Un naufrage
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Post n°1
Auteur : Bertrolen Gil'ead[hrp] En préambule je souhaiterais présenter mes excuses au staff et aux autres joueurs que j'ai à plusieurs reprises laissés en plan. C'était irrespectueux et concernant mon dernier passage éclair c'était de surcroit immature. Je n'aurais jamais dû revenir à ce moment là de ma vie IRL, je savais que je n'aurais pas le temps de m'investir mais pourtant je l'ai tenté.
J'ai parcouru vite fait le forum et suis tombé sur une discussion à propos des biens de mon personnage et en particulier le croiseur.
Je propose de m'en débarrasser corps et bien et proprement.
Quant à l'avenir de mon personnage, il sera entre vos mains [/hrp]
Le temps est une notion relative.
Non, il n'est pas question ici de sa relativité matérielle, déformée par la vitesse ou la masse, bien connue des physiciens.
Non, il est question de sa relativité perceptive.
Dans l'immensité du néant et en l'absence de stimulus, le temps s'étire et s'étiole sans fin, tourbillonnant dans une spirale à rendre fou.
Combien de temps s'est-il passé depuis la tentative de réparation du Venator ?
Combien de temps depuis la mise en route désastreuse du système d'hyperpropulsion ?
Un coup d’œil rapide aux écrans encore fonctionnels ne fut d'aucune utilité. Cela fait bien longtemps que les informations sont erronées, noyées derrière les fluctuations d'énergie et les interférences statiques. Les chiffres dansent, incohérents, grotesques caricatures d’un ordre désormais disparu.
Bertrolen ferme les yeux à nouveau. Il repense au désastre.
Lors de l'activation du générateur hyperdrive, un défaut dans les réparations avait cédé et enclenché une réaction en chaîne.
La passerelle fut soufflée, les baies moteurs vaporisées, et une bonne partie de la moitié arrière du bâtiment subit un sort similaire. Une tempête de feu et de métal tordu.
Le Jedi ne dut sa survie qu'à sa présence dans les hangars au nez de l'appareil.
L’équipage, déjà bien réduit, fut presque intégralement anéanti.
Le vaisseau fut alors projeté hors de l'hyperespace et commença à dériver, inerte, les cellules d'énergie alimentant exclusivement les systèmes de survie. Le poste de commandement du hangar était inaccessible et aucun terminal ne permettait la mise en œuvre d'une éventuelle balise de détresse.
Bertrolen était isolé dans sa section du vaisseau.
S'il restait des membres d'équipage, ils allaient devoir se débrouiller seuls.
Et seuls, ils le furent.
Pendant longtemps.
Aujourd'hui, Bertrolen sait qu'il ne reste que lui. Les faibles lueurs dans la Force de son équipage se sont lentement éteintes, les unes après les autres, inexorablement. Des braises soufflées par un vent qu’il ne pouvait arrêter. Il les avait senties faiblir. Il les avait accompagnées, en silence.
Se rappelant les techniques de survie lues dans les archives Jedi, il s'était plongé dans une méditation profonde. Ralentir le corps. Ralentir les besoins. Se fondre dans la Force. Ne faire qu’un avec le souffle cosmique, plutôt que de lutter contre lui.
Et les jours se sont étirés…
Et les années se sont dilatées…
Jusqu’à aujourd’hui.
Bertrolen sort de son état méditatif. Quelque chose a changé.
Un vaisseau sans ses moteurs, sans toute cette vie mécanique pilotée par toute cette vie biologique, est très silencieux. On perçoit le moindre impact de micrométéorite, le moindre grincement dans les poutres, la moindre lamentation des nuisibles peuplant les coursives de service et mourant de faim.
Mais ceci était différent.
Comme un souffle.
Comme un vent.
Comme… une atmosphère.
Revigoré, Bertrolen eut tous ses sens en alerte. Impossible de se tromper.
Il tombait.
L’épave en dérive avait fini par atteindre un astre et menaçait à présent de s’y écraser. Le Jedi ne pouvait rien y faire. Tout au plus se préparer à l'impact du mieux possible.
La gravité tira sur la carcasse mutilée. Des plaques d’armure se détachèrent dans une pluie de débris incandescent. Les coursives hurlèrent sous la contrainte et des incendies sporadiques s’allumèrent puis s’éteignirent faute d’oxygène.
Bertrolen se redressa lentement au centre du hangar ravagé. Autour de lui, des chasseurs à moitié désossés étaient arrimés à jamais dans leurs berceaux mécaniques. Il posa une main sur le métal froid, comme on rassure une monture blessée.
Il inspira et la Force l’enveloppa.
Au moment où la coque commença à rougeoyer, il s’arrima à une poutre encore solidaire du châssis principal. Il n’opposa pas de résistance inutile mais il guida plutôt son corps, absorbant l’énergie cinétique et déviant les tensions les plus meurtrières. Il laissa la Force circuler à travers lui comme un conducteur à travers un fil.
Puis vint l’impact.
Le monde se fragmenta en lumière et en bruit. Un choc titanesque. Un craquement d’os. Et le goût du sang.
Puis l’obscurité.
Bertrolen émergea dans un silence lourd et étouffé.
Pas le silence spatial, froid et absolu.
Un silence organique et Humide.
L’air était dense. Chargé. Vivant.
Il ouvrit les yeux. La pénombre verdâtre filtrait à travers une déchirure béante dans la coque du Venator. Des lianes pendaient déjà le long des parois tordues. La végétation, agressive, semblait avoir commencé à revendiquer son trophée tombé du ciel.
Le hangar n’était plus qu’un cratère fumant, semi-enfoui dans une jungle luxuriante. Des arbres gigantesques aux troncs épais encerclaient l’épave, leurs cimes si hautes qu’elles masquaient presque le ciel. Des cris lointains, résonnaient entre les feuillages.
Il le sentait dans la Force : une vie foisonnante, chaotique, intense.
Des prédateurs. Des proies. Des essences primitives.
Mais pas de signature technologique immédiate.
Avec lenteur, Bertrolen se redressa parmi les débris. Sa tunique était carbonisée par endroits, son sabre toujours attaché à sa ceinture. Miracle ou volonté.
Chaque pas vers la brèche fut une protestation de son corps meurtri, mais la Force l’aidait à tenir.
Arrivé au bord de la coque déchirée, il s’arrêta.
Devant lui s’étendait un océan vert, bruissant de vie, baigné par la lumière d’un soleil lointain filtrant à travers la canopée.
Il inspira profondément.
Après des années dans le vide, l’air avait un goût.
Sans un regard en arrière pour le croiseur de classe Venator devenu tombeau,
Bertrolen fit son premier pas hors de l’épave.
Et, pour la première fois depuis longtemps, il n’était plus seul dans le silence.
La jungle l’observait. -
La chaleur l’enveloppa lorsqu’il posa le pied sur la terre meuble.
Après des années passées dans l’air recyclé d’un croiseur agonisant, cette atmosphère saturée d’humidité semblait presque liquide. Elle collait à la peau, s’insinuait dans les vêtements brûlés, alourdissait chaque respiration. Pourtant, elle était vivante. Intensément vivante.Bertrolen demeura immobile quelques instants au seuil de la coque déchirée. Devant lui, la jungle s’étendait comme une mer figée dans un éternel mouvement. Les feuillages vibraient, frémissaient, s’agitaient sans cesse sous l’action d’insectes invisibles et de créatures dissimulées. Les sons formaient une trame continue, complexe, presque hypnotique. Ce monde n’était ni hostile ni accueillant. Il était simplement ce qu’il était, indifférent à sa présence.
Il abaissa son regard vers le sol. L’épave avait creusé un large cratère, écrasant arbres et racines dans une spirale de destruction. Au-delà, la végétation reprenait déjà ses droits. Certaines lianes commençaient à se fixer aux plaques métalliques encore tièdes. La nature recyclait tout.
Il n’avait aucun intérêt à s’enfoncer inutilement dans la densité de la jungle. Ce dont il avait besoin se trouvait derrière lui, dans les entrailles éventrées de l'Acclamator.
Composants, réserves outillage voire même peut-être un système encore exploitable.Il revint vers une section plus stable de la proue et entreprit d’examiner méthodiquement les zones susceptibles d’avoir résisté à l’impact. Les hangars avant constituaient le meilleur espoir. Leur structure renforcée et leur vaste volume avaient absorbé une partie du choc.
À l’intérieur de l’épave, l’air était plus sec mais chargé d’odeur de brûlé. Les parois étaient arrachées, les consoles pulvérisées. Pourtant, certaines sections de stockage pouvaient avoir résisté.
En progressant parmi les poutres tordues, il laissa la Force guider ses intuitions plutôt que ses yeux seuls.Chaque pas devait être prudent. Plusieurs sections restaient instables. À deux reprises il dut s’immobiliser lorsque la carcasse émit un gémissement inquiétant, métal frottant contre métal sous son propre poids.
Dans ce silence relatif, un autre bruit finit par émerger. Pas un grondement massif mais un déplacement léger et souple.
Autour du cratère, entre les racines écrasées, plusieurs silhouettes basses se déplaçaient avec prudence. Des charognards attirés par l’odeur de brûlé.
Bertrolen ne leur accorda qu’une attention périphérique. Tant qu’il ne montrait ni faiblesse ni proie facile, ils hésiteraient.Il trouva enfin un compartiment d’équipement semi-scellé par l’effondrement d’une cloison. L’ouverture était obstruée par une poutre déformée. Il posa la main sur le métal, concentra brièvement sa volonté, puis la dévia juste assez pour créer un passage.
À l’intérieur, plusieurs conteneurs de survie étaient fixés au mur. Deux étaient pulvérisés.
Le troisième semblait intact.
Il l’ouvrit avec précaution. Des rations déshydratées, un kit médical compact, des outils de diagnostic portatifs et un module d’alimentation secondaire. Ce dernier attira particulièrement son attention. Même affaibli, un générateur auxiliaire pouvait alimenter un émetteur ou recharger un équipement critique. Son sabre, par exemple, dont la cellule d’énergie était restée inutilisée depuis de longues années.Un frôlement soudain coupa court à son examen.
Une ombre plus massive s’était avancée à l’entrée du hangar, plus grande que les créatures observées plus tôt. Sa peau sombre lisse et sans écailles luisait d’humidité. Sa gueule entrouverte laissait filtrer un souffle lourd.
Le jedi n’avait jamais vu une bête de cette espèce. Si la démarche et l’allure étaient très canines, la tête et la queue confinaient plus au reptile. Sa longue gueule était hérissée de crocs acérés que l’on devinait venimeux. Les griffes serties dans les pattes avant n’étaient pas en reste. Chacune d’entre elles aussi longues qu’une dague, et plus dévastatrices encore. Avec un peu plus de 1m20 au garrot, ce n’était pas adversaire à sous-estimer.
Elle n’attaqua pas immédiatement. Elle jaugeait.Bertrolen se redressa lentement, sabre déjà en main sans que le geste n’ait nécessité réflexion. Lorsque la bête franchit un pas supplémentaire dans sa direction, la lame blanche jaillit dans un claquement sec.
La lumière pure projeta des reflets pâles sur les parois déformées. Dans cet environnement vert et brun, la blancheur de l’arme semblait presque irréelle, comme un fragment de lumière arraché à un autre monde.
La créature poussa un cri bref et tenta une charge brusque.
Le Jedi ne chercha pas l’affrontement prolongé. Un seul mouvement précis suffit. Il pivota, laissa la masse passer et trancha profondément le flanc exposé. La blessure cautérisée net dégagea une odeur âcre.
La bête recula en titubant, puis choisit la fuite. Les plus petites silhouettes disparurent aussitôt dans la végétation.
Bertrolen demeura immobile quelques secondes de plus, lame active, évaluant toute menace résiduelle. Il n’y en avait plus et c’était pour le mieux car au même instant la lame pâlit puis s’évanouit en un sifflement lugubre.
Ce monde testerait ses limites. Il devait économiser ses forces.Il rassembla le matériel récupéré et inspecta d’autres compartiments proches. Il trouva des cellules énergétiques partiellement fonctionnelles et une lampe encore intacte. Chaque élément serait utile. Son objectif n’était pas de s’installer ici, mais de prolonger suffisamment sa survie pour exploiter pleinement les ressources du croiseur.
Plus loin, une section du hangar laissait entrevoir des silhouettes familières sous des filets effondrés et des gravats métalliques. Des formes compactes, fuselées.
Il n’en approcha pas encore. Trop de structures instables les surplombaient. En revanche les kits de secours de ces appareils pourraient avoir survécu également. En particulier les balises de détresse courte portée. Le jedi tendit sa conscience et explora le plus proche vaisseau. Il trouva rapidement ce qu’il cherchait. S’en emparant délicatement, il le guida à travers les décombres puis le posa délicatement dans sa paume.
Un délicat cylindre argenté, à peine plus épais que son sabre laser, renfermais peut-être s’il fonctionnait toutes les chances de survie du jeune homme.Quant aux chasseurs en eux même, avant d’entreprendre un travail plus risqué, il devait consolider une zone, rassembler davantage d’énergie et vérifier l’état exact des systèmes encore exploitables. Le croiseur n’avait pas livré tous ses secrets.
Bertrolen sortit à nouveau à l’air libre, non pour s’enfoncer dans la jungle, mais pour observer le pourtour du cratère et identifier un périmètre sécurisé. La forêt l’observait toujours, vivante et vigilante.Il inspira lentement.
Quelque part au sein de cette carcasse tombée des étoiles, se trouvait peut-être le moyen de quitter ce caillou si personne ne captait la balise de détresse.
Il revint quelques pas à l'intérieur et se construit un abri de fortune avec des panneaux de métal éparpillés. Le jedi s'y installa et brancha son sabre au générateur auxiliaire. Cela ne suffirait probablement pas le recharger pleinement mais permettra sans doute une ou deux altercations supplémentaires si nécessaire.
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Austin détestait ces missions au bout de la Galaxie. Réellement. Ce qui était appelé essentiel et primordial ressemblait d’avantage à une punition infligée par son commandement, tant il ne voyait pas la nécessité de s’aventurer aussi loin dans les Régions Inconnues à bord d’un vieux YT. Tout ça pour quoi ? Pour aller directement sur une planète dont il n’avait même pas le nom, rencontrer des contrebandiers plus verreux qu’un séparatiste, récupérer une cargaison qui lui semblait ridicule, et repartir aussi vite qu’il était venu. Tout ce trajet pour à peine quelques caisses, c’était à la fois délirant et rabaissant. Surtout en venant à huit pour ça. C’était vraiment n’importe quoi. Ils étaient des résistants de la liberté, merde !
Et le pire, c’est qu’à regarder ces foutues caisses qui n’avaient même pas l’air fragiles, il s’énervait, tout comme le reste de la fine équipe. Alistair, le pilote, était à deux doigts de tout arrêter. Althea, l’artificière, l’avait prévenu qu’elle était à deux doigts de tout arrêter. Heureusement, ils devaient se diriger vers l’une des bases principales, ce qui impliquait probablement de l’action. Ce n’était pas que sa petite équipe était incapable de se maîtriser, mais comme lui, ils trouvaient le temps long, et ils en avaient assez d’attendre, surtout qu’ils étaient tous conscients que la récompense qui les attendait au bout serait une tape sur l’épaule. Certes, ils ne se battaient pas pour le mérite ou les crédits, mais un peu des deux ne faisait pas de mal.
En regagnant le cockpit, il eut droit à un regard ennuyé d’Alistair, auquel il ne répondit que d’un haussement d’épaules. Il n’allait certainement pas retourner le couteau dans la plaie, vu le temps qu’il leur restait à évoluer en hyperespace. Hasard ou coïncidence, ce fut à cet instant qu’une alarme retentit dans l’habitacle, tirant les deux hommes de leur léthargie.
-C’est quoi, ce bordel ?
-J’en sais rien… Attends, c’est du délire, un croiseur vient de s’exploser sur une lune pas loin.
-Comment ça, un croiseur ?
-A priori, selon ce que je vois, un vieil Acclamator… Dis, c’est pas rien, il doit y avoir des trucs à récupérer là-dedans…
-Non, je te vois venir, pas question qu’on se fourre là-dedans ! La dernière fois, ça a mal fini !
-Allez, là ! Ca fait des semaines qu’on s’emmerde, on a tous besoin d’action ! Un saut, on débarque, on regarde et on se casse ! Fais pas le rabat-joie, Austin, c’est pas parce qu’ils t’ont filé les clés de cette mission que t’es tout puissant !
Austin pressa ses doigts contre ses yeux. On l’avait prévenu : pas d’incartade, pas d’écart avec le plan. Mais qui saurait ce qu’ils ont fait ici ? Personne, il suffisait de garder ça pour eux. Et puis, il était foncièrement d’accord avec son pilote.
-C’est bon, t’as gagné, mais rapide. Je fais passer le mot aux autres de se préparer.
La petite troupe profita du moment nécessaire à l’atterrissage pour s’équiper. Armures, armes, fusils et piques de force, ils n’étaient clairement pas là pour faire de la figuration. Ces mois passés au camp d’entraînement avaient porté leurs fruits, même si ils n’avaient pas effacés leurs tempéraments de jeunesse. Sur Coruscant, ils étaient des petites frappes indépendantes, que le destin avait réunis, rien de plus. Depuis qu’ils avaient été recrutés et entraînés, leur but avait changé et rejoignait celui d’un collectif plus grand.
-On descend et on rembarque, les gars. Faut pas prendre trop de retard sur le planning.
En ordre de marche, ils descendirent du vaisseau de contrebande, les fantassins devant les tireurs. Il fallait se rendre à l’évidence : ils étaient bien plus efficaces désormais. Devant eux, un tas de ruines, un cratère monstrueux créé par le crash du croiseur républicain, une antiquité au vu de l’état des pièces encore en état, mangées par la rouille spatiale et l’usure des voyages hyper-espace.
-On fait le tour et on revient. Il doit plus y avoir âme qui vive, là-dedans…
La petite équipe progressait lentement, aux aguets. Leurs capteurs avaient beau ne pas être de première jeunesse, ils fonctionnaient plutôt bien, ce qui leur permis d’éviter des écueils, jusqu’à un certain point. Althea, qui se tenait en retrait, attrapa Austin par l’épaule et lui montra ses machines, qui fit hausser des épaules le chef du groupe. Il ne comprenait rien à tout ces trucs-là, d’ordinaire, et ça n’allait pas changer aujourd’hui, mais la blonde avait l’air de l’oublier, comme à chaque fois.
-Y’a un truc vivant, là-dedans.
-File moi le mégaphone.
Ce n’était pas vraiment prudent, mais il n’y avait que deux solutions : soit il y avait un survivant, et ils verraient bien ce qu’ils feraient, soit c’était juste une bestiole qui n’en aurait sans doute rien à faire qu’on crie à l’extérieur.
-Qui que vous soyez, sortez de là, et mains en l’air !
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Bertrolen demeurait assis dans la pénombre de son abri improvisé, le dos appuyé contre une plaque de blindage encore tiède. Ses paupières closes isolaient son regard du chaos métallique qui l’entourait. Il n’était plus dans les couloirs d’un croiseur, ni totalement immergé dans la jungle. Il se tenait à la lisière de deux mondes, suspendu entre la frénésie de la vie dans les étoiles et la patience millénaire du végétal.
Il laissa son souffle s’allonger. La Force affluait ici avec une densité presque étourdissante. Non pas la clarté structurée d’un temple ou l’écho discipliné d’un ordre, mais une pulsation organique, primitive. Sous la terre meuble, les racines communiquaient. Dans l’air saturé d’humidité, des spores dérivaient comme une poussière invisible. Des myriades d’insectes traçaient des trajectoires microscopiques.
La canopée, bien au-dessus, filtrait la lumière en un réseau mouvant d’ombres et de chlorophylle.
Il prit le pouls de ce monde comme on poserait la main sur une artère vivante.
Rien ici n’était malveillant par essence. Rien n’était bienveillant non plus.
La jungle ne haïssait pas l’intrus, elle ne l’accueillait pas davantage. Elle l’intégrait dans son cycle, qu’il le souhaite ou non. Décomposition, absorption, renaissance.
Il ajusta sa perception, cherchant les ruptures dans cette harmonie. Les zones où le métal avait blessé la terre. Les animaux qui contournaient encore prudemment le cratère. Les prédateurs dominants qui marquaient leur territoire par une présence lourde et diffuse.
Une part de lui éprouva une étrange sérénité face à cette évidence. Après l’isolement glacé du vide spatial, cette exubérance chaotique avait quelque chose d’apaisant. La vie n’était pas fragile ici. Elle débordait. Elle vrombissait.
*Elle vrombissait ?
Le vrombissement ne ressemblait en rien aux cris de la jungle.
Bertrolen le perçut d’abord comme une vibration dans la Force, une incongruite stridence mécanique qui tranchait avec l’harmonie organique environnante. Puis le son s’imposa à ses oreilles. Un appareil déchirant l’atmosphère et corrigeant sa trajectoire. Ce n’était pas un écho ancien ni un mirage sensoriel né de l’isolement.
Depuis l’abri de fortune qu’il avait dressé à l’intérieur de la carcasse, il releva la tête.
Le faible générateur diffusait une lueur discrète en rechargeant le sabre. L’affichage montrait que le générateur avait déjà presque épuisé son combustible. L’énergie insufflée à l’arme était insuffisante pour un affrontement prolongé, mais suffisante pour rappeler que sa survie dépendrait de chaque décision mesurée.
Le hurlement des répulseurs décroissait. L’appareil atterrissait.
Ainsi donc, la balise ou le simple hasard avait attiré quelqu’un. Mais dans les régions inconnues, croiser quelqu’un d’autre par hasard relève du miracle et la balise n’émettait pas depuis assez longtemps pour être la raison de cette arrivée.
Cet espace non cartographié n’attire que les explorateur ou les contrebandiers.
L’exploration avait cessé de faire briller les yeux des enfants bien avant la naissance du jedi. La prudence est donc de mise.
Bertrolen sortit lentement de son abri et se glissa jusqu’à l’ouverture béante de la proue, prenant soin d’éviter toute silhouette trop nette contre la lumière diffuse. Sa tenue portait les stigmates du crash. Une courte veste en cuir sombre, ajustée, dont le col relevé protégeait sa nuque, était partiellement calcinée sur une manche. Sous celle-ci, une chemise blanche très simple. Un pantalon de cuir noir, maintenu par une ceinture utilitaire où s’accrochaient désormais les modules récupérés surplombait des bottes de travail toute simples. Recouvrant le tout, un long manteau brun à larges manches, le tissu trempé d’humidité, collait à ses épaules et soulignait une silhouette affinée par des années d’ascèse forcée. Quelqu’un avec un peu de connaissances générale reconnaitrait sous les déchirures et les brulures la coupe et le tissage typique des jedis.
Pour les autres, il s’agit simplement d’un manteau bas de gamme.
Des voix s’élevèrent depuis le pourtour du cratère.
Il ferma les yeux un instant et étendit sa perception. Plusieurs esprits, jeunes et tendus, impatients et armés. Aucun ne vibrait de la manière particulière des utilisateurs de la Force mais cela ne signifiait pas d’absence de danger. Il fut tenté de saisir ces esprits, de les lacérer jusqu’à que leurs hôtes deviennent malléable et serviles. Ce serait si facile et il retrouverait l’accès à un moyen de transport.
Mais cette tentation était fugace, vite balayée par les préceptes jedi et la conscience que ce n’était que la fatigue et le désespoir qui s’exprimaient.
Il sortit de l’ombre avec lenteur, les mains visibles, paumes ouvertes. Chaque pas était mesuré, contrôlé, malgré la fatigue encore ancrée dans ses muscles.
La lumière verdâtre glissa sur son corps à mesure qu’il s’exposait. Depuis l’extérieur, il devait apparaître comme une silhouette spectrale surgie d’un tombeau spatial les vêtements sombres marqués par la suie, les cheveux alourdis par l’humidité et le regard clair mais épuisé.
Bertrolen s’arrêta à distance raisonnable du bord de la carlingue qui surplombait le sol de la jungle d’une demi-douzaine de mètres, suffisamment exposé pour ne pas sembler tendre une embuscade, suffisamment couvert pour ne pas se livrer sans précaution. Au-dessus de lui, érodé par des années d’impact de micro météorites et par l’entrée atmosphérique trônait fièrement le symbole historique de la république.
-Je n’ai aucune intention hostile, répondit-il d’un ton posé, amplifiant légèrement sa voix sans crier.
Il laissa un battement, les mains toujours exposés, conscient que chaque mouvement serait analysé.
-Mon vaisseau s’est écrasé ici il y a peu. Je suis seul survivant. Si vous êtes venus pour récupérer ce qui peut l’être, sachez que la plupart des sections arrière ont été vaporisées. Quartier d’équipage et entrepôt ne sont plus. Les hangars avant restent structurellement instables.
Ses mains demeuraient levées. Sous la manche de sa bure, la poignée de son sabre reposait contre son avant-bras. Le manche en bois, désormais faiblement rechargé, attendait. Il espérait ne pas en avoir besoin. La lame blanche attirerait inévitablement les regards et les questions.
Il observa enfin le vaisseau posé non loin, silhouette familière d’un appareil de transport léger, usé mais opérationnel. Un YT-1300. Pas un bâtiment militaire.
*Contrebandiers? Je les trouve bien armés pour des civils.
-Je cherche uniquement à quitter ce monde, ajouta-t-il avec calme. Rien de plus.
La jungle bruissait derrière lui, comme si elle guettait l’issue de cet échange. Les charognards s’étaient tus, à l’affut d’un potentiel festin.
Bertrolen restait immobile offrant une posture ouverte tout en demeurant prêt à réagir. Dans la Force, il maintenait son esprit clair, alerte aux signes et aux crispations infimes des doigts sur les queues de détente.
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Sans jamais baisser ni leurs armes, ni leur vigilance, le groupe de huit se déploie en même temps que la silhouette fait son apparition. Un homme seul, aux commandes d'un vieil Acclamator ? Ca leur semble totalement hors de portée, irréel, mais on leur a appris à ne pas croire leurs préjugés, à s'en défaire afin de garder un oeil objectif sur la réalité des faits. Et il le faut bien, tant la scène paraît surréaliste. L'accoutrement de l'inconnu semble tout droit sorti des plus sordides taudis de Coruscant ou Nar Shaddaa, déchiré et brûlé. Par le choc, ou avant ça ? Une question qui mériterait d'être posée plus tard. En tout cas, pas vraiment des habits riches, tant le tissu paraissait aussi rêche et ancien que le porteur.
Sur la carlingue inutilisable, le groupe ne pouvait pas manquer le sigle de la République Fédérale, organisme honni comme tant d'autres, véritable frein à la liberté de tout un chacun. Le vaisseau avait beau être détruit, il était tout de même un symbole, et cet homme face à eux en revendiquait la possession. Austin sentit ses camarades se tendre à cette affirmation, les doigts se crisper sur les gâchettes. Mais après tout, on faisait tous des erreurs, n'est-ce pas ? Eux les premiers, non ? Et ils avaient eu la chance d'être ramassés, eux aussi, au point le plus bas de leur existence... Quel genre de combattants de la liberté seraient-ils, à laisser un homme abandonné sur une lune, dans les tréfonds des Régions Inconnues, probablement à mourir de faim ou de soif dans une lente agonie ?
-Si vous êtes armé, lâchez vos armes. Lancez-les à nos pieds.
Il attendit que l'autre ne s'exécute. La tension était palpable. Le groupe savait qu'ils ne devaient ni traîner, ni attendre, ni commettre d'impair, sans quoi, on aurait leur peau. Ils avaient demandé une excursion sans se douter qu'elle les mènerait à un tel niveau de stress. Ca se sentait, dans l'air. Il suffisait d'un rien, d'un mauvais geste, d'une maladresse, et les coups partiraient. Quelques secondes à peine, le temps nécessaire pour construire une animosité qui ne pouvait guère plus être désamorcée que par un mouvement de paix.
-Baissez vos armes, les gars. Vous, l'ami. Vous avez un nom à nous donner ?
Il se rappelait les maigres leçons de diplomatie qu'on lui avait données, à la va-vite, entre deux instructions sur comment tuer efficacement. Essayer de rendre la conversation amicale, faire le premier pas vers l'apaisement. Inconsciemment, il se doutait que cet homme allait avoir un rôle à jouer, plus tard, et qu'il pourrait en récolter au pire l'usufruit, au mieux les lauriers. C'était étrange de se dire ça, et pourtant... Et puis, restait dans sa tête la voix de sa conscience, de son humanité, qui lui rappelait qu'on avait sans doute tous droit à une seconde chance, et à se faire ouvrir les yeux.
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Bertrolen ne réagit pas immédiatement à l’ordre. Il observait du regard les huit silhouettes réparties en arc de cercle face à lui. Ils étaient jeunes mais déjà trop habitués à tenir une arme comme on tient une certitude. Ils avaient été formés au combat, leur discipline était palpable tout comme leur nervosité. Il sentait, dans leur posture, ce mélange dangereux de crainte et d’excitation prompte à déclencher des actes sans réflexion sur les conséquences.
Celui qui semblait être leur chef, en revanche, paraissait plus mesuré.
*Ils veulent un geste clair, une preuve de soumission. Si je refuse je deviens une menace mais si j’obéis trop vite, je deviens une proie.
Son manteau brun, trempé par l’air lourd de la lune, collait à ses avant-bras. La manche gauche dissimulait encore la ligne de son sabre. Il n’y eut pas la moindre hésitation à ce sujet. Il ne le donnerait pas. Pas à des inconnus. Pas dans cet endroit. Pas après tout ce que ce cylindre avait traversé, et ce qu’il représentait encore.
Mais il avait une autre arme.
Le blaster qu’il avait acheté si longtemps auparavant, au point où cela lui semblait être dans une autre vie. Un DC-15S, une arme de poing déjà considéré comme une vieillerie à son acquisition. Un outil de soldat, plus compréhensible pour ces gens que s’il exhibait un court cylindre de bois. Le jedi ne s’en était pas beaucoup servi. Un peu d’entrainement avec, tout au plus mais elle portait déjà les stigmates de la guerre menée par son précédent propriétaire.
Bertrolen inspira lentement et inclina légèrement la tête comme pour signifier qu’il avait entendu. Il s’approcha du bord de sa falaise artificielle d’un pas puis s’arrêta de nouveau, les mains toujours bien en évidence.
-D’accord, je vais vous lancer mon arme.
Il avait pris le temps de parler et d’être certain d’avoir été comprit avant de bouger afin que chacun de ses gestes soient anticipés. Avec précaution, il défit d’un index délicat la fermeture du holster puis préleva l’outil en le tenant par l’arrière de la culasse. Puis, de son autre main, il le prit le blaster par le canon et le lança à mi-chemin entre lui et les contrebandiers. L’arme décrivit une courbe et retomba dans la terre meuble, retournée par le crash. Bertrolen avait délibérément visé cette zone pour éviter un quelconque dégât ou tir accidentel.
Le jedi relevé légèrement la tête quand la question du nom fut posée. Le chef des contrebandiers tentait de faire redescendre la pression mais ses mots restaient encadrés par les armes.
-Bertrolen, répondit-il simplement. Je suis Bertrolen.
Il laissa le silence s’installer une seconde, non par provocation mais parce que la suite devait être choisie avec soin. Chaque information pouvait se transformer en corde.
-Vous avez raison d’être prudent, je serais à votre place aussi. Vous avez probablement reconnu derrière moi ce qu’il reste d’un Acclamator, pour être arrivé si vite vous avez dû assister au crash. Il fit une pause puis reprit : Après des réparations à l'évidence bâclées, notre hyperdrive a explosé. La majeure partie de la poupe a été engloutie dans la déflagration. Mon équipage et moi-même avons dérivés pendant de nombreuses années, je ne sais pas encore depuis combien de temps mon bâtiment a disparu de l’espace connu.
Le jedi tourna la tête vers la carlingue, l’air ému puis continua.
-J’ai été séparé du reste de l’équipage, bloqué dans une section par l’effondrement des coursives. J’ai survécu, les autres non. Je ne compte pas défendre ce tas de métal. Je veux simplement quitter cet astre.
Il posa ensuite son regard sur celui qui semblait mener sans chercher à l’intimider. Juste un contact afin de dire qu’il avait compris qui décidait.
-Vous avez un vaisseau fonctionnel, vous avez des armes et un équipage. Vous pouvez tenter votre chance dans l’épave en espérant que rien ne vous tombe dessus, m’abattre sur pieds ou repartir, ce qui reviendrait à me tuer, ou vous pouvez me ramener sur n’importe quel système un minimum civilisé. Vous pourriez même revenir avec de l’outillage pour désosser cette vielle carcasse. Si vous avez un peu de chance, il reste peut-être des chasseurs ou des barges en état relativement correct. C'est à vous.
Il ne souriait pas. Sa bouche restait neutre mais sa voix avait gagné en stabilité. C’était la première fois qu’il parlait depuis longtemps, chaque mot lui faisait mal à la gorge. Il jouait la carte du pragmatisme, la seule qui aurait une chance de fonctionner face à des gens armé et nerveux.
Il resta immobile, bras légèrement écartés, offrant une cible facile si quelqu’un perdait le contrôle. Il faisait confiance en la Force pour le prévenir en cas de danger mais jusque-là elle ne s’était pas montrée alarmante.
-
Le stress du Jedi était à peu près équivalent à celui que ressentaient les hommes et femmes qui le braquaient actuellement. Néanmoins, à l’ordre du meneur, ils avaient obéi, un peu trop en rythme pour que ce soient de simples contrebandiers. Définitivement pas les premiers de la classe… Mais certainement pas les derniers non plus. En voyant le blaster voler entre eux et atterrir mollement dans la boue, il y eut un soulagement imperceptible parmi les rangs. Au moins, ils n’auraient pas à se battre pour le moment. Au moins, ils n’auraient pas à prendre de risque. Austin finit par hausser à nouveau la voix.
-Ok, Bertrolen, c’est compris. C’est pas dans notre genre de laisser des types derrière, et surtout pas pour crever de faim… dans le meilleur des cas.
Il ne savait pas pourquoi, mais le combattant avait la sensation de pouvoir faire confiance à ce naufragé stellaire. Etait-ce sa bonhomie ? Son âge un peu plus avancé ? Sa voix neutre et rassurante ? C’était difficile à dire. Il n’arrivait pas à se dire qu’une telle histoire pourrait être inventée de toutes pièces. Trop improbable. Trop délirant. Et puis, l’Acclamator devait avoir vécu pour avoir subi ce genre d’avaries, et le symbole de l’Ancienne République sur la coque faisait foi également. Les éléments s’emboîtaient trop parfaitement pour ne pas être véridiques.
D’un geste, il fit signe à Bertrolen de se rapprocher. Lui-même fit quelques pas en avant pour se rapprocher, en signe de bonne foi et de confiance. Jusqu’au blaster, en fait, qu’il fut le premier à atteindre à et à ramasser. Lorsque l’inconnu le rejoignit, il lui tendit l’arme, crosse en avant. Un nouveau signe de confiance.
-Ok, l’ami. J’accepte de vous croire sur parole. Vous avez de la chance, on se dirige vers Nar Shaddaa. Par contre, va falloir que vous vous débrouilliez tout seul sur place, nous on a à faire. Et faudra aussi vous contenter de la cale, on a rien de mieux à proposer.
Il attendit la réponse, puis fit signe au reste du groupe. Ils décampaient. Assurément, ils ne trouveraient rien ici qui soit rapide à extraire, rien qui valait un retard, rien qui pouvait justifier un retard surtout. Une ruine vieille de plus de dix ans n’irait pas à leur chef qui attendait sans doute leur retour avec impatience. Sans attendre, il regagna le vieil YT, montant le premier à bord, faisant suivre leur nouvel invité.
-On en a encore pour un moment en hyperespace, par contre. Et j’espère que vous êtes pas du genre à oublier les coups de main, ce serait dommage…
Le sous-entendu n’était même pas à moitié voilé. Ce n’était pas le genre de la maison, qui laissait les ronds de jambes aux politiques véreux et à ceux qui n’avait pas suffisamment de cojones pour assumer leurs positions. Pas vraiment inquiet, il fit le tour du vaisseau contrebandier à leur passager, sans s’attarder sur le moindre détail. Les lieux d’aisance, le réfectoire, et la cale où il allait pouvoir dormir, au milieu de la cargaison sous scellés. Clairement pas méfiant, il se tourna ensuite vers son équipage.
-Allez, les gars. Assez perdu de temps. On saute en hyperespace.
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Bertrolen ne laissa rien paraître du soulagement qui lui traversa brièvement le visage lorsque la tension commença à se dissiper. Ce n’était pas encore de la confiance, à peine un relâchement. Il observa celui qui semblait être le chef hausser la voix pour couvrir la distance entre eux puis tendre un peu la situation vers quelque chose de plus praticable. Les autres restaient armés, encore tendus, mais ils n’étaient plus sur leurs gardes et n’avaient plus ce scintillement nerveux dans le regard qui précède les gestes irréparables.
Le jedi descendit donc de la carcasse avec précaution. Le métal de l’Acclamator, tordu par le crash et meurtri par les années d’errance, geignait sous ses bottes à chaque appui. La pente improvisée qui menait du flanc éventré du croiseur jusqu’au sol de la jungle n’avait rien d’un chemin sûr et pourtant il la franchit sans empressement, comme un homme qui sait que précipiter ses gestes reviendrait à réveiller une méfiance à peine assoupie. La boue absorba son poids lorsqu’il atteignit enfin le sol meuble. Autour de lui, l’odeur de terre chaude, de végétation humide et de métal brûlé se mêlaient en une senteur lourde, presque poisseuse.
Il s’arrêta à quelques pas du groupe et regarda l’arme qu’on lui tendait. La crosse en avant en signe de confiance. Bertrolen prit le blaster avec lenteur, comme s’il ne voulait pas brusquer ce commencement de confiance. Ses doigts se refermèrent autour de la poignée usée. Il la contempla une fraction de seconde avant de la replacer dans son holster, d’un geste mesuré.
-Merci, dit-il simplement.
Le mot n’était ni chaleureux ni froid. Juste sincère, à sa manière. Puis il écouta la suite sans l’interrompre. Nar Shaddaa. Le nom éveilla aussitôt toute une série d’images peu rassurantes, de rumeurs anciennes et de violence ordinaire maquillée en commerce quotidien. Pourtant, comparé à une mort anonyme dans une jungle des Régions Inconnues, s’enfoncer dans la noirceur du monde des Hutts avait presque l’air enviable.
Quand la cale fut mentionnée, Bertrolen eut un très léger mouvement d’épaules. Peut-être même l’amorce d’un sourire.
-J’ai déjà dormi dans pire.
C’était vrai. Sous des ponts, dans des soutes éventrées, dans des tranchées lors de campagne militaire où même l’air semblait usé avant d’être respiré. Une cale de YT-1300, même encombrée, n’avait rien d’un affront. C’était un espace clos, un toit au-dessus de la tête et l’assurance de quitter ce monde.
Il tourna ensuite la tête vers l’épave. Son regard remonta le long de la coque crevée jusqu’au vieux symbole de la République encore visible malgré les brûlures, l’usure et les impacts. L’Acclamator ressemblait moins à un vaisseau qu’à un cadavre de métal, vidé depuis longtemps de ce qu’il avait été. Pourtant, l’abandonner ainsi n’était pas un geste anodin. Il y avait derrière lui plus qu’un moyen de transport détruit. Il y avait des années arrachées au temps, du silence, de la survie, des fantômes aussi. Il avait acheté cet appareil sur ses fonds propres, à une époque où la république était empêtrée dans des conflits nécessitant la sacrifice de tous. Pour ce qu’il en savait, la république était tombée depuis et le symbole peint n’avait plus aucun sens si ce n’est dans son cœur qui transporte encore les valeurs d’unité et de bienveillance. Le jedi s’en voulait d’avoir été absent si longtemps. Tellement longtemps qu’il doutait que l’ordre existe encore. Tellement longtemps qu’il doutait de pouvoir avoir aujourd’hui le moindre levier. Il demeura immobile une seconde de trop, juste assez pour que ce regard vers l’épave ressemble à un adieu que personne n’était tenu de comprendre.
*Tu ne m’as pas ramené mais tu ne m’a pas tué. C’est déjà assez.
Puis il se détourna sans cérémonie supplémentaire et suivit le groupe vers le vieux transport léger. À mesure qu’il approchait du YT-1300, il détaillait machinalement les lignes de la coque, les plaques remplacées, les traces d’entretien inégal, les cicatrices d’un appareil qui avait vécu. C’est un engin pratique, maintenu en état plus par nécessité que par goût.
La remarque du chef sur les coups de main ne lui échappa pas. Elle avait le mérite de la franchise. Bertrolen préférait cela aux promesses trop propres.
-Je n’oublie pas ceux qui me tendent la main, répondit-il en relevant légèrement les yeux vers lui. Et je paye toujours mes dettes mais je ne suis pas du genre à me laisser emprisonner dans une spirale infinie de « services » à rendre. Vous pourrez faire appel à moi une fois puis nous serons quitte.
Le ton n’était pas menaçant. Il exposait un fait. Une manière aussi de signaler qu’il avait entendu le sous-entendu et qu’il n’était pas homme à profiter d’une dette en feignant de ne pas l’avoir contractée. Maintenant qu’ils étaient plus proche, le chef de la troupe pouvait voir au fond des yeux du jedi la dureté et le sérieux que forgent la guerre, les batailles et les épreuves. Des yeux honnetes, entre autre.
À bord, il suivit sans commentaire la visite rapide du vaisseau. Les lieux d’aisance, le réfectoire, les couloirs étroits marqués par l’usage puis enfin la cale. Il s’y arrêta un instant laissant son regard courir sur la cargaison sous scellés, les ancrages et les parois métalliques vibrantes. Le bourdonnement du bâtiment lui parut presque apaisant après le silence trop vaste de l’épave à la dérive. L’endroit était brut et peu accueillant mais fonctionnel. Cela lui suffisait.
Il posa sa main sur une cloison comme pour sentir à travers elle le cœur mécanique du transport. Tout ici paraissait plus petit, plus dense, plus vivant que dans l’Acclamator. Là où le croiseur avait fini par devenir une tombe, ce vaisseau respirait encore.
Il se recula ensuite pour ne pas gêner l’équipage alors qu’ils se remettaient en mouvement. Déjà, il percevait la transition dans les bruits à bord, cette succession de préparatifs familiers qui précède un saut. Des vérifications. Des calculs. Des voix plus brèves. Une mécanique d’équipe. Cela réveillait en lui des souvenirs qu’il ne souhaitait pas explorer tout de suite. Son pont de commandement.
Bertrolen s’assit sur une caisse solidement arrimée, les avant-bras sur les cuisses, en posture de repos plus que d’abandon. Sa main gauche effleura brièvement la manche qui dissimulait encore son sabre. Quand il irait dans la cale afin de méditer plus que dormir, il serait imprudent de baisser sa garde maintenant, il rebrancherait son arme au générateur. La planète vers laquelle ils se dirigeaient était très dangereuse et le moindre parcelle d’énergie pour alimenter la lame serait nécessaire.
Puis il releva la tête en direction de la sortie de la cale, là où les derniers pas s’éloignaient.
Le vieux YT vibra plus fort. Les moteurs montaient en régime. Quelque part dans la coque, le saut vers l’hyperespace se préparait déjà.
Bertrolen inspira lentement. Pour la première fois depuis longtemps, il reprenait la route. Pour la première fois depuis longtemps, il y avait un espoir. C’était un nouveau départ. Si l’Ordre existe encore, il le trouverait. Sinon, le mercenariat il connaissait.
Le jedi se leva et s’approcha du cockpit. Dans l’embrasure de ce dernier, il distinguait l’écran qui dirigeait le saut hyperspatial. Il ne reconnu pas les coordonnées du point de départ. Il semblerait que l’Acclamator se soit égaré pas loin après la limite des systèmes explorés, dans les régions inconnus.
-Vous ne m’avez pas dit comment je dois vous appeler, dit Bertrolen au chef qui s’était assit derrière le pilote. Et sans vouloir être indiscret, que faisiez vous dans les environs ? Je vois que nous étions dans un secteur non cartographié. Votre arrivée a été autant une aubaine qu’un mystère.
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Les émotions négatives avaient enfin fini par s'estomper, à la faveur de l'apaisement général de la situation et des esprits. Austin n'aurait pas spécialement parié dessus dès le départ, il savait que ses camarades pouvaient avoir l'esprit un peu chaud, mais finalement, tout s'était bien goupillé, et chacun en sortait indemne. Tant pis pour les richesses potentielles du croiseur, ils s'en tiraient avec une bouche de plus à nourrir et un invité à transporter, mais peut-être en tireraient-ils quelque chose à l’avenir. Dans le pire des cas, un ancien républicain, ça pouvait sûrement se revendre, sait-on jamais. Même si, dans l’immédiat, le chef du groupe ne voyait pas à qui. Ni dans quelle mesure il le justifierait, d’ailleurs…
D’autant plus que l’inconnu, Bertrolen comme il avait demandé à être appelé, ne semblait pas spécialement être du genre à oublier les services, et pas non plus du genre mou du genou. Pire, il ressemblait à ces durs-à-cuire qui ne s’en laissaient pas compter. Mais ça, il s’en fichait pour l’heure. Déjà, ils devaient reprendre leur route. En espérant qu’Alistair arrête de râler. Mais connaissant l’animal… Ce n’était pas pour demain la veille. Alors qu’il l’assistait pour les commandes de mise en orbite de l’appareil, il entendit la voix de son passager derrière lui, qui le fit rire.
-Appelez-moi Austin. Le pilote, c’est Alistair. Et mon second dans cette mission, c’est Althéa, la fille avec le gros flingue.
Il se retourna vers le nouveau venu après avoir réalisé un dernier check-up sur un écran. Tout était ok, le vieux coucou restait un modèle de fiabilité qui pourrait traverser les âges, à n’en pas douter. Il tapota l’épaule de son pilote avant de se redresser en s’étirant.
-Les secteurs non cartographiés, c’est bon pour les républicains et les impériaux, l’ami. Ca fait longtemps que les gens débrouillards empruntent des voies hyperspatiales bricolées depuis un moment. C’est nettement plus pratique que de devoir justifier d’un manifeste de fret un peu modifié. Faut bien vivre.
Il eut un nouveau rire en terminant sa phrase. Personne n’était dupe de la profession de la fine équipe, ici, et tant mieux, mais ce n’était pas pour ça qu’il allait le crier haut et fort sur tous les toits, y compris dans le vide intersidéral où personne ne l’entendrait crier. Aventureux, mais tout de même un peu prudent.
-Ce qu’on faisait dans le coin, par contre, du business, comme tout ceux qui s’aventurent loin de chez eux et partent à la conquête des étoiles. On est pas les premiers, et on sera sûrement pas les derniers. On a la chance d’avoir des contacts réguliers et qui payent à la fois bien et rubis sur l’ongle, alors on va pas se priver.
Evidemment, il n’allait pas dévoiler le contenu de leurs caisses. Eux-mêmes déjà n’en savaient rien, et ils espéraient juste leur solde à la fin du voyage, la prime de risque qui allait bien. Leurs chemins se sépareraient d’avec Bertrolean, et c’en serait fini. Néanmoins, Austin était du genre curieux.
-C’est quand même pas commun, un naufragé comme ça, dans les Régions Inconnues, et à bord d’un Acclamator. Si vous rouliez pour l’Ancienne République, la suite doit vous faire bizarre, vu le bordel des dernières années, non ?
Kryann
-
Bertrolen resta quelques instants dans l’embrasure du cockpit sans chercher à s’imposer davantage dans l’espace déjà étroit. Il observait les gestes rapides d’Austin et d’Alistair, la façon dont leurs mains glissaient sur les commandes avec l’assurance de ceux qui avaient répété ces manœuvres des centaines de fois. Le vieux transport vibrait d’une énergie contenue, chaque module semblant participer à la montée progressive vers le saut.
Lorsque les présentations furent faites, il inclina légèrement la tête.
-Austin. Alistair. Althéa. Enchanté.
Il prononça les noms calmement comme pour les ancrer dans sa mémoire. Dans son esprit associer un visage à un nom n’était jamais un simple réflexe social, juste une manière de situer les gens dans une carte mentale, de comprendre à qui il avait affaire.
Le rire d’Austin et sa manière désinvolte d’évoquer les routes hyperspatiales bricolées ne surprirent pas Bertrolen. Mais c’était une réponse évasive. Son regard se posa à nouveau sur l’écran où les coordonnées de départ s’affichaient encore afin de confirmer à nouveau leur position. Ils étaient vraiment éloignés de tout. Pas simplement dans un système non cartographié sur le bord d’une route hyperspatiale oscure empruntée par les malandrins souhaitant se faire discret.
Ils étaient venus dans ce système délibérément. Pour une rencontre cachée ou récupérer quelque chose dans une boite aux lettres morte. Mais ce n’était pas le problème du Jedi. Il ne ressentait pas à bord d’artéfacts lié au côté obscur donc la nature des activités de la petite équipe importait peu. Mieux valait faire mine d’adhérer à l’histoire.
-Je vois, répondit-il. Les grandes puissances tracent les routes officielles. Les gens qui vivent vraiment de l’espace trouvent les autres.
La question d’Austin arriva alors, directe et curieuse mais pas hostile.
Bertrolen resta silencieux quelques secondes avant de répondre. Plus par habitude que par hésitation. Choisir ce qu’on dit et ce qu’on garde pour soi.
-L’Ancienne République. Oui j’y ai servi.
Il ne chercha pas à embellir la formule. Sa voix restait posée, presque détachée.
-Je commandais cet Acclamator. Ce bâtiment a participé à plusieurs engagements majeurs.
Il marqua une courte pause. Les images revenaient facilement, comme si le simple fait de prononcer ces mots ouvrait une porte.
-Vous avez sans doute entendu parler des assauts des Siths sur Coruscant, j’y étais.
Son regard se perdit une fraction de seconde vers l’avant, au-delà du cockpit, vers les étoiles encore invisibles derrière la coque.
-J’ai vu mon monde natal se faire vitrifier par des armes à la puissance inimaginable, mais ça a été rapide. Ce qui s’est passé sur Coruscant, c’était un massacre. Une souffrance infligé aveuglement et délibérément. La guerre devrait être l’affaire des soldats, pas des civils.
Il reprit ensuite, d’un ton légèrement plus grave.
-La plupart des cicatrices que vous avez vues sur la coque ne viennent pas du crash. Elles datent de la bataille de la Forge Stellaire. C’était un sacré merdier là-bas. C’était à croire que toutes les forces de la galaxie s’y sont rejointe.
Il haussa légèrement les épaules.
-Mais bon, un vieux croiseur comme celui-là finit toujours par ressembler à une relique.
La remarque d’Austin sur le chaos politique récent fit naître un léger silence. Bertrolen ne répondit pas immédiatement. Sa main s’appuya contre l’encadrement de la porte du cockpit, les doigts immobiles contre le métal froid.
*Le bordel des dernières années…
Il expira lentement.
-Je n’ai pas suivi les événements. Je n’ai pas pu.
Son regard revint vers Austin.
-Lorsque l’hyperpropulsion a explosé, nous étions en transit. Des réparations avaient été faites dans l’urgence. Une erreur… ou une pièce défectueuse. La réaction en chaîne a soufflé toute la poupe.
Il parla sans pathos, comme quelqu’un qui avait ruminé la scène dans sa tête de nombreuses fois.
-Le croiseur a été éjecté de l’hyperespace, les moteurs hors service. Enfin... Absent plutôt. Et le croiseur a dérivé. Longtemps.
Il ne précisa pas combien.
-J’étais seul dans la section des hangars avant. Un endroit refuge où je pouvais réfléchir sans personne à proximité. Il n’y a pas d’activité dans les hangars lors d’un long transit. La plupart de l’équipage était dans leur quartiers, à proximité des réacteurs…
Son regard s’assombrit à peine.
-J’ai fini par comprendre que je ne capterais plus aucune activité. Plus aucun signal interne. Plus aucune voix. J’ai redirigé autant que possible l’énergie vers les systèmes de survie.
Il redressa légèrement la tête.
-Alors oui. Si la galaxie a changé pendant ce temps, je suppose que je vais le découvrir.
Il observa Austin un instant, puis ajouta avec une pointe d’ironie très discrète.
-D’après ce que vous appelez “le bordel”, j’imagine que l’équilibre des pouvoirs n’est pas très stable.
Un léger silence suivit, ponctué par les vibrations croissantes du vaisseau. Les moteurs atteignaient leur régime optimal.
Bertrolen détourna alors le regard vers l’écran principal.
-Nar Shaddaa, répéta-t-il doucement. Ce sera un bon endroit pour comprendre ce qui reste de la galaxie.
Il se redressa légèrement.
-Et pour trouver du travail.
Il ne précisa pas quel genre.
Dans son esprit, les possibilités défilaient déjà. Mercenaire. Escorte. Pilote occasionnel. Mécanicien. Tout ce qui permettrait de retrouver une place dans un univers qui avait continué sans lui.
*Et peut-être explorer les ruines de l’Ordre Jedi.
-
Bertrolen ne fut interrompu à aucun moment, que ce soit par une question inopinée, par un mouvement désagréable ou parasite, par une exclamation de surprise. Rien de tout ça ne vint, tant les présents étaient accrochés à son récit. C'était comme dénicher une relique des temps anciens. Face à eux se dressait semble-t-il un soldat, un vieux de la vieille, un type qui avait connu les derniers instants de l'Ancienne République sans savoir ce qu'il s'était passé après. C'était une expérience... dérangeante. Une sorte de miroir déformant, dans lequel ils se voyaient tous. Depuis la chute de ce régime, ils avaient tous connu des fortunes différentes, qui les avaient menés à cet endroit précis, et leur avait donné cette haine des gouvernements actuels...
Cependant, et pas besoin d'être grand Jedi pour le voir et le comprendre, il avait capté l'attention de son auditoire, d'un public jeune et manifestement avide de grandes sagas, et d'aventures presque chevaleresques. C'est dans ce genre de situations qu'on se révèle : des jeunes gens, sans doute encore bercés par des idéologies utopiques, des volontés de bien faire pour le mieux commun. En d'autres termes, des adultes à peine sortis de l'adolescence. Les quelques rides sur les visages ne trompaient pas, il n'y avait pas cette ombre de dépit qu'on trouve dans la plupart des pupilles des contrebandiers. Ceux-là étaient nouveaux dans le métier.
-Pas stable, c'est rien de le dire... Après les batailles de Coruscant et de la Forge Stellaire, ça a été un sacré merdier, j'aime autant le dire. Depuis, c'est à couteaux tirés. Entre l'Imperium dans l'ombre qui fait sa tambouille, la CSI qui menace tout le monde de leur envoyer des droïdes sur la gueule, et la République Fédérale au milieu qui a l'air de se dépatouiller comme elle peut, c'est une cata.
Il inspire en regardant un instant les panneaux de commande. A l'évidence, la situation pèse sur ses épaules, comme une menace invisible. Le ton de sa voix, légèrement colérique et peiné, démontre l'étendue et l'influence du bazar géopolitique sur les basses populations : écrasés comme les autres, ils survivent comme ils peuvent en attendant des jours meilleurs qui mettront du temps à venir. Lentement, il corrige quelques coordonnées et paramètres avant de se tourner à nouveau vers Bertrolen.
-Mais y'a des choses qui changent pas, hein ?
Cette fois, c'est une note d'espoir que l'on perçoit dans sa voix, voire d'amusement cynique. Son sourire s'élargit un peu en laissant passer un petit rire tout aussi insolent.
-Nar Shaddaa est l'idéal pour trouver du travail, ça, ça n'a pas bougé. C'est toujours les Hutts qui contrôlent la place, c'est toujours aussi criminalisé, on a toujours la possibilité de se faire buter pour rien. Mais c'est toujours là qu'on trouve les meilleures opportunités, ou les meilleures tables de Pazaak, ça c'est sûr aussi.
Il hésite un instant en reportant à nouveau son regard sur les commandes. Dans sa tête, il commence à réfléchir, à penser à la suite. Ce serait idiot de se passer d'un profil comme celui-ci, non ? Le type ne connaît rien à la situation actuelle, et il cherche des crédits, ça lui donne un sacré avantage pour être recruté, non ? Il gratte sa barbe naissante en revenant à lui.
-Mais si vous cherchez un boulot, je peux toujours vous présenter à un de nos boss. Je promets rien d'autre que ça. Mais ce serait un début.
Kryann
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Bertrolen resta silencieux un instant après les paroles d’Austin. Il n’avait pas quitté sa position dans l’embrasure du cockpit, mais son attention s’était légèrement déplacée. Moins sur les gestes techniques, plus sur les voix, sur les regards. Il sentait le changement. Ce n’était plus seulement de la méfiance. Il y avait autre chose désormais. De la curiosité. Peut-être même une forme de respect naissant.
Le récit avait fait son effet.
Ils écoutent encore comme on écoute une histoire. Pas comme on écoute un homme dangereux.
Ce constat ne le rassura qu’à moitié.
Les jeunes membres de l’équipage avaient ce regard particulier, celui de ceux qui n’avaient pas encore été entièrement broyés par la réalité. Ils avaient vu des choses, sans doute. Mais pas encore assez pour que l’idéalisme se transforme en cynisme pur. Bertrolen connaissait bien cette frontière. Il l’avait franchie depuis longtemps.
Il reporta son attention sur Austin lorsque celui-ci décrivit l’état de la galaxie. Imperium. CSI. République Fédérale. Les noms s’entrechoquaient sans encore former une carte cohérente dans son esprit. Les grandes structures avaient changé, muté, mais le fond restait le même. Luttes de pouvoir, conflits d’influence, populations prises entre les lignes.
Il hocha légèrement la tête.
-Certaines choses ne changent jamais.
Sa voix était calme, sans amertume apparente. Juste un constat posé.
-La guerre ne meurt jamais. Même quand les noms changent.
Il laissa passer un court silence, comme pour laisser cette idée se poser sans l’imposer. Puis son regard dériva brièvement vers les commandes, les coordonnées, les indicateurs lumineux. Tout fonctionnait.
Lorsque Austin évoqua Nar Shaddaa, Bertrolen esquissa un léger sourire, à peine visible. Un sourire fatigué plus qu’amusé.
-J’imaginais mal cet endroit devenir fréquentable avec le temps.
La proposition suivante, en revanche, retint pleinement son attention.
Il ne répondit pas immédiatement. Il observa Austin quelques secondes, comme s’il cherchait à mesurer ce qu’il y avait réellement derrière cette offre. Opportunité. Intérêt. Calcul. Peut-être un mélange des trois.
Un boss. Donc une organisation. Donc des règles. Donc des chaînes… plus ou moins visibles.
Il croisa lentement les bras, sans se fermer pour autant, adoptant simplement une posture plus stable.
-Une présentation, ça me va.
Il marqua une légère pause avant de reprendre, plus posé encore.
-Je ne cherche pas à m’imposer dans un groupe, ni à m’attacher trop vite à une structure. Mais je cherche à comprendre ce qui se passe, et à me remettre en mouvement.
Son regard resta accroché à celui d’Austin.
-Si votre contact a besoin de quelqu’un qui sait piloter, se battre et survivre… je peux être utile.
Il ne se vendait pas. Il énonçait des faits.
Puis, après un très bref silence, il ajouta avec une nuance plus personnelle
-Et j’ai besoin de crédits. Ça aussi, c’est un fait.
Il laissa échapper un souffle lent.
-Nar Shaddaa. Ce sera un bon point de départ.
Il ne dit rien de plus. Pas de gratitude excessive, pas d’enthousiasme déplacé. Juste une acceptation lucide.
Un nouveau monde et de nouvelles règles même si les anciennes ne disparaissent jamais vraiment.
Il redressa légèrement la tête.
-Je vous suis, Austin. Montrez-moi ce que vaut votre “boss”.
Ce n’était pas un défi.
Mais ce n’était pas non plus une promesse aveugle. -
Le passager semi-clandestin avait beau être avare de mots, il n'était pas non plus dans la retenue extrême. Simplement, il faisait passer ses idées de manière très directe, même si certaines choses pouvaient sembler lui échapper. Austin ne pouvait pas s'empêcher de sourire en l'écoutant. Un discours de vieux sage, de vieux soldat qui en a vu d'autres, sous d'autres régimes, qui a sombré dans le cynisme le plus total, bien loin de toute idéologie. Pas une seconde il ne laissa transparaître un quelconque doute, ou une quelconque illusion, sur la suite de son périple. Pour le contrebandier, c'était bon signe : un type avec les pieds sur terre, c'était un bon allié, pour peu qu'on se le mette dans la poche. Un type sans un crédit en poche, c'était quelqu'un d'à peu près malléable et prêt à beaucoup plus de choses que le voisin plus aisé. Et enfin, un type qui n'avait vraisemblablement pas d'autre choix que celui qu'on lui proposait était le plus à même d'accepter un deal. Tout ça vint rapidement à l'esprit du chef de l'expédition.
-Pas de problèmes, Bertrolen. Il est toujours content d'avoir du monde à rencontrer. Faut juste pas lui marcher sur les pieds et pas se préoccuper de l'odeur.
Le sourire d'Austin s'élargit. Quelque part, ça lui rappelait sa première rencontre avec le boss. Une impression d'autorité l'avait frappé d'entrée, un réalisme froid et sans concessions qui l'avait laissé hébété sur place. En réalité, il n'avait pas de souvenir clair de la rencontre, mais il savait ce qui s'était passé : il avait embrassé une cause commune dont il ignorait jusqu'à l'existence à l'époque. Et puis, finalement, il avait suffit d'une courte discussion autour de la situation pour le convaincre de ce qu'il fallait faire.
-Puisqu'on a un deal, j'vais aller finir ce que j'ai à faire, l'ami. Content de vous avoir à bord et qu'on se soit pas tiré dessus, au final. Le reste, on verra ce que ça donne.
Chose dite, chose faite, le commandant de bord se retira pour repartir à son travail sans plus de cérémonie. Il avait à faire, ils avaient tous à faire, à bord. Le reste du voyage se contentera de discussions banales, autour de la pluie et du beau temps, si on peut parler de ça dans l'espace. Un voyage en hyperespace des plus classiques, dans un endroit confiné, où chacun se devait de marcher un peu sur des oeufs, de manière à ne vexer personne et de ne pas se prendre le chou... Bertrolen sera laissé tranquille si il le désire, il devra dormir dans la cale, mais personne ne le dérangera, peu importe ce qu'il fait. Au final... Un voyage sans histoires. Mais qui aboutira à la pire destination qui soit pour beaucoup de monde : la planète grise, industrielle, le taudis qu'est Nar Shaddaa.
Kryann
HRP :
Je te laisse créer un nouveau sujet sur Nar Shaddaa, au niveau du Spacebarn. C'est là qu'on continuera tes aventures.