Post n°2
Auteur : Jil Charce
– Décidément, chaque entrevue avec le Conseil me rend le statut de Chevalier plus confortable encore, lâcha platement Allister après avoir refermé la porte de la Chambre du Conseil.– Je te comprends, mon ami, lui répondit Stevens. Odan n’a pas un mauvais fond, mais son caractère... Le Maître secoua la tête sans achever sa phrase. – Si seulement il ne s’agissait que de cela. Mais certains membres me donnent l’impression désagréable d’avoir autant de secrets que les arbres sacrés des Ewoks peuvent avoir de cernes.– En effet. Je conçois qu’il soit plus simple, et peut-être plus sain, d’être un Jedi loin des intrigues de cour. Mais ces secrets sont nés de l’expérience, et cette expérience est précieuse, alors... Peut-être est-ce un mal nécessaire.Les deux vieux camarades furent interrompus par l’arrivée devant la Chambre d’un Khil de grande taille, précédé d’un Padawan en guise d’escorte.Maître Mer Hesnar– Ah, bonjour, Mer. Je suis heureux de vous compter de nouveau parmi nous.– Bonjour à vous, Maître Stevens, et merci, répondit le Khil d’une voix profonde et mélodieuse. Et bonjour à vous, ajouta-t-il en inclinant la tête à l’attention d’Allister.– Pour faire les présentations, Mer, voici le Chevalier Erwan Allister, un vieux camarade rescapé de la Purge ayant retrouvé le chemin d’Endor pendant votre absence. Et voici le Maître Mer Hesnar, dont les compétences en matière de médecine sont tout à fait remarquables.– Et qui est revenu faire son rapport au Conseil après de nombreux mois passés au chevet de certaines tribus Ewoks, comme de juste, reprit le Khil. Enchanté.– Enchanté. J’espère que vous aurez de bonnes nouvelles à leur apporter, répondit Allister, appuyant son propos d’un geste du menton vers la porte, parce que je crains que mon propre rapport les ait un peu hérissés.– Je vous remercie pour cette précision. Je commencerai donc par les mauvaises nouvelles et garderai les meilleures pour la fin. Mer Hesnar s’inclina. Je pense qu’il ne serait pas bon de faire attendre le Conseil plus longtemps, et vous souhaite une excellente journée. Maître Stevens, m’accompagnerez-vous à l’intérieur ?– Eh bien il semble que je fasse partie du Conseil, en effet, et votre rapport m’intéresse. Stevens prit congé d’Allister d’une légère accolade, et désigna la porte au jeune Padawan. Annonce-nous, mon garçon.* *L’immense silhouette du Khil dût se voûter pour passer la porte, lui qui avoisinait une taille de deux mètres. Le garçon resta à l’extérieur, et Melgibad Stevens suivit Hesnar, reprenant son siège pendant que le médecin s’avançait au centre de la Chambre.– Bonjour à vous toutes et à vous tous.Le Maître à la peau verte était campé bien droit face à ses interlocuteurs, imposant, les bras croisés derrière le dos tel un instructeur militaire. Lorsque les salutations d’usage furent terminées, sa voix chantante se fit à nouveau entendre.– Vous vous souvenez certainement des raisons de mon expédition en terres ewokes, mais mon départ remontant déjà à de nombreux mois, je pense utile de rafraîchir les mémoires.Les Naa’fruu avaient requis l’aide de l’Ordre dans le cadre d’une affaire qui les dépassait. Certaines tribus éloignées étaient frappées d’une maladie que leurs soigneurs, leurs chamans ou leurs fougérons – c’est ainsi qu’ils nomment leurs herboristes, cueilleurs de fougères – ne parvenaient pas à soigner.Les symptômes qui nous avaient été rapportés étaient plutôt sévères. Des accès de fièvre, de confusion, de désorientation ; des pertes d’équilibre ; des troubles respiratoires ; un nombre accru de fausses couches... Là où une société moderne saurait survivre malgré tout, les Ewoks dépendant de la chasse et de la cueillette, toutes leurs activités quotidiennes s’en trouvaient perturbées, causant malnutrition et accidents de chasse. Autant de critères, sans compter l’éventualité d’une contagion à grande échelle, qui rendaient nécessaire une intervention de notre part, et aucun d’entre vous ne s’y était opposé. Je m’étais alors proposé, estimant que mes compétences seraient plus utiles dans ce cadre que dans celui du Sanctuaire, où la vie est plutôt calme.– J’ai d’assez nets souvenirs de la conversation qui avait suivi, à propos du calme du Sanctuaire, intervint Rurr, un rien narquois, s’attirant les regards noirs d’une bonne partie des membres du Conseil.– Je n’en doute pas, reprit le Khil après un silence un peu trop long. Équipé du peu de matériel que j’ai pu soustraire de notre infirmerie, j’ai rallié la lointaine tribu des Daa’na, qui semblait particulièrement touchée par ce nouveau fléau. La tribu comptait déjà quelques dizaines de victimes à mon arrivée, dont le fougéron, dont l’aide m’eut été précieuse.Après quelques jours, j’ai pu atténuer leurs réticences face à l’étranger que j’étais pour eux, et ai pu me livrer à quelques analyses. Il ne m’a pas fallu très longtemps pour comprendre quelle était la cause de cette maladie. Il semble que le brassage de populations étrangères à Endor de ces dernières années ait apporté avec lui des parasites qui trouvent ici un terrain de jeu favorable.Quelques-uns des membres du Conseil échangèrent des regards consternés. Le vieux Maître Yuda sembla se ratatiner sur son siège.– Je ne peux dire qui en porte la responsabilité. Il peut s’agir de l’Ordre, des Renégats de Jnum, ou même des mercenaires de Beemen. Des animaux ont été introduits sur la lune, des chiens, des rats, peut-être ces agaçants gizkas... Je ne peux pas le déterminer. Toujours est-il que le parasite a pu passer d’eux aux Ewoks par le vecteur de la tique d’Endor, une vermine qui ne pose habituellement aucun problème au petit peuple, dont le métabolisme est habitué à cohabiter avec elles. Pour entrer dans le détail, il s’agit de plasmodium vivax : ceux d’entre vous qui ont des connaissances en la matière comprendront que, le parasite étant désormais lâché dans la nature d’Endor, les Ewoks devront maintenant composer avec la malaria.– C’est une nouvelle terrible, lâcha un Fic Drecko au visage décomposé. Notre présence aura décidément meurtri les Ewoks bien plus que de raison... Qu’avez-vous pu faire ? Que pouvons-nous faire ?– Eh bien, c’est une consolation relative, mais il m’a été possible de trouver un remède. Il se trouve que certains arbres d’Endor, qui n’ont pas encore de nom, possèdent une écorce aux propriétés salvatrices en cas de malaria. Par chance, c’est une espèce relativement répandue. Il m’a fallu quelques semaines, avec l’aide des chamans d’autres tribu, pour le repérer et en tirer un premier remède viable, produit d’urgence en petites quantités avec notre matériel moderne. Cela a permis d’endiguer la progression de la maladie, et de stabiliser les victimes les plus atteintes. J’ai chargé un Ewok très volontaire, Aaki’im, le fils du fougéron, de le distribuer aux autres tribus de la région, et ai mis ce temps à profit pour trouver des solutions que les Ewoks seraient à même de mettre en œuvre par eux-mêmes, qui ne disposent pas des mêmes moyens technologiques que nous, puisque la malaria étant désormais installée sur Endor, ils devront y faire face avec régularité.Après un mois supplémentaire, je suis parvenu au résultat voulu, et j’ai pu apprendre à la tribu des Daa’na à fabriquer eux-mêmes le remède. J’ai également trouvé des moyens pour eux de se prémunir des tiques. Des produits répulsifs à insectes, des pommades. Ainsi, nous ne devrions pas assister à un trop grand impact de la maladie sur la société Ewok.– Merci, Maître Hesnar. Elyna Faràn se redressa sur son siège. Je pense pouvoir parler au nom du Conseil dans son ensemble pour dire que nous vous sommes reconnaissants, et que nous saluons l’efficacité avec laquelle vous avez réussi à gérer cette situation malheureuse.– En effet. Vous êtes un membre inestimable de notre Ordre, enchaîna Albus Fellwood, et nos voisins Ewoks peuvent s’en réjouir. Si vous avez terminé l’essentiel de votre exposé, j’aimerais vous poser une question pour satisfaire ma curiosité, si vous me le permettez.– Eh bien, je pense avoir dit l’essentiel, en effet. J’ai déposé au rapport complet aux archives, qui contient toutes mes notes, si vous souhaitez le consulter.– C’est une excellente chose. Je me demandais simplement, puisque votre rapport semble ne couvrir que les deux ou trois premiers mois de votre absence, à quoi avez-vous occupé le reste du temps que vous avez passé loin du Sanctuaire ?– En premier lieu, répondit Mer Hesnar, à diffuser au plus grand nombre de tribus possible les connaissances nécessaires à la fabrication des différents produits. Il m’a semblé qu’il s’agissait d’une tâche prioritaire, et bien que les Ewoks échangent beaucoup entre tribus, j’ai estimé être le mieux placé pour cela. Ensuite, aucune affaire ne m’appelant au Sanctuaire, j’ai jugé utile de recueillir plus d’informations sur la faune et la flore de notre lune, m’étant rendu compte au contact des Ewoks que nos connaissances étaient des plus parcellaires. Toutes mes observation figurent dans les carnets que j’ai déposés aux archives.– En somme, vous avez estimé que vous ne pouviez pas accomplir votre devoir correctement en rentrant au Sanctuaire. C’était de nouveau Odan Rurr, dont la remarque tomba à plat, créant un silence tendu dans la Chambre.– Maître Rurr, reprit lentement le Khil, avec tout le respect que je dois à un membre du Conseil, il ne vous appartient pas de travestir mes mots pour les mettre au service de votre cause, de votre frustration, ni pour créer des tensions dans cette Chambre.– Maître Hesnar, votre rapport étant terminé, vous pouvez vous retirer si vous le souhaitez, intervint Fic Drecko pour rompre la tension. Nous pourrons reprendre cette discussion en privé, ajouta-t-il en jetant un regard à Rurr.– Maître Drecko, j’aimerais répondre à la question que Maître Rurr pose sans la poser, reprit Hesnar en levant la main en signe d’apaisement. C’est une question légitime. Même si je ne partage pas votre insistance à ce sujet, oui, en effet, j’ai estimé ne pas pouvoir accomplir mon devoir correctement au Sanctuaire. Il fit une nouvelle pause, pour peser ses mots. Il savait que le Conseil était tendu, et que ses paroles risquaient de provoquer de nouvelles discussions houleuses. L’Ordre s’est réfugié sur Endor pour d’excellentes raisons, je ne le nie pas. Mais ma mission, en tant que Jedi et en tant que médecin, est de servir les populations. En l’état, je ne peux pas remplir cette mission tant que l’Ordre reste confiné presque exclusivement sur cette lune. Je n’ai pas souhaité remettre en cause les décisions du Conseil, mais assister les Ewoks et explorer le potentiel médical de leur environnement m’a paru être la seule manière d’accomplir mon devoir, ce que j’estime ne pas pouvoir faire au Sanctuaire.Le silence retomba de nouveau un moment, le temps que les Maîtres pèsent la déclaration du Khil.– Maître Hesnar, nous vous remercions d’avoir partagé cet avis avec nous. Nous comprenons votre point de vue, et soyez assuré que cette question fait l’objet de nombreux débats parmi nous. Votre rapport étant terminé, vous pouvez vous retirer, conclut Faràn avec douceur et fermeté, pour pouvoir gérer plus sereinement la tempête que Rurr ne manquerait pas d’attiser dans les prochaines minutes.Mer Hesnar s’inclina profondément, les mains toujours jointes dans son dos, et quitta la Chambre du Conseil.