Quand un amiral fait la causette avec une princesse pirate.
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Post n°1
Auteur : HivernusNetbers se sert un verre de cognac et s’enfonce dans son siège, perplexe. Voilà déjà trois bonnes heures qu’il s’arrache les cheveux pour trouver des solutions à quelques problèmes de ravitaillement. Les convois pouvant être attaqués par diverses forces présentes dans le secteur, il convient de changer les itinéraires empruntés par les transports régulièrement. L’officier sirote doucement son cognac, plongé dans ses pensées. Après quelques minutes d’égarement, le commandant du “Poing de Pandore” reprend son travail acharné. Notre homme redouble d’efforts, analyse différentes cartes d’astronavigation et se renseigne sur les voies menacées par les pirates, les forces de Tenloss ou quelques créatures gigantesques. Deux heures de plus sont nécessaires pour qu’il arrive enfin à terminer sa tâche.
Netbers pose son bloc de données sur son bureau et quitte son siège pour délier ses membres engourdis. Verre en main, il se dirige vers le hublot et perd son regard sur la silhouette massive du “Marque des Ténèbres”. La flotte seigneuriale s’est considérablement agrandie depuis les débuts de la campagne militaire du seigneur Hivernus. Cinq vaisseaux composent actuellement l’armada qui doit permettre de mettre un terme aux agissements du Syndicat Tenloss dans le secteur. Mais le Chiss n’a pas l’intention de se jeter dans une guerre totale sans avoir au préalable réuni des forces suffisamment nombreuses et polyvalentes. De nombreuses discussions ont permis d’établir différentes stratégies et doctrines à suivre.
Le Seigneurat de Bajic, ayant pour l’heure des moyens et des effectifs limités, ne peut pas se permettre de dépenser beaucoup de ressources dans des navires de guerre gourmant en carburant, en matériel et en hommes. A l’inverse de l’Impérium, de la République ou même de la Confédération des Systèmes Indépendants, qui misent tout sur d’immenses flottes de dissuasion avec d’énormes vaisseaux dédiés au combat en première ligne, l'humanoïde à peau bleue a décidé d’opter pour une doctrine alliant puissance de feu, mobilité et polyvalence. La marine du Seigneurat de Bajic dispose déjà de cinq croiseurs légers ou lourds. Ce qu’il lui faut désormais, ce sont des vaisseaux rapides capables de remplir divers rôles.
En travaillant avec Sylvar, la jeune et prometteuse ministre de la guerre, Netbers a été d'une grande aide en offrant son expertise militaire. De nombreux bâtiments de guerre ont été proposés en mauvais état et l’officier a jugé bon de les laisser pourrir dans le vide stellaire plutôt que s’en porter acquéreur, y voyant là trop d’inconvénients. La grande majorité des bons vaisseaux de Bajic et des secteurs voisins ont été achetés en toute hâte par le Syndicat Tenloss ou par quelques gouvernements planétaires soucieux d’avoir de quoi se défendre face aux prétentions des uns et des autres. Finalement, Hivernus avait raison de s’acoquiner avec les voyous. Bien évidemment, Netbers est toujours réticent à l’idée de laisser la vermine proliférer et s’enrichir sur le dos d’honnêtes citoyens, mais pour l’heure, contrebandiers et criminels en tout genre sont des individus précieux. Les réseaux clandestins et parallèles qu’ils forment permettent d’accéder à des ressources et des moyens que l’on ne peut pas acquérir par des voies légales.
Le commandant du “Poing de Pandore” ne doute pas une seconde de l’utilité de ces gens. Et il comprend désormais pourquoi il est préférable de ne pas se les mettre à dos. Les familles criminelles qui sont fermement implantées sur Base Vergesso permettent au seigneur de la guerre de profiter de leurs incroyables ressources. Via des accords et des jeux d’alliance, le Chiss s’est assuré leur soutien. Si demain il venait à perdre la main sur les inestimables services qu’offrent ces gens, le Seigneurat de Bajic en ressortirait considérablement affaibli. Dans le monde de la politique, faire des concessions est parfois la meilleure façon de nouer des alliances durables… Du moins, jusqu’à ce que l’une ou l’autre partie n’ait plus rien à offrir. Notre homme sourit doucement, sirote une gorgée de son cognac et secoue la tête, amusé. Au contact de l'humanoïde à peau bleue, son esprit critique s’est développé. Il aurait été incapable de raisonner de la sorte avant de le rencontrer.
Un bip sonore le tire hors de ses pensées. Netbers se dirige vers l’intercom de son bureau et appuie sur un bouton.
- Ici Netbers. J’écoute.« Excusez-moi de vous déranger Amiral, mais il y a une certaine princesse… Euh… Princesse Saadia je crois, qui demande à vous voir. »
Amiral. Ce mot sonne encore étrangement dans la bouche d’un matelot placé sous ses ordres. L’officier, récemment promu par Hivernus suite à sa mission dans la Nébuleuse du Dragon, ne se fait toujours pas à l’idée d’être arrivé à un tel grade. Netbers préfère se dire que c’est surtout le manque d’officiers de grande valeur dans les rangs seigneuriaux qui lui a permis d’en arriver là. Il est peut-être trop modeste pour admettre la vérité. Quoi qu’il en soit, sa promotion a été agréablement bien reçue au sein de la marine seigneuriale. Lorsque la nouvelle s’est répandue au sein des équipages, les marins n’ont pas mis longtemps à acclamer leur nouvel amiral comme il se doit.« Amiral… ? »
- Oui oui… Laissez donc notre invitée monter à bord et veillez à ce qu’elle soit directement conduite à mes appartements. Indique d’une voix ferme le commandant du “Poing de Pandore”.« A vos ordres Amiral. »
L’officier pousse un profond soupir et avale d’une traite le fond de son verre. La prétendue “princesse” Saadia est de loin le personnage qu’il méprise le plus dans l’entourage de son seigneur. Cette Falleen n’est pas seulement hautaine et arrogante… Elle est vicieuse et peu digne de confiance. Il ne serait pas étonné d’apprendre qu’elle a trahi ses engagements en revendant quelques esclaves dans le dos d’Hivernus ou en proposant ses services à son ennemi juré en échange d’une forte somme d’argent. Pire, quelques rumeurs mentionnent qu’elle aurait en tête de donner sa main au Chiss afin de pouvoir revendiquer le Seigneurat de Bajic. Le vieux roublard qu’est Keldron Iblis est lui-même d’avis de la balancer par un sas afin d’éviter qu’elle ne puisse nuire à qui que ce soit sur le long terme… Des propos certes déshonnêtes, mais qui veulent tout dire. Lorsque la porte menant à ses appartements s’ouvre et laisse apercevoir la silhouette féminine de la Falleen, l’officier sent son corps se raidir.
- On m’a informé de votre récente promotion… Des félicitations sont de rigueur… Amiral. Débute d’une voix trompeuse la princesse.
- Je vous remercie. Qu’est-ce qui vous amène sur mon vaisseau ? Demande Netbers, méfiant.
- J’ai entendu dire que le seigneur Hivernus cherchait par tous les moyens à acquérir des bâtiments de guerre. Et qu’il était prêt à en offrir vingt pourcent de plus que leur valeur actuelle. Répond dans un demi-sourire celle qui commande les “Filles du Vent Noir”.
Elle s’installe dans un siège et se sert un verre de cognac, prenant ses aises sous les yeux de son interlocuteur avec une arrogance qui ne manque pas de l’irriter. Mais le commandant du “Poing de Pandore” conserve un calme exemplaire.
- C’est exact. Lâche pour tout commentaire l’amiral, les sourcils froncés.
- Je sais où trouver quelques vaisseaux… Des canonnières DP20 plus précisément. Poursuit la princesse. Mais il va falloir allonger la monnaie…
- Vous serez payée lorsque nous aurons pris réception des vaisseaux. Rétorque l’officier. Pas avant.
- Faites un effort Amiral… Si je me déplace en personne, ce n’est pas pour que l’on me refuse une avance. Glousse Saadia, comme s’il s’agit d’un jeu pour elle. Il n’est pas nécessaire de vous braquer de la sorte. Sauf si vous voulez voir ces vaisseaux intégrer la flotte de l’Association Natori. Mais j’imagine que cela risquerait fort de déplaire au seigneur Hivernus s’il venait à l’apprendre...
Cette sale petite pirate ose lui faire du chantage. Il aurait du s’en douter. Un aller simple dans le vide sidéral, c’est tout ce que mérite cette langue de vipère. Netbers n’a qu’un geste à faire, qu’un ordre à donner. Mais se priver de plusieurs vaisseaux serait une grossière erreur. Les canonnières DP20 sont d’excellents atouts dans une flotte. Le commandant du “Poing de Pandore” se souvient de l’extrême manoeuvrabilité des modèles de cette classe. Durant l’opération au sein de la Nébuleuse du Dragon, une canonnière de ce genre avait donné du fil à retordre aux forces seigneuriales. Utilisés en grand nombre, ces vaisseaux pourraient faire de gros dégâts ou harceler suffisamment l’ennemi pour le forcer à commettre une erreur. Et le fait qu’ils ne nécessitent pas d’une grande quantité d’hommes pour pouvoir opérer à leurs pleines capacités est une qualité appréciable en ces temps difficiles. L’officier serre doucement ses poings et prend une profonde inspiration.
- Très bien Capitaine. Je peux vous offrir une avance à hauteur de vingt pourcent. Annonce l’amiral. Vous aurez le reste à la livraison des vaisseaux.
- Et bien… Vous voyez. Ce n’était pas si difficile… Répond à sa suite la princesse, achevant sa phrase par un rire agaçant. Mais peut-être que vous pouvez faire mieux. Disons… Trente pourcent et je ferai en sorte de revenir avec vos vaisseaux dans un mois. Sinon… Et bien il se peut que le délais de livraison soit plus long.
- Capitaine, ma patience a des limites. Je peux monter jusqu’à vingt-cinq pourcent de la somme totale. Ce n’est pas négociable. Réplique Netbers en tentant de garder son calme.
- Vous êtes dur en affaires Amiral… Mais je pense que cette avance suffira à couvrir mes éventuelles dépenses… Soupire la Falleen en sirotant son cognac. Nous avons un accord. Préparez les crédits car je ne serai pas longue.
Fidèle à sa réputation d’invitée sans gêne, celle qui commande les Filles du Vent Noir avale d’une traite le reste de son verre et pose violemment ce dernier sur le bureau de l’amiral. Elle se redresse subitement, étire ses bras en souriant avec insolence puis s’empare de la bouteille de cognac.
- Excellente cuvée Amiral. Je prends ceci comme “avance” en plus des vingt-cinq pourcent. Lance Saadia d’un ton moqueur. J’imagine que vous n’y voyez aucun inconvénient. Enfin, de toute manière… Je ne vous laisse pas le choix.
Le principal concerné se contente d’indiquer la porte d’un geste de la main, ne souhaitant pas poursuivre la conversation. La princesse pirate pousse un ricanement, amusée par l’attitude de l’officier, puis effectue une courbette avant de quitter la pièce. Netbers grogne quelque chose à voix basse. Elle ne perd rien pour attendre celle-là. Tôt ou tard, le seigneur Hivernus n’aurait plus besoin de ses services…