Post n°27
Auteur : Erys Talmark
Quand ma vision se brouille, je dois reconnaître que heureusement, la voix de Froome m’offre un appui sur lequel je peux me reposer. C’est comme si une folie douce s’emparait de moi à cet instant, puisque les visions sont de plus en plus rapides, de plus en plus concises et fiévreuses, mais il est là, et comme si il était le harpon et moi la proie, il me ramène à la réalité avec une douceur toute relative qui m’oblige à prendre du temps, beaucoup de temps, pour me remettre de mes émotions. Ce que j’ai vu… La chute de l’Ancien Ordre Jedi. La mort de ce Maître qui semblait si courageux. La prise de Coruscant… J’ai beau me demander ce que tout ça a à voir avec moi, ou la Garde, je ne parviens pas à mettre le doigt dessus. De ce que j’ai compris sur Tatooine, nous sommes loin d’être les idéalistes épris de paix et de justice que sont les Jedi. Non. Nous sommes une unité d’élite, spéciale, qui traite les cas les plus délicats, à la frange du régime. C’est ainsi que je vois les choses. Mais à nouveau, Froome m’interrompt dans ma réflexion.Maintenir l’ordre et la paix… Au prix de nos vies, comme les Jedi ? Les héros finissent toujours par devenir les méchants ou par périr, je veux vivre… La Garde m’a permis d’échapper à la carbonite mais c’est le seul avenir qu’on m’offre ? Je suis désorientée, je crois, j’ai la tête qui tourne… Je réfléchirai à tout ça, après. Si j’ai le temps, parce que Froome, lui, n’en a pas. Je me redresse en même temps que lui, chancelante et suit son regard vers le BLX que j’ai démoli quelques dizaines de minutes avant. Ou quelques heures. Ou jours. Même ça, je n’en sais plus rien. En tout cas, le tas de boulons a tout sauf fière allure, cabossé comme il est, le casque enfoncé sur la tête qui n’améliore pas son air benêt ni ses capacités. Tout au plus ça le distingue des autres, et mon mentor ne s’y trompe pas… Redcask. Toi, t’as l’air aussi con que moche…Sauf que rien ne se passe comme prévu. Déjà, il semblerait que je sois la nouvelle propriétaire de cet amas de métal informe, mais en plus il me tend… un sabre-laser ? Pourquoi ? N’avait-il pas dit qu’il fallait en être digne ? S’en montrer… fier ? Je le reçois entre mes mains en coupe, sans vraiment comprendre les implications du geste de Froome, pourquoi me le donner à cet instant alors que je n’ai rien fait de spécial pendant cet entraînement ? J’imagine qu’il n’est pas de mon avis, puisqu’il renchérit immédiatement alors que je referme la main sur la poignée blanche et nacrée. Évidemment, comme attendu, aucune lame n’en sort et je ne peux pas m’empêcher de le regarder en écoutant à moitié ses explications, fascinée par l’objet autant que par le simple fait… d’avoir quelque chose à moi. Tant de choses ont changé ces derniers temps… Je finis par hocher timidement de la tête à Froome. Je n’ai pas l’assurance de l’autre, j’ai les larmes aux yeux rien qu’à l’entendre me dire tout ça. Je ne sais pas si c’est parce qu’il a peur pour moi ou si il est comme ça avec tout le monde… Mais son comportement a bien changé, lui aussi… En même temps, quand c’est moi et pas l’autre… C’est plus facile, je dirais…- Je ferai comme vous me le demandez. Vous serez fier de moi !C’est avec mon enthousiasme naturel que je retrouve enfin que je lui réponds. Je sens que l’entraînement est fini, que je vais avoir droit à une douche et à du repos, au moins une nuit, avant d’encore partir au milieu des étoiles. Et pourtant, je ne suis pas satisfaite, je n’ai pas ce que je veux… Ma liberté. Alors je finis par hocher à nouveau de la tête.- Je dois visiter le docteur Tra’Leah, puis je partirai. Et je reviendrai avec un cristal Bondar.J’incline la tête, par réflexe, avant de prendre congé. Mais j’ai quand même la tête qui tourne...