Bienvenue sur SWRPG !

Créé en septembre 2006, ce RPG situé dans l'univers Star Wars a démarré à l'aube de la Guerre des Clones. Nous avons cependant pris une trajectoire bien différente de celle de la saga. 18 ans plus tard, nous voilà dans un univers parallèle aux films de George Lucas, un univers unique dans lequel nos propres personnages ont eu (et auront) un impact sur sa destinée.

Contexte: Il n'y a pas si longtemps que ça, dans une galaxie lointaine, très lointaine... L'Ancienne République influençait les quatre coins de la Galaxie, guidée et protégée par les légendaires Chevaliers Jedi, gardiens de la paix et de la justice. De nombreuses années plus tard, on dénombre de nombreux régimes successifs, mais aucun n'a réussi à s'imposer durablement. Empire Démocrate... Empire Sith... Voilà que les différents chemins empruntés nous ramènent donc à une République Fédérale, sans que l'on soit assuré qu'elle parvienne à durer dans le temps. Une République Fédérale qui décide de miser sur la nouvelle Garde Républicaine, vouée à remplacer un Ordre Jedi dont on refuse le dogme si particulier.

Pendant ce temps, Sith, Séparatistes et Chasseurs de Primes ont su se préserver à différentes échelles de l'échec de l'Ancienne République. Tandis que l'Ordre Sith a connu récemment sa fin sur Cathar, laissant la place à différents cultes bien moins influents mais tout aussi dangereux, les Chasseurs de la Guilde de Dantooine n'ont jamais été aussi nombreux, parcourant les mondes à la recherche de primes qui en valent le coup. La Confédération des Systèmes Indépendants, elle, résiste aux fluctuations du temps et se préserve des menaces extérieures en n'hésitant pas à agir lorsqu'il le faut, comme l'en atteste son intervention musclée sur Cathar. La même Cathar qui avait accepté d'accueillir les Vestiges de l'Empire suite à la scission de l'Empire Sith, et qui aujourd'hui se retrouve sous la tutelle des Séparatistes.

Les temps sont sombres, le ciel annonce de mauvais présages comme c'est le cas à chaque nouvelle ère. Les relations entre les grandes puissances ne sont pas au beau fixe, les Sith sont de nouveaux reclus dans l'ombre -là où ils sont les plus menaçants- et les Jedi se terrent sur Endor, bien décidés à ne pas dévoiler leur présence à ceux qui leur sont hostiles et bien décidés à s'en tenir à leur but éternel : l'étude de la Force.

Jamais une ère de SWRPG n'aura été si indécise et pourtant, il y aura toujours quelqu'un pour bouleverser l’échiquier galactique. Comme ce fut le cas ces huit dernières années. Peut-être que tu seras cette personne, qui sait? Notre Galaxie t'attend !

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  • Le ChroniqueurL Hors-ligne
    Le ChroniqueurL Hors-ligne
    Le Chroniqueur
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    #8

    Post n°8
    Auteur : Rylen Korr

    Les fluctuations de la Force étaient bien trop souvent mystérieuses et inexplicables. Tel un courant d'air venant glacer la joue trop peu velue d'un Humain ou d'une Twi'lek, c'était un fait naturel et presque fataliste que personne -ni même le plus grand des Jedi... s'il en existait un- ne pouvait influencer.

    Le sentier de la Montagne Noire était recouvert d'une terre boueuse et presque mouvante. Plus la troupe gagnait du terrain et plus les arbres devenaient mornes. Tel un automne corellien un peu trop puissant, la nature semblait subir l'assaut invisible d'une entité qui ne lui voulait que du mal. Incapable de se protéger, impuissante face à ces -présumées- attaques répétées, la terre Endorienne se laissait mourir à petit feu. On aurait dit qu'elle s'était fait une raison, et qu'elle avait abandonné avant même de combattre.

    Était-ce pour cela que la civilisation Ewok vouait un culte sans nom aux arbres de leur lune ? Les autochtones avaient-ils compris que l'âme de la Vie résidait dans la végétation ? Que ses racines étaient les mêmes que celles qui accrochaient les troncs à la terre ? Une grande ignorance accompagnait encore et toujours les étrangers lorsqu'ils souhaitaient comprendre les téméraires Ewoks. Cette quête pouvait-elle permettre aux Jedi de mieux les cerner ? De mieux les appréhender ?

    Comme un signe annonciateur de ce qui attendait les aventuriers dans un avenir proche, l'une des montures -très étrangement celle de Kath Aplazm- fut foudroyé d'une peur soudaine et disparut dans la brûme qui recouvrait la forêt. Personne ne put empêcher l'animal de s'en aller, pas même Gili qui était venu porter secours à son compère Jedi. Cette malheureuse péripétie amena Saecha Tan, l'élève de Muyi Tano qui était en froid avec Kath, à partager son gaupa avec le Novice malchanceux. La perte du poney pouvait-elle être le point de départ d'une relation durable et amicale ? Le futur le leur dirait.

    Confortablement installé sur sa bête, Nass observa du coin de l'oeil cette amitié naissante. Il ressentait dans le cœur des deux jeunes adolescents de la Force des sentiments nouveaux. Mélange d'appréhension et de désir mutuel. Celui de se connaître d'avantage, peut-être ? De faire un pas l'un envers l'autre, de se cotoyer d'avantage durant la quête. Ce n'était pas rare au sein de l'Ordre que des Novices en viennent à se rapprocher de telle manière, bien au contraire.

    Croisant le regard de Nass, Tano fie la moue. Lui-aussi restait attentivement concentré sur les émotions qui parcouraient les organes de son élève. Et il avait parfaitement ressenti le changement de température de la Novice Twi'lek lorsque la main maladroite de Kath Aplazm avait frôlé sa hanche... !

    Plusieurs heures s'étaient écoulées depuis que la troupe de guerriers avait franchi le Croisement des Quatre Chemins. Le trajet n'avait pas réellement avancé si l'on imaginait les milliers de kilomètres qui restaient encore à parcourir dans les étendues boisées d'Endor. Mais la Montagne Noire approchait à grands pas. Son sommet obscurci par un ciel noirâtre était déjà visible au loin, à travers le dense feuillage qui surplombait les regards des aventuriers Ewoks, Jedi et clones. Sa position peu éloignée aurait pu inciter Chitupa et les leaders Jedi à accélérer la démarche collective afin de l'atteindre avant la tombée de la nuit mais le vent avait redoublé d'intensité depuis peu. Il devenait dangereux de rester dehors par ce temps -d'autant plus que les gaupas étaient de plus en plus difficiles à gérer- c'est pour cela que les autochtones et leurs alliés décidèrent d'établir un campement temporaire à l'entrée d'une caverne sans danger. Celle-ci se trouvait en lisière de la forêt et était parfaitement positionnée pour les protéger du vent violent.

    Tandis qu'une poignée de Ewoks, accompagnée des trois fidèles clones, se nommèrent d'eux-mêmes pour la garde des gaupas et pour la surveillance de l'entrée de l'antre, le reste de la compagnie se réfugia à l'intérieur de la cavité naturelle. Autour d'un feu de camp, ils se décidèrent à sortir quelques mets délicieux de leurs réserves de nourritures afin de remplir des estomacs trop peu remplis. Le feu réchauffa les esprits de chacun alors qu'au dehors de la grotte, le vent terrible de la lune d'Endor continuait à souffler de plus belle.

    Le moment était parfait pour que les Maîtres Jedi passent du temps avec leurs élèves. C'est dans cette optique que Nass ordonna à Uriel et à Kath de le suivre en retrait du reste de la troupe. Et contre toute attente, il ne resta pas à l'intérieur de la caverne... mais sortit au grand air ! Et Muyi Tano fit de même avec son élève Saecha. Preuve que les deux formateurs avaient une idée derrière la tête.

    Surpris par une telle initiative, les clones et les Ewoks qui montaient la garde sous un temps apocalyptique stoppèrent leurs conversations afin d'assister à l'initiation Jedi. Que comptaient-ils réaliser comme tâche avec une météo pareille ?

    Lorsque Muyi et Nass attrapèrent à tour de rôle une lance déposée non loin de leur position par les Ewoks qui étaient de garde, les élèves de l'Ordre Jedi ne pouvaient plus avoir de doutes sur l'exercice qui les attendait. Il s'agissait vraisemblablement d'une initiation au corps à corps... dans un environnement hostile.

    Et vu le visage des deux Maitres Jedi, ils n'étaient pas là pour chômer ou pour plaisanter : ils désiraient mener les jeunes initiés au bout de leurs efforts afin de les préparer à la quête pour laquelle ils se trouvaient ici.

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    • Le ChroniqueurL Hors-ligne
      Le ChroniqueurL Hors-ligne
      Le Chroniqueur
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      #9

      Post n°9
      Auteur : Kath Aplazm

      Le ciel s’obscurcissait à mesure que le groupe progressait dans la forêt d'Endor. Les arbres étaient plus petits, rabougris, et ce n'était pas leur ombre qui noircissait ainsi l'atmosphère ; à mieux y regarder, Kath observa que la boue noirâtre qui recouvrait le sol sur leur passage maculait l'entièreté des bois, çà et là couverte de cendres et de tas de carbone calcinés. Curieusement pourtant, cette scène ne ressemblait en rien aux restes d'incendie qui avait valu au novice alderaani sa participation à cette croisade. Ce qui était à l’œuvre ici était bien plus incompréhensible. Les animaux semblaient fuir les lieux, comme ils avançaient, et on n'entendit vite plus que le son lourd des sabots des gaupas mêlé au souffle d'un vent toujours plus violent.

      Bientôt, la troupe grimpa sur une colline qui dépassait les cimes des arbres malades de cette zone de la forêt. Au loin, on distinguait maintenant très nettement la Montagne Noire, dont le sommet imposant semblait toujours les nuages. Ceux-ci, gris et denses, laissaient présager d'une nouvelle tempête à venir. Se pouvait-il que la météo calamiteuse de la lune forestière ait un quelconque rapport avec cet endroit ?

      Kath fit la moue. Il n'était définitivement pas rassuré. Un bref regard autour de lui lui indiqua qu'il n'était pas le seul : la mine de Bareman était fermée tendis que Muyi Tano fronçait les sourcils d'une étrange manière. Les yeux du novice ne croisèrent cependant pas ceux de Nass, qui chevauchait en tête et paraissait imperturbable. Pour la première fois, Kath salua intérieurement le calme de son professeur ; il fallait un sacré paquet de nerfs pour rester impassible devant un tel spectacle.

      Saecha décocha soudainement un coup de coude dans les côtes de son passager de fortune, qui en eut le souffle coupé et lui lança un regard accusateur. C'était déjà la troisième fois en moins d'un quart d'heure. La Twi'lek fit mine de ne rien avoir senti, mais le sourire fiché sur son visage, derrière des yeux interdits, en disait long. Cependant, Kath avait bien compris que le calme de sa camarade n'était que façade et que ces gestes brusques n'étaient que de vagues tentatives de distraction, afin d'éviter de penser à ce qui allait arriver une fois qu'ils seraient arrivés à destination.

      La troupe se remit en marche, les gaupas ne cessant plus de hennir de fatigue face au vent qui redoublait d'intensité à chaque minute. Au bout d'une heure, son souffle était si puissant que quelques Ewoks faillirent s'envoler de leur monture si les clones n'étaient pas venu à leur secours pour resserrer les harnais et les cordages qui les maintenaient sur les poneys. Il ne devrait décidément pas être possible d'avancer plus loin avant le lendemain, en espérant qu'une plus grande tempête ne se levât pas. Fort heureusement, une caverne logée non loin permit au groupe de s'abriter. Ce refuge de fortune fut accueilli par nombre de guerriers comme une délivrance, puisque tous s'y engouffrèrent aussitôt descendus de leur monture avec des cris de soulagement.

      Les uns commencèrent alors à aménager l'abri, préparant un feu et sortant leurs gourdes à demi vides, les autres attachèrent les gaupas à l'entrée en prenant soin de les couvrir également des dangereuses rafales du vent. Au milieu de cette troupe en émoi, une seule silhouette semblait toujours inflexible. Perdu dans ses pensées, Nass observait les flammes danser le long des parois de la grotte. Kath ne l'avait pas perdu des yeux depuis leur arrivée : à quoi le gros gungan pouvait-il bien penser ? Le novice alla s'installer près du feu en engouffrant un morceau de nourriture qu'on lui avait tendu. Le morceau de ...--qu'est-ce que c'était, au juste ?-- était caoutchouteux, gluant mais assez agréable au palais pour quelqu'un qui n'avait plus mangé que des biscuits depuis deux jours.

      Assis sur une pierre plate aux côtés de son ami Uriel, Kath décida d'un instant se relâcher. Le jour d'aujourd'hui avait déjà été assez plein d'aventures pour qu'il laisse la tension et le doute ronger sa soirée. Il se laissa donc tomber en arrière, faisant reposer son dos fourbu et courbaturé contre la paroi froide de la caverne. Les mains derrière la tête, il ferma les yeux, ne prêtant plus attention à rien et bascula dans un demi-sommeil uniquement rythmé par les bavardages alentours et le lointain écho de la Force. Isolé dans cet abri, Kath pouvait à nouveau ressentir sa présence, mais celle-ci paraissait beaucoup plus chaotique, beaucoup plus distante que d'habitude. Il haussa les épaules ; pour une fois que ce satané écho était assez discret pour le laisser dormir, il n'allait pas s'en plaindre.

      Le ton impérieux de la voix de Maître Nass vint briser les songes naissants de l'Alderaani. S'il n'avait pas bien saisi la substance des mots de son instructeur, Kath comprit à la mine d'Uriel et à la démarche du Gungan qu'ils avaient été appelé à une nouvelle tâche. Quelle corvée allait-il leur imposer, cette fois ? Après une journée pareille, ne méritaient-ils pas un peu de répit ? Se levant de mauvais gré, Kath rejoignit alors son camarade Kaleesh à l'entrée de la grotte. A l'extérieur, Nass s'arrêta le long d'une petite pente rocheuse et se tint, interdit, accompagné de Muyi Tano et de Saecha, sa robe flottant au vent. Sous une telle lumière obscure, le Gungan paraissait plus imposant encore et sa stature rappelait celle de la Montagne Noire elle-même. Kath et Uriel eurent un frisson avant de s'avancer à leur côté ; en ce moment, leur maître avait l'air si calme et au même instant si brutal que ni l'un ni l'autre n'osa le questionner.

      Nass et Tano eurent un bref échange. Derrière eux, les deux novices sentirent le regard curieux des clones et des gardes Ewoks. Il leur était difficile d'entendre plus loin qu'à deux mètres, car, à l'extérieur, le vent soufflait avec une telle force que les rires d'Hotar et les gazouillis des autochtones se perdaient dans un hurlement glacial. Conscients que des explications seraient difficiles dans ces conditions, les deux Jedi les plus expérimentés ne cherchèrent pas à instruire leurs élèves de la raison de leur présence ici.

      Nass attira à lui une lance plantée non loi, Muyi Tano en fit de même avec une autre. A ce moment précis, le regard d'Uriel s'anima d'une flamme que Kath ne lui connaissait pas. Qu'est-ce qui pouvait bien lui prendre ? Tout compte fait, l'Alderaani savait assez peu de choses sur son compagnon. Cette réflexion éveilla en lui un étrange sentiment de solitude, qu'il chassa immédiatement. De son côté, Saecha eut un spasme qu'elle maquilla en portant la main à son sabre laser. Comme ses doigts se refermaient, elle put sentir son arme lui échapper et filer entre les mains de son mentor, qui lui tendit en échange la lance qu'il avait ramassée.

      Kath n'entendit pas ce que Tano dit à son apprentie. Dehors, il avait du mal à se concentrer, devant sans cesse lutter contre les bourrasque pour ne pas perdre pied sur les pierres humides de l'entrée de la caverne. L'écho de la Force, si ténu un instant plutôt, avait complètement disparu. Ce n'était plus ses tempes mais son cœur qui battait à tout rompre. De la peur ? De l'adrénaline ? Il ne savait pas. Il avait bien compris pourquoi Nass lui tendait cette lance, pourquoi Saecha se tenait devant lui et pourquoi chaque muscle de son corps se crispait. Il ne savait pas si c'était le fait de la météo, du regard spectateur des clones ou de l'ombre de la Montagne au loin, mais lui aussi, Kath Aplazm, brûlait d'en découdre.


      - Je passe en premier, si tu veux bien, dit-il à Uriel, posté à sa gauche. Il n'avait pas laissé le temps à son ami de répondre et s'était avancé, la lance à la main. En face de lui, Saecha grimaçait d'une étrange expression, où se mêlait ce que Kath interprétait comme du mépris et de la suffisance. Cela l'agaça particulièrement. Les deux jeunes gens avaient partagé la même monture pendant plusieurs heures et pourtant, aucun des deux ne semblait avoir vraiment fait un pas vers l'autre. Ils s'étaient contentés de regards gênés, ennuyés ou absents, et le moindre geste qu'ils avaient eu l'un envers l'autre s'était avéré être un coup sournois.

      En temps normal, Kath aurait sans doute essayé de calmer celle qui l'avait secouru quand son gaupa avait mis les voiles, peu aimablement en vérité. Mais, en l'instant, il sentait naître en lui une flamme nouvelle. Pas la peur qu'il avait ressentie lorsque, pressé par l'urgence, il avait foncé au milieu de l'incendie de la forêt. Pas l'agacement qu'il avait éprouvé lorsqu'il avait pris Woopee en chasse lors de son arrivée. Pas même la Force, à laquelle il s'était ouvert si récemment. Le novice serra ses doigts contre le bois sec de son arme. Ce qu'il ressentait tenait plus du flot de violence incontrôlé, comme si le moment d'entrainement que ses maîtres lui offraient avait éveillé en lui un nouvel être, plus primaire.


      - En garde, susurra Saecha, visiblement sûre d'elle. Uriel et Muyi Tano firent un mouvement de côté pour s'éloigner des combattants. Du coin de l'oeil, Kath aperçut Bareman se lever et approcher de quelques centimètres. Nass, lui, restait droit et imperturbable malgré le vent et le léger crachin qui commençait à tomber. Cette nuit, la tempête promettait finalement d'être rude.

      Kath plongea ses yeux dans ceux de Saecha. Il se rappela leur rencontre dans la forêt, les instants passés à chevaucher en sa compagnie, les insultes et les coups bas. Il avait maintenant, et légitimement, l'occasion de la remettre à sa place. Et il n'y manquerait pas.


      - Je t'en prie, les dames d'ab...

      Le novice n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'il dut se baisser pour éviter un coup de lance qui filait vers son front. Déstabilisé, Kath glissa quelque peu et mit le genou gauche en terre, s'aidant de son arme comme d'une canne pour vite reprendre ses appuis. Le temps qu'il y parvienne, Saecha était déjà sur lui. Un coup de bâton violent vint heurter sa lance, dont la pointe se rompit. Propulsé en arrière, l'Alderaani tituba. Il n'était que spectateur de la force de sa camarade Twi'lek, qui repartit à la charge d'un bond. Tenant son épieu à deux mains, elle enchaina trois frappes sèches que Kath esquiva. En confiance, l'Alderaani tenta une contre attaque en balançant d'une main molle son arme en direction du flanc de son adversaire.

      Triste erreur : un coup violent sur son poignet vint le désarmer. Lâchant prise, Kath hurla de douleur mais évita de peu la lance qui filait droit sur son visage. Ce faisant, il perdit l'équilibre et se retrouva de nouveau un genou au sol. Il voulu bouger sa main droite, mais son poignet violacé se figea, grossissant en un sérieux hématome. S'aidant se son bras gauche, Kath para un nouvel assaut. Le bruit sourd qui suivit lui fit craindre le pire. Heureusement, Saecha avait mis tant de vigueur dans sa frappe qu'elle avait elle-même brisé la pointe de sa propre lance. Mais imperturbable, elle était repartie à l'attaque et le suivant de ses larges mouvements trouva la joue de Kath, qui s'étendit de tout son long.

      Il avait été battu sans même mettre en danger son adversaire. Le novice serra les dents en se relevant sur les fesses. Il voulut regarder Uriel, mais le visage de son ami était caché par la pluie et les bourrasques violente. Seuls les traits de la novice Twi'lek lui apparaissaient. Elle semblait satisfaite.


      - Alors, tu en veux encore ?

      Saecha Tan l'avait battu à plates coutures. Certes elle était plus entrainée que lui, et sans doute consciente du manque de pratique de son partenaire. Il n'en restait pas moins que, plus que la joue de Kath, c'était son égo qui était meurtri. Il avait souvent été passé à tabac du temps de ses soirées à Aldera. Mais étalé en vingt secondes par une gamine qu'il dépassait de deux têtes, ça jamais.

      - Ça suffit, Saecha.


      Muyi Tano avait levé la voix. Mais ses mots ne parvinrent pas aux oreilles de Kath, qui fixait toujours son adversaire avec une rage grandissante. Saecha venait de le quitter des yeux. Croyait-elle qu'il allait se laisser vaincre ainsi ? Bouillonant de l'intérieur, il attrapa la lance qui roulait non loin et, ni une ni deux, frappa devant lui de toutes ses forces. La Twi'lek, qui ne s'attendait visiblement pas à ce que l'Alderaani se relève, croyant le combat terminé, encaissa le coup avec un cri de surprise. Kath enchaina en lui frappant les jambes, la faisant tomber à genoux. Il leva alors les bras pour abattre son arme en direction du crâne de la novice sonnée mais une force étrange l'empêcha d'aller au bout de son geste. Nass, d'une main ferme, retenait son arme derrière lui.

      Le Gungan ne bougea pas. Il attendit que ses yeux croisent ceux de son élève avant de le déposséder de son arme d'un geste habile. Kath reprit peu à peu ses esprits. Qu'est-ce qui lui avait pris ? Jamais il n'avait ressenti une telle bestialité le parcourir, pas même aux pires moments de son existence. Il leva la tête. L'horizon lui paraissait lointain, gris. Seule la forme de la Montagne noire se démarquait, plus nette et effrayante que jamais. Il baissa les yeux. Saecha le fixait, impuissante, le regard empli d'incompréhension.

      Kath cracha tout d'un coup ses poumons. Un coup de poing violent l'avait ramené à la réalité et propulsé à quelques mètres tout à la fois. S'il avait pris l'habitude des châtiments corporels infligés par son professeur, il redoutait tout de même celui qui allait suivre. Peu perspicace de nature, il avait conscience que ce qui venait de se passer n'était pas du goût de Nass... du goût d'un Jedi. Mais comme il attendait une remontrance, rien ne vint. Sonné et abasourdi, Kath resta assis dans le froid. Uriel dépassa sa position et se saisit de l'arme qu'il avait laissé trainer au sol.

      Alors que son ami entamait une joute avec l'élève de Muyi Tano, l'Alderaani sentit une grande honte l'envelopper. Alentours, personne ne prêtait plus attention à lui. Les gardes vaquaient à leurs occupations, les clones riaient, les deux novices s'affrontaient sous le regard des deux Jedi expérimentés. Ni le vent, ni la pluie, ne perturbait quiconque et l'évènement passé semblait tout à fait oublié. Pourtant, Kath, qui s'était relevé et massait son poignet douloureux, fut saisi d'un frisson. Il avait la désagréable sensation que quelque chose dans cette Montagne au loin était en train de l'affecter. Et à en croire le mutisme persistent de Nass, il n'était pas le seul.
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        #10

        Post n°10
        Auteur : Rylen Korr

        Il avait observé les duels dans un mutisme saisissant. Mais cette fine observation silencieuse lui avait permis de déceler bien des détails, que ce soit dans le comportement de ses élèves ou dans celui de l'environnement Montagneux qui les guettait au loin.

        Pour la première fois de la soirée, Nass n'avait plus envie de rire, ni même de blaguer et encore moins de faire preuve de sarcasme comme il en avait eu l'habitude au Sanctuaire avec ses Novices. Il commençait lentement mais surement à vivre de sa personne ce qu'Elyna Faràn avait perçu lorsque Vendar, Phyl Reez et ses élèves étaient partis pour leur quête qui les mena jusqu'à la Montagne Noire.

        Elle avait senti le Danger.

        On aurait pu penser que le comportement de Kath Aplazm durant son duel face à sa consœur Twi'lek aurait gêné voir déçu -une énième fois- le Maître Nass. Bien qu'il devenait habitué aux fautes proposées par l'élève Alderaani, le mentor Jedi n'était pas dupe. La réaction d'Aplazm n'était pas normale. S'il avait combattu Saecha Tan au Sanctuaire, le jeune Humain se serait avoué vaincu dès la première chute et n'aurait à aucun moment tenté de se relever afin de se venger. Or, ici-même au cœur de l'environnement de la Montagne Noire, Kath s'était laissé submerger par les émotions négatives qui empoisonnaient la nature dans laquelle ils se trouvaient.

        L'ennemi attaquait déjà, sans même qu'ils n'aient l'opportunité de se défendre.

        S'il ne prenait pas la menace à la légère, Nass n'en faisait tout de même pas la fin du monde. La présence de nombreux Jedi aguerris et à la sagesse confirmée autour des Novices créait une sorte de barrière qui les protégeait temporairement. Néanmoins, qu'en serait-il une fois à l'intérieur de la célèbre Montagne sans âme ? N'y avait-il pas un risque pour que Saecha, Kath ou Uriel succombent aux ténèbres et commettent des fautes impardonnables sous l'influence d'un Mal qu'ils ne pouvaient ni voir ni affronter ?

        La réussite de cette quête reposait sur une seule donnée : que l'ensemble des compagnons de voyage restent unis et regroupés du 1er au dernier jour. Les Novices, entourés de leurs Maîtres, ne pouvaient succomber à un quelconque mal itinérant. Mais que se passerait-il s'ils venaient à être séparés .... ?

        Fidèle à sa ligne de conduite, Nass évacua ses pensées négatives. C'est en voyant le mal de partout et dans toutes les circonstances qu'on finit par l'attirer à soi. Il fallait rester positif et penser au moment présent. Lire l'avenir et tenter de le déceler n'avait attiré que des malheurs aux Jedi ces dernières décennies.

        Le duel entre Uriel et Saecha toucha à sa fin après de nombreuses minutes de lutte franchement intéressante. D'un côté, la fougue et le talent de la Twi'lek fut remarquables étant donné qu'elle avait déjà combattu Kath Aplazm auparavant. De l'autre, les origines Kaleesh d'Uriel furent facilement perceptibles et se montrèrent à la hauteur de l'enjeu du duel. L'affrontement fut équilibré et Uriel aurait pu surpasser son adversaire si Nass n'avait pas interrompu le combat avant. Essoufflée, Saecha Tan salua dignement ses deux adversaires mâles sous le regard paternel de son Maître formateur qui, par ce geste, incita grandement son élève à reprendre son souffle et ses esprits.

        L'heure était au repos et au regain d'énergie. Du moins le croyaient-ils.

        Contre toute attente, la paire de formateurs ne renvoya pas les trois élèves Jedi à l'intérieur de la caverne afin de se reposer. En effet, les deux Maîtres surprirent les jeunes Novices en les attaquant sans qu'ils ne s'y attendent un seul instant. L'effet de surprise fut tel que Saecha Tan trébucha en arrière tandis qu'Uriel se prit la jambe droite aussi dure qu'un rocher de Nass en plein dans les côtes.

        Seul Kath Aplazm avait su éviter la fourberie de son Maître. Car le jeune Humain avait été sur ses gardes avant même que l'idée ne passe par la tête du Gungan et de son compère Muyi Tano.

        Sans que le temps météorologique n'évolue de manière positive (c'était tout le contraire), les heures s'écoulèrent étrangement vite. L'entrainement au corps à corps sembla durer une éternité, tant les formateurs des trois jeunes élèves Jedi étaient déterminés à vouloir imposer des conditions de spartiate à leurs initiés. La transpiration à peine visible sous cette bruine nuptiale, c'est en contrebas d'un ciel bien obscur et avec les jambes alourdies par la fatigue que les membres de l'Ordre retrouvèrent la chaleur et la sécheresse de la caverne pour s'y reposer. Enfin, sembla penser Saecha en se laissant tomber bien très (ou trop) près des bras de Kath Aplazm. Elle ne manqua pas de s'en éloigner de quelques centimètres lorsqu'elle comprit l'erreur fatale commise par inadvertance, allant même jusqu'à insinuer par le regard que c'était l'Alderaani qui l'avait approché.

        La Force a ses raisons que la raison ignore.

        De l'autre côté du feu, Nass préférait lui réchauffer ses muscles amphibiens à côté d'un feu agréablement jaunâtre à défaut d'avoir une belle Gungan qu'il pouvait câliner à souhait. Aussi fort soit-il -fruit de plusieurs années d'exercices physiques quotidiens et répétés qui lui avaient forgé cette réputation de dur à cuire- le natif de Naboo ressentait à petit feu le poids des années sur ses épaules.

        Comme beaucoup de Jedi qui avaient été dans son cas, personne ne connaissait son âge exact. Dans l'Ordre, on jugeait par les mots, par les actes. La sagesse était souvent un révélateur censé des années d'une personne, mais elle n'était heureusement pas réservée aux plus anciens ayant respiré l'air de cette galaxie. Dans le cas de Nass, on se doutait qu'il avait dépassé depuis longtemps l'âge de siéger au Conseil, et c'était une donnée suffisante pour avoir un aperçu de son passé.

        Un brin de nostalgie lui parcourut l'échine lorsqu'il repensa à toutes ces années passées, et à tout ce que l'Ordre Jedi avait perdu dans les deux dernières décennies. Les jeunes Novices n'en savaient rien, et c'était le moment idéal pour leur parler de l'histoire qui était la leur depuis qu'ils avaient choisi leur voie...

        Cela faisait partie de la formation d'un Jedi que de connaître le vécu des siens. L'Ordre était riche de plusieurs millénaires d'existence, et peu dans la galaxie pouvaient se targuer d'avoir une aussi longue vie. C'était en partie grâce à la transmission du savoir que l'Ordre Jedi et ses traditions pouvaient se perpétrer dans le temps. Si les Novices avaient toujours accès à des cours d'histoire durant leur apprentissage au Sanctuaire, c'était surtout grâce à la relation Maître / Padawan que l'effort devenait pratique. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'un élève avait toujours plus de chances de suivre la manière de penser de son mentor plutôt que celle prônée par le Conseil : ce dernier ne s'insinuait que très peu dans la pédagogie prônée par ses Maître, leur accordant une confiance généralement aveugle. Les cas d'interventions directes dans les formations en pairs étaient très rares et c'était l'une des marques de fabrique de l'Ordre depuis la nuit des temps.

        Mais il arrivait de temps à autre que des Maîtres déviants et à la limite des normes influent sur le destin de leur Padawan. On voyait alors chez ces derniers des reproductions aggravées du comportement de leur ex-mentor, ce qui posait souvent soucis au sein du cercle du Conseil.

        A la réflexion, Nass ne put s'empêcher de penser à Rylen Korr, celui qui n'était plus qu'une légende dont on ne savait que très peu de choses tant sa dernière apparition remontait à très loin dans le temps. Néanmoins, le Maître Gungan sut qu'il était vain de partir sur ce terrain-là et d'évoquer le défunt Maître Jedi car il risquait de rentrer dans des détails complexes qui auraient vite fait de laisser perplexes des Novices bien trop jeunes pour être tenus au courant de ces choses-là. Il se garda bien de parler de l'ex Grand Maître de l'Ordre, et interrompit d'ailleurs assez vite son monologue en l'absence de questions de ses protégés.

        Ce n'était pas par ennui qu'il l'avait décidé, mais bien parce que sa conscience lui intimait de se reposer au moins quelques heures pour ne pas fatiguer son organisme vieillissant. Il valait mieux pour toute la troupe de s'endormir afin de reprendre des forces, car le lendemain s'annonçait encore plus dantesque que la veille : s'ils se levaient assez tôt, ils seraient aux portes de la Montagne Noire avant le lever du soleil.

        Et c'est ce qui arriva le moment venu.

        Ils avaient quitté la caverne avant la fin de la nuit, et s'étaient retrouvé en bas des cavités rocheuses du sommet obscur sans qu'il n'y ait une seule lumière dans le ciel. Le contexte rendait la montagne encore plus effrayante, comme l'en atteste la réaction des Gaupas qui donnèrent des sueurs froides aux valeureux Ewoks dont les poils s'étaient subitement dressés comme un seul homme. Malgré l'absence d'ennemis physiques sur leur trajet jusqu'à présent, Nass ressentait parfaitement le défi que représentait le trajet à l'intérieur même de la Montagne Noire.

        C'était le chemin le plus court -et le seul connu, d'ailleurs- pour atteindre le fleuve Chureelung, lui précisa le chef Chitupa dans sa langue maternelle. Littéralement « le fleuve des montagnes qui mène au néant » en langage Ewokese, Chureelung était vital pour leur quête car l'emprunter revenait à éviter plusieurs semaines de marche périlleuse dans les montagnes.

        Dans la mythologie Naa'fruu, ce court d'eau était apparenté à un serpent. L'on racontait que ceux qui l'empruntaient finissaient par se perdre dans les contrées lointaines d'Endor. La légende narrait d'ailleurs le tragique destin d'un explorateur Ewok d'il y a plusieurs centaines d'années qui emprunta le courant du fleuve mais qui s'égara au fil de sa traversée. Après avoir remarqué qu'il tournait en rond, il tenta de remonter le fleuve afin de revenir sur ses pas mais échoua. Il finit par se noyer de désespoir, rendu fou par ce labyrinthe fluvial...


        - Qui veut faire demi-tour ? Plaisanta de sa voix grave Bareman tandis qu'il tapotait de manière paternelle l'épaule de Kath Aplazm, présent à ses côtés.

        Le mythe, raconté par Kolgat et traduit en direct par Hotar pour les non-autochtones, avait le don de faire rire les militaires qui y voyaient plutôt un conte pour enfants. Le genre d'histoires que l'on racontait aux mômes Ewoks pour qu'ils ne s'éloignent pas des terres de leur tribu. Ce n'était pas le cas de Nass qui savait pertinemment que les histoires et autres légendes de ce genre, si elles ne devaient pas être avalées tel quel -il y avait toujours une part d'exagération provoquée par la transmission orale du mythe au fil des siècles- avaient néanmoins une morale forte et réelle. Le récit de Chureelung devait tous les mettre en garde sur les nombreux affluents du fleuve et sur le paysage vicieux, certainement coupable aux yeux du Gungan de tromper le voyageur et de lui faire perdre son sens de l'orientation.

        Il était intriguant de constater comment les Ewoks vivaient et avançaient grâce à la seule force de leur imaginaire collectif. Ils se laissaient guider par les histoires et mythes que leurs aïeux leur avaient transmis, sans douter un seul instant de leurs fondements. Aussi sages et expérimentés soient-ils, les Jedi et les clones ne pourraient pas aller bien loin sans les connaissances des Naa'fruu, dont le cerveau de la taille d'un holocron était aussi fiable qu'une véritable cartographie.

        La montée du chemin rocailleux menant à l'entrée de la Montagne Noire fut gravit sans encombre. La fatigue, si elle se faisait ressentir chez certains membres de la troupe, ne semblait pas (encore) assez influente pour peser sur les esprits. Et puis les gaupas machaient bien le travail depuis leur départ, personne n'était en conditions de se plaindre.


        - Les Naa'fruu ont donné rendez-vous à leurs cousins de la tribu Chùria, les « Ewoks de la montagne », au sommet de cette pente. D'après ce que le Chef Naa'fruu m'a dit, les Chù' ont une très bonne connaissance de la région montagneuse. Ils nous serons d'une très grande aide pour la suite de notre voyage, expliqua Muyi Tano à ses comparses, le regard figé en direction du sommet de la Montagne Noire, il fut un temps lointain où les Chù' avaient établi le cœur de leur tribu dans les profondeurs de cette montagne. Ils en ont été chassés il y a plusieurs décennies par on ne sait quel danger. Aujourd'hui, ils vont y remettre les pieds pour la première fois depuis très, très longtemps...

        La pluie s'était quelque peu calmée, facilitant la progression jusqu'à l'entrée de la Montagne Noire. Cependant, à la place de la bruine quotidienne s'était désormais installé un épais brouillard aussi humide que les marécages dans lequel s'enfonçait dangereusement la troupe des valeureux guerriers. La visibilité était tellement nulle qu'apercevoir l'arrière train du gaupa de devant relèverait presque du miracle.

        Pour Bareman, dont le fusil blaster était toujours à portée de mains, c'était le contexte parfait pour une embuscade digne de ce nom.

        Il leur fallut près d'une heure pour atteindre le sommet peu élevé (quelques centaines de mètres tout au plus). L'entrée de la Montagne Noire, haute d'une dizaine de mètres, leur faisait désormais face. L'antre ténébreux semblait taillé dans la pierre, vestige d'une époque lointaine où les Ewoks de la montagne avaient du être à l'origine de sa création. Quelques ossements animaux recouvraient le sol rocheux, comme pour annoncer le sort de ceux qui oseraient pénétrer ce territoire maudit.


        - Ton offre de retour au Sanctuaire marche toujours, Bareman ? S'exclama de manière insensible Cody en descendant de sa monture.

        Il en fallait beaucoup plus pour impressionner des vétérans de la Guerre des Clones. Mais comme pour les légendes, il y avait toujours une part de vérité dans le rire d'un clone.

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          Auteur : Kath Aplazm

          Uriel et Saecha venaient de terminer leur passe d'armes. Kath ne l'avait pas observée, bien qu'il eut sans doute été profitable pour lui de s'inspirer des gestes de ses camarades. Sitôt remis sur pied, il s'était dirigé vers la grotte, esquivant le regard de ses instructeurs. Resté à l'abri dans son entrée, il constata le salut que lui fit la Twi'lek, qui n'avait pipé mot depuis qu'il l'avait rosée, emporté par sa rage. Le kaleesh n'adressa pas plus d'attention à son ami Alderaani. Sentait-il lui aussi cette atmosphère délétère dans l'air? Nass et Muyi Tano étaient aussi plongés dans leurs pensées, si bien que tous étaient silencieux et qu'on n'entendait que la pluie et le vent.

          L'esprit plus clair qu'auparavant, se tenant le flanc là où Nass l'avait frappé, Kath aperçut le subtil échange de regard entre les deux Jedi expérimentés. Une seconde plus tard, les deux professeurs avaient fondu sur leurs élèves, les frappant avec force. Le novice alderaani, posté en retrait et curieusement plus alerte --car sans doute moins fatigué que ses collègues--, n'eut qu'à reculer de deux pas pour éviter un coup qui le visait. Saecha et Uriel eurent moins de chance et finirent tous deux étalés sur le sol. Sans s'en rendre compte, d'instinct, Kath avait tendu le bras vers son arme. Alors qu'il croyait qu'elle était posée contre quelque rocher un instant plus tôt, là voilà qui se trouvait dans la paume de sa main, comme si elle avait voyagé de plusieurs mètres par elle-même. Étrange. L'Alderaani sourit en faisant tourner l'épieu Ewok entre ses doigts.

          Heureusement pour lui, l'attaque des deux Jedi s'avéra être une nouvelle leçon, bien que Kath n'en saisit pas vraiment le sens. Il ne fallut que quelques mots de Muyi Tano, des remarques adressées çà et là pour corriger une posture ou l'autre, et les affrontements reprirent. La surprise et la rage se changèrent petit à petit en une énergie plus saine, comme chacun des novices s'oubliait, chassant ses émotions et ne s’imprégnant que du présent : les bourrasques du vent, les hurlements du tonnerre, la froideur de l'averse, la douleur de l'effort. S'il se mordait la lèvre avec vigueur pour ne pas flancher, Kath tint la cadence imposée par ses maîtres pendant une heure --ou deux ? Après tout, Nass l'avait confronté à pire épreuve, et le gros Gungan mis à part, son novice avait tout de même survécu à un feu de forêt qui avait mis ses nerfs à plus grande contribution.

          Au bout de ce qui sembla être une éternité, l'entrainement s'acheva enfin. Rompus, les novices quittèrent le promontoire pour aller se réchauffer à l'abri de la caverne, où les Ewoks avaient allumé un grand feu. Kath grelottait, se frottant le corps d'une main et palpant ses hématomes de l'autre. Il constata que ses blessures le dérangeaient, mais qu'il avait réussi à les oublier tout l'exercice durant. Il avait toujours été assez athlétique ; peut-être que son corps jeune s'adaptait aux méthodes de Nass... à moins que la fatigue ne lui ait fait perdre son sens de la douleur.

          Il s'assit près du feu, fixant les flammes avec intensité. Le mouvement calme des flammes et le crépitement des braises le calmaient comme il se laissait doucement sombrer dans une demi-somnolence. Il ne remarqua pas Saecha qui s'assit près de lui, mais reprit conscience quand elle lui effleura le bras. Le bond en retrait que fit la Twi'lek à ce moment surprit Kath, qui fut en un instant tiré de sa torpeur. Qu'est-ce qui lui prenait encore, à celle-là ? Elle le fixait en fronçant les sourcils. Sans qu'il sut dire pourquoi, Kath décela beaucoup moins de reproche dans ses traits qu'auparavant. Il était trop fatigué et trop peu perspicace pour interpréter correctement l'expression de sa camarade novice et se contenta de lui adresser un sourire las, replongeant son regard dans les flammes.

          Le visage de Jarrik lui apparut, paniqué. L'homme semblait toujours l'implorer de l'aider, les yeux embués alors que sa peau fondait dans ses orbites. L'Alderaani laissa éclater une exclamation qu'il étouffa du mieux qu'il put en se prenant la tête dans les mains. L'incendie avait peut-être marqué pour longtemps la tribu des Naa'fruu et leur forêt sacrée ; il avait aussi laissé en Kath Aplazm une trace indélébile. Les tavernes d'Aldera n'avaient pas préparé l'adolescent rêveur qu'il avait été à affronter les dangers auxquels le jeune adulte qu'il était était confronté. Lorsqu'il était parti en quête d'aventures, il n'aurait jamais pensé que la mort serait sa première rencontre avec la réalité.

          Alors qu'il recommençait à broyer du noir, aspirant des deux narines l'épaisse fumée du feu de camp, Nass vint s'asseoir près de ses élèves. Kath ne leva pas un œil vers lui, contemplant juste son imposante silhouette se répandre sur les parois orangées de la caverne. Le maître Jedi prit la parole, plus solennel que jamais. Et pour la première fois, le jeune novice eut l'impression d'avoir en face de lui un professeur. Pas le violent crapaud qui le vilipendait à longueur de journée, mais un véritable savant, aussi docte et sage que les maîtres du Conseil qui l'avaient accueilli. "Au commencement, il y avait la Force...".

          Kath écouta tout, de bout en bout, même s'il ne comprit pas l'entièreté de ce que raconta Nass. Les légendes de Tython, la destruction d'Ossus, Arca Jeth, les guerres contre les Mandaloriens, l'installation des Jedi sur Coruscant... Comme Nass décrivait l'histoire de l'Ordre Jedi, tous se rassemblèrent autour de lui : pas seulement les novices, mais aussi Muyi Tano, Hotar et quelques Ewoks curieux. Ils s'étaient rassemblés en cercle autour du feu, écoutant Nass dans un silence religieux ; seuls Tano et son élève Saecha se risquèrent à quelques interventions, brûlant de raconter l'une ou l'autre anecdote sur la grande Nomi Sunrider ou sur la rédemption du chevalier Revan.

          Ce lot d'informations tantôt indigestes, tantôt passionnantes acheva d'assommer de fatigue les deux novices Uriel jai Veelar et Kath Aplazm. Aucun d'eux ne questionna Nass sur le passé récent de l'Ordre : il sembla arrêter son récit à la prise de pouvoir des Sith sur l'Empire de G.Man et abrégea la fin de l'histoire sans la nuancer, se contentant d'évoquer les conditions difficiles dans lesquelles se trouvait l'Ordre. Son récit, riche en détails et enseignements, s'était fait lacunaire et ses traits s'étaient tirés, donnant à son visage d'amphibien une bien étrange allure. Hotar, qui ne manquait pas de bavarder avec ses voisins, s'était fait suffisamment silencieux pour qu'une tension impalpable soit perceptible.

          Mais la fatigue avait possession de tous les corps, et les esprits sombraient à leur tour. Muyi Tano frappa dans ses mains avec autorité, un clone bailla et l'on rangea vite les ustensiles utiles pour le départ du lendemain. Il était difficile de savoir l'heure qu'il était tant le ciel s'était assombri ces dernières heures, mais les organismes auraient besoin de repos pour braver les tempêtes qui ne s'annonçaient pas en diminuant. Chacun trouva un endroit où se coucher, exception faite d'une poignée de sentinelles, tout le monde tenta de s'endormir. Kath n'eut aucune difficulté à trouver le sommeil. Il passa néanmoins une très mauvaise nuit, mal assis contre une pierre pointue, le visage de Jarrik lui revenant sans cesse.

          * * *


          Des coups secs près de lui le réveillèrent en sursaut. Woopee le regardait avec méfiance, deux bâtons rudimentaires entre les mains, et vociférait à la cantonade comme pour réveiller ceux que la nuit n'avait pas encore libéré. Autour du feu de camp, tous s'affairaient dans l'obscurité, scellant les Gaupas et allumant des torches. L'aube n'avait pas encore pointé le bout de son nez et nulle lumière ne pénétrait les épais nuages à l'extérieur. La compagnie s'engagea dans le défilé rocheux en contrebas ; cette fois, Kath dut mettre pied à terre, comme plusieurs de ses compagnons d'ailleurs, car les bêtes agitées ruaient en tout sens et semblaient refuser d'avancer à moins d'être rassurées, ou littéralement trainées vers l'avant. Tous les poils de Kath Aplazm se dressèrent. Pourtant, il n'avait pas froid.

          Quelques temps plus tard, la cohorte parvint à un nouveau chemin rocailleux qui s'élevait sur le flanc de la montagne. La vive allure à laquelle le groupe progressait ne s'en trouva pas affectée, mais Kath, observant le nouveau chemin qui sinuait à perte de vue, se perdit un instant en songes. Les mirages qui avaient fui sa nuit paraissaient vouloir le hanter de jour, car il aperçut, perdu dans la brume, ce qui semblait être une sorte de cours d'eau. Tandis que les Ewoks dissertaient avec anxiété à ses côtés, le jeune novice voulut s'approcher d'une des rives, contemplant les oscillations de l'eau. Celle-ci n'avait rien de comparable avec celle du lac de l'Arbre Sacré ou avec celle des méandres des ruisseaux qui encerclaient le Sanctuaire ; on n'y voyait pas son reflet et ses mouvements étaient difficilement perceptibles, comme s'il s'était agi d'un élément similaire à celui qui composait la roche des montagnes.

          Avec une plaisanterie, Bareman porta une tape virile mais amicale dans le dos de l'Alderaani, qui manqua de tomber à terre et sortit de ses rêveries. Il jeta un regard confus mais agacé au vieux clone qui lui répondit d'un rire clair. Au moins, le vieil aubergiste n'avait rien perdu de sa bonhommie. Son bon sens et son humour étaient bienvenus. C'était que le mythe de Chureelung, un Ewok rendu fou par ses voyages au cœur de ces contrées, n'avait rien de rassurant. Heureusement, Kath, distrait comme à l'accoutumée, n'avait rien écouté de ce qu'Hotar disait. Les flots de parole ininterrompus du sympathique mais frivole chevalier glissaient sur son esprit mal réveillé comme la pluie sur ses joues et il se contentait de hocher la tête d'un air entendu pour ne pas passer pour le mauvais élève qu'il était. Très franchement, les vieilles histoires avaient toujours plu à l'Alderrani, mais les récits de la veille lui avaient tant empli le crâne qu'il lui faudrait une bonne semaine pour digérer toutes les informations utiles à son apprentissage. Aucune chance qu'il retienne quoi que ce soit de cette légende Ewok, dont les soldats clones riaient abondamment.

          A force de s'élever, les Jedi et leurs compagnons Ewoks parvinrent au sommet d'une pente qui annonçait le début de marécages peu engageants. Les Gaupas maitrisés, il fallut remettre le pied à l'étrier pour espérer progresser en restant plus ou moins sec. Kath enfourcha donc derrière l'un des clones, un homme du nom de Cody. Le poids des deux hommes faisait trembler les jambes de leur pauvre monture qui ne manqua pas de s'enfoncer dans toutes les ornières.
          Au bout d'une demi-heure de marche dans les marais, au beau milieu d'un brouillard de plus en plus épais, la bête se cabra et Kath tomba à la renverse, la tête la première. Une flaque de boue amorti sa chute mais, en se relevant, il constata qu'il avait égaré son épieu. Cody lui ordonna d'une voix autoritaire de le rejoindre afin de ne pas s'écarter du groupe. Mais Kath, persistant à se raccrocher à la seule chose qui le rassurait depuis le début du voyage, avança à tâtons entre les herbes.

          Au bout d'une minute, la voix du clone n'était plus que clameurs lointaines et il ne distinguait plus rien autour de lui. Le novice se cramponna à un arbrisseau, évitant une nouvelle flaque plus profonde, et se saisit de la forme longue et noire qui devait être son arme. Le manche du bâton était froid et humide, presque visqueux. Soudain, Kath poussa un cri, relâchant le serpent qu'il venait de saisir. Ce faisant, il perdit l'équilibre et tituba en arrière,n s'enfonçant dans un trou plein de vase. Il s'en extirpa sans attendre et courut dans la direction opposée, pris de surprise et de panique. Son pied vint buter sur une pierre que le hasard avait placé sur son chemin et il s'étala à nouveau de tout son long, face contre terre.

          Kath s'immobilisa. Ce n'était pas la douleur, la fatigue ou les bêtes qui le clouaient ainsi au sol. Ses tempes battaient comme jamais elles n'avaient battu et il sentait son crâne trembler. Grâce à son entrainement avec Nass, il avait compris qu'une telle sensation n'était pas le fruit du hasard : la Force communiquait avec lui. Et ce qu'elle lui montrait n'était pas ce qu'il désirait voir : devant ses yeux, à perte de vue, l'eau noire recouverte de brume. Seule une lueur perçait les volutes gris et éclairait cette vision angoissante : une petite flamme, ténue mais bien nette. Kath tenta de s'en approcher, mais chacun de ses mouvements l'amenait plus loin de cet espoir fugace. Le novice s'immobilisa donc à nouveau.

          Il tourna la tête. Il aurait juré qu'une voix l'avait appelé. Il l'avait entendue distinctement. Ses mots disaient "Regarde-la". Comme il s'était retourné, la flamme lui faisait face. Elle semblait vivace, comme si elle se nourrissait sur du bois vif, mais elle n'émettait nulle chaleur et nulle lumière. Kath la regarda donc brûler, se consumer et s'éteindre. Quand son cœur sembla sur le point de mourir, le visage de Jarrik lui apparut comme un flash lumineux et il tomba en arrière, aveuglé.

          Il lui sembla qu'il était resté des heures au sol quand il parvint à se relever, s'appuyant sur un morceau de bois. Des mains, il bâtit le brouillard sans parvenir à s'orienter, car ses yeux ne distinguaient plus rien et ses oreilles étaient sourdes. Seul résidait le battement de l'écho dans sa tête qui rythmait la litanie de ses pas. Il marcha des heures durant, s'appuyant sur sa canne de fortune et se lamentant, progressant dans des directions aléatoires. Lorsqu'il commença à ne plus sentir ses jambes, il s'assit. Où était-il ? Et les autres ? Sa vue ne lui était pas revenue. Il sentait la mélancolie et l'apathie se nourrir de son être, tels deux fauves incarnés qui lui déchiquetaient les entrailles, tandis que ses pieds s'engluaient dans une boue sombre. Son âme saignait.

          L'image de maître Nass, indistincte, se dessina alors dans l'horizon brumeux. Plissant les yeux, Kath tendit la main vers lui, poussant un cri inaudible. Ce faisant, il sentit une nausée monter comme le Gungan se retournait vers lui, lui souriant et faisant mine de se moquer de lui. Qu'attendait-il pour l'aider ? La tête de l'Alderaani tournait sans discontinuer et il se sentait chavirer. Les visages de Saecha et d'Uriel apparurent, lui lançant des regards de dédain. "A l'aide !", essaya-t-il de crier... mais ni la Twi'lek ni le Kaleesh ne bougèrent, préférant disparaitre dans le néant.


          Enfin, une silhouette sombre, au visage indescriptible, apparut derrière Kath. Sa présence était apaisante, calme. Dans cette immensité de tristesse, elle semblait tout à fait hors de propos, mais elle chassait le brouillard autour d'elle tel un phare perçant les nuées de la nuit. L'homme --ou la femme ?-- lui tendit la main. Il la saisit sans hésitation, plongeant ses phalanges entre celles de l'inconnu. Son toucher était chaud et rassurant. Le jeune homme voulut apercevoir son sauveur, mais il ne vit qu'une main, décorée d'un anneau. Derrière elle, la brume se dégagea et Kath aperçut enfin le reste de la compagnie.

          - Ah, tu es là
          , dit Cody d'un ton amusé. Je croyais t'avoir perdu, mais on dirait que le p'tit Jedi s'est débrouillé seul.

          Le clone ne semblait pas plus alarmé que cela ; aucune autre personne n'avait accordé son attention à Kath, qui fut dépassé par Saecha, à cheval sur son Gaupa. Comment pouvait-elle arriver maintenant alors qu'il avait fallu des heures à Kath pour parvenir ici ? Le novice regarda derrière lui : la brume était bien moins épaisse que dans son souvenir et il pouvait apercevoir plusieurs autres compagnons qui émergeaient du brouillard. La silhouette sombre, elle, avait disparu.

          - Quand...quand sommes-nous arrivés ici ?, demanda Kath au clone d'une voix plus qu'hésitante.

          - Tu as pris un vilain coup ? Ça fait à peine trois minutes qu'on est là...

          Sur ces mots, Cody partit rejoindre Bareman en maugréant, tenant son Gaupa fermement par les rennes. Kath resta interdit un moment. Il regarda ensuite ses vêtements. Sa bure était usée par le trajet, mais ne portait que peu de traces de sa chute dans les marécages : juste quelques traces de boues sur son épaule et au niveau de ses fesses. En lieu et place de ce qu'il avait pris pour un bâton, il trouva son épieu, aussi sale et ébréché que la veille. Que venait-il de vivre ? Il n'en avait pas la moindre idée. Il se souvint alors du rêve d'Uriel et des quelques paroles qu'il avait entendu Muyi Tano prononcer à propos d'une Montagne Noire et d'un anneau. Cette vision le perturbait plus qu'il n'osait le penser et il resta silencieux en s'approchant du groupe.

          La force avait communiqué. Jamais il ne l'avait sentie aussi clairement qu'aujourd'hui, jamais il n'avait ressenti aussi fort qu'il en faisait partie, qu'il était lié à elle. Mais son message n'avait jamais été aussi flou. S'arrêtant aux côtés de Nass, il se figura son sourire mauvais et frémit. Le novice détourna le regard vers ce vers quoi tous étaient tournés : une immense antre rocheuse, s'ouvrant comme une bouche carnassière dans la montagne. Et dans l'obscurité Kath vit à nouveau promptement l'ombre qui lui avait tendu la main. Son cœur se réchauffa un peu et il serra son épieu entre les mains avec courage.

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            Auteur : Rylen Korr

            Ils n'étaient peut-être pas sensibles à la Force, mais tout être vivant -qu'il soit intelligent ou non- était capable de renifler une odeur nauséabonde. Celle de cette impressionnante caverne était telle que les gaupas ne souhaitaient pas faire un pas de plus en sa direction. S'il était bien prévu de les laisser repartir au camp des Naa'fruu -le chemin à l'intérieur de la montagne ne leur étant sûrement pas adapté- on avait l'étrange sentiment que les animaux préférés des autochtones, même menacés, n'auraient pas mis un seul pied au sein de la Montagne.

            C'était un indicateur très fiable lorsqu'on souhaitait avoir un aperçu de la dangerosité d'un lieu.

            Que dire de la Force alors, si ce n'est qu'elle provoquait des remous aussi importants qu'un séisme de grande ampleur ? Chaque individu, qu'il soit Ewok, gaupa, clone ou Jedi avait son propre repère pour analyser ces phénomènes. Et ce qui finissait par différencier ces êtres, c'était leur interprétation des données obtenues. Si les animaux choisissaient généralement de ne pas s'approcher de ce qu'ils ressentaient comme mauvais pour leur survie, les êtres intelligents étaient susceptibles d'aller en direction du danger si leurs motivations en valaient la peine. Leur quête valait le coup de prendre le risque de faire face à un Mal atroce, et ce n'est pas la peur de la mort qui allait les refroidir : ils l'avaient accepté avant même de quitter leurs proches.


            - Manna manna... Sleesh... Yun Yum ! Na'chin Chù.

            Touk venait de mettre la main sur des sacs de vivre près de l'entrée du mont obscur. D'après lui, ces provisions étaient celles de leurs cousins de la tribu Chùria, qui avaient certainement du les abandonner en même temps que leurs montures avant de rentrer dans les profondeurs de la montagne.

            Réfléchissant quelques instants au contexte, Chitupa ordonna finalement à ses guerriers de faire fuir les Gaupas et de ne prendre que le minimum nécessaire. L'ordre se relaya parmi les Jedi et très vite, l'ensemble des voyageurs se mit à observer au loin le départ des montures, bien ravies de quitter ce lieu sinistre. La séparation peina grandement le responsable animalier des Naa'fruu, le dénommé Wokee, mais le petit bonhomme de fourrure fut très vite consolé par son ami Touk qui lui expliqua que les bêtes retrouveraient très facilement le chemin de leur tribu.


            - Maître, ne devions-nous pas rencontrer les Chù' ici-même et rentrer dans la Montagne Noire à leurs côtés ? On dirait que Lokee est mécontent de la tournure des évènements...

            Nass était tout aussi perplexe qu'Hotar. Les préparations d'un long voyage permettaient avant tout de se rassurer, de savoir où l'on mettait les pieds et de pouvoir affronter avec le plus d'assurance possible les différentes étapes du trajet. Mais voilà qu'ils affrontaient déjà un imprévu alors qu'ils n'avaient même pas dépassé le stade de la Montagne Noire...

            Ceci ne plaisait guère au Maître Jedi mais il se retint de le montrer auprès de ses jeunes troupes. Ils avaient été prévenus dès le départ que cette quête ne serait pas de tout repos. Chacun était conscient des risques encourus en s'engageant sur cette voie et évoquer ne serait-ce qu'un petit doute quant à la tournure que prenait l'expédition ne ferait qu'amplifier le sentiment de peur général.


            - Restons concentrés sur l'instant présent et ne supposons rien d'autres que ce qu'on perçoit dans l'immédiat. Il se peut que leurs cousins aient pris un peu d'avance pour préparer le terrain avant notre arrivée.

            Oh non, il ne le pensait pas. Nass savait pertinemment au fond de lui que la vérité était loin d'être aussi plaisante à entendre.

            Après avoir pesé le pour et le contre, il fut décidé de continuer la route ou, du moins, de partir à la recherche des Ewoks de la tribu Chùria. C'est dans cette optique que les vingt membres de la communauté alliée s’enfoncèrent prudemment dans les profondeurs de la Montagne Noire. Comme prévu, les cavernes de cette dernière étaient austères et bien mystérieuses. Il s'en dégageait une ambiance indescriptible, comme si les parois de cette grotte profonde habitaient un esprit belliqueux qui observait minutieusement les nouveaux arrivants afin de connaître leurs motivations. Les Naa'fruu n'avaient pas attendu longtemps pour s'armer de leurs armes primitives. Les clones avançaient au pas, scrutant chaque recoin de l'intérieur de la montagne aussi attentivement que s'ils se trouvaient dans une simulation militaire. Seuls les Jedi gardaient une sérénité à toute épreuve, accordant une confiance aveugle envers la Force qui était la seule assermentée à pouvoir décréter s'il fallait se préparer au combat.

            Un étrange courant d'air parcourut l'échine de Nass alors qu'au loin, dans la pénombre, se dessinèrent d'étranges silhouettes allongées au sol. Prudents, les Ewoks qui étaient en tête de peloton s’arrêtèrent brusquement afin de s'assurer qu'il n'y avait aucun danger. S'avançant à une allure d'insecte, Pikpik renifla une odeur exécrable ce qui l'obligea à se boucher le nez. Ses yeux perçants, une fois qu'ils eurent accepté sans avoir réellement le choix les relents de l'environnement peu accueillant, lui montrèrent une série de cadavres de petite taille couchés par terre à plusieurs mètres de lui.

            Nass était trop loin de la scène pour voir avec ses propres yeux ce qu'il y avait au travers de leur chemin. Mais la Force, elle, le lui avait déjà appris.


            - Chù Fruk ... DEEEEEEN !

            Au milieu d'une impressionnante flaque de sang flottaient une multitude d'Ewoks transpercés par des flèches et éventrés par des lames. Ils étaient tous morts.

            Les Naa'fruu furent affolés par cette vision d'horreur. D'abord attristés de voir leurs cousins de la tribu Chùria dans un tel état, ils se précipitèrent à leur chevet sans même s'assurer qu'il ne s'agissait pas d'une éventuelle embuscade. Ce sont les clones et les Jedi qui se chargèrent de cette partie-là en se déployant avec réaction et justesse autour de la scène de crime, prenant les devants et protégeant leurs confrères autochtones au cas où les assassins se trouvaient toujours dans la zone.

            Muyi Tano, d'ordinaire si calme, avait immédiatement sorti le manche de son sabre laser. Comme pour se préparer à un affrontement imminent avec l'obscurité de la Montagne Noire.


            - Les charognards sont déjà passés par là. Leur mort remonte à deux ou trois jours, peut-être plus... précisa Bareman en dévisageant les rongeurs qui étaient en plein travail sur le cadavre d'un des défunts.

            L'atmosphère puait la mort. Les courants d'airs transportaient une odeur âcre, mélange de cadavres en décomposition et d'une chair impropre à la consommation. Cela n'empêchait pas les rats et autres petits carnivores habités par le diable de se délecter des derniers restes de ces valeureux Ewoks qui n'avaient jamais craint un seul instant cet endroit infâme. Un lieu qui avait été jadis leur montagne.

            Ils étaient morts chez eux, sur la terre de leurs aïeux.

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              Auteur : Kath Aplazm

              L'esprit toujours confus, secoué par la curieuse rencontre qu'il avait faite dans les marécages à l'extérieur, Kath suivit la troupe sans mot dire, comme elle s'avançait dans les profondeurs des rochers. Il regarda d'un air las les gaupas se presser loin des flancs de la montagne, tout heureux d'enfin pouvoir regagner les terres plus hospitalières des abords du Sanctuaire. Le novice aurait adoré en faire de même, mais il ne trouvait pas en lui l'audace de décamper. De plus, il avait été étonnamment ragaillardi par sa dernière aventure et, pour la première fois depuis le départ, il attendait les épreuves du voyage avec une certaine impatience.

              Uriel et Saecha, à ses côtés, étaient tout aussi silencieux, mais les jeunes gens échangèrent plusieurs regards interrogateurs en pénétrant dans le ventre de la Montagne. Muyi Tano n'avait-il pas évoqué une rencontre avec une autre tribu d'Ewoks ? Hothar avait paru désarçonné, lui aussi. A en croire les réactions de chacun, quelque chose se déroulait qui n'était pas prévu au programme. On alluma des torches avec des morceaux de bois secs et les clones activèrent les lampes qu'ils avaient emportées avec eux.

              Progressant en file indienne, car le passage dans la roche ne permettait pas à plus de deux personnes --même aussi petites qu'un Ewok-- de progresser de front, la compagnie s'arrêta bien vite. Fermant la marche, cramponné à son épieu et scrutant fiévreusement les murs humides de la grotte, Kath ne comprit pas tout de suite de quoi il était question. Jetant un œil vers l'avant de la troupe, il aperçut la suite des couloirs sinueux de la montagne ; ils semblaient plus larges et plus sombres encore que l'espèce de hall qu'ils venaient de traverser. Une sorte de souffle le fit tressaillir. Il n'avait pas froid, mais ce courant d'air porta à ses narines une odeur pestilentielle qui lui donnait la nausée. Diantre ! Il n'avait plus senti une telle odeur depuis sa dernière sortie dans une discothèque low-cost des bas quartiers d'Aldera... et depuis son dernier passage sur les cendres de l'incendie qu'il avait provoqué. Au fond de lui, l'Alderaani espérait vraiment que cette puanteur émanait des restes d'une bonne cuite. Mais il savait pertinemment qu'il se trompait.

              Un cri retentit, qui fit sursauter Saecha et l'un des Ewoks qui avançait devant elle. Ce dernier se précipita vers l'avant, repoussant de ses petits coudes poilus un Hothar silencieux qui se tenait devant lui et s'enfonçant dans les ténèbres à la suite des ses camarades. Les clones s'échangèrent un regard entendu, pour lui emboîter le pas sans attendre. Ainsi, Kath, Uriel, Saecha et leurs instructeurs arrivèrent les derniers sur les lieux. Tous, à l'exception de Nass qui restait hors du champ de vision du novice Aplazm, se saisirent de leurs armes. Kath se mit à trembler devant le spectacle horrible qui se tenait devant ses yeux.


              - Ce n'est pas une grotte... C'est un tombeau, jura Cody dans sa barbe.

              Les Naa'Fruu étaient couchés, éplorés, auprès des corps de leurs cousins, morts. Il n'y avait eu aucun survivant et l'assaillant avait fait preuve d'une rare barbarie : certains Ewoks étaient percés de flèches noires, d'autres portaient des marques de coups d'épée. Un guerrier Naa'Fruu hurla de tristesse et son cri sourd se répercuta sur les parois rocheuses dans un écho, comme le début d'une litanie. Mais ce cri du cœur n'était pas un hommage, juste l'expression d'une immense tristesse et de l'incompréhension de tous.

              Des images horribles revinrent aux yeux de Kath : les mercenaires transpercés de lances, le feu et le jeune Ewok décédé. Dans son mépris pour ces créatures poilues qui lui avaient mené la vie dure, Woopee en tête, il en avait presque oublié toute la souffrance que les Ewoks avaient pu ressentir depuis quelques temps. Derrière les coutumes étranges et les réactions parfois primaires des autochtones, il y avait des âmes, sujettes aux émotions communes qu'étaient l'amour, la tristesse, la colère et la haine. Le novice s'imagina un instant perdre ses parents, son ami Dew ou la belle Sh'ao, restés sur Alderaan. Il ne s'était jamais pensé capable d'empathie avec des créatures qui avaient essayé de l'immoler par le feu quelques jours plus tôt ; il s'était trompé.

              Kath et ses compagnons aidèrent les Naa'Fruu à rassembler les corps sans vie des Chù' et à les aligner. L'opération dura plusieurs dizaines de minutes, car il fallait enlever les flèches des corps et rassemblés les effets personnels --partiellement pillés-- des défunts. Ce faisant, la troupe était restée silencieuse, le shaman Lokee glissant uniquement l'une ou l'autre directive afin de préparer du mieux qu'il était possible les cadavres à une sépulture digne. Quand les corps furent alignés contre la paroi, à plusieurs dizaines de mètres de l'entrée de la caverne, l'Ewok Killi jeta une torche contre un petit tas de bois non loin, qui prit feu. Kath ne savait pas ce que cela signifiait, mais il imaginait qu'il devait s'agir d'une sorte de rituel ; peut-être les morts seraient-ils ainsi veillés jusqu'au retour des Naa'Fruu ?

              Si beaucoup semblaient vouloir rester là à se recueillir, ce n'était pas le cas du chef Chitupa. On avait connu l'Ewok plus loquace, mais il s'était enfermé dans un mutisme persistant. Cramponné à son bâton, il paraissait bouillir de rage à un tel point qu'aucun de ses guerriers n'osait l'approcher à moins de quatre pas de distance. Il semblait sur le point de hurler un grand cri de guerre mais se retenait avec difficulté.

              Quant aux Jedi, ils furent les premiers à reprendre la route. De l'avis de Muyi Tano, la compagnie ne pouvait pas rester là plus longtemps, car la vision d'horreur n'envahirait que trop vite les esprits chagrins. Le sombre pouvoir de la Montagne était déjà à l’œuvre et il fallait l'empêcher de se réveiller pour de bon. Kath, contrairement à son habitude, emboîta donc le pas à Nass et Tano. Derrière les silhouettes de ses professeurs, il ne voyait que ténèbres.

              Plissant les yeux dans l'obscur lointain, il crut à nouveau apercevoir l'ombre des marais : grande, dotée d'une large carrure, elle semblait porter sur la tête une sorte de couronne, mais il n'en était pas sûr. Ses contours étaient flous et dansaient à la lueur des torches. Personne d'autre ne semblant l'apercevoir, Kath haussa les épaules. Il s'agissait probablement du fruit de son imagination féconde, rien de plus. Mais soudain, il s'immobilisa net. Uriel, qui marchait derrière lui, lui percuta l'épaule et se fendit d'un grognement. Le novice se retourna pour aider son compagnon, qui le scrutait d'un regard interrogateur.


              - Tu entends ça ?

              La compagnie avait marché plusieurs minutes et était parvenue à une sorte d'embranchement. Difficile d'estimer quelle distance ils avaient parcouru jusqu'ici tant il était difficile de se repérer, à la seule lumière des feux des Ewoks. De part et d'autre du couloir, qui s'ouvrait en plusieurs chemins, un gouffre se dessinait, plongeant à perte de vue dans les tréfonds de la terre. Kath déglutit. Il avait entendu un bruit, il en était sûr. Devant lui, Nass s'était lui aussi arrêté, mais lui tournait le dos. Le Gungan n'avait pas adressé la parole à ses élèves depuis la veille. Que pouvait-il bien se passer dans son esprit torturé ?

              - De quoi tu parles ?, lança Saecha, qui arriva à la hauteur des deux novices. Je n'entends rien.

              Kath blêmit. Ses tempes battaient, mais il ne savait pas si c'était l'effet du stress ou de sa concentration. Le bruit résonna à nouveau. Lointain, grave, inquiétant. Le son d'une masse qui frappe frénétiquement sur un tronc : sourd mais régulier.

              - Je ne sais pas. On dirait... des tambours. Des tambours résonnent des profondeurs.

              Les Jedi se retournèrent comme d'un seul homme. Jusqu'alors, on avait toujours pu apercevoir la sortie, seule source de lumière naturelle en ce lieu confiné. Ils étaient parvenu trop loin dans la Montagne pour encore l'apercevoir. En d'autres termes, il était peut-être déjà trop tard pour faire demi-tour. Quoi que soit le danger qui se cachait dans les entrailles de la Montagne noire, ils allaient devoir l'affronter. Instinctivement, Saecha sortit la lame de son sabre laser, tandis que Kath et Uriel avaient brandi leurs épieux. Un cliquetis derrière l'épaule de l'Alderaani lui indiqua que Bareman et ses gars avaient eux aussi préparé leurs armes. Le bruit s'intensifia peu à peu, se fit plus régulier.

              -Je te dis que je n'entends rien...


              Saecha et Kath se regardèrent. Ils savaient aussi bien l'un que l'autre qu'elle mentait. Dans ces circonstances, pas étonnant qu'elle cherche à se rassurer.

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                Auteur : Kath Aplazm

                De longues minutes passèrent sans qu'aucun des membres de la troupe ne dit mot. Chacun se contentait de mettre un pied devant l'autre, observant le précipice avec inquiétude et dressant l'oreille à tout bruit suspect, ce qui ralentit considérablement la progression. Quelques torches en vinrent ainsi à s'éteindre et la marche vers le cœur de la Montagne continua dans une obscurité presque totale. Toutefois, les clones, qui ouvraient à présent la marche, braquaient leurs lampes électriques vers l'avant afin d'éclairer le chemin, ce qui permit à tous d'avancer sans risque. La progression n'était néanmoins pas sans risque : comme Bareman put s'en apercevoir en levant les yeux vers les corniches de pierre qui se multipliaient en hauteur, les méandres de la roche pouvaient cacher de nombreuses choses et un guet-apens pendait au nez de la cohorte qui peinait à se regrouper.

                Les bruits des tambours résonnaient encore par intermittence, provoquant des bonds incontrôlés dans le cœur de Kath à chaque fois qu'ils se manifestaient. A ses côtés, ni Uriel ni Saecha ne paraissaient plus rassurés. Les trois novices pouvaient cependant se réconforter en se disant que leurs sages professeurs étaient avec eux. Cette image fut mise à mal quand la lumière vacillante d'une torche éclaira le visage de Hotar, dont les yeux trahissaient l'anxiété. Les Jedi se devaient de chasser d'eux la peur et le chevalier paraissait lutter de tout son être pour ne pas céder à la panique. Un coup de coude de Muyi Tano lui remit les idées en place et il parut plus assuré par la suite. Quant au maître Nass, ses traits semblaient figés dans une expression grave qui n'invitait pas à la discussion ; Kath constata d'un œil que la main de son instructeur était fermement serrée sur sa ceinture --et probablement son arme de Jedi.

                Le chemin dans la montagne, qui se faisait tantôt étroit, tantôt large, arriva à un nouvel embranchement. Des escaliers naturels semblaient permettre l'accession aux corniches et aux hauteurs déjà entrevues, tandis que l'autre chemin possible plongerait la compagnie au centre de la terre. Les compagnons n'avaient plus beaucoup de solution : ils devraient faire un choix. En cet instant, les tambours avaient cessé de résonner, ne permettant pas à la troupe de discerner leur origine. Impossible donc d'avoir une idée du chemin à prendre sur une base semi-objective. Les clones paraissaient n'avoir aucune ressource à leur disposition pour prendre une décision, quand les Ewoks, hors de leur forêt sacrée, semblaient quant à eux désorganisés, la perte récente de leurs cousins et amis pesant encore sur tous les esprits. Pour les Jedi, la situation était claire : ils allaient devoir s'en remettre à la Force.

                Mais alors que Muyi Tano fermait les yeux dans une posture méditative, un craquement sourd se fit entendre non loin. Tous les regards se tournèrent vers un petit puits situé non loin d'une nouvelle anfractuosité rocheuse. Un petit Ewok, vraisemblablement le cuisinier du village, affichait un air désolé, cachant de son petit corps poilu le rocher qui s'effritait et auquel il venait apparemment de chipoter. Ce faisant, il se cogna contre ledit rocher qui bascula en arrière dans un nouveau craquement et tomba dans le puits, provoquant un tintamarre digne du plus beau carnaval Naa'Fruu. Tous les yeux se figèrent sur le puits, le temps que le rocher achève sa longue et lente chute dans l'abîme, puis les muscles se relâchèrent.


                - Bougre de Touk !
                , jura Nass avec sévérité. Jetez-vous dedans la prochaine fois, cela nous débarrassera de votre stupidité !

                Les yeux du chef Chitupa indiquaient qu'il partageait l'appréhension du maître Jedi. Le petit cuisinier venait de signaler leur présence, si du moins le groupe avait pu progresser sans se faire repérer. Le silence qui suivit fut d'autant plus pesant qu'il s'accompagnait d'un vent de peur. Comme pour matérialiser l'angoisse, le souffle d'une brise inhabituelle au tréfonds de la terre souffla sur la compagnie, achevant d'éteindre les derniers brandons des Ewoks. A peine éclairés par les cellules énergétiques de clones, les compagnons avaient peine à distinguer leurs propres pieds et l'émoi commençait à soulever la plupart d'entre eux.

                Et soudain, l'Ombre apparut. Distincte, claire dans l'obscurité qui planait pourtant. Les traits de la silhouette étaient flous mais, elle paraissait se détacher de la pénombre et indiquer le chemin. Tendant le bras, elle fit signe à Kath de la rejoindre vers le chemin profond. Le novice regarda d'ailleurs autour de lui, tentant désespérément de distinguer les réactions de ses amis. Mais dans les ténèbres, il ne vit rien. Ses tempes battaient fort et, cédant à l'angoisse, il s'engagea de quelques pas vers l'avant et cette Ombre si rassurante. Et comme il avançait, celle-ci reculait, comme disparaissant à l'horizon et l'invitant à la suivre. Kath fit encore quatre pas. Puis trois. Puis deux. Au dernier pas, il sentit le sol se dérober sous ses pieds : la structure sur laquelle reposait la troupe était une sorte de promontoire rocheux qui s'affaissait sous le poids de ses hôtes. Avec un bruit sourd, la stalagmite qui retenait difficilement le bord de la plate-forme venait de rompre. Kath jeta un oeil derrière lui : l'entrée de la salle était bien trop loin pour y retourner. Le groupe n'avait plus le temps d'attendre et devait choisir immédiatement entre les paliers ascendants et le couloir menant à l'abîme.

                Kath tenta de se jeter vers l'avant pour atteindre une corniche, mais un bras fort le plaqua dans une direction opposé et il chuta tête la première sur le sol qui s'écroulait. Derrière lui, les cris des Ewoks et des clones se multipliaient.


                - Kreeth Ehda, Naa'Fruu, kreeth Edah !!
                , s'emporta Lokee en courant en tous sens.

                - C'est un piège ! Il faut courir, vite !, reprit Snipeur sur la même intonation alarmée.

                Un épais rocher venu du plafond s'écroula soudain sur la structure en décomposition. Heureusement, il ne sembla toucher personne, mais Kath ne put s'en assurer, car un fut traîné en arrière par la même main qui l'avait abattu par terre. Ses yeux piquaient, attaqués par le nuage de sable et de poussière qu'avait soulevé la chute du roc. Les cris se firent plus nombreux et plus stridents, puis retentirent quelques tirs de blaster. La cohue était immense mais l'Alderaani n'en vit rien, toujours tiré par le col par une force invisible et plongeant au cœur de la roche. Sa tâte heurta soudainement la paroi d'un mur et il perdit connaissance.


                * * *


                Quand Kath ouvrit les yeux, il se trouvait dans une sorte de petit vestibule de pierre. Le novice se jeta sur ses pieds, en alerte. Où était-il ? Au loin, on pouvait apercevoir un lac souterrain, aux eaux noires comme la nuit. Des gémissements attirèrent son attention et il courut à l'aveuglette en direction de ce qu'il avait reconnu comme étant les plaintes d'un Ewok. Zigzaguant dans la pénombre, il heurta plusieurs obstacles avant de parvenir à un amas de petits cailloux qu'il déblaya à l'aide de ses mains nues et de son épieu. Une main poilue lui agrippa fermement le poignet et l'Ewok Woopee s'extirpa des décombres avec un grognement soulagé.

                - Churee Ehda. Chyse Na-chin ! Chyse Naa'Fruu !

                Le petit guerrier regarda Kath avec des yeux implorants. Que voulait-il dire ? Le novice ne parlait pas la langue des Ewoks et n'avait jamais tenté de se rapprocher d'eux. Pourtant, le ton de voix paniqué de Woopee lui pinçait le cœur. S'il n'avait pas compris son compagnon, Kath saisissait sa détresse. Aidant l'Ewok à se relever, l'Alderaani, dont les yeux s'habituaient progressivement aux ténèbres, distingua enfin les contours de la grotte. A une extrémité, le couloir était bloqué par des amas rocheux. L'espèce de pont sur lequel ils se trouvaient tous peu de temps auparavant --combien de temps avait-il dormi ?-- s'était vraisemblablement écroulé et ils n'avaient eu d'autre choix que de s'engouffrer dans le couloir du bas.

                Les silhouettes de plusieurs membres de la troupe se regroupèrent au centre du vestibule. Kath aperçut ainsi les visages de Bareman, des Ewoks Kolgat et Growok, de Saecha... et de maître Nass. Où étaient tous les autres ? Des vingt compagnons partis du village Naa'Fruu, ils n'étaient ici que sept.


                - Nous avons été séparés du reste du groupe, pesta Bareman dans sa barbe, inspectant d'un œil inquiet son arme. Je ne sais pas s'ils sont encore en vie. Pas de doute en tout cas, la route était piégée. Qui que ce soit qui a abattu ces Ewoks à l'entrée nous attendait également.


                Un clone, trois Ewoks, un maître Jedi et deux novices. C'était tout ce qu'il semblait rester du groupe. Peut-être les autres avaient-ils réussi à emprunter l'autre passage et remonter par d'autres couloirs ? Cette information était invérifiable. Kath pria intérieurement pour qu'Uriel, Hotar, Tano et les autres s'en soient sorti. Nass les avait prévenus : tous ne reviendraient pas de cette expédition guerrière. Mais pour pleurer les morts, il fallait des vivants. Et dans sa situation, la compagnie amoindrie était tout sauf tirée d'affaire.

                La lampe de Bareman avait dû recevoir un mauvais coup, car elle clignotait faiblement et menaçait de s'éteindre, risquant du même coup de réduire à zéro le faible éclairage dont le groupe bénéficiait encore. Le clone s'assit en tailleur, inspectant l'objet pour tenter de le réparer, tandis que les Ewoks rassemblaient leurs armes dispersées et brisées aux quatre coins de la grotte exiguë. Ils ne pourraient avancer sans faire une nouvelle halte. Cependant, ils ne pouvaient s'éterniser ici : les tambours résonnaient à nouveau.


                - Maître, nous devons sortir d'ici, dit Saecha, étouffant un sanglot. La jeune Twi'lek tremblait comme une feuille, serrant le manche de son sabre laser des deux mains. Kath la rejoignit et lui passa une main sur l'épaule, dans un geste rassurant. elle se retira instantanément, claquant d'un revers de la main les doigts du novice alderaani qui resta interdit. Plus que la peur, c'était l'incompréhension et le déni qui l'habitaient en cet instant. Allaient-ils vraiment périr ici, enterrés dans la Gorge du Monde ?

                - Non, nous devons continuer, dit-il à mi-voix, mais non sans assurance. Les tempes de Kath battaient à nouveau. Il sentait l'Ombre à ses côtés, qui le guidait. Était-ce elle qui l'avait sauvée de l’éboulement ? Il le croyait. Il n'avait jamais eu de chance dans la vie. Mais aujourd'hui, une bonne étoile veillait sur lui. Toujours hésitant, le novice laissait monter en lui un sentiment d'invincibilité qu'il ne décelait pas lui-même. A chaque pas de plus dans cette Montagne, il sentait grandir sa peur...mais avec elle, une nouvelle puissance. Inconnue, chaleureuse. La silhouette qu'il ne cessait d'apercevoir n'était pas son ennemie. Passionnée, puissante, cette apparition semblait réveiller en lui de nouveaux sentiments. La Force, le pouvoir... Kath n'était pas sans assurance. Avec cette nouvelle alliée, il pourrait briser les chaînes qui le maintenait depuis trop longtemps entravé. La Force le libèrerait et il pourrait aider Saecha, Uriel, les Ewoks... tel était son devoir.

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                  Auteur : Kath Aplazm

                  Rien ne se passa durant les minutes qui suivirent. Tandis que Nass et Bareman discutaient à mi-voix, l'air alarmés, les Ewoks finissaient de se préparer à continuer leur avancée dans les gouffres de la Montagne. Mentalement, Kath répétait les formes de combat que lui avaient enseigné ses instructeurs la nuit précédente. Il doutait cependant que ce savoir lui soit directement utile, car il manquait énormément de pratique. En y réfléchissant un peu plus longtemps, l'Alderaani constata avec amertume qu'il n'avait pas retenu grand chose de ce qu'il avait vu. Du reste, s'il était présent au Sanctuaire depuis maintenant plusieurs lunes, son enseignement Jedi n'avait que très peu avancé : il avait tout juste reçu une leçon d'histoire entre les différents exercices physiques de Nass. Rien de bien probant.

                  Enhardi par la situation, le jeune humain brandit son épieu et reproduisit le peu dont il se rappelait dans l'air, sous le regard intrigué de Woopee. Les gestes du novice étaient gauches et rigides, comme il s’essayait maladroitement à copier les mouvements de la forme de combat qu'on lui avait enseignée. De quoi s'agissait-il, encore ? Cho-shi ? Chien-chaud ? Saucisse ? Shii-Cho, c'est ça ! Un ensemble de mouvements d'escrime assez rudimentaires, qui devaient constituer les bases de son entrainement au sabre. Parfait pour affronter des ennemis qui se cachaient pour attaquer, utilisant majoritairement des pièges et des arcs, ironisa Kath silencieusement.

                  Saecha avait observé la scène avec sévérité. Au départ encore sous le choc de ce qui venait d'arriver, elle avait fini par se relâcher en apercevant Kath, qui faisait ces singeries à côté d'elle. La jeune novice avait déjà suivi plusieurs cours plus aboutis tout au long de son initiation au sein du clan du Dragon. Particulièrement douée, elle avait déjà été associée à plusieurs missions Jedi aux côtés de divers instructeurs et était en outre bien plus avancée que son camarade dans le maniement des armes et l'exercice des arts Jedi. Ainsi, elle ne pouvait qu'apprécier les nombreuses erreurs qu'il faisait en balançant à gauche et à droite son arme grotesque et primitive.


                  - Tiens-toi plus droit
                  , dit-elle en affichant un sourire supérieur et en fronçant les sourcils. Relâche tes épaules.

                  A cette remarque, Kath s'arrêta pour la fixer un instant. Observant qu'elle ne détournait le regard, il haussa les épaules puis se replongea dans son exercice, gardant tout de même le conseil de sa camarade à l'esprit. Dans cette nouvelle posture, il paraissait moins pataud de l'extérieur, mais se fatiguait néanmoins beaucoup plus. Au bout de cinq minutes d'exercice, il s'arrêta pour reprendre son souffle, couvert de sueur. Ses tempes battaient toujours aussi fort, sur le coup de l'effort cette fois-ci.

                  Kath savait bien que tout ce pseudo-entrainement ne le mènerait à rien. Il devait d'une part garder ses forces pour les défis à venir, et d'autre part il avait pleinement conscience que des mois de pratique ne l'auraient pas aidé à progresser dans ces conditions. Il lui fallait un professeur. Il jeta un œil au Gungan Nass, qui achevait d'aider le clone Bareman à réparer sa lampe d'éclairage. Depuis sa première leçon avec l'alien, la rancœur de Kath à l'égard de son professeur n'avait cessé de grandir. Comme souvent depuis le début de cette aventure, l'Alderaani fit une liste des reproches qu'il adressait intérieurement au maître Jedi. Que n'aurait-il pas donné pour échanger sa place avec Saecha et bénéficier des lumières du chevalier Tano ! Qui savait ce qu'il était advenu de lui...

                  Se mordant la lèvre inférieure, Kath reprit ses mouvements de plus belle, investi d'une énergie nouvelle qui était celle de la rage et de l'aigreur. Chacun de ses coups dans le vide était rythmé par un coup de tambour venu des tréfonds de la Montagne. Les Ewoks, sur le qui-vive, commençaient à s'impatienter car cela faisait un bon quart d'heure qu'ils étaient resté dans cet endroit de la grotte. Au bout de nouvelles minutes, Nass finit enfin par rejoindre ce qui restait de la petite compagnie. Posant une main sur l'épaule de son novice, il l'arrêta net.


                  - Ne gaspille pas tes forces. Tu en auras besoin
                  , grogna le Gungan après une seconde de réflexion. Nous devons reprendre la marche si nous voulons retrouver les autres.

                  En effet, la voie qu'ils avaient empruntée pour en arriver là était actuellement bloquée par d'énormes rochers. Quand bien même ils auraient réussi à dégager un orifice assez grand que pour rejoindre le croisement où ils avaient perdu le reste de leur groupe, ils se trouveraient trop exposés à une embuscade, en contrebas des corniches. S'ils désiraient avoir une chance de survie, ils devaient s'enfoncer plus profond dans le sol, comme l'avait suggéré Kath peu avant. Nass ouvrit donc la marche aux côtés du commandant clone Bareman, qui éclairait le chemin à l'aide de la seule source de lumière qu'il leur restait. La compagnie suivit le faisceau blanc à travers un grand escalier qui semblait être la seule sortie de la salle dans laquelle ils se trouvaient.

                  Descendant les marches de pierre une par une, ils constatèrent avec angoisse qu'ils s'éloignaient des battements de tambours. Autant qu'il en était, ils avaient toujours pu estimer la distance qui les séparait de leurs adversaires en gardant l'oreille dressée. Désormais, ils ne pourraient plus se fier ni à leurs yeux ni à leurs oreilles pour évaluer le danger. Perturbé, Kath, qui fermait la marche au côté de l'un des Ewoks, Kolgat, serra plus fermement son arme contre lui, frappant régulièrement de sa hampe les parois rocheuses qui l'entouraient afin de bien se rendre compte de son environnement, tel un aveugle l'aurait fait. Cette manière de procéder était certes basique et probablement peu efficace, mais elle lui permettait de se rassurer. Au bout d'un moment à avancer à tâtons, il constata que son compagnon Ewok s'aidait de sa lance pour ratisser le sol devant lui avec vivacité dans la pénombre. En l'imitant, il put éviter quelques trous et cailloux pointus sur lesquels il aurait probablement buté s'il avait continué à progresser aléatoirement en se fiant à son seul instinct de survie. Ce n'était pas la première fois que les réflexes de pisteurs des Ewoks le surprenaient; il prit bonne note de ne plus sous-estimer ces créatures dont il commençait seulement à saisir l'intellect.

                  Quelques instants plus tard, Kath et son voisin s'arrêtèrent net. Un son étouffé devant eux les avait alarmés. Kolgat repoussa l'Alderaani de sa main libre et pointa la pointe en silex de son arme vers les ténèbres, sifflant entre ses dents. Deux sifflements lui répondirent et il sembla se détendre. Le novice humain n'avait pas compris ce qui venait de se passer mais il suivit son camarade, qui le tirait par la manche avec énergie pour l'attirer vers le reste du groupe qui s'était arrêté. Au bout d'une bousculade assez violente au cours de laquelle Kath se fracassa l'épaule contre un rocher, tous se figèrent, maugréant chacun un mot ou deux pour signifier aux autres que tout allait bien.


                  - Pourquoi est-ce qu'on s'arrête ?, lança Kath en chuchotant.

                  - On est au bout de notre descente
                  , répondit Bareman. ...Mais ma lampe a rendu l'âme. Il va falloir redoubler de prudence.

                  - Facile à dire, on n'y voit rien !

                  - Sers-toi simplement de la Force.

                  - "Simplement" ?

                  - Silence, tous les deux., les interrompit fermement maître Nass. Le ton du Gungan ne laissa aucune place à la contestation.

                  Les sept compagnons se rassemblèrent au pied de l'escalier. Leurs yeux s'habituaient à peine à l'obscurité totale et même un soldat aussi entrainé que le clone avait des difficultés à saisir son environnement proche. Dix secondes de silence suivirent pendant lesquelles tous se fixèrent tour à tour. A l'exception sans doute de Nass, qui pouvait user de la Force pour se repérer, les autres étaient complètement désorientés. Saecha, qui n'avait cessé de lancer des regards affolés derrière son dos, finit par sortir le manche de son sabre de sa ceinture.


                  - Non, Saecha, ne f...

                  Une lame à la couleur vive sortit instantanément du manche stylisé de l'arme de la Twi'lek, illuminant les alentours. Aveuglé par cette intense et soudaine source de lumière, Kath détourna le regard en se protégeant les yeux de son avant-bras. Son mouvement de recul lui fit percuter une formation rocheuse et il tomba contre une marche de l'escalier, s'occasionnant un nouvel hématome. De son côté, la novice resta interdite. Pourquoi le maître Jedi avait-il tenté de l'empêcher d'allumer son arme et d'ainsi leur fournir assez d'éclairage pour continuer ?

                  - Jééédaaaaïïïsssss...


                  Kath se figea. Comme tous les autres, il avait entendu ce sifflement, qui résonnait encore contre les parois de la grotte dans laquelle il venait de descendre. A la lumière du sabre laser, l'Alderaani aperçut que l'endroit était bien plus grand que chacune des salles qu'ils avaient déjà traversées et que de nouvelles corniches, plus larges que les précédentes, s'étendaient sur plusieurs niveaux. En les atteignant, ils pourraient sans doute remonter au niveau de celles des salles antérieures et espérer rejoindre les membres manquants de leur compagnie...


                  - JEEEEDDDDAAAAÏÏÏSSSSS !


                  Cette fois, le sifflement s'était changé en un cri d'outre-tombe. Sur le coup de la panique, Saecha eut le réflexe d'éteindre son sabre laser. Une fraction de seconde plus tard, il y eut un nouveau sifflement et un bruit sourd résonna à quelques centimètres des oreilles de Kath; quelque chose venait de frapper la paroi de l'escalier et de retomber au sol. Le novice posa par réflexe une main à terre et se saisit d'un objet long, fin et aiguisé. Si cette flèche l'avait touché, il serait probablement mort. Le novice n'eut pas le temps de prévenir ses partenaires. Aux différents niveaux que Kath avait entraperçus peu avant d'être attaqué, des torches s'allumèrent, une à une, éclairant des ombres massives et imposantes. Les tambours, muets depuis de longues minutes, résonnaient à nouveau, accompagnés de grognements indistincts. Cette fois-ci, plus de doute : le danger était là. Kolgat et Woopee se fendirent d'un hurlement de rage.

                  - Les Sanyassans...!

                  - Eh bien, mes amis, j'espère que la Force est avec vous, lança Bareman avec appréhension, armant du même coup son fusil blaster. Parce qu'on dirait que c'est pas notre jour...

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                    Post n°16
                    Auteur : Rylen Korr

                    Agenouillé près d'une tête quasi-squelettique arrachée de son tronc, Nass constata l'extrême violence de ce récent affrontement. Les Chù' avaient été attaqués par surprise, encerclés et enfermés dans l'étroitesse de la caverne. Les regards figés de certains cadavres étaient aussi riches en détails qu'un enregistrement holographique qu'on aurait pris au moment des faits : les guerriers Ewoks n'avaient même pas eu le temps de comprendre ce qui leur arrivait.

                    Tout autour d'eux, la scène de crime laissait apparaître flèches, lances et dards. C'était l’apanage des animaux et des barbares de ne pas camoufler leurs meurtres, aussi violents soient-ils. Ces cadavres d'autochtones transpercés et dévorés de toute part devaient servir d'avertissement concret à ceux qui tenteraient de suivre leurs pas au sein de la montagne. Et c'était plutôt réussi.


                    - C'est trop dangereux de rester là. Nous devons continuer, ordonna le Gungan en fixant du regard Chitupa.

                    Le Chef Ewok était d'accord avec le Maître Jedi. Cependant, le danger auquel ils étaient tous confrontés ne devait pas leur faire oublier les traditions de leur peuple. Ils devaient prendre le temps d'honorer la mort de leurs cousins et c'est pour cette raison que le leader des Naa'fruu laissa Lokee, le chaman de leur tribu, réciter des incantations au dessus du cadavre de chaque défunt. L'un après l'autre, le magicien abaissa les paupières de ses cousins abattus qui n'avaient pas eu le temps de les fermer par eux-même.

                    Ces manières pouvaient laisser perplexe face à la dangerosité du lieu. Mais c'était ainsi que vivaient les téméraires Ewoks : ils ne pouvaient avancer sans respecter leurs coutumes. Le conflit viendrait tôt ou tard et Nass savait parfaitement qu'ils répondraient présents le moment venu lorsqu'ils feraient face à leurs ennemis.

                    La patience était définitivement une de leurs vertus majeures, même en période de crise. C'est là que l'on reconnait la sagesse d'un peuple.


                    - Évitez les bruits inutiles et préparez-vous au pire, annonça d'emblée Bareman à destination des jeunes Novices peu habitués à ces situations mortelles.

                    Les trois clones retrouvaient là une atmosphère qu'ils n'avaient pas connu depuis des années. Ils étaient de nouveau dans leur élément favori, celui qui les avait fait naître et celui pour lequel ils étaient de cette galaxie. Un retour aux sources qu'ils allaient prendre très au sérieux car leur mission restait avant tout la protection des Jedi et de leurs alliés : si l'un d'eux s'arrêtait en cours de trajet, ils le vivraient comme un échec cuisant.

                    Il fallut moins de deux minutes pour que Lukee ait terminé ses incantations spirituelles à l'égard des disparus. Un après l'autre, et après s'être transmis des consignes strictes de sécurité à adopter durant le passage au sein de la Montagne Noire - trois mètres maximum entre chaque personne, ne pas communiquer sauf cas extrême, et laisser les Novices ainsi que les Ewoks les moins aguerris au milieu de la file durant la traversée des cavernes- l'ensemble de la troupe se mit en marche. Suivant l'unique chemin proposé par la Montagne Noire, ils s'engouffrèrent dans les méandres de l'obscurité dominante.

                    Après avoir gagné en altitude jusqu'à présent, voilà qu'ils redescendaient six pieds sous terre. Telle la descente aux enfers qui leur avait été longtemps promise depuis qu'ils avaient perçu le sommet de la Montagne Noire tout au long de leur périple dans les contrées inexplorées d'Endor.

                    C'était toujours étrange de constater la manière dont le temps se répète à travers les âges. Il fut une époque pas si lointaine où d'autres Jedi avaient certainement emprunté ces mêmes couloirs étroits, confrontés à cette même peur de l'inconnu.

                    Là, dans l'ombre, Nass fut brièvement confrontée à un visage familier, celui d'un vieil homme barbu et recouvert de blessures vivaces. Il eut tout juste le temps de le visualiser qu'il disparut, comme si son imagination lui jouait des tours. A l'heure actuelle, il ne pouvait réellement savoir ce que cela signifiait, mais il ne put s'empêcher de repenser aux différentes mises en garde dont Elyna Faràn, sage Membre du Conseil, lui avait parlé avant son départ du Sanctuaire.

                    Le Gungan se demanda même si Vendar Olorin s'était imaginé sa propre mort avant même qu'elle ne survienne des mains du traître Skawalker. Bien qu'il savait ces pensées dangereuses, Nass se savait influencé négativement par la Montagne Noire. Il lutta de toutes ses forces pour reprendre ses esprits et il fallut un regard de Muyi Tano en sa direction pour qu'il revienne silencieusement à la raison : son ami avait été le seul à ressentir la légère fluctuation dans la Force provoquée par son bref écart de conduite, imperceptible à l’œil nu.

                    L'instant présent devait être la seule pensée digne d'intérêt au sein de cette Montagne Noire. Et pour cause...

                    Et pour cause.

                    Bien plus de deux heures s'étaient écoulées depuis leur arrivée dans la Montagne Noire. Et les péripéties n'avaient fait que s'accentuer. La troupe s'était disloquée, séparée à la suite d'un piège certainement tendu par les mêmes qui avaient abattu les Ewoks de la tribu Chu' à l'entrée des cavernes souterraines. Bareman, Nass, Saecha, Kath et trois Ewoks s'étaient ainsi retrouvés de leur côté, sains et sauf mais sans nouvelles du reste de la bande.

                    Le Maître Gungan, gêné par cet évènement qu'il n'avait pas su maitriser, sut qu'il s'agissait simplement de la conséquence logique de la perturbation qu'il avait ressenti quelques minutes avant l'embuscade : les quelques secondes de relâchement mental passées à réfléchir à autre chose qu'à l'environnement de la Montagne Noire lui avaient été fatales et avaient failli mettre un terme à leur quête. Il devait en tirer une leçon forte et devait se montrer à la hauteur de son rang.

                    Reprenant leur chemin en direction du seul passage qui leur était ouvert, les désormais sept compagnons se retrouvèrent assez rapidement dans le noir, la seule lumière artificielle de l'arme de Bareman s'étant éteinte. Lorsque les Ewoks émirent un son qui voulait dire "stop", Nass avait déjà senti le danger qui les guettait. Mais le pouvoir de la Montagne Noire était tel qu'il n'était même plus certain de pouvoir se reposer sur la Force. Et pour cause.

                    Ce faible moment d'hésitation l'empêcha d'arrêter à temps le geste brusque de la Novice Saecha qui, en allumant son sabre laser de manière irréfléchie et naïve, montra leur position exacte au sein de la caverne à leurs ennemis.

                    Là dans la pénombre, leurs premiers adversaires directs les observaient. Par dizaines, les Sanyassans avaient enfin décidé de finir ce qu'ils avaient commencé avec les Ewoks de la tribu Chu'.

                    Les premières flèches -empoisonnées ou non, Nass ne comptait pas attendre d'en recevoir une pour le savoir- ricochèrent sur les parois rocheuses vers lesquelles ils se trouvaient. Bareman fut le plus rapide à se mettre en position de combat, armant son arme blaster comme à la glorieuse époque de la Guerre des Clones. La première réaction de Nass quant à lui fut de placer son sabre laser en position de défense, non pas pour lui mais pour ses compagnons qui n'étaient pas protégés contre les armes à distance des Sanyassans.

                    C'est alors qu'il se décida à foncer. Bravant ce territoire maudit sous une pluie de flèches microscopiques qui affluaient au dessus de leur tête.

                    Dans un réflexe incroyable et tandis qu'il décapitait la tête d'un maraudeur barbare bien prétentieux qui s'était aventuré à quelques pas de lui, le Maître Jedi utilisa la Force pour arrêter momentanément un projectile mortel qui faillit s'abattre dans le dos du guerrier Woopee. Instantanément et comme s'il avait lu la trajectoire de la flèche, Bareman s'agenouilla en direction de la corniche opposée à leur position avant de déverser une pluie de munitions laser vers l'auteur de cette attaque fourbe. Leur coordination leur avait permis de gagner un répit de quelques secondes et ils purent gagner un premier niveau sans encombre.

                    Là, à une dizaine de mètres, la première horde de Sanyassans apparut, certains escaladant les parois rocailleuses aussi facilement que d'habiles araignées. Leur visage, squelettique et presque dénué de chair, ne trompa cependant pas le Maître Jedi qui décela en eux une vie, primitive mais bien existante. S'ils avaient une conscience qui les plaçait au rang d'espèce intelligente au même titre que les Humains, Ewoks ou Gungans, ils disposaient cependant de mœurs dépassés, qui faisaient de la violence et de l'agressivité leur première réaction lors de la rencontre d'autres espèces.

                    Face à cette réalité belliqueuse, Nass et les siens ne pouvaient que répliquer par le conflit. C'était là la limite du pacifisme qui contredisait toute logique idéaliste.

                    Plusieurs minutes s'écoulèrent, celles-ci furent heureusement non mortelles pour les sept alliés qui franchirent un parcours non négligeable sous l'assaut de nombreux barbares. Ils eurent la chance d'affronter des adversaires qui ne faisaient visiblement pas de la tactique leur point fort : en venant les affronter au corps à corps, les Sanyassans empêchaient quasiment toute attaque à distance de leurs compères restés en retrait sur les corniches opposées et les niveaux supérieurs. Cela ne les empêcha pas toutefois de tirer quelques flèches qui vinrent cependant s'écraser contre les murs ou, encore mieux, sur leurs propres confrères.


                    - Ce sont de pauvres baroudeurs : ils n'ont pas de leader ! fit remarquer Bareman entre deux salves de blaster en direction des hauteurs.

                    Nass tourna momentanément la tête en direction du clone, distrait par ses dires. Le cuisinier du Sanctuaire Jedi n'avait pas tord, ces Sanyassans se lançaient dans la bataille sans aucune réflexion, attaquant à la volée sans coordination alors que l'environnement et leur nombre leur donnaient d'innombrables occasions de terrasser facilement le petit groupe d'autochtones et leurs alliés. S'ils avaient eu un chef, Nass et les siens auraient été balayés depuis longtemps.


                    - Maître, attention !

                    Ce cri d'alerte venant de Bareman ne suffit pas à faire réagir assez vite le natif de Naboo. Déconcentré par les mots du militaire, il ne vit pas le guerrier barbare un niveau plus haut qui venait juste de lui sauter dessus, la dague pointée vers sa nuque.

                    Tandis que les deux aliens s'attrapaient mutuellement pour ne pas céder de terrain à l'autre, l'arme blanche du Sanyassan effleura la bure du Maître Jedi. Ce dernier sentit la délicate lame lui percer timidement la peau. S'il avait pas été secouru oralement par son allié clone, Nass aurait déjà rejoint la Force.

                    La faible douleur provoquée par la coupure éveilla tout de même les sens du talentueux guerrier qui se remit rapidement d'aplomb. Le Maître Jedi et son adversaire avaient basculé un niveau plus bas, écrasant au passage deux Sanyassans qui ne résistèrent pas au poids inimaginable contenu dans le corps du dénommé Nass. Ce dernier, fier Gungan et habile combattant à mains nues, attrapa l'épaule droite du tas d'os qui lui servait d'ennemi avant de lui presser la chair comme une vulgaire pâte à modeler. Le baroudeur cria non pas de douleur mais de haine, bavant littéralement sa folie sur le visage d'un Nass qui ne manqua pas de répliquer en lui crachant à la gueule : les Gungans aussi avaient une réputation dans le domaine ! S'en suivit une longue lutte physique, durant laquelle les puissants muscles du Maître Jedi ne suffirent étrangement pas à lui faire prendre le dessus sur un vaillant Sanyassan qui n'avait pas dit son dernier mot.

                    Balançant son regard à droite puis à gauche, le spécialiste du Soresu aperçut une grosse pierre qu'il prit dans sa main afin de frapper la tempe de l'alien. Ce dernier, certainement sonné, laissa une seconde de répit à Nass, seconde qui lui suffit à reprendre l'avantage afin d'envoyer valdinguer son vis à vis dans le gouffre avoisinant. L'affrontement remporté, le Maître Jedi se remit sur ses pattes amphibiennes et sauta sur la corniche du haut, sur laquelle combattaient encore ses compagnons.

                    Le visage gluant -résultat de la drôle de galoche à sens-unique que le Sanyassan venait de lui imposer- le natif d'Ohto-Gunga s'essuya les joues d'un revers de la main avant de se tourner aussitôt vers ses amis.


                    - Moi qui pensais que seul un Gungan pouvait aussi bien utiliser sa langue !

                    Drôles de mots dans un contexte aussi mortel. C'était comme si l'attaque surprise du Sanyassan lui avait réveillé les sens, endormis depuis leur approche de la Montagne Noire. Nass était-il en train de retrouver son élément ?

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                      Post n°17
                      Auteur : Kath Aplazm

                      Alors que le voyage depuis le Sanctuaire Jedi avait été long et parfois monotone, laissant souvent le temps à une atmosphère silencieuse de s'installer, les évènements présents s'enchainaient à une vitesse folle. La procession guerrière et l'attente angoissante avaient laissé place à la folie du combat ; l'ennemi s'était enfin montré et le groupe réduit de compagnons devait lui faire face. Kath ne savait presque rien des Sanyassans. Tout juste qu'il s'agissait d'une espèce d'humanoïdes reptiliens qui devaient ressembler un peu à des Kaleesh, puisque les Naa'Fruu avaient capturé Uriel en le prenant pour un maraudeur. Au-delà de ça, l'Alderaani devait s'en remettre aux quelques mots qu'Hotar avait prononcés dans une conversation que le novice avait saisie, à l'occasion d'une halte dans la forêt : les Sanyassans venaient d'un autre monde et étaient de violents combattants à l'intelligence relativement limitée.

                      Limités ou pas, Kath n'aurait pas le temps de le découvrir s'il finissait comme les Ewoks qu'ils avaient retrouvé à l'entrée de la Montagne. Ces assaillants maitrisaient l'art de la surprise et du guet-apens, mais heureusement un peu moins celui de la précision au tir à l'arc : la pluie de flèche qui s'abattit sur le groupe ne toucha pas un seul des compagnons, à la faveur de la pénombre encore présente au niveau où se trouvait la troupe. Mais pour progresser, la petite compagnie devait atteindre les niveaux supérieurs et ainsi s'exposer à la lumière des torches. Afin de gagner quelques précieuses secondes, Bareman distribua une salve de tirs blaster à destination des archers, permettant ainsi à Nass, Saecha et aux Ewoks de rejoindre la pente rocailleuse en face d'eux et de commencer à la gravir. Le maître Gungan, le sabre laser désormais activé, couvrait ses camarades en détournant les flèches de sa lame et au moyen de la Force.

                      Quant à Kath, il s'était dans un premier temps rabattu contre les murs rocheux qu'il avait commencé à raser, se mettant à l'abri derrière l'une ou l'autre stalagmite, cramponné à son arme. Il dût très rapidement se remettre à découvert car ses compagnons s'éloignaient et il devenait l'unique cible des flèches. Esquivant en sautillant les projectiles qui le visaient, il se prit les pieds dans sa bure et perdit l'équilibre. Cette chute fut salvatrice puisqu'il sentit un nouveau trait lui caresser le cuir crânien, emmenant avec lui quelques cheveux châtains. Continuant sa progression en rampant à quatre pattes, Kath parvint enfin près de Woopee et Kolgat qui s'efforçaient de rester dans le sillage de Nass afin de ne pas être touchés. Saecha, elle, tentait tant bien que mal d'imiter l'instructeur Jedi, mais ses gestes étaient beaucoup plus lents et bien plus maladroits que ceux du Gungan, de sorte qu'elle dut rapidement renoncer à trop s'exposer. Ce n'était pas la première fois que Kath constatait la différence de niveau qu'il existait entre un novice et un maître Jedi, mais celle-ci ne lui avait jamais semblé si abyssale. Nass portait à lui seul toute la compagnie, bien aidé par les tirs précis que Bareman adressait aux assaillants.

                      En deux bonnes minutes, les compagnons avaient atteint le premier niveau des corniches et se heurtaient maintenant à une horde de Sanyassans déchaînés qui les attendait. Armés de lames de tailles diverses et de lances aux extrémités contondantes, les maraudeurs s'abattirent sur la troupe avec une violence que Kath n'avait encore jamais vue chez des êtres sensibles. Heureusement, ils n'étaient pas spécialement coordonnés. Le second à s'avancer reçut la hampe du premier en plein visage et hurla de douleur, quand le troisième s'écroula en avant lorsque le quatrième le poussa pour arriver au corps-à-corps le premier. Cette bande désorganisée n'en retsait pas moins féroce : l'un des assaillants fit basculer Nass sur un promontoire en contrebas et une lutte acharnée s'initia entre les deux combattants. Pendant ce temps, les flèches sifflaient encore et la pluie de traits ne semblait pas vouloir s'arrêter. Kath, toujours en retrait, concentrait l'essentiel de son énergie à l'esquive des projectiles, tentant tant bien que mal de suivre la progression de ses compagnons qui repoussaient les Sanyassans avec brio. En effet, la supériorité de l'armement des Jedi et du clone Bareman ainsi que la cohésion évidente des Ewoks avaient eu facilement raison des premiers rangs des Sanyassans, qui battaient en retraite sur les corniches supérieures en poussant des cris d'alerte incompréhensibles. Resté derrière la file en compagnie de Kath, Growok sautait sur les maraudeurs couchés au sol et les achevait en poussant des cris de rage et de colère, ses petites mains poilues trempées d'un sang épais et visqueux.

                      Nass, victorieux de son affrontement, vint très vite rejoindre les combats et, le sabre laser à la main, prit la tête de la petite cohorte afin de ne laisser aucun répit aux maraudeurs qui n'en menaient plus large ; une dizaine des leurs venaient de tomber sous les coups de Nass, les tirs de Bareman ou les traits des Ewoks. Kath, passif jusque là, se concentrait sur la Force pour éviter les flèches qui se faisaient de plus en plus rares à mesure que les archers refluaient vers les niveaux supérieurs. Ses yeux s'étaient à présent parfaitement adaptés à la demi-pénombre et il avait pu compter les adversaires qui restaient encore. Ils devaient encore être une bonne douzaine. Cependant, cela ne devait pas constituer l'entièreté de leurs forces : les Ewoks avaient parlé d'une véritable armée. Où se cachaient les autres ? Peut-être étaient-ils en train d'affronter le reste du groupe mené par Muyi Tano. Ou peut-être étaient-ils tapis dans l'ombre, attendant le moment propice pour frapper...

                      Arrivés sur la seconde corniche, la troupe marqua le pas. La plate-forme était bien plus étroite que la précédente, et si les rochers offraient une protection contre les tirs de flèche, il était difficile d'y avancer à plus de deux de front. Nass et Bareman continuaient à presser de l'avant pour ne laisser aucun repos à leurs adversaires et pour atteindre le troisième niveau le plus rapidement possible, mais les Ewoks qui les suivaient avaient bien de la peine à garder cette cadence effrénée. Bien qu'aguerris, ces combattants Naa'Fruu n'avaient jamais vécu un tel affrontement et avaient besoin de plus de temps pour reprendre leur souffle, d'autant que leur petite taille les obligeait à fournir deux fois plus d'effort quand il s'agissait de gravir des pentes rocheuses l'arme à la main. Derrière, Woopee s'appuyait sur son épieu en se frottant le front, poussant râle de fatigue. Cela faisait plus de cinq minutes que les combats avaient débuté et il commençait à épuiser ses forces. Kath attrapa le petit guerrier par la taille et, avec un grognement, souleva le guerrier qui se fendit d'un sifflement de surprise. Portant le guerrier Ewok sous le bras, Kath avança sur plusieurs mètres ; Woopee tenta d'abord de se débattre, mais s'arrêta dès la première flèche afin d'éviter de déconcentrer l'Alderaani et de risquer de se faire toucher. Du reste, cette assistance, quoique brutale et maladroite, était bienvenue.

                      Kath avait fait ce qu'il pouvait pour assister ses camarades mais ses gestes gauches et son inexpérience l'handicapant sérieusement, il avait dû se résoudre à se contenter de soutenir ses partenaires du mieux qu'il pouvait, en soulevant Woopee ici, en soutenant Growok là, ou en évitant une chute mortelle à Saecha qui avait manqué d'assurance en déviant une flèche d'un geste de son sabre laser. Pourtant, dans la pente menant à la troisième corniche, il dut enfin brandir son arme : alors qu'il fermait la marche, un Sanyassan surgit derrière lui. Celui-ci, sans doute tombé quelques instants plus tôt, avait du remonter derrière eux pour les prendre à revers. Il fallait admirer l'endurance du maraudeur qui ne montrait pas de signe de douleur ou de fatigue après avoir fait une chute de dix mètres. Plus robuste qu'une partie de ses congénères, le maraudeur était armé d'une énorme masse et hurlait en crachant alentour une bave puante et gluante. Kath jeta un oeil derrière son épaule : il avait dix bons mètres de retard sur ses camarades et ne pouvait donc pas espérer leur aide immédiate.

                      Déglutissant avec difficulté, le novice esquiva un premier coup de masse qui s'écrasa au sol, puis, se baissant, il évita un coup de poing que lui assénait le colosse. Les gestes du Sanyassan n'étaient pas particulièrement rapides, mais il était si fort qu'un nouveau coup de sa masse rudimentaire fendit la roche en s'écrasant, provoquant une levée de poussière que Kath avala partiellement. La gorge emplie de poussière et les yeux gonflés, le novice tituba et encaissa un coup de genou dans les côtes qui le fit valser au sol. Le souffle coupé, Kath suffoqua en donnant un coup de son épieu devant lui, à l'aveuglette. Le Sanyassan se saisit instantanément de l'arme pour ramener Kath à lui dans un mouvement puissant, puis, abandonnant sa masse abîmée, il roua de coups le jeune homme, lui assénant plusieurs coups de poings et un grand coup de tête.

                      A chaque nouveau coup encaissé, Kath sentait sa conscience le quitter, et les maigres efforts qu'il faisait pour se débattre n'étaient pas suffisants. Après un dernier coup de poing, le maraudeur Sanyassan jeta le novice au sol et, ramassant sa masse, se prépara à l'achever. La vision de Kath se brouillait. La grotte, les torches, le Sanyassan... tout n'était plus qu'ombre et brouillard. La tête à l'envers, il aperçut encore au loin la silhouette de Saecha. La Twi'lek venait de tomber à genoux, visiblement touchée par quelque chose. Woopee, à ses côtés, venait de valdinguer au sol en lâchant ses armes. Devant, Bareman se démenait en frappant un ennemi de la crosse de son fusil, une flèche plantée dans la cuisse. Et Nass ? Le novice ne le voyait plus. Kath leva les yeux vers le plafond et rencontra le regard du Sanyassan qui s'apprêtait à mettre fin à son existence.

                      Et soudain, il la vit. Plus clairement que jamais, l'Ombre. Celle-ci semblait entourer le maraudeur qui ne se doutait de rien. Gigantesque, elle dessinait le contour d'un homme en armure, un anneau brillant au doigt. Son visage était masqué mais on pouvait distinguer des yeux rouges comme le sang au fond d'orbites profonds. Cette image était beaucoup plus inquiétante que celle qui l'avait tiré des marais ou qui l'avait aidé à trouver son chemin dans la grotte, mais elle dégageait la même chaleur, la même assurance... L'Ombre tendit la main, passant au travers du Sanyassan qui semblait figé sur place. Kath lança une main ensanglantée et désespérée en direction des doigts vaporeux de l'apparition. Il ne savait pas ce qu'il voyait, si tout cela était réel ou le fruit de son esprit fatigué. Mais cette silhouette mystérieuse l'avait aidé dans son passé récent. N'avait-il pas déjà vaincu ses doutes grâce à elle ? A ses côtés, il ressentait la Force, plus que jamais.

                      L'Ombre disparu soudainement quand Kath se saisit de sa main. Les yeux du novice s'écarquillèrent comme il était pris d'une sauvagerie nouvelle. Ses tempes se mirent à battre et la colère s'empara de son esprit : allait-il mourir ainsi, après tous les efforts qu'il avait fourni pour rester en vie ? Était-ce son destin de disparaitre sous les coups d'un monstre sinistre dans un lieu oublié, lui qui avait rejoint Endor afin de devenir Chevalier Jedi ? N'avait-il pas abandonné le confort d'une vie sur Alderaan, une famille aimante et paisible pour devenir un héros ? Dans un accès de rage, Kath ferma le poing de sa main toujours tendue en avant ; ses doigts se refermèrent sur son épieu, qui venait de frapper la joue du maraudeur en volant vers lui. Le Sanyassan grogna, une grimace terrifiée se dessinant sur son visage disgracieux.

                      Le novice se releva d'un bond, comme si toutes ses blessures n'avaient pas existé. Galvanisé, il para un coup que lui assénait son adversaire et contre-attaqua dans un geste sauvage. Son effort fut tellement violent que l'arme Ewok qu'il brandissait se brisa sur la nuque du Sanyassan qui tituba en lâchant sa masse. Sans attendre, Kath se rua en avant, plongeant son crâne dans le ventre de son assaillant. Les deux combattants roulèrent dans la pente rocheuse pour retomber sur la corniche inférieure. Ils mirent une poignée de seconde à retrouver leurs esprits mais l'Alderaani, plus petit et plus mobile que le colosse qu'il affrontait, put se relever plus rapidement pour lui lancer un coup de pied dans la mâchoire.

                      Le guerrier hurla de douleur. Kath, lui, n'avait plus d'yeux que pour le maraudeur, ignorant maintenant totalement les quelques flèches qui le visaient encore. Il se jeta sur son adversaire pour lui rendre tous les coups qu'il avait reçu de sa part, frappant une fois, deux fois, trois fois... Ce combat ne ressemblait à aucune joute d'entrainement Jedi, ni à l'une des rixes qu'il avait pu observer dans les cantinas les moins bien famées d'Aldera. Cet affrontement bestial ne se solderait que par la mort de l'un des combattants.
                      Parvenant à se dégager, le Sanyassan roula en arrière. Les regards des deux adversaires se croisèrent à nouveau. La haine se mélangeait à la peur dans les yeux du maraudeur qui ne s'attendait vraisemblablement pas à une telle résistance de la part du maillon faible de la compagnie qu'il attaquait. Kath brûlait maintenant d'un feu violent qu'il venait d'allumer. Il n'y avait plus de ténèbres, plus de grotte, plus de Jedi... Juste le farouche esprit de survie d'un animal blessé.


                      - Jéédaaaïïï... Tuer toi !
                      , grogna le maraudeur en reprenant contenance. Grande gloire tuer Jéd...

                      Les yeux du Sanyassan se révulsèrent. Il porta la main à son cou musclé, qu'une flèche venait de transpercer. Il jeta un dernier regard vers les corniches, mais son cri de rage fut étouffé par une exclamation de victoire. Woopee, un arc à la main, fit un grand signe à Kath, alors que le maraudeur s'écroulait, mort. Le novice resta un moment interdit, ses tempes bouillonnant toujours plus fort. Cet affrontement n'avait pas eu la conclusion qu'il espérait. il se voyait déjà ouvrir le ventre du monstre, lui déchirer les boyaux, se repaitre de sa chair comme un loup. Mais le Sanyassan était mort, et ses alliés fuyaient dans les tunnels, repoussés par Bareman et les autres.

                      - Ils battent en retraite, il faut se regrouper !
                      , s'exclama le clone en levant le poing.

                      - Yub nub !, cria Kolgat en tirant son épieu du corps sans vie d'un maraudeur.

                      Kath reprit soudainement conscience de ce qui l'entourait. La douleur de ses membres le frappa et il mit un genou en terre, se tenant le côté d'une main et frottant son nez ensanglanté de l'autre. L'adrénaline lui permettait de ne pas s'écrouler, mais il était déjà sérieusement amoché. De leur côté, ses compagnons n'avaient également pas été épargnés. Le novice sentit dans la Force la respiration saccadée de Saecha, essoufflée, ou les râles de Woopee. Seule la présence de Nass paraissait indétectable, comme si son aura sereine avait disparu dans cet océan de violence et de mort. Bon débarras, pensa Kath, qui ne s'était toujours pas calmé et serrait le poing. Le Gungan pouvait bien avoir disparu sur Correlia, il n'en avait cure. L'animosité passive qu'il éprouvait envers son professeur n'avait cessé de grandir ces dernières heures et il en était arrivé à un stade où plus rien n'avait d'importance si cela concernait le maître Jedi.

                      Se relevant douloureusement sur ses deux pieds, l'Alderaani entreprit de remonter la pente rocheuse pour rejoindre le reste du groupe. Arrivé à la hauteur de la compagnie, Kath put constater l'ampleur des dégâts. Bareman soignait une blessure de flèche qui paraissait relativement bénigne mais assez douloureuse et les Ewoks avaient l'air globalement sains et saufs, mais un peu sonnés. Quant à Saecha, elle gisait étendue sur le flanc, Nass penché à ses côtés.


                      - Elle a pris un coup dans les reins, ce n'est pas joli-joli
                      , expliqua le tenancier de la cantina du Sanctuaire quand ses yeux rencontrèrent le regard hargneux mais interrogateur de Kath. Regardant les blessures du novice, il ajouta à mi-voix : ...je leur avais bien dit qu'il ne faut pas prendre des gamins en mission...

                      Les tambours recommencèrent à battre au cœur de la Montagne. Les Sanyassans avaient beau avoir laissé plusieurs des leurs dans cette escarmouche, ils seraient bientôt de retour en nombre, armés de renforts. L'espoir le plus solide de la compagnie consistait à se remettre en route pour croiser Muyi Tano, Uriel, le chef Chitupa et le reste de la troupe, en espérant qu'ils n'aient pas eu à affronter une telle horde de maraudeurs. Mais avec Saecha sur le flanc et Kath blessé, cet espoir avait pris du plomb dans l'aile.

                      Nass se releva et fit face à son élève. Le Gungan était couvert de sang. Il avait probablement abattu plus d'ennemis à lui seul que le reste de la troupe mais avait encore l'air parfaitement calme, quoiqu'un peu fatigué. Kath détourna un instant le regard et tenta de masquer ses contusions ; il refusait d'offrir une nouvelle image de faiblesse à son sévère professeur. Il n'avait pas besoin de ses réprimandes et de ses remarques. Il avait triomphé seul d'une situation mortelle, en usant de la puissance de ses émotions et de la Force. Qu'aurait-il accompli s'il s'était servi du maigre enseignement que lui avait dispensé le maître Jedi ? Probablement rien. Ah ! Elle lui avait servi, l'histoire de l'Ordre, dans ce combat mortel. Et ses leçons au sabre ? Kath n'avait pas lui-même de sabre laser. A quoi cela l'avait-il aidé, en définitive ? Si l'Alderaani avait encore la vie sauve, il le devait uniquement à lui-même. Et à cette Ombre si souvent salvatrice, qu'elle soit louée.


                      - Que faisons-nous maintenant... "maître" ?

                      Le visage de Kath étaient interdit mais ses yeux défiaient clairement le Gungan. Il n'avait jamais été aussi prêt à se battre qu'actuellement, même désarmé. Son affrontement avec le Sanyassan avait libéré quelque chose en lui. La Force l'entourait, il la sentait. Elle résonnait dans ses tempes et dans la caverne comme les tambours des maraudeurs. L'heure n'était plus aux palabres. La guerre avait commencé.

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                        Post n°18
                        Auteur : Rylen Korr

                        Sagesse et affrontement. Harmonie et violence. Force contre force. Le conflit était omniprésent. Même dans les tréfonds de la galaxie.

                        Était-ce un aveu de faiblesse de la part de l'Ordre Jedi ? Était-ce une nouvelle preuve de la dure réalité de l'univers ? Le passé semblait revenir à eux comme un vieux souvenir qu'on aurait tenté de dissimuler dans un coin perdu de la mémoire : le dogme Jedi s'était bien crée sur des ossements recouverts de sang, il y a des millénaires en arrière. Et il lui faudrait encore de nombreux sacrifices pour survivre au temps, seul immortel du monde des vivants.

                        Le pacifisme était un idéalisme louable et bienvenu dans une galaxie chaotique. Cependant il restait un fervent ennemi de la réalité quotidienne : cet univers était dangereux et bestial. La violence triomphe toujours de la sérénité si cette dernière se laisse abuser par la beauté de son imagination.

                        Nass était d'origine Naboo. Un monde constamment opposé par ses deux races majeures : les Gungans parmi qui il naquit, et les Naboos majoritairement humains. Les premiers avaient toujours compris le caractère primitif de la vie, choisissant de vivre dans les profondeurs marines afin d'assurer à leur civilisation une protection contre les dangers extérieurs. Ce qui n'avait pas été le cas des Naboos, fervents idéalistes prônant le pacifisme et le dialogue même contre le pire des ennemis.

                        En repensant brièvement à ce passé si lointain, le Maître Jedi fit le parallèle avec la situation qu'il vivait actuellement sur Endor et fut définitivement convaincu que sa race avait toujours été bien plus en avance que celles des humains de son monde : ils avaient compris depuis des siècles que pour assurer la survie de leurs descendants, ils devraient les prémunir de ce qui se cachait dans la galaxie.

                        Les Ewoks avaient décidé de suivre la même voie que leurs lointains homologues amphibiens. Nass comptait bien les aider pour qu'ils aient ce droit à la vie.


                        - Nous continuons notre mission jeune Novice, répondit sèchement le Maître à son jeune Novice Alderaani, sans mettre fin au duel de regards qui s'était initié entre les deux partenaires, plus nous passons de temps ici, et plus nous nous exposons à ces guerriers Sanyassans.

                        Une flamme nouvelle surgissait des profondeurs des yeux de l'apprenti du Gungan. Là où la jeune Saecha avait succombé face à tant de violence fanatique, le jeune Kath Aplazm avait trouvé d'étranges ressources pour résister et répliquer avec autant de fureur que ses ennemis.

                        La guerre semblait être une nécessité dans ce contexte épineux. Mais à qui profitait-elle ... ?

                        Quelques gouttes de sang lui tombèrent sur les lèvres, le ramenant ainsi à la triste réalité du moment. Ce dernier n'était pas forcément propice à une longue réflexion mais plutôt à une vive réactivité, seul moyen de ne pas périr dans cette Montagne et de poursuivre la quête qui était la leur et qui se faisait oublier dans un tel affrontement.

                        Le groupe avait une épine dans le pied en la personne de la jeune Saecha Tan, dont le coup aux reins l'empêchait de se déplaçait à une bonne allure. Prenant ses responsabilités, Nass l'attrapa délicatement par l'épaule afin de l'inviter à se laisser porter mais il fut dépassé par Bareman qui avait visiblement eu la même idée et qui avait été plus prompt à réagir.


                        - Vous serez plus utile sans poids sur les épaules, Maître, lui précisa t-il sagement en se débrouillant comme il le put pour coordonner Saecha d'un bras et blaster de l'autre, et puis elle pourra me protéger si besoin, conclut-il en invitant la jeune Twi'lek à garder son sabre laser actif jusqu'à ce qu'ils soient tirés d'affaire.

                        L'expérience du combat dont faisait preuve le clone était décidément très utile aux côtés des deux jeunes Novices et des trois Ewoks qui vivaient là leurs premiers véritables affrontements. Nass s'estima heureux de ne jamais avoir douté de l'efficacité de ces hommes.

                        Tandis que les tambours se faisaient de nouveau entendre avec vigueur dans les profondeurs des cavernes - était-ce un énième signal d'alerte à destination des aventuriers ? - Nass ralluma son sabre laser et, suivit de ses amis, il ouvrit de nouveau la marche vers leur destin commun.

                        Spoiler : Musique
                        [Flash unavailable]

                        Le Gungan tendit son arme dans un mouvement perpendiculaire vers l'avant, direction à prendre pour fuir cette caverne inamicale. Loin dans la presque pénombre - les torches avaient quelque peu éliminé l'obscurité du lieu- apparaissait une arche qui semblait définir une porte de sortie intéressante pour le groupuscule composé des sept compagnons. C'est vers cette ouverture que Nass amena ses alliés.

                        Quelques minutes suffirent au Maître Jedi et aux siens pour se frayer un chemin entre les différents niveaux qui les séparaient de l'arche, fuyant de peu une nouvelle horde de barbares qui était apparue des profondeurs et qui avait accompagné le retour de ces mystérieux battements de tambours.

                        Ils venaient d'arriver dans une immense salle, à l'ambiance aussi noire que celle qui avait précédait les débuts des hostilités. Seule une faible lumière inconnue provenant du toit de la structure caverneuse éclairait le centre de l'étrange lieu. Se pensant momentanément en sécurité, les Ewoks profitèrent du bref moment de répit pour s'orienter et pour tenter de déceler une porte de sortie dans le trou noir qui leur faisait face. Mais derrière eux, les Sanyassans approchaient dangereusement. Pire encore, de nombreux barbares apparurent de part et d'autre de la salle dans laquelle ils avaient mis les pieds. S'ils ne se dépêchaient pas d'atteindre l'autre bout de cette place naturelle, ils seraient vite encerclés.


                        - Maître Nass ! Ils sont trop nombreux, nous devons fuir et vite !

                        Toujours aussi perspicace, Bareman laissa momentanément Saecha contre un pilier rocheux afin d'attraper une grenade qui pendait autour de sa taille. Se retournant instantanément, il la balança aussitôt dans le trou de l'accès qui leur avait permis d'accéder à cet endroit. Le projectile, à son explosion, laissa échapper un bruit sourd et bref ainsi qu'une forte lumière aveuglante dont l'éclat se propagea jusqu'à la position de la troupe. Fort heureusement pour eux, ils n'avaient pas été directement en contact avec elle et ne pouvaient donc pas en subir ses effets néfastes : il s'agissait d'une grenade flash, aussi appelée grenade aveuglante, utilisée pour éblouir temporairement des ennemis humanoïdes. De quoi permettre à leurs arrières d'avoir quelques instants de répit.

                        C'était maintenant ou jamais : ils devaient parcourir l'étendue qui s'ouvrait à eux ou ils finiraient transpercés par les flèches de leurs ennemis.
                        'Boum'

                        S'armant de courage et mettant leur endurance à rude épreuve, les sept alliés se retrouvèrent à mi-chemin lorsqu'ils se rendirent à l'évidence : ils n'arriveraient pas au bout de leur périple avant les Sanyassans, la faute en partie à un poids non négligeable en la personne de Saecha, blessée et temporairement invalide. En parallèle, les maraudeurs barbares qui leur faisaient face s'étaient incroyablement multipliés; les voilà qu'ils affluaient en nombre tout autour d'eux, remplissant presque l'étendue de leur champ de vision. Ils finirent par les encercler, interrompus dans leur passion guerrière par les armes laser de Nass et de Saecha qui semblaient faire peur à plus d'un barbare dans l'attroupement général.

                        Ils connaissaient ces sabres. Ils avaient vu ce qu'ils provoquaient. Aussi nombreux étaient-ils, personne n'avait envie de se faire découper par ces "bâtons lumineux".
                        'Boum'

                        Reprenant leur souffle, les trois Ewoks furent paniqués, s'agitant sur place et priant les esprits dans leur langue natale d'agir pour les protéger. Bareman, en bon soldat qu'il était, avait une main sur sa ceinture d'explosifs, prêt à se sacrifier pour emporter un maximum de ses ennemis dans les tréfonds de la mort.

                        Transpirant à pleines gouttes, usé par les efforts entrepris depuis plusieurs dizaines de minutes pour échapper à ces brutes, Nass évalua nerveusement la situation. Le sabre laser vers le bas, il semblait s'être résolu à se battre jusqu'à ce que mort s'en suive : ils n'étaient pas assez nombreux ni assez talentueux pour survivre à autant de belligérants.
                        -Boum-

                        'Boum' ... 'Boum' ... 'Boum' ...

                        La terre trembla brusquement. Les secousses à intervalles régulières s'intensifièrent même, atteignant une puissance telle que Growok tomba à la renverse avant de se relever à la hâte, bien aidé par ses compères Kolgat et Woopee. Mais le plus notable dans l'histoire fut la réaction des Sanyassans qui, paniqués, s'affolèrent et disparurent dans la pénombre. Laissant les sept compagnons seuls et livrés à leur sort.

                        Que se passait-il pour qu'ils décident, d'une seconde à l'autre, de fuir le combat ?


                        'Boum' 'Boum' 'Boum' 'Boum' 'Boum'

                        Au loin sur leur droite, les tremblements de terre engendrèrent un écroulement lent mais régulier. Une énorme cavité se dessina, laissant s'échapper une couleur rougeâtre venant tout droit des profondeurs de la Montagne. Celle-ci prenait de l'ampleur à mesure que les battements des tréfonds des cavernes s'intensifiaient.

                        'Boum'

                        Quelque chose -quelqu'un ?- était en train de se diriger droit vers leur position.

                        - Na na na na na ! s'emporta Woopee, la peur se lisant dans ses deux petits yeux globuleux.

                        Bareman venait immédiatement de comprendre ce que la boule de poils avait voulu signifier à ses compagnons : il savait exactement ce qui se cachait sous ses pieds et n'avait visiblement pas envie d'y faire face.

                        Dans un élan collectif, les aventuriers se remirent en marche, courant comme jamais vers l'unique sortie qui se trouvait à l'opposée de l'ouverture depuis laquelle semblait se précipiter l'étrange danger qui avait fait fuir les Sanyassans.

                        Devant l'urgence de la situation, Nass n'avait pas voulu sonder la Force pour en apprendre d'avantage. Mais celle-ci lui envoyait des ondes incroyables, signe qu'un terrible danger s'apprêtait à s'abattre sur lui et les siens.

                        Arrivés devant la seule sortie de cette gigantesque caverne, le Gungan eut l'étrange réaction de s'arrêter momentanément afin de s'assurer que les échos qu'il recevait de la Force étaient vrais. Si celle-ci ne mentait pas... Alors le temps leur était compté.

                        Seuls les Ewoks n'avaient pas stoppé leur course, prenant la première place du groupe et fuyant à toute allure un danger qu'ils estimaient trop proches pour contempler tranquillement son arrivée.


                        - Courez... ordonna t-il solennellement à ses amis, poussant violemment Kath vers l'ouverture lui intimant de ce fait de ne pas traîner et de ne pas l'attendre.

                        Le Maître Jedi voulait le voir de ses propres yeux. Il voulait savoir ce qui se cachait dans cette Montagne Noire et découvrir ce qui, quelque part, leur avait lancé un terrible appel de détresse dès leur arrivée dans ces tombeaux caverneux. Car l'amphibien savait désormais que cette chose attendait depuis des heures de se réveiller pour prendre part au combat.

                        Nass craignait que leurs actions ne l'aient réveillé.


                        - Ne m'attendez pas ! s'emporta t-il en lançant des éclairs du regard à Bareman qui s'était momentanément arrêté pour laisser le temps au Maître Jedi de rejoindre le groupe.

                        Au même moment, un terrible séisme secoua les lieux. La Montagne trembla, à tel point que le plafond se mit à déverser par centaines des cailloux de diverses tailles. Adossé à un mur et luttant de toutes ses forces pour ne pas chuter, Nass faillit être emporté par un bloc de plusieurs tonnes mais il était tellement sur ses gardes qu'il fit le bon déplacement pour l'éviter. Le calme revint de nombreuses secondes après, du moins en apparence.

                        Car la Force, elle, continua à s'agiter. Jusqu'à laisser apparaître l'inévitable.


                        'GROUUUUUUUUUUAH'
                        Spoiler : Provenance du cri

                        Au loin dans la caverne qu'ils venaient tous de quitter - à l'exception de Nass - apparut un effrayant Dragon Condor de plusieurs dizaines de mètres de hauteur et de longueur. Et à la vue de sa large gueule qui faisait peut-être le double de la taille de Nass, il n'avait pas apprécié le boucan qu'avaient crée les quelques mortels habitant sa montagne.

                        Le conflit l'avait réveillé mais lui avait surtout ravivé son appétit. Le Maître Jedi se demanda presque si les Sanyassans et les tambours n'y avaient pas été pour quelque chose.

                        Conscient qu'il ne pourrait pas lutter contre une bête de cette taille, l'éminent guerrier de l'Ordre se précipita sur les pas de ses alliés qui avaient déjà parcouru un peu plus de cinquante mètres. Sa force physique et son endurance, bien que mis à rude épreuve depuis de nombreuses heures, étaient bien au delà des capacités actuelles du reste du groupe, amputé par de nombreuses faiblesses longtemps compensées par le Maître Jedi. Sans même évoquer la morphologie des Ewoks ou les blessures de Kath, le véritable poids restait Saecha, dont la survie se résumait en un seul nom : Bareman.

                        Mais même le clone avait ses limites et avec un équipement aussi lourd que celui qu'il portait depuis le début de cette aventure, le corps de la jeune Twi'lek devenait une inquiétante faiblesse qui allait leur coûter tôt ou tard une fâcheuse conséquence.

                        Le chemin parcouru par la petite communauté en un temps aussi réduit était plutôt important compte tenu du temps qui leur avait fallu pour fuir les Sanyassans quelques instants plus tôt. Les barbares, visiblement effrayés par la créature qui s'était invitée à la bataille, les avaient momentanément délaissés sur le chemin qu'ils avaient décidé d'emprunter mais ils firent à nouveau leur apparition au loin à l'horizon, perchés sur les hauteurs en attendant l'arrivée prochaine de leurs proies.

                        Loin devant eux se dressait un pont rocheux, le seul accès qui les séparait d'une éventuelle porte de sortie. C'est cette passerelle naturelle que les Sanyassans espéraient protéger, conscients qu'il s'agissait de la seule route de survie viable pour les quelques autochtones et leurs alliés qui s'approchaient.


                        - Dum dum ! Khazad ! beugla Woopee en pointant de sa lance le pont, comme si cette vue l'avait quelque peu rassuré quant à leur chemin vers la sortie de la Montagne.

                        Arrivés les premiers, les trois valeureux Ewoks empruntèrent la tête du groupe et se lancèrent dans la traversée de la structure naturelle, sans une seule crainte quant à leurs ennemis barbares situés en hauteur et qui se mirent à tirer des flèches en direction du pont. C'était comme si les autochtones poilus s'étaient convaincus de inefficacité des Sanyassans dans le combat à longue portée, ou alors était-ce simplement de la témérité ?

                        Bareman et Saecha furent les suivants à se présenter face au seul accès qui leur était offert. Rejoints aussitôt par Kath Aplazm, les trois compères purent observer l'incroyable gouffre qui s'ouvrait à eux. La profondeur du vide était telle qu'il n'y avait que de l'obscurité sous leurs pieds, signe qu'il valait mieux éviter de s'y projeter. Qui que soit le créateur de cet édifice reliant les deux bouts, ils pouvaient lui dire un grand merci car il leur avait sauvé la mise.

                        Encore fallait-il traverser le pont sains et saufs. Encore fallait-il survivre au danger qui se rapprochait doucement dans leur dos : l'effrayant Dragon-Condor qui gagnait du terrain par rapport à leur position.


                        - Passez devant ! ordonna le soldat clone aux deux Novices Jedi en transmettant le corps blessé de Saecha à son ami Kath.

                        En bon soldat d'expérience, Bareman s'assurait que les plus jeunes et les plus faibles soient hors de portée de tout danger. Il ne manqua pas de tirer plusieurs salves de blaster en direction des hauteurs pour couvrir la traversée de ses deux partenaires Jedi puis il reporta alors son attention sur Nass.

                        Le Gungan, sabre laser en mains, venait juste d'arriver. Dans son dos, le dragon le surplombait de plusieurs dizaines de mètres. Des frissons parcourent Bareman de la tête aux pieds tandis que son regard était porté vers son ami Jedi, l'invitant à traverser le pont le plus vite possible à ses côtés.

                        D'un geste de la main sans équivoque, Nass le poussa vers l'avant.


                        - Guidez-les, Bareman !

                        Cet ordre était précis, sans détour. Pourtant, le clone y perçut 1.000 sous-entendus. Parmi eux, celui qu'il avait jamais espéré entendre.

                        - Par la Force ! barrez-vous d'ici ! gueula t-il une nouvelle fois en repoussant violemment le clone en direction du pont.

                        Le militaire n'était pas naïf. Comme tous les clones, il avait été doté d'une personnalité réaliste, créée pour répondre aux exigences de la vie et notamment de la guerre. En pareilles circonstances, il n'y avait pas de place pour une hésitation et chaque choix de ce type devait être accepté pour le bien commun.

                        Bareman traversa le pont et rejoignit le reste du groupe. Une troupe au complète A l'exception du Maître Jedi, désormais piégé au milieu du pont par un dragon menaçant qui avait trouvé en Nass un festin à la hauteur de sa stature.

                        A l'abri vers ce qui semblait être la sortie des cavernes tant recherchée, et sachant ses amis sains et saufs, Bareman se tourna alors vers la structure qui reliait les deux bords du gouffre. La scène était surréaliste : d'un côté, l'illustre Maître Jedi, le sabre laser tendu vers son ennemi; de l'autre côté, le dragon Condor, surplombant le petit mortel à la peau verte sans crainte ni peur. L'animal, qui n'avait semble t-il pas eu de repas convenable depuis un certain moment, beugla tellement fort que les parois rocheuses de la Montagne semblèrent trembler devant cet écho si puissant. C'était là un dragon anormalement grand et dangereux qui possédait un étrange pouvoir.

                        De ses yeux semblaient ressurgir une flamme maléfique. Le dragon-Condor était habité par une aura malveillante. Même Bareman pouvait le déceler de sa position. Se pouvait-il que Nass l'ait ressenti ? Se pouvait-il qu'il ait compris bien avant les autres à quel danger ils auraient à faire ?


                        - Vous ne passerez pas !

                        La voix, bien menaçante, de Nass retentit elle-aussi comme un écho perçant dans les profondeurs de la Montagne Noire. Le Maître Jedi était lui aussi habité par une force impressionnante, celle d'un homme qui était prêt à tout pour défendre ses convictions. Comme l'en atteste le coup de sabre qu'il porta au sol sous ses pieds, un geste brutal qui faillit faire céder le pont sur lequel il se trouvait en compagnie de la bête.

                        L'attaque indirecte de ce petit être amphibien déplut au gigantesque dragon. Ce dernier répliqua instantanément en envoyant un coup de patte en direction de Nass, qui se protégea avec son arme en fervent adepte du Soresu.

                        Là-haut sur les niveaux supérieurs, et tandis que l'activité Sanyassan avait été éclipsée par le duel divin qui avait lieu sur le pont, Bareman aperçut une poignée de Sanyassans basculer étrangement dans le vide. Leur attention semblait avoir été redirigée vers quelqu'un d'autres. Le destin venait-il leur donner un coup de mains bienvenu ?

                        Le moment était on ne peut mieux choisi pour aller aider Nass. Mais alors que Bareman s'apprêtait à tirer dans la direction du dragon, son blaster lui fut retirer des mains par une force invisible. Il essaya vainement de le récupérer, puisqu'il fut projeté au sol et dans l'incapacité de se relever.


                        - Vieux timbré ! Ne faites pas ça !

                        Bareman se débattait contre un ennemi invisible. La rage se lisait sur son visage. Il avait d'ores et déjà compris qui en était à l'origine.

                        - Je suis un serviteur de la Lumière, seule alliée de la Force. Le Côte Obscur ne vous servira à rien, flamme du Mal ! hurla le Maître Jedi à l'encontre de son adversaire animal, <span

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                          Auteur : Rylen Korr

                          style="color: #33ffcc">Vous... ne passerez... PAS !

                          Joignant le geste à la parole et tandis que le dragon s'apprêtait à gober le petit être arrogant qui lui barrait le chemin, Nass effectua une poussée de Force d'une puissance inimaginable qui repoussa violemment le Dragon, l'envoyant s'écraser comme un vulgaire jouet contre la paroi rocheuse au bord du gouffre.

                          Dans un cri strident, la bête tenta comme elle le put de se rattraper mais elle tomba dans le vide. En voyant l'issue de l'affrontement, Bareman laissa retomber toute la pression de l'évènement en reprenant un souffle que la gravité de la situation lui avait retiré.

                          Jusqu'à ce que le dragon, dans sa chute, ne tente un baroud d'honneur en frappant de sa gigantesque aile droite le dessous du pont.

                          L'édifice, fragilisé par le bref duel, vacilla et se fragmenta. Nass perdit son équilibre, laissa échapper son sabre laser qui rejoignit le gouffre et le dragon qui y avait déjà chuté, puis il tomba lui-même à la renverse. Le Gungan se retrouva alors suspendu au dessus du trou noir, retenu par sa seule main gauche qui avait à sa charge tout un corps à porter.

                          Bareman croisa une dernière fois le regard agité du Maître Jedi, qui était parvenu à redresser sa tête. Les lèvres du Maître Jedi bougèrent, mais le clone fut incapable d'entendre ce qu'il tenta de lui dire.

                          La seconde d'après, le pont bascula définitivement dans les abysses. Nass avait rejoint son valeureux adversaire dans le tombeau de la Montagne Noire.

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                            Post n°19
                            Auteur : Kath Aplazm

                            Le feu qui brûlait dans les yeux de Kath se réverbéra un instant dans les orbites globuleux de son instructeur. Alors qu'il tombait dans l'abîme noire et profonde de la Montagne Noire, le Gungan avait lancé un ultime regard en direction du groupe amoindri. S'il avait eu le temps d'observer les compagnons un à un, il aurait vu la mine éteinte du clone Bareman, les visages déconfis de Growok, Kolgat et Woopee, les lèvres tremblantes de Saecha... le novice humain qui fermait la marche du groupe, quant à lui, était interdit, les joues creusées et les sourcils froncés dans une expression étrange.

                            Étrange, c'était bien ça. Kath ne savait que ressentir en cet instant. De la tristesse ? Il n'avait personne à pleurer, sinon un maître qu'il n'avait jamais porté dans son cœur. De la peur ? Il avait été pris de panique quand l'ombre gigantesque du Dragon Condor avait succédé aux hordes de Sanyassans, mais l'adrénaline l'avait gardé de toute imprudence. Du soulagement ? Le pire restait à venir, en effet. De l'angoisse ? Mais que pouvait-il leur arriver de pire ? Des émotions crues se mélangeaient dans l'esprit de l'Alderaani, ainsi que beaucoup de questions. Et il n'était assurément pas le seul à se les poser.

                            Mais personne ne parla. Tous regardaient le gouffre dans lequel s'enfonçait Nass, comme ralenti par une force surnaturelle. Chacun des mouvements du maître Jedi paraissait ralenti, lourd. Et soudain, il disparut. Sans un bruit, au bout d'une chute lente et silencieuse. La scène se figea, le temps d'une respiration.

                            Un craquement sourd ramena les esprits dans le moment présent. Et maintenant, qu'allaient-ils faire ? Les Ewoks semblaient exténués par leur course, et leurs compagnons humanoïdes étaient tous les trois blessés. Kath regarda à sa gauche : Bareman, qui aidait Saecha à marcher d'un bras robuste, mettait un genou en terre. La fatigue et l'abattement touchaient même les plus forts. Kath regarda à droite : Woopee et Kolgat pansaient le bras de Growok, qu'une flèche Sanyassan avait effleuré. Enfin, Kath regarda le pont, brisé par l'aile gigantesque du monstre qui avait emporté son maître. Un instant, il crut apercevoir l'Ombre qui l'avait accompagnée, mais celle-ci s'évapora en un instant, comme happée par le vide en dessous d'elle, ne laissant plus une trace de sa présence. Le jeune homme se frotta les yeux pour être sûr d'avoir bien vu mais la forme avait bel et bien disparu quand il rouvrit les paupières. Au loin, en direction des cavernes, le novice pouvait par contre distinguer les formes des maraudeurs qui accouraient, intrigués par la disparition des hurlements du Dragon millénaire. Ils ne tarderaient pas à parcourir la distance qui les séparait de la troupe affaiblie en s'aidant des corniches et des couloirs dissimulés. La seule solution pour Kath et ses compagnons était encore de continuer vers la voie qui se dégageait derrière eux et de profiter du répit que Nass leur avait offert.

                            Au fur et à mesure que les secondes passaient, l'énergie combative de l'Alderaani descendait et il retrouvait peu à peu ses esprits. S'il n'avait pas encore assez de recul pour apprécier la situation, il se surprit à repenser à Nass. Le gros Gungan s'était sacrifié pour les sauver. Un geste noble de sa part, et très inattendu. Etait-il aussi insensible qu'il le laissait paraitre ?


                            - Je ne peux pas croire que maître Nass soit parti...
                            , sanglotta Saecha, la main plongée contre son flanc. Des rictus de douleur venaient briser son expression d'infinie tristesse. Kath ne connaissait pas la nature de la relation qui l'unissait au maître d'armes, mais l'évènement semblait affecter la Twi'lek bien plus que lui. L'Alderaani essuya une larme qui coulait sur sa joue. Est-ce qu'il pleurait ? Ce devait être le stress.

                            - Remettez-vous en route, nous ne sommes pas tirés d'affaire, ordonna Bareman d'une voix grave, mais calme. S'il était avant tout un homme d'action et de combat, le vieux clone n'était pas tout à fait dépourvu d'empathie. Il paraissait accuser le coup de la disparition du leader de la cohorte avec philosophie. Mais comme le groupe reprenait sa progression, Kath constata que le tenancier de la cantina se retournait de temps à autre pour regarder le vide derrière eux.

                            Au bout d'une demi-heure d'une marche silencieuse mais rapide, les six guerriers, la mine sombre et basse, parvinrent à un embranchement. Une grande pente éclairée les mènerait vers la sortie, tandis qu'un autre couloir descendait vers les profondeurs obscures. S'ils devaient à nouveau croiser les maraudeurs, ce serait à cet endroit. Bareman suggéra qu'ils avancent avec encore un peu plus de prudence, mais il ne put retenir Growok qui s'élançait déjà vers la lumière du jour avec un cri de soulagement, son bras blessé en écharpe.

                            Alors qu'il observait les arrières de la troupe d'un œil anxieux, Kath se retourna d'un bond. Non, Growok, attention !...Il crut avoir le temps de crier, mais aucun son ne sortit de sa gorge serrée. L'Ewok venait de s'effondrer au sol, les pieds pris dans une corde et le visage médusé. Tout comme l'entrée, la sortie de la Montagne était piégée. ils s'étaient fait avoir comme des bleus. Le jeune Ewok eut bien de la chance de ne pas recevoir sur le crâne l'un des énormes rochers qui tombèrent du plafond pour leur barrer la route. Il devait y avoir sur Endor un Dieu pour les inconscients, sans qui ni Kath ni l'imprudent Growok n'auraient survécu aussi longtemps.
                            Cette nouvelle mésaventure bloquait la progression du groupe. Le jeune humain, pris d'une colère alimentée par sa fatigue, s'avança d'un pas rageur. Il releva l'Ewok d'un bras et sans ménagement.


                            - Barré congénital ! Ça ne t'a pas suffi de tomber dans un piège ? Il faut qu'on se les bouffe tous ?!

                            Le jeune homme n'avait plus aucune retenue dans ses paroles. Nass disparu, il n'avait aucune raison suffisante de retenir ses frustrations. Distribuant un grand coup de pied dans un caillou, il se cogna l'orteil et lâcha un juron. A côté de lui, l'Ewok ricana, puis s'en alla retrouver ses congénères. Kath ne lui adressa pas un regard. Il scrutait les parois rocheuses, espérant trouver quelque espace où se glisser pour enfin revoir le jour. Bon sang ! Ils étaient si proches du but, et pourtant si loin ! Le novice frappa la pierre de ses paumes, sans ressource. Son front bouillait de rage et d'abattement. Derrière lui, Saecha s'était avancée en boitant, laissant Bareman s'assurer que leurs arrières étaient bien couverts.

                            - Calme-toi... il y a bien un moyen de sortir. Réfléchis : que ferait maître Nass s'il était dans...


                            - Qu'il aille au Diable !
                            , hurla Kath, plus à la cantonade qu'à l'adresse de sa camarade.

                            La Twi'lek dévisagea l'Alderaani, les sourcils froncés.

                            - Et toi, t'as pas envie de donner un coup de main ? Ou tu vas te contenter de regarder et de juger, comme d'habitude ?

                            - C'est normal, tu sais...d'être triste, répondit Saecha d'une voix faible après quelques secondes de silence. Moi aussi, je voudrais que ça ne se soit pas passé comme ça. Mais souviens-toi du code : il n'y a pas de Mort, il n'y...

                            - Ferme-la ! Fermez-la tous, avec vos concepts à deux balles. J'en ai plus qu'assez de vous entendre, toi et les autres, me parler de Force, de philo' et de principes Jedi. Ça n'a servi à rien, ici. C'est pas une expédition, c'est l'Enfer !

                            - Maîtrise ta colère. Tu es fatigué...nous sommes tous fatigués. Et puis...cette Montagne est nocive.

                            - Ah ouais ? C'est quand tu t'es pris un coup dans le bide ou quand le Dragon a butté Nass que tu t'en es rendu compte ?

                            Un claquement vif se répercuta sur les murs de la grotte. Saecha grinça des dents, secouant sa main devant elle. Kath, de son côté, se frotta la joue d'un revers de sa bure. L'avait-elle giflé ? L'Alderaani mit un instant à comprendre ce qui venait de se passer. Les deux novices se fixèrent pendant une longue minute, sans mot dire. Saecha paraissait sur le point de fondre en larmes, mais plus encore, elle semblait prête à frapper à nouveau. Détournant le regard, Kath posa son dos contre la caverne et massa ses cuisses endolories, honteux.

                            - Désolé...C'est pas ce que je... enfin...

                            La Twi'lek se renfrogna et s'assit au sol. Elle avait de nouveau du mal à soutenir la douleur que lui infligeait sa blessure. Kath voulut encore lui parler, mais Woopee s'interposa, poussant le novice sur le côté, pour apporter une assistance nécessaire à la combattante alitée. Kolgat et Growok, remis de ses émotions, arrivèrent peu après, Bareman à leur côté.

                            - Bon. Je vais leur donner un peu de leur propre came... J'ai piégé l'embranchement derrière nous avec des explosifs légers. Ça devrait nous donner un peu de temps pour dégager la route.

                            Comme on pouvait s'y attendre, le clone avait pensé à tout. La tête froide même dans les pires des moments, ce soldat entrainé avait plus d'une corde à son arc et comptait bien survivre encore de longues années. Relevant Kath d'un geste brusque, il l'enjoignit à se joindre à lui pour déblayer la voie. A force d'efforts, les deux humains finirent par faire bouger d'un des rochers jusqu'à dégager un passage suffisamment large pour permettre aux Ewoks de sortir en se faufilant. Woopee prit la tête, en bon pisteur expérimenté, suivi d'un Growok bien moins enthousiaste qu'auparavant.

                            Alors que Kolgat arrivait enfin de l'autre côté, une explosion retentit. Bareman saisit son fusil poussant de toutes ses forces sur les rochers à l'aide de l'une de ses épaisses bottes et de ses larges épaules. Les maraudeurs seraient un peu ralentis par les éboulements et les pièges laissés derrière lui par l'ancien soldat, mais ils les rejoindraient rapidement malgré tout. Ils devaient fuir, il ne leur restait pas beaucoup de temps. Kath tenta de prêter main forte au clone, mais c'était peine perdue : le rocher ne bougerait plus. Le novice regarda Bareman d'un air désabusé, mais le soldat ne lui prêtait pas attention ; des formes se dessinaient déjà au bas de la pente.

                            Même au prix d'efforts titanesques, Bareman et Kath ne parvinrent pas à faire bouger le rocher d'un demi-centimètre. Le clone sembla se résigner et, braquant son arme vers les ténèbres, il abattit les deux premiers Sanyassans qui arrivèrent dans sa ligne de mire. Saecha, miraculeusement debout, faisait tournoyer son sabre laser avec l'énergie du désespoir.


                            - Tu dois nous ouvrir le chemin, allez !

                            - Facile à dire, ça ne bouge pas !

                            - Sers-toi simplement de la Force !

                            Kath avait déjà entendu Saecha prononcer cette phrase. Tout semblait si simple pour la Twi'lek. Bien sûr, elle avait reçu un enseignement digne de ce nom, auprès d'un instructeur rigoureux, elle. Évidemment qu'utiliser la Force devait lui sembler aisé. Mais, manque de pot, Kath n'avait pas eu cette chance. Lui avait fait ses premières classes auprès de Nass, un maître sévère, qui ne lui avait rien épargné, de l'apnée dans les ruisseaux en passant par la traversée à la nage du lac Fektur et l'escalade de l'arbre Wrorshyr... Kath écarquilla les yeux, frappé par une évidence qu'il n'avait pourtant pas saisie jusqu'alors. Jamais il n'avait pensé un jour réussir de telles épreuves et pourtant, il y était parvenu. En bon dernier et avec difficulté, certes, mais il avait réussi tous les défis que le Gungan leur avait imposé, à lui et ses camarades Alya, Bhaal, Clerys, Endolorean, Arnhal... A côté de cela, bouger un rocher d'un demi-mètre ne semblait pas une tâche si insurmontable.

                            Le novice se concentra sur le rocher, figé dans le sol. Les tirs de blaster et les jaillissements du sabre laser frétillaient à ses oreilles, et ses yeux arrivaient difficilement à ignorer l'action qui se déroulait juste à côté de lui, d'autant qu'une flèche faillit le défigurer. Kath déglutit, puis ferma les yeux. Il ne voyait plus que des ombres, mais il sentait les flèches se déplacer dans l'air, les mouvements de Bareman pour les esquiver... Et devant lui, la masse informe de la pierre qui leur barrait le passage. Elle était immobile, mais ses contours noirsfluctuaient, comme s'il s'était agi de petites flammèches. Quelle sensation étrange. Un instant, Kath se sentit comme hors du temps et de l'espace. Il avait vécu pareille expérience dans les marais, peu avant de rentrer dans la Montagne. Etait-ce encore une illusion ? Il tendit la main vers l'ombre et la caressa de ses doigts. Elle était froide, mais dure. Doucement, il déposa sa paume contre elle et tenta de s'en saisir, pour l'écarter.

                            Mais l'ombre ne bougea pas. Les tempes de Kath se mirent à battre comme il persistait à attraper des bords qui se dérobaient à lui. Soudain, une silhouette réapparut à ses côtés. Il la reconnaissait bien, car c'était elle qui l'avait accompagné tout au long de son parcours dans la Montagne. Allait-elle à nouveau lui montrer le chemin ? Kath sourit, le cœur emplit d'une courage renouvelé. Avec l'aide de l'esprit de la Montagne, il allait déplacer le rocher et Saecha, Bareman et lui pourraient enfin s'échapper. Cependant, la silhouette à l'anneau ne bougea pas. Quand l'Alderaani se tourna vers elle, implorant son assistance, elle se contenta de croiser les bras.


                            - Pourquoi ?...pourquoi me laisser maintenant ?
                            Les traits du visage de la créature se précisèrent. Ils paraissaient humain, mais Kath n'avait jamais rien vu de pareil. La silhouette n'était plus du tout amicale, ses dents étaient acérées et son sourire mauvais. Elle leva son bras gauche, et celui-ci se changea en un visage terrifié.

                            - Jarrik ?!

                            La créature éclata de rire et leva la main droite. La paume de sa main s'embrasa et chacun de ses doigts, changés en arbres, prit feu jusqu'à ne laisser qu'un moignon carbonisé. Kath tomba en arrière, pétrifié de terreur. Il n'avait jamais rien vu de tel. il tenta de rouvrir les yeux, mais n'y parvint pas, heurtant juste sa tête à la pierre dans un mouvement de recul. La silhouette s'approcha de lui. Ses contours vacillants changeaient de forme au gré de ses pas. Le novice distingua le visage de Voxe, celui d'Elyna Faràn, de Fic Drecko, d'Uriel... Et soudain, celui de Nass. Kath ne put définir l'émotion qui s'empara de lui quand il reconnut le nez grotesque de son défunt mentor, mais elle le poussa à sauter, le poing fermé vers l'avant. Son bras traversa la créature qui disparut dans l'air.

                            Pris d'une douleur intense au bras, Kath rouvrit soudainement les yeux en criant de douleur. Son poing droit était ensanglanté et brun comme la boue, couvert d'un immense hématome. Malgré tout, l'Alderaani fut pris d'un éclair de lucidité et se roula sur le côté, à la recherche de Bareman ou de Saecha. Un bras lui attrapa la jambe et le traina en arrière sans qu'il puisse résister. Un instant plus tard, il était dehors, entouré de trois Ewoks qui poussaient des cris victorieux. A ses côtés gisait un immense rocher, marqué en son centre par un impact violent, pas plus gros qu'un poing... Des gouttes de pluie vinrent frapper le visage du novice, qui sentit à nouveau la caresse du vent dans ses cheveux. Il n'avait jamais été aussi soulagé de retrouver le mauvais temps de la lune forestière.

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                              #21

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                              Auteur : Rylen Korr

                              Il y avait de ces images inoubliables qui vous marquaient à jamais. Il y avait de ces souvenirs qui vous glaçaient le sang lorsque vous les relisiez dans votre esprit, même des années après.

                              La mort du Maitre Jedi Nass en faisait désormais partie pour l'éternité.

                              Sa chute avait eu l'effet d'un coup de poignard dans le dos : on ne s'y attend pas jusqu'à ce qu'il survienne et vous frappe instantanément. Le monde n'est alors plus le même. Vous êtes dans l'incapacité de réagir, d'y apporter une solution visant à l'empêcher de se produire. La stupeur laisse alors la place au remord. On se pointe du doigt, on s'accuse de n'avoir rien fait pour changer le cours des choses. Sauf que l'on n'y pouvait rien : quand quelqu'un était décidé à se sacrifier, sa volonté était plus forte que tout.

                              Mais comment pouvait-on encore espérer une issue heureuse à cette quête lorsque le plus puissant de tous les protagonistes n'était même pas parvenu jusqu'à la moitié du voyage ?

                              La sortie des cavernes fut une maigre consolation à l'égard des pertes qu'ils venaient de connaître. La Montagne Noire avait englouti leur plus précieux leader, de surcroît le plus puissant et le plus fort d'entre eux. Elle les avait également séparé, les rendant ainsi plus vulnérables et plus fragiles pour la suite de leur périple. Et comme si leur malheur n'était pas assez grand, le groupe déjà bien inexpérimenté était affaibli par des blessures diverses. Et avec une Saecha qui ne pouvait pas continuer à marcher à une bonne allure sans l'assistance d'un de ses compères, ils seraient forcément ralentis dans leur trajet.

                              Ce qui n'était pas le cas de leurs ennemis Sanyassans qui étaient cent fois plus nombreux et pour qui les rattraper était un jeu d'enfant.

                              La pluie vint les frapper de plein fouet alors qu'ils retrouvaient à peine l'air frais de la lune forestière d'Endor. L'eau salée distillée par gouttes depuis le ciel était une aubaine pour leur corps, une manière de les nettoyer de la maladie de la Montagne Noire. Soulagé de pouvoir enfin rafraîchir son corps meurtri, Bareman leva la tête au ciel et ferma les paupières afin de savourer ce moment d'harmonie et de quiétude. Ce bref échange avec les éléments lui rappela qu'il n'avait pas bu depuis une éternité, c'est ainsi qu'il attrapa sa gourde et qu'il la déposa délicatement sur sa langue pour en extirper le contenu. Celle-ci était quasiment vide. Il poussa un juron avant de se recentrer sur sa mission.


                              - Ne nous arrêtons pas plus longtemps. Rejoignons immédiatement le fleuve si nous ne voulons pas nous faire rattraper par les maraudeurs.

                              Bareman était désormais le leader de ce groupe décomposé. Il devait montrer la voie à emprunter à deux jeunes Novices Jedi qui avaient encore tout à apprendre de la vie, et il devait grandement épauler trois jeunes Ewoks qui, malgré leur bravoure et leur expérience du combat de guérilla, restaient bien trop légers pour faire face à des hordes de Sanyassans seuls.

                              Le clone rechargea son arme, remarquant au passage que les munitions commençaient cruellement à manquer. Le visage sévère, il ne montra aucune émotion négative qui aurait pu démoraliser les troupes. Pourtant, il était conscient qu'il ne pourrait pas mener bien loin ses alliés en l'état. La quête avait toujours reposé sur le leadership des Maîtres Nass et Tano pour être menée à bien. Sans eux, ils étaient perdus.

                              Mais il mourrait pour les mener aussi loin que possible. Quelqu'un de cher à ses yeux s'était sacrifié pour qu'ils survivent, ils devaient honorer sa mémoire et faire en sorte que sa mort ne soit pas vaine.

                              La Montagne Noire était censée être un passage vers "l'autre monde". Le territoire dans lequel ils avaient mis les pieds était un lieu que peu de Naa'fruu avait déjà visité tant il était éloigné de leurs terres, et aucun Jedi ne s'était aventuré aussi loin que la Montagne Noire. En repensant à toutes les histoires qu'il avait entendu à propos des territoires inexplorés d'Endor, Bareman pensait découvrir un autre monde en mettant les pieds ici. Pourtant, il n'y vit que du déjà vu : des montagnes à perte de vue. Ils étaient toujours au milieu de la chaîne de montagnes qu'ils avaient commencé à gravir avant d'entrer dans les cavernes obscures de la Montagne Noire.

                              Devant eux, une multitude de petits sentiers étroits s'ouvraient entre les parois rocheuses des sommets. Ces derniers disparaissaient dans les nuages, comme engloutis par les cieux. La pluie apportait avec elle une importante brume qui empêchait Bareman et les siens de voir l'horizon à plus de cinquante mètres devant eux. Ils avançaient donc à l'aveuglette, prudents mais certains d'y trouver au bout ce qu'ils recherchaient tant : Chureelung, "le fleuve des montagnes qui mène au Néant".

                              C'est ainsi que l'on pouvait résumer leur quête : ils ne savaient pas où ils allaient mais ils y allaient tout de même, quand bien même ils y trouveraient la Mort au bout.

                              Dans la précipitation, le tenancier du Sanctuaire Jedi avait presque oublié le reste du groupe dont ils avaient été séparés dans les profondeurs de la montagne. Y avait-il une chance qu'ils aient survécu ? Étaient-ils parvenus à quitter les cavernes infestées par le danger ? Le doute l'assaillit subitement. Bareman se passa la main dans les cheveux et regarda désespérément le ciel, certainement à l'idée d'y recevoir un soutien divin.

                              Seuls des clones de sa nature étaient capables de se battre dans de telles conditions sans éprouver la moindre faiblesse mentale. Bareman avait connu d'innombrables expériences dans sa courte vie accélérée, et pourtant il continuait à faire face à de terribles épreuves que peu de gens dans la galaxie pouvaient se targuer d'avoir eu à affronter.

                              Les trois Ewoks avaient pris la tête du groupe, menant les deux Novices Jedi et le militaire vers leur objectif lointain. Saecha, aidée par Kath, semblait avoir récupéré de ses blessures bien qu'elle était toujours incapable de tenir la cadence seule. Le clone barbu fermait lui la marche, étant le plus à même de surveiller leurs arrières avec la technologie militaire avancée dont il disposait.

                              Au loin derrière lui, il lui sembla entendre des cris sourds. S'arrêtant subitement pour mieux concentrer son énergie sur le pouvoir de son ouïe, Bareman sut une énième fois que sa science des combats ne l'avait toujours pas lâché : leurs ennemis étaient toujours derrière eux, prêts à profiter de la moindre seconde de relâchement de leurs proies. Le clone se remit alors en marche, accélérant le pas et pressant ses alliés d'en faire de même.

                              Si les Ewoks allaient bon train, il n'en était pas de même des deux Novices Jedi. Saecha était toujours incapable de tenir seule le rythme imposé par les autochtones à l'avant du groupe. Sans un coup de mains du destin, ils se feraient rattraper par les Sanyassans en plein milieu de ces montagnes.


                              - Ti ti ti ! Chureelung !

                              L'écho si caractéristique du langage des Ewoks parvint jusqu'aux oreilles de Bareman qui ne voyait même plus les petites boules de poils, perdus à plusieurs dizaines de mètres devant lui dans la brume éparse de l'atmosphère des sommets Endoriens. A les entendre ainsi aussi joyeux et ravis, le tenancier du Sanctuaire Jedi sentit l'adrénaline lui parcourir l'ensemble du corps, lui donnant la force d'accélérer un peu plus malgré le poids de son équipement et la fatigue des épreuves vécues dernièrement.

                              Au détour d'un virage à 90°, il retrouva ses compagnons poilus, lesquels étaient en train de sautiller sur place en pointant avec le bout de leurs armes primitives une zone en contrebas. A la vue de cette magnifique fresque réelle, Bareman laissa échapper à son tour un cri de joie certainement provoqué par la fatigue nerveuse.

                              Plusieurs dizaines de mètres sous leurs pieds s'étendait Chureelung, "le fleuve des montagnes qui mène au Néant".

                              Comme ses deux amis, Growok semblait particulièrement heureux de la vue qui leur était offerte. La grosse peluche lâcha même quelques mots dans sa langue natale qui amusèrent visiblement ses compagnons, ceux-ci se donnant mutuellement des tapes sur la tête comme pour exprimer leur humeur joviale.


                              - Je ne connais pas l'Ewokese par cœur, mais il me semble que le "Gros Wok" vient de dire que les Sanyassans... ne savent pas nager ! AHAHAHA ! explosa de rire Bareman tout en envoyant une grosse tape amicale dans le dos de la pauvre Saecha, déjà bien amochée, Tu ne seras plus un poids pour nous lorsque nous serons sur le fleuve ! En avant toute !

                              Les Ewoks n'avaient pas attendu leurs alliés pour emprunter le sentier menant tout droit au fleuve. Définitivement remobilisé par leur avancée dans cette quête, Bareman suivit leurs pas en ayant invité les deux Novices Jedi à passer avant lui. D'ici quelques minutes, ils se laisseraient guider par le courant de Chureelung afin d'atteindre les terres inexplorées d'Endor.

                              Au delà du gain de temps énorme, ils pourraient en profiter pour se reposer ainsi que pour soigner leurs blessures. Et puis ils seraient bien plus protégés des embuscades Sanyassans en milieu aquatique !


                              Encore fallait-il trouver un moyen de locomotion pour la traversée du fleuve... [lancer de dès]

                              1, 2, 3 ou 4- En arrivant sur le bord de Chureelung, les six compagnons tombent par miracle sur une vieille barque en bois assez grande pour tous les accueillir.
                              5 ou 6- En arrivant sur le bord de Chureelung, les compagnons découvrent une vieille barque en bois... sans fond ! comment vont-ils pouvoir se laisser guider par le fleuve ?
                              Résultats des dés : 4 (Lien du registre du Hasard)

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                                Post n°21
                                Auteur : Kath Aplazm

                                Spoiler : Musique d'ambiance
                                [Flash unavailable]


                                La compagnie était parvenue à s'extraire de la Montagne Noire. Elle se regroupait maintenant sous le crachin caractéristique de la lune forestière d'Endor, mais ne marqua aucune halte car les vils maraudeurs Sanyassans ne connaitraient pas de répit avant de les avoir planté sur des piques acérées. Bareman avait pris la direction du groupe pour le guider hors de ces lieux maudits. S'il était affecté par la mort du maître Nass, le clone n'en laissait rien paraitre. Dans le chef des jeunes novices Kath Aplazm et Saecha Tan, c'était tout le contraire. Tous deux blessés, l'une au flanc, l'autre à la main droite, couverts d'hématomes, ils étaient rompus. Mais ce n'était pas tant leur état physique qui pêchait que leur moral, à présent au plus bas.

                                Cette expédition avait été un échec. La surprise leur avait certes permis de porter un coup aux guerriers reptiliens, mais celui-ci n'avait fait que les énerver d'autant plus. Ils avaient échoué à venger les guerriers Ewoks tombés au combat. Pire, ils avaient perdu plus de la moitié de leur compagnie. Qu'étaient devenus Muyi Tano, Cody, Uriel, Chitupa et le reste ? Il fallait prier qu'ils aient connu un destin plus enviable que Nass.

                                Saecha tentait tant bien que mal de cacher son visage sombre, sur lequel les larmes se mélangeaient à la pluie. Elle aussi avait peut-être perdu un maître, un ami. Ses quelques sanglots rythmèrent leur marche. Kath, qui l'aidait à marcher en suivant péniblement la trace des trois guerriers Ewoks, sentait un sentiment de culpabilité et de tristesse monter à chacun d'entre eux.

                                Depuis qu'il avait quitté la Montagne Noire, ses pensées lui paraissaient plus claires, malgré la fatigue et les émotions qu'il venait de vivre. Il commençait uniquement à réaliser ce qui venait de se produire. Quelque chose dans cette grotte abyssale l'avait affecté et relâchait désormais son emprise sur lui. Kath ne savait si c'était le vent ou la pluie, mais il se sentait à nouveau en vie. Il pouvait sentir la nature autour de lui, plus silencieuse que jamais, comme endeuillée. Il pouvait entendre les battements de son cœur comme il marchait péniblement, évitant une flaque de boue. Enfin, il pouvait à nouveau souffrir.

                                L'expérience qu'il avait connue dans la Montagne avait été unique. Un instant, il s'était senti invulnérable, prêt à écraser seul toute une armée de Sanyassans. Le suivant, il s'était retrouvé démuni, privé de tout ce qu'il prenait pour acquis. Sans le vouloir, la faible étreinte qu'il gardait sur l'épaule de Saecha pour la maintenir debout se resserra. Celle-ci lui jeta un regard perdu, mais ne dit rien. Les deux novices continuèrent leur route, pressés par Bareman qui couvrait leurs arrières. Les maraudeurs continuaient de progresser.

                                Petit à petit, le visage de Jarrik que Kath entrevoyait encore derrière les buissons se métamorphosait. Les traits du mercenaire devenaient plus flous, indiscernables. Ses yeux noirs étaient maintenant jaunes, son teint pâle virait au vert... Au bout d'un instant où il se secoua la tête, Kath découvrit enfin la tête de Nass. Génial ! Un nouveau fantôme venait le hanter. Était-ce parce qu'il avait laissé son maître à la mort comme il avait laissé le soldat de Beemen ? Non. Le Gungan avait choisi son destin et son sacrifice avait profité à ses compagnons. Cette dernière leçon Jedi mettrait longtemps à parvenir à l'Alderaani. Pour l'heure, le remord commençait tout juste à le ronger.

                                Quelques minutes plus tard, les cris réjouis des Ewoks tirèrent Kath et Saecha de leurs tribulations. S'il ne parlait pas l'Ewokese, le jeune homme crut reconnaitre le mot "Chureelung" dans la voix de l'une des boules de poils. N'était-ce pas le nom du fleuve maudit dont Hotar et Tano avaient parlé lorsqu'ils avaient approché ses eaux, peu avant d'entrer dans la Montagne ? Le novice eut rapidement la confirmation de sa supposition. Au bout du chemin qu'ils venaient de quitter se trouvait le lit de l'imposant cours d'eau. Celui-ci traversait sans doute les souterrains les plus profonds des monts avoisinants pour rejaillir en cet endroit. Ses eaux noires, calmes et tranquilles, conservaient ce caractère inquiétant qui avait déjà marqué les compagnons plusieurs heures auparavant.

                                Afin d'atteindre ses berges, les compagnons descendirent encore l'un ou l'autre passage rocailleux. De là, ils pourraient continuer leur avancée en suivant le fleuve. Kath ne partageait pas l'enthousiasme débordant dont faisaient preuve ses camarades. Certes, le Chureelung leur offrait une nouvelle piste à suivre, mais ils ne savaient toujours pas ou aller. Pis, ils seraient bientôt morts de fatigue, si les flèches des Sanyassans ne les abattaient pas d'ici là. Comme pour confirmer sa crainte un cri rauque s'éleva de derrière son épaule. Pour une fois, le novice espérait qu'il se fût agi d'une des créatures carnivores d'Endor. Celles-là, au moins, ne savaient pas manier un arc.

                                Kath aida Saecha à s'asseoir une minute sur une pierre. La blessure de la Twi'lek, qu'il avait enfin pu observer de plus près, ne paraissait pas aussi sévère que prévu : ses jours n'étaient pas en danger. Mais elle devait être horriblement douloureuse et handicapante. A la place de sa camarade, le jeune homme aurait sans doute perdu connaissance.


                                - Tu... Comment ça va ?


                                - Comme un lundi, lui répondit l'initiée en plongeant ses yeux violets dans le regard inquiet de son partenaire. Et ta main ?

                                - Peut-être quelque chose de cassé, je ne sais pas... je n'ose pas trop y toucher.

                                Cet échange n'avait duré que quelques secondes, mais il avait permis aux deux jeunes gens de souffler un peu. Si par le passé ils n'avaient eu que prises de bec et tracas, tout ce dont ils avaient besoin à présent était un peu de réconfort, les paroles d'un ami. Si cette aventure devait être la dernière pour les deux compagnons, Kath préférait qu'elle termine ainsi. Retroussant les manches de sa bure déchirée, il laissa la Twi'lek l'aider à essuyer le sang de sa main, poussant quelques grognements de douleurs lorsqu'elle appuya sur ses phalanges bleues.

                                Derrière eux, Woopee et Kolgat aidaient le clone Bareman à pousser dans l'eau quelque chose de lourd. En entendant le bruit de raclement que produisaient leurs efforts, Kath se retourna. Une barque ? La simple vue du petit véhicule fit naître un espoir nouveau au sein de la troupe. Les visage s'étaient éclairés. Il y avait peut-être un moyen de fuir cet enfer ! S'ils parvenaient à remettre l'embarcation à flots, peut-être pourraient-ils rejoindre une autre région et...et... l'avenir était encore flou. Mais le principal actuellement était de se tirer de là. La situation était critique, et cette solution inespérée.

                                La barque paraissait en bon état et capable de supporter leur poids. A qui pouvait-elle appartenir, que faisait-elle là ? Trop grande pour un Ewok, elle ne pouvait avoir été laissée là que par des créatures sensibles de grande taille. Selon ce que les Ewoks avaient communiqué au groupe, les maraudeurs évitaient d'ordinaire les points d'eau. Cela expliquait leur odeur corporelle douteuse, s'était empressé de rajouter Bareman, pour détendre l'atmosphère. Peu importait finalement la provenance de cette barque, les compagnons furent heureux d'y embarquer sans attendre.

                                Quoique large et assez longue, l'embarcation n'était pas conçue pour accueillir plus de trois ou quatre passagers. Fort heureusement, la taille des Ewoks ne posait pas de problème et Saecha restait très légère pour une humanoïde, de sorte que chacun trouvât sa place. Bareman insista pour prendre les rames, mais Growok et Kolgat les lui arrachèrent des mains, signifiant clairement que le tavernier en avait assez fait jusqu'ici et méritait un peu de repos. Du reste, les peluches avaient beau être petites, elles ne manquaient pas de muscles et pourraient tenir la cadence des eaux du fleuve pendant un bon moment.

                                Bareman finit par s'installer au bout de la barque, afin de garder un œil sur le rivage où s'agglutineraient bientôt les maraudeurs qui les poursuivaient. La main posée sur son fusil blaster, le vieux clone était prêt à les accueillir. Au milieu, Kolgat et Growok s'activaient. Malgré leur bonne volonté, il leur fallut plusieurs minutes pour bien prendre en main le déplacement délicat d'une embarcation aussi grande. La barque fit plusieurs tours dans l'eau avant de se stabiliser et de suivre enfin le sens du courant, heureusement assez faible. Saecha et Kath s'assirent côte à côte à la proue. Lorsque le novice se renversa vers l'arrière, prenant manifestement ses aises, Woopee lui sauta sur les genoux, ce qui arracha un cri étouffé à l'Alderaani et quelques éclats de rire au groupe.

                                Les minutes s'écoulèrent comme des heures dans le silence. Au loin, la Montagne Noire disparaissait progressivement derrière les rares arbres et les rochers. Kath relâcha son souffle. Et maintenant ? Il regarda Bareman réviser les mécanismes de son arme, Woopee laisser traîner la pointe de son épieu dans les eaux profondes, les deux autres Ewoks maintenir le cap ... Saecha, elle, avait fermé les yeux, les mains posées sur son flanc. Ses lèvres frémissaient doucement mais son visage paraissait légèrement moins tendu qu'auparavant. La compagnie avait beau être éreintée, blessée, fatiguée, elle avait gagné en motivation et en cœur depuis qu'elle avait rejoint le fleuve.

                                Au bout d'environ une heure --difficile de connaitre l'heure du jour à présent--, la pluie s'arrêta, laissant place à une brise légère, qui aurait pu être agréable si les vêtements de Kath n'avaient pas été si humides. De faibles lueurs semblaient jalonner leur parcours, au loin. Des lampes, ou de nouvelles illusions ? Cela pouvait bien être de nouveaux campements Sanyassans. De loin, ces feux évoquaient à Kath les lampions des campagnes d'Alderaan, où sa famille et lui se rendaient une fois par an quand il était enfant, pour échapper à la vie stressante de la ville. A ces occasions, ses sœurs et lui passaient du temps à jouer dans les champs jusqu'à la tombée de la nuit. C'était il y a bien longtemps, car près de dix ans avaient passé depuis lors. Kath se demandait ce qui pouvait bien se passer pour les autres, au loin, dans le reste de la galaxie. Son regard se perdit dans le ciel gris. Dans sa tête, résonnait un petit poème alderaani, que son père lui avait appris un jour.

                                Dans la plaine les baladins
                                S’éloignent au long des jardins
                                Devant l’huis des auberges grises
                                Par les villages sans églises.

                                Et les enfants s’en vont devant
                                Les autres suivent en rêvant
                                Chaque arbre fruitier se résigne
                                Quand de très loin ils lui font signe.

                                Ils ont des poids ronds ou carrés
                                Des tambours, des cerceaux dorés
                                L’ours et le singe, animaux sages
                                Quêtent des sous sur leur passage.(1)

                                * * *


                                Spoiler : Musique d'ambiance
                                [Flash unavailable]


                                - Alors, gamin, bien dormi ?

                                Les yeux de Kath s'ouvrirent sur un ciel sombre. La nuit était à présent tombée et la barque flottait à l'aveuglette, guidée uniquement par les avertissements de l'attentif Woopee qui faisait la vigie sur les épaules de Bareman. Le novice voulut se frotter les yeux mains sa main droite lui faisait toujours mal. Il ne s'était pas senti sombrer comme ça depuis la dernière cuite qu'il avait prise avant son départ d'Alderaan. La fatigue l'avait visiblement rattrapé. Mais il n'était pas le seul : il constata vite que Saecha dormait à poings fermés, la tête posée sur l'épaule de son voisin. Kath adressa un sourire gêné au clone.

                                - Désolé... qu'est-ce que j'ai raté ?

                                - Oh, pas grand chose. Des montagnes, des montagnes, et encore des montagnes. A chaque fois que je crois en voir la fin, une autre semble sortir de terre !
                                , grommela le clone dans sa barbe. Les Ewoks ne connaissent pas plus la région que nous. Si nous...

                                L'estomac de Kath gargouilla soudainement. Bareman et le novice échangèrent un regard inquiet. La faim commençait à se faire sentir. Or, la plupart de la nourriture avait été laissée sur les Gaupas à l'entrée de la Montagne, ou dans les sacoches des différents membres du groupe. Kath avait perdu les siennes au cours de la bataille et les vivres transportées par Bareman étaient immangeables car détrempées par la pluie. Les maigres ressources alimentaires qui restaient étaient portées par les Ewoks, qui les gardaient jalousement. Quant aux quelques bandages disponibles, ils avaient tous été utilisés pour soigner la pauvre Saecha.

                                Une halte paraissait à présent aussi nécessaire qu'inévitable. La compagnie avait de plus en plus de mal à naviguer dans la nuit noire. Kolgat et Growok avaient également émis le besoin de se reposer. Kath les aida donc à attirer la barque vers une berge et à l'empêcher de dériver à l'aide de rochers. Puis les Ewoks allèrent dresser un campement de fortune à l'abri d'un ravin, dans une petite crique située à quelques mètres de là.

                                Une fois un modeste feu allumé sur quelques brindilles à l'aide du briquet de Bareman, on s'assigna des tours de garde. Kath prit logiquement le premier, car il était l'un des seuls à avoir pris un peu de repos. Saecha, de son côté, avait besoin d'encore un peu de temps pour récupérer. Elle prêta à l'Alderaani son sabre laser afin qu'il ait une arme avec laquelle se défendre si un danger approchait. Les doigts du jeune homme se refermèrent sur l'objet métallique avec une certaine hésitation. C'était la première fois que Kath prenait entre ses mains l'arme traditionnelle des Jedi.
                                Des mois auparavant, il aurait rêvé de brandir l'une de ses armes. "Kath Aplazm, chevalier Jedi". C'était ainsi qu'il s'était présenté à la première personne qu'il avait rencontrée sur Endor. Ironique, tant il était éloigné de l'idée qu'il se faisait des héros de son adolescence. Lui, il n'avait de Jedi que le titre de novice. Au delà, ne lui restait qu'une bure déchirée et un maître décédé. Méritait-il de porter une telle arme un jour ? Il n'était pas apte à en juger.

                                Le novice partit s'asseoir près de l'eau. D'une main distraite, il s'amusa pendant plusieurs minutes à y jeter des galets. Puis il laissa son esprit vagabonder dans la nuit en ranimant le petit feu de camp. Il avait trop faim pour articuler des pensées complexes et se laissait donc porter, au gré des stimulis extérieurs, par le cri d'un oiseau ou le souffle du vent. Dans son dos, il lui sembla ressentir les remous de l'eau aussi clairement que s'il était lui-même le fleuve. L'écho de la Force en lui se manifestait à nouveau, tranquille et apaisant.

                                Pris d'un ennui profond, Kath se mit à faire les cent pas le long de la berge du fleuve. Pour tromper la monotonie de la nuit, il répéta encore les mouvements de combat qu'il avait appris avec Nass et Muyi Tano, le sabre laser éteint. Ses mouvements étaient plus fluides qu'auparavant car il se concentrait en appliquant à présent les conseils de Saecha. Ses bras traversaient l'air avec moins de balourdise qu'auparavant. Comme quoi, il n'était peut-être pas une cause perdue, après tout.
                                Un mouvement derrière lui le fit tressaillir. D'un geste alarmé, il activa le sabre laser en se retournant brusquement. Dans son empressement, le novice tituba sur ses appuis et lâcha l'arme qui s'éteignit juste à temps pour ne pas lui trancher un pied. Il tomba lourdement sur ses fesses, secouant sa main meurtrie avec embarras devant la silhouette goguenarde de sa camarade Twi'lek.


                                - C'est pas encore ça, mais tu progresses !

                                - ...tu devrais te reposer, tu sais.

                                - Et prendre le risque de te laisser t'éborgner tout seul ? Jamais.

                                La remarque cynique de Saecha aurait blessé Kath s'il n'avait pas appris à connaitre sa camarade ces dernières heures. Au fond de lui, il commençait à apprécier la novice. Elle avait beau ne pas avoir l'approche aimable d'Uriel, elle paraissait dotée d'une certaine maturité et d'un sens de l'humour quand elle ne pleurnichait pas. De quelques années sa cadette, la Twi'lek avait peut-être encore beaucoup de choses à apprendre à son condisciple Alderaani.

                                - Je repense à Nass...
                                dit Kath après un petit rire ennuyé. Pour moi, il a toujours été le pire des profs. Mais ce qu'il a fait dans la grotte, c'était... j'sais pas comment dire. Je ne l'aimais pas, mais ça m'a marqué. Je ne pensais pas qu'il pourrait faire ce genre de truc...

                                Le visage de Saecha trahissait sa surprise. La Twi'lek n'imaginait sans doute pas entendre son camarade déballer ainsi ses états d'âme. Elle resta un instant silencieuse, les sourcils levés, puis sourit.

                                - Les gens ne sont peut-être simplement pas qui ils semblent être au premier abord. C'est simple !

                                Les regards des deux novices restèrent ancrés l'un à l'autre un long moment. Kath crut déceler une lueur de chagrin dans les yeux de Saecha. Ou était-ce son propre reflet ? Quand il rendit à la Twi'lek son sabre-laser, leurs doigts se rencontrèrent. Ils rougirent tous les deux en se détournant l'un de l'autre lentement. Mais derrière ce masque de gêne, au fond de lui, Kath était un peu réconforté. Il avait vécu plus d'aventures en quelques jours que n'importe quel homme sur Alderaan. Il avait vu son propre sang couler, frôlé la mort plus d'une fois. Dans ces circonstances, il était content de pouvoir compter sur des compagnons.

                                - Yjjjjjjjkÿr Jééédaiiiiis !


                                Le hurlement sauvage vint briser l'atmosphère de la scène. Saecha activa instantanément la lame de son sabre laser. Jamais réellement endormi, Bareman s'était quant à lui déjà jeté sur ses pieds. Tous deux avaient saisi la menace. Les Sanyassans les avaient retrouvés. Pour les six compagnons, l'heure du repos touchait à sa fin et la traversée reprenait. Kolgat éteignit le feu à la hâte tandis que ses frères Ewoks rassemblaient les diverses affaires sur la barque qu'ils remettaient à flots. Une flèche siffla non loin et ricocha sur une paroi rocheuse.

                                La troupe reprit la navigation à grande vitesse, Kath aidant les Ewoks à ramer malgré sa main endolorie. A l'arrière de l'embarcation, Bareman vidait les derniers chargeurs de son arme sur les quelques maraudeurs qui descendaient à leur niveau. Le tavernier clone cria plusieurs ordres que Kath n'entendit pas dans la cohue. Il comprit quelques secondes plus tard l'essence des injonctions en se baissant pour éviter une nouvelle flèche. "A couvert !". Ils devaient néanmoins s'efforcer de protéger la coque de la barque, sans quoi ils sombreraient tous dans l'eau glacée du fleuve Chureelung.

                                La navire de fortune parvint finalement à se mettre hors de portée des traits ennemis. Kath put encore apercevoir un maraudeur debout sur le rivage, qui hurlait au ciel des paroles incompréhensibles dans sa langue rocailleuse. Sans les comprendre, le novice eut l'impression qu'elles étaient adressée à sa génitrice et à toute sa famille. Quelle vulgarité.





                                (1) Du célèbre poète correlien Guyo ap O'linner.
                                Spoiler : HRP
                                Les Saltimbanques - Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

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