Post n°6
Auteur : Super PNJ
----- Phyl Reez ----------- Elyna Faràn[Membre Observateur] - [Membre Permanent]Plusieurs jours s’étaient écoulés. Le débat animé au coeur de la chambre du conseil n’en avait pas dépassé les murs. En réalité, il s’était manifesté tel une tornade endiablée pour disparaître aussitôt les portes de la salle réouvertes. En fin de comptes, aucun membre du Conseil Jedi n’avait pu tirer quoi que ce soit de cet échange. Ils tournaient en rond, ressassaient éternellement les mêmes arguments, sans parvenir à trouver la solution qui mettrait tout le monde d’accord. Et, en attendant, le temps continuait à suivre son cours, comme une rivière inarrêtable. Pour la première fois, Phyl Reez commençait à percevoir les limites d’une telle organisation. Jusqu’alors, il n’avait jamais compris pourquoi certains Jedi, comme le disparu Muyi Tano ou le défunt Lei-Wan Minn avaient toujours refusé d’entrer au Conseil Jedi. Pour autant, Phyl ne regrettait pas sa décision. Les temps étaient particulièrement difficiles et toutes les bonnes volontés étaient nécessaires pour sortir de la tempête. Il allait tout faire pour que sa contribution, aussi infime soit-elle, puisse aider le conseil à aller dans le bon sens. Car il savait ses congénères dotés des meilleures intentions. Mais, ce qui leur manquait, à tous, c’était un leader : quelqu’un pour guider le Conseil. Pourquoi Maître Yuda, le plus ancien et respectacle de l’ordre, s’était-il toujours refusé à ce rôle ? Le froissement d’une étoffe alerta Phyl de l’approche de quelqu’un. Il relâcha la poigne de ses mains sur la rambarde à laquelle il était agrippé, profitant d’un point de vue pour contempler le Sanctuaire en contrebas. Dans le même mouvement, il sentit ses épaules se décontracter. Il ne s’en rendait plus compte, mais il devenait de plus en plus tendu. Même ses constantes méditations n’y changeaient plus rien. Toujours, elles lui avaient permis de retrouver le cap, d’atteindre un équilibre, de le guider à travers la Force. Mais, depuis un certain temps, il n’y parvenait plus. C’était comme s’il cherchait à jouer de la musique en s’adossant à un diapason qui sonnait faux. Quelque chose se tramait et Phyl se sentait impuissant. Ça se ressentait d’ailleurs de plus en plus sur son physique. En quelques mois, il donnait l’impression d’avoir vieilli de plusieurs années. - Il est revenu. Phyl n’avait pas eu besoin d’entendre la voix d’Elyna Faràn pour déceler son arrivée. Son aura résonnait comme l’une des plus pures du Sanctuaire et sa présence dégageait, la plupart du temps, quelque chose de rassurant. Mais il fallait reconnaître que l’éminente membre du Conseil Jedi s’était réservée une entrée des plus mystérieuses, car il était bien difficile de savoir de qui elle pouvait bien parler. Toutefois, son ton calme, fidèle à son habitude, ne contenait trace d'aucune inquiétude. Il s’agissait-là d’un simple constat, dépourvu de toute lassitude. Maître Faràn apportait autre chose que de mauvaises nouvelles. Les méninges de Phyl s’embarquèrent donc dans une danse effrénée pour identifier quel pouvait bien être la personne dont elle parlait. Une série de visages défilèrent devant ses yeux, allant de Rylen Korr à ses apprentis disparus, en passant par les plus illustres maîtres qui s’étaient récemment volatilisés. Elyna faisait-elle référence à Lan Tellec, qui avait récemment trahi l’Ordre Jedi ? Ou à Muyi Tano, qui était parti s’enfoncer dans la Montagne Noire ? Des nouvelles de Thule, peut-être ? Ou de Naboo ? Il y avait tant de possibilités...Finalement, le maître Jedi finit par se retourner vers son interlocutrice. Il remarqua alors quelque chose auquel il n’avait jamais prêté attention jusque-là : elle aussi avait vieilli. Même si elle n’affichait pas un air soucieux en cet instant, Phyl décelait en elle les traces d’une consternation récurrente, comme si elle ne parvenait jamais à se débarrasser d’un mauvais pressentiment. Un dialogue muet s’instaura entre les deux maîtres. L’un comme l’autre, il semblaient découvrir l’abattement de son homologue. Ils le découvraient, l’acceptaient et le partageaient. Dans la fatigue de l’autre, ils décelaient leurs propres blessures, qui malgré tous leurs efforts, peinaient à guérir. En cet instant précis, au-dessus du Sanctuaire Jedi, ils étaient deux âmes qui communiaient. Cet échange spirituel fut aussi bref que soudain. En moins d’une seconde, la symbiose était passée. Lentement, Elyna Faràn finit par détacher les mots : - Maître Qos. Phyl éprouva un mélange de soulagement et de déception. Il fut curieux de noter un tel contraste dans ses sentiments. Bien entendu, il était soulagé d’apprendre le retour du maître Jedi. Mais, quelque part, il avait l’impression de s’être attendu à autre chose. Bien évidemment, Elyna nota son désarroi. Elle lui lança un regard interdit et tenta un : - Je sais à quel point tu as perdu beaucoup. Tu...Phyl ne lui laissa pas le temps d’aller plus loin. Sans aucune manière, il l'interrompit sèchement : - Est-il seul ? La question n’était pas si innocente qu’elle en avait l’air. Évidemment, Phyl s’enquerrait de l’état de santé de Vonlan et ses camarades. Maître Jolian était partie avec le jeune Kath Aplazm pour porter secours à Maître Qos. Si ce-dernier était de retour, alors était-il accompagné de ses sauveteurs ? Car si ce n’était pas le cas, qu’était devenue la mission de sauvetage ? Il est dans la salle du Conseil et nous attend.Pourtant, Elyna Faràn ne fit rien pour illustrer ses propos : pas un mouvement, pas une invitation à la suivre. Elle resta immobile, les pieds ancrés au sol et le regard planté dans celui de Phyl. Même la légère brise d’Endor, qui faisait virevolter la mèche devant ses yeux, ne la fit pas détourner la tête. Phyl n’y lisait aucune accusation, mais il savait qu’elle n’en démordrait pas : elle désirait parler de l’autre sous-entendu de la question de Phyl, celle qu’il avait posée pour couper court à une conversation qu’il souhaitait à tout prix éviter. Puis le regard d’Elyna finit par s’adoucir, alors qu’elle murmurait : - Phyl, pourquoi n’en parles-tu pas ? C’est inutile de cacher ta douleur derrière un voile. Le maître Jedi détourna la tête, un air renfrogné. Sèchement, il répondit : - Nous connaissons les risques. Nous savons ce que cela coûte d’être un Jedi, de mener la vie que l’on mène. J’en accepte le prix et je décide d'aller de l’avant. La voix de Phyl ne trahissait aucune émotion. Au contraire, elle était marquée par sa profonde détermination : son envie d’aller au-delà de sa douleur, son envie de la surmonter pour construire un avenir plus serein, son envie de s’en débarrasser pour pouvoir vivre à nouveau. Mais il était bloqué dans la voie de la guérison. - Il reste de l’espoir. Tout n’est pas perdu. Elyna se voulait rassurante. Elle manifestait une compassion totale qui, Phyl devait l’admettre, le touchait au plus profond de son coeur. Elle l’incitait à se livrer. S’il avait pris des nouvelles d’Adi Jolian, c’était parce qu’elle était l’apprentie de Maître Faràn. Or, Phyl savait combien ce pouvait être éprouvant de perdre la personne que l’on avait formée. À plusieurs reprises, bien malgré lui, il avait vu les siens périr. Des amis, des frères, mais également des padawans. C’était une peine qu’il ressentait de plus en plus. Phyl ignorait pourquoi, mais il avait de plus en plus de mal à faire face au deuil. Or, il savait qu’Elyna partageait de cet accablement. Il se souviendrait toujours de la stupeur dans laquelle avait été la maître Jedi lorsqu’il était sorti de la Montagne Noire. Ce souvenir resterait à jamais gravé dans sa mémoire. Ce jour-là, tous les deux avaient perdu un être cher : Vendar Olorin. Il était l’un des plus éminents membres de l’ordre. Un ami pour Elyna ; un frère pour Phyl. C’était depuis ce jour que tout avait basculé. Phyl refusait de l’admettre, mais il n’était plus réellement le même. Quelque chose, en cette journée, s’était éteint en lui. Et la perte, plus récente, de son apprenti n'avait rien arrangé. - C’est ce que tu crois ? demanda-t-il, d’une voix hasardeuse. - Oui. Nous devons avoir foi en la Force. Quelle était la lumière qui parvenait à raviver l'espoir d'Elyna ? Où trouvait-elle la foi de croire ? Phyl savait qu'elle avait aussi connu sa part de deuils. La disparition de Vendar, bien évidemment. Mais surtout celle de Rylen Korr, le grand maître de l'Ordre. Il voulut à nouveau lui poser une question : - Comment sais-tu que... ? - Je le sens, fit-elle simplement, ne le laissant pas terminer sa phrase.Alors Phyl comprit. Au-delà de ces mots simples qui, pour la plupart seraient vides de sens, il y avait tout un monde qui s'ouvrait à lui. Un monde d'espoir, de confiance et de possibilités. Car prononcés avec la conviction qu’avait su mettre Elyna Faràn, Phyl s’autorisa à croire, au moins une journée de plus. Si son apprenti avait péri, il l'aurait senti. Bien sûr, il ne pouvait pas mettre sa main à couper : mais l'éventualité existait. C'était un maigre espoir auquel il pouvait se rattacher ; une flamme qui pouvait grandir : il ne tenait qu'à lui de l'alimenter. Finalement, peut-être que tout était possible. Finalement, peut-être que tous les Jedi disparus n’étaient pas morts. Finalement, peut-être que l’Ordre parviendrait à surmonter la menace de la Montagne Noire. Cette fois, Elyna Faràn effectua ce geste de la main pour inviter Phyl à la précéder. Au passage, elle en profita pour lui adresser un franc sourire, empli d’une joie sincère. Le maître Jedi ne put s’empêcher de le lui retourner. Il laissa échapper un petit rire complice, un instant de joie comme il n’en avait pas connu depuis trop longtemps. Puis les deux camarades s’éclipsèrent, sous le regard discret d’une silhouette encapuchonnée. Spoiler : HRPPete Jeabro