacun des mouvements du maître Jedi paraissait ralenti, lourd. Et soudain, il disparut. Sans un bruit, au bout d'une chute lente et silencieuse. La scène se figea, le temps d'une respiration.

    Un craquement sourd ramena les esprits dans le moment présent. Et maintenant, qu'allaient-ils faire ? Les Ewoks semblaient exténués par leur course, et leurs compagnons humanoïdes étaient tous les trois blessés. Kath regarda à sa gauche : Bareman, qui aidait Saecha à marcher d'un bras robuste, mettait un genou en terre. La fatigue et l'abattement touchaient même les plus forts. Kath regarda à droite : Woopee et Kolgat pansaient le bras de Growok, qu'une flèche Sanyassan avait effleuré. Enfin, Kath regarda le pont, brisé par l'aile gigantesque du monstre qui avait emporté son maître. Un instant, il crut apercevoir l'Ombre qui l'avait accompagnée, mais celle-ci s'évapora en un instant, comme happée par le vide en dessous d'elle, ne laissant plus une trace de sa présence. Le jeune homme se frotta les yeux pour être sûr d'avoir bien vu mais la forme avait bel et bien disparu quand il rouvrit les paupières. Au loin, en direction des cavernes, le novice pouvait par contre distinguer les formes des maraudeurs qui accouraient, intrigués par la disparition des hurlements du Dragon millénaire. Ils ne tarderaient pas à parcourir la distance qui les séparait de la troupe affaiblie en s'aidant des corniches et des couloirs dissimulés. La seule solution pour Kath et ses compagnons était encore de continuer vers la voie qui se dégageait derrière eux et de profiter du répit que Nass leur avait offert.

    Au fur et à mesure que les secondes passaient, l'énergie combative de l'Alderaani descendait et il retrouvait peu à peu ses esprits. S'il n'avait pas encore assez de recul pour apprécier la situation, il se surprit à repenser à Nass. Le gros Gungan s'était sacrifié pour les sauver. Un geste noble de sa part, et très inattendu. Etait-il aussi insensible qu'il le laissait paraitre ?


    - Je ne peux pas croire que maître Nass soit parti...
    , sanglotta Saecha, la main plongée contre son flanc. Des rictus de douleur venaient briser son expression d'infinie tristesse. Kath ne connaissait pas la nature de la relation qui l'unissait au maître d'armes, mais l'évènement semblait affecter la Twi'lek bien plus que lui. L'Alderaani essuya une larme qui coulait sur sa joue. Est-ce qu'il pleurait ? Ce devait être le stress.

    - Remettez-vous en route, nous ne sommes pas tirés d'affaire, ordonna Bareman d'une voix grave, mais calme. S'il était avant tout un homme d'action et de combat, le vieux clone n'était pas tout à fait dépourvu d'empathie. Il paraissait accuser le coup de la disparition du leader de la cohorte avec philosophie. Mais comme le groupe reprenait sa progression, Kath constata que le tenancier de la cantina se retournait de temps à autre pour regarder le vide derrière eux.

    Au bout d'une demi-heure d'une marche silencieuse mais rapide, les six guerriers, la mine sombre et basse, parvinrent à un embranchement. Une grande pente éclairée les mènerait vers la sortie, tandis qu'un autre couloir descendait vers les profondeurs obscures. S'ils devaient à nouveau croiser les maraudeurs, ce serait à cet endroit. Bareman suggéra qu'ils avancent avec encore un peu plus de prudence, mais il ne put retenir Growok qui s'élançait déjà vers la lumière du jour avec un cri de soulagement, son bras blessé en écharpe.

    Alors qu'il observait les arrières de la troupe d'un œil anxieux, Kath se retourna d'un bond. Non, Growok, attention !...Il crut avoir le temps de crier, mais aucun son ne sortit de sa gorge serrée. L'Ewok venait de s'effondrer au sol, les pieds pris dans une corde et le visage médusé. Tout comme l'entrée, la sortie de la Montagne était piégée. ils s'étaient fait avoir comme des bleus. Le jeune Ewok eut bien de la chance de ne pas recevoir sur le crâne l'un des énormes rochers qui tombèrent du plafond pour leur barrer la route. Il devait y avoir sur Endor un Dieu pour les inconscients, sans qui ni Kath ni l'imprudent Growok n'auraient survécu aussi longtemps.
    Cette nouvelle mésaventure bloquait la progression du groupe. Le jeune humain, pris d'une colère alimentée par sa fatigue, s'avança d'un pas rageur. Il releva l'Ewok d'un bras et sans ménagement.


    - Barré congénital ! Ça ne t'a pas suffi de tomber dans un piège ? Il faut qu'on se les bouffe tous ?!

    Le jeune homme n'avait plus aucune retenue dans ses paroles. Nass disparu, il n'avait aucune raison suffisante de retenir ses frustrations. Distribuant un grand coup de pied dans un caillou, il se cogna l'orteil et lâcha un juron. A côté de lui, l'Ewok ricana, puis s'en alla retrouver ses congénères. Kath ne lui adressa pas un regard. Il scrutait les parois rocheuses, espérant trouver quelque espace où se glisser pour enfin revoir le jour. Bon sang ! Ils étaient si proches du but, et pourtant si loin ! Le novice frappa la pierre de ses paumes, sans ressource. Son front bouillait de rage et d'abattement. Derrière lui, Saecha s'était avancée en boitant, laissant Bareman s'assurer que leurs arrières étaient bien couverts.

    - Calme-toi... il y a bien un moyen de sortir. Réfléchis : que ferait maître Nass s'il était dans...


    - Qu'il aille au Diable !
    , hurla Kath, plus à la cantonade qu'à l'adresse de sa camarade.

    La Twi'lek dévisagea l'Alderaani, les sourcils froncés.

    - Et toi, t'as pas envie de donner un coup de main ? Ou tu vas te contenter de regarder et de juger, comme d'habitude ?

    - C'est normal, tu sais...d'être triste, répondit Saecha d'une voix faible après quelques secondes de silence. Moi aussi, je voudrais que ça ne se soit pas passé comme ça. Mais souviens-toi du code : il n'y a pas de Mort, il n'y...

    - Ferme-la ! Fermez-la tous, avec vos concepts à deux balles. J'en ai plus qu'assez de vous entendre, toi et les autres, me parler de Force, de philo' et de principes Jedi. Ça n'a servi à rien, ici. C'est pas une expédition, c'est l'Enfer !

    - Maîtrise ta colère. Tu es fatigué...nous sommes tous fatigués. Et puis...cette Montagne est nocive.

    - Ah ouais ? C'est quand tu t'es pris un coup dans le bide ou quand le Dragon a butté Nass que tu t'en es rendu compte ?

    Un claquement vif se répercuta sur les murs de la grotte. Saecha grinça des dents, secouant sa main devant elle. Kath, de son côté, se frotta la joue d'un revers de sa bure. L'avait-elle giflé ? L'Alderaani mit un instant à comprendre ce qui venait de se passer. Les deux novices se fixèrent pendant une longue minute, sans mot dire. Saecha paraissait sur le point de fondre en larmes, mais plus encore, elle semblait prête à frapper à nouveau. Détournant le regard, Kath posa son dos contre la caverne et massa ses cuisses endolories, honteux.

    - Désolé...C'est pas ce que je... enfin...

    La Twi'lek se renfrogna et s'assit au sol. Elle avait de nouveau du mal à soutenir la douleur que lui infligeait sa blessure. Kath voulut encore lui parler, mais Woopee s'interposa, poussant le novice sur le côté, pour apporter une assistance nécessaire à la combattante alitée. Kolgat et Growok, remis de ses émotions, arrivèrent peu après, Bareman à leur côté.

    - Bon. Je vais leur donner un peu de leur propre came... J'ai piégé l'embranchement derrière nous avec des explosifs légers. Ça devrait nous donner un peu de temps pour dégager la route.

    Comme on pouvait s'y attendre, le clone avait pensé à tout. La tête froide même dans les pires des moments, ce soldat entrainé avait plus d'une corde à son arc et comptait bien survivre encore de longues années. Relevant Kath d'un geste brusque, il l'enjoignit à se joindre à lui pour déblayer la voie. A force d'efforts, les deux humains finirent par faire bouger d'un des rochers jusqu'à dégager un passage suffisamment large pour permettre aux Ewoks de sortir en se faufilant. Woopee prit la tête, en bon pisteur expérimenté, suivi d'un Growok bien moins enthousiaste qu'auparavant.

    Alors que Kolgat arrivait enfin de l'autre côté, une explosion retentit. Bareman saisit son fusil poussant de toutes ses forces sur les rochers à l'aide de l'une de ses épaisses bottes et de ses larges épaules. Les maraudeurs seraient un peu ralentis par les éboulements et les pièges laissés derrière lui par l'ancien soldat, mais ils les rejoindraient rapidement malgré tout. Ils devaient fuir, il ne leur restait pas beaucoup de temps. Kath tenta de prêter main forte au clone, mais c'était peine perdue : le rocher ne bougerait plus. Le novice regarda Bareman d'un air désabusé, mais le soldat ne lui prêtait pas attention ; des formes se dessinaient déjà au bas de la pente.

    Même au prix d'efforts titanesques, Bareman et Kath ne parvinrent pas à faire bouger le rocher d'un demi-centimètre. Le clone sembla se résigner et, braquant son arme vers les ténèbres, il abattit les deux premiers Sanyassans qui arrivèrent dans sa ligne de mire. Saecha, miraculeusement debout, faisait tournoyer son sabre laser avec l'énergie du désespoir.


    - Tu dois nous ouvrir le chemin, allez !

    - Facile à dire, ça ne bouge pas !

    - Sers-toi simplement de la Force !

    Kath avait déjà entendu Saecha prononcer cette phrase. Tout semblait si simple pour la Twi'lek. Bien sûr, elle avait reçu un enseignement digne de ce nom, auprès d'un instructeur rigoureux, elle. Évidemment qu'utiliser la Force devait lui sembler aisé. Mais, manque de pot, Kath n'avait pas eu cette chance. Lui avait fait ses premières classes auprès de Nass, un maître sévère, qui ne lui avait rien épargné, de l'apnée dans les ruisseaux en passant par la traversée à la nage du lac Fektur et l'escalade de l'arbre Wrorshyr... Kath écarquilla les yeux, frappé par une évidence qu'il n'avait pourtant pas saisie jusqu'alors. Jamais il n'avait pensé un jour réussir de telles épreuves et pourtant, il y était parvenu. En bon dernier et avec difficulté, certes, mais il avait réussi tous les défis que le Gungan leur avait imposé, à lui et ses camarades Alya, Bhaal, Clerys, Endolorean, Arnhal... A côté de cela, bouger un rocher d'un demi-mètre ne semblait pas une tâche si insurmontable.

    Le novice se concentra sur le rocher, figé dans le sol. Les tirs de blaster et les jaillissements du sabre laser frétillaient à ses oreilles, et ses yeux arrivaient difficilement à ignorer l'action qui se déroulait juste à côté de lui, d'autant qu'une flèche faillit le défigurer. Kath déglutit, puis ferma les yeux. Il ne voyait plus que des ombres, mais il sentait les flèches se déplacer dans l'air, les mouvements de Bareman pour les esquiver... Et devant lui, la masse informe de la pierre qui leur barrait le passage. Elle était immobile, mais ses contours noirsfluctuaient, comme s'il s'était agi de petites flammèches. Quelle sensation étrange. Un instant, Kath se sentit comme hors du temps et de l'espace. Il avait vécu pareille expérience dans les marais, peu avant de rentrer dans la Montagne. Etait-ce encore une illusion ? Il tendit la main vers l'ombre et la caressa de ses doigts. Elle était froide, mais dure. Doucement, il déposa sa paume contre elle et tenta de s'en saisir, pour l'écarter.

    Mais l'ombre ne bougea pas. Les tempes de Kath se mirent à battre comme il persistait à attraper des bords qui se dérobaient à lui. Soudain, une silhouette réapparut à ses côtés. Il la reconnaissait bien, car c'était elle qui l'avait accompagné tout au long de son parcours dans la Montagne. Allait-elle à nouveau lui montrer le chemin ? Kath sourit, le cœur emplit d'une courage renouvelé. Avec l'aide de l'esprit de la Montagne, il allait déplacer le rocher et Saecha, Bareman et lui pourraient enfin s'échapper. Cependant, la silhouette à l'anneau ne bougea pas. Quand l'Alderaani se tourna vers elle, implorant son assistance, elle se contenta de croiser les bras.


    - Pourquoi ?...pourquoi me laisser maintenant ?
    Les traits du visage de la créature se précisèrent. Ils paraissaient humain, mais Kath n'avait jamais rien vu de pareil. La silhouette n'était plus du tout amicale, ses dents étaient acérées et son sourire mauvais. Elle leva son bras gauche, et celui-ci se changea en un visage terrifié.

    - Jarrik ?!

    La créature éclata de rire et leva la main droite. La paume de sa main s'embrasa et chacun de ses doigts, changés en arbres, prit feu jusqu'à ne laisser qu'un moignon carbonisé. Kath tomba en arrière, pétrifié de terreur. Il n'avait jamais rien vu de tel. il tenta de rouvrir les yeux, mais n'y parvint pas, heurtant juste sa tête à la pierre dans un mouvement de recul. La silhouette s'approcha de lui. Ses contours vacillants changeaient de forme au gré de ses pas. Le novice distingua le visage de Voxe, celui d'Elyna Faràn, de Fic Drecko, d'Uriel... Et soudain, celui de Nass. Kath ne put définir l'émotion qui s'empara de lui quand il reconnut le nez grotesque de son défunt mentor, mais elle le poussa à sauter, le poing fermé vers l'avant. Son bras traversa la créature qui disparut dans l'air.

    Pris d'une douleur intense au bras, Kath rouvrit soudainement les yeux en criant de douleur. Son poing droit était ensanglanté et brun comme la boue, couvert d'un immense hématome. Malgré tout, l'Alderaani fut pris d'un éclair de lucidité et se roula sur le côté, à la recherche de Bareman ou de Saecha. Un bras lui attrapa la jambe et le traina en arrière sans qu'il puisse résister. Un instant plus tard, il était dehors, entouré de trois Ewoks qui poussaient des cris victorieux. A ses côtés gisait un immense rocher, marqué en son centre par un impact violent, pas plus gros qu'un poing... Des gouttes de pluie vinrent frapper le visage du novice, qui sentit à nouveau la caresse du vent dans ses cheveux. Il n'avait jamais été aussi soulagé de retrouver le mauvais temps de la lune forestière.

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    • Le ChroniqueurL Hors-ligne
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      #21

      Post n°20
      Auteur : Rylen Korr

      Il y avait de ces images inoubliables qui vous marquaient à jamais. Il y avait de ces souvenirs qui vous glaçaient le sang lorsque vous les relisiez dans votre esprit, même des années après.

      La mort du Maitre Jedi Nass en faisait désormais partie pour l'éternité.

      Sa chute avait eu l'effet d'un coup de poignard dans le dos : on ne s'y attend pas jusqu'à ce qu'il survienne et vous frappe instantanément. Le monde n'est alors plus le même. Vous êtes dans l'incapacité de réagir, d'y apporter une solution visant à l'empêcher de se produire. La stupeur laisse alors la place au remord. On se pointe du doigt, on s'accuse de n'avoir rien fait pour changer le cours des choses. Sauf que l'on n'y pouvait rien : quand quelqu'un était décidé à se sacrifier, sa volonté était plus forte que tout.

      Mais comment pouvait-on encore espérer une issue heureuse à cette quête lorsque le plus puissant de tous les protagonistes n'était même pas parvenu jusqu'à la moitié du voyage ?

      La sortie des cavernes fut une maigre consolation à l'égard des pertes qu'ils venaient de connaître. La Montagne Noire avait englouti leur plus précieux leader, de surcroît le plus puissant et le plus fort d'entre eux. Elle les avait également séparé, les rendant ainsi plus vulnérables et plus fragiles pour la suite de leur périple. Et comme si leur malheur n'était pas assez grand, le groupe déjà bien inexpérimenté était affaibli par des blessures diverses. Et avec une Saecha qui ne pouvait pas continuer à marcher à une bonne allure sans l'assistance d'un de ses compères, ils seraient forcément ralentis dans leur trajet.

      Ce qui n'était pas le cas de leurs ennemis Sanyassans qui étaient cent fois plus nombreux et pour qui les rattraper était un jeu d'enfant.

      La pluie vint les frapper de plein fouet alors qu'ils retrouvaient à peine l'air frais de la lune forestière d'Endor. L'eau salée distillée par gouttes depuis le ciel était une aubaine pour leur corps, une manière de les nettoyer de la maladie de la Montagne Noire. Soulagé de pouvoir enfin rafraîchir son corps meurtri, Bareman leva la tête au ciel et ferma les paupières afin de savourer ce moment d'harmonie et de quiétude. Ce bref échange avec les éléments lui rappela qu'il n'avait pas bu depuis une éternité, c'est ainsi qu'il attrapa sa gourde et qu'il la déposa délicatement sur sa langue pour en extirper le contenu. Celle-ci était quasiment vide. Il poussa un juron avant de se recentrer sur sa mission.


      - Ne nous arrêtons pas plus longtemps. Rejoignons immédiatement le fleuve si nous ne voulons pas nous faire rattraper par les maraudeurs.

      Bareman était désormais le leader de ce groupe décomposé. Il devait montrer la voie à emprunter à deux jeunes Novices Jedi qui avaient encore tout à apprendre de la vie, et il devait grandement épauler trois jeunes Ewoks qui, malgré leur bravoure et leur expérience du combat de guérilla, restaient bien trop légers pour faire face à des hordes de Sanyassans seuls.

      Le clone rechargea son arme, remarquant au passage que les munitions commençaient cruellement à manquer. Le visage sévère, il ne montra aucune émotion négative qui aurait pu démoraliser les troupes. Pourtant, il était conscient qu'il ne pourrait pas mener bien loin ses alliés en l'état. La quête avait toujours reposé sur le leadership des Maîtres Nass et Tano pour être menée à bien. Sans eux, ils étaient perdus.

      Mais il mourrait pour les mener aussi loin que possible. Quelqu'un de cher à ses yeux s'était sacrifié pour qu'ils survivent, ils devaient honorer sa mémoire et faire en sorte que sa mort ne soit pas vaine.

      La Montagne Noire était censée être un passage vers "l'autre monde". Le territoire dans lequel ils avaient mis les pieds était un lieu que peu de Naa'fruu avait déjà visité tant il était éloigné de leurs terres, et aucun Jedi ne s'était aventuré aussi loin que la Montagne Noire. En repensant à toutes les histoires qu'il avait entendu à propos des territoires inexplorés d'Endor, Bareman pensait découvrir un autre monde en mettant les pieds ici. Pourtant, il n'y vit que du déjà vu : des montagnes à perte de vue. Ils étaient toujours au milieu de la chaîne de montagnes qu'ils avaient commencé à gravir avant d'entrer dans les cavernes obscures de la Montagne Noire.

      Devant eux, une multitude de petits sentiers étroits s'ouvraient entre les parois rocheuses des sommets. Ces derniers disparaissaient dans les nuages, comme engloutis par les cieux. La pluie apportait avec elle une importante brume qui empêchait Bareman et les siens de voir l'horizon à plus de cinquante mètres devant eux. Ils avançaient donc à l'aveuglette, prudents mais certains d'y trouver au bout ce qu'ils recherchaient tant : Chureelung, "le fleuve des montagnes qui mène au Néant".

      C'est ainsi que l'on pouvait résumer leur quête : ils ne savaient pas où ils allaient mais ils y allaient tout de même, quand bien même ils y trouveraient la Mort au bout.

      Dans la précipitation, le tenancier du Sanctuaire Jedi avait presque oublié le reste du groupe dont ils avaient été séparés dans les profondeurs de la montagne. Y avait-il une chance qu'ils aient survécu ? Étaient-ils parvenus à quitter les cavernes infestées par le danger ? Le doute l'assaillit subitement. Bareman se passa la main dans les cheveux et regarda désespérément le ciel, certainement à l'idée d'y recevoir un soutien divin.

      Seuls des clones de sa nature étaient capables de se battre dans de telles conditions sans éprouver la moindre faiblesse mentale. Bareman avait connu d'innombrables expériences dans sa courte vie accélérée, et pourtant il continuait à faire face à de terribles épreuves que peu de gens dans la galaxie pouvaient se targuer d'avoir eu à affronter.

      Les trois Ewoks avaient pris la tête du groupe, menant les deux Novices Jedi et le militaire vers leur objectif lointain. Saecha, aidée par Kath, semblait avoir récupéré de ses blessures bien qu'elle était toujours incapable de tenir la cadence seule. Le clone barbu fermait lui la marche, étant le plus à même de surveiller leurs arrières avec la technologie militaire avancée dont il disposait.

      Au loin derrière lui, il lui sembla entendre des cris sourds. S'arrêtant subitement pour mieux concentrer son énergie sur le pouvoir de son ouïe, Bareman sut une énième fois que sa science des combats ne l'avait toujours pas lâché : leurs ennemis étaient toujours derrière eux, prêts à profiter de la moindre seconde de relâchement de leurs proies. Le clone se remit alors en marche, accélérant le pas et pressant ses alliés d'en faire de même.

      Si les Ewoks allaient bon train, il n'en était pas de même des deux Novices Jedi. Saecha était toujours incapable de tenir seule le rythme imposé par les autochtones à l'avant du groupe. Sans un coup de mains du destin, ils se feraient rattraper par les Sanyassans en plein milieu de ces montagnes.


      - Ti ti ti ! Chureelung !

      L'écho si caractéristique du langage des Ewoks parvint jusqu'aux oreilles de Bareman qui ne voyait même plus les petites boules de poils, perdus à plusieurs dizaines de mètres devant lui dans la brume éparse de l'atmosphère des sommets Endoriens. A les entendre ainsi aussi joyeux et ravis, le tenancier du Sanctuaire Jedi sentit l'adrénaline lui parcourir l'ensemble du corps, lui donnant la force d'accélérer un peu plus malgré le poids de son équipement et la fatigue des épreuves vécues dernièrement.

      Au détour d'un virage à 90°, il retrouva ses compagnons poilus, lesquels étaient en train de sautiller sur place en pointant avec le bout de leurs armes primitives une zone en contrebas. A la vue de cette magnifique fresque réelle, Bareman laissa échapper à son tour un cri de joie certainement provoqué par la fatigue nerveuse.

      Plusieurs dizaines de mètres sous leurs pieds s'étendait Chureelung, "le fleuve des montagnes qui mène au Néant".

      Comme ses deux amis, Growok semblait particulièrement heureux de la vue qui leur était offerte. La grosse peluche lâcha même quelques mots dans sa langue natale qui amusèrent visiblement ses compagnons, ceux-ci se donnant mutuellement des tapes sur la tête comme pour exprimer leur humeur joviale.


      - Je ne connais pas l'Ewokese par cœur, mais il me semble que le "Gros Wok" vient de dire que les Sanyassans... ne savent pas nager ! AHAHAHA ! explosa de rire Bareman tout en envoyant une grosse tape amicale dans le dos de la pauvre Saecha, déjà bien amochée, Tu ne seras plus un poids pour nous lorsque nous serons sur le fleuve ! En avant toute !

      Les Ewoks n'avaient pas attendu leurs alliés pour emprunter le sentier menant tout droit au fleuve. Définitivement remobilisé par leur avancée dans cette quête, Bareman suivit leurs pas en ayant invité les deux Novices Jedi à passer avant lui. D'ici quelques minutes, ils se laisseraient guider par le courant de Chureelung afin d'atteindre les terres inexplorées d'Endor.

      Au delà du gain de temps énorme, ils pourraient en profiter pour se reposer ainsi que pour soigner leurs blessures. Et puis ils seraient bien plus protégés des embuscades Sanyassans en milieu aquatique !


      Encore fallait-il trouver un moyen de locomotion pour la traversée du fleuve... [lancer de dès]

      1, 2, 3 ou 4- En arrivant sur le bord de Chureelung, les six compagnons tombent par miracle sur une vieille barque en bois assez grande pour tous les accueillir.
      5 ou 6- En arrivant sur le bord de Chureelung, les compagnons découvrent une vieille barque en bois... sans fond ! comment vont-ils pouvoir se laisser guider par le fleuve ?
      Résultats des dés : 4 (Lien du registre du Hasard)

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        a écrit sur dernière édition par
        #22

        Post n°21
        Auteur : Kath Aplazm

        Spoiler : Musique d'ambiance
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        La compagnie était parvenue à s'extraire de la Montagne Noire. Elle se regroupait maintenant sous le crachin caractéristique de la lune forestière d'Endor, mais ne marqua aucune halte car les vils maraudeurs Sanyassans ne connaitraient pas de répit avant de les avoir planté sur des piques acérées. Bareman avait pris la direction du groupe pour le guider hors de ces lieux maudits. S'il était affecté par la mort du maître Nass, le clone n'en laissait rien paraitre. Dans le chef des jeunes novices Kath Aplazm et Saecha Tan, c'était tout le contraire. Tous deux blessés, l'une au flanc, l'autre à la main droite, couverts d'hématomes, ils étaient rompus. Mais ce n'était pas tant leur état physique qui pêchait que leur moral, à présent au plus bas.

        Cette expédition avait été un échec. La surprise leur avait certes permis de porter un coup aux guerriers reptiliens, mais celui-ci n'avait fait que les énerver d'autant plus. Ils avaient échoué à venger les guerriers Ewoks tombés au combat. Pire, ils avaient perdu plus de la moitié de leur compagnie. Qu'étaient devenus Muyi Tano, Cody, Uriel, Chitupa et le reste ? Il fallait prier qu'ils aient connu un destin plus enviable que Nass.

        Saecha tentait tant bien que mal de cacher son visage sombre, sur lequel les larmes se mélangeaient à la pluie. Elle aussi avait peut-être perdu un maître, un ami. Ses quelques sanglots rythmèrent leur marche. Kath, qui l'aidait à marcher en suivant péniblement la trace des trois guerriers Ewoks, sentait un sentiment de culpabilité et de tristesse monter à chacun d'entre eux.

        Depuis qu'il avait quitté la Montagne Noire, ses pensées lui paraissaient plus claires, malgré la fatigue et les émotions qu'il venait de vivre. Il commençait uniquement à réaliser ce qui venait de se produire. Quelque chose dans cette grotte abyssale l'avait affecté et relâchait désormais son emprise sur lui. Kath ne savait si c'était le vent ou la pluie, mais il se sentait à nouveau en vie. Il pouvait sentir la nature autour de lui, plus silencieuse que jamais, comme endeuillée. Il pouvait entendre les battements de son cœur comme il marchait péniblement, évitant une flaque de boue. Enfin, il pouvait à nouveau souffrir.

        L'expérience qu'il avait connue dans la Montagne avait été unique. Un instant, il s'était senti invulnérable, prêt à écraser seul toute une armée de Sanyassans. Le suivant, il s'était retrouvé démuni, privé de tout ce qu'il prenait pour acquis. Sans le vouloir, la faible étreinte qu'il gardait sur l'épaule de Saecha pour la maintenir debout se resserra. Celle-ci lui jeta un regard perdu, mais ne dit rien. Les deux novices continuèrent leur route, pressés par Bareman qui couvrait leurs arrières. Les maraudeurs continuaient de progresser.

        Petit à petit, le visage de Jarrik que Kath entrevoyait encore derrière les buissons se métamorphosait. Les traits du mercenaire devenaient plus flous, indiscernables. Ses yeux noirs étaient maintenant jaunes, son teint pâle virait au vert... Au bout d'un instant où il se secoua la tête, Kath découvrit enfin la tête de Nass. Génial ! Un nouveau fantôme venait le hanter. Était-ce parce qu'il avait laissé son maître à la mort comme il avait laissé le soldat de Beemen ? Non. Le Gungan avait choisi son destin et son sacrifice avait profité à ses compagnons. Cette dernière leçon Jedi mettrait longtemps à parvenir à l'Alderaani. Pour l'heure, le remord commençait tout juste à le ronger.

        Quelques minutes plus tard, les cris réjouis des Ewoks tirèrent Kath et Saecha de leurs tribulations. S'il ne parlait pas l'Ewokese, le jeune homme crut reconnaitre le mot "Chureelung" dans la voix de l'une des boules de poils. N'était-ce pas le nom du fleuve maudit dont Hotar et Tano avaient parlé lorsqu'ils avaient approché ses eaux, peu avant d'entrer dans la Montagne ? Le novice eut rapidement la confirmation de sa supposition. Au bout du chemin qu'ils venaient de quitter se trouvait le lit de l'imposant cours d'eau. Celui-ci traversait sans doute les souterrains les plus profonds des monts avoisinants pour rejaillir en cet endroit. Ses eaux noires, calmes et tranquilles, conservaient ce caractère inquiétant qui avait déjà marqué les compagnons plusieurs heures auparavant.

        Afin d'atteindre ses berges, les compagnons descendirent encore l'un ou l'autre passage rocailleux. De là, ils pourraient continuer leur avancée en suivant le fleuve. Kath ne partageait pas l'enthousiasme débordant dont faisaient preuve ses camarades. Certes, le Chureelung leur offrait une nouvelle piste à suivre, mais ils ne savaient toujours pas ou aller. Pis, ils seraient bientôt morts de fatigue, si les flèches des Sanyassans ne les abattaient pas d'ici là. Comme pour confirmer sa crainte un cri rauque s'éleva de derrière son épaule. Pour une fois, le novice espérait qu'il se fût agi d'une des créatures carnivores d'Endor. Celles-là, au moins, ne savaient pas manier un arc.

        Kath aida Saecha à s'asseoir une minute sur une pierre. La blessure de la Twi'lek, qu'il avait enfin pu observer de plus près, ne paraissait pas aussi sévère que prévu : ses jours n'étaient pas en danger. Mais elle devait être horriblement douloureuse et handicapante. A la place de sa camarade, le jeune homme aurait sans doute perdu connaissance.


        - Tu... Comment ça va ?


        - Comme un lundi, lui répondit l'initiée en plongeant ses yeux violets dans le regard inquiet de son partenaire. Et ta main ?

        - Peut-être quelque chose de cassé, je ne sais pas... je n'ose pas trop y toucher.

        Cet échange n'avait duré que quelques secondes, mais il avait permis aux deux jeunes gens de souffler un peu. Si par le passé ils n'avaient eu que prises de bec et tracas, tout ce dont ils avaient besoin à présent était un peu de réconfort, les paroles d'un ami. Si cette aventure devait être la dernière pour les deux compagnons, Kath préférait qu'elle termine ainsi. Retroussant les manches de sa bure déchirée, il laissa la Twi'lek l'aider à essuyer le sang de sa main, poussant quelques grognements de douleurs lorsqu'elle appuya sur ses phalanges bleues.

        Derrière eux, Woopee et Kolgat aidaient le clone Bareman à pousser dans l'eau quelque chose de lourd. En entendant le bruit de raclement que produisaient leurs efforts, Kath se retourna. Une barque ? La simple vue du petit véhicule fit naître un espoir nouveau au sein de la troupe. Les visage s'étaient éclairés. Il y avait peut-être un moyen de fuir cet enfer ! S'ils parvenaient à remettre l'embarcation à flots, peut-être pourraient-ils rejoindre une autre région et...et... l'avenir était encore flou. Mais le principal actuellement était de se tirer de là. La situation était critique, et cette solution inespérée.

        La barque paraissait en bon état et capable de supporter leur poids. A qui pouvait-elle appartenir, que faisait-elle là ? Trop grande pour un Ewok, elle ne pouvait avoir été laissée là que par des créatures sensibles de grande taille. Selon ce que les Ewoks avaient communiqué au groupe, les maraudeurs évitaient d'ordinaire les points d'eau. Cela expliquait leur odeur corporelle douteuse, s'était empressé de rajouter Bareman, pour détendre l'atmosphère. Peu importait finalement la provenance de cette barque, les compagnons furent heureux d'y embarquer sans attendre.

        Quoique large et assez longue, l'embarcation n'était pas conçue pour accueillir plus de trois ou quatre passagers. Fort heureusement, la taille des Ewoks ne posait pas de problème et Saecha restait très légère pour une humanoïde, de sorte que chacun trouvât sa place. Bareman insista pour prendre les rames, mais Growok et Kolgat les lui arrachèrent des mains, signifiant clairement que le tavernier en avait assez fait jusqu'ici et méritait un peu de repos. Du reste, les peluches avaient beau être petites, elles ne manquaient pas de muscles et pourraient tenir la cadence des eaux du fleuve pendant un bon moment.

        Bareman finit par s'installer au bout de la barque, afin de garder un œil sur le rivage où s'agglutineraient bientôt les maraudeurs qui les poursuivaient. La main posée sur son fusil blaster, le vieux clone était prêt à les accueillir. Au milieu, Kolgat et Growok s'activaient. Malgré leur bonne volonté, il leur fallut plusieurs minutes pour bien prendre en main le déplacement délicat d'une embarcation aussi grande. La barque fit plusieurs tours dans l'eau avant de se stabiliser et de suivre enfin le sens du courant, heureusement assez faible. Saecha et Kath s'assirent côte à côte à la proue. Lorsque le novice se renversa vers l'arrière, prenant manifestement ses aises, Woopee lui sauta sur les genoux, ce qui arracha un cri étouffé à l'Alderaani et quelques éclats de rire au groupe.

        Les minutes s'écoulèrent comme des heures dans le silence. Au loin, la Montagne Noire disparaissait progressivement derrière les rares arbres et les rochers. Kath relâcha son souffle. Et maintenant ? Il regarda Bareman réviser les mécanismes de son arme, Woopee laisser traîner la pointe de son épieu dans les eaux profondes, les deux autres Ewoks maintenir le cap ... Saecha, elle, avait fermé les yeux, les mains posées sur son flanc. Ses lèvres frémissaient doucement mais son visage paraissait légèrement moins tendu qu'auparavant. La compagnie avait beau être éreintée, blessée, fatiguée, elle avait gagné en motivation et en cœur depuis qu'elle avait rejoint le fleuve.

        Au bout d'environ une heure --difficile de connaitre l'heure du jour à présent--, la pluie s'arrêta, laissant place à une brise légère, qui aurait pu être agréable si les vêtements de Kath n'avaient pas été si humides. De faibles lueurs semblaient jalonner leur parcours, au loin. Des lampes, ou de nouvelles illusions ? Cela pouvait bien être de nouveaux campements Sanyassans. De loin, ces feux évoquaient à Kath les lampions des campagnes d'Alderaan, où sa famille et lui se rendaient une fois par an quand il était enfant, pour échapper à la vie stressante de la ville. A ces occasions, ses sœurs et lui passaient du temps à jouer dans les champs jusqu'à la tombée de la nuit. C'était il y a bien longtemps, car près de dix ans avaient passé depuis lors. Kath se demandait ce qui pouvait bien se passer pour les autres, au loin, dans le reste de la galaxie. Son regard se perdit dans le ciel gris. Dans sa tête, résonnait un petit poème alderaani, que son père lui avait appris un jour.

        Dans la plaine les baladins
        S’éloignent au long des jardins
        Devant l’huis des auberges grises
        Par les villages sans églises.

        Et les enfants s’en vont devant
        Les autres suivent en rêvant
        Chaque arbre fruitier se résigne
        Quand de très loin ils lui font signe.

        Ils ont des poids ronds ou carrés
        Des tambours, des cerceaux dorés
        L’ours et le singe, animaux sages
        Quêtent des sous sur leur passage.(1)

        * * *


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        - Alors, gamin, bien dormi ?

        Les yeux de Kath s'ouvrirent sur un ciel sombre. La nuit était à présent tombée et la barque flottait à l'aveuglette, guidée uniquement par les avertissements de l'attentif Woopee qui faisait la vigie sur les épaules de Bareman. Le novice voulut se frotter les yeux mains sa main droite lui faisait toujours mal. Il ne s'était pas senti sombrer comme ça depuis la dernière cuite qu'il avait prise avant son départ d'Alderaan. La fatigue l'avait visiblement rattrapé. Mais il n'était pas le seul : il constata vite que Saecha dormait à poings fermés, la tête posée sur l'épaule de son voisin. Kath adressa un sourire gêné au clone.

        - Désolé... qu'est-ce que j'ai raté ?

        - Oh, pas grand chose. Des montagnes, des montagnes, et encore des montagnes. A chaque fois que je crois en voir la fin, une autre semble sortir de terre !
        , grommela le clone dans sa barbe. Les Ewoks ne connaissent pas plus la région que nous. Si nous...

        L'estomac de Kath gargouilla soudainement. Bareman et le novice échangèrent un regard inquiet. La faim commençait à se faire sentir. Or, la plupart de la nourriture avait été laissée sur les Gaupas à l'entrée de la Montagne, ou dans les sacoches des différents membres du groupe. Kath avait perdu les siennes au cours de la bataille et les vivres transportées par Bareman étaient immangeables car détrempées par la pluie. Les maigres ressources alimentaires qui restaient étaient portées par les Ewoks, qui les gardaient jalousement. Quant aux quelques bandages disponibles, ils avaient tous été utilisés pour soigner la pauvre Saecha.

        Une halte paraissait à présent aussi nécessaire qu'inévitable. La compagnie avait de plus en plus de mal à naviguer dans la nuit noire. Kolgat et Growok avaient également émis le besoin de se reposer. Kath les aida donc à attirer la barque vers une berge et à l'empêcher de dériver à l'aide de rochers. Puis les Ewoks allèrent dresser un campement de fortune à l'abri d'un ravin, dans une petite crique située à quelques mètres de là.

        Une fois un modeste feu allumé sur quelques brindilles à l'aide du briquet de Bareman, on s'assigna des tours de garde. Kath prit logiquement le premier, car il était l'un des seuls à avoir pris un peu de repos. Saecha, de son côté, avait besoin d'encore un peu de temps pour récupérer. Elle prêta à l'Alderaani son sabre laser afin qu'il ait une arme avec laquelle se défendre si un danger approchait. Les doigts du jeune homme se refermèrent sur l'objet métallique avec une certaine hésitation. C'était la première fois que Kath prenait entre ses mains l'arme traditionnelle des Jedi.
        Des mois auparavant, il aurait rêvé de brandir l'une de ses armes. "Kath Aplazm, chevalier Jedi". C'était ainsi qu'il s'était présenté à la première personne qu'il avait rencontrée sur Endor. Ironique, tant il était éloigné de l'idée qu'il se faisait des héros de son adolescence. Lui, il n'avait de Jedi que le titre de novice. Au delà, ne lui restait qu'une bure déchirée et un maître décédé. Méritait-il de porter une telle arme un jour ? Il n'était pas apte à en juger.

        Le novice partit s'asseoir près de l'eau. D'une main distraite, il s'amusa pendant plusieurs minutes à y jeter des galets. Puis il laissa son esprit vagabonder dans la nuit en ranimant le petit feu de camp. Il avait trop faim pour articuler des pensées complexes et se laissait donc porter, au gré des stimulis extérieurs, par le cri d'un oiseau ou le souffle du vent. Dans son dos, il lui sembla ressentir les remous de l'eau aussi clairement que s'il était lui-même le fleuve. L'écho de la Force en lui se manifestait à nouveau, tranquille et apaisant.

        Pris d'un ennui profond, Kath se mit à faire les cent pas le long de la berge du fleuve. Pour tromper la monotonie de la nuit, il répéta encore les mouvements de combat qu'il avait appris avec Nass et Muyi Tano, le sabre laser éteint. Ses mouvements étaient plus fluides qu'auparavant car il se concentrait en appliquant à présent les conseils de Saecha. Ses bras traversaient l'air avec moins de balourdise qu'auparavant. Comme quoi, il n'était peut-être pas une cause perdue, après tout.
        Un mouvement derrière lui le fit tressaillir. D'un geste alarmé, il activa le sabre laser en se retournant brusquement. Dans son empressement, le novice tituba sur ses appuis et lâcha l'arme qui s'éteignit juste à temps pour ne pas lui trancher un pied. Il tomba lourdement sur ses fesses, secouant sa main meurtrie avec embarras devant la silhouette goguenarde de sa camarade Twi'lek.


        - C'est pas encore ça, mais tu progresses !

        - ...tu devrais te reposer, tu sais.

        - Et prendre le risque de te laisser t'éborgner tout seul ? Jamais.

        La remarque cynique de Saecha aurait blessé Kath s'il n'avait pas appris à connaitre sa camarade ces dernières heures. Au fond de lui, il commençait à apprécier la novice. Elle avait beau ne pas avoir l'approche aimable d'Uriel, elle paraissait dotée d'une certaine maturité et d'un sens de l'humour quand elle ne pleurnichait pas. De quelques années sa cadette, la Twi'lek avait peut-être encore beaucoup de choses à apprendre à son condisciple Alderaani.

        - Je repense à Nass...
        dit Kath après un petit rire ennuyé. Pour moi, il a toujours été le pire des profs. Mais ce qu'il a fait dans la grotte, c'était... j'sais pas comment dire. Je ne l'aimais pas, mais ça m'a marqué. Je ne pensais pas qu'il pourrait faire ce genre de truc...

        Le visage de Saecha trahissait sa surprise. La Twi'lek n'imaginait sans doute pas entendre son camarade déballer ainsi ses états d'âme. Elle resta un instant silencieuse, les sourcils levés, puis sourit.

        - Les gens ne sont peut-être simplement pas qui ils semblent être au premier abord. C'est simple !

        Les regards des deux novices restèrent ancrés l'un à l'autre un long moment. Kath crut déceler une lueur de chagrin dans les yeux de Saecha. Ou était-ce son propre reflet ? Quand il rendit à la Twi'lek son sabre-laser, leurs doigts se rencontrèrent. Ils rougirent tous les deux en se détournant l'un de l'autre lentement. Mais derrière ce masque de gêne, au fond de lui, Kath était un peu réconforté. Il avait vécu plus d'aventures en quelques jours que n'importe quel homme sur Alderaan. Il avait vu son propre sang couler, frôlé la mort plus d'une fois. Dans ces circonstances, il était content de pouvoir compter sur des compagnons.

        - Yjjjjjjjkÿr Jééédaiiiiis !


        Le hurlement sauvage vint briser l'atmosphère de la scène. Saecha activa instantanément la lame de son sabre laser. Jamais réellement endormi, Bareman s'était quant à lui déjà jeté sur ses pieds. Tous deux avaient saisi la menace. Les Sanyassans les avaient retrouvés. Pour les six compagnons, l'heure du repos touchait à sa fin et la traversée reprenait. Kolgat éteignit le feu à la hâte tandis que ses frères Ewoks rassemblaient les diverses affaires sur la barque qu'ils remettaient à flots. Une flèche siffla non loin et ricocha sur une paroi rocheuse.

        La troupe reprit la navigation à grande vitesse, Kath aidant les Ewoks à ramer malgré sa main endolorie. A l'arrière de l'embarcation, Bareman vidait les derniers chargeurs de son arme sur les quelques maraudeurs qui descendaient à leur niveau. Le tavernier clone cria plusieurs ordres que Kath n'entendit pas dans la cohue. Il comprit quelques secondes plus tard l'essence des injonctions en se baissant pour éviter une nouvelle flèche. "A couvert !". Ils devaient néanmoins s'efforcer de protéger la coque de la barque, sans quoi ils sombreraient tous dans l'eau glacée du fleuve Chureelung.

        La navire de fortune parvint finalement à se mettre hors de portée des traits ennemis. Kath put encore apercevoir un maraudeur debout sur le rivage, qui hurlait au ciel des paroles incompréhensibles dans sa langue rocailleuse. Sans les comprendre, le novice eut l'impression qu'elles étaient adressée à sa génitrice et à toute sa famille. Quelle vulgarité.





        (1) Du célèbre poète correlien Guyo ap O'linner.
        Spoiler : HRP
        Les Saltimbanques - Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

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          Post n°22
          Auteur : Kath Aplazm

          Les heures qui suivirent la dernière halte furent longues et ennuyeuses pour tout le groupe. Les Ewoks avaient beau être robustes, leurs petits corps avaient atteint leurs limites au cours des derniers évènements. Exténués, ils dormaient les uns sur les autres au fond de la barque. Après avoir aidé Kath Aplazm à soigner sa main à l'aide d'une sorte d'attelle faite de bouts de bois récoltés au fond de l'embarcation, Bareman s'était finalement autorisé un roupillon, laissant le soin aux deux novices de diriger leur navire de fortune vers des eaux plus clémentes.

          Ni Kath ni Saecha n'échangèrent un mot. Les deux novices s'étaient un peu rapprochés ces dernières heures, mais une distance existait toujours entre eux. Du reste, le calme de la nuit faisait remonter le souvenir de Nass à la surface du Chureelung. Les tripes nouées, les novices n'avaient pas réellement le cœur à la discussion. Ils se contentèrent donc de ramer avec le peu d'entrain qui leur restait, suivant le cours du fleuve à défaut de savoir où ils allaient.

          Sorti de la brume, Kath distingua soudain une sorte d'embranchement à plusieurs centaines de mètres. Transpercé en son centre par un rocher immense que l'érosion n'avait pas abattu, le fleuve s'ouvrait en deux. Renforcé par un confluent, l'une des voies fluviales était large et ses eaux encore calmes, mais le courant semblait s'accélérer légèrement dans l'autre passage, plus étroit et bordé par les montagnes. L'Alderaani et sa camarade se regardèrent. Ni une ni deux, ils dirigèrent l'embarcation vers la gauche du fleuve afin de l'orienter vers le passage le moins dangereux.

          Mais comme le courant se faisait plus intense, les efforts que Kath faisait à la rame n'étaient plus suffisants. Sentant les muscles de ses bras se déchirer face à la puissance du cours d'eau et son attelle lui rentrer dans la peau, le novice relâcha son emprise, laissant la seule Saecha lutter avec le Chureelung. Sans surprise, la Twi'lek céda elle aussi. Dans un effort désespéré de stabiliser la barque, elle planta sa rame contre le fond, plongeant la main dans l'eau glacée. Le petit navire parut s'arrêter.


          - Qu'est-ce qu'y se passe ?!, lança Bareman, que les secousses avaient réveillé. D'une main ferme, le clone empoigna la rame de Kath pour venir en aide à Saecha. Alors que ses bras solides plongeaient à leur tour dans le fleuve, Saecha perdit l'équilibre après un craquement sourd. La Twi'lek bascula par dessus bord, emportant Bareman avec elle. Les deux compagnons chutèrent dans l'eau glacée avec grand fracas, faisant chavirer la barque qui se retourna sur le côté. Désormais éveillé, Woopee tenta tant bien que mal de s’accrocher aux flanc de l'embarcation pour la redresser, mes ses efforts furent minés par le poids bien plus élevé de Kath, qui faisait malheureusement pencher la balance en faveur d'une baignade non désirée.

          Le groupe entier rejoignit donc la Twi'lek Saecha et le clone Bareman, dont les corps n'étaient toujours pas réapparus à la surface. Couchée à l'envers, la barque n'avait pas sombré et permit aux braves Ewok de se rassembler et de ne pas être emportés par le courant. Mais alors que chacun des membres de l'équipe tentait de s'y raccrocher, luttant pour ne pas boire la tasse, la barque arrivait au niveau de l'embranchement du fleuve, penchant dangereusement vers les rapides et les rochers.

          - Lâchez la barque !
          , hurla Bareman, qui avait sorti la tête hors de l'eau et dont les cheveux noirs masquaient totalement le visage. Cramponné à un tronc d'arbre, il aidait Saecha à éviter la noyade. Les Ewoks obtempérèrent sans attendre, plongeant sous l'eau pour attraper les quelques racines que la rive avait laissé à leur portée. Mais Kath n'avait pas entendu l'avertissement du tavernier et s'était extirpé hors de l'eau pour chevaucher la barque retournée. Il ne vit donc pas, dans son dos, le rocher tranchant sur lequel ladite barque devait aller s'encastrer quelques secondes plus tard, envoyant le novice valdinguer à plusieurs mètres dans un grand plongeon artistique.

          Chanceux dans son malheur, l'Alderaani ne rencontra pas d'obstacle rocailleux pour freiner sa chute et se contenta d'un plat monumental à la surface de l'eau. Emporté par la violence du Chureelung, le jeune homme percuta de la main un nouveau rocher tranchant. Amorti par son attelle, le coup n'en fut pas moins douleureux, suffisamment en tout cas pour lui faire perdre le contrôle des évènements sur lesquels il avait pourtant une grande emprise. Les instants qui suivirent furent d'une grande confusion comme Kath sortait la tête hors de l'eau en crachant ses poumons, pour être de suite ré-englouti par l'onde déchaînée. Ses pieds rencontrèrent le fond à plusieurs reprises, ce qui le rassura quelque peu : s'il survivait aux rapides, il ne se noierait pas. S'il survivait...

          Promené sur deux ou trois cent mètres au gré du fleuve, Kath arrêta sa folle chevauchée des eaux sur un petit rivage de galets et de limons. Couvert de boue, trempé et déboussolé, il se releva en hâte pour s'éloigner le plus possible du fleuve. Assis sur les fesses, il prit alors un instant pour souffler, recracher l'eau qu'il avait avalée et chasser les petits poissons et insectes qui s'étaient accrochés à ses vêtements. Ses yeux embués se posèrent sur le fleuve, à la recherche de ses camarades. Personne.

          A moitié sonné, le novice se laissa glisser contre une pierre mouillée. Il avait bien du mal à ordonner ses pensées, encore trop chamboulé par ce qui venait de se produire. Reprenant peu à peu ses esprits, il posa la main sur une pierre pour se relever. Ses doigts se refermèrent sur une texture écailleuse. Kath tourna lentement la tête pour apercevoir le Sanyassan dont il venait de serrer mollement la main. Le bond qu'il fit vers l'arrière manqua de le faire replonger dans l'eau.
          Il fallut bien une minute entière au jeune homme pour réaliser que le maraudeur en face de lui était mort depuis belle lurette. Son cadavre était rongé par les vers et ses vêtements presque décomposés. Cette vision provoqua un haut le cœur chez l'Alderaani, qui détourna le regard pour n'avoir à admirer l'anatomie du Sanyassan plus longtemps.


          - Quelle horreur !

          Le soldat reptilien avait dû succomber à la noyade et finir sa vie sur cette petite berge naturelle. Comme l'avaient dit les Ewoks, il n'était probablement pas bon nageur. Mais même le plus entraîné des athlètes aurait eu du mal face à la puissance du courant. Renforcé par les innombrables pluies diluviennes qui avaient inondé Endor ces derniers mois, le Chureelung était entré en crue. Hors de leur lit --d'ordinaire plus calme --, les eaux balayaient tout sur leur passage. La voie que Kath et ses compagnons avaient empruntée avait probablement été un sentier de montagne, jadis. Maintenant, elle était une véritable morgue aquatique.

          Essorant sa bure de sa main valide, Kath cherchait désespérément un lekku, un poil de barbe ou un cri aigu qui lui permettrait de localiser ses compagnons. Il cria plusieurs fois vers le fleuve, appelant tour à tour Growok, Bareman, Woopee, ... Il allait perdre espoir, quand un avertissement en amont lui fit tourner la tête. Les trois Ewoks étaient assis à califourchon sur un gros tronc d'arbre et pagayaient à l'aide de leurs lances. La tête et les épaules hors de l'eau, Saecha et Bareman étaient cramponnés à l'arbre et aidaient leurs compagnons en peluche à diriger leur barque de substitution.

          Le tronc alla se coincer contre une rive escarpée non loin de la position de Kath en se renversant perpendiculairement au courant. Assez grand pour relier les deux versants de la montagne qui bordait cet embranchement du fleuve, l'arbre sembla se stabiliser et finit par ne presque plus bouger, maintenu en position par deux épais rochers. Hésitant d'abord un peu, l'Alderaani entreprit de traverser ce pont improvisé pour rejoindre le reste de la troupe.

          Il fut accueilli par une volée de jurons fleuris que lui lança Bareman. Le clone n'était pas seulement mouillé, il avait également perdu son arme et sa sacoche dans l'histoire. Pour les avoir côtoyés durant ce long voyage, Kath avait compris que priver les clones d'une arme en situation de crise était la dernière chose à faire pour garantir leur self-control. Cependant, Bareman avait de l'expérience et il se calma très vite, laissant le soin au vindicatif Woopee de continuer le harcèlement du novice.


          - Nondiju de nondidju de nondijûûû !, jura-t-il encore, les mains sur les hanches. Le clone bouillonnait mais n'en rajouta pas plus. Il cherchait de quoi repartir. Mais devant la violence du courant, il devait se rendre à l'évidence : leur chemin devrait continuer par la terre. La compagnie ne savait pas combien de temps il lui faudrait pour rejoindre le cours principal du Chureelung et enfin rejoindre une terre habitée où elle pourrait demander une assistance. Allez, on se sèche et on avance, pas le choix !

          Le clone se mit à escalader la falaise, espérant rejoindre un corridor de pierre en surplomb. Il échoua cependant à trouver des prises correctes et retomba lourdement sur ses pieds. Passer par là était suicidaire. Les Ewoks n'auraient pas la force de se hisser en haut, de toute façon. Et n'importe qui --Bareman regarda Kath d'un coin de l'oeil-- risquait de chuter et de se briser la nuque. Il semblait que le groupe était pris au piège entre les Montagnes grises et le fleuve noir. Il ne leur restait plus qu'à attendre de l'aide ou à mourir de faim.

          Une heure s'écoula pendant laquelle Bareman broya du noir, à peine consolé par les Ewoks qui lui apportèrent quelques végétaux de provenance douteuse pour rassasier sa faim. Saecha, elle, avait fait passer sa frustration sur le tronc d'arbre à grands coups de sabre laser. Kath, enfin, se grattait le crâne, ennuyé, et se concentrait pour ne pas faire une nouvelle crise de nerfs. Avaient-ils échappé à l'enfer de la Montagne pour mourir d'une façon aussi ridicule ? A quoi servait l'entrainement d'un Jedi dans un cas pareil ? Lever deux-trois cailloux, brandir un sabre ou méditer sur l'existence étaient des compétences bien inutiles pour...

          Kath interrompit sa pensée. Il observait les mouvements de sa camarade Twi'lek, comprenant peu à peu ce qu'elle était en train de faire. Saecha ne détruisait pas le tronc... Elle tentait de le tailler ! Les Ewoks avaient eux aussi compris ce que l'ingénieuse novice imaginait et l'aidaient à présent à stabiliser le tronc auquel elle avait donné une proue rudimentaire. Au bout de vingt nouvelles minutes, toute la troupe s'étant mise à l'ouvrage, le canoë fut prêt à l'emploi. Il paraissait encore un peu fragile, menaçait de filer, emporté par le courant, mais il était utilisable.

          Emportés par un enthousiasme décuplé, les Ewoks se mirent à la barre tout en apportant de nouvelles modifications (purement esthétiques, pour la plupart) à leur nouvelle embarcation. Bien que primitifs, ils possédaient un sens du goût assez raffiné. Growok refusa même que Bareman n'organise pas par couleur les vêtements qu'il faisait sécher sur le bord du canoë. Quand le matin pointa son nez, les compères étaient fin prêts à partir, à moitié secs et ragaillardis par cette nouvelle halte.


          - Je ne pense pas qu'on tienne à six là-dessus, hésita Kath en pointant du doigt le tronc taillé. Celui-ci tanguait dangereusement alors que seuls Saecha et Woopee s'y étaient installés.

          - Tout juste, champion, lui rétorqua la Twi'lek d'un ton mordant. Mais à cinq, ça devrait aller, vu que le courant s'est un peu calmé.

          Les deux novices se dévisagèrent. L'Alderaani avait peur de comprendre la situation.

          - On va avoir besoin de quelqu'un pour pousser le canoë depuis la rive, renchérit Bareman avec un sourire en coin. Il adressa un coup de coude amical à Kath et lui tendit la corde ewok de facture grossière que Woopee avait transportée depuis le village des Naa'Fruu. Allez, t'en fais pas. Avec ça, tu devrais pouvoir nous suivre de pas trop loin.

          Kath se fendit d'un rire jaune. Le segment de fleuve que la compagnie avait emprunté était long de plusieurs centaines de mètres, et c'était lui qui allait devoir le parcourir à la nage. Il s'apprêta à protester, puis se ravisa, tourna les talons et attendit en bougonnant que tous ses camarades soient montés sur l'embarcation. Cela ne servait à rien de se plaindre, la situation n'irait pas en s'améliorant de toute façon. Et puis, maître Nass ne l'avait-il pas forcé à traverser le Lac Fektur à la nage ? Le Chureelung, au moins, n'était pas habité par des monstres aquatiques... ou en tout cas, rien d'aussi effrayant qu'un Gungan obèse en colère.

          Un remous dans l'eau fit hésiter l'Alderaani, qui jeta le haut de sa bure à Saecha et accrocha la corde à sa taille. Puis il prit son élan et donna un grand coup de pied au canoë qui tangua, bougea de gauche à droite et prenant de la vitesse, se stabilisa pour traverser les eaux du fleuve. Kath se frotta le front, à demi-satisfait. il ne remarqua pas que la corde qui le reliait à l'embarcation se tendait peu à peu pour l'entrainer d'un coup dans l'eau glacée.

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            Post n°23
            Auteur : Rylen Korr

            Qu'est-ce qu'un arbre sans sa racine ? Qu'est-ce qu'un fleuve sans sa source ? Qu'est-ce qu'un peuple sans ses terres ?

            L'air humide, qui suintait encore la récente bruine Endorienne, fut une aubaine pour les corps usés des six compagnons. Pour la première fois depuis longtemps, ils pouvaient reposer leurs muscles et délaisser leurs sens, lesquels avaient bien trop été mis à contribution depuis le début de leur quête. La fatigue physique -et surtout la fatigue mentale- s'étaient accumulées comme jamais durant les combats, camouflées par une surdose d'adrénaline qui avait été d'une grande aide au moment de quitter la Montagne Noire.

            Né pour subir de telles pressions inhumaines, Bareman s'était surpris à ressentir des crampes au niveau de ses mollets alors que le groupe avait embarqué sur le transport fluvial depuis maintenant plus d'une heure. Un rire nerveux s'empara de son visage tandis qu'il enlevait momentanément ses lourdes chaussures pour se mettre à l'aise. L'odeur de ses pieds parvint jusqu'aux fines narines de Kolgat; le petit guerrier Ewok la renifla plusieurs fois avant d'en trouver la triste origine. Il jeta alors un regard noir à son ami clone en lui maugréant des mots autochtones.


            - Relax, mon ami ! s'amusa le militaire en mettant ses bras derrière la tête, Tu sais désormais ce que ça fait de trainer avec des Ewoks toute la journée !

            L'humeur était plutôt au beau fixe, oui. Comme on le disait sur certains mondes du Noyau, après l'effort venait toujours le réconfort. Dans ce sens, le fleuve Chureelung avait été une bénédiction : il leur avait permis de souffler quelques instants après avoir tant souffert au sein de la Montagne Noire.

            Mais si les informations obtenues disaient vraies, cet instant de paix allait très rapidement céder sa place à des péripéties moins reluisantes.

            Dans le ciel, au delà des couches nuageuses qui semblaient toucher la terre, la lumière cédait peu à peu sa place à l'obscurité de la nuit. Mis à part de courtes conversations entre les trois amis Ewoks, la barque avait été sans surprise très silencieuse. Kath et Saecha dormaient paisiblement, récupérant logiquement de leurs précieux efforts dans la Montagne Noire. Quant à Bareman, ses maigres tentatives pour fermer les yeux s'étaient transformés en échecs cuisants. Sa nature de soldat d'élite l'empêchait encore et toujours de penser à sa santé, et il s'était donc rabattu sur l'observation minutieuse de l'environnement dans lequel ils se trouvaient.

            Des montagnes. Des montagnes à perte de vue. Ils avaient beau flotter depuis plusieurs heures maintenant sur le Chureelung, au gré du courant, c'était comme s'ils revivaient la même scène en continu. Une ligne droite, un virage puis... une ligne droite. Et un virage, encore un. Les monts rocheux alentours, eux, se distinguaient par les variations aléatoires de leur relief. Mais ils étaient bien trop similaires pour que leur image soit gardée en mémoire.

            Les dernières lueurs divines s'éteignirent enfin. Les trois Ewoks s'affolèrent quelque peu, conscients que la nuit noire ne les aiderait pas à se repérer au milieu du fleuve. Après quelques centaines de mètres parcourus à l'aveuglette, ils décidèrent tous à l'unisson de s'arrêter pour se reposer autour d'un bon feu.

            Qu'il était bon de se laisser aller au sommeil ainsi, la peau réchauffée par de vives et naturelles flammes...

            Cette sensation récente faisait déjà partie du passé. Cela faisait très (trop) longtemps qu'ils n'avaient pas pu faire une pause digne de ce nom. Entre temps, ils avaient eu à faire à de nouveaux Sanyassans -le cadavre au fond de l'eau y compris- et ils avaient du trouver une nouvelle embarcation pour poursuivre leur route.

            La brume n'avait cessé de s'accentuer sur le fleuve, entre les immenses montagnes qui le bordaient. Si la nuit laissait doucement place à la lumière bienveillante du jour, l'épais brouillard n'était pas aussi rassurant que l'obscurité qui venait juste de s'en aller.

            Le Chureelung était si paisible, et pourtant il recelait une part de mystère grandissante. Ses eaux si tranquilles par endroits étaient toutefois glaciales, comme si elles gardaient enfouies au plus profond d'elles de dangereux secrets. Il n'y avait rien de réconfortant, si ce n'est le silence profond qui régnait en maître dans cette vallée profonde d'Endor.

            Mais parfois, un simple cri d'oiseau était plus accueillant que l'absence complet de bruit. C'était comme si la nature s'était tue, décidée à ne plus accompagner le récit aventurier des six compagnons.

            Bareman ronflait bruyamment lorsqu'il sentit la main étrangement froide de Woopee qui lui tenait fermement la cheville. Il ne sut depuis combien de minutes exactement le petit Ewok lui broyait le muscle, mais à l'expression de son visage, il avait une bonne raison de le faire.

            Les trois autochtones tremblaient de peur. Ils étaient scotchés au canoé de fortune, comme s'ils craignaient une force invisible rodant dans les parages. L'aspect de leur horizon proche semblait être à l'origine de leur grande crainte, et ils ne semblaient pas vouloir partager leur inquiétude de leur plein gré. La réaction naturelle du clone fut alors de prendre un bâton lumineux de sa ceinture -le seul équipement utile qu'il lui restait...- afin d'apporter un peu de soutien moral à ses troupes. Woopee lui attrapa aussitôt l'objet afin de le coller près de soi.


            - Comment vous dites, déjà ? "J'ai un mauvais pressentiment" ... annonça t-il à l'égard de Saecha à ses côtés et de Kath, toujours dans l'eau derrière leur barque de substitution.

            L'atmosphère devint froid et austère. La troupe plongea dans un environnement hostile, dans lequel il était impossible de discerner ne serait qu'un insecte volant à plus de trois mètres devant eux. Était-ce le Néant tant promis par les contes et légendes autour du Chureelung ?

            Même l'eau du fleuve devint livide. Son aspect s'était comme transformée, modifiée par l'ambiance de l'environnement qui était le sien actuellement.


            - Kath, tu devrais remonter... dit-il en gardant les yeux rivés vers l'avant, Kath ... ?

            En se retournant, Bareman constata l'inimaginable : il n'y avait plus aucune corde.

            Kath Aplazm avait disparu dans les eaux du fleuve.


            Mystérieusement attiré par les profondeurs du fleuve, Kath Aplazm a perdu la corde qui le reliait à l'embarcation dans laquelle se trouvent ses compagnons. Va t-il s'en sortir ? [lancer de dès]

            1 ou 2 - Kath se retrouve bien trop éloigné de ses camarades pour qu'ils puissent le sauver. Il ne peut s'en remettre qu'à un coup de chance pour survivre à la puissance mystique du fleuve...
            3, 4, 5 ou 6 - Alors que les profondeurs allaient définitivement l'attirer vers une mort certaine, une étrange main vient sortir l'Alderaani des eaux. Kath se retrouve alors dans une petite barque miteuse, à côté d'un homme encapuchonné dont le visage est à peine visible...
            Résultats des dés : 6 (Lien du registre du Hasard)

            A peine sorti de l'eau, Kath put découvrir de quelle menace son mystérieux sauveteur venait de le sauver : partout autour d'eux venaient d'apparaître des dizaines de barques transparentes, chacune contenant des personnes différentes et difficiles à cerner dans l'épaisse brume qui n'avait toujours pas disparu.

            Il était intéressant de noter que Kath et l'étanger avec lequel il voguait désormais sur le fleuve allaient dans le sens inverse de l'ensemble des barques fantômes... Que représentaient-elles donc ? Et qui étaient ces gens ?


            - Ne croise pas leur regard, avertit sans détour l'homme qui venait de le sauver.

            L'étranger se contentait de ramer de droite à gauche, la tête baissée et le dos tourné au Novice Jedi. Qu'arriverait-il à ce dernier s'il se décidait à regarder dans les yeux de ces gens qui semblaient perdus ?

            Au même moment, une barque avec à son bord un Ewok sans fourrure frôla celle des deux hommes. Le natif d'Endor ne ressemblait plus qu'à un ensemble squelettique, bien plus proche du Sanyassan que du fier guerrier forestier.

            Il n'y avait finalement pas forcément d'exagération dans les légendes autochtones.

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              Post n°24
              Auteur : Kath Aplazm

              Bien qu'il se fût reposé pendant quelques heures dans la barque avant d'entrer dans les rapides, Kath ressentait une fatigue douloureuse lui engourdir les membres alors qu'il nageait dans l'eau glacée, tentant tant bien que mal de rester accroché à la corde qui le reliait au tronc taillé. Les blessures qu'ils s'étaient occasionnées dans la Montagne Noire lui faisait souffrir le martyr comme il tentait tant bien que mal de ne pas garder le rythme de l'embarcation. Celle-ci n'avançait pas bien vite, mais le courant était puissant, le vent était froid. Les coups frénétiques que les Ewoks assénaient de leurs petites rames rendaient la nage de l'Alderaani difficilement supportable, lui qui n'était d'ordinaire pas spécialement prompt à l'exercice physique. Si Kath survivait à cette nouvelle épreuve, il pourrait indubitablement concourir au prochain triathlon de la contrée des Lacs de Naboo sans perdre la face, se dit-il un instant tout en évitant une nouvelle fois de boire la tasse.

              De temps à autres, Saecha ou Growok se retournaient depuis le canoë pour vérifier qu'il n'avait pas coulé ou pour l'encourager d'un signe. Le regard faussement compatissant de ses compagnons arracha un sourire crispé au jeune homme : à leur place, n'aurait-il pas fait de même ? Personne ne voulait être celui qui affrontait les flots calmes et noirs du Chureelung. Il ne savait toujours pas pourquoi il avait accepté ce sacrifice ingrat. Peut-être savait-il qu'il n'y avait pas d'autre choix. Ou peut-être espérait-il que , de cette façon, le chemin s'achève plus vite. Quoiqu'il en fût, Kath n'avait certainement pas le loisir de sonder son subconscient en cet instant d'intense activité physique.

              Pour oublier sa fatigue, il concentra son regard sur le ciel du matin, qu'il commençait à ne plus apercevoir distinctement. Une brume dense et grise s'était en effet levée, obligeant la compagnie à ralentir sa progression pour ne pas venir s'empaler sur les rochers tranchants qui fleurissaient le long des rives. Trop occupé à ne pas couler, tapant des bras et des jambes dans une eau toujours plus profonde, Kath ne remarqua pas immédiatement le lourd silence qui pesait dans la vallée. Plus un son ne résonnait, si ce n'était celui des éclaboussures et des ronflements de Bareman. Comment le clone pouvait-il dormir sur un tel navire de fortune ? Sans doute était-il vraiment exténué. Malgré ses capacités, son sang froid et son expérience, le tenancier de la cantina du Sanctuaire restait avant tout un homme, fait de chair et d'os, mortel comme tous les autres.
              La barque ralentit progressivement. Kath lâcha la corde peu à peu, se surprenant à philosopher sur son existence, sur Endor, sur la vie et la mort. Même des êtres aussi puissants que Nass pouvaient disparaitre du jour au lendemain, car il n'existait rien dans cette galaxie qui ne puisse fuir le destin réservé aux vivants. Qu'ils soient Ewoks, Sanyassans, Jedi, clones ou mercenaires, tous étaient égaux face à futur. A quoi bon le pouvoir, la victoire ou la gloire ? Sur Alderaan comme sur Endor, il n'y avait rien après la mort.

              Une pensée folle traversa l'esprit du novice comme une évidence. Et qu'en était-il de la Force ? Son maître avait peu parlé à Kath de ce concept dont il n'avait conscience que depuis peu. Qu’advenait-elle une fois que les corps rongeaient la terre ? Se manifestait-elle encore ? Chez d'autres, sans doute. Était-ce pour ça qu'on la disait immortelle, "qu'il n'y avait pas de mort" ? Mais cette Force semblait irrémédiablement liée à la vie, au sensible, à la conscience. Avait-elle une raison d'être ? Pourrait-elle mourir si toutes les créatures de l'Univers s'éteignaient un jour ?
              Toutes ces questions se perdirent dans les flots du Chureelung, alors que le corps de Kath s'engourdissait et qu'il se laissait balancer par les eaux lents et tranquilles du fleuve. Le jeune homme ferma les yeux en prenant une grande inspiration, le visage hors des flots. Sa tête commençait à geler et il avait du mal à garder les yeux ouverts. Pourtant, il se sentait en paix et tout à fait calme. Il n'avait sans doute jamais ressenti une telle plénitude, à part sans doute lorsqu'il avait contemplé le Lac Fektur et les forêts d'Endor du haut de l'arbre Wroshyr.
              Doucement, le novice ferma les paupières, laissant l'onde guider ses membres. Ses tempes battaient au rythme de son cœur, lentement. Il ne sentait plus de douleur, plus d'inquiétude, plus aucune peine. Il se sentait libre, immatériel et pourtant si tranquille. Et sa conscience, peu à peu, s'évapora dans les eaux.

              Son esprit déambula entre songe et déraison. Qu'était-ce que ce visage de grenouille, qui le regardait depuis la surface ? Que ce corps calciné qui nageait en cercle ? Que ces dizaines de corps reptiliens que formaient une ronde autour de lui ? Ils étaient là, mais ils ne les voyait pas, ne les entendait pas, ne les sentait pas. Certains semblaient jeunes, d'autres vieux, comme ayant traversé le temps et l'espace. Et autour d'eux, le silence, le néant. Le corps de l'Alderaani ondulait sans qu'il le bouge au milieu de cette gigantesque farandole aussi prodigieuse qu'effrayante.
              Au milieu des ténèbres résonna un son, comme un gong, lointain. Kath ne le comprit pas entièrement mais son corps entier frissonna et ses muscles se raidirent. Il ressentait à nouveau le froid, l'angoisse, l'eau qui pénétrait ses poumons. Ses yeux s'ouvrirent brusquement, le temps d'être aveuglés par une lueur intense vers laquelle il se dirigeait en trombe.

              Kath reprit conscience, trempé jusqu'aux os, à demi nu et crachant ses poumons. Il se trouvait sur une barque, bien plus petite que celle que son groupe avait trouvée dans la Montagne, mais diablement plus solide. Comme enchantée par une force surnaturelle, elle traversait les flots avec aisance, sans que quiconque ne soit à la rame. Le jeune homme n'eut pas l'occasion de faire plus d'observation. Couché sur le dos contre le bois humide, il peinait à retrouver son souffle, à moitié noyé. Ses environs étaient flous, indistincts. Où était-il ? Avait-il succombé au Chrureelung ? Où étaient Saecha, Bareman,...? L'Alderaani se redressa difficilement, haletant de façon saccadée, les yeux exorbités. Plus que jamais, il avait l'impression d'avoir vu la mort en face, sans pour autant l'avoir crainte. Ce sentiment lui laissait un goût indescriptible dans la bouche.

              Le regard de Kath se posa sur le fleuve. Il semblait traversé d'embarcations grises, presque fantomatiques. Le novice plissa les yeux pour mieux les considérer. Était-ce ...? Non, ce ne pouvait... Une silhouette ressemblant à s'y méprendre à son défunt grand-oncle voguait en tête du cortèges des barques, qui avançaient à contre-courant, comme portées par un vent mystérieux. Sur une autre barque, Kath reconnut son gaupa, le flanc visiblement arraché et ensanglanté. Comment l'animal avait-il pu atterrir ici, alors qu'il l'avait laissé s'enfuir à près de cent-cinquante kilomètres de cet endroit ? Au moment où les yeux de Kath se posèrent sur le visage de Jarrik, une main se posa sur son épaule et le secoua.
              Se saisissant d'un bond, le novice faillit retomber dans les flots et ne dut son salut qu'au rebord de la barque, bien plus stable que ceux du canoë que Saecha et les Ewoks avaient confectionné. Kath jeta un regard médusé à l'homme encapuchonné qui ramait à l'avant de la barque et qui ne s'était pas retourné pour l'observer.


              - Ne croise pas leur regard.

              - Qu'est-ce que..que..keuwâ ?!
              , balbutia le novice, ahuri, les jambes écartées et les bras devant la tête.Heureusement, il reprit rapidement contenance. Il ne savait pas ce qui lui était arrivé où l'endroit où il se trouvait, mais il avait l'impression d'être en sécurité, du moins pour le moment. Cet homme ne paraissait pas agressif. Qui était-il ? Kath n'avait aucun moyen de le savoir, d'autant que l'inconnu cachait ses traits sous une épaisse capuche. Mais la voix de cette apparition miraculeuse lui rappelait quelque chose, un souvenir. Un son qu'il avait entendu au fond de lui-même, dans les tréfonds du néant, qui l'avait réveillé. Il ne se souvenait plus de grand chose, comme s'il avait rêvé, mais la sensation dérangeant qui l'habitait l'assurait aussi qu'il pouvait faire confiance à cet étranger aux manières si étranges.

              - Qui êtes-vous ? demanda Kath d'une voix claire mais tremblotante, après quelques secondes. Et qu'est-ce que cet endroit ? Je n'ai jamais rien vu de tel.

              Assis dans une position moins inconfortable, le novice jetait des regards alentours, tâchant tout de même de suivre le conseil du rameur et de ne pas croiser les yeux ces mystiques apparitions. Le ciel n'était plus visible, comme si les deux voyageurs naviguaient dans une grotte sans lumière, entourés d'un brouillard toujours plus épais. Kath sentit ses poils se hérisser de froid et de peur. Le conduisait-on en Enfer ? Ce guide miraculeux était-il le Charon de sa barque stygienne ? Il déglutit et tenta de se concentrer sur le dos de l'étranger, massant ses tempes douloureuses à l'aide de ses index frigorifiés. Tout cela n'était qu'un mauvais rêve, rien de plus.

              Soudain, la lumière d'un sabre laser brilla dans l'obscurité de la brume. Kath tourna la tête vers l'éclat lumineux, reconnaissant les lekkus de Saecha et sa bure à travers le brouillard. Un sourire soulagé se dessina sur son visage comme il appelait sa camarade, faisant des grands gestes. La Twi'lek semblait avoir échangé le tronc d'arbre qu'elle chevauchait jusqu'alors pour une barque semblable à celle de Kath, mais elle aussi naviguait dans le sens contraire au courant...


              - Eh, Saecha ! Ici, ici ! Je suis là !

              Constatant que la novice ne l'entendait pas, le jeune homme chercha à capter son regard, plongeant presque ses yeux dans les globes sans pupille de la jeune Jedi. Le bois solide d'une rame vint fracasser l'arcade de Kath, l'assommant sur le coup.


              - Ne croise pas leur regard
              , répéta simplement l'homme encapuchonnée, accélérant le rythme de ses coups de rame.

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                Post n°25
                Auteur : Rylen Korr

                Spoiler : Musique
                [Flash unavailable]
                Partout autour d'eux, les silhouettes fantomatiques tentaient vainement de se faire regarder. Une faible attention qui aurait fait d'eux des vivants, des choses palpables avec une conscience et une âme. Pourtant, ils n'étaient que des résidus de ténèbres qui ne voulaient rien de bon pour les visiteurs perdus des eaux du Chureelung.

                C'était une lutte de tous les instants. Un combat pour assurer l'équilibre de soi. Mais comment réussir à ne pas faire peser la balance en faveur du côté de la lumière dans un tel environnement d'obscurité ? La nature avait fait de cet endroit un élément défavorisé depuis la nuit des temps. Trop sombre, trop noir. Le peu de lumière qui avait jadis existé en ces lieux - y en avait-il déjà eu ? ... - avait cessé d’émettre depuis très longtemps, si l'on se reposait sur la grandeur du territoire conquis par son ennemi de toujours. Y avait-il une seule et unique recette pour ramener l'équilibre de la Force dans ce monde de Mort ?


                - C'est ce qui attend cette lune si nous ne faisons rien pour endiguer son fléau, annonça d'une voix terriblement convaincue le mystérieux individu encapuchonné.

                A peine venait-il d'évoquer l'idée que ce marais aux morts pouvait à terme recouvrir toute la surface d'Endor que l'étranger se remit comme si de rien n'était à pagayer. Sans tenir compte de l'ampleur du malheur qui s'amplifiait de seconde en seconde, tout autour d'eux.

                Les quelques mots prononcés par l'homme intensément barbu prouvaient au moins une chose : il était loin d'avoir vu pour la première fois de sa vie un endroit aussi maléfique. Le ton de sa voix, sa monotonie et le semblant de calme qui se dégageait de sa personne indiquaient qu'il avait vécu des évènements comparables, si ce n'est bien pires. Mais comment s'était-il retrouvé ici ? Comment avait-il rejoint le Chureelung et surtout, pour quelles raisons s'était-il porté au secours de Kath Aplazm si ce n'est par bonté ? Tant de questions qui restaient sans réponses, et auxquelles le principal concerné ne semblait pas vouloir répondre dans l'immédiat.

                Quelque soit la nature de l'individu, les seuls éléments caractéristiques sur lesquels Kath pouvait se reposer étaient sa voix - définie par un timbre sombre et un débit assez lent -, son apparence vestimentaire - difficile d'observer quoi que ce soit dans l'obscurité et la brume ambiantes du fleuve, si ce n'est une vieille bure complètement décousue et abimée par le temps - ainsi que son apparence physique - ni grand ni petit, d'une masse svelte et même trop affinée pour un homme aux exigences physiques actuelles... -. Son visage, en partie camouflé par la capuche qu'il portait précieusement - souhaitait-il seulement montrer à quoi il ressemblait ? - était de toute façon quasiment imperceptible vu les conditions météorologiques actuelles. Seule une barbe touffue et même vulgaire, signe d'une hygiène qui laissait à désirer, pouvait être perçue sur la face du bonhomme.

                Pour que le jeune Novice Kath Aplazm en vienne à se demander s'il ne faisait pas lui-même partie d'une barque imaginaire - comme celles qui l'entouraient depuis de nombreuses minutes désormais - il n'y avait qu'un pas d'Ewok qu'il ferait bien d'éclaircir au plus vite. Car depuis qu'il avait été sauvé de la noyade, c'était l'étranger qui était aux commandes du bateau sur lequel il se trouvait encore.

                L'ambiance était d'une telle tristesse que la pluie refit son apparition. Mais contrairement à celle qui avait accompagné Kath et ses compagnons dès leur sortie de la Montagne Noire, celle du fleuve Chureelung était beaucoup plus douce. Si l'intensité était tout autant élevée et le rythme des cordes bien plus violent qu'à l'accoutumée, les fines gouttelettes donnaient l'impression d'être sous une douche grandeur nature. Appréciant visiblement cette atmosphère rafraichissante, l'étranger avec lequel se trouvait Kath se laissa aller à un moment de répit en abandonnant les pagaies dans la barque et en levant les yeux vers les cieux. L'étranger appréciait tellement cette sorte de bruine qu'il en ouvrit la bouche afin de boire une quantité non négligeable d'eau naturelle. Qu'elle soit consommable ou non ne semblait pas l'embêter et apportait un nouvel élément de réponse à Kath - si le coup de rame n'avait pas envoyé ce dernier dans un profond sommeil - : l'étrange gaillard n'avait pas bu depuis un certain temps.

                Son attrait pour l'eau de pluie s'arrêta soudainement alors qu'une dernière barque fit son apparition dans le champ de vision des deux hommes. Distante de plusieurs dizaines de mètres du reste des chaloupes, elle accueillait en son bord un vieil homme barbu et coiffé d'un catogan. Immédiatement, celui qui menait Kath Aplazm vers une destination inconnue perdit son tempérament calme et adressa un intérêt non négligeable au vieillard qui s'apprêtait à croiser leur chemin sur le fleuve. Et tandis que leur barque respective se frôlait, le nouveau compagnon du Novice de l'Ordre eut un réflexe contrôlé de sa main droite. Comme s'il avait ressenti un attrait soudain pour le passager qui filait dans l'autre sens du cours d'eau.

                Instantanément, et tandis que le vieil homme disparaissait lentement dans la pénombre recouvrant le fleuve, l'étranger se concentra à nouveau sur sa tâche. Celle de mener le bateau vers une destination moins sombre.

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                  #27

                  Post n°26
                  Auteur : Kath Aplazm

                  Une fine pluie vint réveiller le pauvre Kath, étendu de puis un moment -combien de temps exactement ?- sur le bois humide de la barque qui le menait vers les confins d'Endor les plus éloignés du Sanctuaire. L'Alderaani mit un moment à s'apercevoir que l'embarcation dérivait et n'avait plus de conducteur, car il dut bien passer plusieurs minutes à frotter son crâne douloureux. Il lui semblait qu'il avait énormément perdu connaissance ces derniers temps et cela l'inquiétait ; s'il n'avait pas su que le battement intense de ses tempes était une façon pour la Force de se manifester en lui, il aurait directement préparé une visite chez le médecin.

                  Au bout d'un instant, donc, Kath se rendit compte que l'inconnu qui dirigeait la barque avait cessé de ramer. Le visage légèrement levé vers le ciel, il paraissait profiter de l'averse. La pluie était certes moins violente que les derniers orages qu'Endor avait eu à subir, mais le novice n'arrivait pas à la trouver agréable. Son œil fatigué remarqua toutefois que l'homme encapuchonné buvait l'eau qui tombait du ciel, comme un assoiffé se serait compromis pour une goutte de vin à la sortie du désert. Qui pouvait bien être ce type ? Il n'avait pas daigné répondre aux questions de celui qu'il avait tiré des eaux et s'était simplement contenté de lui asséner un grand coup de rame.

                  Encore désorienté, le novice Jedi s'assit avec difficulté contre le bord de l'embarcation, prenant bien soin de ne pas la faire chavirer. Le regard malade du novice commença alors à décortiquer chaque bribe d'information dont il disposait. Où était-il ? Sur le Chureelung ? Le fleuve maudit était sinistre, bien entendu, mais la brume que les deux voyageurs traversaient n'avait rien à voir avec les eaux sombres que la troupe avait observées avant de s'enfoncer dans les ténèbres de la Montagne Noire.
                  Se frottant le front de la main, Kath lâche un grognement ; sa blessure était toujours vive. L'éclat de voix provoqua un mouvement chez l'inconnu, qui se tourna légèrement vers le novice. Kath put apercevoir une barbe abondante qui sortait de ses vêtements rapiécés. L'homme ne paraissait pas bien grand, et semblait même un peu maigrichon. Qui donc était ce type ? L'Alderaani plissa les yeux, tentant d'apercevoir l'un ou l'autre trait qu'il serait en mesure de reconnaitre sous la large capuche...mais en vain.

                  A mesure que la barque voguait, lentement au gré des flots, Kath reprenait contenance. S'il ne savait toujours pas où étaient ses compagnons et s'il était toujours aussi perplexe, la douleur de ses membres fatigués et blessés lui rappelait sans cesse sa condition d'être mortel. En outre, il se savait en vie, car capable de souffrir. Cette réflexion un poil hâtive l'amena à des considérations plus philosophiques : était-il impossible de souffrir en Enfer ? La douleur n'était-elle que le propre des hommes ?
                  Ces réflexions dans le vague étaient autant le produit de son esprit assommé que de l'atmosphère délétère des lieux. Celle-ci semblait également affecter l'autre occupant de la barque, qui était maintenant tourné vers une silhouette, perdue dans le brouillard. Kath eut beau regarder ce que l'étranger observait, il ne parvint pas à se figurer le visage de la personne qui obnubilait son sauveur. Était-ce un Jedi ? Il semblait porter la bure. Au-delà de cela, il était impossible pour Kath d'en savoir plus ; il ne connaissait pas assez les occupants du Sanctuaire, pour les avoir trop peu côtoyés.

                  Comme ils se rapprochaient de la barque qui transportait cette nouvelle ombre, le conducteur de la barque, qui avait lâché ses rames depuis plusieurs minutes, esquissa un geste en sa direction. Le novice tressaillit, comme pris d'une angoisse qui avait dû secouer tout leur véhicule. Il ne savait si c'était la pluie, mais Kath eut l'impression de geler sur place.
                  Puis l'homme reprit ses rames avec devoir, en silence, détournant le regard de cette barque fantôme pour à nouveau se concentrer sur les eaux opaques du Chureelung.

                  - Vous aussi, vous avez failli vous faire avoir, observa Kath avec détachement, son poignet brisé calé sous son aisselle. En s'adressant à son sauveur, le novice tentait à présent une autre approche : si cet inconnu s'enterrait dans son mutisme, il ne passerait pas le reste du voyage sans en apprendre plus sur lui. Une réaction, un geste... c'était tout ce qu'il lui fallait pour le moment. Ces trucs sont horribles. On dirait qu'ils sont encore plus réels que le dragon qui a chopé maître Nass...

                  Kath sourit dans sa barbe. Cet étranger ne resterait certainement pas de marbre à l'évocation d'un dragon ! Tout individu doté d'un tant soit peu de curiosité se serait intéressé à la créature, au moins pour questionner la véracité des propos du novice. Toutefois, Kath ne put s'empêcher de ressentir une pointe de tristesse en évoquant son maître Gungan. Mais, déterminé à ne pas retomber dans la mélancolie, il reprit :

                  - Vous avez soif, hein ? J'ai vu que vous buviez l'eau de pluie, tout à l'heure. Moi, je suis mort de faim. Depuis que mon groupe et moi sommes sortis de la Montagne, on n'a rien mangé. Faut dire, on était quand même poursuivis par des maraudeurs... Vous ne les avez pas vus ? Difficile de les rater, des tarés, des tarés j'vous dis ! Ils z'arrêtaient pas de crier comme des fous. Si j'avais eu un sabre laser, on aurait pu réfléchir à les bastonner, mais là... hors de question, surtout avec nos blessés. Eh ? Vous m'écoutez ? Je vous ai dit que je suis un Jedi ?


                  Kath n'avait pas oublié toute prudence en dévoilant sa qualité de Jedi -encore qu'il ne soit qu'un novice inexpérimenté- à cet inconnu. Seulement, il désirait obtenir une réaction de cet homme qui n'avait pas daigné le regarder en face depuis qu'il l'avait sauvé. Et puis, l'Alderaani n'était plus à un danger près. De toute façon, il y avait peu de chance que l'individu lui veuille du mal ; après tout, ne l'avait-il pas tiré des flots ? Pendant une seconde, Kath se tut,de peur que ses paroles ne donne envie à l'étranger de le balancer dans le Chureelung pour le faire enfin taire. Mais il reprit très vite le flot de ses paroles, évoquant les difficultés du voyage, les Ewoks abattus, le feu de forêt et les mercenaires de Beemen.

                  Masquant ses mouvements par ce brouhaha incessant, Kath tenta de se rapprocher, subtilement mais sûrement, de la position de l'homme encapuchonné, afin d'enfin de ne rien rater si l'inconnu se retournait vers lui. Il ne savait pas si son sauveur avait conscience qu'il s'approchait de lui, presque qu'assez près pour pouvoir lui retirer sa capuche, mais Kath n'en avait cure, sa curiosité ayant pris le pas sur tout autre sentiment. Tout d'un coup, une secousse violente dans la barque le fit retomber sur ses fesses, lourdement.


                  - Eh beh, vous avez la conduite agressive...
                  lâcha encore Kath en reculant, persuadé que l'inconnu l'avait fait exprès.

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                    #28

                    Post n°27
                    Auteur : Rylen Korr

                    Le calme de l'étranger avait repris son bonhomme de chemin malgré l'étrange réaction qui avait suivi le passage de la dernière barque fantôme sur le fleuve du Chureelung. Imperturbable, imperceptible, l'homme barbu se contentait de guider le chemin de la chaloupe, donnant le sentiment de savoir où aller alors même qu'il ne connaissait rien de la situation du compagnon d'infortune qu'il s'était fait sur la rive.

                    Le rythme des coups de rame dans l'eau était parfaitement cordonné. Lents mais réguliers, les frottements contre la surface liquide du fleuve permettaient au petit bateau d'avoir une allure convenable pour son gabarit. Cela renforçait d'autant plus une faille énorme dans le comportement du capitaine de navire, puisque le moindre changement de comportement ou la moindre réaction émotive pouvait facilement se déceler dans sa manière de diriger la barque.

                    Le ralentissement fut bref et quasiment invisible. Mais le rythme de l'avancée du bateau avait réellement été modifié, au moment même où Kath évoquait l'affrontement entre le Maître Nass et le dragon.

                    Comme si de rien n'était, le mystérieux barbu reprit sa démarche devenue habituelle. Aucun mot ne sortit de ses cordes vocales. Le dos bien droit, les bras effectuant le même mouvement depuis de nombreuses minutes... Celui-ci était bien décidé à ne pas rentrer dans le jeu du jeune homme, quelque soit la persévérance de ce dernier. Mais ses mots, tous portés sur les aventures qu'il avait vécu ces derniers jours, ne pouvaient tomber dans l'oreille d'un sourd. Si le compagnon de Kath ne réagissait pas, ça ne voulait certainement pas dire qu'il se fichait royalement de la conversation proposée par le jeune passager dans son dos. Dans ce cas, il lui aurait déjà fait comprendre qu'il préférait d'avantage le silence à sa voix typique de la jeunesse branchée du Noyau.

                    La barque vacilla au moment même où le jeune homme semblait étrangement vouloir rentrer dans le périmètre de sécurité de son camarade. Celui qui avait la plus grosse barbe des deux n'eut aucune réaction trahissant son geste - avait-il vraiment provoqué ce soubresaut et si oui, comment ? - mais très vite, un son assez étrange provint du plus profond de sa gorge. C'était une sorte de rire, mais un rire nerveux, une réaction vraiment décalée qui semblait provenir de nulle part tant le personnage qui en était à l'origine se retenait de bouger ou de se mouvoir.


                    - Un Jedi ne se noie pas, jeune Novice, répondit-il brièvement en concluant son rire par un coup de rame bien plus rapide et bien plus puissant qu'à l'accoutumée.

                    Ce fut la conclusion de l'échange verbal le plus intéressant de toute cette contrée d'Endor.

                    Les minutes défilèrent de nouveau, effaçant encore une fois les péripéties passées. Le calme qui s'était réinstallé sur le fleuve pouvait donner une énième occasion de se demander si tout ceci était bien réel. Ça l'était, pour certains. Mais pas pour d'autres.

                    Cette apparence d'Endor était comme une métaphore galactique. L'être naïf qui se croyait intelligent était certain de tout connaître, mais le sage qui se savait ignorant était conscient qu'il ne connaissait rien de ce qui l'entourait. L'étranger qui accompagnait Kath, le Novice lui-même et les siens - encore fallait-il qu'ils aient survécu au Néant du Chureelung - venaient de pénétrer sur des terres inconnues, qu'aucun autre homme de leur génération avait jadis foulé. Les empreintes qu'ils laisseraient sur la terre ferme de ces lieux inconnus resterait gravée à jamais. Leurs actes bouleverseraient la nature de cette lune sur des siècles entiers et il faudrait attendre des milliers d'années pour qu'une nouvelle expédition de ce type vienne remplacer leurs chemins à peine tracés.

                    Chaque battement de cœur, chaque respiration et chaque réflexion provoquaient un écho qui se propageait jusqu'au fin fond de cette contrée d'Endor. Un seul coup de pagaie dans les eaux glacées du Chureelung et l'onde se propageait des centaines de kilomètres en aval. Rien n'était du au hasard, tout avait une source et tout était conséquence.

                    Une série de rapides loin d'être rassurants au départ s'avérèrent finalement peu inquiétants tant ils furent peu intenses. Une fois la barque revenue dans des eaux moins agitées, le fleuve sembla retrouver une quiétude qu'il n'avait plus eu depuis de nombreuses heures. La pluie était toujours vivace mais s'était relativement calmée, et le brouillard s'était quelque peu dissipé pour offrir d'avantage de lumière même si celle-ci était encore bien faiblarde. Le jour se levait petit à petit et il semblait vouloir gagner d'avantage de terrain que la veille, même si le combat semblait perdu d'avance tant l'obscurité allégorique gangrenait les lieux.

                    La paix retrouvée ne dura guère longtemps, car très vite une anomalie environnementale fit son apparition sur les flancs du cours d'eau. Kath Aplazm et l'étranger qui le guidait au milieu des eaux étaient les seuls individus dans un rayon de plusieurs dizaines de mètres - aucune trace de Bareman, Saecha et des trois Ewoks, mais la brume ne permettait pas de voir à une très longue distance. Pourtant, malgré cette sensation de solitude, le silence qui accompagnait l'avancée de la barque n'était pas naturel. Celui-ci donnait même à l'atmosphère un certain poids nouveau qui n'avait jusqu'à présent pas été ressenti.

                    Dans les forêts avoisinantes, à flanc de montagne, une oreille attentive pouvait facilement discerner des bruits de branches et de feuilles réguliers. De temps à autre, des sons animaliers accompagnaient les craquements du bois mort tombé au sol depuis des semaines, mais aucune bête vivant sur cette lune n'était réputée pour pister une barque avec à son bord deux hommes - qui plus est, deux hommes hors de portée d'une éventuelle attaque. Si le meneur de la chaloupe artisanale - qui ramait avec le même rythme depuis bientôt une heure maintenant - donnait l'impression d'être parfaitement serein, son ouïe était totalement concentrée sur les bruits alentours. Il avait déjà ressenti la potentielle menace qui, petit à petit, quadrillait la zone de manière parfaitement coordonnée.


                    Spoiler : Musique
                    [Flash unavailable]
                    Tandis que l'étranger ralentissait l'allure de la barque pour quasiment stagner sur les eaux du fleuve, une adorable mélodie se fit entendre sur le flanc gauche de la rive. Mélange de voix graves et de nature non animale, celles-ci étaient loin d'être désagréables et avaient même le don de capter l'attention de ceux qui l'écoutaient. L'inconnu encapuchonné remarqua même un petit oiseau venu se poser près de Kath, le regard luisant tourné vers les bois et le bec près à s'ouvrir pour participer à l'ariette improvisée.

                    - On dirait... une invitation.

                    Ces mots venaient droit du cœur. Le nouveau compagnon de Kath avait l'étrange sentiment que ces individus, quels qu'ils soient, s'adressaient directement à eux en leur instillant de la confiance à longue portée. Comme s'ils avaient pu ressentir de la méfiance spontanée dans le comportement des deux hommes et qu'en réaction, ils tentaient joyeusement de les amener à baisser leur garde.

                    Reprenant les rames en mains, l'inconnu à la barbe bien épaisse s'évertua à rapprocher leur barque de la rive gauche du fleuve, bien décidé à découvrir ce dont il s'agissait. L'appel était bien trop beau pour être ignoré, et continuer à avancer sur les eaux du fleuve en se sachant épiés ne leur remonterait pas le moral. Le bateau se rapprocha ainsi de la terre ferme en l'espace de quelques secondes - une prouesse remarquable de son capitaine improvisé si l'on accordait de l'importance aux courants actuels du Chureelung. Leurs pieds à nouveau en contact du sol d'Endor, l'étranger se lança de manière presque aveugle en direction de la mélodie qui n'avait jamais été aussi adorable que depuis sa naissance il y a quelques instants en arrière.

                    Visiblement, le récent sauveur de Kath Aplazm accordait peu d'importance à ce dernier, tant il se fiait uniquement à son seul instinct pour connaître le chemin à emprunter. Et pourtant, le Novice n'avait aucunement besoin de livrer d'importants efforts pour remarquer les coups d’œil réguliers en arrière du bonhomme avec qui il s'était - par un mystérieux hasard ? - retrouvé. L'homme à la bure aussi vieille que la galaxie s'efforçait néanmoins de rendre ces légères attentions les moins bienveillantes possible, par exemple en accélérant sa démarche afin de donner le sentiment de ne pas vouloir se faire ralentir par le jeune Novice Jedi.

                    Se souciait-il réellement de son camarade aux cheveux longs ? Beaucoup d'interrogations de posaient autour de cet inconnu qui était tombé du ciel comme par miracle pour venir en aide à Kath. La frontière entre le réel et le rêve n'en était que trop réduite, et il y avait de grandes raisons de se demander si l'esprit de l'Initié Jedi ne lui jouait pas des tours.

                    Peut-être était-il même déjà mort, ayant succombé à la folie du Chureelung et à ses eaux meurtrières. Aplazm était-il assez fou pour se croire vivant ? Était il même assez vivant pour se croire dément ? Tout était réuni pour se poser les bonnes questions : les spectres du fleuve sortis de nulle part, l'étranger apparu de nulle part, la gracieuse mélodie de la forêt née de nulle part... Même la météo était porteuse d'interrogations qu'il ne fallait pas sous-estimer, avec cette pluie douce venue de nulle part remplacer les averses glaciales qui n'avaient pas cessé depuis la fuite de la Montagne Noire.

                    Et comme si les éléments actuels n'étaient pas assez flagrants, la forêt dans laquelle les deux hommes venaient de mettre les pieds n'avait jamais été aussi majestueuse que toutes les sylves réunies de leurs rêveries les plus travaillées. Les grands et magnifiques arbres d'Endor semblaient taillés pour plaire, tandis que de nombreux feuillages chutaient lentement des cieux afin d'entourer les deux visiteurs d'une grâce naturelle. L'odeur parfumée de l'endroit semblait provenir directement de la mélodie toujours jouée tant elle lui ressemblait, séduisante et suave à la fois. Rien au monde ne pouvait donner envie de rebrousser chemin tant ce sentier était tentant. Mais la tentation n'était-elle pas un pêché ?

                    Cette pensée apparut bien trop tardivement. Apparus de nulle part, d'étranges spécimens camouflés par la nature ambiante et armés de lances primitives entourèrent de manière extrêmement menaçante les deux visiteurs. Immobiles et parfaitement coordonnés, ces individus étaient fins et grands, et leurs grandes jambes dénués de graisse ne passaient pas inaperçues. Si leur corps n'était pas très imposant, leur minceur s'avérait plutôt être une sveltesse à toute épreuve, tant leur approche de Kath et de son compagnon avait été réalisée sans aucun geste brusque qui aurait pu trahir leur arrivée. Bien qu'ils soient en position de dominant et donc de prédateur sur une lune telle qu'Endor, ils ne donnaient pourtant pas l'impression d'être sauvages, ce qui les aurait certainement amené à sauter sur leur gibier humain sans qu'ils n'aient eu le temps de s'en rendre compte. Au contraire, leur réaction était plutôt celle d'individus préférant la capture à la mort immédiate. Il s'agissait donc certainement d'être intelligents - toujours dans la définition Endorienne du terme, bien spécifique à elle en comparaison des termes galactiques.

                    Leur morphologie mise à part, ils semblaient étrangement avoir quelques similitudes avec les Ewoks. Leur caractère primitif, leurs connaissances de la nature environnante et leurs actions groupées ressemblaient mystérieusement à celles qu'employaient les petites boules de poils. Était-ce une caractéristique commune à toutes les espèces intelligentes de la lune d'Endor ? Ou peut-être que ces boules sur tige étaient de lointains cousins de la famille Ewok ? Peu de réponses pouvaient être trouvées sans d'avantage de renseignements sur leur communauté.

                    Et c'est justement vers celle-ci que Kath et son compagnon dont il n'avait strictement aucune information semblaient se diriger, puisque ceux qui venaient de les capturer s'étaient silencieusement mis en route à leurs côtés - leurs lances toujours pointées dans le dos des deux visiteurs. Et l'étrange mélodie, elle, continuait toujours à répandre sa grâce à travers la majestueuse forêt de cette contrée inconnue...

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                      Post n°28
                      Auteur : Kath Aplazm

                      Spoiler : Fond musical
                      [Flash unavailable]


                      Le flot des paroles de Kath étaient reçues par l'étranger comme un roc impassible accueille les vagues. Rien de ce que disait le novice n'aurait pu perturber ce guide taciturne, dont les larges mouvements faisaient avancer la barque sur les eaux tantôt calmes, tantôt plus brusques du Chureelung. Au fil des minutes, le jeune homme finit par perdre patience et cessa de bombarder l'homme de questions et d'anecdotes inutiles. A quoi bon ? Les seuls mots qu'avaient prononcé le vagabond -car c'était bien ce que à quoi il ressemblait avec ses vêtements sales et délavés- n'avaient pas chassé l'impression qui habitait Kath d'être en train de parler à un mur.

                      Mais cette maigre réponse, prononcée sur un ton rieur mais étrangement froid, offrait plus d'information sur l'étranger qu'on ne pouvait s'en douter. Kath mit plusieurs silencieuses minutes à se rendre compte que l'homme l'avait appelé par son titre au sein de l'Ordre Jedi, sans qu'il l'ait lui-même précisé. Etait-il à ce point flagrant qu'il n'était qu'un simple initié ? Ou était-ce là une simple supposition de l'étranger étant donné le fait que Kath ne portait pas l'arme traditionnelle des Jedi à sa ceinture ? Quoiqu'il en soit, l'homme ne semblait pas ignorer les coutumes Jedi. Entre cela et son apparente connaissance des lieux et du fleuve, il ne pouvait s'agir d'un simple mercenaire. Un voile de mystère continuait à entourer ce personnage énigmatique, mais Kath ne se risqua pas à tenter de le démasquer une nouvelle fois ; les quelques vêtements qu'il portait encore étaient à peine secs et il redoutait un nouveau plongeon dans le fleuve maudit.

                      Au fil des minutes, la pluie se fit plus fine, plus douce encore. Les premières lueurs du jour perçaient le voile des nuages et d'un brouillard qui commençait lentement à se dissiper, comme pour annoncer une nouvelle frontière dans les contrées sauvages de la lune forestière. Kath regarda avec admiration les arbres, plus verts et plus grands que partout ailleurs, percer le flanc des collines et des rives. Aussi majestueux que l'arbre qui dominait le lac Fektur, quoi que plus petits, ils ressemblaient aux géants des histoires pour enfants : tranquilles, sages, mais également puissants et immortels. L'Alderaani s'était déjà plusieurs fois extasié devant la nature d'Endor, mais cette vue lui offrait un émerveillement nouveau. Muet, il se contentait de se cramponner à la barque, son regard caressant les berges du Chureelung, à la recherche de vie. Mais seul le silence de la mort répondit à son appel d'espoir. Pas un oiseau, pas un animal des bois, ne vint percer la sombre litanie des flots.

                      Soudain, le mouvement de la barque ralentit sur les eaux, car les mouvements du sauveur de Kath s'étaient fait plus modérés. L'homme encapuchonné semblait alerte, quoique le novice ne put jamais apercevoir les traits de son visage. Ouvrant l’œil et dressant l'oreille, Kath put finalement distinguer ce qui avait sans doute attiré l'attention de son compagnon de fortune : des bruits, réguliers mais discrets, s'élevaient de la forêt, comme si la barque et ses occupants étaient observés et suivis. Le jeune homme jeta un regard inquiet en direction de la rive gauche. Il avait cru apercevoir une silhouette, mais celle-ci s'était déplacée avec tant de célérité et de discrétion qu'il aurait très bien pu avoir rêvé. Perplexe, il se massa les épaules à l'aide de sa main valide et se secoua de gauche à droite. La brise était douce, mais il commençait à attraper froid dans cette atmosphère angoissante.

                      Un petit oiseau vint se poser sur la barque, non loin du novice. Kath l'observa avec étonnement comme un chant, grave mais mélodieux, presque irréel, émanait de la forêt. Qu'est-ce que cela voulait dire. L'étranger déplaça lentement la barque, qui était pratiquement immobile sur le fleuve, vers la rive. Il prononça quelques mots que le novice n'entendit pas. Kath était captivé par cette chanson dont il ne comprenait les paroles. Sa mélodie semblait s'échapper du tronc de ces arbres dont il n'avait cessé d'admirer la grandeur. La forêt l'invitait-elle à la rejoindre ? Etait-elle prête à le pardonner pour ses fautes, au bout du long chemin d'expiation qu'il avait traversé ? Il en avait secrètement rêvé, mais son esprit fatigué ne pouvait en être certain.

                      Perdu dans ses rêveries, Kath mit quelques instants à comprendre que la barque, dirigée par l'habile conduite de son capitaine, venait d'accoster contre la rive. L'étranger, lâchant les rames, s'était précipité sans un mot sur le sol humide de la berge et avait pénétré dans la forêt. Secouant la tête, le novice mit également pied à terre.


                      - Eh, attendez !

                      La silhouette encapuchonnée ne daigna pas lui répondre ; tout juste lui accorda-t-elle un regard en coin, comme pour vérifier qu'il était encore en vie. Kath prit quelques secondes pour caler la barque le long des flots avec quelque rondin ou pierre trouvé ça et là, afin que le torrent n'emporte pas l'embarcation, puis courut rattraper l'étranger, qui n'avait pas pris la peine de l'attendre.

                      - Où allez-vous comme ça ? Faites attention ! La lune est pleine de maraudeurs, ou pire...!

                      Torse nu et frigorifié, et encore un peu engourdi, le novice eut quelques difficultés à suivre les pas de son acolyte. Il évitait avec soin les racines et les flaques de boue, mais cela lui prenait un temps et une énergie considérable malgré son entrain et le plaisir qu'il avait d'enfin retrouver la terre ferme. Sans son épieu Ewok, qui lui avait longtemps servi de bâton de marche, il devait s'en remettre à ses membres fatigués pour évoluer au milieu de la forêt et sa main blessée ne faisait que le ralentir. Évoluant à plusieurs dizaines de mètres de son sauveur, il dut concentrer toute son énergie et sa concentration à ne pas perdre l'homme de vue. Bon sang, jusqu'où comptait-il aller ?

                      L'Alderaani s'immobilisa soudainement, les bras figés dans une position étrange et les genoux pliés. Ses tempes lui faisaient mal. Il savait désormais ce qu'une telle sensation voulait dire. S'il avait encore du mal à interpréter les signaux que lui envoyait la Force, il ne prenait plus ses avertissements à la légère. Quelque chose d'instinctif en lui lui disait de ne pas s'avancer plus loin que de raison. Etait-ce les chants, qui avaient continué tout le long de leur traversée des bois, qui lui faisait cet étrange effet ? Réticent à l'idée de s'aventurer dans le sillage d'un homme qui ne lui avait donné aucune garantie d'amitié, si ce n'était de lui avoir sauvé la vie -pour quelle raison au juste ?-, le novice envisagea même de tourner les talons et de rejoindre la barque abandonné le long du fleuve.

                      Au bout d'une poignée de secondes, s'étant fait à l'idée de ne pas continuer, Kath initia un mouvement lent de recul. Mais en se retournant, quelle ne fut pas sa surprise de se retrouver nez-à-nez avec une horde de créatures poilues, rondes et dressées sur des échasses qui devaient leur servir de jambes. Avec un cri de surprise, Kath prit immédiatement ses jambes à son cou en direction de l'étranger. Dix mètres plus loin, il manqua de peu de se faire percer le flanc par l'une des lances primitives qui l'entouraient de façon menaçante pour lui interdire le passage dans la forêt.


                      - Je..Je...Je me rends !
                      , balbutia l'Alderaani en levant les bras en l'air, les traits tirés dans une expression crispée. Un simple regard alentour lui indiqua que l'homme encapuchonné avait lui aussi été interpellé par ces étranges créatures des bois. Leurs membres fins et gracieux contrastaient avec leurs corps trapus et poilus, qui rappelaient ceux des Ewoks. Se pouvaient-ils qu'ils soient des cousins des Naa'Fruu ? Leurs yeux étaient cependant bien plus grands et leurs narines proéminentes tranchaient avec les visages d'ourson des alliés des Jedi.

                      Kath hésita un instant à combattre. Mais il connaissait l’opiniâtreté, la combattivité et l'habileté des Ewoks, pour les avoir maintes et maintes fois vus à l’œuvre. Blessé et désarmé, il n'avait de toute façon aucune chance et mettrait sans doute la vie de son compagnon en danger. Mieux valait se rendre et espérer que ces nouvelles bestioles n'aient pas l'idée saugrenue de vouloir les rôtir à la broche, sort qui avait failli attendre Uriel et Kath plusieurs jours -ou semaines, maintenant, qui le savait vraiment ?- plus tôt.

                      - Ee chee wa maa...
                      jura Kath dans un Ewokese approximatif, que n'aurait toutefois pas désapprouvé Woopee s'il avait été présent. Le novice s'étonna d'avoir recours à la langue des Ewoks à cet instant. Peut-être avait-il tout de même appris l'une ou l'autre chose à leur contact, finalement... mais ces onomatopées ne le mèneraient pas bien loin. ...Vous êtes fier de vous ?

                      Cette remarque pleine de reproche et d'impertinence s'adressait à l'étranger, près duquel Kath avait été ramené sous la pression des pointes acérées des armes des autochtones. Kath l'avait faite à mi-voix, se forçant à sourire aux créatures et à leur adresser des gestes de respect, dans l'espoir de les apaiser.

                      - Euh... chers...euh...z'amis ? Chers amis ! Nous venons en paix, oui...en paix ! Pas la peine de vous énerver, on ne fait que passer, on va repartir pas vrai, hein... (Kath adressa un coup de coude faussement complice à son camarade encapuchonné) ..mon pote ! Allez, dites-leur qu'on ne leur veut aucun mal !

                      S'il tentait de garder contenance, Kath avait bien du mal à calmer le tremblement de ses jambes. Après avoir survécu aux mercenaires de Beemen, aux Sanyassans, au dragon de la Montagne et au fleuve Chureelung, l'Alderaani aurait espéré arriver à la fin de son périple. Il semblait pourtant que les ennuis ne faisaient que s'accumuler, et cela n'allait pas en s'améliorant. Kath et son compère furent emmenés plus loin dans la forêt sans qu'on leur réponde, loin du fleuve et de ses eaux glaciales. Pas nécessairement pour un mieux.

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                        Post n°29
                        Auteur : Kath Aplazm

                        La traversée de la forêt avait les contours flous et les couleurs pâles d'un songe. Bercé par la douce mélodie des arbres, Kath, l'étranger et la troupe mystérieuse avançaient lentement. Leur pas lent se mêlait au bruissement des orties et des brindilles, ajoutant une infime percussion au concert des bois. Cric, crac, pouf. Ces échos résonnaient aux oreilles de l'Alderaani comme le son monotone mais rassurant d'un métronome ou d'une horloge. Le temps passait, doucement, mais leur dernière heure n'était pas arrivée. De cela, il avait la conviction profonde.

                        Au détour d'un chemin, près d'un petit totem de pierre primitif, le paysage changea. La forêt touffue s'était muée en verdoyantes plaines, percées par endroit de fontaines et de ruisseaux, sous un ciel bleu azur. Le soleil brillait au zénith, éclairant au loin les murs imposants d'une cité d'où s'échappait des rires et des chants. Kath se frotta les yeux d'un revers de sa main valide, puis se pinça vivement pour s'assurer qu'il ne rêvait pas. Ce paysage idyllique ressemblait à s'y méprendre à la campagne qui entourait les faubourgs de son Aldera natale. La fatigue lui avait-elle fait perdre la raison ?

                        Le novice jeta un œil à sa droite et à sa gauche, scrutant les réactions des créatures qui l'escortaient. Celles-ci s'étaient immobilisées, la mine si grise qu'on les aurait aisément confondues avec les statues qui agrémentaient les jardins luxuriants d'Alderaan. Tous leurs regards étaient braqués sur un promontoire placé en évidence au milieu d'un carré d'herbe, à quelques mètres de là. Intrigué, Kath l'observa de longues secondes en silence, dans l'espoir peut-être que quelque chose se passe. Il chercha aussi des yeux l'étranger encapuchonné, mais celui-ci semblait s'être volatilisé.

                        Au bout de plusieurs minutes à ne faire qu'écouter le souffle de la brise, Kath se décida à avancer prudemment vers le promontoire de pierre, veillant bien à ne pas contrarier ses veilleurs. Pas un n'esquissa un geste. Kath s'arrêta tout d'un coup. Avec une moue dérangée,il rebroussa chemin vers la forêt. Le novice avait déjà vécu une scène similaire, quoique moins joyeuse, dans les marais menant à la Montagne Noire : il savait que rien de tout ceci ne pouvait être naturel. Si la Force n'était pas à l’œuvre ici, il devait être pris d'hallucinations ou piégé par les artifices malsains d'un quelconque sorcier. Quoiqu'il découvre auprès de ce promontoire, cela ne pouvait lui apporter que de nouveaux ennuis.

                        Et pourtant... Et pourtant sa curiosité le démangeait. Pourquoi la Force avait-elle choisi de lui montrer Alderaan ? S'il se plaignait souvent de la lune forestière et de sa météo, il ne regrettait pas vraiment d'avoir quitté sa planète natale. Certes, il avait fait plus de mal que de bien à son arrivée au Sanctuaire, mais il avait tout de même plus sa place ici que parmi ses concitoyens alderaanis. Une manifestation de son subconscient ? Haussant les épaules, Kath reprit sa marche vers les arbres. Cependant, à mesure qu'il avançait vers l'orée de la forêt, ses genoux le faisait souffrir et ses pieds lui paraissaient de plus en plus lourds. Conscient du fait qu'il s'agissait sans doute d'une nouvelle vision, Kath ne se découragea pas et continua.

                        Mais au bout d'une minute, la douleur commença à devenir insoutenable et il tomba sur les fesses pour prendre ses jambes endolories entre ses bras. Un coup d’œil derrière son épaule le fit tressaillir. La vision bucolique s'était changée en vaste terre de feu. Le sol verdoyant s'était craquelé, percé de geyser, et les calmes ruisseaux ressemblaient maintenant à des coulées de lave. Autour de lui, les créatures s'étaient retournées et le fixaient avec des yeux perçants dans lesquels brillait une lumière inquiétante. Enfin, le promontoire, encore visible au loin, s'était mué en une large statue représentant un guerrier à l'aspect terrifiant. Pris d'une douleur au front, Kath tomba en arrière et ferma les yeux.

                        Quand il les rouvrit, il était seul, à genoux en face de la statue. Il voulut bouger, courir, mais ses yeux restaient inlassablement collés à la figure de pierre. Le personnage portait des habits de Jedi, semblables à ceux de l'étranger. L'homme était-il de mèche avec les créatures, n'était-il qu'une autre manifestation de l'Ombre de la Montagne ? Après tout, il avait bien surgi de nulle part sur le Chureelung, rien ne garantissait qu'il ne fut pas lui aussi l'un des habitants maléfiques des contrées sauvages d'Endor.
                        En regardant de plus près les traits de la statue, Kath changea d'avis : il ne s'agissait pas de l'étranger à la barbe touffue. Ce visage était plus jeune, plus émacié... Ces traits étaient les siens. Pris d'une soudaine chair de poule, Kath sentit ses liens invisibles se desserrer. Libre, il sauta sur ses jambes et recula de deux bons mètres avant de buter sur un objet mou. C'était l'une des créatures, maintenant prostrée à ses pieds, en signe de vénération. Qu'est-ce que cela voulait dire ?

                        Kath s'administra une série de claques violentes, conscient d'encore se trouver sous le coup d'un champ de Force très puissant. Il n'attendait qu'une chose : la fin de ces cauchemars immondes, auxquels il ne cherchait plus de signification profonde. Mais comme son excitation grandissait, le décor se fit plus sombre et le ciel se mit à gronder. Pour éviter la tempête qui s'abattit soudainement sur le lieu, Kath se jeta sous la statue, dont l'envergure lui offrait un couvert bienvenu. Plusieurs minutes passèrent et l'Alderaani sentait peser sur lui le regard de son double de pierre. L'orga e violent décochait des éclairs qui déchiraient le ciel et le tonnerre grondant annonçait l'arrivée d'un danger imminent.
                        Un instant plus tard, la foudre s'abattit, faisant s'écrouler le colosse de granit sur un Kath abasourdi.


                        ...

                        - Ah !

                        Le novice Kath Aplazm se sentit frissonner. L'air se faisait-il plus froid, ou était-ce juste cette bizarre impression d'avoir vécu un instant hors de son corps ? Derrière et devant lui, la troupe des créatures avançait toujours, portée par les chants environnants. A quelques mètres, Kath aperçut l'étranger qui se reposait contre le petit totem en pierre sombre qu'il avait déjà aperçu. Pas de doute, le groupe venait de franchir une sorte de frontière. Vers où les menait-on ? Dans le lointain, des huttes commençaient à émerger au sommet des arbres. Un instant, le novice crut que la troupe était de retour au Sanctuaire Jedi. Mais ce n'était pas possible car ils s'en étaient bien trop éloignés.

                        Des silhouettes semblables à celles de créatures qui composaient l'escorte pointèrent hors des petits bâtiments construits avec des matériaux locaux, mais avec une habileté impressionnante et un sens architectural indéniable. Pas de doute, il s'agissait du repère des "Longues Jambes". Pourquoi les avait-on amené ici ? Kath et son compagnon mystérieux allaient devoir le découvrir...

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                          Post n°30
                          Auteur : Kath Aplazm

                          Deux jours. Deux jours entiers qu'il était attaché à cet arbre.

                          Les yeux ouverts malgré la fatigue, des tisons brûlants à quelques centimètres de ses pieds nus, Kath avait compté les heures depuis que ce rêve éveillé s'était transformé en cauchemar.

                          D'abord, il y avait eu cet accueil qui leur avait semblé chaleureux, à son compagnon barbu et lui. Et puis... Un torrent de violence, comme si le temps était enfin venu de payer pour les souffrances infligées à la forêt, au bout de ce voyage expiatoire. L'Alderaani avait regardé son compagnon se faire rouer de coup par des vagues de bâtons rudimentaires. Son corps était resté inerte, dans la boue, quelques quatorze heures durant, avant qu'un garde vienne le traîner pour le jeter hors de vue. Kath, lui, avait été privé de tout, si ce n'était d'un court pagne qui ne préservait guère le peu de dignité qui lui restait.

                          On l'avait attaché, fouetté maintes fois pour s'assurer que la position inconfortable dans laquelle il se trouvait, ficelé contre un tronc, soit définitivement suffisante pour lui empêcher de fermer l'oeil. Au début, il avait crié. Mais les mots avaient vite tari dans son gosier desséché. Son esprit brisé n’essayait même plus de comprendre ce qui lui était arrivé. Il n'implorait plus la Force, dont le battement contre ses tempes s'était fait à chaque seconde moins audible. La pluie avait repris comme jamais, fouettant son torse mais épargnant ses pieds de brûlures d'un bûcher allumé à la hâte près de lui.

                          Qu'ils aient été des Ewoks, des Sanyassans déguisés ou quelque autre créature forestière mystérieuse, l'identité des Longues Jambes n'importait plus à présent. Leurs intentions n'avaient jamais été de discuter en paix. Ils voulaient simplement finir le boulot abandonné par les Naa'Fruu et les bêtes des montagnes. Cruels, masqués et sans pitié, ils ne réagissaient pas aux suppliques ni même aux pardons. Leur seul mot d'ordre semblait être la violence, dans sa forme la plus dénudée: gratuite, aveugle et sans retenue.

                          Les poings du novice Jedi se desserrèrent lentement, laissant couler au sol des gouttes d'un sang rouge qui devait se mêler à la boue noire. Ses membres faibles pendaient ballant au bout des cordages qui le raccrochaient à son perchoir. Au dessus de lui, des oiseaux de proie riaient, envisageant leur festin prochain. Et, inlassablement, le claquement du fouet rythmait le silence du jour.

                          Au bout de la quarante-neuvième heure, un des liens rompit, abandonnant à la gravité le corps sans vie du garçon qui n'avait jamais eu l'occasion de réellement grandir. Ses yeux étaient enfin clos, sa bouche ouverte crachait le râle inaudible de l'agonie. D'un coup de machette décidé, un des gardiens trancha les autres liens et le cadavre tomba dans les cendres mouillées du bûcher, quelques mètres plus bas. Personne dans le village des Longues Jambes ne bougea. Sans doute avaient-ils déjà supposé que l'Alderaani était mort depuis plusieurs heures. Un garde solitaire finit néanmoins par s'approcher, épieu au poing. Sans doute pour finir la besogne, l'air pataud et alcoolisé. Il retourna le garçon et le secoua une ou deux fois avant de trancher ce qui lui restait de liens. Un de plus pour la fosse commune?

                          Grossière négligence.

                          Un poing ferme se referma sur sa gorge. Il l'écarta d'un geste surpris de son bâton pointu avant de grogner, infligeant un coup sec à ce cadavre récalcitrant qui n'en finissait pas de ne pas mourir. Surprise, l'objet se brisa net alors que de nouveaux doigts encerclaient sa gorge frêle, étouffant ses cris d'alerte. Un instant plus tard, il gisait les quatre fers en l'air, les yeux révulsés. La foule attentive des oiseaux s'envola, accueillant comme un miracle ce souper copieux qui lui était offert. Ils oublièrent un instant le garçon que la vie n'avait pas quitter pour s'en prendre à l'autre, ne laissant derrière eux qu'un tas dos rongés.

                          Quand retentit la cloche du village, on remarqua que le supplice était terminé. La place semblait vide, quoique maculée de sang et d'un squelette qui n'était pas humain. Quelques mains grattèrent quelques fronts, mais tout le monde finit par applaudir cet épilogue macabre qui voyait une fois de plus la forêt triompher de ses envahisseurs. Chacun rentra chez soit, l'un ou l'autre se demandant tout de même où pouvait bien se trouver 'Dorgi' à cette heure. N'était-il pas de garde? Bah!

                          Dans un trou, non loin de là, une silhouette noire pansait les plaies d'un jeune homme aux yeux ouverts. Ses pupilles jaunâtre fléchissaient l'or d'un anneau brillant. Ses muscles tremblaient, meurtris. Il était en vie, et il le devait à la Force. Pas celle qui tambourinait dans sa tête et avait calmé ses nuits agitées, mais bien celle qui coulait dans chacune de ses veines. Ses chaînes étaient brisées, il était libre.

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                            Post n°31
                            Auteur : Kath Aplazm

                            Le vent sifflait dans les branches, les oiseaux chantaient doucement le lever du jour. La rosée --ou était-ce encore la pluie?-- perlait sur les feuilles des arbres et son odeur fraîche se mêlait à celles des multiples fleurs qui croissaient lentement au milieu de la jungle luxuriante. Au milieu du semi-silence matinal, des bruits sourds, presque imperceptibles, traçaient dans l'air une mélodie lointaine. Comme des tambours silencieux, une cohorte de pieds foulaient l'herbe, les racines et les branchages avec légèreté et discrétion. A un moment donné, le bruit des pas s'estompa, se transformant en un concert plus bruyant de reniflements sonores.

                            Des jours, des semaines, des mois qu'ils le traquaient. La sale bête avait disparu aussitôt leur attention relâchée, en profitant au passage pour emporter la vie d'un des leurs. S'il était une chose que les Longues Jambes ne pardonneraient pas, ce serait ce genre d'affront. Et pourtant, fait est qu'ils commençaient à perdre autant courage que patience. La traque avait jusqu'ici été infructueuse, bien qu'ils aient suivi la trace de leur proie sur des dizaines de kilomètres. Un bandage, une goutte de sang, une trace de pas dans la boue: ils n'avaient rien manqué qui puisse les mettre sur la voie de l'humain qui avaient souillé leur terre sacrée par le meurtre. Et pourtant...et pourtant, ils ne l'avaient jamais repris, mort ou vif. Aussi étrange que cela semble, l'animal blessé leur filait toujours entre les doigts, à la faveur du climat changeant et de nouveaux pouvoirs mystérieux qu'il semblait s'être découverts. Un instant il leur paraissait qu'il était là, sur un rocher ou un tronc, l'instant d'après il avait disparu, comme emporté par le vent. A quelque autre occasion il leur avait paru qu'il s'était nourri de leurs provisions pendant la nuit, car il leur manquait des victuailles, et que c'était la seule explication plausible pour expliquer que le bougre ne soit pas encore tombé d'inanition, mais encore une fois, aucune trace de lui. C'était comme chasser un fantôme espiègle.

                            Plusieurs membres de la troupe de chasseurs s'en étaient déjà retourné au village. Ne restaient qu'une poignée de combattants résolus, que le moral d'acier et le talent pour la chasse avaient mené bien loin à l'est de leurs terres. Quoiqu'ils maîtrisaient encore bien leur géographie et ne s'étaient pas encore avoués perdus, ils commençaient doucement à ne plus reconnaître les environs depuis quelques temps: loin derrière eux se trouvait le lit du Chureelung dorénavant. Ils avaient failli rebrousser chemin un jour ou deux auparavant, mais avaient fini par se raviser quand une nouvelle piste les avaient galvanisés: sur les bords du fleuve, le corps sans vie d'un Ewok de la tribu Naa'Fruu avait semblé témoigner d'un passage récent d'au moins un groupe de personnes, peut-être en lien avec leur fugitif. Ils avaient consciencieusement analysé les atours du cadavre apparemment noyé et en décomposition; celui d'entre eux qui parlait l'Ewokese avait reconnu sur son pagne des signes: "Woopee". Au moment de les déchiffrer, il leur sembla à tous avoir entendu un sanglot, semblablement venu de la forêt. Etaient-ce les arbres qui pleuraient l'un de leurs adorateurs? Ou alors... Ils s'étaient remis en marche.

                            Alors que les quatre --ou cinq ?-- traqueurs arrivaient au bord d'un précipice dans la forêt, les yeux fatigués mais alertes, l'un d'eux émis un puissant cri. A quelques mètres de distance, de l'autre côté du ravin par lequel s'écoulait un ruisseau à plusieurs mètres en contrebas, se tenait une forme, prostrée à quatre pattes. Elle ne ressemblait pas au garçon qu'ils avaient capturé voilà cinq ou six mois. A vrai dire, ils n'avaient jamais vu une telle silhouette. Sombre, meurtrie, presque nue... on avait peine à croire qu'il puisse un jour s'être agi d'un homme. Mais les regards expérimentés des chasseurs ne les trompaient pas: ils touchaient enfin au but. Cette fois-ci, il ne s'échapperait pas.

                            A cours de flèches à force d'en avoir usées sur du petit gibier qui leur avait servi de pitance pendant de longs mois, les pisteurs devaient s'en remettre à leurs épieux et leurs machettes, prestement. Le premier lança son javelot vers sa cible mais manque son coup de peu. La créature ne bougea pas. Deux autres chasseurs portèrent au troisième un tronc auquel il attacha de la corde en un instant afin de fabriquer un pont de fortune au-dessus du ravin. Il ne leur suffirait pas d'abattre le monstre, il leur faudrait aussi sa peau à ramener en trophée au village; sans cela, jamais ils n'apaiseraient l'âme de Dorgi. Le dernier chasseur hurlait des insultes dans son langage étrange à la proie qui ne bougeait plus, comme morte.

                            Quelque minutes suffirent pour dresser un passage sur lequel les pieds lestes des Longues Jambes n'eurent pas de mal à se dresser. Tous grognaient de rage et de satisfaction d'enfin apercevoir la fin de la chasse. Resté en retrait pour ajuster l'unique flèche qui lui restait sur la corde de son arc, le dernier des chasseurs n'eut pas le temps de crier pour avertir ses camarades du danger dont il venait à peine de prendre conscience. En une poignée de secondes, un vacarme assourdissant retentit et le tronc se fendit en deux, faisant tomber les pisteurs qui tentèrent tant bien que mal de se raccrocher les uns aux autres.

                            Il fallait craindre la bête blessée. Dans un ricanement rauque, loin d'exprimer de la joie, la silhouette se releva. Dressée sur ses deux pieds, elle toisait le chasseur rescapé qui, lui, l'avait d'yeux que pour les corps sans vie ou agonissant de ses compagnons dont les os devaient s'être rompus dans leur chute. Reprenant contenance l'instant d'après, il constata que leur ancien captif n'avait à nouveau pas bougé. Mais cette fois-ci, il donnait clairement signe de vie: ses muscles, bien plus développés que dans ses souvenirs, semblaient bandés et prêts à le voir bondir. Le visage d'adolescent attardé avait laissé la place à un masque de boue auquel s'ajoutait un barde plutôt fournie, au milieu de cheveux gras et longs qui lui descendaient jusque sur les épaules. Etait-ce vraiment celui qu'ils étaient venus chercher?

                            Le Longue-Jambe ne se posa pas plus de questions et décocha sa flèche qui n'atteint pas son but. Ou plutôt si, mais elle se trouvait à présent dans la main de sa cible, qui la rompit d'un geste brusque et lança ses morceaux contre un roc.


                            - Va t'en.

                            L'homme avait parlé d'une voix rauque et sombre, mais ses mots étaient distincts. Le traqueur ne réagit pas à son injonction mais sortit de son paquetage un couteau long d'un bon pied, l'air carnassier. Il n'était pas venu si loin pour abandonner, et ses amis devaient être vengés.

                            - Va t'en.

                            La voix cassée s'était faite plus insistante, mais le langage corporel de l'homme était toujours aussi impénétrable, quoique menaçant. Les battements de ses cils étaient autant de petites lames qui mitraillaient virtuellement le corps poilu du dernier des chasseurs, son regard portait avec lui le vent froid de l'hiver. Plus une trace de la joie de celui qu'ils avaient un jour capturé dans la forêt: était-ce vraiment celui qu'ils étaient venus chercher?
                            Un râle soudain coupa l'affrontement à distance des deux combattants: l'un des traqueurs avait survécu à sa chute et se remettait à peine sur pieds. Il tentait à présent de remonter le ravin en grimpant difficilement, non sans avoir au préalable confirmé que ses compagnons étaient bel et bien morts.
                            Le chasseur n'eut pas le temps de monter bien haut, car l'épieu qu'il avait lui-même lancé le transperça dans le dos et précipita une nouvelle chute, fatale cette fois.


                            - Tuer, ou être tué. ...Le seul chemin.

                            Cette fois, l'homme semblait se parler à lui-même. Il était retombé sur ses genoux après avoir lancé l'épieu, à bout de force.

                            - Elle m'a libéré, mais elle est ma prison. Jamais plus la même chose... Liberté, c'est ça que je veux..la liberté.

                            L'homme avait étendu sa carcasse de tout son long à présent. Le chasseur avait de son côté pris de l'élan. Le fou tenterait-il de se propulser de l'autre côté du ravin par la seule force de ses membres postérieurs ? L'instant suivant, il courait en direction du vide, ses affaires derrière lui ainsi que ses armes: il n'aurait besoin de rien pour achever ce cadavre ambulant qui semblait avoir déjà usé ses dernières forces dans la bataille. Au prix d'une frayeur non dissimulée lorsqu'il atterrit, le Longue-Jambe parvint à franchir le précipice de justesse. S'étalant au sol à quelques mètres seulement de sa proie, il se jeta sur ses pieds et, l'air carnassier, tira de sa ceinture une dague qu'il cachait encore. C'en était fini de ce salopard...!

                            Une volée de flèches le stoppa net dans son mouvement. Transpercé de part en part, le Longue-Jambe n'eut même pas la force d’ hurler et s'écroula en arrière, rejoignant les cadavres de la troupe tout en bas de la falaise. Des rires gras couvrirent subitement les chants des oiseaux en cette matinée brumeuse.


                            - Alors, Jédaaaaï..On faaaait un somme...?

                            Le corps inerte ne réagit pas, mais ses lèvres grincèrent:

                            - Les Sanyassans...

                            - Nous découper toi..et puis manger toi. Vivant. Puis les Longues Jambes. Ou l'inverse. Nous très faim et nombreux, haha!

                            * * *


                            Kath se réveilla en sursaut, haletant. Il se tenait la poitrine et dût attendre plusieurs secondes pour se calmer complètement. Il ne prêta pas attention au sorcier Longue-Jambes qui tournait autour de lui en mélangeant encens et vapeurs. Encore un de ces rêves... Combien en avait-il fait? L'expérience de la Force était ici très troublante: tous semblaient la cultiver, l'adorer, au point de faire de lui un être mystique, mais les drogues qu'on lui administrait depuis de nombreux mois ne faisaient que le rendre plus paranoïaque. Etait-il un ennemi de ces indigènes, ou était-il malgré lui devenu une pythie? Etait-il cet animal blessé de la forêt, ou existait-il encore en lui une once du Jedi qu'il n'avait jamais réussi à vraiment être ? Il tourna les yeux vers une silhouette encapuchonnée dans le fond de la hutte.


                            - Combien de temps, combien encore ?

                            - Patience, novice, patience.

                            - Le chemin est-il encore long ?

                            - Celui qui mène vers l'aube ? Pour toi, et pour eux, ...
                            (Il pointa vers la sortie de la hutte, mystérieusement.) ...il l'est encore, je le crains.

                            - Alors quand...?

                            - Patience, novice, patience.


                            L'homme releva son capuchon et sourit paternellement, découvrant son visage de vieillard. Kath s'apaisa à la vue rassurante de son compagnon, veilleur... et mentor.


                            - ...Mes excuses. Et encore merci, maître Vendar.

                            - C'est "maître Olorin" pour toi, bougre d'Alderaani.

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                              #33

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                              Auteur : Kath Aplazm

                              Des rêves --des cauchemars-- comme celui d'hier, Kath en faisait régulièrement. En fait, à chaque fois que ses hôtes le sollicitaient, à peu près tous les trois jours. Il lui fallait toujours plusieurs heures pour se remettre de ses songes agités et trouver la paix lui était impossible malgré les injonctions du vieux Olorin.
                              Assis sur une couche de feuille, enfermé dans une hutte à l'écart du village, l'Alderaani restait pensif, les yeux ouverts, la tête entre ses mains caleuse. Observant son reflet dans l'eau d'un seau qu'on lui avait amené pour qu'il puisse se rafraîchir, il constata qu'il avait l'air fatigué: des cernes lui cerclaient les yeux et de légères rides striaient son front. S'il ne se connaissait pas aussi bien, il se serait facilement donné dix années de plus que ses vingt-trois ans. Ou était-ce vingt-quatre? Le temps qui s'écoulait au ralenti dans cet endroit lui avait fait perdre toute connaissance de l'évolution du cours des calendriers républicains.

                              Il caressa sa barbe naissante, noua en une queue-de-cheval disgracieuse ses cheveux mi-longs et tâcha d'avoir l'air présentable. Il s'arrêta en plein cours de cette toilette improvisée. A qui ce rituel mondain était-il destiné ? Qui devait-il encore impressionner ici? Le vieux maître, les Longues Jambes ? ...Saecha ? Kath eut un rire silencieux, nerveux. Les visages de ses compagnons lui revenaient parfois lorsqu'il rêvait éveillé. Mais, endormi, il ne voyait que leurs cadavres. Woopee, Bareman, Saecha, Uriel,... Nass. Ce diable de Nass. Que n'aurait-il pas donné pour le revoir, lui, en cet instant ? Kath n'aurait jamais cru avoir à regretter son vieux maître.

                              Il fallait dire que, si le temps se faisait long en ce village isolé dans la jungle, la solitude était vraiment la chose la moins supportable. Les "Longues Jambes" --des créatures que l'on nommait les Yuzzums, apparemment-- ne lui prêtaient guère d'attention en dehors des moments où leurs shamans venaient lui administrer quelque substance hallucinogène dans un but qui lui était toujours inconnu. Quant à Olorin Vendar, il apparaissait et disparaissait au gré du vent, intimant juste à celui dont il avait fait son élève de rester en place et de se laisser faire.

                              Le vieillard lui-même n'avait dévoilé que peu de choses sur sa personne: passé son mutisme initial, il avait fini par révéler son identité de maître Jedi, visiblement à contrecœur, ce qui avait surpris Kath avant de la rassurer. Le bougre n'avait cependant jamais daigné répondre à aucun des questions qui lui étaient posée sur l'état du Sanctuaire, le devenir des compagnons de Kath, la Montagne noire, les Sanyassans ou quoique ce soit. Tout ce mystère avait conduit Kath à se demander si le vieil homme ne lui montait pas un char et n'était pas de mèche avec ces indigènes qui l'assaisonnaient depuis si longtemps.
                              Trop fatigué et rompu pour aller à leur encontre, l'Alderaani en était venu à se demander s'il ne valait pas mieux qu'on le mangeât tout de suite, pour écourter son supplice. Au début, il avait tenté de résister à ses hôtes-geôliers, mais la vue de leurs monstrueux Rakazzaks --des sortes d'araignées apprivoisées avides de sang-- l'avait rapidement refroidi et il avait abandonné tout plan de résistance. Depuis lors, il coopérait, sans savoir bien à quoi, ni pourquoi. Tout ceci devait faire partie d'un enseignement tordu de Jedi, si le vieil Olorin en était bien un. Après tout, c'était bien le style des maîtres, d'être tordus et mystérieux.

                              Kath se coucha, les pieds en tailleur, les mains derrière l'occiput. Il était éreinté. A en juger par la lumière qui traversait le toit en brindille de la hutte, il ne devait pas être midi. La nourriture qu'on lui donnait et les drogues dont on l'imbibaient l'empêchaient de se reposer convenablement et le gardaient tout juste en vie. Il n'était pas prisonnier --en tout cas on ne le lui avait pas signifié--, mais c'était tout comme. Et à quoi bon être libre si l'on n'avait pas la force de s'en aller ?


                              - Très juste.

                              Kath se retourna vers la voix derrière lui. Depuis combien de temps Olorin était-il là, à l'observer ? Le jeune homme déglutit mais ne dit rien, sentant le maître si discret prêt à parler.

                              - Tu es un être très curieux, Kath Aplazm, dit le vieil homme, qui avait laissé tomber son manteau pour dévoiler ce qui semblait être une bure de Jedi, sale mais étrangement lumineuse dans la semi-pénombre. ...Tu es le novice à la fois le plus doué et le plus médiocre qu'il m'a été donné d'observer.

                              Kath ne réagit pas. Ce genre d'insulte déguisée en observation était un quotidien auquel il s'était habitué.

                              - ...Tes observations ne sont pas mauvaises, pas mauvaises du tout. Mais tu ne les imbriques pas dans de plus larges réflexions. "A quoi bon être libre si l'on n'a pas la force de s'en aller ?"... Ne comprends-tu pas ?

                              Kath pensait comprendre. Il avait fini par rompre tous ses liens: physiques avec ceux qu'il aimait sur Alderaan, de loyauté avec l'Ordre Jedi qu'il avait délaissé voilà des mois, sentimentaux avec ses compagnons dont le devenir ne lui importait plus vraiment autant qu'il ne l'aurait admis. Il était libre d'aller où bon lui semblait, libre de ses obligations envers des Naa'Fruus qu'il ne reverrait plus, libre de laisser le souvenir de Nass pourrir au fond de la crevasse qui l'avait vu périr. Les battements dans ses tempes avaient cessé depuis longtemps, signe que la Force elle-même le laissait tranquille et ne le pressait plus à rien. Il était libre, pour sûr.
                              Alors pourquoi ces rêves étranges, violents ? Et tous ces meurtres qu'il se voyait commettre en songe ? Que lui voulait cette silhouette gantée d'un anneau ? Pourquoi lui donnait-on ces drogues qui le faisaient sans cesse replonger dans cet enfer onirique ? Devait-il comprendre quelque chose ici ?


                              - N'est-ce pas clair ?
                              répéta Olorin. La réponse est pourtant one-ne-peut-plus plus simple. C'est la même qui t'a poussé vers les eaux alors que nous voguions, voilà des mois.

                              - Pourquoi est-ce que vous me dites tout ceci maintenant ? Et de quoi est-ce que vous parlez ? Qu'est-ce qui est simple ?


                              Le vieillard ne répondit pas, laissant le silence s'installer, mais plongea ses yeux profonds dans les pupilles du jeune novice. Kath n'y vit d'abord rien que ténèbres, mais... non, non, il y avait quelque chose d'autre. A la faveur d'une éclaircie dans la hutte, il crut distinguer le mouvement de l'onde dans l'orbe du vieux Jedi. Le Chuurelung ? Peut-être. L'eau, violente, qui frappait, sourde, contre la pierre..la Montagne Noire ! Des cris, du feu, attisé par le souffle d'un vent puissant. Du sang, des rires sardoniques. Les Sanyassans, Saecha, Bareman...!

                              Kath se releva en sursaut, les tempes brûlantes. Il était seul dans la hutte. Il passa fiévreusement une main sur son front, en épongeant de la sueur. Encore un rêve ? L'Alderaani ne voulut pas tarder à en être sûr. Grimpant sur ses pieds avec lourdeur, il se renversa vers l'avant et sortit de sa petite maison. Le grand air lui fit un bien fou. Cela devait faire plusieurs jours qu'il n'avait pas mis le nez dehors. Là-haut, le soleil brillait malgré une légère bruine, froide mais rafraichissante. Autour de la hutte, des Yuzzums l'observaient, curieux, le saluant de gestes amicaux. Il reconnut plusieurs visages, qu'il avait aperçus en songes. Ne les avait-il pas tués ?


                              - Tiens, tu es enfin levé, fit remarquer Olorin qui venait d'apparaitre de derrière une hutte. Prêt pour ta leçon ?

                              - De quoi ...?

                              - Je ne vais pas avoir cette conversation avec toi tous les jours. Prépare-toi !


                              Kath n'avait pas eu le temps de se préparer à un assaut et improvisa une pose de combat assez ridicule. Celle-ci inspira un rictus narquois à Olorin, qui l'ignora.


                              - Je te parle de joute intellectuelle, jeune imbécile. On s'y sert de mots, de pensées, d'un enchevêtrement savants de lettres formant des idées, des concepts et de servant à décrire des réalités, universelles ou personnelles, finit-il par dire, amusé.
                              Kath, désarçonné, baissa les bras. Il était vrai que vêtu de sa bure rapiécée et armé uniquement de ses poings fatigués, il ne tiendrait pas la distance contre qui que ce soit, fut-ce un vieillard barbu et agaçant.


                              - Aujourd'hui, je n'ai qu'une question pour toi: qu'est-ce qui fait que tu es en vie ?

                              Kath resta pensif, un instant, à moitié réveillé. Etait-il censé suivre un cours aujourd'hui ? Cela lui semblait familier mais ses souvenirs épars ne se reformaient pas assez vite pour qu'il sache si tout ceci était planifié.

                              - ..euh..Et bien, ma mère et mon père s'aimaient très forts et neuf mois plus tard...

                              - Suffit de tes bêtises ! Je te demande pourquoi tu es encore en vie.

                              - C'est la volonté de la Force.


                              Le jeune homme avait répondu instinctivement, sans hésiter, comme s'il avait déjà répondu à cette question mille fois. Olorin lui adressa un sourire satisfait.

                              - Bien, bien, cela commence à rentrer, marmonna-t-il dans sa barbe, comme à lui-même. Il reprit, plus fort cette fois: Permets-moi une seconde question: es-tu libre ?

                              - Non.

                              - Pourtant, tu peux partir. A ta guise, rien ne t'en empêche.

                              - Je suis captif...

                              - Je pensais que tu avais rompu tes liens... que rien ne te retenait ?

                              - Non...
                              Ces mots mirent quelques secondes à s'échapper des lèvres entrouvertes de Kath. Il y a quelque chose de sombre qui me retient, qui continue à m'attirer, qui m'appelle quelque part. Pas physiquement, je veux dire. Enfin si, mais non... C'est la Force. Quelque chose de sombre dans... la Force ?

                              Olorin tourna les talons et s'en retourna d'où il était venu.

                              - Tu vois ?
                              lança-t-il derrière son épaule. C'était comme je l'avais dit: simple. A demain, même heure, comme d'habitude. Prends bien soin de te reposer et de bien dormir, nous avons encore des choses à découvrir tous les deux.

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                                Auteur : Kath Aplazm

                                - Cette fois-ci, on a bien failli y passer !

                                Cody essuya le canon de son fusil blaster. Le DC-15A n'était plus tout neuf, mais il faisait encore l'affaire. Crachant une glaire sur un amas de cadavres fumant, il jeta un regard à l'adresse de son compère clone.

                                - Y'en avait combien, dix-douze? Tout le monde va bien ?

                                - On dirait bien
                                , lui répondit Sniper, qui soignait une blessure superficielle qu'il avait reçue au visage. C'était une patrouille de reconnaissance. S'ils sont ici, c'est soit qu'ils nous ont pistés depuis le Chuurelung, soit...

                                - ...soit qu'on approche de leur campement.

                                Muyi Tano rétracta son sabre laser couleur émeraude et rangea son manche sous sa ceinture épaisse. Les clones opinèrent du chef, l'air grave. Le chevalier Jedi laissa trainer un œil las sur sa troupe désormais dégarnie: seuls neuf d'entre eux avaient réussi à échapper à la Montagne. Pire, la croisade avait été presque décapitée puisque tant Nass que Chitupa ne répondaient plus à l'appel, happés par les Sanyassans et leur hargne meurtrière. Ils avaient beau être sauvages et violents, ils n'étaient pas dépourvus d'intelligence et d'un certain don pour le combat et la stratégie martiale, comme en témoignait leur coordination impeccable lors de leur attaque sur le village Naa'Fruu, voilà des mois.
                                Hotar posa une main sur l'épaule de son compagnon et chef de fortune, sentant dans la Force son désarroi et sa peine. L'Ordre enseignait qu'il n'y avait pas de mort, que tout être rejoignait la Force. Mais la Force n'offrait pas de paires de bras supplémentaires pour porter les cadavres, et ne consolait pas les Ewoks éplorés qui pleuraient la perte de leur chef et de leurs guerriers.


                                - Chup-chup, Iki mo'gah! Mo'gah! grommela Luuki en rassemblant les Ewoks autour de lui. Depuis la mort de Chitupa, le guerrier borgne aux poils d'argent commandait ses pairs, épaulés du shaman Lokee.

                                - Que dit-il Muyi ? Encore une de ces prières aux morts pour honorer Woopee, Killi, Kolgat et les autres ?

                                - Non. Il vaudrait mieux que je ne traduise pas ça, pour tes chastes oreilles. "Il n'est plus l'heure de prier, il est temps de se venger", en substance.

                                - Je ne sais pas vous, mais je garde encore espoir pour les petits. Je ne les ai pas sentis disparaître dans la Force.

                                - Erhm.
                                Tano se renfrogna, observant la tempête qui se préparait au lointain. Je ne ressens rien que le Côté Obscur par ici. Comment Phyl Reez a-t-il pu s'échapper de cet enfer, je te le demande ?

                                - Non, j'ai bien senti la mort de Nass, comme un coup de poignard. Mais les novices, Saecha,...

                                - Garde ta salive, Hotar. Vous êtes prêts, vous autres ?
                                lança-t-il en direction des clones qui sautèrent sur leurs pieds en ajustant leurs armes. On y va.

                                Le chevalier Muyi Tano détourna les talons vers une petite colline. Son pas était décidé et ses mouvements assurés, mais Hotar aurait juré entendre un sanglot étranglé dans sa voix. Le diplomate jedi regarda la cohorte des Ewoks emboiter le pas aux clones. Ils touchaient au but de leur voyage. Tout ne s'était pas passé comme prévu, mais ils ne pouvaient plus tourner les talons.

                                - Il n'y a pas de mort... grimaça Hotar.
                                Il n'y a que la Force.

                                Cette phrase mourut dans l'air, emportée par le vent et les premières gouttes de pluie. Il profita encore de quelques secondes de calme avant de suivre les autres. L'orage s'annonçait violent.

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