Au royaume des aveugles, le borgne est roi.
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Post n°16
Auteur : Hivernus- Vos remarques sont pertinentes Colonel Hamer. Admet Zakarov en appuyant ses dires d’un hochement de tête entendu. Mais croyez-moi, il vous reste encore beaucoup à apprendre sur notre jeune société… J’ai servi sous la bannière de l’Empire Démocrate. J’ai servi son gouvernement incohérent et incompétent. Puis j’ai servi l’Empire Sith. Un empire fragilisé par une classe politique corrompue et anéanti par les choix risibles de quelques Sith… Avant de finir par intégrer les rangs de l’Impérium. Et savez-vous ce que j’ai trouvé au sein de l’Impérium, Colonel ? L’héritage fétide de deux empires qui ont échoué à régner sur la galaxie.
Le Corellien marque un léger temps de pause, l’esprit agité par d’horribles souvenirs. Il grimace. Puis son regard soutient celui du jeune Hamer. Ses yeux se mettent à pétiller, illuminés d’espoir… Un espoir sincère.
- Je suis un fervent partisan de l’idéologie impériale Colonel Hamer. Mais jusque là, j’ai toujours cru faire honte à mon uniforme en servant des régimes n’en valant pas la peine. Et ce n’est qu’en travaillant sous les ordres du seigneur Hivernus que j’ai enfin su trouver ma place. Aujourd’hui, je peux enfin me déclarer fier de porter l’uniforme impérial… Et je sais que les soldats servant sous la bannière de notre illustre seigneur sont les seuls à mériter cet honneur. Nous sommes les héritiers de l’Empire. Nous sommes l’Empire. Les autres ne sont que des imposteurs. Reprend le colonel avec ferveur. Il est vrai que notre empire est risible à l’échelle galactique, mais nous ne souffrons pas des problèmes que rencontrent les grandes puissances de notre galaxie. C’est ce qui fait notre force. Et je me moque bien de savoir si ce que nous entreprenons peut en emmerder certains. Je suis prêt à mourir pour Hivernus. Je le suivrai jusqu’aux confins de la galaxie s’il le faut. Que ce soit dans la victoire ou la défaite.
Cette déclaration enflammée de la part du héros de guerre impérial fait mouche. Sylvar et Frilla, qui se sont laissées bercées par le discours de Zakarov, approuvent la prise de parole de leur camarade. L’homme déglutit péniblement, étonné d’avoir été aussi bavard, lui qui n’aime pas les longs discours. Il semble presque gêné désormais. Peut-être que l’officier ne se savait pas aussi éloquent...
- Anton exagère à peine. Nombreux sont ceux qui, au sein du Seigneurat de Bajic, partagent son point de vue. Indique la Cathar à la longue chevelure argentée. Je dois tout au seigneur Hivernus. Avant son arrivée sur Base Vergesso, je n’étais qu’une vulgaire esclave, un objet destiné à satisfaire les besoins d’une poignée d’individus. Il a brisé mes chaînes. Il m’a offert une destinée. J’ai décidé de combattre avec lui et pour lui au sein du planétoïde. Je l’ai vu mener personnellement ses troupes à la victoire plus d’une fois, alors que nous combattions à un contre cinq.
Elle sourit doucement.
- Le seigneur Hivernus est un père, un guide, un modèle, pour l’ensemble des soldats servant sous sa bannière. Il inspire le respect et la loyauté. Il affronte les mêmes épreuves que nous. Il montre l’exemple à suivre. Et nous sommes nombreux à penser qu’il a un destin à accomplir... Avoue le capitaine. C’est peut-être bête, dit comme ça, je l’admets volontiers… Mais nous le pensons réellement.
- Vous n’avez pas à avoir honte Capitaine. Les Ravageurs ont une haute opinion de leur seigneur… Une opinion similaire à la vôtre. Vient la rassurer la fille adoptive de l'humanoïde à peau bleue. Mon père et le seigneur Gelmir ont de nombreuses choses en commun… Et j’en viens à croire, qu’ensemble, rien ne pourra les arrêter. Peut-être ont-ils une destinée commune. Mais nous nous égarons je crois. Nous devrions peut-être retourner à l’intérieur. Et Colonel, je compte sur vous pour rester diplomate. Soyez courtois.
- A vos ordres Madame ! Répond le principal concerné en faisant claquer ses bottes.
Frilla Hawan esquisse l’ombre d’un sourire, amusée par l’attitude moqueuse du colonel. C’est un trait de caractère qu’il faut apprendre à apprécier… Le petit groupe se mêle à nouveau aux convives au sein du grand salon. L’ambiance semble plus chaleureuse. Un orchestre rassemblé sur un large balcon se donne en spectacle. Nombre d’invités semblent apprécier l’air joué par les musiciens. Un individu s’approche du héros de guerre impérial et lui adresse quelques mots puant l’hypocrisie à plein nez. Se sachant observé par la fille adoptive du seigneur de la guerre, Zakarov fait un effort en répondant avec beaucoup de courtoisie à son interlocuteur. Erreur fatale. L’homme s’accroche, tente de sympathiser avec le Corellien… Chose qui semble ennuyer fortement ce dernier. Sylvar se mord la lèvre inférieure pour ne pas rire. Voir son ami se faire importuner de la sorte l’amuse.
La musique s’arrête soudainement. Le temps de quelques battements de coeur, tout a l’air figé sur place. Plus aucun son dans la grande salle. Puis quelques murmures se propagent et deviennent rapidement légions. Le seigneur Hivernus est là dit-on. Le chef d’orchestre donne quelques instructions et les musiciens se mettent bientôt à jouer un air lent… Un air qui donne des allures de cérémonie à cette soirée. Le Chiss fait son apparition au beau milieu de la foule, vêtu d’un uniforme d’apparat blanc strié de bleu et brodé d’or. Deux immenses soldats de la Brigade Impera, un Trandoshan et un Ynchorri portant tous deux la symbolique armure blanche striée de bleu, assurent la protection du seigneur de la guerre. L'humanoïde à peau bleue, d’une démarche assurée, se dirige vers le centre de la grande salle. Il rejoint sa fille adoptive et son invité de marque. L’orchestre cesse de jouer. Tout le monde semble retenir son souffle… Un serveur presse le pas pour présenter au Chiss un verre de lait bleu.
Hivernus remercie le domestique d’un geste de la tête puis s’empare du verre et le lève bien haut. Fermement appuyé sur sa canne, il déclare d’une voix puissante :
- Buvons à la santé de la famille Valerius, qui s’investit dans la guerre contre le Syndicat Tenloss plus qu’aucune autre famille au sein de Base Vergesso. Buvons à la santé de nos valeureux soldats, qui combattent sans jamais faillir. Buvons à la santé de l’émissaire du seigneur de Ravage, qui apporte avec lui la promesse d’un avenir meilleur pour nos deux nations !
Dans l’assemblée, tout le monde lève son verre. « A la famille Valerius ! », « Gloire au seigneur Hivernus ! Gloire à ses soldats ! », « A la santé du seigneur de Ravage ! » scandent de nombreuses voix dans la foule. Les officiers de l’armée seigneuriale semblent être les plus enthousiastes. L’idée d’un rapprochement entre deux sociétés fortement militarisées est à leurs yeux une excellente nouvelle… Et le fait de savoir que l’illustre général Gelmir est l’allié de demain a un effet galvaniseur. Pour les puissantes familles de Base Vergesso, l’excitation est plus mesurée. Nombre de fonctionnaires et de riches entrepreneurs discutent entre eux des potentiels bénéfices qu’ils pourront tirer en faisant affaire avec les Ravageurs.
Au signal du chef d’orchestre, la musique reprend. L’ambiance est à nouveau chaleureuse, conviviale. Quelques officiers des forces armées seigneuriales tentent un rapprochement avec les hommes du colonel Hamer. Ils cherchent à mieux connaître ceux qui seront peut-être leurs frères d’armes de demain. Le seigneur de la guerre n’a pas le temps d’adresser quelques mots à l’émissaire de Ravage. Une femme s’approche de l'humanoïde à peau bleue et chuchote à son oreille. Air strict, cheveux rassemblés en un chignon, casquette vissée sur la tête, uniforme aussi noir que la peau de son porteur, implant cybernétique remplaçant l’oeil gauche… Voilà le portrait physique d’un officier que l’on ne voudrait surtout pas contrarier.
- Colonel Wexley. Directrice des services de renseignements et ministre de la sécurité intérieure. Indique à voix basse Frilla. C’est une femme redoutable…
Hivernus répond quelque chose à la directrice du Coeur Ardent. Celle-ci acquiesce de la tête et disparaît dans la foule. Le Chiss pose son regard de braise sur la Cathar, qui se met immédiatement au garde-à-vous.
- Capitaine Sylvar… Les affaires ont été bonnes ? Demande t-il à son aide de camp.
- Oui mon seigneur. J’ai réussi à négocier auprès des Transports Ubrikkian la commande de trente-six blindés légers. Les vingt-quatre premiers exemplaires devraient être livrés d’ici peu. Annonce celle qui occupe le poste de ministre de la guerre.
- Parfait. Je compte sur vous pour débuter la production d’armures destinées à équiper nos futurs équipages. Une variante de l’AML-TR devrait suffir. Répond froidement le seigneur de la guerre.
- Oui mon seigneur… Souffle Sylvar en faisant claquer ses bottes.
Hivernus dirige ensuite son regard flamboyant sur le colonel Zakarov. Ce dernier exécute un salut militaire impeccable.
- Colonel, j’espère que vous ne faites pas de vagues. Lance le seigneur de la guerre au Corellien.
- Négatif mon seigneur. Je me tiens… Tranquille. Affirme l’officier en guettant du coin de l’oeil une quelconque réaction de la part de la Cathar.
Mais sa camarade semble garder un air sérieux. En présence de l'humanoïde à peau bleue, l’esprit sournois et taquin de son aide de camp se dissipe… Du moins en apparence. Un léger sourire semble apparaître au coin des lèvres. Sylvar tente de se retenir visiblement.
- Bien… Bien… Murmure le Chiss en tapotant amicalement l’épaule du héros de guerre impérial.
L’autre rigidifie sa posture, fait claquer ses talons. L’ombre d’un sourire est visible sur le visage du dénommé Hivernus. Peut-être qu’il s’amuse lui aussi, après tout. Peut-être qu’il cache bien son jeu… Peut-être qu’il dissimule habilement son caractère enjoué.
- Je pense qu’on ferait bien d’y aller Sylvar. Hein, qu’est-ce que tu en dis ? Suggère le colonel.
- Ce que j’en dis ? Tu me dois toujours une danse vieille canaille. Répond celle qui arbore une plaque de capitaine sur son uniforme.
- Et bien… Si tu n’as pas peur d’être humiliée…
- Qui oserait se moquer du grand et célèbre Anton Zakarov ? Ricane la Cathar. Allez viens.
Sylvar s’empare du bras du Corellien et l’emmène vers la piste de danse. Les voilà désormais en train de virevolter au beau milieu des convives, bousculant parfois un couple ou deux. Il n’y a plus aucune trace de rigidité militaire dans l’attitude des deux officiers. Ils semblent réellement s’épanouir, à en juger les rires et les sourires.
- Je ne pense pas qu’on pourra en faire de grands danseurs… Commente Frilla sur un ton léger.
- Qu’ils profitent donc. Lâche le seigneur de la guerre, bienveillant. Nous reprendrons bientôt le combat contre le Syndicat Tenloss et il n’y aura plus de place pour de tels divertissements.
L'humanoïde à peau bleue se tourne vers son invité de marque.
- Colonel Hamer, croyez-vous qu’il serait possible pour nos troupes de s’entraîner sur un territoire de Ravage ? Demande alors Hivernus, reprenant son air si sérieux. Mes hommes ont besoin de place pour manœuvrer et c’est quelque chose que nous n’avons pas sur Base Vergesso. -
Post n°17
Auteur : Darth Malraas
Le Colonel Zakarov emplie ses poumons d'éloges à l'égard de l'Imperium. Le propagandiste n'oublie pas de mentionner le Seigneur Hivernus, un Saint sauveur de la doctrine Impériale, juste et équitable. Des marques de dégouts planent sur les paroles sincères de l'officier pris dans le tumulte de son éloquence. A n'en pas douter, la liaison matérialiste de l'Imperium et des Empires qui furent pour l'un, Démocrate et pour l'autre tyrannique, n'est pas à faire. Froisser ses hôtes ne reviendrait qu'à faire échouer les négociations et l'avenir lumineux des deux petites nations en pleine expansion. Le Colonel Hamer marque son visage d'expressions fascinées et intéressées mais à n'en pas douter, tout cela ne le concerne que de très loin. Une chose reste sûre : Les hommes d'Hivernus éprouvent une loyauté sans faille à l'égard de l'homme bleu, matérialisant une allégeance unique et une admiration en durabéton.
-Si les hommes de Vergesso admirent autant le Seigneur Hivernus que vous, votre planétoïde prospérera encore des siècles. Déclare respectueusement le Colonel. Il ne fait aucun doute que votre Seigneur est un héros et par définition, un homme brave et charismatique. Je rejoins mademoiselle Hawan, nos leaders possèdent des traits communs qui peuvent apporter beaucoup à nos deux gouvernements. Il se contente de sourire à ses propres paroles.
De retour au grand salon, la musique rythme les pas mesurés des convives. Tous se serrent, se toisent, s'admirent et discutent. Hector, plisse les yeux en tendant l'oreille sur des conversations vraisemblablement pourvues de simagrées ridicules. Décidément, les lieux de pouvoirs restent toujours les cercles les moins sincères, pense l'Officier de Ravage. Les notes mélodieuses cessent subitement et instinctivement, les Ravageurs camouflés derrière leurs costumes ou leurs robes, se cherchent du regard comme pour s'entendre s'il advenait un quelconque problème. Lorsque le tintement des instruments reprend, le Seigneur Hivernus apparaît à la foule de convives.
Hamer observe l'homme bleu et ses gardiens aux allures de gros bras de la pègre, jusqu'à ce qu'ils arrivent auprès de son groupe. L'Homme trinque alors, dévoilant son lait bleu, suivi par l'assemblée mimant son geste.
- Buvons à la santé de la famille Valerius, qui s’investit dans la guerre contre le Syndicat Tenloss plus qu’aucune autre famille au sein de Base Vergesso. Buvons à la santé de nos valeureux soldats, qui combattent sans jamais faillir. Buvons à la santé de l’émissaire du seigneur de Ravage, qui apporte avec lui la promesse d’un avenir meilleur pour nos deux nations !
Hector sourit par politesse plutôt que par fierté, un peu gêné d'avoir toutes l'attention de la ribambelle d'invités. Ses hommes et lui-même imitent la foule pour toaster en l'honneur du Seigneur de Ravage, profitant de l'occasion et de sourires forcés pour lorgner les convives les moins attirés par cette ovation. Raieve Perdebak, dans sa superbe robe, ne manque pas une miette des visages effacés de certains membres de l'assemblée. Une certaine méfiance est raisonnablement logique mais fait tâche avec les réactions des officiers du Seigneur Hivernus. Alors comme pour redorer le blason des Ravageurs et pour rire quelques instants encore... La malicieuse Raieve se tourne vers son plus proche compagnon de discussion, faisant mine d'être légèrement embrumée par son verre.
-Ce toast est aussi brillant que nos mines de diamants sur... Oh pardonnez moi. Elle pose un doigt sur son front en fermant les paupières. Je crois que je devrais arrêter de boire.
Le Seigneur Hivernus est rapidement repris par ses affaires de dirigeant. Le Colonel Hamer tend l'oreille à l'intention du murmure de Frilla. Un brève instant, l'officier de Ravage se surprend à croire que les forces militaires de Vergesso ont découverts la présence des membres de l'EFS à bord de la corvette Raider. Il se détend lorsque la conversation tourne autour des officiers et de leur Seigneur, pour se concentrer sur ses camarades. Mademoiselle Perdebak joue les parfaites courtisanes tandis que ses autres compères, paraissent discuter de manière animée, avec des semblables de l'armée du Seigneurat de Bajic. Enfin, le Seigneur Hivernus se détourne de ses subordonnés pour démarrer une nouvelle discussion avec le Colonel Ravageur.
Il est question de recevoir les troupes du Seigneur Hivernus afin que celles-ci puissent s'exercer aux manoeuvres militaires, au sein des territoires Ravageurs. Incontestablement, la superficie de l'astéroïde sur lequel se trouve la base Vergesso, est bien trop modeste pour effectuer des mouvements de troupes, liés à un entraînement grandeur nature. Se mordant l'intérieur de la lèvre, comme aspiré dans une réflexion intense, Hector soigne sa réponse. Si l'homme à la peau bleue suggère cette idée, c'est qu'il perçoit le fort potentiel de l'alliance future.
-Cela serait un honneur de recevoir vos troupes, Seigneur Hivernus. Commence-t-il en serrant son verre. Néanmoins vous comprendrez que je ne peux rien affirmer sans avoir au préalable consulté le Seigneur Gelmir et l'Etat Major du Général Hamer. Mais nous avons, en effet, à notre disposition quelques mondes qui sauraient satisfaire vos besoins. Il avale la dernière gorgée de son verre, en gardant ses yeux sur Hivernus. Même si la plupart de "ses mondes" ne sont pas conscients d'être liés aux Ravageurs, enjoliver la réalité fait toujours sensation. Il me semble donc tout à fait raisonnable de vous inviter à la Capitale, vous aurez tout le loisir de discuter avec notre Seigneur et de voir par vous-même, notre gracieuse cité ainsi que toutes les bonnes choses qu'elle apporte avec elle.
Le Colonel termine son verre en savourant les dernières gouttes posées sur le bord de ses lèvres.
-Avec tout le respect que je vous dois, Seigneur Hivernus, n'oubliez pas que notre venue est surtout causée par votre récente acquisition de chantiers navals. Vous comprendrez que notre Seigneur cherche à s'entourer de personnages d'une aussi grande stature que la vôtre. Hector se doit d'être clair sur les intentions des Ravageurs et sans exercer de pression sur son interlocuteur, souligner l'attrait principal pour Vergesso. Je renouvelle l'invitation auprès de notre Seigneur dans les délais qui vous conviendront, ceci afin de vous laisser le temps nécessaire pour réfléchir à l'offre. -
Post n°18
Auteur : HivernusLe colonel offre une première réponse qui se veut prudente et polie. Cependant, quelque chose, dans son attitude, se met à changer. Les doigts de l’officier se serrent doucement. Son corps se raidit brusquement. Il est troublé par la demande du seigneur de la guerre, à n’en pas douter. Bien évidemment, cette requête singulière met Hamer dans l’embarras. Et il le fait comprendre. Selon ses propres dires, il ne peut pas prendre la décision d’autoriser les troupes du Seigneurat de Bajic à s’entraîner sur les territoires de Ravage sans consulter auparavant ses supérieurs. L’émissaire propose néanmoins au Chiss de se rendre au sein de ces mêmes territoires afin de discuter directement avec le seigneur Gelmir du rapprochement de leurs deux nations. Une proposition certes logique et alléchante, qui a toutefois quelques inconvénients…
L’officier aurait pu s’arrêter à cette simple réponse. Mais il tient visiblement à ajouter une remarque pertinente mais maladroite qui ne manque pas de faire remuer Frilla. L’espace d’un bref instant, la fille adoptive de l'humanoïde à peau bleue fronce les sourcils. Elle se reprend cependant très rapidement et adopte une expression faciale plus neutre, afin d’éviter d’exprimer devant l’invité de son père sa gêne. Hivernus, fidèle à lui-même, demeure impassible. Il se contente d’acquiescer en silence aux propos du colonel. Le manque de délicatesse dont peut faire preuve Hamer ne semble pas affecter le Chiss. Les militaires manquent parfois de courtoisie et de diplomatie quand ils sont engagés dans des affaires politiques. C’est un fait avéré. Et nombre d’officiers ont été critiqués pour leur manque de finesse politique lors de divers sommets. Mais de l’avis même du seigneur de la guerre, ce genre d’attitude est préférable aux flagorneries et autres propositions fallacieuses qu’il méprise au plus haut point.
De toute manière, l’émissaire de Ravage n’a jamais tenté de cacher l’intérêt que porte son seigneur aux chantiers navals du système Lybeya. Toute armée qui se respecte a besoin d’une industrie puissante sur laquelle s’appuyer. Celle du Seigneurat de Bajic, bien que modeste et très récente, a déjà su prouver son efficacité. Le colonel, satisfait de la visite des infrastructures navales et des centres d’usinage de l’Arsenal Militaire de Lybeya, sait donc l’avantage qu’il y a à traiter avec Hivernus. De l’autre côté, l'humanoïde à peau bleue comprend que sa seule opportunité d’alliance, pour l’heure, réside sur sa capacité à conserver le contrôle du complexe militaro-industriel qu’il a acquis par les armes et dont il a considérablement augmenté le rendement. Sans cet atout en sa possession, les Ravageurs n’auraient certainement pas pris la peine de le contacter pour discuter d’un rapprochement.
Pour l’heure, les relations naissantes entre le gouvernement de Ravage et le Seigneurat de Bajic demeurent fragiles. L’ébauche même de cette alliance en devenir peut s’effacer à tout instant. Le Chiss, qui a très bien compris la nature des enjeux, sait qu’il doit convaincre son invité autrement qu’avec ses chantiers navals. La guerre qu’il mène contre le Syndicat Tenloss offre quelques opportunités qu’il convient de saisir… Mais les forces armées seigneuriales ne sont pas encore opérationnelles à cent pourcent de leurs capacités. Le temps... C’est ce dont le seigneur de la guerre a besoin en ce moment même.
- Colonel Hamer, je serai honoré de fouler le sol de Ravage. Il me tarde de rencontrer le seigneur Gelmir et vos pairs. Cependant, comme vous le savez, il se trouve que j’ai une guerre à mener contre le Syndicat Tenloss. Indique l'humanoïde à peau bleue d’une voix parfaitement modulée. Je ne peux donc pas me permettre de partir sur l’heure. Je peux néanmoins vous proposer de rester sur Base Vergesso durant les deux ou trois prochaines semaines. D’un côté, cela me permettra de donner mes directives et de régler quelques affaires en interne avant de rejoindre la capitale de Ravage. D’un autre côté, ce sera pour vous l’occasion d’en voir un peu plus sur notre jeune société. Vous pourrez ainsi juger par vos propres yeux la qualité de nos infrastructures, passer en revue quelques-unes de nos troupes et assister à quelques démonstrations d’ordre militaire. C’est un contretemps fâcheux, je le crains, qui a néanmoins l’avantage de présenter quelques opportunités. En acceptant l’invitation, vous serez sûr et certain d'apporter à vos supérieurs un rapport détaillé des capacités militaires et industrielles du Seigneurat de Bajic.
Hivernus sirote doucement son verre de lait bleu afin de soulager sa soif. Son regard de feu quitte l’émissaire pour se perdre dans la foule de costumes, de robes de soirée et d’uniformes. Le temps de quelques battements de cœur, le seigneur de la guerre observe un petit groupe de militaires occupés à échanger entre eux. Officiers de Vergesso et soldats de Ravage se sont mêlés les uns aux autres pour apprendre à mieux se connaître. Certains visages sont détendus et souriants. D’autres conservent une attitude plus neutre, voire sérieuse. Quelques-uns, à l’inverse, dissimulent avec peine une nervosité bien affichée. Les propos échangés entre les diverses parties font visiblement réagir de toutes les manières possibles et imaginables. Pour l’heure, les représentants des deux jeunes nations cherchent à mieux se comprendre afin de se familiariser avec les coutumes des uns et des autres.
- Bien évidemment, nous fournirons à vos hommes tout le confort dont ils auront besoin pour séjourner ici durant les prochaines semaines. Un officier de liaison vous sera également affecté afin que vous puissiez vous déplacer à votre convenance au sein de Base Vergesso. Poursuit le Chiss avant d’avaler une nouvelle gorgée de lait bleu. Et si vous désirez en faire la demande, une escorte sera également fournie. Vous comprendrez, bien sûr, que nous ne pouvons pas laisser de parfaits inconnus se promener les armes à la main dans notre ville. Du moins… Pas pour le moment.
Officiellement, il s’agit d’une proposition que le colonel est en droit de refuser. Néanmoins, dans les faits, Hamer semble plus ou moins forcé à accepter. S’il veut en effet que l'humanoïde à peau bleue accepte son offre, il doit se plier, en retour, à la sienne. Cet échange de bons procédés, s’il peut être ennuyant, présente toutefois quelques avantages qu’il ne faut pas négliger. Il ne tient donc qu’à l’émissaire de Ravage de découvrir ces différents avantages au cours des semaines qui vont suivre…
- Prenez le temps de la réflexion s’il le faut, Colonel… Et profitez de la soirée. Vous n’êtes pas obligé de répondre dans la minute. Et si jamais aucune réponse ne vous vient en tête, n’ayez crainte... Une bonne nuit de sommeil porte parfois conseil. Indique avec courtoisie Hivernus, qui détourne le regard pour saluer d’un signe de la tête un officier qui tend son verre dans sa direction. A présent Colonel, veuillez m’excuser. Il se trouve que je suis demandé.
Le seigneur de la guerre se dirige vers le militaire qui l’a interpellé quelques secondes plus tôt, suivi de près par les deux soldats d’élite de sa garde rapprochée. Frilla adresse un dernier regard au colonel en lui souriant doucement, puis rejoint son père adoptif. Pour les Hawan, cette soirée est particulièrement importante. Il s'agit en effet de veiller à garder dans les rangs ceux qui pourraient être tentés d'aller voir ailleurs. Le Chiss, bien qu'ayant en horreur ces soirées interminables au sein desquelles tous les vices sont présents, doit composer avec afin de faire perdurer le fragile empire qu'il est en train d'établir.