Bienvenue sur SWRPG !

Créé en septembre 2006, ce RPG situé dans l'univers Star Wars a démarré à l'aube de la Guerre des Clones. Nous avons cependant pris une trajectoire bien différente de celle de la saga. 18 ans plus tard, nous voilà dans un univers parallèle aux films de George Lucas, un univers unique dans lequel nos propres personnages ont eu (et auront) un impact sur sa destinée.

Contexte: Il n'y a pas si longtemps que ça, dans une galaxie lointaine, très lointaine... L'Ancienne République influençait les quatre coins de la Galaxie, guidée et protégée par les légendaires Chevaliers Jedi, gardiens de la paix et de la justice. De nombreuses années plus tard, on dénombre de nombreux régimes successifs, mais aucun n'a réussi à s'imposer durablement. Empire Démocrate... Empire Sith... Voilà que les différents chemins empruntés nous ramènent donc à une République Fédérale, sans que l'on soit assuré qu'elle parvienne à durer dans le temps. Une République Fédérale qui décide de miser sur la nouvelle Garde Républicaine, vouée à remplacer un Ordre Jedi dont on refuse le dogme si particulier.

Pendant ce temps, Sith, Séparatistes et Chasseurs de Primes ont su se préserver à différentes échelles de l'échec de l'Ancienne République. Tandis que l'Ordre Sith a connu récemment sa fin sur Cathar, laissant la place à différents cultes bien moins influents mais tout aussi dangereux, les Chasseurs de la Guilde de Dantooine n'ont jamais été aussi nombreux, parcourant les mondes à la recherche de primes qui en valent le coup. La Confédération des Systèmes Indépendants, elle, résiste aux fluctuations du temps et se préserve des menaces extérieures en n'hésitant pas à agir lorsqu'il le faut, comme l'en atteste son intervention musclée sur Cathar. La même Cathar qui avait accepté d'accueillir les Vestiges de l'Empire suite à la scission de l'Empire Sith, et qui aujourd'hui se retrouve sous la tutelle des Séparatistes.

Les temps sont sombres, le ciel annonce de mauvais présages comme c'est le cas à chaque nouvelle ère. Les relations entre les grandes puissances ne sont pas au beau fixe, les Sith sont de nouveaux reclus dans l'ombre -là où ils sont les plus menaçants- et les Jedi se terrent sur Endor, bien décidés à ne pas dévoiler leur présence à ceux qui leur sont hostiles et bien décidés à s'en tenir à leur but éternel : l'étude de la Force.

Jamais une ère de SWRPG n'aura été si indécise et pourtant, il y aura toujours quelqu'un pour bouleverser l’échiquier galactique. Comme ce fut le cas ces huit dernières années. Peut-être que tu seras cette personne, qui sait? Notre Galaxie t'attend !

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  • Le ChroniqueurL Hors-ligne
    Le ChroniqueurL Hors-ligne
    Le Chroniqueur
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    #12

    Post n°12
    Auteur : Arnon Veral

    Il était temps de prendre congé du Sous-Préfet Dae’Mid. Me levant et le saluant respectueusement, je m’éclipsais lentement en prenant ma serviette et ma casquette sous le bras. Une secrétaire me montra le chemin, je lui emboîtais le pas. Les choses semblaient bien huilées, et c’était donc en me conformant parfaitement à ce qu’on me disait que j’avançais lentement dans le couloir. Je ne pouvais m’empêcher d’avoir l’esprit embrumé par les questions. Qui avait fomenté cet attentat ? Dans quel but ? Je ne pouvais réprimer mon instinct qui me disait que les choses étaient plus complexes. L’exécution était grossière et pourtant, ceux qui avaient fait ça s’étaient donnés la peine de trafiquer les droïdes et les réseaux de communication. Je chassais ces questions parasites, après tout je n’étais qu’un simple Sergent de la Marine sur le papier, la politique ne me concernait pas. Je devais procéder par étape et tenter de forger mes opinions sur des faits tangibles.

    On m’invita à entrer dans la même salle dans laquelle je m’engouffrais lentement. Une personne m’y attendais, je reconnus immédiatement une femme…Enfin pas tout à fait. La teinte de la peau était différente lorsqu’elle retira sa capuche, je reconnus rapidement qu’il ne s’agissait pas d’une femme, les formes géométriques sur son visage rajoutant au tableau. C’était une Mirialan, une espèce que j’avais déjà rencontré plusieurs fois au cours de mes voyages intergalactiques. J’évitais en général au maximum les autres espèces, ne traitant presqu’exclusivement avec des humains…Aussi je dus réprimer un tic de dégoût face à cette personne dont l’affiliation n’était pas claire. Je me contentais d’un sourire en coin poli à son sourire enjôleur. A son pastiche de salut militaire, je lui opposais un salut parfaitement règlementaire, ne lui serrant pas la main comme la convenance l’aurait pourtant voulu. J’attendais de savoir ce que cette Mirialan venait faire dans l’équation, était-elle une énième interlocutrice ? Je décidais donc de conserver ma position d’observateur, lui rendant un sourire franc mais discret.

    Le tutoiement et la familiarité m’arrachèrent cependant un plissement des yeux. Cette Mirialan ne semblait pourtant pas étrangère à l’armée ni au système Confédéré et pourtant elle se permettait cette proximité. Je me rappelais alors que c’était la première fois que je voyais un membre de cette espèce d’aussi près. Malgré cette horrible peau verte, certains auraient sans doute pu la trouver attirante et il était clair qu’Arestadili en jouait. Je compris alors qu’elle était l’ingénieur qu’on m’envoyait.

    Vieux cochon de Dae’Mid…

    Je ne pus réprimer un soupir intérieur…J’avais demandé un ingénieur à ce vieux salaud et il m’envoyait…Ca. Au sein de l’Empire Sith, plusieurs officiers pensaient que les aliens étaient un véritable fléau. Pour avoir passé des années au sein de leur organisation, j’avais bien compris que cela tenait plus du mythe que de la réalité. L’Empire Sith avait envahi de nombreuses planètes peuplées d’autochtones qui avaient été réduits à l’état d’esclaves et maltraités, cela avait favorisé l’apparition de mouvements armés de résistance…Lesdits autochtones n’étaient donc pas plus nuisibles que nous…C’était une simple réaction. Pour ma part, si je n’avais jamais adhéré à ces racontars, j’avais quand même compris que les aliens n’étaient pas compatibles avec les humains, nos cultures et nos mœurs étaient trop différents. L’attitude d’Arestadili donnait de l’eau à mon moulin, je la trouvais déjà vulgaire et son attitude me gênait au plus haut point. Sa familiarité était à mon sens un profond manque de respect. Dae’Mid était également un alien, mais le Sous-Préfet avait su gagner une certaine forme de respect de ma part, précisément car il avait su maintenir l’étiquette inhérente à son rang. Je me surpris à verser dans des pensées incohérentes…Réalisant que je ne pouvais pas rester là sans rien faire les bras ballants, c’est après une petite hésitation que mon visage se fendit d’un nouveau sourire.

    -Eh bien…Nocturna, il semblerait que nous devions travailler ensemble. Trouvons un coin tranquille pour discuter et je t’expliquerai de quoi il en retourne.

    Mon masque était parfait, je faisais ce que j’avais toujours su faire : donner le change. Mon hésitation avait été maquillée en légère timidité et désormais, je laissais apparaître quelqu’un de chaleureux. Les années passées au sein du BSI m’avaient changé et je pouvais maintenant le dire : si j’avais été un peu rouillé au début de mes missions, j’étais désormais à nouveau opérationnel. Cette mission était un test et je me devais de l’accomplir avec brio…Il n’y avait aucun choix. Je décidais de mettre mon dégoût de côté et de suivre Nocturna qui de toute manière n’attendait aucune réponse et semblait bien décidée à m’entraîner dans son atelier. Je récupérais mon arme que j’enfournais dans son holster à mon ceinturon et sortis du palais. Alors que mon esprit était régulièrement attiré par le cliquetis de ses bagues et son jeu d’adresse avec la pièce qu’elle tenait entre les mains, je la suivis jusqu’à l’atelier…Une bicoque fermée par un lourd rideau de fer qu’elle tira avec une force insoupçonnée pour un être de sa taille. Ma « farfadette » du jour s’y engouffra, dévoilant un atelier qui reflétait en effet un niveau professionnel. Plusieurs ustensiles et outils spécialisés étaient rangés par ordre sur des portoirs et du matériel électronique était rangé avec la même méticulosité dans des tiroirs transparents. Laissant ma nouvelle amie se changer et venir avec les attributs propres à son statut de mécanicienne cette dernière m’interrogea alors sur sa mission, continuant de jouer avec sa pièce. Malgré ses vêtements amples, la Mirialan ne pouvait cacher qu’elle était très attirante. Chassant à nouveau ces pensées, je me concentrais sur l’essentiel, tentant d’oublier la course infernale de cette pièce qui s’était lancée dans un nouveau tintamarre avec les bagues de Nocturna. Posant ma casquette et ma serviette sur un coin de la table après avoir inspecté méticuleusement que cet endroit était propre, je fixais à nouveau la Mirialan.


    -Allons droit au but. Le Sous-Préfet a été victime d’un attentat et ce dernier a raté. Si c’est plutôt encourageant pour nous, il y a un certain nombre de détails problématiques dans cette histoire. Ceux qui ont fait ça ont réussi à couper localement les relais de transmission en pleine ville…Empêchant le préfet de contacter qui que ce soit. Pis encore, certains droïdes de surveillance ont été désactivés, d’autres détruits…

    J’agrémentais ma phrase en suspens d’un sourire mystérieux. Je me surprenais à laisser mon naturel analytique reprendre le dessus. Si pendant des années j’avais été un bon chef d’entreprise relativement discret, je dévoilais là mon potentiel : celui d’un intrigant, d’un homme qui aimait se sentir important. Malgré la répulsion véritable que j’éprouvais à l’égard des non-humains, Nocturna n’en demeurait pas moins jolie et enjouée et au fond, on ne se refaisait pas.

    -Tu connais sans doute les protocoles Confédérés et officiels, tu sais que ces droïdes ont plusieurs systèmes de cryptage internes et externes, il est quasi-impossible de les pirater. A ce stade de l’histoire, tu dois commencer à voir où je veux en venir. Si certains ont été désactivés…Pourquoi avoir détruit les autres ? Cela implique deux choses, premièrement, c’est que quelqu’un a eu accès à une partie des droïdes pour les pirater et deuxièmement, tous n’ont pas été piratés. S’agit-il de lots différents ? Comment ont-ils été piratés ?

    Je ménageais mes effets de surprise, à l’image d’un conteur, je posais ma voix, sûr de moi. Bien sûr, Nocturna devait avoir compris l’histoire maintenant. Elle avait été informée et elle allait devoir m’aider. M’approchant d’elle et saisis soudainement la pièce au vol, la déposant délicatement sur la table, l’index sur le métal froid de sa tranche. J’observais le côté face, captivé par les détails de la figure.

    -C’est là où je vais avoir besoin de toi. Je suppose que si tu es la meilleure, tu connais les protocoles Confédérés et tu pourrais inspecter les modules de cryptage des droïdes désactivés n’est-ce pas ? On va commencer par-là, je vais appeler la Sous-Préfecture et nous faire transférer les droïdes qui ont été désactivés et ceux qui ont été détruits. Je veux que tu regardes si les modules de cryptage ont été modifiés, peut-être par un programme malveillant ou par un appareil qui aurait été implanté. Ensuite, nous nous occuperons des communications…Mais chaque chose en son temps. De mon côté, je vais leur demander l’emplacement des droïdes qui ont été détruits et de ceux qui ne l’ont pas été pour voir si je peux y voir une logique dans l’espace ou par rapport à l’heure à laquelle ils ont été relevés.

    Je relevais l’index de la pièce, la libérant et me saisissant de mon datapad. J’écris à la Sous-Préfecture pour leur demander de nous envoyer les droïdes désactivés et ceux qui étaient endommagés. Je leur demandais également un plan exact de la position des gardes synthétiques et également de me communiquer les heures de relèves, je chercherais une logique pour savoir si ceux qui avaient été détruits étaient des droïdes qui auraient été remplacés plus tôt ou plus tard par rapport à ceux qui avaient été piratés. Ce que j’espérais était clair : retrouver les droïdes qui avaient été relevés, ils étaient peut-être encore en service et portaient peut-être encore d’autres traces de piratage ou des enregistrements qui permettraient d’en savoir plus sur l’opération. Déposant soigneusement mon datapad sur la table, je fixais désormais Nocturna.


    -Maintenant, il n’y a plus qu’à attendre. C’est notre premier coup sur l’échiquier.

    Le premier et sans doute un des plus importants. Il était temps désormais de nous confronter à ces comploteurs. Ils étaient sans doute intelligents, mais cette pensée ne faisait qu’attiser ma détermination à les battre à leur propre jeu…

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    • Le ChroniqueurL Hors-ligne
      Le ChroniqueurL Hors-ligne
      Le Chroniqueur
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      #13

      Post n°13
      Auteur : Super PNJ

      Le vieux militaire avait une verve qu'elle ne lui aurait pas soupçonné au premier abord, une sorte de charisme lancinant qui donnait envie d'écouter et de croire à ses petites histoires. Il faut dire qu'il parlait de droïdes de la CSI piratés à une Miralian qui s'en était fait un objectif personnel, difficile de ne pas la captiver. Si il avait parlé culture de choux, elle eut été moins attentive... Mais de fait, il avait l'attention de la mécano, même si tout ses gestes semblaient indiquer le contraire : regardant ailleurs, jouant avec sa pièce, se grattant la tempe, bref, tout pour montrer qu'elle était d'un je-m'en-foutisme rare : sans doute une couverture. Des plus agaçantes, mais une couverture.

      Lorsqu'il se rapprocha et attrapa la pièce au vol, elle ne s'en émut pas, le regardant la poser sur la table. Elle l'écoutait toujours, triant les informations et les rangeant dans son cerveau, c'était là sa seule attitude adulte, puisque ses jambes se balançaient avec une certaine élégance, elle jouait avec ses cheveux maintenant qu'il lui avait piqué sa pièce... Pour autant, elle restait attentive.


      - Déjà, ce qui est très juste dans ta description de notre super armée robotique, c'est qu'elle est quasiment impossible à pirater. Quasiment, ça veut tout et rien dire, et du coup, va falloir commencer par là. Y'a pas grand monde sur cette planète capable de ce genre de petit miracle, pour ainsi dire, j'les compte sur les doigts de mes mains... Après, pour l'histoire des détruits et des piratés, y'a deux choses pour moi : soit c'est voulu pour foutre la merde dans l'enquête, soit y'avait juste pas le temps de mieux... Mais ça veut dire que soit y'a eu un pépin, soit c'était précipité. Je sais pas ce que je préfère du coup.

      Elle finit par récupérer sa pièce, mais elle ne joua pas avec cette-ci. Suite à sa phrase, toutes ses attitudes et gestes parasites avaient disparus comme par magie, laissant Nocturna le regard plongé dans les gravures de son maigre magot. Ses yeux dans le vague témoignaient d'une réflexion intense, et elle finit par jeter à nouveau la pièce, la récupérant dans son poing. Après quelques secondes et un léger sourire très charmeur, elle ouvrit la main, révélant le côté pile.

      - T'es au courant que ça va me prendre looooongtemps pour étudier tout ça et qu'il me faudra un peu de matos de la sous-préfecture ? J'me doute que tu pourras m'obtenir ça, hein, mais tarde pas trop, y'a aussi les sauvegardes et mises à jour qui font que y'a des effacements de mémoire très réguliers. A moins qu'ils aient été renvoyés dans les fonderies de Jabiim. Ce qui serait d'autant plus moche.


      Elle récupéra un bout de papier et commença à écrire en quelques secondes, frénétiquement, avant de le tendre à Arnon.

      - Tiens ! Va m'falloir tout ça, et si tu peux aussi m'négocier une avance sur salaire pendant que je bosse, ça m'ira bien. D'ici à ce que j'ai fini, j'te souhaite bien du courage, Cato, c'est la jungle... Et les politiques c'est de la saloperie. Alors les deux en même temps... T'as pas fini d'en %$!#.

      C'est d'un sourire amusé qu'elle mit fin à leur petite discussion, s'échappant rapidement de la vue d'Arnon pour s'éclipser dans l'arrière-boutique, mettant le volume sonore d'une musique électronique à fond comme pour marquer une envie de rester seule. En tous les cas, elle en avait vraisemblablement fini pour l'heure et attendrait la suite, sans doute avec une certaine impatience. Pour Arnon lui-même, la suite serait moins réjouissante, car sans la Miralian, il était laissé, livré à lui-même. Peut-être même était-ce la volonté de Nocturna ? Toujours est-il qu'il allait devoir faire montre d'une certaine ingéniosité désormais, surtout que les documents confidentiels de la préfecture arrivaient en masse depuis les ateliers et les garnisons, noyant l'agent sous une masse d'informations considérable...

      Spoiler : Spoiler
      HRP
      J'ai volontairement laissé à ton interprétation le contenu des documents de la préfecture (ce ne serait pas drôle si je te donnais tout). La seule chose que j'impose est que les droïdes piratés furent les plus proches du lieu de l'attentat. Du reste, libre à toi !


      Atréïs

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      • Le ChroniqueurL Hors-ligne
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        Le Chroniqueur
        a écrit sur dernière édition par
        #14

        Post n°14
        Auteur : Arnon Veral

        Je considérais mon interlocutrice, l’espace d’un instant. Son attitude désinvolte m’agaçait au plus haut point et je me surpris à penser des conséquences qu’auraient eu une telle attitude du temps où j’étais au BSI. Bien sûr, moi je n’aurais sans doute rien dit…Je ne disais jamais rien…Mais Rec n’aurait pas accepté cela. Pas plus que le reste de la chaîne de commandement d’ailleurs. Une nostalgie fugace s’empara de moi, rapide comme l’éclair, électrisant mes sens, caressant mon âme. La nostalgie d’une période révolue et d’un temps où j’étais encore quelqu’un, pas un débris inutile. Vous auriez bon ton de me juger, les Pères Lamorale et autres objecteurs de conscience, mais en réalité, comme dans toute société humaine, j’avais accepté une contrepartie pour en arriver là où j’étais arrivé à cette époque. J’avais transgressé la morale, scarifié ma conscience, éclipsé mes aspirations pour embrasser ma carrière. Comme à chaque fois, ces pensées m’entraînaient dans un maelström mental qui balayait ma motivation et m’enlisait dans les remords. Seules les cigarettes -que je fumais l’une après l’autre- et les verres d’alcool -que j’enchaînais avec la même frénésie- pouvaient me calmer et embrumer suffisamment mon esprit pour me faire oublier ce que j’avais commis. Mais pour autant, cela n’empêchait pas le constat final d’émerger, rude et violent, comme une claque : je n’étais plus un officier du BSI, j’étais maintenant tout au plus un sergent de la marine. Nocturna le savait sans doute tout autant que moi, les temps et le monde avaient changé et moi, je n’étais plus qu’un spectre qui était ressurgi du passé. Une silhouette décharnée dont le visage lardé de cicatrice était tout juste bon à effrayer les enfants. Je faisais un bien piètre épouvantail, qui aurait suscité tout au plus le dégoût chez Nocturna si elle avait connu mes états de service.

        Je chassai à nouveau ces pensées. Mon esprit vagabondait, captivé par les cheveux que Nocturna entortillait avec son doigt…Hagard face aux retournements de ses longues jambes…Consterné face à son sourire. Mais des considérations plus pragmatiques émergeaient durant ses prises de paroles : elle savait réfléchir. Plus nous avancions, plus je comprenais qu’elle serait ma meilleure alliée dans cette affaire. Si j’avais accumulé de nombreux défauts au fil des années, il y avait bien une qualité qui ne s’était jamais éteinte : j’avais toujours bien su m’entourer. C’était comme un don, je savais reconnaître mes meilleurs alliés et miser sur le bon cheval pour arriver à mes fins. Acquiesçant lentement, je complétais la remarque de Nocturna.

        -Et je suppose que tu connais ceux qui en sont capables, n’est-ce pas ? Si le piratage est avéré, il va falloir trouver un moyen d’aller vers eux pour éventuellement les confondre…Ou trouver quelqu’un qui pourrait nous renseigner sur leur éventuelle implication. Je devine que tu en es capable aussi hein ? Dans tous les cas nous ne devons pas perdre de vue que les responsables sont peut-être des membres du gouvernement local ou même Confédéré. Je n’aime pas cette idée, mais nous devons nous y préparer. Ainsi si les gens auxquels tu penses ne sont pas impliqués et qu’on commence à savoir qu’on enquête sur les responsables, les coupables vont tenter de se couvrir. Nous devons agir vite, tu as raison, je m’occupe de ce pas de nous faire livrer les droïdes.

        Alliant le geste à la parole, je me saisissais à nouveau de mon datapad, contactant la préfecture. Les contacts que m’avait donné Dae’Mid étaient pour la plupart des intendants très efficaces. Ils répondirent très rapidement, m’informant que les droïdes seraient livrés à l’atelier de Nocturna. Je demandais également à ce qu’une escorte soit envoyée ici, sans en informer mon interlocutrice. Avoir une patrouille dans les environs éviterait les mauvaises surprises. Je ne savais l’expliquer, mais j’avais un mauvais pressentiment concernant cette mission. Si des membres de la Sous-Préfecture ou du cabinet de Dae’Mid étaient impliqués, je ne pouvait m’empêcher de penser que nous courrions un danger et qu’en plus de ça nous jouions contre la montre. Nos adversaires étaient sûrement au courant que des enquêteurs seraient bientôt là. Aussi, je m’activais. Je m’étais saisi du bout de papier, acquiesçant à nouveau lentement. L’attitude de Nocturna était aussi désespérante que désopilante, mais au fond, je m’adaptais. J’avais compris que j’avais besoin d’elle et que j’allais devoir composer avec ses extravagance. Elle acheva de m’exaspérer lorsqu’elle me laissa seul, en proie à une musique sauvage. Je me contentais de m’éclipser devant l’atelier, afin de prendre l’air. Me mettant à l’abri des regard, je sortais un étui métallique à cigarettes, gravé à mes initiales.

        Craquant une allumette, j’aspirais la fumée. La nicotine ne tarda pas d’affluer dans mes veines, calmant brièvement mon anxiété. La ruelle était calme et nous étions loin de l’agitation aux abords de la Préfecture. Les volutes de fumées dansaient autour de moi comme des nuages. L’atmosphère était calme, presque placide, il était difficile d’imaginer qu’une crise politique couvait en ce monde et encore plus difficile d’imaginer que c’était moi, ancien officier du BSI condamné à mort par contumace, qu’on avait envoyé pour régler ce problème mettant en péril la CSI. CSI qui d’ailleurs n’avait d’indépendante plus que le nom puisque personne n’était dupe, les mondes n’avaient plus aucun pouvoir. En l’absence d’un ennemi fort et fédérateur, les grands discours sur la « défense du monde libre » s’étaient étiolés, les masques étaient tombés, laissant apparaître une sorte de dictature molle de l’institution. Les gens auraient beau protester, personne ne les écouteraient. Les plus radicaux entreprendraient des actions criminelles, comme sans doute les instigateurs de l’attentat contre Dae’Mid, mais là non plus, personne ne les écouterait, ils seraient traités comme les bandits qu’ils étaient. Laissant apparaître un rictus, j’en arrivais à la conclusion que j’étais un rouage de ce système. Les idéaux d’égalité que j’avais embrassé lorsque j’étais travailleur pauvre sur Coruscant avaient bel et bien disparu, je n’étais plus membre du Cercle Ouvrier, certains auraient dit que je m’étais embourgeoisé. La politique ne m’intéressais de toute manière plus vraiment et je me surpris à penser que les raisons pour lesquelles je servais la CSI et j’avais rempilé n’étaient pas très claires pour moi. Sans doute avais-je abandonné mes illusions, comprenant que plus rien ne serait comme avant et que le temps où j’étais quelqu’un, au sein de l’Empire Sith, était bel et bien révolu.

        Mon datapad ne cessait de me rapporter des notifications. Ecrasant mon mégot pour le mettre à la poubelle, j’inspectais ces documents. Ils n’avaient pas perdu de temps, la CSI avait pour réputation d’être un bourbier administratif. Il fallait croire que lorsque le problème engageait l’intégrité physique de ses dirigeants et de leurs sbires, les choses étaient accélérées. Il y avait là les numéros de série des droïdes, leur position, les relèves de gardes et surtout, le trajet du Sous-Préfet. J’inspectais tout cela avec grand soin, les informations affluant dans ma tête. Pour l’instant, mon esprit tentait de recoller les morceau, d’assembler les pièces du puzzle. Pendant de longues minutes, j’inspectais les documents, profitant du calme pour me plonger dans l’ambiance du jour de l’attentat. Je fus arraché à mes pensées lorsqu’un véhicule s’arrêta. Il s’agissait d’un véhicule civil, deux droïdes en sortirent avec des charriots, sortant les carcasses de leurs congénères. Certains avaient été détruits par des blasters, d’autres semblaient tout simplement inanimés. Les droïdes déchargèrent les carcasses dans l’atelier, les approchant de Nocturna et de ses plans de travail. En silence, ils se dirigèrent à l’extérieur et celui qui commandait l’escouade attendit les ordres.

        -Je veux une patrouille à portée. Positionnez vos unités dans les rues adjacentes, personne ne rentre dans cet atelier. Ne vous faites pas remarquer et restez proches de vos transmetteurs.

        Le droïde se mit au garde-à-vous. Je venais de faire preuve d’imprévisibilité, car j’avais fait le choix de faire garder la zone. Les comploteurs ne pouvaient pas anticiper cela. Je doutais qu’ils connaissent mon existence pour l’instant, mais je souhaitais avoir une escouade de droïdes sous la main, prête à servir. Le véhicule serait utile aussi, si nous devions nous déplacer rapidement, nous serions escortés et un véhicule banalisé n’attirerait pas l’attention. Je rangeais mon datapad et rentrais à l’intérieur pour y retrouver Nocturna, toujours bercée par sa musique diabolique. Avec un sourire avenant et poli, je la rejoignais.

        -Serait-il possible de baisser le volume s’il-te-plaît ? J’ai du mal à me concentrer et on ne va avoir du mal à communiquer. J’ai du nouveau…

        Attendant que ma nouvelle amie baisse le son, je sortais mon datapad, désignant les droïdes.

        -Tu avais raison, ce n’est pas si simple, il n’y a pas de logique évidente dans le remplacement et les droïdes qui ont été piratés. En revanche, si on regarde le trajet du Sous-Préfet, l’incident a eu lieu dans le seul tronçon où la sécurité était uniquement assurée par des droïdes et où il n’y avait pas de gardes némoïdiens. Ils connaissaient le parcours du Sous-Préfet. Les parcours de Dae’Mid ne sont pas réguliers, ils ne sont pas non plus publics, j’ai vérifié. Les responsables savaient, ils ont été prévenus…J’en suis convaincu maintenant…Ils ont forcément des informateurs au sein de la Sous-Préfecture.

        Elle comme moi saurions ce que cela impliquait : la haute-trahison. Nous n’en étions pourtant pas à chercher les coupables. Je désignais les immenses caisses métalliques dans lesquelles gisaient les droïdes, dans une caisse il y avait les carcasses déchiquetées par les blasters, dans l’autre les carcasses piratées et inanimées. Je désignais à Nocturna les outils et tout le matériel qu’elle avait demandé, je lui tendais également un document qui attestait de son avance sur salaire. J’avais accédé à toutes ses demandes sans même les questionner, usant de la méthode que j’avais toujours utilisé : me faire apprécier.

        -Je te laisse maintenant travailler tranquillement. Si tu as besoin de moi, je serai à côté pour éplucher le reste des documents envoyés par la préfecture.

        Je lui fis signe, me montrant disposer à l’aider si elle souhaitait transporter les carcasses de droïdes. Nous entrions maintenant dans le vif du sujet.

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          Le ChroniqueurL Hors-ligne
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          a écrit sur dernière édition par
          #15

          Post n°15
          Auteur : Super PNJ

          Il était peu dire que le volume de la musique de Nocturna était fort. Pour ainsi dire, elle n'en avait cure, de la gêne potentielle d'Arnon. Les pieds posés sur son atelier, un datapad dans chaque main, un verre d'eau avec une paille dans la bouche pour le siroter allègrement, et la chaise qui ne tenait que sur deux pieds, la Miralian était tout sauf professionnelle, sans doute au grand dam du Sergent et Agent de la CSI. Lorsqu'il rentra dans la pièce et émit sa doléance, elle leva un index vers lui, l'air de lui dire d'attendre, continuant de tapoter de l'autre sur sa tablette. Elle chantonnait en même temps qu'elle travaillait, Dieu sait sur quoi, et quelques dizaines de secondes plus tard, elle finit par enfin tourner la tête vers l'humain, baissant enfin la musique avec un soupir.

          - C'était le meilleur drop, t'as pourri mon groove !

          Elle n'avait pas cessé de sourire, mais elle s'était légèrement assombrie, arborant partiellement une moue boudeuse, ses yeux ne riant plus autant. Un nouveau soupir s'échappa de ses lèvres alors qu'elle jetait sa tablette sur son établi. Si elle avait des mouvements d'humeur, elle n'en demeurait pas moins attentive, attendant qu'Arnon n'en finisse avec ses explications pour prendre la parole.

          - Y'a plein d'monde qui doit connaître ses déplacements, au préfet. Genre, imagine, les mécanos pour son taxi et son droïde pilote, l'intendance pour la bouffe, les secrétaires pour les docs'... Enfin, j'imagine hein, c'est toi le spécialiste, mais j'te vois bien partir dans un délire de trahison haut-placée, et faut pas oublier que tout c'petit gratin là, ça reste des privilégiés qui s'lattent en façade, dans l'arrière-boutique, c'est tous les mêmes et ils se partagent le gâteau du travail des autres...

          Elle acheva sa tirade d'un coup, sans réellement de conclusion, et reporta ses yeux sur le matériel qui avait été ramené en nombre et en masse dans sa petite boutique. Arnon avait fait vite, et elle pouvait reconnaître et apprécier l'efficacité du type. Même si il avait l'air d'un vieux croûlant, ça bossait bien. Elle récupéra en priorité l'avance sur salaire, qu'elle fit disparaître dans ses vêtements, puis se pencha sur l'une des grandes caisses métalliques, se penchant dedans, le haut de son corps masqué par celui-ci ne restaient au dehors que ses longues jambes et son postérieur qu'elle affichait sans aucune gêne, ni honte. Dans le conteneur, on pouvait entendre la mécanicienne fouiller et faire un barouf d'enfer, alors que sa voix vint surpasser le reste.

          - Avant de t'enfuir, j'suis pas contre un caf', si tu sais l'faire, y'a tout le matos sur le bureau, à côté du datapad. Tu peux le prendre aussi, j'y ai collé ce que tu demandais tout à l'heure : adresses, contacts, alibis pour les rares que je connais qui sont capables de pirater les droïdes. Ca veut pas dire qu'il y a tout le monde, mais si tu veux jeter un œil, c'est gratuit, c'est pour moi.

          Elle finit par émerger de la caisse, s'accoudant dessus en tenant une tête de B1 dans une main, levée devant elle. Sa tête s'agitait doucement au son de la musique qui planait encore dans l'air, ses mèches de cheveux rebelles suivant le rythme, chacune à leur manière. Ses doigts pianotaient à nouveau sur le métal, alors qu'elle observait le débris sous toutes les coutures.

          - Dis-donc, ils étaient pressés de les démonter... T'as vérifié si y'avait tout ? Ou ils t'ont dit qu'il en manquait ? Si c'est l'cas, ça va rendre le boulot vachement plus dur...


          Elle trouva finalement ce qu'elle cherchait, laissant retomber la tête au fond de la boîte métallique, secouant la sienne avec une nouvelle moue peu convaincue.

          - Ca va prendre des plombes de tous les vérifier, un par un... On sait même pas si ils ont tous été piratés selon les mêmes méthodes. Moi, en tout cas, j'aurais varié, histoire de foutre la merde. Mais tout le monde est pas aussi doué que moi, hein. Et puis, pirater autant de droïdes, sans que personne s'en rende compte, ça veut dire que ça s'est fait sur un lot précis... Ou entre deux restaurations ? A moins que la Préfecture soit aux fraises et fasse pas de contrôles ? Je veux dire, c'est du courant normalement, mais vu que y'a zéro menaces, ça se trouve, ça s'est ramolli ? T'aurais moyen de vérifier ça, tiens ? Les dates de dernières maintenances ?


          Elle en donnait beaucoup et s'en doutait, mais en même temps, on lui avait dit qu'il fallait la meilleure, et la paye était sûrement largement supérieure à ce que Arnon allait toucher, lui, mais en même temps, elle avait une compétence rare. En attendant sa réponse, elle tira une carcasse entière d'une caisse et une boîte à outils fournie par la Préfecture et se mit à son atelier pour commencer à travailler.

          Atréïs

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            Auteur : Arnon Veral

            J’ignorais les complaintes de mon interlocutrice. Sa musique de sauvage m’importait peu, au fond, seule importait ma mission. Quelque chose qui avait été inscrit en moi, l’Académie Impériale m’avait changé, au point de me faire devenir un autre. C’était l’aspect tragique de ma condition, j’avais beau avoir pris conscience des horreurs commises par le système impérial Sith et de ma responsabilité dans ces dernières, mon esprit porterait toujours les stigmates de leur système d’endoctrinement. Mais j’étais également redoutablement pragmatique et avoir conscience de cet état de fait me rendait encore plus efficace. J’allais utiliser cette détermination à obéir aux ordres de la hiérarchie durant cette mission. Nocturna semblait à des lieux de mes questionnements, simplement préoccupée par sa musique et sa tâche. Il était trop tôt pour me forger une opinion solide sur la femelle Mirialan, mais elle semblait être un peu moins sotte que les autres bestiaux. Aussi, m’en faire une force serait le meilleur pour l’instant. Mon regard s’arrêta sur ses lèvres charnues, fendues d’un sourire. A l’évocation de l’hypothèse complotiste à laquelle je serais précisément en train d’adhérer, un petit sourire se dessina sur mes lèvres.

            -Effectivement, c’est un nombre conséquent de personnes qui savent qu’il va se déplacer…Par contre l’itinéraire n’est connu à l’avance que par un nombre restreint de personnes. Les chefs de la sécurité, quelques opérateurs et ses deux officiers d’intendance. Tu peux directement oublier les deux officiers de l’intendance et les chefs de la sécurité, ils sont surveillés en permanence. Il reste les opérateurs, mais c’est trop facile…J’ai eu leurs noms rapidement et ces derniers se contentent en général de transmettre les ordres aux droïdes et à la sécurité. On ne peut pas exclure que d’autres membres du personnels aient dérobé les codes d’accès d’un des opérateurs ou piraté le système informatique local de la Préfecture. Je suppose que quelqu’un capable de pirater des droïdes de sécurité serait aisément capable de faire ça. Un paquet de gens donc…Mais ça n’exclut toujours pas la haute-trahison…

            Nouveau sourire amer. J’étais désabusé, je m’en rendais bien compte, c’était dans ma nature. Le fait de rempiler au sein de la CSI avait fait ressurgir en moi des sentiments contradictoires. Toute la propagande sur les jeunes recrues à qui on vendait de servir sa planète et le drapeau, ça ne fonctionnait plus sur moi. J’étais théoriquement moi-même un traître, je connaissais donc très bien le sujet. Bien plus que Nocturna ne pouvait l’imaginer. Je me contentais de hocher la tête lorsque cette dernière demanda un café, me focalisant sur son datapad. Cette bonne femme était insupportable et il y avait bien des moments dans ma vie où j’aurais utilisé mon autorité pour la mettre aux arrêts…Seulement voilà, bien que Capitaine, je ne faisais pas partie des troupes combattantes. Aujourd’hui j’étais tout au plus un simple sous-officier à peine éloigné des troufions du rang, c’était du moins ce qu’affichaient mes galons. Comme les autres, j’étais à la merci de galonnards qui pourraient me faire tourner à leur guise. Nocturna était ma seule alternative, ma seule réelle alliée. Le Sous-Préfet avait déjà été très gentil de me donner ce contact.
            Activant la machine, j’insérais le compartiment rempli de grains moulus. Me saisissant de deux gobelets, je lançais la machine tout en me permettant de prendre le datapad de la Mirialan et en lançant un transfert de données sur mon propre appareil. En dépit de son attitude désopilante, elle semblait avoir de la suite dans les idées, les contacts étaient bien ordonnés. Me saisissant des breuvages, j’en tendis un à l’extra-terrestre, me fendant d’un sourire qui ressemblait souvent plus à une grimace à cause de mon masque de cicatrice.


            -Eh voilà pour toi, cette tournée est offerte…Chanceuse.

            Si je n’avais écouté que d’une oreille, je n’avais pas perdu une miette de ce qu’elle m’avait dit concernant les droïdes. Les craintes concernant la Préfecture se réalisaient : les droïdes étaient démontés, le tout constituant un fatras informe et minéral qui gisait sur l’établi de Nocturna. Je plissais les yeux, je n’avais jamais aimé la mécanique, moi mon truc ça avait toujours été l’administration et les idées. J’organisais, j’ordonnais, je lançais des procédures, cela avait toujours été mon point fort. J’étais très doué pour avaler des dossiers et les synthétiser, pour trouver des vices de procédure ou pour trouver des solutions afin de faire tourner la baraque. Malheureusement, ces talents n’allaient pas être utiles…Pas tout de suite tout du moins.

            -Fais ce que tu peux. J’ai bien peur que tes craintes ne soient justifiées. De mon côté, je vais regarder ce que tu as mis de côté et les documents que m’a envoyé la préfecture. J’ai encore quelques tours dans ma manche…

            J’avais volontairement éludé ses questions. J’avais ces informations, je les lui donnerais, mais pour l’instant, je devais appréhender comment fonctionnait cette Préfecture. Qui faisait les maintenances ? A quelle fréquence ? Qui avait approché ces droïdes ? Cela paraissait simple et basique, mais il était très difficile de trouver des indices quand on ne savait pas ce qu’on cherchait. Je m’étais donc mis à distance, pour éviter d’être à nouveau importuné par la musique primitive de la Mirialan. Je me mis donc à éplucher les documents, méthodiquement. Si j’avais encore un doute sur la lourdeur bureaucratique de la CSI, il venait de se dissiper… J’épluchais toute sorte de bordereaux, de rapports et autres inspections des droïdes. Les fichiers n’étaient bien souvent pas classés et m’avaient été envoyés sous forme de formats bruts, des tableurs impossibles à lire qui me donnèrent un mal de crâne terrible au bout de vingt minutes. Les informations étaient difficiles à trouver, mais je finis par trouver ce que Nocturna m’avait demandé, je notais les informations mentalement, passant une heure supplémentaire à chercher qui effectuait ces maintenances.

            C’est à la fin de cette heure aliénante que je vis le nom. Une information pourtant totalement anodine, qui aurait sans doute inquiété personne. Un détail, une petite information que j’avais croisé avec la liste fournie par Nocturna. Un petit sourire sarcastique se dessina sur mon visage. Je me levais lentement, me rapprochant de la Mirialan et avalant d’une traite la gorgée du breuvage qui était maintenant froid…Ce qui faisait ressortir son amertume et sublimait les relents âcres de nicotine que j’avais encore dans la bouche. Je m’approchais de Nocturna et déposais sur son établis mon datapad.


            -Regarde ça !

            J’affichais un nouveau sourire plein de malice que j’accompagnais d’un clin d’œil qui ressemblait cette fois plutôt à un tic, un de mes yeux étant atteint d’une légère ptôse, conséquence de mes blessures. Lorsqu’elle regarderait le datapad, elle verrait que je m’étais arrêté sur un nom, le nom de la personne qui avait effectué la maintenance, exactement treize jours avant l’attentat contre Dae’Mid.

            -Figure toi que la Préfecture sous-traite certaines opérations de maintenance des droïdes à des civils. Pas n’importe qui bien sûr, mais des gens revenus à la vie civile ou qui ne sont pas fonctionnaires. Cette femme, Ana Cynn était dans l’armée, elle a fait la Forge Stellaire et y a perdu une jambe à cause d’une mine.

            Les opérations de sous-traitance étaient extrêmement surveillées, c’était pour cela que j’avais eu accès la fiche de l’ancienne militaire. Nocturna la connaissait aussi puisqu’elle figurait dans sa liste. Avait-elle conscience de son passé ? Moins sûr. Savait-elle qu’elle faisait la maintenance des droïdes pour la Préfecture ? C’était sûr que non, car l’autre était soumise au secret. Les documents stipulaient que Cynn avait une formation d’ingénieur et qu’elle avait fait partie du corps des sapeurs à la Forge Stellaire, sans doute les démineurs.

            -Son dossier médical est intéressant, apparemment elle aurait quitté le service actif à cause d’un stress post-traumatique. Elle continue de travailler en sous-traitance, sans doute un programme pour lui permettre de rester intégrée à la société. Elle me semble un bon point de départ…Qu’en penses-tu ? Fais-moi confiance, les vétérans ont souvent des raisons d’en vouloir à l’armée…Je sais de quoi je parle.

            Mon visage labouré par les cicatrices se figea dans un rictus. Mon raisonnement pouvait paraître délirant pour quelqu’un qui n’avait pas vécu la bataille de la Forge Stellaire, mais c’était mes tripes qui parlaient. Cynn n’était peut-être pas la responsable de l’attentat mais il était difficile d’imaginer qu’elle n’aurait pas pu trafiquer les droïdes…Au moins à son insu. Utiliser un civil qui travaillait en sous-traitant, c’était bien moins évident et moins risqué que de passer par les gens de la préfecture. Au fond de moi, mon mauvais génie ricanait, elle et moi avions sans doute été dans des camps adverses sur la Forge Stellaire. Je ressentis une poussée d’adrénaline, cette sensation d’être au bord du gouffre de ma conscience…Et de sentir les yeux inquisiteurs des monstruosités qui s’y terraient…

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              Auteur : Super PNJ

              Nocturna n'avaiit pas cherché à pousser ses questions. Elle était payée pour réfléchir sur les droïdes, et si elle mettait de bonne grâce son cerveau au service de la cause, elle n'allait pas pour autant insister. Elle n'était pas de l'armée, pas de la police, et globalement, ne connaissait des enquêtes que des holofilms, souvent à l'eau de rose, qu'elle regardait avachie dans un canapé avec un seau de friandises et un soda ou une bière de taille démesurée, le tout lui permettant de reposer ses neurones fatigués d'une journée bien remplie. De fait, elle se serait bien vue le faire le soir même, mais quelque chose lui soufflait que l'homme aux cicatrices face à elle ne la laisserait pas tranquille tant qu'il n'aurait pas quelque chose de tangible à se mettre sous la dent.

              Elle le laissa travailler de son côté. L'administratif semblait lui filer une excitation toute particulière, et ça lui évitait de se perdre dans des heures et des heures de traitement administratif. Café en main, outil dans l'autre, elle se pencha sur le premier droïde, se disant qu'elle aurait largement le temps de commencer à le dépecer. Erreur. L'autre devait avoir un don puisqu'à peine une heure plus tard, il relevait la tête comme si il venait de tomber sur un filon de diamant qui le rendait riche. Pire que ça, il semblait excité comme une puce, on aurait cru à un chercheur venant de tomber sur une formule magique pour guérir toutes les maladies du monde...


              -Regarde ça !

              Il lui colla un datapad sous les yeux qu'elle eut à peine le temps d'attraper avant qu'il ne finisse sa course dans son nez.

              -Figure toi que la Préfecture sous-traite certaines opérations de maintenance des droïdes à des civils. Pas n’importe qui bien sûr, mais des gens revenus à la vie civile ou qui ne sont pas fonctionnaires. Cette femme, Ana Cynn était dans l’armée, elle a fait la Forge Stellaire et y a perdu une jambe à cause d’une mine.

              Elle avait vaguement entendu parler de ça. Elle-même n'était pas concernée, la maintenance, c'était pour les mauvais qui n'avaient pas d'esprit créatif, mais c'était tout de même une source d'emplois assez consistante au sein de la CSI. Mais on parlait là d'armée, de secret militaire, et la traçabilité aurait dû être parfaite de ce côté, même Nocturna qui n'avait qu'une faible opinion de ses collègues en robotique n'avait pas de doute à ce sujet.

              -Son dossier médical est intéressant, apparemment elle aurait quitté le service actif à cause d’un stress post-traumatique. Elle continue de travailler en sous-traitance, sans doute un programme pour lui permettre de rester intégrée à la société. Elle me semble un bon point de départ…Qu’en penses-tu ? Fais-moi confiance, les vétérans ont souvent des raisons d’en vouloir à l’armée…Je sais de quoi je parle.

              Pour toute réponse, elle se leva pour se refaire un café. Sa machine fonctionnait déjà à plein régime quand elle travaillait seule, maintenant que ce type venait lui exposer ses idées, ça serait pire... En attendant que le breuvage ne coule, elle réfléchissait. Et pas que à son idée primaire, aux implications de sa réaction aussi. Si elle était encore vivante et en bonne santé, c'était d'abord parce qu'elle surveillait ses arrières alors qu'elle passait son temps à travailler sur des sujets sinon douteux, au moins sensibles. Sa main vint à sa poche, sortant sa pièce de monnaie qu'elle recommença à faire tinter contre ses bagues alors qu'elle dansait entre ses doigts. Habilement, elle faisait passer la devise d'une main à l'autre, couvrant la musique de ce cliquetis régulier.

              -Et tu veux lui faire dire quoi, à cette... Cynn ? Au mieux, tu as tort et c'est une impasse. Au pire, tu lui poses des questions et les instigateurs de l'attentat te tombent sur la gueule, non ? Parce que j'imagine que tu vas pas te pointer là-bas avec une compagnie de droïdes pour te garder à l'oeil.

              Tout en parlant, elle porta son café à ses lèvres, ce qui lui offrit un temps de réflexion supplémentaire.

              -J'imagine que t'as prévu autre chose, mais c'est pas mon boulot... Tu vas faire des recherches sur elle ? Il faut que je sache comment elle bosse, selon quels algorithmes. Y'en a plusieurs dans la CSI, c'est plus une question de confort personnel que de réelle utilité. Mais si tu chopes celui qu'elle utilise, je peux essayer de retracer son action. Ca te donnera pas une preuve tangible, mais ça peut t'orienter. Bon, t'attends pas à trouver une clé à molette à son nom dans un plastron de B1 non plus, hein.

              La tâche s'annonçait délicate et longue, mais pas insurmontable. Lentement, un cheminement de pensée s'insinuait dans le cerveau de Nocturna. Comme toujours, elle devait penser différemment pour retracer les événements. C'était à ça qu'elle était douée. Charge au Sergent de lui amener de quoi faire. Et si ça lui permettait de remettre la musique...

              Atréïs

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                Auteur : Arnon Veral

                Le tintement ne tarda pas à retentir… Cliquetis strident qui, tout comme la musique qu’elle écoutait, me donnait tout simplement envie de retourner mon arme de service contre moi. Nocturna me jaugeait, comme si elle réfléchissait encore, se resservant immédiatement un café. Avait-elle simplement compris ce qu’impliquaient les informations dont nous disposions ? Sa tirade sur Cynn me démontra que non. Cela sonnait presque comme une raillerie, me prenait-elle pour un imbécile ? Mes yeux clignèrent rapidement, mes sourcils se froncèrent alors que je la laissais continuer. Alors qu’elle continuait, les mots algorithmes et code furent stockés dans mon esprit. J’avais beau être un bon organisateur, ces détails techniques sonnaient comme une langue étrangère pour moi. C’était l’objectif de travailler avec Nocturna, cette dernière avait la connaissance qui me manquait. Il était clair à ce stade que j’avais pour projet de m’en débarrasser à la première occasion dès que je n’aurais plus besoin d’elle. Pas parce qu’elle m’agaçait -c’était certes le cas- mais pour éviter de mouiller des civils dans une telle affaire. Au fond, je ne connaissais Nocturna qu’à travers la Préfecture et nous parlions d’une alien qui était payée pour de la sous-traitance. Elle connaissait tout le monde sur cette planète dans le domaine technologique.

                Je calmais ma paranoïa, mettant ces idées de côté. Pour l’instant, je n’avais aucune raison d’accuser Nocturna de quoi que ce soit. Je devais cependant me méfier de tout le monde. La théorie du conventicule féru de technologie qui aurait comploté dans l’ombre contre Dae’Mid ne tenait pas, j’étais persuadé qu’il s’agissait d’une organisation importante, voire d’un d’une puissance étrangère qui aurait envoyé ses agents pour utiliser quelqu’un. Là où Nocturna n’avait pas tort, c’était que Cynn n’était peut-être pas au courant de son implication. Toute interaction avec elle pourrait informer les comploteurs malgré nous.


                -J’ai beaucoup de défauts…Mais pas celui d’être stupide. Cynn n’est sans doute qu’une brique dans l’édifice si elle est impliquée…Je ne compte pas avoir investigué davantage !

                Le ton était froid, presque sec et cassant. Nocturna avait appuyé sur un point sensible, elle questionnait mes compétences à mener cette enquête correctement et même si ce n’était pas ce qu’elle avait voulu faire…C’était ainsi que je l’avais perçu à cet instant. Je lui indiquais sobrement que j’allais faire de nouvelles recherches et attendre que la Préfecture me réponde. C’était l’avantage avec l’administration de la CSI, une telle organisation tentaculaire s’engluait dans les dysfonctionnements et les délais…Mais elle restait une bureaucratie. Et comme toutes les bureaucraties, on notait tout et on enregistrait tout, surtout lorsque cela concernait la sécurité des édiles et de leurs palais. Si Cynn était en sous-traitance, elle aurait des informations à fournir sur les algorithmes ou toutes les opérations qu’elle avait effectué sur les droïdes. Je m’en voulais de ne pas avoir demandé directement ces informations à la Préfectures, mais je péchais par ignorance, la programmation des droïdes était très éloignée de mes compétences.

                Je m’éloignais donc, pour finalement disparaître au coin d’un mur. J’avais une idée très claire de la procédure à suivre. J’appelais la préfecture pour avoir les informations demandées par Nocturna, mais j’avais également ma propre idée. Utilisant mes identifiants du DSP, j’effectuais une demande de renseignements au bureau central. Mon statut d’agent me conférait certains privilèges qu’un enquêteur classique n’aurait pas pu avoir directement et je comptais bien m’en servir. J’en profitais pour m’isoler avec son sac. Avec mon uniforme, on me repérais à trois kilomètres, aussi, pour éviter de reproduire les problèmes que j’avais eu lors de ma première mission, je fis le choix de me changer. Déboutonnant ma vareuse, je pliais soigneusement mon uniforme de sergent de Marine pour enfiler des vêtements civils plus classiques, chemise et gilet de laine, pantalon de couleur sombre et souliers de cuir. J’attendis encore une dizaine de minutes avant de recevoir enfin les informations du DSP, celles de la préfecture étaient déjà là. Déposant mon sac et mes affaires dans un coin, je revenais au contact de Nocturna, en civil cette fois. Déposant mon datapad sur la table pour qu’elle puisse copier les informations. J’affichais cette fois un rictus carnassier triomphant.

                -Voilà les algorithme qui sont utilisés par Cynn. Mieux encore, j’ai pu avoir quelques informations sur elle. Notre amie est très endettée depuis un an et demi, a priori, elle est obligée d’aller offrir ses services contre du liquide à un autre type de clientèle…

                Comprendre très probablement la mafia ou des particuliers. Ce travail au noir, je le savais de la part du DSP qui avait déjà deux notes de services sur cette Cynn. Il était d’ailleurs très étrange qu’on fasse encore appel à elle à la Préfecture. Mais cela n’était finalement pas totalement incohérent, la CSI était une méga-structure de plus en plus centralisée, les institutions dirigeantes ordonnaient sans partage et dans leur volonté de contrôle absolu des autorités locales, elles les bridaient. C’était ce qui se produisait sur Raxus Secundus, où des règles et lois locales étaient constamment en opposition ou en contradiction avec des lois centrales. C’était même la base de mon travail et la raison d’être d’AgroChrome, faire en sorte que les entreprises agricoles puissent exister et exercer leur activité dans tout ce flou artistique de règles. Cette fois beaucoup plus souriant, je poursuivais :

                -Regarde si tu peux tirer quelque chose de cet algorithme. Ensuite, j’ai bien envie de réfléchir avec toi à un scénario cohérent qui pourrait me permettre d’aller rendre visite à Cynn.

                Cette fois, j’en étais persuadé…Nous tenions quelque chose.

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                  Auteur : Super PNJ

                  -J’ai beaucoup de défauts…Mais pas celui d’être stupide. Cynn n’est sans doute qu’une brique dans l’édifice si elle est impliquée…Je ne compte pas avoir investigué davantage !

                  La Miralian sursauta presque en entendant le son cassant de la voix d'Arnon, cessant de jouer avec sa pièce. Non qu'elle s'attendait à beaucoup de gentillesse de sa part, eut égard à son visage défiguré qui en disait long sur sa personne, mais a minima un peu de reconnaissance pour le dépassement de fonction dont elle faisait preuve. Elle se renfrogna et se renferma sur elle-même, récupérant ses outils en se drapant de sa fierté toute féminine pour se remettre à son travail, tournant le volume de la musique plus fort pour ne pas avoir à l'entendre ronchonner et faire ce qu'il avait à faire. Malgré cela, elle restait précise et fine dans son œuvre, démontant habilement les carcasses qu'on lui avait fourni, branchant des droïdes à divers systèmes qui récupéraient les données qui pourraient les intéresser plus tard.

                  A force de travail et d'expérience, mais aussi d'un talent inné, elle n'avait pas besoin de beaucoup plus d'un coup d'oeil pour récupérer l'information qui lui manquait lorsque des lignes et des lignes de binaire défilaient sur les divers écrans. Elle appelait cela son don, mais de manière très factuelle, c'était surtout qu'elle avait beaucoup de vécu et un peu de chance. Au moins, elle pouvait voir que le piratage, ainsi qu'elle le pensait, avait été fait avec beaucoup de finesse, par un vrai professionnel, possiblement quelqu'un de meilleur qu'elle... Mais elle ne connaissait personne qui pouvait la surpasser, en tout cas autour d'elle. Peut-être sur d'autres planètes, sans doute même. Toute à ses réflexions, elle n'entendit pas Arnon revenir derrière elle et poser le datapad sur la table. Le sourire victorieux qu'il affichait n'annonçait rien de bon. En fait, elle commençait presque à être gênée, ce type la mettait mal à l'aise avec sa manière de se sentir ici chez lui alors qu'elle était chez elle... Néanmoins, elle accepta de l'écouter.


                  -Voilà les algorithme qui sont utilisés par Cynn. Mieux encore, j’ai pu avoir quelques informations sur elle. Notre amie est très endettée depuis un an et demi, a priori, elle est obligée d’aller offrir ses services contre du liquide à un autre type de clientèle…

                  Elle regarda ce qu'il fournissait, passant rapidement sur les noms qui étaient affichés, s'arrêtant rapidement sur l'un d'entre eux, puis releva les yeux vers lui.

                  -Regarde si tu peux tirer quelque chose de cet algorithme. Ensuite, j’ai bien envie de réfléchir avec toi à un scénario cohérent qui pourrait me permettre d’aller rendre visite à Cynn.

                  -Bah, moi je vais t'en donner un, de scénar'...


                  Elle plaqua le datapad sur le bureau avec violence. Elle grimaçait, pianotant des doigts sur le petit écran, réfléchissant à comment amener le sujet.

                  -J'imagine que t'as pas eu le temps de te renseigner... En même temps, je sais même pas si c'est de notoriété commune dans la CSI, enfin bref. Lui, là, Arvydas Kalnietis. C'est pas juste un mec qui traîne et demande des services, il les exige. Ah, et puis c'est un mac aussi. Alors, ça m'étonnerait pas que Cynn, elle soit pas juste technicienne, si tu vois ce que je veux dire, et qu'elle reçoive effectivement du liquide.

                  Elle avait le regard dur et froid, pour le coup, et elle se leva pour reprendre une tasse de café. On lui avait promis un boulot sur des droïdes, pas de se plonger dans la fange neimoidienne. Arvydas était une brute de la pire espèce qu'elle avait côtoyé une fois, une fois de trop. La légende à son sujet disait qu'il avait pris la place dans le coin en combattant et en tuant ses prédécesseurs, la réalité était autrement plus glauque. Nocturna avait eu accès à certaines caméras pour constater de ses yeux ce qu'il s'était passé.Il n'y avait pas eu de combats, juste des assassinats, brutaux, sanglants et bruyants. Elle revint au datapad, écrasant l'index dessus.

                  -C'est un Defel... Un @£*!&% de Defel qui a buté tout ce qui passait sous sa main. Si tu veux te frotter à lui, va pas falloir que tu fasses un pas de côté, sinon... Couic. Et là, je vais pas pouvoir t'aider. Je fais parler les droïdes morts, pas les cadavres. Là où t'as du bol, c'est que tout brutal qu'il soit, il dit jamais non à une affaire. Si mon intuition est juste, t'as moyen de négocier des minutes en tête à tête avec Cynn. Ou en tête à queue, c'est toi qui voit.


                  Atréïs

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                    #20

                    Post n°20
                    Auteur : Arnon Veral

                    Je plissais les yeux lorsque le datapad claqua sur la table. Mon visage se tordit dans une expression contrariée, la Mirialan avait le don de me courroucer et ce depuis le début de notre entretien : que ce soit dans son teint verdâtre maladif, dans les formes géométriques ridicules qui parcouraient son visage, dans son attitude à la fois provocante et délurée, dans ses allures décontractée et professorale ou dans le manque de soin à ce datapad qui m’appartenait. Alors qu’elle pianotait sur le petit écran, ma grimace parla d’elle-même, je l’exhortais à traiter mon datapad avec un peu plus de soin, c’était mon appareil personnel, un modèle assez onéreux que j’avais payé sur mes frais tout en refusant les modèles classiques qu’on avait voulu me fournir. Demeurer auprès de cette Nocturna me paraissait un calvaire bien plus important que celui de fréquenter Vasburg. Cette dernière avait ses défauts et des attitudes brutales et détestables, mais au moins c’était clair.

                    Mettant ma contrariété de côté, je m’efforçais de détendre mon expression faciale et d’écouter ce qu’elle avait à me proposer. Mes yeux se plissèrent de nouveau lorsqu’elle évoqua un membre de la pègre locale. Ce fut une nouvelle grimace lorsque je vis le Defel, son pelage dru et sombre avec de petites décolorations rousses autour des oreilles. Meurtrier, mafieux, violent, ce Kalnietis semblait avoir toutes les caractéristiques du pur sociopathe…Cela m’impressionnait toujours de remarquer comment dans la pègre ce type de profils pouvait réussir à prendre un rôle de premier plan. En plus de ses trafics, il était également impliqué dans du proxénétisme. C’était ma chance. Alors que Nocturna continuait à me transporter dans sa narration, j’étais moi-même, happé l’espace d’un instant dans des souvenirs qui dataient de plus de dix années auparavant, d’actions auprès de groupes criminels qui avaient eu l’impudence de vouloir négocier pour les plus fous, de nous tenir tête pour les plus bêtes. Je fus arraché à mes pensées par la proposition de Nocturna. Ma langue claqua dans ma bouche.


                    -Je te demande pardon ! Il en est hors de question !

                    Le ton était inhabituellement rêche et sec. Presque cassant. Durant toutes ces années après la bataille de la Forge Stellaire, Ludwig Noas était devenu l’affable Arnon Veral. Arnon était toujours mesuré, toujours souriant avec cette retenue qui le caractérisait. J’avais, au fil du temps, construit un image d’un homme enjoué et énergique qui faisait la joie de ses collaborateurs à AgroChrome. J’offrais des cadeaux à mes collaborateurs le jour des fêtes, les félicitais pour leur anniversaire, tout en maintenant une politesse et des conventions sociales qui m’honoraient. C’était cela ma nouvelle routine, un moyen d’expier mes péchés passés. Malheureusement, depuis que j’avais rejoint le DSP, cet équilibre routinier avait été rompus, car j’était plongé dans le secret et les complots internes, j’avais fini en prison. Maintenant avec cette Mirialan qui voulait m’envoyer fréquenter une prostituée dans le Milieu local. Je jaugeais celle qui me faisait face, j’en étais presqu’à douter qu’elle travaillait pour le DSP. N’étais-je pas encore face à un test ? Une sorte d’immersion dans un environnement très hostile afin de tester ma réaction ? Testait-on ma capacité à réagir face à un ordre ou une proposition absurde ? Je n’avais aucune possibilité de le savoir, je jetais un coup d’œil au Defel, mon visage fut figé en une expression de dégoût. Quel dieu pervers avait pu créer des créatures aussi disgracieuses. Comme le disait le Commandant Rec Ornaz des années auparavant, certaines populations aliens amenaient la débauche, l’alcoolisme et des troubles sociaux. Personne ne pouvait regarder lui dire qu’il avait totalement tort en ayant connaissance du pédigrée de ce Kalnietis. Je secouais la tête, grommelant dans ma barbe.


                    -Cette fichue planète est un zoo où les animaux se sont échappés. Ce n’est pas possible. Le type dont tu parles, c’est un pur sociopathe, je n’irai pas compromettre la mission en allant parler avec lui sur de simples suppositions. Si Cynn avait des connexions avec lui…Tu ne crois pas que la Préfecture et les autorités auraient le sauraient et auraient cassé les contrats ? Il y a des divisions entières des renseignements qui inspectent tout le monde, ils ne sont pas à ce point incapables…

                    Incapables non, par contre il était vrai que Cynn aurait pu passer à travers les mailles du filet. En général, ceux qui avaient des connexions avec la pègre étaient très surveillés, mais il n’était pas impossible qu’elle ait développé ces fréquentations après avoir négocié ses contrats. En tant qu’ancienne militaire, elle bénéficiait d’aides à la réinsertion dans la société civile, elle avait été décorée par la médaille de la Forge Stellaire et avait reçu d’autres décorations mineures, c’était donc une héroïne qui avait perdu une partie de son intégrité physique pour la CSI. La Confédération avait un tel territoire à contrôler qu’il n’était pas non plus impossible que les administrations soient passées à côté. Au fond, le genre de statu quo qui arrangeait tout le monde : les petites frappes faisaient leurs affaires et l’état gérait la politique des mondes…Cela avait toujours existé. N’y avait-il pas un ou deux édiles locaux qui se faisaient graisser la patte ? Pas impossible non plus, si on transposait cela à l’échelle de Cato Naemoidia et de la Confédération dans son ensemble, le cas Kalnietis n’était qu’un cancrelas insignifiant sans réel pouvoir de nuisance. Si ce dernier trempait dans des affaires de terrorisme et d’assassinat contre Dae’Mid, c’était autre chose…Mais je trouvais ce scénario peu probable, c’était trop évident et il n’avait pas le profil. Les gens de l’espèce de Kalnietis formaient une racaille qui en général peinait à voir plus loin. Lui comme les autres finirait tôt ou tard par être occis par un rival, nouvelle étoile montante de la délinquance qui se montrerait plus violente et plus impitoyable que son prédécesseur vieillissant.

                    Saisissant à nouveau mon datapad, je passais en revue les informations que m’avait envoyé la préfecture sur Cynn. Non, aucune irrégularité à part cet aspect financier. La Préfecture n’avait pas d’information entre Cynn et Kalnietis. J’en profitais pour envoyer une nouvelle requête concernant defel. Si ce dernier était véritablement la personne que disait Nocturna, il avait forcément été fiché ou il avait eu des ennuis avec la justice. Secouant la tête et soupirant bruyamment je me tournais vers Nocturna, cette fois ayant repris un peu de mon calme.


                    -Pourquoi t’y vas pas toi ? On te connaît, tu pourrais y aller et déjà vérifier que Cynn est en cheville avec Kalnietis. Ensuite, et seulement ensuite, je pourrai m’y rendre, car si tu te trompes, je serai grillé. En plus, je dois réfléchir à un plan, car je n’ai aucune idée de l’allégeance de Cynn, elle est peut-être du côté de l’animal…

                    Je réfléchissais à haute-voix, cette fois suspendant mon propos. Si Kalnietis était en cheville avec Cynn, cela ferait une bonne raison pour moi de me déplacer. J’avais en effet une idée qui me permettrait de parler avec le defel, si ce dernier trempait avec des trafiquants de composantes illégales pour les droïdes, j’aurais qu’à me présenter moi-même comme quelqu’un qui cherchait ce type de service…Et là, une fois qu’il m’aurait fait une proposition en évoquant Cynn, il me suffirait de cueillir ce beau monde et d’envoyer tout le monde en prison pour les faire parler…Je ferais ainsi d’une pierre deux coups, je pourrais interroger Cynn et faire tomber un nuisible.

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                      #21

                      Post n°21
                      Auteur : Super PNJ

                      L'attitude du soldat face à sa dernière proposition acheva de contrarier Nocturna. Elle était déjà largement en train d'outrepasser ses fonctions en lui proposant des plans, et ça ne lui plaisait toujours pas ? Ce peine-à-jouir allait finir par ramasser soit son poing dans les chicots, soit son pied dans ses bijoux de famille, mais ça n'allait pas traîner ! Et voilà qu'il lui gueulait dessus, désormais, avec sa tête de déterré ? Elle croisa les bras, se renfrognant.

                      -Cette fichue planète est un zoo où les animaux se sont échappés. Ce n’est pas possible. Le type dont tu parles, c’est un pur sociopathe, je n’irai pas compromettre la mission en allant parler avec lui sur de simples suppositions. Si Cynn avait des connexions avec lui…Tu ne crois pas que la Préfecture et les autorités auraient le sauraient et auraient cassé les contrats ? Il y a des divisions entières des renseignements qui inspectent tout le monde, ils ne sont pas à ce point incapables…

                      -Déjà, le zoo, comme tu dis si bien, c'est chez moi, alors mollo sur les termes. Et ensuite, bienvenue dans le monde réel, t'étais attendu ! C'est comme ça partout, de la plus petite cellule de recherche aux plus hauts bureaux des gouvernements, on peut pas tout contrôler et on veut pas tout contrôler, c'est juste logique, sinon, personne croirait au joli conte de fées sur la belle CSI toute puissante et protectrice des libertés.

                      Elle lâche un soupir entre ses lèvres. Il était évident que, quelque part, il y avait une note sur Cynn et sur cette connexion dores et déjà existante. Mais si personne ne l'avait fait remonter à qui de droit, alors la dite note resterait cachée où elle était, peu importait la raison. Elle finit par radoucir son ton légèrement.

                      -Je crois pas que ça justifie quoi que ce soit, mais ce genre de relation, c'est pas nouveau, et ça arrange tout le monde... République, Imperium, CSI, c'est tous les mêmes de ce point de vue, si y'a un peu de blé à faire, la sécurité nationale, on s'en carre. Le temps est pas vraiment à la guerre, et ça se voit, ça se relâche de partout. C'est sûrement pour ça que ça pète de partout, d'ailleurs. Ca va ensemble.

                      Elle récupéra sa pièce entre ses doigts, regardant son collègue cogiter. Elle avait le pressentiment que rien de bon pour elle ne sortirait de sa réflexion, et elle avait un instinct remarquable pour ça...

                      -Pourquoi t’y vas pas toi ? On te connaît, tu pourrais y aller et déjà vérifier que Cynn est en cheville avec Kalnietis. Ensuite, et seulement ensuite, je pourrai m’y rendre, car si tu te trompes, je serai grillé. En plus, je dois réfléchir à un plan, car je n’ai aucune idée de l’allégeance de Cynn, elle est peut-être du côté de l’animal…

                      Gagné. Elle aurait du parier avec elle-même, elle serait riche à l'heure qu'il est...

                      -Tu rêves, Sergent. Je suis pas un agent de terrain, je suis pas de l'armée, je suis mécano, moi. Brillante et capable, mais mécano, et je trempe pas dans la merde, ça éclabousse. C'est toi qui est payé pour enquêter, mon pote !

                      Atréïs

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                        #22

                        Post n°22
                        Auteur : Arnon Veral

                        Je fixais Nocturna avec un sourire de convenance. A quoi aurais-je pu m’attendre de plus ? Après tout, elle n’était qu’une contractuelle du système de la CSI. Cette dernière faisait appel à des experts extérieurs pour une mission engageant la sécurité de la Confédération, ce qui en soi aurait pu paraître étrange. Elle était attachée au fourbi sans nom qu’était ce monde, sans doute car elle n’avait jamais connu autre chose, sa nature alien y était aussi pour beaucoup. L’ordre était l’apanage des sociétés civilisées et les primitifs restaient insensibles aux bienfaits de la civilisation. Si ces idées pouvaient proliférer au sein de l’Empire Sith sous forme de détestation de ce qui n’était pas humain, je n’avais jamais validé leur propagande, mes idées à moi étaient basées sur des faits, ancrées en moi.
                        Mon sourire gagna un peu plus de terrain à l’évocation de mon grade : « Sergent ». Dans sa bouche, cela semblait presqu’une forme de mépris. Le mot, prononcé de manière légère, lui donnant une nuance presque transparente. Ce n’était pas un mépris en rapport avec le grade -bien que subalterne- mais bel et bien pour mon statut de militaire. Nocturna avait-elle un tel mépris pour les institutions de la CSI ? Cela expliquait sans doute ses propos sur le relâchement par rapport aux temps de paix relative. Je haussais donc les épaules tout en poursuivant sur un ton conciliant et placide.


                        -C’est comme tu veux, il va de soi que tu aurais été obtenu des primes spéciales pour une telle opération. Mais soit, je comprends ta position et donc je m’y rendrai tout seul. Libre à toi de m’accompagner ou non, mais pour terminer sur une petite pensée personnelle, il est de notre devoir de faire en sorte que ça ne « pète » pas trop. Il n’y a que ceux qui n’ont pas vécu la guerre qui peuvent se réjouir du désordre…

                        Agrémentant ma tirade d’un sourire, je montrais du doigt mon visage lardé de cicatrices. Cette mission commençait à m’agacer, pourtant, je gardais mon calme. A quoi s’attendait la Préfecture en m’envoyant tout seul enquêter dans les bas-fonds de Cato Naemoidia. A ce stade de l’histoire, je savais que je ne pourrais pas me rendre seul voir cette petite frappe locale. C’était le problème de la démocratie, les criminels avaient des droits.

                        Flashback, une dizaine d’années auparavant,

                        L’homme était attaché à une chaise en fonte…Des liens qui se limitaient à des cordes effilochées mais solides. La chemise ouverte, un liquide carmin s’échappait de diverses plaies de son visage tuméfié. La lumière blafarde d’une ampoule nue dévoilait les reflets violacées et les reliefs boursoufflés de son visage. Ses vêtements tâchés et poisseux détonnaient avec l’uniforme gris cintré de la brute qui le frappait à intervalle régulier. Un sous-officier du BSI à la mâchoire carrée et aux petits yeux vides bien enfoncés dans le visage. Le colosse décocha un crochet du droit dans le visage de l’homme qui gémit de douleur, dont la tête tourna sur le côté. Deux pas en retrait, Rec et moi-même observions la scène d’un air grave. Je portai ma cigarette à la bouche, recrachant lentement la fumée tout en jetant un coup d’œil à mon datapad. Rec, leva le bras, faisant signe à la brute qui se mit sur le côté, raide comme un « i ».

                        -Je crois que tu ne nous as pas bien compris. Peut-être que les anciens maîtres de la planète étaient conciliants avec toi, qu’ils gobaient tes conneries. Mais nous, on est des professionnels. Les types que tu caches pour faire quitter la planète…Ils sont où ? C’est ta dernière chance.

                        Cet homme était comme des centaines de milliers d’autres : des petites frappes qui avaient tiré parti du chaos galactique pour organiser des trafics divers. Celui-ci avait profité de l’annexion de sa planète à l’Empire Sith pour exfiltrer des gens qui voulaient partir et ne pas avoir affaire aux autorités Impériales Sith. C’était commun, le genre d’activités très lucratives…Extrêmement risquées aussi. Je me contentais de lire les divers éléments qu’on avait dans mon datapad. Mon unique préoccupation avait été de retrouver ces gens qui tentaient de fuir, l’Empire Sith ne se priverait pas en effet d’une manne humaine qu’il pourrait épuiser jusqu’à la mort dans ses usines pour soutenir l’effort de guerre. Le sous-officier monstrueux avait repris sa besogne, frappant à intervalles réguliers sur le pauvre bougre. Alors que Rec reprenait place auprès de moi, je lui tendais mon datapad.

                        -Il prévoyait sans doute de les dénoncer ensuite pour les déposséder de leurs biens. Un classique. Certains sont plus intelligents que d’autres…Les crédits ont été encaissés sur la planète…

                        Par pure stupidité ou par appât du gain, le criminel en herbe avait voulu encaisser rapidement son argent et n’avait pas pris la peine de le faire transiter autre part. C’était ce qui avait attiré les limiers du BSI. La lourde machine s’était donc mise en marche : le Département de Sécurité avait émis ses ordres et comme les « prisonniers de guerre » dépendaient maintenant du département économique, c’était à moi qu’on avait fait appel. L’homme, dont le visage tirait vers le pourpre, hurla à son bourreau d’arrêter. Il grommela quelque chose dans sa barbe. Rec se pencha sur les accoudoirs du siège, approchant son visage de lui.

                        -Pardon ? J’ai rien entendu.

                        L’homme murmura quelque chose, une adresse. Il avait finalement donné le nom de ses complices, sans négocier. Sans doute impressionné par les méthodes brutales du BSI. J’aspirais une nouvelle bouffée de fumée, le bout de ma cigarette se mit à scintiller, comme la vie de l’homme qui me faisait face, elle touchait à sa fin. Rec acquiesça lentement en passant devant moi, il avait récupéré les informations. Alors que le Commandant disparaissait dans l’entrebâillement de la porte, je me tournais vers le sous-officier et désignais l’homme du menton, avant d’écraser mon mégot sous le talon de ma botte et de quitter la salle. Le sous-officier sortit moins d’une minute plus tard, le pistolaser encore fumant dans son holster.

                        Comme pris de torpeur, je me rendais compte que ces pensées avaient fait naître en moi un profond malaise. Je m’essuyais le front avec mon mouchoir, reprenant le contrôle de moi-même. Il était temps de contacter la Préfecture à nouveau. Je m’exécutai en m’isolant dans la pièce, faisant la demande d’une escorte en civil et faisant mon rapport. Mon interlocutrice m’informa qu’elle ferait son rapport au Sous-Préfet en personne, maintenant il n’y avait plus qu’à attendre. Je retournais auprès de Nocturna, sourire aux lèvres.

                        -J’ai demandé du renfort, dès que la Préfecture me répond, on lève le camp.

                        Je comptais bien faire d’une pierre deux coups, si on pouvait également arrêter une petite frappe au passage, cela assainirait un peu la planète.

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                          Post n°23
                          Auteur : Super PNJ

                          Nocturna s’était relevée, regardant Arnon droit dans les yeux. La lueur farouche qui régnait dans son regard assombrissait d’autant plus ses traits et sa peau verte. Les suggestions du soldat démontraient simplement qu’il n’avait pas compris ce dans quoi il s’engageait, ni qui elle était. Elle n’en prenait même pas ombrage, en fait, elle réalisait simplement quel homme pitoyable elle avait en face d’elle à cet instant. Ses réactions épidermiques, sa tronche de grand blessé, ses tics nerveux, son agacement constant à son encontre… Il avait vécu, ça se voyait à ses tempes largement grisonnantes, mais surtout à ses yeux, qui reflétaient à la fois la malice inhérente à l’âge et l’expérience, et la brume qui endormait peu à peu l’âme. Il avait trop vécu.

                          Elle finit par secouer la tête doucement.


                          -J’ai pas besoin de primes. J’vis dans la capitale de Cato Neimoidia et c’est la CSI qui vient m’chercher parce qu’elle est dans la merde, pas l’inverse. A la base, je fais ça pour aider, le blé, c’est optionnel. Chacun sa spécialité. Et si la pègre, c’est pas la tienne, alors je peux que te conseiller de prendre la première navette qui te ramènera à ta base.

                          Pour une fois, elle disait ça sans aucune intonation belliqueuse, sans aucun grief à l’égard d’Arnon. Le conseil, bien que formulé de manière peu cavalière, était bienveillant. Il était évident aux yeux de Nocturna que l’homme n’avait pas forcément les connaissances nécessaires pour survivre dans les strates les plus basses de la vie neimoidienne.


                          -Kalnietis est pas le type le plus intelligent du monde, mais il est roublard, et il a du monde qui bosse pour lui un peu partout. Enfin, « pour »… Façon d’parler hein, t’es sur Cato Neimoidia, tout le monde est corrompu ou compromis, ici, à plus ou moins grande échelle, et tout l’monde veut tirer un peu de couverture à des degrés divers et des objectifs plus colorés les uns que les autres.


                          Elle secoua lentement la tête, faisant tinter ses bijoux, puis glissa une main dans ses cheveux. Même lorsqu’elle était agacée, elle restait charmante, une vraie femme, en somme.

                          -Je sais pas comment tu comptes t’y prendre. Pour atteindre Cynn, faudra que tu passes par Kalnietis. Et pour Kalnietis, y’a pas trente six solutions. J’sais pas où tu veux commencer, mais il a sûrement des parts à l’hosto, au Neimo’s Inn ou au CNIL. Dépend de ton approche.

                          Juste avant son départ, Nocturna tendit à Arnon un datapad. Celui-ci contenait les informations dont ils avaient parlé. Protocoles de sécurité, routines, algorithmes, ingénieux capables, tout y était, un travail de pro quoique agrémenté de petites annotations parfois grossières. Ce fut d’un simple mouvement de tête et d’un « bonne chance » prononcé du bout des lèvres qu’elle laissa partir l’agent, non sans en être finalement soulagée. Elle allait enfin pouvoir travailler en paix.


                          Atréïs

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                            Post n°24
                            Auteur : Arnon Veral

                            Faisant une nouvelle fois tourner le marteau dans ma main, je réfléchissais à ce qu’il venait de me dire. Des réunions ? C’était donc un groupe organisé, mais ils n’avaient bien sûr pas envoyé les plus fins. J’avais l’impression que celui qui me faisait face était fragile et influençable, un porte-flingue en somme. Que faire de ça ? Je n’en tirerais rien, même si je le brutalisais. L’espace d’un instant, j’eus envie de le travailler au marteau rien que pour savoir ce que je pourrais en tirer. Bien évidemment, cela ne permettrait sans doute pas d’obtenir plus de sa part. A sa dernière question, je haussais les épaules.

                            -En vous en prenant à une pauvre handicapée ? Je ne vois pas ce qui a de digne derrière tout ça…

                            Et c’était vrai, ces grands discours sur la liberté étaient éculés depuis longtemps. J’avais assez vite compris dans ma vie d’adulte que la morale et les grands principes étaient en général là pour justifier les atrocités ou les écarts de certains. Quoi, cette Légion souhaitait renverser la CSI ? En s’en prenant à Dae’Mid et en tuant une handicapée ? C’était complètement contre-productif, ils ne réussiraient qu’à attirer les foudres du pouvoir central Confédéré qui enverrait ses troupes de choc les débusquer. C’était stupide et surtout, ça ne collait pas. J’avais participé à la chasse aux terroristes, aux partisans, aux résistants en tout genre pendant des années au sein de l’Empire Sith et même les plus petits réseaux avaient un plan ou une organisation. Même ceux qui n’étaient pas préparés ni entraînés avaient un corpus idéologique. Il était clair que ces gens allaient attirer le DSP, voire des unités un peu plus agressives, qui viendraient tenter de faire le ménage sur la planète. C’était ce qui leur arrivait et maintenant, les chefs de l’organisation -s’il y en avait- devaient avoir peur de ce qui se passait. Mais tout cela n’était plus mon problème et je me devais de me concentrer sur ma tâche : faire parler ce triste sire et lui arracher la vérité.

                            Malheureusement pour moi, il balbutiait à nouveau. Son discours était confus, il ne savait pas, il ne savait rien. Alec Sater n’était pas taillé pour l’entreprise qu’on lui avait confiée, il demeurait ainsi pleurnichant, dans son costume de rebelle bien trop grand pour lui. Il avait eu ses quelques minutes de gloire, tenant le pistolaser avec ses camarades, mais l’apogée fut de courte durée, laissant place à la descente. Cet homme paierait toute sa vie pour cette erreur, c’était ainsi. Pourtant, je n’arrivais pas à avoir pitié pour lui, sa faiblesse me dégoûtait. Il n’assumait pas ses fautes et avait été rattrapé par ses péchés. Au fond, je n’étais pas le meilleur pour critiquer cela, me cachant depuis des années derrière une fausse identité…Mais comprenons-nous bien, j’avais toujours assumé mes actes, au moins moralement. J’étais d’ailleurs prêt à les défendre devant un tribunal si je finissais par être pris. J’allais lancer une nouvelle remarque acerbe alors qu’on frappait à la porte. Rangeant délicatement les ustensiles dans mon sac de jute, je vérifiais que Sater était solidement entravé avant de sortir. Danlun était là, la mine sombre. Sans doute était-elle déçue de la journée ou tout du moins appréhendait-elle pour la suite. Lorsqu’elle m’informa qu’on avait mis la main sur un des tireurs, cela acheva de me convaincre que tous ces gens n’étaient que de petites frappes à la botte d’une organisation plus vaste. Du menu fretin qu’on avait équipé à la va-vite pour un coup d’éclat.

                            Je ne me faisais aucune illusion quant aux discours tenus par le tireur qui devaient être très proches de ceux que moi-même j’avais recueilli auprès de Sater. J’acquiesçais lentement lorsqu’elle m’informa que le Préfet voulait me voir. Dae’Mid avait-il eu vent de ce qui s’était passé ? Possible, je ne savais pas vraiment quelle était la fonction de Danlun, ni même si elle rendait des rapports à Dae’Mid, au DSP et dans les organisations des renseignements en général, tout le monde était suspect. Je n’avais pourtant rien à craindre, nous avions avancé, je remerciais donc une fois de plus Danlun.

                            -Bon travail pour le tireur. J’aimerais avoir votre rapport demain concernant ce qu’a dit ce tireur. Précisément ce qu’il a dit sur le groupe se faisant appeler « Légion ». Vous pouvez disposer, nous continuerons plus tard, laissons-les mariner. Je m’occupe des prisonnier, je n’ai plus besoin de vous pour l’instant. Encore félicitations.

                            Je lui touchais l’épaule en signe de reconnaissance. J’étais sincère, Danlun et Zekk avaient très bien travaillé, c’était des agents qui avaient su travailler comme il le fallait. Retournant dans la salle avec deux droïdes B1, je leur transmettais mes instructions, je souhaitais que Sater soit mis en cellule après une fouille intégrale pour être sûr qu’il ne dispose pas de capsule de cyanure dans ses dents ou d’un autre objet qui lui permettrait de se suicider. Je donnais les mêmes instructions pour l’autre prisonnier. Je leur demandais également à ce qu’un droïde B1 reste en permanence avec eux dans la cellule afin d’augmenter la pression et d’éviter le suicide. J’en profitais pour écrire une note exceptionnelle avant de partir, justifiant ces mesures draconiennes par l’urgence de la situation et la gravité de l’attentat. Ainsi, je me couvrais afin d’être irréprochable. Me saisissant de ma casquette et de mes affaires, je faisais demander un véhicule pour me rendre de toute urgence à la Préfecture. Mon chauffeur m’y conduisit, accompagné de mon droïde de protocole qui enregistrait tout ce que je lui disais afin de pouvoir écrire mon rapport ensuite plus facilement.

                            Je dus à nouveau présenter mes papiers, l’effervescence était toujours présente à la Préfecture et la sécurité avait été renforcée. J’ignorais si c’était toujours à cause des attentats ou si Dae’Mid et les autorités avaient été mises au courant des évènements récents et avaient resserré la sécurité de peur d’une fusillade à la Préfecture. Je préviendrais Kalnietis plus tard, lui proposant la somme qu’il voulait pour Cynn, pour l’instant je devais gérer Dae’Mid. Une fois à l’intérieur, on m’amena une fois de plus à son bureau. Je compris que c’était urgent, car le Préfet ne me fit pas attendre plus de deux minutes. Poussant les lourdes portes de bois vernis de l’opulente Préfecture. Droit comme un « i », reprenant une attitude formelle et martiale, j’ôtais ma casquette en saluant de nouveau Dae’Mid. Nous avions relativement bien avancé en deux jours et nous avions des suspects, mais ça, je me doutais que le Préfet le savait déjà. Je me contentais donc de m’avancer et de m’asseoir au bureau lorsqu’il m’y invita.


                            -Comme vous le savez déjà très probablement, nous avons interpelé deux suspects. Un premier interrogatoire a permis de les relier à une organisation qui se fait appeler « Légion » et qui les a recruté sur un certain ressentiment à l’égard de la CSI et des politiques locales. Nous en saurons peut-être un peu plus dans les jours qui viennent.

                            Net, concis et précis. J’avais donné en quelques phrases les informations dont je disposais afin de ne pas perdre de temps. Dae’Mid apprécierait sans doute cela et moi, de mon côté, j’attendais ce qu’il avait à me dire.


                            HRP: suite du RP suivant, https://star-wars-rpg.soforums.com/t9227-Dans-la-fange.htm#p96632

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                              Auteur : Super PNJ

                              Dae’mid ne perdit pas plus de temps en salutations. Il offrit à Arnon un salut à mi-chemin entre le politique et le militaire, mais le Gossam vieillissant savait que l’Agent qui se trouvait en face de lui ne s’en formaliserait pas. Si, dans la théorie, le préfet et le soldat n’avait rien à voir l’un avec l’autre, dans la pratique, le politicien respectait l’action du Sergent sans pour autant la considérer légitime. Mais peu lui importait ; cela serait l’affaire de sa hiérarchie, et non la sienne. Les troubles semés sur son passage n’étaient rien comparés à ce qui pouvait se passer sur Cato Neimoidia parfois, et surtout, les résultats étaient là, mais il voulait entendre de la bouche de son invité ses conclusions.

                              D’un geste simple, il l’invita à s’asseoir devant son bureau, lui-même retournant derrière. Il prenait de l’âge, il le sentait dans ses mouvements moins précis, plus compliqués, et ce fut avec une grimace qu’il se rassit dans son fauteuil. Peut-être que, finalement, cet attentat avait laissé plus de traces qu’il ne le pensait de prime abord. Comme chacun savait, l’esprit contrôle le corps, et sa sensation d’impuissance au moment de l’attaque se répercutait désormais dans ses actions et dans ses membres. Il se faisait plus prudent, moins volubile, prenant encore plus le temps de la réflexion, ce qui pouvait être considéré comme un exploit compte tenu de la politique qu’il avait menée à l’époque sur Raxus, faite d’inaction totale et de maintien des forces.


                              -Avant toute chose, je vous remercie de votre action rapide, Sergent Venkhor. Je vous en suis réellement reconnaissant, peu m’importe que cela soit votre mission ou non. Vous avez fait preuve d’un certain talent pour celle-ci.

                              Il récupéra un petit datapad qu’il consulta un moment. Bien sûr, il avait eu ses renseignements. Danlun, Zekk, et toutes les forces de Cato avaient été sommées de coopérer, sous peine d’installer un état d’urgence et de faire intervenir ni plus, ni moins, que la légion Amber. Lui-même ne voulait pas de ces fous sur la planète, mais il fallait répondre parfois au mal par le mal. Les résultats d’Arnon parleraient d’eux-même et imposeraient, ou non, la force armée sur Cato.

                              -Je ne peux que regretter le décès de madame Nocturna, évidemment. Cet événement tragique ne restera bien sûr pas impuni et je souhaite bien sûr que justice soit rendue. Mais pour cela, j’ai besoin de savoir ce que vous avez trouvé, puis ce que vous en pensez.

                              Il se garderait bien de donner son avis sur sa rencontre avec Kalnietis, ce Defel qui était aussi gênant qu’utile, pour l’heure, et savait parfaitement comment garder le statut quo. C’était une plaie, une écharde dans le pied de Cato, mais pour l’heure, il devrait fonctionner avec lui.

                              Atréïs

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                                #26

                                Post n°26
                                Auteur : Arnon Veral

                                Dae’Mid était égal à lui-même : parfaitement maître de sa communication et de ses mouvements. Son salut abâtardi était à l’image des fonctions cumulées au cours de toutes ces années au service de la Confédération : mi-militaire, mi-politique. Comme si Dae’Mid ne savait réellement où se placer où s’il se trouvait dans la zone intermédiaire. Le vieux Préfet avait toujours su naviguer, se positionnant comme un édile raisonnable. Il y avait fort à parier qu’il ne cautionnerait pas mes actions mais qu’au fond, il en louerait les bienfaits. Cette ambiguïté l’avait déjà caractérisé sur Raxus Secundus où il avait constamment fait feu de tout bois. Le Gossam était trop intelligent pour se mouiller mais pas suffisamment naïf pour entraver des actions coups de poing. C’était dans cette apparente modération toute politique qu’il jouait avec les codes de la CSI. Fustigeant l’administration centrale avec le peuple et les autorités locales, promettant de combattre les récalcitrants avec les dirigeants Confédérés. C’était une position confortable, mais lui et moi appartenions à des mondes différents. Je n’étais que les petites mains, un rouage d’un système. Ma seule préoccupation était que le travail soit fait et que les moutons soient gardés. Nous avions besoin l’un de l’autre sans pour autant nous comprendre. Dae’Mid ferait le ménage, il s’occuperait des communications officielles et enluminerait l’action qui avait été menée. Sans doute avait-il déjà les informations sans en avoir les détails. Les détails, c’était à moi de les filtrer, occulter certains qu’il ne voudrait pas connaître et lui en donner d’autres qui donneraient le beau rôle à la Préfecture. Après tout, c’était de bonne guerre, je n’étais qu’un fantôme, une ombre sans existence véritable. On avait envoyé le DSP pour rattraper la situation, ultime tentative avant que la Légion Amber ou je ne savais quelle unité de choc ne vienne nettoyer ce merdier à sa manière. Dae’Mid avait encore des cartes à jouer et il le savait, il voulait sans doute que la Préfecture soit vue comme celle qui avait su réagir et prendre les bonnes mesures : pondérées et acceptables par la population. Si les terroristes étaient arrêtés, cela rassurerait des citoyens déjà très inquiets de ces manquements à la sécurité. Les journaux à scandales et contestataires faisaient d’ailleurs déjà leurs choux gras de l’affaire, fustigeant la mollesse d’une Confédération engluée dans sa bureaucratie…S’ils savaient. Ces journalistes démontraient qu’ils n’avaient en réalité aucune idée de ce qui se passait dans les bureaux Confédérés. La CSI n’envoyait pas les « hommes en gris » comme avait pu le faire l’Empire Sith, elle préférait envoyer des ombres. Ceux qui, comme moi, n’étaient qu’une souffle, une brise qui happait les branches qui s’étaient séparées de l’arbre Confédéré. Bien sûr, pour la plupart des gens, cela n’était qu’un hasard, la plupart ne voyaient là qu’une coïncidence et continueraient de protester contre les nouvelles réformes centrales…Mais au fond, le contrat social serait respecté et la sécurité rétablie. Tel était la manière dont j’interprétais la pensée des gens comme Dae’Mid…Pourtant sans être capable d’en faire l’exégèse véritable.

                                Les questions du Préfet -pourtant ouvertes et générales- appelaient des réponses précises. J’ignorais l’utilisation qu’il ferait des éléments que je lui donnerais, mais après tout ce n’était plus mon affaire. Toujours dans une posture très martiale, je repris d’une voix claire.

                                -Comme je vous l’ai dit, nous avons attrapé deux hommes. J’ai interrogé l’un d’entre eux, Alec Sater, aucun antécédent connu. Cet homme n’est pas un activiste politique ni un rebelle, juste un travailleur qui a été un citoyen modèle jusqu’alors. L’autre suspect a exactement le même profil. Sater s’en est pris à nous lorsque nous étions en train d’interroger un potentiel témoin, il était armé et avec plusieurs autres tireurs qui s’en sont pris aux deux agents qui étaient avec moi : Danlun et Zekk. La mission aurait pu avoir une issue funeste si ces gens avaient été entraînés, ce n’était pas le cas…

                                Je m’éclaircis la voix, les relents âcres tabagiques envahirent ma bouche…Je devrais m’atteler à arrêter de fumer. Me focalisant sur mon propos, je le laissais infuser afin que Dae’Mid puisse en prendre toute la mesure. Je tentais de donner une cohérence à tous les évènements que j’avais.

                                -Sater n’a pas vraiment résisté lors de l’interrogatoire, ce qui montre une fois de plus qu’il n’était pas préparé. Il a évoqué son opposition au système Confédéré et sa participation à des réunions d’un groupe qui se fait appeler la « Légion ». Si l’interrogatoire n’est pas terminé, il y a fort à parier qu’il dit la vérité lorsqu’il prétend qu’il n’a rencontré ces derniers que lors de réunions anonymes. Ils ont sans doute décelé la fragilité chez lui et l’ont envoyé pour s’en prendre à nous…

                                Je laissais ma phrase mourir dans l’acoustique presque parfaite du bureau de Dae’Mid. L’atmosphère feutrée et distinguée de son salon personnel contrastait avec l’ambiance sale et délabrée des barres d’immeubles en périphérie de la ville. Cato Neimoidia était l’allégorie de la CSI, il y avait ceux qui réussissaient et ceux qui n’étaient rien. Certains, suffisamment chanceux ou opportunistes pour prendre le train Confédéré en marche et d’autres laissés sur le bord de la route. J’aurais menti si j’avais dit que je ne faisais pas partie des gagnants de ce système, AgroChrome avait engagé sa mutation et bâti sa fortune sur la communication impossible entre la réglementation locale et la réglementation centrale Confédérée. Ceux qui faisaient appel à nos services payaient en réalité une sorte de taxe pour exister dans le système de la CSI. En œuvrant pour le DSP, je ne faisais que maintenir le système, mais je n’en avais cure, après tout je n’avais jamais été un idéologue. Que je porte l’uniforme gris du BSI ou le brun du DSP, seule la crèmerie changeait mais j’étais de ceux qui pensaient que tout cela n’était qu’une mascarade. Les grands principes dont nous nous drapions n’étaient là que pour rendre des actions plus acceptables. La Sous-Préfète Leiel Osso était la cristallisation de ce concept, prônant un changement permanent au nom du progrès, elle alliait la chèvre et le chou, tout en s’assurant qu’elle dégusterait la soupe et récolterait le lait de l’animal…Elle serait la seule gagnante de ce système. Pouvions-nous lui en vouloir ? Au fond, tout cela n’était que la conséquence de l’aspect tentaculaire d’une CSI qui avait su perdurer. Alors que la Confédération était balbutiante, les idéologues de la première heure avaient voulu garantir un système juste qui conserve la souveraineté de chaque monde. Qu’en était-il aujourd’hui ? Sater avait raison sur un point, le système n’était pas juste, il s’était contredit et avait trahi ses fondateurs. Mais n’était-ce pas là la marque des sociétés humaines ? Voilà que je devenais philosophe…

                                -Mon opinion sur ces évènements est qu’en effet la « Légion » n’est qu’un énième groupuscule qui complote dans l’ombre. Son succès n’est dû qu’aux vagues croissantes de contestations contre la centralisation et la bureaucratie de la CSI. Notre chance est qu’ils recrutent parmi les désœuvrés et que ces derniers n’ont pas de formation opérationnelle ni les compétences nécessaires pour réussir pleinement leur mission. Je pense que pour l’instant, les actions de ce groupe ne sont qu’à l’état embryonnaire.

                                Et c’était vrai, leur succès n’était qu’en demi-teinte. L’attentat de Dae’Mid n’avait pas réussi et deux complices avaient été attrapés. Si l’attentat avait fait souffler un vent de terreur au sein de la Préfecture et fait éclater au grand jour une certaine contestation, la CSI avait prouvé qu’elle pouvait encore montrer les dents et même mordre. Au fond, c’était quand même une victoire Confédérée puisque le pouvoir central allait pouvoir utiliser les arrestations à son crédit... Faisant de cela un exemple pour les éventuels contestataires. Ceux qui voudraient rejoindre la Légion pour une action y réfléchiraient à deux fois. Qu’importait si les deux prisonniers n’étaient que des sbires sans aucune connaissance ni implication dans les desseins de la Légion, ce qui comptait, c’était l’image. Dae’Mid était un vieux renard, bien trop malin pour laisser passer pareille occasion d’asseoir son pouvoir et de montrer qu’il était un bon élève au sein de la CSI. Cela le regardait.

                                -Mon analyse est qu’il y a quand même une base au sein de la Légion qui dispose d’un entraînement voire d’une formation idéologique et politique. La tentative d’assassinat contre votre personne a fait appel à des compétences techniques très poussées et l’attaque contre nos services demandait des renseignements. Cela veut dire que les commanditaires connaissaient les algorithmes de nos droïdes de combat mais également mon nom et ma localisation. Il y a donc forcément des gens plus aguerris qui travaillent avec la Légion. La véritable question est selon moi de savoir s’il s’agit d’un petit conventicule d’initiés qui manipulent les autres ou s’il y a une ingérence extérieure qui utiliserait la Légion pour ses propres desseins. Pour l’instant, il est impossible de savoir mais l’enquête nous le dira sans doute. De toute évidence, l’arrestation des deux suspects devrait calmer les ardeurs des candidats à rejoindre cette organisation. Je n’exclue pas non plus qu’ils aient des membres dans nos rangs, ici à la Préfecture. Tous les détails se trouveront dans mes rapports, je les terminerai au plus vite pour vous les envoyer.

                                Totale coopération avec Dae’Mid. J’avais procédé à plusieurs niveaux, comme mon esprit analytique avait été entraîné à le faire : les faits, une analyse plus personnelle et les perspectives. Il était libre à Dae’Mid d’interpréter à sa manière mais je suspectais qu’il préférerait ne pas trop mettre l’accent sur l’intervention de puissances ennemies (ou prétendument alliées). Beaucoup de gens avaient été très choqués par la guerre qui avait déchiré la galaxie plus de sept ans auparavant, il fallait donc maintenir l’illusion que la CSI protégeait les gens d’un nouveau conflit terrible. C’était pour cela que le citoyen moyen acceptait toutes les nouvelles directives après tout : car la CSI était l’unique bouclier contre la guerre. Droit comme un « i », j’attendais désormais les instructions de Dae’Mid, les deux suspects seraient à la disposition de la Préfecture pour la suite des interrogatoires. Je menais cette affaire comme j’avais mené toutes les autres jadis : non sans cynisme.

                                Dix ans auparavant, bordure extérieure: Deux Cents Grammes de Riz.

                                Assis bien confortablement dans mon siège, je profitais du spectacle dans l’obscurité. La longue complainte d’un duo entre une chanteuse et un chanteur relatait je ne savais quelle aventure d’un panthéon mythologique ancestral. La troupe de danseuses mimait chaque étape et scénette, frappant du pied au rythme des percussions et de la flûte. Chaque couplet se terminait par un mudra ou une posture de dévotion envers des divinités oubliées depuis longtemps. Portant mon plus bel uniforme de gabardine fait sur mesure dans les rues miséreuses de la ville, j’applaudissais à chaque fin de danse. Dans la salle, il n’y avait que des Impériaux, les uniformes s’étaient substitués aux locaux à mesure que le monde avait été envahi. Paradoxalement, si tambourins et instruments à vent vantaient les mérites du peuple autochtone dans une langue sibylline, ces danseuses et les musiciens savaient qu’ils avaient face à eux des envahisseurs. Bientôt, il ne subsisterait plus rien de cette culture qui serait totalement écrasée sous la botte Impériale. J’avais, au fil des années, ramené de nombreux souvenirs de mes missions : statuettes, étoffes de luxe, services de porcelaine aux dorures éclatantes. J’étais pourtant très lucide quant à nos missions au sein de l’Empire Sith. Si ces manifestations culturelles m’intéressaient réellement, j’avais conscience qu’elles étaient vécues pour mes collègues comme des divertissements auxquels nous avions accès uniquement parce que les circonstances me permettaient. Nous servions un pouvoir parasite, asservissant les économies ennemies dès qu’un monde était vaincu. Nos armées étaient victorieuses un peu partout et nous profitions de cet état de grâce qui ne durerait pas et commencerait à changer six mois plus tard avec nos premiers revers.

                                Saisissant quelques graines grillées et salées, j’écoutais la fin du spectacle avec attention. J’avais beaucoup lu sur les coutumes locales, comme à chaque fois que je prenais un nouveau poste, je m’émerveillais sur la mythologie fournie et les coutumes des autochtones. Ainsi était la grande tragédie de la situation : nous avions conquis ce monde, comme bien d’autres, et nous imposerions aux peuples d’adopter nos us et coutumes. Bientôt, un gouverneur Impérial viendrait structurer son administration et alors, des bureaux de recrutement seraient implantés sur la planète. Les élites locales seraient corrompues et feraient des entorses à leurs préceptes millénaires. Au fond, nous nous en moquions, comme je l’ai déjà développé dans d’autres histoires, nous n’avions pas le temps pour le compromis. Convaincus de la supériorité de notre nouvel ordre, encouragés par nos victoires militaires, nous méprisions ceux que nous arrivions à soumettre. Après tout, s’ils avaient été vaincus, c’était parce qu’ils étaient faibles. A l’instar de la scène qui se jouait où un dieu combattait le tigre, le vainqueur était le plus fort. Si dans la scène mythologique le félin finissait par entendre raison et atteindre la complétude pour rejoindre la sagesse du dieu Kendrah, dans la réalité actuelle le tigre Impérial avait gagné. Nous avions embrassé le progrès technologique, nous nous étions libérés des breloques ancestrales, nous avions tué nos dieux depuis longtemps au profit d’un matérialisme sourd et criant.

                                On vint à ma rencontre, un jeune intendant qui murmura quelques mots à mon oreille. C’était le moment. J’acquiesçais et me levais, suivant mon subordonné dans les coursives. Une fois de plus, les tonnerres d’applaudissements résonnaient dans les couloirs obscurs du temple plusieurs fois centenaire maintenant transformé en scène pour les nouveaux vainqueurs. Nous arrivâmes à l’extérieur sur la petite place du village. Des stormtroopers et plusieurs officiers Impériaux attendaient. Un jeune Lieutenant bien sanglé dans un uniforme de la même qualité que la mienne me fit un salut martial. Ma solde n’aurait jamais permis de me faire tailler un ensemble de cette qualité, mais ici, nous étions les nouveaux rois et la main d’œuvre ne valait rien. Ma tunique finement cintrée, les coquetteries du grade brodé en cannetille colorée, ma casquette faite par un chapelier, ma culotte d’équitation de luxe, mon ceinturon à boucle en argent massif et mes bottes de cuir étaient le reflet d’une économie parasitaire que nous soutenions tous tacitement. Le Lieutenant était dans le même état d’esprit que moi et j’avais la veille dérobé des chemises de soie utilisées pour les cérémonies religieuses à un noble local. Je les portais de manière provocante comme un sous-vêtement sous mon uniforme, sacrilège ultime.

                                Les travailleurs avaient été rassemblés sur la place. Les visages étaient brunis par la crasse et le soleil, les dents sales et gâtées. La misère s’était répandue sur ce peuple autrefois fier et prospère. Portant un morceau d’étoffe au niveau de mon nez, je désignais de ma main gantée en daim toute cette masse criarde et informe.

                                -Qu’est-ce que c’est que ça ?

                                Le Lieutenant parut hésiter, il semblait ne pas trop savoir quoi dire. Il ouvrit la bouche plusieurs fois, mais les paroles moururent dans sa gorge, on aurait dit un poisson qu’on avait sorti de l’eau, son visage joufflu et poupin rajoutait à cette impression. Il finit par hausser les épaules et me répondre.

                                -Nous avons fait l’appel, comme vous l’aviez demandé, Capitaine. Ce sont ceux qui ont se sont présentés volontairement. Nous attendons maintenant vos instructions.

                                Le Lieutenant avait agi habilement, comme tous ceux qui nous aidaient sur les mondes nouvellement conquis : aucune trace écrite de son implication dans nos actions. Cela arrangeait bien le BSI et j’avais moi aussi mes instructions. J’observais à nouveau la foule puante, des enfants gambadaient entre les jambes des adultes. Des femmes portaient des robes bouffantes aux couleurs bariolées et les hommes des tuniques aux couleurs chatoyantes. Tous semblaient abasourdis, certains inquiets observaient du coin de l’œil les armures blanches immobiles, qui les observaient, armes à la main. J’avais fait émettre un appel dans la campagne, nous organisions une vaste opération de recensement et ceux qui seraient recensés pourraient aller travailler. Les population miséreuses dont les récoltes avaient été réquisitionnées pour l’effort de guerre avaient répondu favorablement. Contrairement à d’autres mondes où nous prenions grand soin de rendre les choses crédibles, ici je n’avais fait aucun effort, pas de table, pas de fonctionnaires impériaux, juste les stormtroopers. Nous n’avions pas le temps, l’administration Impériale m’avait demandé des travailleurs, ils auraient des travailleurs.

                                -Que voulez-vous que je fasse avec ces gens ? La moitié semble malade, l’autre mal nourrie, je passe sur les enfants.

                                L’intendant qui m’avait suivi semblait de mon avis. Il m’indiqua qu’on ne pourrait pas envoyer ces populations nauséabondes dans d’autres mondes Impériaux et j’acquiesçais. L’intendant était la personnification de la volonté de l’administration Impériale…S’il avait un grade inférieur au mien, il avait le dernier mot. Le Lieutenant -dont ça semblait être la marque de fabrique- haussa à nouveau les épaule en ajoutant :

                                -On peut trier les femmes et les enfants si vous le souhaitez et garder seulement les hommes.

                                Sortant une cigarette de mon étui, j’en proposais une à l’intendant qui la refusa et au Lieutenant qui l’accepta. J’allumais la cigarette et celle du Lieutenant alors que les vapeurs nicotiniques envahissaient mon cortex limbique. Recrachant une volute, je me grattais le front en me tournant finalement vers le Lieutenant.

                                -Non, ça ne sera pas la peine, Lieutenant. Ils tiendront le temps qu'ils tiendront. Embarquez les tous, on va les rediriger vers les usines locales. La réglementation planétaire ne dit rien sur le travail des mineurs et d’autres chaînes de production seront bientôt implantées. Je m’arrangerai avec les responsables autochtones, réduisez les rations de riz à deux cents grammes et réduisez également le salaire de moitié. Nous ne prendrons pas de gant avec ces sauvages, la note de mes supérieurs est très claire, nous avons la feuille de route de la production de canons pour ce monde dans six mois.

                                La planification Impériale n’attendait pas. Nous n’avions pas le temps, pétris d’orgueil et convaincus de notre propre supériorité. C’était la course aux objectifs et il y avait des opportunités à saisir dans ces mondes périphériques qui avaient échappé pendant longtemps aux exigences Impériales. Je contemplais les populations autochtones qui obtempéraient en montant dans les véhicules, la tête baissée et le visage morne. Derrière moi, des véhicules chargés à ras-bord de denrées de luxe et de matériaux capturés filaient dans le sens inverse. Les fanions, les bannières et les drapeaux Impériaux flottaient jusque sur le temple millénaire. En aspirant une nouvelle goulée de fumée, j’eus une pensée, j’en étais certains, je n’atteindrais pas la complétude divine, il n’y aurait pas d’apothéose pour nous. En réponse à sa défaite, le dieu Kendrah recevrait comme les autres deux cents grammes de riz, un crédit colonial et deux coups de triques pour travailler plus vite. Cette pensée m’amusait autant qu’elle me déprimait, nous avions tué les dieux de cette peuplade pour les remplacer par un nouveau paradigme. J’en étais désormais convaincu, ce n’était ni un dieu, ni un tigre qui m’accueillerait pour me juger, à la fin de ma vie, mon esprit se dissoudrait dans le Néant. Au fond, cela n’avait que peu d’importance, l’Empire Sith avait renversé la table et nous œuvrions pour des principes qui nous dépassaient tous. Nous avions de toute façon gommé toute individualité dans la nouvelle société que nous imposions…Tout du moins était-ce ce que nous voulions faire croire. J’observais maintenant les véhicules s’éloigner au loin, ces gens allaient à une vie misérable, mais ils n’étaient qu’une petite partie de tous ceux que j’avais versé dans l’économie de guerre Impériale. Si cela aurait pu paraître moralement inacceptable, seule la victoire comptait, c’était ainsi que nous réservions nos sentiments pour les temps de prospérité. Allumant une nouvelle cigarette, je contemplais le drapeau Impérial qui flottait au sommet du temple, c’était lourd en symboles, les dieux de ce peuple ne leur étaient pas venu en aide, il n’y aurait pas de délivrance, pas d’absolution, pas de libération…N’était-ce pas là la preuve de notre supériorité et du bienfondé de nos actions après tout ?

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