En eaux troubles
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Post n°6
Auteur : Super PNJAstaria accepta volontiers la cigarette, jetant un petit coup d’oeil à l’étui usé par le temps sans pour autant faire de commentaire. L’argent avait un éclat particulier, même lorsqu’il était terni par les années, ce qui n’échappa sans doute pas à la tenancière, qui reporta son regard sur les yeux d’Arnon alors qu’il allumait sa cigarette tranquillement. Elle inspira tranquillement sur le bâton de tabac, emplissant ses poumons du poison lent. En même temps, il fallait bien mourir de quelque chose, et dans son cas, ce ne serait sûrement pas à cause de ça, au vu du milieu à la lisière duquel elle évoluait. En attendant, elle écoutait l’homme, Adriel donc, déballer sa petite combine. Au delà du simple fait qu’il avait une certaine éloquence traduisant une éducation plus poussée que ce qu’elle imaginait, elle se rendit compte qu’il savait exactement de quoi il parlait. Connaissances légales, politiques… Tout y était.
Elle hocha la tête à ses longues explications. La Ferghal était loin d’avoir le bagage technique pour tout comprendre, mais elle avait une bonne mémoire. Elle pourrait restituer une partie de l’explication à qui de droit au besoin, si on lui demandait. En tout cas, elle s’étonna malgré tout de le voir tout déballer ainsi en public. Le Neimo’s Inn n’était a priori pas surveillé… Mais on ne savait jamais. Elle se prit à être un peu méfiante face à une telle assurance. Astaria le laissa terminer malgré tout, puis lui fit signe de baisser d’un ton, doucement, regardant un peu autour.
-Pas que je veuille modérer ton enthousiasme, mais on ne sait jamais ce qui peut traîner ici. Si y’a un policier qui traîne, t’es bon pour un interrogatoire de quarante-huit heures, et je doute que ça t’intéresse.
Elle sortit ensuite une montre à gousset de sa poche, accessoire trivial et dépassé mais qu’elle affectionnait particulièrement. Il aurait à attendre un petit peu.
-Il est un peu tôt pour ça… Mais si ça te dérange pas d’attendre, il est pas impossible que je puisse te présenter quelqu’un capable de discuter de contrebande…
Elle lui fit un clin d’oeil avant de s’éloigner pour s’occuper des autres clients qui s’impatientaient. Il était évident que la situation la mettait légèrement mal à l’aise, mais c’était plus à cause de son manque de discrétion que de la situation en elle-même. En tant que tenancière, elle en avait vu passer, des situations similaires, des gens qui cherchaient des services de tout genre… Mais c’était rare qu’on lui explique ainsi, à voix haute. Peu importait. Elle savait qu’elle pouvait l’aider pour la première partie. En revanche, son attitude vis à vis d’une sous-préfète rendrait la chose bien plus compliquée à envisager. Ce genre de détails n’était pas anodin.
Le temps passa. Si Arnon restait, il attendrait encore une bonne heure et demie avant que la serveuse ne revienne, posant une bière devant lui sans qu’il n’ait rien demandé. Le dessous de verre indiquait un simple « Le Dug derrière ». Un alien était entré quelques minutes auparavant, s’asseyant sur une banquette et semblait compter des cartes de Pazaak en sirotant un verre. Sa tenue était assez riche, tout du moins chic pour le bar, ses longues moustaches tressées pendant devant sa bouche. Il n’était pas des plus attrayants, d’autant que les Dugs étaient connus pour être assez belliqueux, mais au moins semblait-il calme.Atréïs -
Post n°7
Auteur : Arnon VeralJe fixais Astaria avec un sourire lorsqu’elle m’invita à la modération. Si j’agissais ainsi, c’était précisément car je savais que l’endroit n’était pas surveillé. C’était précisément l’assurance qui caractérisait les gens dans ce type de milieu. La mafia était un océan de requins et si Astaria nageait dans cet océan de monstres, c’était qu’elle en avait également les codes et qu’elle n’était pas sans défense. Sans réellement chercher à l’impressionner, je me bornais à faire ce que je faisais de mieux…Le pragmatisme. Trouver des solutions à des problèmes complexes, apporter un plan clef en main. C’était pour cela que j’avais été payé au sein du BSI, c’était également ce que je faisais dans un autre registre à AgroChrome. Il y avait finalement toujours une logique dans l’enchaînement des évènements puisque le DSP venait de me missionner pour trouver une personne. Je souri à nouveau à Astaria.
-Ne t’inquiète pas pour ça. Je t’assure que personne ne viendra nous chercher des noises.
Phrase énigmatique, presque sibylline, qui pouvait sous-entendre que j’avais moi-même mes appuis. C’était précisément comme j’aurais agi naturellement dans un tel milieu. Toute interaction avec les mafieux ou les gens du milieu n’était qu’un poker menteur, il fallait que l’adversaire joue tout en maintenant une sorte de martingale du destin. Cet état de fait ne pouvait être maintenu qu’en ayant un coup d’avance. C’était dans cet état de fuite en avant permanente que j’avais fait ma carrière. Aussi, lorsqu’elle me proposa de trouver quelqu’un, je la gratifiais d’un nouveau sourire en acquiesçant. Alors qu’elle disparaissait, je faisais le choix de rester au Neimo’s Inn. Si je détonnais dans ce milieu, personne ne me fixa ou ne me jugea. Chacun vaquait à ses occupations, l’avantage du paria est qu’il sait qu’on ne viendra pas le chercher. Si j’avais tout fait pour m’élever sur l’échelle sociale avec la crainte viscérale de dégringoler, je connaissais les codes de tous ceux qui me faisaient face. Peut-être pas des criminels, mais des laissés pour compte ou des classes modestes. Cela me rappelait le Cercle Ouvrier et mes idéaux de jeune adulte.
Je saisis une nouvelle cigarette -je devrais vraiment songer à arrêter ce poison- et l’allumai. Les minutes s’enchaînaient et alors que mon esprit vagabondait, je me posais finalement la question : que restait-il de ces idéaux d’équité ? N’avais-je pas adhéré à ce conte de fée précisément car j’étais à l’époque un homme dans le besoin et dans les couches inférieures ? Appeler au grand partage est bien plus facile lorsqu’on a soi-même rien à partager et que l’effort doit être fait par les autres. Avec le recul, je comprenais enfin ce qui m’avait poussé vers l’Empire Sith : l’ordre nouveau, cette nouvelle génération qui renversait la table et posait les bases de nouvelles normes, de nouvelles règles. Nous étions l’avant-garde, nous n’avions pas le temps pour le compromis, pas le temps pour la concertation. Chacun savait ce qu’il avait à faire. Si les autres ne marchaient pas avec nous, battant le pavé avec bottes et brodequins, ils seraient éliminés. Telles étaient les exigences de la nouvelle norme, de la nouvelle galaxie, de ce que nous proposions. Les codes avaient été modifiés, nous avions changé de paradigme. En regardant ce ramassis cosmopolite et baroque, la conclusion était sans appel : nous avions échoué. Je m’étais embourgeoisé et mes anciens collègues avaient pour la plupart fini en prison ou sur l’échafaud…Pour ceux qui avaient survécu tout du moins. Je ne m’en tirais pas si mal. Je savourai la nicotine, les cigarettes étaient d’importation, d’une qualité inégalée. Un petit Sergent n’aurait sans doute pas pu se les payer avec sa solde, mais j’avais l’avantage d’avoir d’autres ressources et après tout, j’aimais ce qui était rare et cher. Leiel Osso, ma complice sans le savoir dans cette mission, ne m’en aurait sans doute pas voulu pour cela.
Je guettais les allers et les venues dans ce trou à rat. Certains semblaient se connaître, ils rentraient en hélant la salle, recueillant des clameurs et des applaudissements. D’autres venaient, presque honteux, demander un verre et sirotaient un alcool fort ou une liqueur. Les alcooliques, les joueurs invétérés, ceux qui venaient noyer leur peine et boire leur salaire, les petites frappes et les contractuels. Astaria allait et venait, échangeant banalités et plaisanteries avec les habitués. Et moi, quelle était ma réelle motivation ici ? J’étais à l’affût, faisant partie du tableau sans y être, gardant ma position d’observateur.
Coruscant, trente-cinq ans plus tôt,
L’enfant était recroquevillé dans un coin de la pièce. L’appartement était défraîchi, presque miteux. Des tâches d’humidité recouvraient les coins mal éclairés et poisseux. C’était pourtant tout ce que ses parents avaient trouvé. Dans un short élimé et un maillot en coton troué, l’enfant était captivé. Ce qu’il observait était bien plus petit. Ses yeux étaient rivés sur le petit animal à huit pattes, exhibant des yeux globuleux et noirs comme les profondeur de la galaxie. L’araignée s’affairait, tissant sa toile, sans faire cas de lui. L’enfant se demandait si la petite créature l’avait remarqué…Avait-elle conscience de la fascination qu’elle exerçait sur lui ? Son cerveau primitif l’empêchait-elle de le voir ? Avait-elle suffisamment confiance en sa tâche et ses capacités pour l’ignorer tout en sachant qu’il était là ? Pétri d’imagination débordante, l’esprit de l’enfant vagabondait en digressions. Il fixait ses petits crochets, protubérances acérées des chélicères. Le petit arthropode agitait exagérément ses pédipalpes et lui évoquait un mime, qui se collait à un mur invisible et en dessinait les contours avec les paumes. C’était pourtant bel et bien une tragédie impitoyable qui se jouait là…La tragédie naturaliste, à la fin de la pièce, le clown dévorerait une de ses victime qui se prendrait dans la toile. Pour l’instant, l’arachnide tissait sa toile, achevant les mailles argentées. Cela dura encore quelques minutes, avant que la créature, sa besogne achevée, rejoigne une position cardinale et se mette à l’affût. L’enfant était l’observateur, il profitait du spectacle sans y prendre part et cette position extérieure était bénéfique…Elle le rassurait…Réussissait l’espace d’un instant à l’extraire du monde miséreux dans lequel il vivait avec ses parents.
L’araignée n’était plus…Depuis longtemps. Pourtant, je ne pouvais qu’éprouver de la nostalgie lorsque ces souvenirs revenaient. Tant de chemin avait été parcouru depuis. Ce que mon esprit enfantin avait pris pour un mime à l’époque était en réalité une énième manifestation de l’impitoyabilité du monde. Nous vivions dans un endroit dangereux et finalement les bons sentiments, les conventions sociales, les gentillesses, n’étaient qu’une partie d’un contrat social visant à lisser les contours du seul véritable moteur de ce monde : le rapport de force. Ces idées étaient typiquement issues de l’Empire Sith, et même après des années d’horreur à leur service, je ne pouvais m’empêcher de penser qu’ils avaient raison. Le constat initial demeurait, il suffisait d’observer le Neimo’s Inn et la corruption qui régnait au sein des institutions Confédérées pour le comprendre. Astaria réapparut, elle posa devant moi un verre de bière, indiquant la position de mon contact. Je gratifiais Astaria d’un clin d’œil discret.
En me retournant, je pus voir le Dug. Un autre membre de cette cours des miracle qui semblait avoir concentré toute la racaille et les rebus de la galaxie. Au moins celui-ci semblait-il un peu plus propre. La créature comptait des cartes en profitant d’un verre. Nos regards se croisèrent et à cet instant, je sus que lui aussi savait. Me levant lentement et prenant avec moi mon verre, je m’approchais de lui. Le Dug était calme, bien qu’il fut difficile pour moi d’évaluer les intentions et de sonder l’âme d’un pareil animal. M’approchant lentement, je désignais la banquette en souriant.
-Bonjour Monsieur, puis-je me joindre à vous ?
Après avoir eu sa réponse, je m’installais délicatement, prenant une gorgée de ma bière. Le Dug n’était sans doute pas là pour converser avec moi, après l’avoir détaillé du regard et m’être arrêté sur ses cartes, je reprenais la parole :
-Si vous êtes ici, c’est qu’on vous a sans doute informé de mon…Problème. Il y a de l’argent à se faire, mais il est fondamental de garder en tête que ce n’est pas une simple affaire de contrebande, on parle bien de gérer les droïdes de combat de la sécurité renforcée mise en place par la Sous-Préfète de Raxus Secundus.
Je n’avais pas perdu de temps, pas non plus fait preuve d’exaltation. Je complétais laconiquement les propos d’Astaria. Je montrais également que je savais être professionnel dans ce milieu. Je m’étais rapproché du Dug afin que nous soyons les seuls capables d’entendre la conversation. Je n’avais pas de temps à perdre et il était temps de passer à la vitesse supérieure. Dans cet océan de créatures dépareillées, en dépit des apparences et après des décennies, le petit garçon souriant était devenu l’araignée, il avait tissé sa toile, bien déterminé à capturer sa proie. -
Post n°8
Auteur : Super PNJLe Dug comptait toujours ses cartes lorsque l’Humain l’accosta sans gêne, alors même qu’il ne l’avait pas autorisé. Mais il n’était pas là pour se battre, quoi qu’on puisse dire sur le caractère belliqueux de sa race. Si il l’était aussi, c’était plutôt sur le terrain des affaires, la faute à une vieille blessure qu’il traînait depuis des années et le faisait boiter. Sur son visage maigre et allongé, pour qui était observateur, on pouvait constater qu’il avait quelques cicatrices, vestiges de moments compliqués qu’il préférait oublier maintenant qu’il était de ceux qui comptaient dans le milieu. Il abattit une carte dorée devant lui, lui faisant claquer de la langue une injure dans ce langage si particulier. Et ce fut dans le même idiome qu’il accorda à l’homme le droit de s’asseoir, replaçant les cartes dans le paquet devant lui et les battant.
Les cartes n’étaient pas son démon. Elles étaient son guide. Il était rare qu’il prenne une décision sans les consulter, son esprit persuadé qu’elles étaient le reflet du hasard et de l’aléatoire qui régnait sur la Galaxie. Du chaos qui régnait même dans ce bar. Bien sûr, il ne les suivait pas aveuglément, mais cela restait un bon indicateur quand il ne parvenait pas à choisir efficacement. C’était là le lot des gens dans son genre : on ne pouvait pas tout contrôler, pas tout savoir, et il fallait parfois, dans de rares cas, prendre des décisions en comptant sur une part de chance, et s’y tenir. Les cartes étaient là pour lui rappeler cet état de fait. Une fois jouée, on ne peut plus la retirer.
-Si vous êtes ici, c’est qu’on vous a sans doute informé de mon…Problème. Il y a de l’argent à se faire, mais il est fondamental de garder en tête que ce n’est pas une simple affaire de contrebande, on parle bien de gérer les droïdes de combat de la sécurité renforcée mise en place par la Sous-Préfète de Raxus Secundus.
Un ricanement se fit entendre, aussi sinistre que sincère.
-Ouais, Astaria m’a expliqué ton souci, mon gars. Mais Raxus Secundus, c’est loin… Pourquoi tu viens chercher ici de l’aide ? T’as pas ça, chez toi ?
Il eut un nouveau rire. La réponse était assez évidente, en tout cas à ses yeux, mais il était curieux de savoir ce qu’il sortirait comme excuse. Plusieurs étaient possibles, et son honnêteté pouvant tout à faire être remise en cause, ça le guiderait sur l’identité du bonhomme et son caractère. Machinalement, il battit encore les cartes et en sortit une. 3&6. Sa carte préférée.
-Y’en a qui sont capables de ce genre d’exploits, mais ça coûte cher, et le dernier en date à avoir réussi court toujours… T’as sûrement entendu parler de l’accident ?
Nouveau ricanement. Dae’mid n’était pas une gêne pour lui, ni pour personne, mais ça, il se garderait bien de le dire, car le Gossam était bien trop concentré sur ses tâches administratives, de ce qui ressortait du palais. Et puis, la pègre était utile. Un moindre mal contre les bandits de tout poil. Ca régulait le local…
-Mais j’en connais qu’une qui est capable de le faire avec vraiment de l’efficacité. C’est une Miralian, Nocturna. Sacrée jolie gonzesse, et elle dit pas non aux crédits, tu devrais voir avec elle, elle a un atelier en ville. Si t’arrives pas à faire affaire avec, reviens me voir. J’verrai ce que je peux faire.
Il eut un nouveau ricanement, ça devait être un tic chez lui, alors qu’il sortit un second paquet de cartes qu’il posa sur le table. Ou bien il savait que Arnon, une fois son verre avalé, aurait un traceur en lui. Ce type n’inspirait confiance à personne, ici.
-Tu joues ?Atréïs -
Post n°9
Auteur : Arnon VeralLa conversation était agrémentée de rires débiles de l’animal qui me faisait face. On aurait dit que le Dug se livrait à une sorte d’acte mystique, triant et tirant les cartes. Cette étrange créature rieuse et cynique semblait tenir les cordons de la bourse du Destin ou de je n’aurais su dire quelle entité qui hantait ce trou à rat. Je gardais cependant mon calme, plongé dans mon personnage, je n’étais pas perturbé, observant mon interlocuteur avec assurance. Il était évident que personne ne me ferait confiance, il n’y avait donc qu’une seule façon de se faire accepter dans ce milieu : en accepter les codes et surtout montrer qu’il y avait de l’argent à se faire. L’appât du gain et les crédits étaient une bonne carte d’entrée dans les milieux crépusculaires du crimes. La police et les autorités ne semblaient d’ailleurs pas trop se soucier de Kalnietis et sa bande. Aussi, lorsque le Dug me posa des questions sur les raisons de ma venue, je lui offrais un rictus. Je ne comptais pas dévoiler mes véritables motivations, en tout cas pas tout de suite. Nous allions encore discuter un petit moment.
Lorsqu’il parla de « l’accident », je hochais la tête lentement en prenant une nouvelle gorgée de mon liquide houblonné. Cet animal jouait avec moi, il se payait ma tête, distillant les informations au compte-goutte. Après tout, j’aurais pu avoir été n’importe qui et dire n’importe quoi. Je n’étais pas connu dans ce monde et je n’avais d’ailleurs pas non plus de référence. A l’évocation de Nocturna, je souris de nouveau, acceptant pourtant la partie de Pazaak. Il était clair à ce stade que j’allais devoir être un peu plus persuasif. J’avais moi-même appris à jouer au Pazaak à l’Académie Impériale, c’était obligatoire, comme tout un tas d’autres compétences pour les missions d’infiltration. Bien évidemment, je ne faisais pas partie du personnel combattant et j’avais été à l’époque transféré au personnel administratif, mais cela faisait partie des compétences que j’avais conservé. Tirant à mon tour quatre cartes, je fixais le Dug avec un sourire.
-Je m'excuse si je n'ai pas été clair. Mes employeurs font partie du conseil d’administration d’entreprises d’envergure galactique. Ils ont de l’argent…Beaucoup d’argent. J’ai été mandaté pour régler les problèmes…Quoi qu’il en coûte.
Je gardais à nouveau le silence, jouant mon tour. J’allais devoir parler au Dug de manière un peu plus explicite, je le savais. Et je savais également qu’il allait falloir dévoiler des informations importantes. La créature me testait, elle cherchait à savoir qui j’étais, ce que je faisais là. Il était donc fondamental de la convaincre que j’avais tout intérêt à traiter avec lui et avec aucun autre. La pire erreur que pouvait faire l’araignée, c’était de se précipiter, de dévoiler sa présence et ses intentions. Comme elle, j’étais un chasseur à l’affût. Le poisson mordillait l’appât sans vraiment gober l’hameçon. La pire erreur pour moi aurait été de forcer les choses, de ferrer alors qu’il n’avait pas encore tenté de dévorer l’appât. Ce Dug était comme Astaria, sans doute un intermédiaire destiné à tester mes intentions. Je n’en étais pas encore à Kalnietis ou au chef de la pyramide mais l’évocation de l’accident me confortait sur mes positions : j’étais sur le bon chemin. Je m’approchais de lui pour me faire plus discret, baissant le volume de ma voix.
-C’est précisément l’accident qui m’a fait venir ici. Il se dit qu’il y a des types qui en ont une paire dans le coin. Je sais aussi que c’est ici que ça se passe, en tout cas c’est ce qu’on m’a dit. Maintenant, tu dois bien comprendre que je n’ai pas de temps à perdre avec des indépendants, mes employeurs ont les moyens de se payer le service premium et c’est bien ça que je suis venu chercher ici. J’avais dans l’idée que celui qui a fait ça et qui court toujours ne doit pas être dans la meilleure situation ici…Mais le récit de ses exploits sont son meilleur CV et disons que…Il y a du taf pour lui. On ne parle pas simplement de pirater les droïdes, mais de monter des opérations.
C’était sincère, je soutenais son regard, n’ayant pourtant aucun tremblement ni aucune expression parasite de mon visage ravagé par les cicatrices. Mes réflexes d’agent du BSI revenaient petit à petit, comme s’ils ne m’avaient jamais quitté. Finalement, ce n’était pas vraiment différent de lorsque j’infiltrais les unités combattantes Impérialo-Sith pour débusquer les traîtres et sonder le moral. Ce n’était simplement pas un militaire que j’avais en face, mais un Dug membre du crime. C’était toujours pareil, nous nous jaugions, nous discutions à demi-mot. J’avais pourtant fait le choix d’être un peu plus frontal dans mon approche.
-Je ne vais pas y aller par quatre chemins. Osso est un poison, nous ne pensions pas que la petite assistante de Dae’Mid serait aussi dure. Notre objectif à moyen-terme est concrètement de l’envoyer en vacances. Raxus Secundus n’est pas Cato Naemoidia, ça sera plus simple, mais elle a quand même son lot de droïdes qui l’escortent en permanence et gardent son maudit palais. Cette garce a mis au pas l’administration, la corruption n’est plus non plus possible. De notre côté, nous n’avons pas la compétence pour pirater ou désactiver le système d’exploitation des droïdes de la CSI.
Je prenais une pause dans mon discours pour laisser le Dug assimiler ce que je lui disais. Il me baladait et il était temps qu’il comprenne que ce n’était ni dans son intérêt, ni dans l’intérêt de ceux qui l’envoyaient. Je n’étais pas naïf sur son statut d’intermédiaire non plus. Kalnietis ou n’importe qui d’autre me testait et il était grand temps de mettre fin à ça. Faisant glisser les cartes dans ma main, mon visage mutilé affichait une mine grave.
-Il y a du pognon à se faire, beaucoup. Donc si toi et ceux qui t’envoient sont motivés, nous pourrions résoudre le problèmes de mes employeurs. En commençant par une première livraison pour tester la méthode sur les droïdes et ensuite peut-être en visant plus haut…La Préfecture et Osso. Tu n’es pas obligé de me donner une réponse tout de suite, mais j’aimerais éviter d’aller me coltiner toute la ville, je dois savoir si j’ai eu bien fait de venir ici ou pas…Si je perds mon temps ou si vous pouvez m’apporter ce que je suis venu chercher...Si je dois chercher ailleurs ou si nous parlons sérieusement.
Des hameçons supplémentaires étaient posés et il allait falloir voir si le plus gros poisson finirait par mordre. Je proposais concrètement l’assassinat d’une Sous-Préfète, ce qui était bien plus qu’une opération de contrebande. A ce stade, je ne pourrais plus reculer…Mais de toute manière, je comptais bien réussir un coup de filet dans le monde du crime de Cato Neimoidia. Dae’Mid ne s’y opposerait sans doute pas lorsqu’il comprendrait que la vermine difforme qui infestait le Neimo’s Inn était au courant de l’attentat et avait sans doute des connexions avec cet acte ignoble. -
Post n°10
Auteur : Super PNJSans pour autant tricher, le Dug était de ceux qui avaient parfois une chance insolente, et ce fut sans réelle surprise, pour lui du moins, qu’il remporta la première manche sans même poser une carte de sa main sur le tapis, ce qui le fit encore plus rire alors qu’il s’amusa à recompter à deux ou trois reprises les cartes tirées pour s’assurer qu’il était bien arrivé aux vingt points requis. Si l’Humain en face de lui ne présentait pas de signe de nervosité, pas plus qu’il ne semblait accorder d’attention au jeu devant lui, il se demandait simplement si il pouvait passer outre ce visage fermé, si celui-ci n’était qu’une façade ou la réelle figure du type.
Après tout, il ne ressemblait pas à un contrebandier, pas plus qu’il ne ressemblait à un terroriste, même si de nos jours, ceux-ci avaient plus tendance à être en col blanc qu’en guenilles. Un nouveau claquement de langue, il posa une carte sur le tapis avant de reprendre.
-J’ai bien compris la première fois, pas la peine de te répéter. Mais si t’es dur d’oreille, pas de problèmes, je répète. Je t’ai donné un nom, si t’en veux pas, c’est ton affaire, et c’est pas le problème d’en avoir deux, quatre ou cinq. Mais au cas où t’as pas compris : un truc pareil, je connais qu’une seule personne capable de le faire, et elle s’appelle Nocturna.
Nouveau renâclement, suivi d’un ricanement typique alors qu’il continua la partie quelques instants, se concentrant sur son jeu, se donnant également le temps de réfléchir, avant de faire un geste du doigt à Arnon pour lui signifier d’approcher, soufflant à son oreille.
-Je sais pas où t’as été pêché qu’on pouvait faire ce genre d’opérations, mon gars, mais les spécialistes du hack de droïdes se comptent déjà sur les doigts d’une main dans la Confédération, alors sur Cato Neimoidia, tu penses bien qu’après un coup pareil, on les surveille. Tout le monde les surveille, surtout dans la CSI.
Ce fut à ce moment qu’Arnon put sentir une présence glacée contre son flanc, longue et qui ne laissait pas de place au doute quant à son origine. Le Dug pointait un canon d’arme sur l’Humain sans sourciller et eut un nouveau ricanement. Difficile de savoir ce qu’il savait réellement, néanmoins, il le fit se lever.
-Les attentats, c’est pas bon pour le business. Pas plus que les changements de préfets, les fouineurs, et les emmerdes. Je sais pas d’où tu viens et qui t’envoie, mais j’commence à avoir une petite idée. Tu parlais d’en avoir une paire ? Si vraiment t’en as une, reviens à minuit, ici. Kalnietis est vraiment VRAIMENT pas content des événements.
Il éclata de rire, avant de poser un petit projecteur holographique sur la table. C’était un simple transmetteur d’images, très habituel dans la CSI.
-Histoire de te donner une motivation.
Il l’activa, restituant des images de sécurité, manifestement, en plutôt bonne définition, d’un endroit qu’Arnon connaissait bien lui-même pour y avoir été quelques heures auparavant. Au milieu de l’atelier de Nocturna, suspendue à un crochet au dessus d’une mare de sang oxydé, la Miralian pendait doucement, les yeux vitreux, révulsés. Nue, son corps était couvert de coupures plus ou moins profondes que l’image en haute définition permettait parfaitement de discerner, des brûlures qui avaient dû être atroces à encaisser, ainsi qu’un certain nombre d’hématomes. La hackeuse n’était plus, et emportait ses secrets dans la tombe. Le Dug regardait l’image. Il n’y avait plus de rire, plus de sourire, plus de ricanement, mais le blaster était lui toujours présent.
-Elle était utile. Suffisamment pour en faire une cible quand un foutu fouineur vient foutre son nez où il faut pas.
Atréïs -
Post n°11
Auteur : Arnon VeralJ’observais le Dug avec le même masque d’indifférence qui me caractérisait. La tête légèrement inclinée, un rictus sur le visage alors que ce dernier répétait et déroulait son numéro. La créature semblait particulièrement satisfaite de ses effets. Ce dernier semblait pris dans un délire de toute-puissance qui était intéressant à mes yeux. Pourtant, je demeurais silencieux face à cet énergumène, j’avais de nombreuses fois traité avec la vermine alien, comme les bêtes sauvages, il ne fallait pas avoir peur de les regarder dans les yeux, comme les animaux agressifs, il fallait les soumettre par la force. La vermine avait ses codes et j’étais résolu à ne pas m’y soumettre. Alors que j’étais plongé dans mes pensées, je sentis la morsure froide du métal. Objet oblong qui touchait mon flanc. Nous y étions, nous avions enfin dépassé le stade des mondanités. Un rictus se dessina sur mon visage, le Dug comprendrait instantanément que ce n’était pas la première fois qu’on me braquait avait une arme. Il y avait un fossé entre cette créature primitive et moi, pas étonnant que ces animaux débiles finissent par divertir la masse en jonglant ou soient réduits à des pratiques bohémiennes. L’Empire Sith n’avait pas compris qu’il aurait fallu les écraser, tous…Les bannir. Ils propageaient le crime et le Dug en était une nouvelle manifestation. Gardant mon calme, mon rictus ne quittait pas mon visage et instantanément, ma main s’était glissé dans ma poche, posée sur mon datapad, prêt à envoyer le signal à mes associés du moment. Le rendez-vous fut pris, minuit.
Après son rire tonitruant, la petite bestiole continua dans une sorte de jeu d’invective et de menaces voilées. C’était mesquin et roublard, mais qu’attendre de ce macaque débile ? Ce saltimbanque primitif et sale, ce parasite galactique. Gardant cela pour moi, je regardais ce qu’il avait à me montrer. Mes yeux se plissèrent à la vue de Nocturna, pendue à un crochet. Elle avait été torturée et malmenée durement avant de sans doute rendre l’âme…Là-encore, je ne sourcillai pas, ce n’était pas la première fois que je voyais ce genre de scène. Nous avions nous-mêmes nos équipes pour faire cela…Mais un peu plus proprement. Les créatures s’entre-tuaient entre elles. Cette fois, je secouais la tête avec dédain. Mon sourire disparut instantanément pour une expression fermée, presque sèche.
-Je crois que toi et moi ne sommes pas au même niveau de respect mutuel. Je viens ici te proposer un business et toi, tu me menaces et tu tortures cette femme. Si tu avais été un membre de mon unité, je t’aurais fait pendre non pas pour ton insolence, mais pour ta bêtise…
Mes yeux étaient presque sortis de leurs orbites, quasi-globuleux. J’étais habité par un poison, une véritable haine. Une colère sourde était monté en moi, mais elle ne se manifestait pourtant pas à l’extérieur, j’étais simplement agacé par ces bêtises. J’en avais marre de perdre mon temps, marre de la bêtises crasse de ces sous-êtres. Ma référence à mon ancienne activité militaire était sortie elle-aussi naturellement. Mais loin de déplaire dans ce milieu, cette assurance ne faisait que renforcer mon aura. Déposant quelques crédits sur la table pour régler la consommation, je fixais intensément le Dug dans les yeux…A cet instant je pris conscience que quelque chose luisait dans mes yeux, ce n’était pas de la détermination mais de la folie…Une folie meurtrière que je pensais avoir enseveli depuis longtemps. Je haïssais cette créature.
-On se verra peut-être ce soir alors. Attention cependant, ce que je propose sera un peu plus difficile que d’aller torturer une jeune femme…
Lentement, je me levais, remettant en place la veste de mon costume. Je saluais d’un mouvement de la tête Astaria avant de sortir lentement. Une fois dehors, je quittais le quartier en m’éloignant de l’ambiance moite de la taverne.
En marchant, je sentais mes jambes devenir pesantes, lourdes. Je déboutonnais le bouton du col de ma chemise, suffoquant presque. L’image du corps de Nocturna me rappelait des souvenirs, c’était comme la morsure d’un passé lointain. Ma gorge était douloureuse, ma bouche sèche et mes mains moites. De grosses gouttes de sueur perlaient sur mon front et l’espace d’un instant, je m’appuyais sur un mur pour me maintenir. Je fus pris d’un haut-le-cœur. Saisissant mon datapad, j’appelais les autres agents pour leur signifier d’envoyer de toute urgence du personnel en civil à l’atelier de Nocturna…Elle avait l’air très amoché et laissée pour morte, mais j’espérais secrètement qu’elle soit en vie. Elle n’avait pas mérité cela. Je savais pourtant que son témoignage ne pourrait pas être pris avant plusieurs semaines si elle était vivante, il faudrait un long moment d’hôpital avant d’être capable de lui parler. Je leur faisais également part de la caméra du Dug et du fait qu’il se pourrait que des hommes de main soient dans le coin. Je m’en moquais, s’ils voyaient que deux personnes en civil allaient la détacher, ce n’était que mieux pour moi. Je ne pouvais me résoudre au fait qu’elle soit morte. Pas si vite…Pas maintenant. Pris d’une quinte de toux, j’indiquais à mes deux complices de me rejoindre à proximité d’une place dans la ville. Ayant peur de la filature, je pris un transport en commun qui m’amena à ladite place, et là, je me fondis dans la foule. Je détestais être pris pour un imbécile et je détestais perdre…Ce qui était arrivé à Nocturna me touchait étrangement. Beaucoup d’agents l’auraient sans doute laissé, pour éviter d’être démasqués. Je ne décolérais pas, mais j’avais une consolation : le poisson avait mordu.
Coruscant, trente-cinq ans plus tôt,
L’enfant avait rejoint sa place, au coin de la pièce. Recroquevillé comme à son habitude, il avait retrouvé le petit mime. Alors qu’il était à l’école, il s’était fait de nombreux amis, séduisant par son caractère jovial et sa bonhomie naturelle, mais pourtant, la petite créature ne quittait plus son esprit. Elle l’obsédait, il l’imaginait sur sa toile et ne se lassait pas de l’observer pendant des heures. Ce jour-là, la routine fut cassée…Si le petit arachnide était toujours dans un coin de sa toile, totalement immobile à l’exception de ses pédipalpes, toujours occupés à définir les contours d’un mur invisible, l’enfant vit un autre petit animal. Celui-ci semblait faire du sur-place, il avait des pattes graciles qu’il laissait choir pendant son vol habile, à la manière de la queue d’une comète. Le petit mime ne bougea pas, pourtant le petit diptère s’approchait lentement de la toile, inconscient du piège argenté et aérien qui se déployait devant lui. L’animal avait la maîtrise des airs, il était tout-puissant dans son environnement en trois dimensions, défiant la gravité. Pourtant, le péril soyeux se déployait devant lui. Ses ailes s’empêtrèrent d’abord dans la nasse collante. L’insecte fut il surpris ? En tout cas il se débattit, mais il n’en fut rien, le tissage et le maillage de la petite toile l’englua, il était couché, tel un gisant soudain animé de vibrations. Le petit mime ne réagit pas tout de suite, mais l’enfant le vit se tourner dans la direction du pauvre moustique, ses yeux globuleux étaient toujours noirs, sans fonds. Le petit clown se lança dans un numéro d’équilibriste, se dandinant vers le gisant animé. Il y avait quelque chose de grotesque dans son déplacement, la manière dont son gros abdomen oscillait. Lentement mais sûrement, il s’approchait et une fois à faible distance, l’enfant vit les chélicères déployer d’énormes crochets. La morsure fut soudaine, violente, elle ne laissa aucune chance à la pauvre créature qui s’immobilisa en quelques secondes. C’est alors que l’enfant compris que le clown était en réalité un monstre, l’avatar d’une nature impitoyable, constamment en train de se battre et de tuer pour survivre. Quelques minutes plus tard, il ne resta plus qu’un cocon de soie du moustique qui fut momifié pour servir de réserve. Déjà, la mère de l’enfant l’appelait d’une voix mâtinée de reproche, il était temps pour lui d’aller à table et il n’avait pas entendu que le repas était prêt…
Les ruelles aux alentours du Neimo’s Inn semblaient lugubre le soir. J’étais resté toute la journée dans une planque qu’on m’avait donné, maintenant un silence radio et surtout n’ayant finalement aucune nouvelle de Nocturna. Je ne savais pas si par miracle elle avait été laissé vivante ou pas. Cela était secondaire, par fierté je n’admettais pas d’avoir fauté. Mon arme dans son holster sous ma veste, j’étais accompagné de deux agents qui m’avaient accompagné. Danlun et Zekk m’accompagnaient, armés eux aussi jusqu’aux dents. Chacun deux pistolasers qu’ils ne cachaient même pas. Ils seraient mes gardes-du-corps ce soir. Après qu’ils m’aient rejoint, j’avais appris qu’ils étaient en mission à la préfecture depuis peu, il était donc peu probable que Kalnietis les connaisse, et de toute façon, leur allure de militaires, surtout pour Danlun qui avait été une militaire au front, ne ferait que renforcer mon histoire. Une fois devant le Neimo’s Inn, les videurs écarquillèrent les yeux en voyant un pareil groupe s’approcher. L’un d’eux sembla même mettre la main à la ceinture pour sortir son propre calibre. Je levais les main en signe d’apaisement.
-Doucement cow-boy. On a rendez-vous à minuit ici. Tes patrons sont au courant. Ces deux viennent avec moi, ce n’est pas négociable, ils ne feront pas d’histoire.
Ce n’était pas si inhabituel que ça, avoir des gardes-du-corps ne faisait que renforcer ma crédibilité. La métamorphose s’était achevée, j’étais devenu l’araignée et maintenant, il restait à savoir si la guêpe qui s’était prise dans mes filets réussirait à me piquer avant que la morde. J’avais l’avantage de la surprise et c’était totalement serein que je retournais au Neimo’s Inn. Cette vermine ne perdrait rien pour attendre…Mon escouade de droïde de combat était toujours dans la fourgonnette, à quelques pas de là. Ils déclencheraient l’apocalypse dans le Neimo’s Inn au moindre problème mais ça, le Dug et ses amis le savaient sans doute…Je ne serais pas revenu sans avoir un minimum d’assurance. Je rentrais dans cette tanière fétide qu'avec une idée en tête : le Dug finirait attaché à une chaise et c'est moi qui le ferais parler... -
Post n°12
Auteur : Super PNJLes plantons devant le bar avaient été changés, et armés. Etait-ce une précaution d’usage ou bien une spécificité relative au retour d’Adriel ? Difficile à dire. Néanmoins, ils avaient eu des ordres clairs : laisser passer l’humain balafré. Kalnietis l’attendait de pied ferme, et il n’était pas question pour le Defel de retarder outre mesure cette confrontation qui s’avérait crucial tant pour lui que pour son ennemi supposé. Il aurait préféré faire ça plus tôt, et le rencontrer rapidement de lui-même, mais depuis l’attentat, les bas-fonds étaient tout simplement en ébullition, chacun cherchant à tirer la couverture à lui, qui revendiquant l’attentat, qui tentant de tirer les marrons du feu… Et lui ne faisait pas exception, réfléchissant à la meilleure manière d’en tirer parti. Non qu’il fut spécialement attristé ou enjoué de la situation : mais elle était là, et il faudrait faire avec.
Arnon fut escorté par deux des gardes, l’encadrant lui et ses sbires tout en gardant un œil acéré posé sur lui. Les deux humains n’étaient clairement pas des débutants, tatoués et bardés de cicatrices diverses et variées, portant des armes qui n’étaient clairement pas de mauvaise facture et des armures d’une certaine qualité. Sans tarder, ils lui ouvrirent le salon que le Dug avait cité plus tôt. Là, dans l’ombre, Kalnietis se tenait debout, ses hommes de main à ses côtés qui braquèrent immédiatement leurs armes sur le trio, sans pour autant presser les détentes. La voix du Defel, sardonique, froide, s’éleva.
-Bonsoir Adriel. Merci d’honorer ce rendez-vous. Afin que tout se passe bien, je vous propose de laisser vos armes et vos amis à l’extérieur. Je ferai de même et nous pourrons discuter sans crainte de nous sauter à la gorge. Et si vous hésitez, dites vous bien que je n’ai pas d’intérêt à une fusillade ici, pas plus que je n’en aurais eu à la retarder, engageant ainsi ma vie.
Il croisa les bras en se rasseyant. Si Arnon acceptait ses conditions, tout se passerait bien. Si il refusait, alors il n’y aurait simplement pas de discussion. Chacun dans la pièce pouvait sentir la tension sur ses épaules et sur son crâne, ces petits picotements dus à l’adrénaline dans la nuque, les cheveux qui se dressent légèrement, la chair de poule accompagnant la petite pellicule de sueur relative à l’apparition de cette hormone de survie dans chaque organisme. Chacun ici avait son expérience, plus ou moins étendue, et chacun savait que tout reposait sur les épaules de Kalnietis et Arnon. Les deux hommes se jaugeraient, se défieraient même peut-être, et du résultat de cette confrontation dépendrait leur vie.
Le Defel était loin de l’image de brute sanguinaire qu’avait dépeinte Nocturna. Là où la Miralian le décrivait comme une petite frappe, presque analphabète et ne jurant que par les muscles, il se montrait affable dans son attitude, presque conciliant. D’un geste de la main, il ordonna à ses hommes de main de simplement enlever leurs doigts des gâchettes. Supérieurs en nombre, en armement, sur leur terrain, ils avaient un avantage indéniable que leur chef, manifestement, ne voulait pas pousser outre mesure. Peut-être voulait-il réellement un dialogue. Mais il ne dit plus rien, jusqu’à ce que les portes se referment sur l’étrange duo d’antagonistes.
Nocturna avait été détachée de son crochet. Malheureusement, il n’y avait plus rien à faire pour la jolie mécanicienne, qui avait été purement et simplement torturée. Avait-elle dit quoi que ce soit ? Avait-elle révélé le nom de son ou ses employeurs ? Avait-elle, dans son dernier souffle, maudit cet Humain qui le menait certainement dans la tombe ? Rien de tout cela. Bien loin des holofilms dramatiques, sa mort n’avait été que pathétique. Elle n’était pas une combattante, et certainement pas capable de résister à de hauts niveaux de douleur, et bien vite, sa bouche s’était emplie de son propre sang, la condamnant finalement à un silence éternel. Dans son agonie, elle ne put rien dévoiler, ne pouvant qu’amèrement voir la vie s’échapper de son corps. Une mort à l’image de sa vie. Dans l’ombre et l’indifférence.
Kalnietis avait commandé une bière pour Arnon. La même que celle qu’il avait bue plus tôt, et une pour lui également. En attendant leurs consommations, il jaugeait tranquillement cet Humain qui apportait tant de nouvelles données dans le système local. C’était inattendu, et regrettable. Mais comme pour l’attentat, il faudrait composer avec lui.
-Allons droit au but. Votre temps est précieux, le mien aussi. Je vais jouer cartes sur table : je ne crois pas à votre histoire de trafic de came, pas plus qu’à l’assassinat d’une sous-préfète déjà bien occupée. Donc, si j’écoute ce que vous avez demandé à Astaria et Salkika, vous cherchez celui qui a commis l’attentat sur Dae’mid, j’ai bon ?
Il ne souriait pas. Mains croisés devant lui, dos penché vers l’avant, il avait son entière attention focalisée sur Arnon, ses réactions, ses expressions faciales, ses mouvements d’yeux, la moindre petite chose qui pourrait trahir l’une ou l’autre vérité, lui permettre de différencier le mensonge de la réalité.
-Personne ne cherche parce que personne ne veut savoir. Même les autorités locales ont lâché l’affaire. Donc soit t’es un indépendant, mais j’ai un doute, soit t’es de la strate au-dessus, et là, on a un souci. Je peux pas te laisser traîner comme ça.
Le tutoiement avait repris le dessus. Ce n’était pourtant pas une marque d’irrespect ou de moquerie. On avait basculé dans la confidence, l’important. Tout ce que Arnon avait pu faire, voir, réfléchir ou penser l’avait mené à cette confrontation, ce dialogue, dont tout dépendrait à présent.
-A moins qu’on coopère. Si tu me dis ce que tu trouves, ce que tu fais, ce que tu déduis, je te fous la paix. En échange, tu laisses tranquille mon business, et je te lâche ce que je sais. C’est honnête comme deal, non ?Atréïs -
Post n°13
Auteur : Arnon VeralTout le monde était armé jusqu’aux dents. Nous étions attendus, mais cela, je l’avais anticipé. Qu’attendre de la part d’un chef de mafia locale ? Si le Defel était aussi brutal et dangereux qu’on le disait, il devait être habitué à prendre des précautions où avoir rallié suffisamment de gens se chargeant de sa propre sécurité à sa cause. Nous n’étions pas en reste et fronçant légèrement les sourcils, un des membres de notre escorte nous emboîtait le pas. Nous pénétrâmes dans une salle à demi-obscure. Dans la quasi-pénombre, je vis la bête, en effet il s’agissait d’un Defel, un mâle, et de ses hommes de main qui nous braquèrent immédiatement. Instinctivement, mes deux acolytes avaient posé la main sur la crosse de leurs armes automatiques. Sentant une certaine tension s’installer, je levais la main en signe d’apaisement pour leur signifier que ce n’était pas nécessaire. Nous avions répété ce scénario, nous savions quelle place ils devaient occuper et la mienne.
Kalnietis s’exprima : une voix claire, monocorde, professionnelle. Il n’y avait aucune émotion et le message était concis. La première chose qui me frappa, c’était le décalage entre ce que le Defel renvoyait et l’image que Nocturna m’en avait donné. Il semblait beaucoup plus intelligent, beaucoup plus mesuré. Mais peut-être que tout cela n’était qu’une façade. Mon escorte me jeta un regard, comme pour savoir si j’allais accepter de parler avec le mafieux seul. Laissant quelques secondes de flottement, je hochais la tête une fois de plus. Déboutonnant le veston de mon costume, je dévoilais un holster en cuir dont je déboutonnais la lanière pour laisser mon arme à Danlun qui disparut avec son collègue, me laissant seul avec Kalnietis. Le Defel s’était assis et m’approchant tranquillement, je le jaugeais. Etrangement, je n’avais pas peur, me focalisant sur le claquement des semelles de mes mocassins de cuir sur le sol lisse du Neimo’s Inn. A cette heure, il y avait quelque chose de lugubre dans l’établissement. Nocturna n’avait pas pu être sauvée, c’était un avertissement et c’était également un message qu’envoyait le Defel et ses amis. Les portes se refermèrent dans un bruit feutré. Nous étions maintenant deux, nous jaugeant. Maintenant j’en étais sûr, Kalnietis n’était pas la brute sanguinaire qu’on disait, c’était une image, une étiquette. Bien sûr, il était évident qu’il me tuerait à la moindre incartade…Tout comme il était évident que je n’hésiterais pas à mon tour à lui faire la peau s’il me prenait pour un idiot. Les choses étaient dites et pourtant, il n’y avait pas eu de menace, pas de ricanement. Là où le Dug était un abruti de seconde zone, Kalnietis était bien le chef de file, il était le superprédateur, le maître de cet écosystème crépusculaire que constituaient les bas-fonds de Cato Neimoidia.
S’il y eut une seconde certitude qui fit rapidement sa place dans mon esprit lorsqu’il reprit la parole, c’était que le Defel était un fin psychologue. Il avait sans doute cerné le type de personne que j’étais mais également ce que je cherchais. Jusqu’où allaient ses connaissances du dossier ? Je ne pouvais pas répondre, en revanche, ce dont je pouvais me douter, c’était qu’il gardait probablement plusieurs informations sans me les dévoiler…Probablement pour me tester et savoir combien je dévoilerai mon jeu. Je compris également rapidement que mon intérêt ne serait pas à jouer au plus fin. C’était un tueur, un homme qui n’aurait aucun scrupule à éliminer ceux qui se mettraient en travers de sa route, mais pas un tueur psychopathe tel que l’avait décrit Nocturna.
-Votre sagacité vous honore. Vous avez raison, je ne suis pas là pour un quelconque trafic, je suis en effet là pour trouver celui qui a commis l’attentat contre Dae’Mid.
Ma voix résonnait dans la pièce. Elle-aussi était froide, objective, monocorde…Comptable. J’avais l’espace d’un instant abandonné mon masque de bonhommie, à quoi bon le conserver, Kalnietis savait sans doute déjà tout, son regard perçant semblait avoir décrypté mon âme. Je ne savais pas jusqu’où l’empathie de cette créature allait, mais elle semblait lire en moi comme dans un livre ouvert. Je détestais la vermine alien, c’était un fait, mais j’étais suffisamment honnête intellectuellement pour reconnaître les qualités d’un adversaire. De plus, j’appréciais sa courtoisie, au fond, il y avait en cette bestiole quelque chose de profondément malicieux. Ses petits yeux brillants semblaient me scruter en permanence, son visage canin amplifiait cette impression, l’araignée avait été levée par le limier. C’était deux prédateurs qui se jaugeaient et je ne pouvais pas cacher ma nature. Au fond, je ne pouvais réprimer une certaine félicité puisque je voyais en Kalnietis quelque chose de familier que je ne pouvais pas identifier. Alors qu’il déroulait, un rictus se positionna sur mon visage, je n’étais en effet pas un indépendant et j’acquiesçais lorsqu’il évoqua cette possibilité.
Peut-être attendait-il ma réponse. Mais que dire face à cela. Sur le fond, Kalnietis me plaisait, ce côté direct et sans fioriture l’honorait. Je le respectais et sans doute l’avait-il compris. Il proposa enfin son deal. Croisant les mains et portant ma bière à la bouche, je le fixais, droit dans les yeux, sourire aux lèvres.
-Tu es direct, j’aime ça. Tu as été honnête, je vais l’être aussi. Tu as raison, je viens de la strate au-dessus. Mes chefs m’ont donné une mission très précise, il y a un problème et moi je dois le résoudre. Ton business, tes affaires, je n’en ai rien à faire, c’est moindre mal. Toujours est-il que ce problème, il nous concerne tous, c’est cet attentat. Dae’Mid et les autres paniquent et si je ne trouve pas rapidement les coupables, d’autres viendront et ils liquideront tout le monde pour faire le ménage ici. Cela ne serait ni bon pour CSI, ni pour tes affaires.
Ma voix était assurée, mes paroles franches. Je prenais le contrepied, dissipant un secret de Polichinelle, mon affiliation plus ou moins trouble à la CSI. Je ne portais pas d’uniforme, je n’avais pas de plaque et je n’avais pas fait de vague non plus, Kalnietis avait sans doute compris que je n’étais pas un policier ou là de manière officielle. Il comprendrait que j’étais ici pour régler les choses dans le calme, tout le monde avait intérêt à ce que cette affaire se solutionne et que les choses reprennent leur cours. Si j’échouais, ils enverraient probablement des unités beaucoup plus agressives et beaucoup moins discrètes pour faire le travail : éliminer tout le monde. La CSI ne faisait pas dans la dentelle, je l’avais bien compris en la voyant fonctionner de l’intérieur. Derrière cette image de gros dinosaure administratif pataud se cachait des organes plus ou moins secrets qui avaient leur propre législation. J’étais le premier maillon d’un de ceux-ci.
-Si nous pouvons trouver un accord, tu as ma parole que je te laisserai tranquille. J’oublierai ton existence, elle n’apparaîtra pas dans mon rapport. Voire je soufflerai oralement que tu as été charmant et qu’on a intérêt à être sympathique avec toi. Pour l’heure, on a du pain sur la planche. J’ai déjà commencé mon enquête, ce que je sais, c’est que les droïdes ont été piratés. Ceux qui ont fait ça ont donc eu accès à la Préfecture et à la maintenance des droïdes. Mon idée était initialement de trouver des traces de piratage dans les carcasses des droïdes…Long, fastidieux et technique, c’est pour cela que j’avais fait appel à une experte. Mais elle n’est plus.
Second secret de Polichinelle évaporé, j’étais avec Nocturna. Cette dernière avait sans doute parlé avant de mourir. Toujours était-il qu’il valait mieux que je signifie que sa mort ne me dérangeait pas, c’était une perte acceptable. Cette vision pragmatique, Kalnietis l’accepterait sans doute, car nous étions partis tous les deux sur une discussion sans fioriture, la réalité ne serait pas travestie par les jeux de pouvoir ou les conventions sociales.
-J’ai une autre information à te donner, mais avant, j’aimerais que toi tu m’en dises un peu plus sur ce que tu as. Tu peux parler librement, tu as ma parole, sur mon honneur d’officier.
C’était un peu désuet mais ça avait tout son sens pour moi. Reprenant une gorgée de bière, je sortais mon étui en argent. Extrayant une cigarette que j’allumais tout en lui en proposant une. Plongeant mon regard à nouveau dans celui du Defel, et soudain, cela fut comme une révélation. Une illumination subite, je compris. J’avais compris pourquoi je me trouvais autant à mon aise face à la créature velue aux allures de croquemitaine. Après des années où j’avais anesthésié ma véritable nature, j’étais à nouveau dans un schéma que je connaissais. Derrière les yeux globuleux et sans fond de l’araignée, son âme sombre se plongeait et se reflétait dans le regard jaune du loup. Les masques étaient tombés et les monstres sortis de l’abîmes, Kalnietis était sans pitié, je le savais, il savait aussi également que je n’hésiterais pas à tuer froidement si j’y étais contraint. -
Post n°14
Auteur : Super PNJLes deux n’étaient pas fait du même bois. L’un nageait dedans depuis des années tandis que l’autre avait essayé de s’échapper et de s’agripper au rebord désespérément, mais il venait de se faire rattraper par la cheville et sombrerait si il ne se remettait pas rapidement au niveau. Chose qu’il avait l’air décidé à faire. Kalnietis hocha de la tête devant ses remarques, un léger sourire étirant ses lèvres canines. Il n’aurait pas hésité à tuer cet homme étrange, mais il sentait que son opportunité avec lui était énorme. Gigantesque, de celles que l’on ne croise qu’une fois ou deux dans sa vie. C’était un sentiment difficile à refouler et il ne cherchait pas à masquer sa satisfaction d’avoir posé les bases d’un accord. Peu importait qui était Adriel dans la hiérarchie séparatiste, finalement, ce qui comptait, c’est qu’il y était. C’était largement suffisant pour l’heure, car il ne pouvait être encore certain qu’il pouvait se fier à ce qu’il disait.
Il prit le temps de désaltérer d’une longue gorgée de bière, les paroles de son interlocuteur s’enregistrant au fur et à mesure dans sa mémoire. Comme il l’avait deviné, c’était un gros poisson qu’il avait ferré, et Adriel était l’appât alors qu’il se voulait chasseur. Personne d’autre qui lui n’avait l’air de vouloir faire sortir le monstre de sa tanière, à moins que… Il n’eut pas de grimace lorsqu’il évoqua les forces plus spéciales, mais il ne voulait pas avoir affaire à la CSI. Ses gars étaient bons, mais pas assez bons pour faire face à des légions de droïdes. La Confédération était capable d’envahir Cato Neimoidia sans même cligner des yeux…
En revanche, il grimaça quand il évoqua Nocturna. La gamine n’était pas du genre à faire des histoires et ne rechignait pas à bosser quand il en avait besoin, tant qu’il alignait des contrats propres et les crédits qui allaient avec.
-Comme tu l’as vu… Nous avions mis Noc’ sous surveillance. Pas pour son bien, ni pour lui faire du mal, juste pour savoir ce qui se passe. C’est comme ça qu’on a su que tu arrivais. Sauf que ça lui a pas porté chance, et elle s’est faite dessouder. On a utilisé l’image pour voir ta réaction, mais ça ne vient pas de nous. Et pour autant que je sache, elle avait pas d’ennemis alors je parie sur ceux que tu cherches.
C’était la première étape pour établir une confiance relative entre l’agent et lui. Peu importait ce qu’il raconterait plus tard, ce qu’il dirait à sa hiérarchie, ce qui comptait, c’était ce qu’il lui apporterait bien gentiment sur un plateau en échange d’informations.
-Je sais déjà que la version officielle est restée vague sur l’attentat. En revanche, je sais aussi que Dae’mid est pas le type le plus aimé du coin, mais pas au point de faire un coup aussi direct… et pourri, si tu me passes l’expression. Les droïdes piratés, c’est joli, ça fait beau, mais c’est prévisible si on a l’habitude. Et le Gossam, il a l’habitude, c’est un vieux routard, on lui fait pas. J’ai presque envie de dire que c’est un message, cet attentat. Sauf que je sais pas de qui. Pas de moi, ni des collègues, c’est sûr, on s’est tous accusés les uns les autres.
Nouvelle gorgée de bière. C’était le tournant de cette discussion.
-Et je crois pas non plus que ça vienne des cols blancs… Ou bien pas directement. Et comme tu le sais, les droïdes, ça se pirate pas comme ça… Alors si j’devais parier, j’me poserais des questions sur les autres. L’Imperium. La République. Ce serait bien leur genre d’essayer de fumer un politicard comme lui.Atréïs -
Post n°15
Auteur : Arnon VeralJe laissais parler mon interlocuteur, sirotant ma bière. Attentif à la moindre de ses mimiques, à la moindre de ses réactions, au moindre petit détail qui pourrait en somme trahir ses émotions. L’évocation des légions de droïdes meurtriers de la CSI ne lui arracha aucune émotion…C’était prévisible, le Defel nageait en eaux troubles depuis bien trop longtemps pour craindre une descente de droïdes. Il connaissait les ressorts de la CSI et même s’il craignait bien évidemment les sections d’élite, il savait que cela faisait partie des risques du métier. Kalnietis ne ménageait pas ses effets, il amenait petit à petit ses révélations. Si j’étais surpris qu’il ait mis Nocturna sous surveillance, je fus cependant encore plus interpelé par ce qu’il me dit sur la popularité de Dae’Mid. Je connaissais le vieux Gossam depuis plusieurs années et il avait toujours été un politicien classique, le genre de personnage qui ne pouvait pas vraiment être détesté. Ce n’était pas un extrémiste autoritaire comme l’étaient certains laquais de la CSI ou encore un réformiste qui, prétendant le progrès, cherchait à transformer sa planète en une exception locale pour rayonner, comme c’était le cas d’Osso. Aspirant une nouvelle fois sur ma cigarette, je laissais les informations infuser dans mon cerveau. Je m’imprégnais, au-delà de ce que représentait Kalnietis, de ce qu’il était, je cherchais à me mettre en empathie avec lui. Comprendre ses arguments, peser le pour et le contre, me mettre à sa place. Pourquoi le Defel tirait-il telle conclusion plutôt qu’une autre ?
Force était de constater que ce Defel n’était définitivement pas le dernier des idiots. A l’évocation de sa conclusion, il était évident qu’il avait peut-être d’autres informations auxquelles je n’avais pas accès. Quoiqu’il en soit, c’était cohérent avec ce que moi je pensais depuis le début. Je me contentais de hocher la tête, cette fois prenant une nouvelle gorgée de bière.
-C’est une théorie intéressante. Elle est proche de la mienne, mais ça tu le sais probablement déjà si tu as mis Nocturna sous surveillance. Ce n’est pas non plus la théorie qui me fait le plus plaisir car si c’est une puissance extérieure qui a tout orchestré, cela pourrait créer un incident diplomatique, voire un conflit ouvert. Il faut donc redoubler de vigilance.
Mais cela, c’était mon affaire. C’était à moi de prendre des gants et de faire en sorte qu’aucun scandale n’éclate. Si Dae’Mid avait sous-entendu qu’il fallait être discret, c’était précisément pour éviter de donner une image de faiblesse d’une CSI qui se voulait majestueuse. Il fallait cependant être honnête, un système dit « Séparatiste » ne pouvait pas gérer autant de mondes dans un espace aussi vaste que la galaxie tout en prenant compte des spécificités politiques et culturelles de chaque monde. Il avait donc fallu bâtir un pouvoir central et une administration forts, mais cela au dépend des pouvoirs locaux qui se trouvaient de plus en plus lésés. C’était le cas sur Raxus Secundus, notamment dans le cadre de la politique agricole, où des intérêts locaux étaient en conflit avec de nouvelles réglementations de la CSI qui gérait son territoire à l’échelle galactique. Cela avait eu pour conséquence au fil des années de rendre le pouvoir central de plus en plus autoritaire. Sans guerre officielle ni contre-pouvoir, le pouvoir central avait une certaine hégémonie et pouvait se permettre de faire glisser le système politique de la CSI dans une technocratie qui se cachait derrière sa lourde administration. Cela, beaucoup d’intellectuels le voyaient, pas que dans le système Raxien d’ailleurs. C’était un des défis majeurs auxquels la CSI devrait faire face dans les prochaines décennies, puisque les multiples peuplades et groupes qui occupaient les mondés Confédérés prenaient maintenant conscience qu’ils étaient gérés par des responsables qu’ils n’avaient pas élu. La farce était d’autant plus ridicule que les Préfets et Sous-Préfets en place étaient simplement devenus les agents de la propagande Confédérés, responsables de gérer l’acceptabilité des mesures envers la population. Ce qui était amusant, c’était que certains de ces hauts-fonctionnaires, notamment les plus jeunes, avaient pris conscience du problème et tentaient de s’implanter localement, ils se retrouvaient aussi parfois à défendre des intérêts locaux auprès de la CSI. Cela avait été mon espoir concernant Leiel Osso, lors de notre entretien, j’avais senti une certaine sensibilité aux causes locales et j’espérais qu’elle irait dans ce sens. Sans connaître précisément l’aspect politique du dossier sur Cato Neimoidia, je ne pouvais cependant pas conclure.
-Je vais te dire ce qui m’ennuie dans la situation actuelle. S’ils s’en sont pris à Nocturna, c’est qu’ils étaient au courant qu’elle avait des contacts avec la Préfecture, mais également qu’ils l’avaient contacté pour entrer en contact avec moi. Ils sont donc forcément au courant de mon enquête. Il n’y a pas trente-six mille solutions, ça veut dire qu’il y a des gens infiltrés à la Préfecture et que ces derniers sont suffisamment élevés dans la hiérarchie pour avoir accès à toutes les informations en temps réel. Cela veut dire que toi non plus tu n’es pas en sécurité.
Et moi non plus que je ne l’étais pas. Le corolaire de mon raisonnement était le suivant : ces gens savaient peut-être même que j’étais au Neimo’s Inn et pouvaient même à tout moment me dénoncer. Je parlais et pourtant le Defel restait derrière son masque d’impassibilité. Les règles étaient claires, je devais parler à mon tour. C’était l’arrangement tacite. Avaient-ils accès aux bandes son de l’enregistrement, sans doute pas, sinon ils auraient directement su tout le contenu de mes discussions avec Nocturna. Il allait donc falloir que je lui donne mon hypothèse à moi. Sortant mon datapad de la poche intérieure de ma veste, je l’allumais pour finalement le faire glisser sur la table vers le Defel.
-Tu m’as donné tes hypothèses, voici les miennes. Ana Cynn, tu la connais. Eh bien figure-toi qu’elle travaille pour la Préfecture à ses heures perdues, c’est elle qui fait la maintenance des droïdes de combat, elle connaît donc suffisamment les algorithmes pour les modifier. Cynn a fait la Forge Stellaire, c’est une ancienne militaire qui n’a pas rempilé à cause de stress post-traumatiques…Ce que dit son dossier tout du moins. Voilà donc quelqu’un qui pourrait avoir toutes les raisons du monde de tomber dans la politique. Pour être honnête, je ne pense pas qu’elle soit le cerveau des opérations mais c’est peut-être un bon point d’entrée…
Nouveau silence, je laissais le Defel prendre connaissance du dossier que je lui avais montré sur mon datapad. Il montrait Cynn, ses boucles blondes, plus jeune. Elle n’était pas encore ravagée par le mode de vie qu’elle adopterait ensuite et par les souffrances liées à sa blessure. Mon hypothèse était cohérente, je savais qu’elle n’était tout du moins pas délirante mais peut-être que Kalnietis avait plus d’informations à me donner. Je savais qu’il avait un profil plutôt analytique et qu’il était sans doute déjà en train de se poser des questions sur ce que je lui montrais. Etait-il au courant ? Avait-il d’autres informations ? Je rajoutais pour conclure :
-Maintenant, il serait le bon moment pour que tu me dises tout ce que tu sais. Je pense que tu en sais plus que tu veux bien le dire, tu protèges tes intérêts, et c’est normal, mais encore une fois tu peux bien voir que je ne les menace pas. J’aimerais aussi que tu m’expliques pourquoi Dae’Mid est impopulaire ici. A-t-il pris des mesures qui ne sont pas passées ? Cela ne ressemble pas du tout à l’image que j’avais du bonhomme.
Je laissais ma phrase en suspens, ne voulait pas en dévoiler trop sur le fait que je connaissais bien Dae’Mid personnellement des anciennes délégations agricoles sur Raxus Secundus. -
Post n°16
Auteur : Super PNJLe Defel regardait Arnon directement dans les yeux, comme le prédateur qu’il était, emmagasinant les informations au fur et à mesure. Il restait silencieux pendant toute la réflexion à voix haute d’Arnon sans pour autant rester totalement de marbre dans ses émotions, quand bien même il avait du mal à sentir de l’empathie pour toutes ces conséquences évoquées de ci de là. La situation troublée sur Cato Neimoidia l’arrangeait bien dans le fond.
-Alors, déjà, j’ai pas dit que Dae’mid était impopulaire. Juste que c’était pas le plus apprécié. Quand il est arrivé, il a remplacé un ancien qui était à la botte de tout le monde et qui représentait la CSI sans pour autant faire de vagues. Je sais pas comment il a pu passer de Raxus à Cato aussi facilement, mais ça s’est fait, et depuis qu’il est là, les choses changent, bougent, parfois pour le mieux, parfois pour le pire, à chacun son avis.
Il prit une nouvelle gorgée de bière, finissant son verre tranquillement avant de reprendre.
-Nocturna était sous surveillance depuis qu’on a compris que les attentats étaient faits via des droïdes piratés. Parce que comme tu le dis si bien, c’était une des rares au courant de comment faire… Mais ça implique quelques unités, pas plus. Quant aux autres, ils sont aussi sous surveillance, mais tu t’en doutes. Cynn en fait partie, même si c’est plus que l’ombre de ce qu’elle était.
Pour la première fois, on entendait une once de regrets dans la voix de Kalnietis, mais difficile de savoir si c’était pour la personne, la compétence ou tout autre chose. Mais il ne se cachait pas d’un sentiment ambivalent à son égard, c’était une certitude, il était simplement complexe de deviner ce qu’il en était.
-Ca fait des années que je suis pas en sécurité et que la Préfecture, ou des individus, sont régulièrement sur mes talons pour se mettre je ne sais qui dans la poche. Il suffit de reprendre les compte rendus des différentes commissions pour s’en rendre compte, j’imagine que je dois revenir de temps en temps, et pas dans les meilleurs termes. C’est plutôt pour toi que tu devrais t’inquiéter. Hormis le Préfet, ça peut venir soit de la couche secondaire, ses conseillers, quoi, soit d’au dessus. Et si c’est ça, bon courage.
Il passa les yeux sur le datapad, recoupant les informations avec ce qu’il avait déjà.
-Ok. Je vais te donner mon sentiment. Ca veut pas dire que c’est juste, mais ça fait un moment que j’y réfléchis. J’exclus la CSI parce que c’est sûrement les huiles qui ont foutu Dae’mid ici pour une bonne raison. Ca passe pas auprès de la pègre qui était bien tranquille sous l’ancien, mais pas au point de tout faire péter. Reste donc ceux qui aspiraient au poste, y’en a, ou une puissance extérieure. Dans tous les cas, ça passe par un complot à plusieurs niveaux et je te parie une bière qu’on a vu que la face cachée de l’iceberg.
Il prit à nouveau un moment pour réfléchir, repoussant le datapad vers Arnon.
-Je peux te laisser voir Cynn, mais oublie le côté génie de l’informatique. Tu t’en rendras compte par toi-même. Faire la maintenance c’est une chose, les trafiquer, c’en est une autre. Je pense que tu perds ton temps avec elle, mais le temps de trouver autre chose à te donner à bouffer, tu peux toujours la voir.
Il finit par secouer lentement la tête.
-Je cache rien d’utile, en tout cas, rien que je voie à cet instant. Je joue cartes sur table et j’espère que toi aussi, sinon, je le saurais. Si je pense à quelque chose, je te le dirai. Mais pour le moment, je t’arrange le rendez-vous avec Ana. Deal ?Atréïs -
Post n°17
Auteur : Arnon VeralJ’écoutais avec attention le Defel qui semblait s’être détendu. La créature semblait s’épancher à des émotions, quoi que contrôlées. Il était difficile de savoir à quoi elle pensait au fond d’elle-même. Kalnietis avait-il des sentiments pour Nocturna ? De l’affection ? Je n’avais pas digéré sa mort. Mes sentiments étaient mitigés entre le regret de l’avoir laissé seule et la colère d’avoir été battu par cet ennemi invisible. Cela n’était finalement qu’une partie d’échecs, mon adversaire avançait ses pièces et j’avançais les miennes. Tout ça n’était qu’un jeu de dupe gigantesque, l’objectif de mon adversaire était de ne pas se faire voir. Comme toujours, son objectif était la dissimulation et j’avais eu pendant longtemps à faire face à cela.
7 ans et demi auparavant, Garqi
Rec et moi avions rejoint en urgence la planète, le commandement s’affolait. Des mouvements de résistance étaient en cours de constitution et les responsables locaux, encore en place, tentaient de ménager la chèvre et le choux. Ils voulaient négocier avec les autorités Impérialo-Sith tout en s’attirant les faveurs des opposants. De pseudo-intellectuels avaient commencé à écrire des tribunes, fustigeant l’autoritarisme Impérial, ils avaient démontré que l’Empire Sith ne pouvait pas gagner la guerre et que l’armée Impériale prenait l’eau de toute part. Nous étions dans le véhicule qui nous menait à la rencontre d’un de ces responsables locaux, Rec avait mandé une audience, nous devions évaluer les idées politiques locales et l’état d’esprit des différentes couches de la société. Assis nonchalamment sur la banquette, Rec lisait un de ces pamphlets qui avait valu à l’intellectuel en question de finir en prison. Il siffla d’exclamation.
-Eh bah dis donc mon salaud ! C’est pas très gentil pour notre armée ça. Ecoute ça : «L’invasion de plusieurs mondes périphériques par les armées des Siths constitue le chant du cygne d’un système à l’agonie. En effet, les dérives autoritaires Impériales ne s’exercent aujourd’hui plus que dans des mondes périphériques et vides, ainsi le pouvoir central maintient les apparences. Les responsables Impérialo-Siths sont en réalité en train de boire le calice jusqu’à la lie, s’entêtant dans une idéologie mortifère et payant au prix fort d’avoir ouvert plusieurs fronts contre des ennemis maintenant plus forts qu’eux ».
Rec ricana, continuant à lire en silence. Je lui jetais un regard grave. Ce type de contenus, mi-pamphlets, mi-manifestes fleurissaient partout. Le BSI avait beaucoup à faire avec tout ça. Cela ne me faisait pas rire et si j’aurais aimé être aussi positif que mon compère, j’étais forcé de reconnaître qu’il y avait un fond de vérité dans leurs affirmation, nos armées reculaient partout. Chassant cette idée de mon esprit, je me tournais vers Rec.
-Tu devrais arrêter de lire ces conneries. L’auteur est en cabane, c’est bien fait pour lui. Il paiera au prix fort son défaitisme et il ne pourra s’en prendre qu’à lui.
Rec sembla surpris de me voir aussi sec dans mes propos. Loin de s’émouvoir, il se mit à rire à gorge déployée, si bien que le chauffeur regarda du coin de l’œil par le rétroviseur du véhicule pour s’assurer que tout allait bien. Rec me posa amicalement sa main sur l’épaule.
-Eh bien, Ludwig, je ne savais pas que tu étais devenu un idéologue…
-Ravale tes sarcasmes. Nous avons une mission à accomplir, ne nous dispersons pas.
Ce à quoi Rec répondit avec un nouveau ricanement, mimant un salut militaire grotesque. J’étais nerveux depuis notre arrivée sur la planète et Rec l’avait senti. Nous avions rejoint le commandement local, après des heures de conduite dans un océan végétal. Le Colonel en place, un vieil homme dépassé, nous avait dit que notre mission était d’aller rencontrer des nobles locaux qui avaient des affinités dans la population. J’avais immédiatement demandé en quoi cela concernait le Département des Affaires Economiques et Industrielles auquel j’appartenais, et on m’avait répondu qu’ils étaient suspectés de cacher des opposants au régime dont je devrais disposer. Le vieux Colonel avait bien évidemment refusé d’émettre un ordre écrit…En sous-texte, il fallait comprendre qu’il ne voulait pas être lié à nos activités. J’avais donc demandé à Rec ce qu’il fallait faire, mais ce dernier appartenait au Département de Surveillance, donc je n’étais plus réellement sous son autorité, il n’était là que pour les interroger. Le système Impérialo-Sith se délitait et chaque composante était un peu plus indépendante chaque jour qui passait. J’avais donc contacté ma hiérarchie au Ministère des Affaires Economique qui m’avait répondu de manière laconique que j’avais carte blanche pour « accomplir ma mission ». Ne dépendant pas non plus de l’armée, j’étais donc sommé de travailler tout seul. La vérité, c'était que personne ne savait trop quoi faire. Nous nous étions donc mis en marche avec le Sergent Radek, mon ordonnance, le colosse, celui qui « attendrissait la viande » lorsque c’était nécessaire. Radek mesurait plus de deux mètres et sa seule présence suffisait à mettre tout le monde d’accord, amis comme ennemis, il était un taiseux qu’on m’avait mis dans les pattes et qui pourtant ne savait pas écrire correctement, il m’était donc d’une utilité très limité en tant qu’ordonnance. Pourtant, j’avais appris -grâce aux conseils de Rec- à lui trouver une autre utilité comme garde-du-corps et chauffeur. Le géant conduisait le landspeeder avec adresse et nous vîmes apparaître une maison de maître, ce qu’on appelait exagérément « le château » était en fait une maison bourgeoise.
A peine arrivés, des domestiques en houppelande ouvrirent les lourds battants de la cour où plusieurs speeders de luxe étaient garés. Alors que nous garions notre landspeeder orné de l’Emblème Impérial, un des domestiques vint à nous pour savoir qui nous étions. Radek descendit du véhicule sans dire mot, son fusil blaster en bandoulière, il sortit de la poche de son uniforme une carte du BSI qui suffit à arracher une grimace au domestique qui nous répondit qu’il allait nous annoncer au « Baron et à sa femme la Comtesse ». Nous patientâmes une dizaine de minutes avant qu’il ne revienne et nous invita à la suivre, jetant un regard empreint de dégoût à Radek à qui il demanda de rester dehors. Je confirmais à l’ordonnance cette instruction alors que l'homme hésitait de s’exécuter.
Entrés dans le « château », nous fûmes frappés par la décoration luxueuse. Tableaux de maîtres locaux, antiquités luxueuses en tout genre, tapisseries représentant des scènes de chasse à courre ou d’amour galant. Rec continuait ses pitreries, observant ces signes de richesse colorés qui tranchaient avec nos uniformes gris clair. Rec se tourna vers moi.
-Eh ben, c’est pas avec ta petite solde que tu pourras te payer une baraque pareille.
Il m’adressa un clin d’œil espiègle auquel je répondis par un sourire pincé. Au fond, cette mission avait mal commencé, je l’avais ressenti. Comme une sorte de tension dans ma nuque, quelque chose d’assez désagréable. Je n’avais jamais été un mystique mais pourtant, je ressentais que tout ça allait mal finir. La comparaison de ce luxe fat et grossier me dérangeait. Il y avait comme une sorte de…Mépris de classe. Moi-même qui avais toujours été ramené à mes origines modestes, je vivais mal de me retrouver en pareil lieux. Même les domestiques semblaient se moquer de nous, allant de petites mimiques entre eux qui semblaient être entre la crainte de l’Empire et la moquerie de voir des gens modestes entrer en leur univers. Nous arrivâmes dans un salon richement décoré, les moulures et la vaisselle de porcelaine côtoyaient dorures et sculptures luxueuses. Le baron était assis devant une table en bois massif qui devait peser trois fois son poids. Un homme sec au visage encore jeune mais parsemé de rides assorties à ses cheveux grisonnant. Il portait une tunique très moderne de négociant qui devait avoir été taillée sur mesure. Madame était plus jeune, rousse, avec les yeux bleus et quelques tâches de rousseurs qui, assorties à sa peau couleur porcelaine et à ses yeux émeraude, rajoutait un caractère juvénile. Sa beauté était éclatante et Rec m’asséna un coup de coude qui se voulait discret tout en mimant sur ses lèvres « c’est moi qui l’ai vue en premier » et assortissant sa phrase d’un sourire lubrique. Rec redevint immédiatement sérieux et fit claquer les talons de ses bottes après avoir été annoncé.
-Commandant du BSI Rec Ornaz, Département de Surveillance. Voici mon collègue, le Capitaine du BSI Ludwig Noas, Département des Affaires Economiques et Industrielles. Nous vous remercions de nous avoir accordé cette audience, Monsieur le Baron et Madame la Comtesse, nous tâcherons d’être rapides afin de ne pas trop vous importuner.
De mon côté, je n’avais pas bougé, là où Rec avait ôté sa casquette, en signe de respect, la mienne était restée vissée sur mon crâne. Un pas en retrait, j’observais le baron qui dévisageait Rec avec un certain mépris. Il y avait un fossé entre nous et ces gens et ils tentaient de nous le faire comprendre. Ils étaient en effet restés hermétiques à la vue de nos uniformes, sans doute ne craignant pas l’Empire…Non pas qu’ils avaient des contacts chez nous, mais sans doute car pour eux, nous n’étions que des larbins. Nous apprendrions en effet plus tard que mes soupçons étaient fondés puisqu’ils avaient demandé à rencontrer des responsables Galactiques. Leur petit manège avec les locaux visait à prendre des contacts et nous, nous n’étions que des vermisseaux, sans doute étaient-ils déçus.
-Je m’excuse…Commandant, mais comme vous l’a sans doute dit Maurice, nous sommes très occupés. Nous devons partir pour la capitale, j’y suis attendu pour affaires. Je dois discuter avec le ministre. Je n’aurai malheureusement qu’une dizaine de minutes à vous accorder. Il se tourna vers moi, avec le même mépris. Je vous demande pardon mais je ne suis pas sûr de bien comprendre, que fait le Département économique du BSI ici ?
Par « ministre », comprendre un responsable local qui tentait de cirer les bottes de l’Empire Sith pour continuer d’exister depuis que son monde avait embrassé le nouvel ordre. Il y avait une telle distance, un tel mépris dans sa voix qu’une colère sourde monta en moi. Je sentais bouillir au fond de moi. Cette fois c’en était trop…Pourtant ce couple ne m’avait rien fait. La Comtesse sembla saisir la situation, je la vis plisser les yeux alors que Rec était toujours souriant.
-Le ministre attendra et vous, vous ferez un effort. Cet entretien durera autant que nécessaire. Les affaires Impériales priment sur les affaires locales.
Le ton était sec, cassant. Rec se tourna vers moi, une ambiance glaciale venait de s’emparer de la scène. Mon ami ne m’avait pas souvent vu ainsi depuis le début de ma carrière au BSI, pourtant j’étais devenu de plus en plus dur, de plus en plus absolu alors que l’Empire Sith perdait du terrain. Le baron me fixa, je soutenais son regard, sans doute comprit-il que je disais la vérité. Le ton était donné, j’avais décidé de ne pas répondre à sa question, précisément pour lui montrer que c’était nous qui donnions le rythme. Rec se racla la gorge, reprenant un sourire de circonstance, il dit qu’il était ici pour tenter de nouer un contact avec la population et qu’il cherchait à discuter avec des responsables locaux afin de renforcer les liens avec le pouvoir Impérial. Rec savait y faire, à peine ouvrait-il la bouche que sa langue sucrée proférait des paroles de miel. Dans son discours, on sentait quelque chose d’amical, si bien que même le baron sembla se détendre. La Comtesse l’observait du coin de l’œil et ce fut elle qui reprit la parole.
-Les locaux souffrent de plus en plus de la conscription forcée et des restrictions imposées par l’Empire. Là est votre problème. Vous ne réussirez pas à les convaincre sans un minimum de consensus. Si la planète est relativement bien tenue, la région n’a eu que des gouverneurs militaires qui ont réprimé la moindre contestation par la force. Tel est le problème.
-Eh bien sachez, Madame, que c’est pour cela que nous sommes ici. Nous savons que vous avez l’oreille du peuple et que vous êtes tous les deux respectés. Nous sommes décidés à devenir vos interlocuteurs pour faire remonter tout ça. Si nous réussissons à trouver un terrain d’entente et que je peux convaincre ma hiérarchie de votre coopération, les choses changeront.
Cette fois, les deux nobles semblaient intéressés. La voix de Rec était enjôleuse, il savait câliner ses interlocuteurs. Il y avait cette forme de charisme, ce truc qu’il savait faire et qui le rendait débonnaire et sympathique. Il était à la fois le bon copain pour se détendre et le grand frère responsable qui rassure…Le tout non dénué d’une certaine espièglerie. Pourtant, nul n’était dupe, en dépit des apparences, nous étions bien ici pour mater une révolution dans l’œuf et également pour réquisitionner des travailleurs. C’était bien là la réalité et j’étais bien placé pour l’avoir côtoyé quotidiennement pendant des années que Rec était un officier convaincu du BSI. Par-delà les apparences, les intérêts Impériaux étaient sa priorité. S’ensuit une discussion dont je ne relaterai pas toute l’étendue car elle oscillait entre mondanités et propos politique. Lentement, Rec s’était approché de la table, jusqu’à s’asseoir pour faire face au Baron et à la Comtesse qui s’étaient appuyés sur la table pour l’écouter, mais moi, je restais en retrait. Ils expliquèrent qu’il y avait en effet un mouvement de contestation dans la région et que le Baron avait plusieurs fois communiqué avec les responsables pour tenter de calmer les choses et les dissuader de faire autre chose que de distribuer des tracts. Bien évidemment, les deux nobles réfutaient toute implication dans des activités anti-Impériales. Ils évitaient soigneusement les conversations à charge, tentaient d’éluder les questions, un petit jeu du chat et de la souris mesquin qui me fit comprendre que nous n’en tirerons rien. La Comtesse, ayant sans doute compris qu’elle avait plu à Rec, lui faisait les yeux doux devant son mari, parlant d’une voix langoureuse et riant à ses plaisanteries. C’était…A gerber.
Cette discussion m’ennuyait, j’en voyais les contours et les limites. Aussi, lorsque le Baron redemanda ce que faisait le Département Economique ici, je ne pus réprimer une nouvelle vague de colère. Les deux nobles m’irritaient, c’était irrationnel, sans doute à cause de la fatuité de ce luxe en temps de guerre…Mais également pour des raisons plus personnelles. Toute ma jeunesse, j’avais connu la misère et mes parents avaient été les esclaves d’un système qu’ils subissaient. Voir ces nobles sans conviction aller au gré du vent m’ennuyait au plus haut point. Ils n’avaient accepté de nous recevoir que parce qu’ils pensaient avoir des interlocuteurs de pouvoirs. Sauvant les apparences avec des froncements de sourcils, ils avaient finalement accepté de discuter avec nous car j’avais haussé le ton. Pourtant, Rec ne se démonta pas et après avoir parlementé de plus belle, il réussit à avoir un nom, un certain Gabin Olio, qui aurait pu avoir des connections avec le groupe dissident. Ce Monsieur Olio pourrait être convaincu pour parler avec nous et cette fois, Rec afficha un sourire de victoire. Je n’étais pas convaincu, quel était le sens de toute cette mascarade ? Nous étions ici pour prélever des travailleurs et des soldats et la Comtesse gagnait du temps, elle nous ferait passer par toutes les routes sinueuses qui nous en feraient perdre.
Je devais l’avouer, Rec m’aurait été très utile dans une pareille mission. Lui savait immédiatement prendre son interlocuteur. Je savais en général bien analyser les situations, mais je n’étais pas à son niveau pour les conversations et établir la confiance. Pourtant, Kalnietis se montra très coopératif, ce qui m’empêchait d’être pessimiste à l’égard de cet entretien.
-C’est la tendance générale au sein de la CSI, je crois que ce n’est pas simplement dû à Dae’Mid. Il y a une sorte de volonté du pouvoir central de resserrer les rangs et de reprendre le contrôle sur les administrations locales. Dae’Mid ou un autre, ça serait sans doute pareil…Enfin, c’est hors de notre sujet, je ferme la parenthèse.
C’était mon sentiment profond. Je ne trichais pas avec lui, il était possible d’ailleurs que ces changements de politique perturbent les arrangements locaux, notamment avec la pègre. La paix sociale reposait sur un équilibre fragile et il était difficile d’imaginer que ceux qui gouvernaient la CSI n’étaient pas au courant de cela, peut-être était-ce d’ailleurs une volonté que cette perturbation. Je ne le saurais jamais et je devrais m’en accommoder. Je marquais une pause, avant de reprendre :
-Ton raisonnement se tient. Je pense qu’il mérite d’être considéré très sérieusement.
Alors que Kalnietis terminait l’entretien en me proposant de rencontrer Ana Cynn mais en me mettant en garde, je hochais la tête. Décidément, ce Defel me plaisait et en dépit de son apparence bestiale, c’était typiquement le genre de personnalités qui était compatible avec la mienne. Pragmatique et direct, j’appréciais cela. En guise de réponse, je lui tendis la main pour la lui serrer.
-Je n’ai qu’une parole et je ne reviendrai pas dessus. Nous avons un accord et je serai ravi d’entendre Ana Cynn. Elle et moi, nous étions tous deux à la Forge Stellaire, nous avons des souvenirs en commun. Je te tiendrai au courant de tout ce que je sais, à titre officieux bien sûr. Naturellement, auprès de tes amis et partenaires, tu ne m’as jamais vu.
J’agrémentais ma phrase d’un clin d’œil. Je n’avais toujours pas lâché sa main, je continuais.
- …Et si par hasard tu as des informations, tu me les donneras afin que je puisse attraper ceux qui ont fait cela vivants. Je ne crois pas que les interrogatoires classiques suffiront avec eux. Je ne suis pas un agent « classique » de la CSI…Tu t’en rendras vite compte.
J’accompagnais ma phrase d’un sourire carnassier en lui lâchant la main. Les règles étaient énoncées et Kalnietis aurait vite compris mes intentions. Autant être clair, j’avais bien l’intention d’interroger à ma façon ceux qui avaient fait ça. Le Defel aurait d’ailleurs vu mes yeux s’allumer d’une malice alors que je dévoilais mon plan, une sorte de feu qui indiquait que j’étais prêt à tout pour accomplir ma mission.