L'Enfer sur Terre
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L’annonce de la mort de Delurei et Rikaan a un effet terrible sur Riggs. S’il ne montre rien, le sous-officier n’en demeure pas moins très affecté par la nouvelle. Il enrage silencieusement, ferme doucement les poings pour contenir sa colère. S’il n’y avait que lui, il serait déjà parti au casse-pipe pour venger ses camarades. Il s’imagine déjà infliger les pires supplices à ces enfoirés en longs manteaux et armures noires pour soulager son chagrin, même si ça doit lui coûter une partie de son âme et de son humanité. Himron n’a pas la même approche. Il est plus sinistre, se contente d'afficher un air maussade. En l’espace de deux missions, il a vu l’ensemble des hommes de son unité périr au combat et cela semble l’anéantir. D’une certaine manière, c’est une partie de sa vie qui vient de disparaître.
Ce sont des membres de sa propre famille qui sont partis pour toujours.
Les yeux de l’Impérial brillent d’une tristesse si profonde qu’on pourrait se noyer dedans d’un simple regard. Il se sent responsable. Il culpabilise. Le capitaine sent un vide grandir en lui… Un vide que rien ne peut combler. Il s’épuise mentalement à se remettre en question, à se convaincre qu’il n’aurait pas dû accepter cette mission et n’entend qu’à moitié le rapport que le sergent consent finalement à faire.
- Ce qui s’est passé ? On s’est fait enfumer du début à la fin. Voilà ce qui s’est passé !
Le sous-officier marque un temps de pause, cherche à calmer sa hargne en prenant une inspiration profonde.
- Désolé… On a posé beaucoup de questions et ça a fini par payer… Mais pas de la plus belle façon qui soit. On a eu des démêlés avec des types armés qui n’aimaient visiblement pas qu’on fasse notre tambouille dans leur coin de Nar Shaddaa. Mais c’est pas le pire…
Riggs donne un coup de botte dans la jambe de son supérieur, cherchant à le secouer.
- Restez avec nous, capitaine.
L’homme reste un moment à errer dans ses pensées, ravagé par le doute et la culpabilité. Puis d’un coup, le voilà saisi d’une énergie nouvelle. Himron relève la tête, le regard plus vif qu’auparavant, une lueur vengeresse dans le coin de l'œil. Il gratifie le sergent d’un hochement de tête approbateur, sorte de remerciement pour les gens pudiques tels que les militaires, et se redresse complètement. Il vient empoigner la main de son camarade avec vigueur.
- Je suis avec vous, sergent. On va leur faire passer l’envie de se frotter aux soldats de choc de l’Impérium.
- Le problème, capitaine, c’est que j’ai comme l’impression qu’on est venu foutre les pieds dans une sorte d’opération clandestine impériale. On ne risque pas de se frotter à grand-chose si ce n’est des Impériaux.
- Expliquez-vous.
- Ces gars qui nous ciblent… Ce ne sont pas des petites frappes locales. Ce sont des soldats. Et du peu que j’ai vu, ils ont l’entraînement, l’équipement et les méthodes d’approche des forces spéciales impériales. Cela expliquerait pourquoi Doll s’est foutu de notre gueule, capitaine. Il sait des choses et s’est bien gardé de nous le dire... Probablement parce qu’il bosse avec eux.
Le capitaine demeure silencieux le temps d’un bref instant, cherchant à comprendre. Il semble perplexe… Non pas parce qu’il doute de l’intuition ou de l’analyse de son subordonné mais parce qu’il ne comprend la logique d’une telle opération. Pourquoi l'Impérium irait jusqu'à sacrifier ses propres hommes ? Pourquoi les faire s’entretuer ? Non. Cela ne fait aucun sens.
- Qu’avez-vous découvert exactement ?
- Bonne question, capitaine. Un tas de trucs, pour sûr. Mais rien de bien concret. Les types qui nous sont tombés dessus appartiennent apparemment à une organisation nébuleuse nommée “Légion”. On ne sait pas encore grand chose de leurs activités et de leurs objectifs mais de ce que j’ai pu comprendre, ils auraient des entrepôts bourrés d’armes et d’appareils spatiaux dans le coin, voire même un destroyer stellaire qui se pointe en orbite de temps à autre si on se fie aux ragots.
L’officier se gratte la tête, perdu dans ses réflexions. Tout ceci lui semble bien étrange...
- L’Impérium aurait donc une sorte d’armée de l’ombre sur Nar Shaddaa ? Dans quel but ?
- Ce n’est qu’une piste parmi tant d’autres, capitaine. Si ça se trouve, on vient de tomber sur un nid de traîtres et de conspirateurs. La lune des contrebandiers est un endroit idéal pour planquer ses activités loin des territoires impériaux… D’autant plus idéal d’ailleurs si le but est bel et bien de se constituer une armée dans le dos de l’Impérium.
- Hmm. On s’est foutu dans un sacré merdier hein… Bon sang ! On avance dans le noir. Il nous faut des preuves, Riggs.
- Je sais, capitaine.
Valen Tyne, jusque-là resté en retrait, se manifeste alors en s’approchant des deux impériaux et de leurs alliées Jedi. Il n’a plus tout à fait cette attitude nonchalante et arrogante du détective privé qui a tout vu et tout fait mais garde néanmoins un brin sarcastique dans la voix. Il reste malgré tout fidèle à son personnage…
- Si je peux me permettre, nous avons réussi à mettre la main sur un type qui a probablement des réponses à nous fournir… M’enfin si on arrive à lui tirer les vers du nez.
- Si j’étais de meilleure humeur, je pourrais tailler la bavette avec notre invité mais dans le cas présent, je doute pouvoir lui soutirer des informations sans lui péter les genoux et les dents. Et de toute manière, il y a fort à parier qu’il refusera de parler.
- Capitaine ? Vous voulez tenter votre chance ?
- Négatif. J’ai un devoir envers mes hommes. Himron a une faiblesse dans la voix qu’il tente de réprimer à l’aide d’un raclement de gorge. C’est ma responsabilité de les ramener à la maison, morts ou vivants. Et je compte bien honorer cet engagement. Avec ou sans aide.
- Je suis avec vous, capitaine.
- Et Kephesh vous accompagnera. Il connaît mieux que personne les environs et saura comment éviter les patrouilles ennemies. Indique le cyborg, un sourire aux lèvres. Bavarder avec une crapule me convient bien. Peut-être que j’arriverai à lui soutirer quelques secrets inavouables.
- Merci, Tyne. On récupère nos camarades et ensuite… Ensuite on botte le cul à tous ces enfoirés et on leur donne une leçon qu’ils ne seront pas prêts d’oublier.
- Du baume pour les oreilles… Le sergent se tourne vers les deux Jedi. Kryann, Darel, vous êtes avec nous ?
- Il y a déjà eu assez de morts, Riggs. Les Jedi ne sont pas obligées de se joindre à notre vendetta. C’est une mission suicide après tout…
La dernière remarque fait sourire le sous-officier. Une mission suicide. Oui… Il est vrai que ça en a l’air. Peu de chance de s’en sortir vivants et des objectifs lunaires. Pour autant, l’Impérial a bon espoir. Il a vu de quoi est capable Kryann. Reste à savoir si les Jedi sont motivées…
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Sarina ne pouvait pas s’empêcher, malgré toute son expérience, tout son vécu, tout son entraînement, de ressentir la peine immense qui venait d’envahir le coeur de ses compagnons d’infortune. Que ce soit Riggs ou Himron, ils avaient le poids de cette perte sur leur conscience, comme elle aurait pu le ressentir à l’annonce de la mort de l’un de ses frères Jedi. Elle s’empêcha de leur parler de retour à la Force, de les retrouver plus tard, c’était inutile pour des soldats qui ne partageaient pas sa conviction. L’un comme l’autre ne comprendrait pas, pire, ils pourraient mal prendre la tentative d’atténuation de leur douleur. Ils étaient des hommes de terrain, des pragmatiques, terre-à-terre comme de juste pour des forces spéciales. Ils n’avaient pas besoin d’entendre parler de mysticisme. Alors elle se contenta de baisser lentement la tête en sentant que la peine laissait peu à peu place à une colère froide dont elle ne pouvait être que coutumière. Les paroles rejoignent les états d’esprit. La suite promettait d’être décisive, autant que sanglante… Mais elle ne pouvait pas se défaire d’un sentiment difficile : elle était, au moins en partie, responsable de ce qui se déroulait ici.
-Non, Capitaine, votre sergent a raison. Il n’est pas question que nous jetions un voile sur le fragile équilibre que nous sommes parvenus à construire. Nous sommes ici pour collaborer, Impériaux et Jedi, et je ne me défilerai pas à la première difficulté venue. Vous pouvez compter sur notre soutien.
Ce fut à ces mots que Kryann sortit de sa torpeur. Son esprit avait enregistré tout ce qui se disait, malgré la situation compliquée, malgré son âme tourmentée, malgré la fatigue accumulée. Elle se redressa difficilement, gémissant de douleur en se tenant le ventre. Ses abdominaux lui faisaient souffrir le martyre, et son cerveau cognait contre sa tête en même temps que son coeur suivait un rythme erratique. Mais tout ces troubles n’étaient rien face à ceux de ses alliés de circonstance. Leur colère ne faisait qu’attiser la sienne, celle qui bouillonnait au plus profond de ses tripes. Le duel face à cet homme modifié avait réaffirmé sa volonté de frapper fort, de faire du mal… Bien loin de son entraînement. Avec un couinement de douleur ridicule, elle surenchérit sur les mots de son Maître.
-Nous sommes allées trop loin avec vous pour vous abandonner au dernier moment. Vous pouvez compter sur nous… Mais nous ne devons plus nous séparer, hormis urgence. Cette fois, nous affronterons la menace ensemble.
C’était une évidence pour les deux Jedi, et sans doute aussi pour les Impériaux. Cette recherche séparée les avaient presque menés à leur perte commune. Mais ce n’était pas le seul paramètre. Si le piège des longs manteaux n’avait eu qu’un succès mitigé, il avait mis en lumière deux éléments qu’ils ne pouvaient plus oublier, maintenant. Premièrement, leurs ennemis, des soldats entraînés, disposait de matériel haut de gamme, de qualité militaire. Ils étaient du niveau d’Himron ou de Riggs, c’était une certitude. Et en second lieu, la trahison de Doll laissait à penser que rien n’avait laissé au hasard de leur côté. Tous leurs mouvements avaient été anticipés. Sans cette taupe, désormais, ils étaient nettement plus libres. Et donc… imprévisibles.
-Récupérons déjà les corps de vos camarades. Quand tout sera fini, nous pourrons leur donner une sépulture décente, après les avoir vengés.La Padawan était en piteux état, mais pouvait-on le lui reprocher ? Certainement pas. Le regard que posa sur elle le Chevalier Darel l’exemptait de mots. Il y avait un peu d’inquiétude, mais beaucoup de fierté. Au-delà de tous ses enseignements, elle n’oubliait pas ce qu’elle était naturellement : une Jedi fière, sans doute un peu trop, et indomptable. Elle le prouvait, une fois encore. Sarina avait toujours l’intime conviction qu’il lui suffisait de passer outre sa colère, de s’en servir à bon escient, pour devenir la Jedi qu’elle était supposée être. S’en servir comme d’un moteur face à l’injustice, sans puiser dedans, pour se rappeler ce qui était nécessaire. En faire un point d’équilibre, sans perdre de vue la dangerosité de ce sentiment. Oui, c’était marcher sur un fil tendu. Mais si elle y parvenait, elle serait parmi les plus puissantes de leur temps.
-Kryann a raison. Chaque chose en son temps, et l’heure est à un regroupement et à du repos. Nous aurons besoin de chacun dans les meilleures dispositions. Nous vous accompagnerons pour récupérer les corps des soldats Delurei et Rikaan. Puis, nous devrons trouver un endroit où échafauder un plan. Nous savons où ils se cachent, nous n’avons plus qu’à frapper en plein coeur.
-Et le temps de la récupération, monsieur Tyne aura peut-être réussi à soutirer quelques enseignements précieux à notre prisonnier. Ne perdons pas de temps.