Dans la fange
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Post n°1
Auteur : Super PNJPrécédemment…
Kalnietis avait donné l’ordre à ses sbires de donner l’adresse d’Ana Cynn à Arnon. La poignée de mains avait été à l’image des deux hommes durant leur conversation : franche, légèrement brutale, serrée. A l’inverse de leurs vies où ils passaient leur temps à louvoyer et à caresser chacun dans le sens du poil pour arriver à leurs objectifs, leurs buts concordant les avaient rapprochés bien plus que ce que l’on aurait pu imaginer. Le Defel s’était fendu d’une ultime tirade.
-Tu te rendras vite compte que je ne suis pas des plus classiques non plus. Prends garde à ce que tu trouveras. J’ai dans l’idée que les conclusions ne te plairont pas plus qu’à moi. Et d’ici là, personne ne nous a vus.
Pour Arnon et Kalnietis, l’entretien s’arrêtait là. Il existait une probabilité, incertaine mais bien réelle, que ce soit la seule et unique fois que le Defel et l’Humain se rencontrent. Une association bien étrange que tout opposait, l’officiel du régime face au rebut de la société, l’espion contre l’assassin, l’Humain xénophobe opposé au chef d’une organisation cosmopolite. Ce que le gouvernement appelait mafia ou pègre par commodité était tellement plus complexe que ce simple terme. Beaucoup vivaient ou vivotaient sans même se rendre compte qu’ils travaillaient avec des criminels selon la loi séparatiste. Non par choix ou par obligation, simplement par ignorance de la réalité des faits. Les corporations n’étaient pas si éloignées en termes d’incompréhension que les tentaculaires associations de malfaiteurs. Le miroir était presque parfait et la ligne se traçait simplement à l’endroit où l’on passait de l’autre côté d’une loi arbitraire.
Pour Ana Cynn, cette législation n’avait pas de sens. Elle n’était personne, un numéro dans un organe si vaste que sa disparition n’en serait qu’une commodité de plus à gérer pour la si lente administration confédérée. Depuis la Forge Stellaire, depuis les batailles qui avaient balafré son âme, bien plus que son corps, elle avait cherché à se réfugier dans autre chose. Au départ, ce fut le pilotage, puis, les événements traumatisants ressurgissant, l’informatique et la robotique. Mais il manquait toujours quelque chose, il y avait systématiquement un vide à combler, une connaissance à acquérir pour ce cerveau malade, contrit et abîmé. Alors elle quitta l’armée, elle se reconvertit. Comme beaucoup de combattants sur la Forge, elle fut absorbée par l’un des systèmes politiques, avides de compétences à exploiter, à asservir. Tombant lentement dans la pauvreté du fait des contrats de misère qu’on lui proposait, elle en perdit peu à peu ses facultés. En quelques années, l’horreur de la misère fit le reste. A la soif de la connaissance succéda la soif d’alcool de plus en plus forte et de plus en plus régulière. Puis, quand l’alcool ne suffit plus, ce fut au tour des bâtons de la mort, cette drogue si addictive. Mais cela ne suffisait pas, pire, cela activait toujours plus son cerveau brillant, jusqu’à confondre réalité et fantasmes de celle-ci.
Le dernier recours fut le dextrométhorphane. Et l’alcool. Le mélange des deux faisant brutalement chuter ses capacités mentales, elle n’était plus en mesure de délirer ainsi. Se rabaissant à la maintenance des droïdes, ses mains faisant le reste, elle s’était résolue à en rester là, à accepter la fin de sa vie ainsi. C’était un destin parmi tellement d’autres que personne ne s’en soucierait jamais. Ni famille à l’horizon, ni réellement d’amis, juste d’autres idiots à fréquenter occasionnellement dans un bas-fond sordide de Cato Neimoidia où régnait la puanteur et la pauvreté. Tout l’inverse de ce à quoi Arnon aspirait avec ses costumes propres et ses manières de bourgeois raxien.
Ce jour-là, Cynn était cantonnée chez elle, dans un immeuble crasseux, dans sa chambrette qui lui servait de refuge. Tenue relativement propre et ordonnée, contrairement au fatras de l’atelier de Nocturna, la pièce ne présentait presque pas d’effet personnel, et encore moins de souvenirs d’un temps révolu, pas plus que de vestiges d’une récente crise d’alcoolisme. Il était probable qu’elle fasse un tour au pub local le soir même, quitte à revenir dans un état lamentable. Peu importait : son contrat du lendemain serait aisé à accomplir, elle n’aurait même pas besoin d’y réfléchir.Atréïs -
Post n°2
Auteur : Arnon VeralJ’en avais terminé avec Kalnietis et, la chasse avait été bonne. Le Defel était intelligent, il avait directement compris quels étaient les enjeux. Il avait donné l’adresse d’Ana Cynn sans réellement expliciter les liens qui le liaient à elle, mais c’était pourtant évident, il n’avait pas besoin de le dire. J’avais donc récupéré mon arme et mes deux compagnons de mission. Observant ma montre, je réalisais qu’il était plus d’une heure du matin, je décidai donc de prendre un peu de repos et de reporter mon entretien avec Cynn au lendemain, en fin d’après-midi pour être sûr de l’attraper au retour du travail. Je rejoignis donc la caserne avec les deux agents qui m’accompagnaient. A l’arrivée, on me demanda mes papiers, les plantons me regardaient du coin de l’œil, sans doute à cause du costume de très bonne facture que je portais. Arrivée à l’intérieur de l’enceinte, je rejoignis ma chambre, semblable à une cellule très spartiate : une armoire en métal, un lit de camp et des couvertures sur une chaise. Après avoir ôté mes habits, je m’effondrais et tombais dans un sommeil épais. Il fut perturbé par des rêves flous et obscurs dans lesquels des créatures difformes et monstrueuses me tourmentaient et m’assaillaient de toute part.
Garqi, sept ans et demi auparavant,
La petite colonne marchait dans un sentier de la forêt. J’étais en tête avec Rec, suivi de Radec, fusil blaster à la main. Derrière nous, une dizaine de stormtroopers armés jusqu’aux dents. Après avoir travaillé au corps le Baron et la Comtesse pendant des heures, nous avions réussi à arranger un rendez-vous avec Gabin Olio, le contact qui nous permettrait de discuter avec les mouvements contestataires. D’après la Comtesse, tous les dirigeants du mouvement n’étaient pas d’accord quant à la marche à suivre et l’opposition systématique à l’Empire Sith. C’était souvent comme ça, plusieurs sensibilités se trouvaient agrégées et ces mouvements spontanés et locaux tenaient plus du syncrétisme idéologique artificiel plutôt que de l’idée bien construite. C’était notre chance, nous allions tenter de mieux comprendre les revendications des chefs du mouvement et nous jouerions sur leurs divisions afin de promettre à l’un ce que nous enlèverions à l’autre. Cela fonctionnait assez bien en général. Il avait fallu attendre deux jours avant de pouvoir partir pour le rendez-vous. Le Baron qui avait dû partir pour affaire nous avait gentiment proposé de prendre nos quartiers au « Château ». Je détestais cet endroit et j’étais resté reclus dans ma chambre afin d’expédier les formalités administratives des jours à venir. Rec avait appris avec joie que la Comtesse avait finalement décidé de rester au château et ce dernier avait passé les deux jours en sa compagnie, dans son salon de thé puis ils avaient finalement migré dans son boudoir. Je m’étais donc farci tous les rapports de mon collègue…Ce qui au final ne m’avait jamais vraiment dérangé, ce dernier me donnait les grandes lignes et je rédigeais pour qu’il vise de sa signature et de son tampon. Au fond, je pouvais ainsi arranger les choses à ma sauce. Depuis mon arrivée sur la planète, j’avais fomenté un plan pour accomplir ma mission, il consistait en la distribution de tracts et l’envoi de messages officiels à travers différentes instances administratives locales qui convoquaient les gens pour remplir des papiers et recevoir l’aide alimentaire Impériale. En fait, nous utilisions en général les informations données pour savoir qui était en mesure de travailler ou d’être envoyé au front. Cette fois, j’avais prévu de ne pas perdre de temps et j’avais écrit au Colonel pour lui demander plusieurs groupes de stormtroopers et des véhicules de transport, je prévoyais d’embarquer tous ceux qui se présenteraient…Je détestais Garqi et la hiérarchie ne m’en voudrait pas : ils m’avaient demandé de la main d’œuvre, ils auraient de la main d’œuvre. Aussi, je ne fus pas surpris de recevoir un ordre signé de ma hiérarchie qui validait ma procédure et m’informait que des vaisseaux de transport seraient mis à disposition pour ceux qui viendraient avec nous. Réflexion faite, j’avais décidé de retarder de quelques jours l’opération, si nous rencontrions Olio, nous pourrions en effet peut-être avoir des noms. Je comptais là-dessus pour savoir ceux qui nous étaient les plus hostiles, et nous aurions ainsi pu en profiter pour que Rec les fasse liquider pendant l’opération.
Nous n’en étions pas encore à ces plans. Olio nous avait donné rendez-vous en plein milieu de la forêt, dans un endroit impraticable. Radek avait poussé le véhicule aussi loin que possible et le véhicule de transport des stormtroopers n’avait pas non plus pu aller plus loin. Les sentiers n’étaient plus carrossables, il fallait donc continuer à pieds. Nous avions marché pendant plus de trois quart d’heures dans une forêt qui se faisait de plus en plus touffue. Mes bottes s’enfonçaient dans le sol meuble et recouvert d’humus et je repoussais les frondaisons des fougères, pareilles à de longues plumes de paons. Les soldats nous suivaient en silence et Rec avançait dans la forêt sans même avoir le plan sous les yeux. Les mains dans les poches, il paraissait très détendu et sûr de l’endroit où il nous menait.
-Cette nana-là, c’est une fausse-timide. Je te l’avais dit. Au salon de thé, c’était plutôt sage, mais après…Je ne m’étais pas trompé. Crois-moi Ludwig, quand les jeunes femmes de bonne famille bien sages en apparence, ce sont les pires. Elle m’a fait des trucs, même moi j’étais choqué. Je te raconte pas quand elle m’est montée dess…
- Oui, oui, tu l’as déjà raconté, je connais déjà tous les détails. Tu es sûr que c’est le bon chemin ?
Voilà bien quarante minutes que j’écoutais en boucle les frasques sexuelles de mon collègue et supérieur avec la Comtesse. On aurait dit un disque rayé. Rec partit dans un caquètement et me confirma qu’il était sûr de lui. C’était à n’y rien comprendre, comment avait-il fait pour mémoriser le plan de cette maudite forêt. Sûr de lui, il désigna un des deux sentiers qui bifurquaient de notre position dans cette immense forêt d’essences mélangées. Les deux sentiers étaient accidentés et parsemés d’herbes folles qui ondulaient en touffes inégales. Je soupirais.
-Tout se ressemble ici…On devrait déjà y être, on devrait déjà voir la cabane.
-Non, on a encore un bon quart d’heure de marche.
Je haussais les épaules en soupirant de dépit. Je ne savais pas moi-même ce qui me déprimait le plus : n’avoir aucune idée de l’endroit où nous nous trouvions ou la perspective d’écouter encore un quart d’heure mon ami délirer sur les nouvelles positions qu’il avait essayé avec la Comtesse. Je n’étais pas dupe et si je pardonnais souvent Rec pour ses écarts, je n’aimais pas la Comtesse, je ne lui faisais pas confiance. Personne ne pouvait savoir à quel point elle était impliquée dans les activités de contestation contre l’Empire. Si j’avais une totale confiance en Rec qui adhérait parfaitement à l’idéologie Impériale et que je savais qu’il ne donnerait aucune information, je craignais l’implication émotionnelle. Je savais qu’il fallait être impitoyable avec les ennemis de l’Empire, être capable de les abattre sans ciller à la moindre trahison. J’étais résolu à le faire pour la Comtesse ou son mari si ces derniers menaçaient nos intérêts. Nous avions appris cela à l’Académie et si je n’avais jamais vraiment eu à le mettre en pratique, les récents évènements militaires nous forçaient à redoubler de vigilance. Nous marchâmes pendant un bon quart d’heure et Rec semblait monté sur ressort, il trépignait d’excitation alors qu’il continuait à raconter ses histoires, dont les détails changeaient à chaque fois de manière infime. J’eus donc droit à plusieurs variantes, mais je pouvais dire après ce voyage à pieds en forêt que je connaissais l’anatomie de la Comtesse autant que lui-même. Nous finîmes par arriver devant un bâtiment en bois délabré, quatre murs et un toit qui s’était effondré. Rec m’asséna un clin d’œil.
-Tu vois, je te l’avais dit…
Je peinais à cacher ma surprise, il savait où il allait depuis le début. Rec s’approcha de la « cabane » et désigna du doigt les nombreux petits trous dans le bois vermoulu et piqué. Les insectes xylophages s’en étaient donnés à cœur joie. Rec se retourna vers moi, sortant son pistolaser de son holster de cuir. Je soupirais à nouveau de dépit.
-Drôle de planète…L’emphase semble être culturelle ici. Les grandes maisons sont des châteaux et les champs de ruines sont des cabanes. Rappelle-le moi quand si on nous attribue un domaine dans le coin après la victoire finale…Il ne faudra pas se faire endormir par la description de l’agent immobilier.
J’avais pourtant conservé mon ton grave, mais ma remarque fit ricaner Rec. Si l’ambiance semblait détendue, j’avais moi-aussi sorti mon arme de son holster de cuir. Je n’étais pas bon tireur, ma compétence se limitant aux séances minimales au champ de tir. Rec se retourna vers les stormtroopers, leur ordonnant de se déployer pour sécuriser la zone. Alors que Radek se rapprocha de nous, ôtant la sécurité de son fusil blaster, les stormtroopers inspectèrent les proches environs. Il n’y avait rien de suspect. Nous attendîmes alors quelques minutes dans le silence le plus total, que seul le chant des oiseaux venait perturber. Rec était redevenu sérieux.
-Il est en retard. Je n’aime pas ça, on attend encore deux minutes et s’il n’est pas venu, on se tire.
-Il a peut-être eu un contre-temps, ou alors il a eu peur. Laissons-lui dix minutes.
Rec avait repris une attitude très professionnelle et s’inquiétait de ne pas voir Olio, je le comprenais, mais j’attendais beaucoup de cet entretien. Nous avions la possibilité de discuter avec des opposants. Notre garantie était simple : la Comtesse et le Baron nous avaient rencontré, ils ne se seraient pas hasardé à nous dénoncer. Tout du moins, c’était ce que je croyais, jusqu’à ce que soudain, une voix retentit.
-MORT A L’EMPIRE ET A SES SBIRES ! PAS DE QUARTIER ET FEU A VOLONTÉ !
Mon sang ne fit qu’un tour, pourtant je n’eus pas le temps de réagir. Ce fut comme si tout se déroulait au ralenti, les tirs fusèrent de toute part. J’entendis le chef d’escouade des stormtroopers hurler des ordres confus, vis l’un d’entre eux se retourner, fusil blaster à la hanche, et faire feu dans la direction qui voyait mon dos. Je courus, m’enfuis rapidement, suivi de Radek et de Rec vers la lisière de la forêt. Je réalisais que les stormtroopers avaient également réalisé le même mouvement. Plongeant derrière une souche, des débris de bois pourri me fouettèrent le visage, des tirs venaient de frapper la position où je me trouvais une seconde avant. J’avais le souffle court, mon cœur battait la chamade et j’étais comme pétrifié. Les tirs n’avaient pas cessé et j’entendis la voix de Rec, qui se trouvait à quelques mètres sans que je puisse le voir. Il baragouina quelque chose que je ne compris pas, par contre j’entendis le chef d’escouade répondre très clairement que son groupe était au complet.
-Ludwig, t’es blessé ?
-Je…Je vais…Je vais bien.
Je n’avais pas réussi à répondre directement, pris à la gorge par une terreur terrible. Les tirs n’avaient pas faibli, le chef d’escouade parlait avec Rec et Radek indiqua qu’il s’agissait sans doute d’une mitrailleuse à blaster. De mon côté, je rampais piteusement vers un tronc épais d’un arbre, je me relevais, mon bel uniforme en gabardine était trempé et couvert d’aiguilles de pin, pas vraiment adapté à la situation. Je ramassais ma casquette et la remis en place avant d’enlever lentement le cran de sûreté de mon arme. Le chef d’escouade se tourna vers ses hommes.
-Alpha 3, 5 et 6, à dix heures, Alpha 1, 4 et 7, à deux heures. Alpha 8, 9 avec moi. On va essayer de les contourner.
Nouvelle volée de tirs. D’où j’étais, je ne pouvais pas les voir, je ne savais pas ce qui se passait. J’étais pétrifié, incapable de sortir de mon abri de fortune. J’avais les mains moites, le front en sueur, la crosse de mon pistolaser semblait trop lourde. A ce stade de l’histoire, j’aurais aimé vous dire que je m’étais battu me comme un lion, que je m’étais saisi de mon arme et que j’étais parti à l’assaut des positions de nos ennemis, la flamme Impériale dans le cœur. Il n’en fut rien, j’étais terrifié, pétrifié, une peur profonde et incapacitante, pris de tremblements à chaque fois qu’un tir de blaster percutait les arbres autour de moi. Je n’avais même pas remarqué Rec qui se glissa derrière l’imposant tronc, évitant de justesse un tir nourri qui vaporisa de la sciure tout autour de nous. Rec avait le pistolaser fumant, il ne semblait pas plus perturbé que ça. Nouveau tir qui projeté des débris de bois sur nous. Rec laissa échapper un juron.
-C’est mauvais ! On doit changer de position Ludwig, on se fait sévèrement canarder et ils vont finir par venir nous débusquer. Ludwig… Réveille-toi @£*!&% !
Je voulais parler, mais ma gorge était nouée. La bouche mi-ouverte, le son mourut dans ma bouche. J’avais été pendant des années sur des zones d’opérations, au milieu des carcasses fumantes de blindés et des corps pour organiser le travail et faire en sorte que les planètes servent l’Empire Sith au mieux mais pourtant je n’avais jamais été là à l’étape qui précédait, celle des combats. Je portais une arme sans jamais vraiment m’en être servi. Tournant la tête, j’aperçus Radek qui lança une grenade en avant et ouvrit le feu avec son fusil blaster, le Sergent se tourna vers nous.
-JE VOUS COUVRE !
Il fit feu de nouveau. Je fus transporté, me rendant compte que Rec m’avait pris par l’épaule, me sortant ainsi de cet état végétatif. Je le suivis, recroquevillé sur moi-même pour ne pas prendre des tirs de blaster qui continuaient de partir de toute part. J’ignorais où étaient les stormtroopers, ni même où étaient nos ennemis. Cela n’avait pas d’importance, ça n’en avait plus, la seule chose qui m’importait c’était de sauver ma peau. Nouvelle pétarade, nouvelle fusillade, cette fois c’était différent. Quelque chose se passait devant nous, toujours haletant, je regardais en avant, les tirs avaient cessé. Au niveau du sentier, plusieurs corps gisaient au sol, habillés en civil. Au-dessus de la cabane, une mitrailleuse blaster et j’apercevais les armures blanches de l’escouade alpha qui tentaient de pourchasser les derniers survivants. Devant nous, un homme tentait de prendre la fuite, il courut dans le couvert végétal, sans pour autant nous avoir vu. Le Sergent Radek n’avait dit mot, pourtant, il sortit de sa cachette avec l’agilité d’un félin. Le prédateur s’approcha très discrètement du fuyard qui ne semblait pas l’avoir vu. L’homme ne réalisa que trop tard que le colosse se trouvait à quelques mètres de lui. Il afficha une expression hébétée face au sourire carnassier de Radek qui lui asséna un coup de crosse si violent que j’entendis craquer ses vertèbres. Le sous-officier l’acheva d’un tir de blaster. Rec et moi-même nous trouvions à l’arrière, Radek avait déjà foncé de l’avant, prêt à faire feu.
Nous entendîmes le cliquetis métallique d’une arme derrière nous. Rec se retourna, levant les bras. Une jeune femme qui ne devait pas avoir vingt ans, aux traits encore adolescents nous braquait avec une arme de poing. La terreur se reflétait dans ses yeux, elle tenait la crosse en tremblant. Ses genoux cagneux, son apparence chétive reflétaient un certaine fragilité et pourtant, cet aspect craintif la rendait d’autant plus dangereuse. Je l’entendis articuler quelque chose avec difficulté, cela ressemblait à « pourriture ». Rec leva les bras en signe d’apaisement, lâchant son arme.
-Oh là, doucement avec ça ! Je jette mon arme, c’est bon. La zone est cernée, tu peux encore te rendre.
La jeune femme sembla à nouveau prise de tremblement. Elle serra les dents, de rage cette fois, des larmes coulaient sur ses joues. Je n’avais pas lâché mon arme, sentant la pression monter. Je vis sont index s’approcher de la détente, il y avait quelque chose de tragique. J’aurais aimé que Radek soit là, lui aurait su que faire. A cet instant, je me haïssais, je me haïssais pour mon manque de courage, pour ne pas savoir que faire. Rec semblait détendu, même avec cette arme pointée sur son poitrail, pourtant tout ça allait mal finir. Tout se déroula comme dans un rêve, automatiquement, au ralentit. Je levais mon bras. Le coup partit, le tir la percuta au niveau du ventre, et mon ami se retourna, je tenais fermement mon arme encore fumante…J’avais tiré le premier.
Nous gardâmes le silence, l’espace d’un instant. Durant toutes ces années, j’avais envoyé à la mort un nombre incalculable de personnes. Ma simple signature avait suffit à réduire des gens à l’état d’esclaves de l’Empire Sith, un ordre de ma part en avait sélectionné et éliminé d’autres. Mais ces exécutions avaient été réalisé de manière administrative, je n’avais jamais considéré que j’étais responsable de cela. Pour moi, abreuvé de propagande Impériale à l’époque, ces gens étaient responsables de leur sort. Soit ils étaient des criminels, soit des déserteurs ou encore des ennemis de notre état bienfaiteur. Au fond, en y réfléchissant, ils n’étaient que de pauvres hères broyés par un système dont je n’étais qu’un rouage. Un rouage qui aurait pu mourir aujourd’hui. Je m’approchais de la jeune femme, elle était au sol, agitée de spasmes. Un profond malaise s’empara de moi alors que mon ami me posait la main sur l’époque.
-T’as fait ce qu’il fallait, elle s’en serait prise à nous.
Cette fois pourtant, j’étais responsable, j’avais tiré dans la ferme intention de donner la mort dans le cadre de ma mission. La jeune femme agonisait au sol, rassemblant ses forces, elle tenta de se saisir de son pistolaser, mais Rec l’éloigna avec le talon de sa botte. Alors que je braquais une nouvelle fois mon arme pour l’achever, il l’éloigna avec sa main.
-Non, on va la ramener, peut-être qu’on pourra l’interroger.
J’étais dubitatif, elle était en très mauvais état. Je n’eus pas le temps de parler plus, Radek arriva et nous indiqua que la zone était sécurisée. Les stormtroopers étaient en train de rassembler les corps devant la ruine et nous nous approchâmes, pendant que Radek surveillait la blessée. Le chef d’escouade s’approcha devant nous et désigna les corps.
-Il y en avait une quinzaine, équipés avec des modèles d’armes obsolètes, sans doute obtenues à l’aide de mauvais trafics ou de contrebande…Ces gens nous ont attaqué avec du mauvais matériel sans être préparés et ça a été notre chance.
-Bon, je crois qu’on va pouvoir demander une évacuation par les airs. Il faut impérativement qu’on amène cette prisonnière à l’hôpital.
Un stormtrooper appela son supérieur de l’intérieur de la cabane et nous le suivîmes. Le corps d’un homme que nous identifiâmes comme Gabin Olio était ligoté à une poutre. Il avait été cruellement torturé. Il nous faudrait du temps pour identifier tout le monde et faire l’inventaire des armes et des numéros de série. Rec eut une réponse, on viendrait nous chercher par navette de transport, c’était déjà un bon point. Malheureusement, on nous indiqua qu’il n’y avait pas le personnel pour nous envoyer du renfort, nous étions seuls avec le personnel de l’armée qui se trouvait sur la planète. Cependant, nous avions tous compris que quelqu’un nous avait dénoncé. En sortant, je m’approchais d’un corps qui raviva ma colère, il s’agissait de Maurice, le valet du Baron et de la Comtesse. Je gardai cette information pour moi, Rec ne semblait pas l’avoir remarqué. Il fit ce qu’il avait toujours fait, prendre les choses en main.
-Bon allez, on se dépêche, ils seront là dans quelques minutes. Félicitations à tous, mission accomplie. Merci au Capitaine, c’est le héros du jour, en tout cas sans lui, je ne serais plus là pour vous parler.
Je peinais à sourire. Le constat était amer…Félicitations de quoi ? Cette opération aurait pu être un fiasco et finalement, nous n’avions mis la main que sur une seule survivante. La seule chose dont nous pouvions nous réjouir, c’était d’avoir réussi à ne perdre aucun homme. On vint nous chercher. Malheureusement, la prisonnière ne survécut pas au transport. J’avais tué et j’appris plus tard qu’on m’avait proposé pour une citation, une décoration militaire que je reçus, l’ordre Impérial de deuxième classe, pour acte de bravoure, un petit morceau de métal avec un ruban que je recevrais plus tard dans une boîte cartonnée. Arrivé à la base, je vomis mes tripes.
Je me réveillais vers neuf heures, ennuyé d’avoir dormi aussi longtemps. Personne n’était venu me réveiller car je n’appartenais pas au personnel assigné à cet endroit. Après une rapide toilette, j’enfilais mon uniforme pour aller prendre un petit-déjeuner. Ma journée fut occupée à écrire des rapports et les dicter à mon droïde de protocole pour qu’il les enregistre. Ce dernier s’avérait bien pratique. Je terminais par rencontrer l’officier en charge de la caserne pour me présenter, un homme charmant et éduqué qui m’offrit une tasse de thé. Vers seize heures, je retournais dans ma petite cellule, cette fois pour me changer. J’enfilais mon complet trois-pièce que j’avais fait tailler deux semaines auparavant pour mes déplacements de travail. Conduit par mes acolytes de circonstances, je repartis en route vers l’adresse de Cynn. Ce n’était pas très loin du Neimo’s Inn, mais si l’établissement favori de Kalnietis se trouvait dans une zone commerçante -quoi que dans une rue éloignée des regards- c’était très différent ici. Nous quittâmes le centre de la ville pour rejoindre les zones résidentielles puis des banlieues crasseuses peuplées de tours sombres et délabrées. La population se faisait de plus en plus bariolée, de jeunes aliens couraient après des ballons et je les regardais avec dégoût à travers la vitre du speeder.
Alors que nous semblions être arrivés dans l’endroit le plus sale du coin où les immeubles semblaient tomber littéralement en ruines, Zekk se gara sur une sorte de parking qui était parcouru de tâches d’huiles et de carcasses de véhicules méconnaissables. Nous sortîmes de la voiture, une créature difficile à identifiée et encapuchonnée qui était assise sur un fauteuil éventré s’enfuit en nous voyant arrivé…Sans doute un revendeur de came. Nous nous approchâmes sans dire mot du bâtiment principal, une barre d’immeuble grise qui avait plusieurs dizaines d’années et qui n’avait sans doute jamais été entretenue. Le mur se lézardait, allongeant de longues fissures qui balafraient la façade qui en fait était maculée de façade jaunâtre. Des tas d’ordures qui gisaient ça et là faisaient régner une odeur méphitiques. En m’approchant un peu plus, j’aperçut une masse de vermine qui grouillait dans les ordures.
Nous entrons dans le domaine d’Astaroth, et voici ses légions.
Je réprimais une nausée en voyant les asticots et autres insectes en train de se nourrir dans les détritus. Alors que je m’approchais de la porte d’entrée de l’immeuble, je sommais Zekk et Danlun d’attendre dehors. Passant la porte à double-battants, je franchissais la première porte des enfers. L’intérieur baignait dans une pénombre qui ne masquait pas la puanteur présente ici aussi. A l’image de l’extérieur, l’immeuble semblait avoir été frappé d’un cataclysme. La plomberie était apparente et mal rafistolée, les murs étaient auréolés de tâches d’humidité et de moisissure. Là-encore, les quelques habitants que je croisais baissèrent la tête, je restais cependant sur mes gardes, je ne voulais pas me faire couper la gorge pour ma montre ou mes mocassins. L’ascenseur était bien évidemment hors-service et je pris les volées d’escaliers tranquillement. Arrivé au deuxième étage, je pénétrais dans le corridor où une forte odeur de renfermé se mêlait à la puanteur que j’avais senti dans les étages inférieurs. Toutes les portes n’avaient pas de numéros mais par chance, celui de Cynn était encore présent : un « 9 » en alliage cuivré qui se couvrait de vert-de-gris. Je frappais fermement.
Il me fallut attendre quelques minutes et j’entendis bouger à l’intérieur. On m’ouvrit et j’aperçut Cynn qui passait le visage à travers l’entrebâillement de la porte. Elle était si différente de la photographie que j’avais vu dans son dossier que j’aurais peiné à la reconnaître si je n’avais pas su que c’était elle. Approchant la fin de la trentaine, on lui donnait facilement dix ans de plus. Ses yeux d’un bleu d’azur sur le dossier tiraient maintenant vers un gris pierre terne, comme s’ils s’étaient gorgé de larmes qui n'étaient jamais sorties et que le tout avait croupi, comme tout ce qui se trouvait ici. De ses cheveux bouclés dorés semblables au blé avant la moisson, il ne restait que la paille et le son. Elle s’était voûté, sans doute à cause de sa blessure qui l’obligeait à marcher avec une canne et sa poitrine, devenue opulente, peinait à ne pas se pendre à son décolleté outrancier. Cette femme n’était plus que l’ombre d’elle-même, si elle pouvait encore plaire, c’était simplement lors de passes sordides avec des pervers qui cherchaient la domination. Si son visage commençait à se parsemer de pâtes d’oie et de ridules qui auraient pu lui ajouter un charme si elle n’avait pas été un déchet, elle avait le teint terreux des drogués, mais même avec cela, elle ne cachait pas quelques vestiges de beauté qui montraient qu’elle avait été attirante. Je m’efforçais de sourire pour adoucir son regard inquisiteur.
-Madame Cynn ? Je suis ravi de faire votre connaissance. Je me prénomme Adriel Venkhor, puis-je entrer ? J’aimerais que nous parlions un instant.
Bien évidemment, malgré mon ton guilleret, c’était une exhortation. Sans réellement lui laisser le temps de répondre, j’entrais doucement dans l’appartement. Il était minuscule mais fonctionnel. Vide, très peu de décoration personnelle, ce que je pouvais comprendre. Cynn semblait elle-aussi être piégée dans son passé. Seul vestige du passé, un cadre en verre qui affichait plusieurs décorations et une photo d’elle en opération. Je m’attardais là-dessus, les observant en ne masquant pas mon étonnement.
-Eh bien ! Citation d’honneur à l’Ordre Républicain, médaille du mérite militaire et celle de la victoire qui commémore la Forge. Je suis impressionné, ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre quelqu’un d’aussi décoré.
Les mains dans les poches de mon costume fait sur mesure, je me tournais vers elle avec un sourire poli et sincère. Je respectais ce qu’elle avait été au plus haut point, mais je vomissais ce qu’elle était devenue. Au fond, je voyais en cette femme un certain goût pour la perpétuation de l’humiliation. Il m’était difficile de croire que l’épave qui me faisait face avait un jour défait la glorieuse armée de l’Empire Sith. Je chassais ces pensées, me replongeant dans ma mission, quelque chose de crucial se jouait. Je reprenais place face à cette femme qui n’avait dit mot, m’observant du coin de son œil vitreux. Kalnietis avait raison, il n’y aurait sans doute rien à en tirer, elle aurait sans doute oublié notre entretien dès le lendemain. Je n’obtiendrais sans doute rien d’elle en parlant du présent, j’espérais cependant qu’elle fût sobre, au moins pour pouvoir lui parler. Revenant vers la porte, je continuais sur le même ton qui se voulait agréable et qui devait détonner avec l’irrespect que lui démontraient ceux qui la sollicitaient pour sa besogne.
-J’ai eu vos coordonnées par quelques connaissance que vous avons en commun. Je crois que vous pouvez m’aider. J’aimerais beaucoup savoir ce que vous pourriez me dire sur les droïdes sur lesquels vous faites la maintenance à la Préfecture. Avez-vous notifié quelque chose de particulier ?
Adossé contre le mur, je continuais avec une sourire. C’était comme le calme avant la tempête, la tension était palpable et pour une raison que j’ignorais, je ressentis une décharge d’adrénaline au fond de mon échine. C’était comme ouvrir une boîte tout droit sortie du passé, cette femme était à la Forge Stellaire, peut-être étions nous même dans le même secteur. A l’époque, je l’aurais tué sans hésitation, sans doute en aurait-elle fait de même. Sans doute aurai-t-elle eu le dessus…Mais aujourd’hui, vu son état, j’étais sûr de pouvoir la maîtriser physiquement. Regardant à nouveau le portoir de médailles. Le silence s’était installé dans le petit appartement, et comme l’odeur métallique avant un orage, la tension semblait augmenter avant une inéluctable -
Post n°2
Auteur : Arnon Veralconfrontation.
-Terrible bataille que celle de la Forge Stellaire. Dans quelle unité et dans quel secteur avez-vous combattu ? -
Post n°3
Auteur : Super PNJAna Cynn regarda de son œil torve cet homme étrange agir comme si il était chez lui. Etait-ce lui qui lui apporterait cette délivrance à laquelle elle aspirait sans jamais la réclamer ? Sans doute pas, même si un maigre espoir aurait pu lui amener une étincelle de lucidité. Elle était presque à jeûn, si tant est qu’elle le fut à un moment ou l’autre dans les derniers mois, voire les dernières années. Et surtout, elle ne comprenait pas ce que voulait cet homme qui n’était manifestement pas là pour ses services et semblait simplement tourner autour du pot en détaillant tout son appartement. Même avec ses capacités intellectuelles dévoyées, elle sentait que quelque chose ne tournait pas rond. Elle se contenta d’un léger hochement de tête à la mention de ses décorations. C’était la seule chose de valeur qui pouvait rester ici. Kalnietis n’envoyait jamais personne chez elle. Ce n’était pas dans leur accord.
Malgré tout, elle traita celui qui s’appelait Adriel avec la courtoisie qu’elle était capable de fournir, lui offrant de s’asseoir alors qu’elle-même reposait sa patte folle dans un fauteuil ancien mais en bon état. Décidément, l’appartement contrastait avec le reste de l’immeuble par le soin accordé aux choses. Elle attendit qu’il finisse de poser son question, laissant son regard se voiler à l’évocation de la Forge. Elle ne voulait pas parler de ce sujet et le fit sentir à son interlocuteur.
-Je ne suis pas autorisée à parler de mes contrats de maintenance. Je suis liée par une clause de confidentialité confédérée.
La réponse avait fusé, aussi lasse qu’habituelle. Adriel n’était pas le premier, il ne serait sûrement pas le dernier à essayer de lui soutirer des informations. Mais si c’était presque habituel, sa réponse ne bougeait pas d’un iota. Comme beaucoup, elle était coincée dans un immobilisme confortable où elle se complaisait et se laissait porter par le courant. Comme tant d’autres, elle acceptait la fatalité. Sans doute était-ce une leçon qu’Arnon avait dores et déjà appris : les hommes de sa trempe, ceux qui voulaient faire bouger les lignes et les choses, étaient finalement rares. Pour une Vasburg, une Osso, un Veral, combien d’Ana Cynn, de Nocturna ? Beaucoup trop. Beaucoup, beaucoup trop pour espérer quoi que ce soit.
Alors qu’elle s’apprêtait à rabrouer l’homme pour sa mention de la Forge, on toqua à nouveau à la porte. Cela, c’était inhabituel. Elle ne recevait personne, normalement, d’où son temps de réaction à sa première visite. D’un lent mouvement qui était tout aussi douloureux, elle se redressa et claudiqua jusqu’à la porte, qu’elle ouvrit après un bref regard à l’intérieur.
-Oui ?
-Service de maintenance et d’élimination des nuisibles. On nous a signalé la présence de rats et de parasites dans votre appartement. Si vous voulez bien me permettre…
La permission n’eut pas le temps d’être demandée. Dans un fulgurant réflexe qui lui tira un gémissement de douleur, Ana se jeta au sol en vitesse, alors que deux tirs de blaster retentirent, venant se perdre au dessus du fauteuil d’Arnon, creusant un trou brûlant dans le mur. A l’extérieur, on entendait également un attroupement et du raffut, et les voix distinctes de Zekk et Danlun alors que manifestement, ils étaient pris à parti dans une rixe, arme au poing.
Mais Arnon ne pourrait pas s’en soucier. Face à lui, dans l’encadrement de la porte, un homme le pointait du canon de son blaster. Grand, blond, les yeux bleus et un petit sourire satisfait aux lèvres, il avait les mains gantées de cuir et était habillé d’un costume qui détonnait dans le secteur, beaucoup trop chic pour l’endroit, manifestement taillé sur mesure. La stature de l’inconnu était plutôt impressionnante, en tout les cas celle d’un individu qui s’entretenait physiquement. Néanmoins, sa prise sur l’arme était resserrée, inutilement appuyée si un œil expert s’attardait dessus. Mais le fait est qu’il tenait Arnon en joue.
-Monsieur Venkhor, mes hommages. J’aurais aimé discuter avec vous de votre petite… mh… comment dirais-je… escapade ?
Il ne faisait déjà plus attention à Cynn. Grave erreur. Toujours avec cette vivacité étonnante, la femme frappa la main qui tenait le blaster de sa canne, le désarmant et obligeant l’intrus à se tourner vers elle. Malheureusement, le moindre mouvement était compliqué, et il l’attrapa pour lui asséner un coup de poing. Quelques secondes d’inattention qui pouvaient lui être fatales…Atréïs -
Post n°4
Auteur : Arnon VeralJ’étais bien installé dans le fauteuil qui semblait être une antiquité. Sa voix encore aiguë mais éraillée retentit dans la salle. Stricte, presque militaire. Comme on pouvait s’y attendre, Cynn ne voulait pas parler des contrats de maintenance. Qu’attendre d’autre ? Elle ne savait pas que j’étais mandaté par la CSI et avec mon costume sur mesure et mes balafres, je ne peinais probablement pas à me faire passer pour un mafieux. Cette pauvre créature me faisait de la peine et j’en vins à haïr le système, haïr d’avoir broyé d’anciens combattants qui avaient fini par se résigner. Cynn vivait dans la misère, vivant de passes et de contrats peu alléchants passés avec la CSI pour réparer les droïdes. Sa vie était misérable et c’en était presque navrant. Alors que la perspective de rencontrer une ennemie m’avait au départ galvanisé, j’étais déçu, comme me l’avait dit Kalnietis. J’avais fantasmé ce moment, celui où je me retrouverais face à une ancienne ennemie, comme dans les holofilm, lorsque les personnages sont rattrapés par leur passé. Je l’imaginais comme sur la photographie du dossier : athlétique et belle, qui m’opposerait une résistance violente et acharnée…Comme à la Forge Stellaire. Et moi je me voyais la capturer et la torturer, elle m’aurait craché au visage, refusant de me répondre. Mais rien de tout cela ne s’était produit, je me retrouvais face à cette femme diminuée et handicapée qui avait du mal à tenir debout. La réalité était…Pathétique. Je me rendis compte que j’avais fantasmé tout cela pour dédramatiser la situation, mes souvenirs de la Forge Stellaire n’étaient en réalité pas ceux d’une glorieuse bataille, mais plutôt d’une boucherie sans nom. Certains se demandent encore aujourd’hui pourquoi les Impériaux ne se sont pas rendus, mais c’est précisément car comme leurs adversaires, ils étaient pris dans un tourbillon de folie meurtrière…La frénésie des hommes.
Forge Stellaire, 7 ans auparavant,
Les tirs fusaient de toute part. Au milieu des hurlements, des bruits d’armes automatiques et des explosions, la confusion régnait. La demi-pénombre qui s’était abattue dans cette région de la station faisait que nous ne savions plus vraiment qui était qui. Les Stormtroopers qui nous accompagnaient tentaient de faire front. Nous devions rejoindre un des points de commandement et les prisonniers qui y étaient encore retenus. Nous avions nos ordres, ceux de liquider tout le monde. Malheureusement, toutes les issues semblaient condamnées. Si au départ j’avais eu peur, une peur terrifiante, mon âme s’était peu à peu enkystée dans mon corps, devenant prisonnière sous des couches de sentiments plus primaires, plus bestiaux.
Nous courions à vive allure, arme à la main, à demi-baissés. Les officiers étaient pris pour cible en priorité. Détalant alors que les tirs de blaster fusaient au-dessus de nous, nous nous plaquâmes derrière un conteneur renversé, prenant place à côté d’un sous-officier et de ses Stormtroopers. Rec lui communiqua nos ordres.
-Vous arrivez trop tard, ils nous barrent la route. Les types du 298ème sont encerclés, on essaie de briser l’encerclement mais ils viennent de nous prendre de vitesse.
Un des Stormtroopers s’effondra devant moi, dans un bruit mat, son armure transpercée par un trou fumant. J’approchais mon visage du coin du conteneur, trois soldats ennemis tentaient de rejoindre un autre abri qui leur permettraient de longer le mur du hangar et de nous atteindre. Sans réfléchir, j’ôtais la sécurité de mon fusil blaster, l’épaulant et faisant feu. Cette fois encore, j’aurais aimé que Radek soit là. L’un des trois soldat fut touché à la poitrine et s’effondra. Les deux autres ouvrirent le feu, me laissant juste le temps de me mettre à l’abri.
-MERDE ! SALAUDS !
J’activais un détonateur thermique et sortais, ivre de rage, le lançant dans leur direction. L’explosion les vaporisa. Nous ne pourrions pas briser les lignes ce jour-là, les renforts ennemis incessants nous contraignirent à reculer un peu plus pour nous enfoncer dans les profondeurs de la station spatiale qui était maintenant le tombeau de l’idéologie Impériale telle que nous la connaissions.
Les souvenirs affluaient et loin de la confrontation héroïque que j’avais imaginé avec Cynn, ce fut une scène banale. Nous étions revenus à la vie civile et la vérité, c’était que j’avais beaucoup de peine lorsque je voyais Ana Cynn. La vétérane avait vécu l’enfer à la guerre, mais pire l’avait attendu à la vie civile. Une mort lente, une dérive semblable à une agonie à petit feu. Son sort me touchait et je ne pouvait m’empêcher d’éprouver une certaine honte, son humiliation, je la ressentais et je me sentais moi-aussi humilié. Humilié d’avoir maintenant connaissance de sa situation et de ne rien pouvoir faire, humilié de ma propre impuissance. Nous ne pourrions pas sauver tout le monde, on me l’avait appris à l’académie et ce principe était universel. Pourtant, je ne voulais m’y résoudre, j’avais décidé en rempilant de laver mes péchés, ce n’était pas possible, mais là je n’avais pas face à moi quelqu’un de malfaisant. Je fus arraché à mes réflexions alors qu’on tapait à la porte.
Tout se déroula très vite, je ne compris pas exactement ce que disait l’homme qui se trouvait sur le palier, mais je vis Cynn rouler à terre. Des tirs de blaster retentirent, s’écrasant autour de moi sur le mur. Mon sang n’avait fait qu’un tour et je m’étais mis à l’abri derrière le canapé. Ma main avait immédiatement rejoint mon holster pour en retirer la lanière et se saisir de mon arme. Mais l’homme était déjà là, grand, blond et aux yeux bleus. Il était plus grand et plus fort que moi, je n’aurais pas le dessus en combat singulier et j’étais trop loin. Pendant qu’il jaugeait la pièce en souriant, mon cœur battait la chamade et je cherchais à évaluer toutes mes possibilités. J’étais trop loin pour tenter une attaque physique et je ne pouvais pas dégainer, il me tenait en joue, prêt à tirer. Cynn était toujours au sol et l’homme parla, plein d’autosatisfaction, gonflé par la fatuité. Il suffisait de voir sa tenue de l’arme pour voir qu’il n’était pas un militaire ni un tueur professionnel. Etait-il une petite frappe ? Quelqu’un envoyé pour nous éliminer ? Dehors, la pétarade continuais, indiquant que les deux agents étaient pris à parti eux-aussi.
Le second acte de la pièce se passa très vite. Cynn, rassemblant ses forces, frappa l’homme de sa canne, réussissant ainsi à le désarmer. Il fallait prendre une décision et vite, laisser cet homme s’en prendre à Cynn et probablement la tuer pour pouvoir l’interroger, le menacer ou dialoguer avec lui. Deuxième possibilité, ouvrir le feu et prendre le risque qu’il meure et qu’il s’enfuit. La deuxième était risquée et mettait en péril ma mission. Cynn était un déchet, elle était déjà morte, elle était mon ennemie…Mon esprit pragmatique me criait de faire de bon choix. Ma poigne se raffermit sur mon arme, je la relevais et le coup partit. L’homme n’eut pas le temps de frapper la femme au sol, il me lança un regard hébété alors que le blaster le touchait au niveau de l’épaule. Il hurla de douleur, partant en arrière mais se réceptionnant sur son bras valide. Il détala comme un lapin et mon sang ne fit qu’un tour.
-Reviens ici !
J’étais déjà à l’encadrement de la porte et voyais le fuyard qui remontait le corridor pour détaler. Trois coups partirent, ce dernier baissa la tête et réussit à s’enfuir. Je poussais un cri de rage, mon unique espoir venait de s’enfuir. N’entendant plus la rixe dehors, j’activais mon holocommunicateur et informait mes camarades.
-Il y en a un qui s’enfuit, il devrait sortir dans quelques instants ! Interceptez-le ! Je le veux, vivant !
Je postillonnais, monté sur ressorts. L’excitation et l’adrénaline m’avaient donné une force et une détermination décuplées. Lentement, je rangeais mon arme, aidant Ana Cynn à se relever. Elle était en piteux état, sa prothèse était rigide, sans doute par manque de moyen. J’avais fait un choix qui pourrait peut-être me coûter ma mission, risqué la réussite pour une épave vivante. Sur le fond, peut-être que certains d’entre vous pesteront contre ce choix, c’est votre droit, mais moi, j’en étais fier. Le sort s’était acharné contre Cynn, elle avait payé ce qu’elle n’avait pas fait, sa vie après la guerre avait été terrible et sa triste réalité se rappelait à elle à chaque instant. J’avais fait beaucoup de mal, tué beaucoup de gens, mais aujourd’hui, j’avais fait une bonne action. Pensées naïves, qui m’auraient sans doute fait échouer à l’examen de l’Académie Impériale, mais pensée salutaire. Je sortais enfin de mon carcan, trouvant une cause à laquelle me raccrocher, un rayon de lumière timide qui perçait les nuages. Cynn n’était pas blessée, en la regardant de près, je remarquais des hématomes anciens qui constellaient sa peau fatiguée. Elle n’était pas en forme.
-Rien de cassé ? Il ne pourra pas aller bien loin, ne vous en faites pas. Venez avec moi, la zone n’est pas sûre.
Lentement, je me saisissais de l’arme qui se trouvait au sol. Un pistolaser civil, modèle obsolète du type qu’on trouvait sur les marchés noirs. Ceux qu’on avait envoyé ici n’étaient pas vraiment des lumières, pas non plus des professionnels. Je la déchargeais, la mettant dans mon holster pour éviter qu’un autre ne s’en serve. Gardant mon arme à la main, je décrochais le cadre, les décorations et la photographie qui se trouvaient au mur, seuls effets personnels qu’elle avait dans cet appartement. Me retournant vers elle avec un sourire, je me surpris à lui mettre une main amicale sur l’épaule.
-Ne vous inquiétez pas, tout ira bien. Vous êtes en sécurité avec nous maintenant. Quittons cet endroit, nous discuterons plus tard.
L’aidant à saisir sa canne, c’est le cadre sous le bras et le pistolaser à la main que je m’engageais lentement dans le couloir. Les lieux étaient en réalité très sûrs maintenant, la rixe avait atteint son terme et il ne restait qu’une inconnue : savoir si Danlun et Zekk avaient intercepté le fuyard. Si tel était le cas, j’étais résolu à avoir une conversation avec lui dans d’autres circonstances et selon mes conditions. En attendant, je sentis comme une sorte de bouffée d’air frais qui m’envahissait, par cet acte gratuit et contre-productif, j’avais conjuré le sort, j’étais sorti de ma zone de confort et de ce que je connaissais. Alors que je descendais l’escalier pour arriver dans le hall, suivi d’Ana Cynn, je me fis la promesse d’aller racheter sa liberté à Kalnietis. Ana Cynn retournerait sur Raxus avec moi, c’était décidé.
Garqi, 7 ans et demi auparavant,
Radek hurlait des ordres, accompagnant ses onomatopées bestiales de grimaces qui le faisaient ressembler à un troll hideux. La bibliothèque tomba par terre, volant en éclat. Eventré, le meuble laissa choir un fatras de documents et de livres anciens. Les domestiques attendaient à genoux dans la bibliothèque, les mains sur la tête, des Stormtroopers en arme derrière eux, prêts à faire feu. Rec avait l’air penaud, il observait la scène avec un mélange de détachement et de stupéfaction. Je ne surs dire si c’était la brutalité avec laquelle je détruisais les meubles à la recherche d’une preuve ou le retournement de la situation qui l’avait mis dans cet état. Le lendemain de l’embuscade, nous avions réalisé que trois des assaillants étaient des domestiques du Château, l’un d’entre eux avait son datapad. En dépit de son soin à effacer les données, nos experts avaient pu retrouver un message du Baron qui leur donnait les coordonnées de notre expédition. S’il n’y avait rien qui reliait cela à la Comtesse directement, elle était la seule à avoir eu ces informations. Si un domestique aurait aussi pu avoir l’information, il en aurait informé le Baron et non l’inverse. Je fulminais et Rec ne réussit pas à me calmer.
Le sang m’était monté à la tête et j’avais pris avec moi le maximum de Stormtroopers que me le permettait mon grade de Capitaine. Une compagnie entière en arme, dans des blindés de transport, était arrivée dans le Château. Les domestiques n’avaient pas protesté, j’avais vu la peur dans leurs yeux. Ces petits nobliaux avaient troqué les sourires goguenards et mesquins pour des coups d’oeils inquiets. Alors que tantôt, ils se moquaient, maintenant, ils se prosternaient. Radek avait accueilli l’intendant en second d’un coup de crosse à la mâchoire…Seul protocole de communication qu’il connaissait. Désormais, c’était avec rage que je m’acharnait sur le mobilier, ayant saisi un pied de biche et détruisant les œuvres d’art comme le mobilier à la recherche de preuves. Je déchaînais ma haine et ma colère contre toutes ces breloques, me préparant à châtier les ennemis de l’Empire. J’étais hors de moi d’avoir été trahi. On nous avait roulé et les coquins qui en étaient à l’origine paieraient très cher leur affront. Le Baron et la Comtesse n’avaient en réalité jamais vu une institution Impériale, leurs contacts avec nos institutions se résumant à quelques galonnards ventripotents en fin de course qu’on avait mis en place sur la planète. Ils n’avaient jamais eu à faire face à BSI ou à l’armée Impériale « bien commandée ». Nous devions mettre un tour de vis et si au début j’avais des doutes quant à la nécessité d’investir Garqi, ça ne m’était désormais jamais semblé aussi nécessaire. Je fracassais une balustrade devant les bibliothèques, aidé de Radek qui l’acheva à coups de crosses, toujours décidé à communiquer à sa manière avec tout ce qui passait à sa portée. Alors que le mobilier s’effondra, j’aperçut alors la petite capsule qui contenait un datapad. Je m’en saisis.
C’est le moment que la Comtesse choisit pour entrer dans la pièce, vêtue d’une gandoura brodée de soie bleue nuit, elle parut être prise de sentiments contradictoires entre la colère et la tristesse. Affolée, elle se prit le visage entre les mains. Passant en revue le capharnaüm qui lui faisait face, elle se tourna vers Rec, cette fois s’empourprant de colère.
-Rec…Mais qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce que c’est que ça ? Je proteste !
-Madame, vous êtes soupçonnée de haute-trahison envers l’Empire Sith, veuillez ne pas interférer avec les investigations en cours.
Je n’avais pas laissé Rec répondre, répondant directement avec une voix roque et autoritaire qui dissimulait mal ma colère. J’avais toujours les mains sur le petit datapad, cherchant à l’allumer. Rec était dépassé, il n’avait rien pu dire, ne s’opposant pas à ma rage, il préféra hausser les épaules. La Comtesse cette fois reprit avec une voix langoureuse, presque suppliante, s’adressant directement à mon amis dont elle saisit la main.
-Je te jure Rec, je n’ai rien fait ! Pourquoi vous aurais-je trahi ? Mon mari, c’est peut-être lui qui a fait quelque chose, mais moi, je n’ai rien fait ! Parle-moi...S'il-te-plaît, ne reste pas silencieux, ne les laisse pas faire.
La garce bourgeoise avait perdu de sa superbe. Elle avait séduit et couché avec Rec pour le soudoyer. Pourtant, un petit Major du BSI n’était pas non plus un archonte du pouvoir Impérial, alors pourquoi ? Pourquoi lui ? J’enrageais, depuis le début, elle m’avait fait comprendre que nous n’étions pas du même monde, elle m’avait pris de haut. Moi, je n’avais pas même eu les égards que Rec avait eu lieu. Elle nous avait…Manipulé. Finissant par allumer le datapad, je découvrais des clefs de chiffrement pour passer sous les communications Impériales. Il y avait aussi des documents concernant les mouvements de nos troupes sur la planète. Mes yeux s’écarquillèrent et je retournais le datapad, le visage saisi d’une indignation visible. La Comtesse était prise la main dans le sac et moi, je cherchais à dire quelque chose, mes lèvres remuaient mais rien ne sortit. D’un pas décidé, je bondis comme un tigre dans sa direction, enjambant les décombres.
-Je n’ai rien fait je le j…
Un claquement terrible retentit. Je lui avais asséné une gifle si violente qu’elle partit à la renverse, se massant la joue douloureuse. Je dardais sur elle un regard accusateur. Radek avait cessé son opération de destruction, son cerveau primitif attiré par la violence. Il se rapprochait lentement derrière moi et même Rec n’avait pas réagi. Je montrais le datapad à toute la salle, y compris Radek.
-Regardez, regardez-tous. Ils collaborent avec les terroristes. Ils leur ont envoyé des messages. Le complot est dévoilé ! Arrêtez-moi cette vermine.
Radek avait la vivacité d’une carpe sortie de l’eau. Ses yeux vides s’illuminèrent de malice lorsque j’avais prononcé les mots magiques. Il ne semblait pas avoir saisi les tenants et les aboutissants de l’affaire, mais il s’en fichait, il savait à peine lire de toute manière. Le colosse asséna un coup de crosse à la Comtesse qui retomba en arrière pendant qu’il lui passait les pinces aux poignets. Il la souleva comme un fétu de paille et moi, je lui saisissais le menton, sentant son parfum enivrant, fragrance raffinée, me caresser les narines.
-Maintenant c’est avec moi que tu parles. Au début tu ne voudras pas parler, mais après tu me supplieras de demander au Sergent Radek de t’achever plus vite. Ton château et tes biens seront confisqués et dans dix ans, plus personne ne se souviendra de toi. -
Post n°5
Auteur : Super PNJDanlun et Zekk n’avaient clairement pas eu la meilleure des positions. Posté chacun à un bout de la rue de l’immeuble pour en surveiller les accès possibles, ils n’avaient pas eu d’autre choix que de plonger à couvert comme ils le pouvaient au moment où les pétarades commencèrent à résonner dans toute la rue. C’était absolument invraisemblable, on ouvrait le feu sur des soldats en pleine ville, sans se soucier de rien ! Inimaginable… et stupide. Manifestement, l’attentat contre le préfet avait du donner des idées à d’autres qui s’en donnaient à coeur joie. Malheureusement, dans ces bas fonds, les droïdes étaient rares, le statut quo nécessaire au maintien d’une relative sécurité se faisant sans eux. Quelques tracés bien définis par un quelconque officier de police à qui l’on graissait la patte suffisait largement à remplir les statistiques dont étaient friands les pontes qui faisaient les budgets, et donc la pluie et le beau temps.
Ce fut donc au milieu de ce fracas que les deux soldats se retrouvèrent, arme au poing, chacun derrière un abri de fortune, à voir des lasers voler, qui leur étaient manifestement destinés sans pour autant les mettre réellement en danger. Les tireurs devaient être inexpérimentés, ou très loin. Ce fut sur le premier point que misa Danlun au moment de sortir de sa cachette. Vétéran de la Forge Stellaire, ce n’étaient pas ces amateurs qui la mettraient en défaut. Son œil vif et perçant distingua rapidement les postes de tir. Trois tireurs pour elle, deux pour Zekk. Sauf que cet idiot n’avait pas son expérience… ni sa chance. Alors qu’il suivait son exemple, il fut fauché par un tir qui pour une fois était bien visé.
- Merde !
Se précipitant hors de sa cachette et courant sous les projectiles, elle se rua vers son collègue qui geignait dans la radio, criant que son épaule avait été touchée. Elle jura entre ses dents, bondissant de couvert en couvert jusqu’à le rejoindre, portant la main à son oreille lorsqu’on lui hurla d’appréhender un individu. Comme si elle n’avait que ça à faire actuellement ! Elle n’avait plus la vigueur de ses 20 ans, pas plus que ses réflexes de la Forge. Elle grimaça à nouveau, puis mit une petite tape derrière la tête de Zekk.
- Tu n’as rien, ça va aller, reste à couvert et essaye de tirer pour leur faire peur, c’est tout ce que je te demande… Et moi, je reviens.
Du coin de l’oeil, elle avait pu apercevoir l’homme qui s’enfuyait et se lança à sa surprise. Bon sang, où était Venkhor ? Ca s’entendait qu’il y avait une fusillade, non ? Et elle était pratiquement seule, maintenant…
Ana Cynn s’était appuyée sur Arnon pour se relever, récupérant sa canne, sa main agitée de tremblements au point qu’elle dû serrer le poing à s’en faire blanchir les jointures pour se calmer. L’adrénaline qui avait envahi son corps un court instant lui avait donné le coup de fouet nécessaire pour se sauver, les sauver tous les deux, avant de retomber dans le brouillard étrange qui lui servait de vie. Ses oreilles résonnaient encore du crépitement des blasters, et elle se massa vigoureusement la tempe, ne comprenant pas ce que cet homme lui voulait. Il lui parlait de partir, mais elle était ici chez elle, elle avait ses affaires, sa… vie ? Comment pouvait-il lui voler cela ? Qui était-il pour le décider ? Mais elle-même n’était personne, et elle n’avait pas la force, pas la volonté de résister.La course-poursuite avait été aussi minable que rapide, l’homme blessé n’étant manifestement absolument pas un athlète. Comme on lui avait appris, Danlun avait suivi les ordres sans réfléchir, et couru après le fuyard, finissant par le tacler brutalement dans une poubelle au détour d’une ruelle. Alors qu’il se débattait et essayait de s’enfuir, elle lui asséna un violent coup de poing qui le mit dans les vappes. Elle porte à nouveau la main à son oreillette en soupirant.
-Venkhor. J’ai ton homme, dans une poubelle. Je t’envoie la position, fais venir le panier à salade, je garde un œil sur lui.***
-Qui sommes-nous ?
-Légion.
-Que voulons-nous ?
-L’Ordre.
-Quand le voulons-nous ?
-Dès à présent.
Les mots étaient dit, la séance prenait place.
-Il a échoué.
-C’est évident.
-Etait-ce volontaire ?
-Oui. De même que le reste. Et surtout, c’était nécessaire. Notre position n’est plus sûre. Je suggère que nous levions les séances indéfiniment. Jusqu’à ce que la tempête passe.Atréïs -
Post n°6
Auteur : Arnon VeralJ’avais contacté le QG, un fourgon blindé de droïdes ne tarda pas à arriver envahissant la zone et entraînant le malfrat et Danlun à l’intérieur. Ils vinrent ensuite à notre position, j’étais resté arme à la main, aux aguets. Les tireurs auraient pu revenir, mais rien. Je ne fus réellement rassuré que lorsque le fourgon arriva. Zekk était toujours au sol, le regard vif, il semblait vexé d’avoir été touché, la tête de Cynn avait roulé sur le côté, elle semblait être dans cette zone à la limite de la conscience. Il allait sans doute lui falloir une bonne cure de désintoxication pour la sevrer. La mission s’était déroulée sans pertes et j’informais le chef d’escouade B1 qu’il y aurait un autre véhicule à récupérer mais que nous partirions dans le véhicule blindé, c’était le plus sûr. Un des droïdes m’aida à charger d’abord Cynn puis Zekk à l’intérieur du fourgon. Jetant un dernier coup d’œil à la zone, j’entrais dans le véhicule, me laissant couler sur un des sièges. Nous étions hors de danger, tout du moins pour cette fois. Je sentis mes muscles se détendre et je rangeais enfin mon arme dans son holster, tendant celle du fugitif à un des droïdes B1, elle servirait de pièce à conviction. Je demandais au chauffeur de nous amener à la caserne où nous logions. Notre prisonnier aurait eu besoin de soin, mais je tenais à l’interroger…A ma manière.
Le voyage ne dura pas très longtemps, quarante minutes tout au plus. Une fois dans l’enceinte de la caserne, j’indiquais aux officiers en charge du lieu mon intention d’interroger un suspect. L’évocation de l’attentat et du spectre de la Préfecture suffit à me permettre d’avoir une salle pour cela. Je réussis également à être suffisamment persuasif pour me laisser faire les choses moi-même. L’homme, toujours inconscient, fut attaché à une petite chaise métallique. Pour ma part, je préparais l’interrogatoire comme je pouvais. C’est en uniforme que je revins dans la salle nue au mobilier très simple : une table et deux chaises. Je le vis dodeliner de la tête, me saisissant d’une bassine d’eau, je la lui jetais sans ménagement à la figure, ce qui eut pour effet d’immédiatement lui mettre un coup de fouet. L’homme avait perdu de sa superbe, il poussa un râle de douleur à cause de sa blessure. Alors qu’il peinait à ouvrir les yeux, je lui attrapais le menton et entrepris de lui mettre de petites claques.
-Allez, on se réveille…Non, on ne se rendort pas.
Alors qu’il se réveillait finalement, je lui lançais un regard dur et froid, tout du moins était-ce mon intention. Je compris immédiatement que ce minable n’était pas un professionnel, il avait cependant des informations car il connaissait mon nom et sans doute la raison de ma venue sur Cato Neimoidia. Retournant derrière le bureau je me saisissais des dossiers, déposant ma casquette à côté. Je ménageais mon effet, laissant le silence installer une situation de malaise.
-Bon, l’avantage c’est que nous n’aurons pas à faire les présentations. Tu sais qui je suis et sans doute pourquoi je suis là. Tu n’auras donc pas à jouer la comédie. On va faire un rapide état des lieux, tu t’es fait coffrer. Au doigt mouillé, je dirais que c’est mauvais, parce que tu as attaqué un agent de la CSI dans ses fonctions. Cette histoire peut aller loin.
Mon ton était assuré, monocorde et imprégné d’assurance. J’avais mené des interrogatoires pendant plus de dix ans au BSI, je savais donc comment procéder. En réalité, c’était toujours dans les premières minutes que ça se jouait. L’individu qui me faisait face ne savait au départ rien de moi, il allait chercher à me sonder, à tester ma patience. C’était là que venait le savoir-faire, un bon interrogateur savait donner les informations essentielles, poser le rapport de force et surtout, montrer à son interlocuteur qu’il n’avait aucune chance de sortir indemne de l’interrogatoire. C’était quelque chose qu’on faisait en général dans l’Empire Sith. Briser son interlocuteur afin qu’il n’ait plus aucun espoir et donne toutes les informations nécessaires. Seulement voilà, au BSI nous étions plus intéressés par les coupables que par les preuves et ici, je devais remonter la piste. Le type ne semblait pas être un gros dur, pas plus qu’il n’était un professionnel, mais il était cependant accompagné. Cela en faisait un sur un petit nombre. Alors que son regard semblait fureter à droite et à gauche dans la pièce, je répondis, avec un froideur presque clinique :
-Vu la gravité des faits, je serai seul à mener cet interrogatoire. Il n’y a pas de caméra, les enregistreurs ont été débranchés. C’est toi et moi. Tu voulais me parler, eh bien tu vas en avoir l’occasion, mais avant de démarrer, je veux que tu m’écoutes. Je ne suis pas de très bonne humeur, un de mes hommes a été blessé et j’ai perdu une collaboratrice. La Préfecture m’a mis la pression, mais elle m’a aussi donné carte blanche. Je vais donc te laisser l’opportunité de t’expliquer, tu n’auras qu’une chance, ne la gâche pas. Si tu me prends pour un con ou que tu me balade, je le saurai et dans ce cas-là, je dirai que tu as parlé et qu’on te relâche, mais moi, je viendrai avec toi. Je t’interrogerai alors de manière un peu plus persuasive…Un peu moins officielle aussi.
Je le fixais droit dans les yeux, ne détournant pas le regard. Il comprendrait à cet instant que je ne plaisantais pas. C’était de toute manière la vérité, la Préfecture n’aurait sans doute pas apprécié de telles méthodes mais l’attentat avait mis tout le monde en ébullition. Le DSP était également censé retrouver les coupables, par tous les moyens. A ce stade de l’histoire, mon interlocuteur avait sans doute compris que je n’étais pas un simple militaire, qu’en dépit de mon uniforme de Sergent, j’avais d’autres fonctions. Cela le mettait dans une situation très délicate.
-Ah et au fait, je n’ai pas encore prévenu Kalnietis, mais si tu ne me donnes pas du solide, je vais devoir lui dire que tu es ici. Tu peux être sûr qu’une fois que tu sortiras d’ici, il t’attendront et te liquideront si tu ne meurs pas pendant l'interrogatoire. Voilà, ça c’est pour les informations générales. Maintenant c’est à toi, je vais te le demander une fois poliment, dis-moi tout. Qui sont tes complices ? Pourquoi vous nous avez attaqué ? Quel est votre lien avec l’attentat contre Dae’Mid ? Je veux tout savoir, si tu me réponds sincèrement, je pourrai peut-être être clément, sinon…Eh bien je crois que je devrai utiliser des méthodes qui risquent de compromettre sérieusement ton intégrité physique.
Là non plus je ne blaguais pas. Derrière mon ton assuré et parfaitement maîtrisé, il y avait en réalité un scénario que j’avais écrit à l’avance. Mon objectif était de le forcer à parler sans avoir à lui soutirer les informations par la force. Bien évidemment, si j’y étais contraint, je le ferais. Je savais cependant que l’évocation d’un lien entre Kalnietis et moi suffirait à délier au moins un peu sa langue, le baron du crime était craint sur Cato Neimoidia et la menace de le prévenir pourrait sans doute faire son effet. Je croisais donc les bras, attendant qu’il parle. C’était sa chance, il n’en aurait qu’une.
Garqi, sept ans et demi auparavant,
La Comtesse avait été installée dans une salle miteuse avec une ampoule nue comme simple lumière. Radek l’avait conduite en speeder et elle n’avait dit aucun mot, simplement sangloté en proférant des suppliques inaudibles. Rec était parti avec une escouade intercepter le Baron à l’Astoport, ce dernier avait écrit à sa femme qu’il rentrait en urgence, sans doute prévenu par un de ses laquais. Les choses s’accéléraient, et moi j’étais dépassé. Je fus pris de haut-le-cœur, tentant de remettre en place le col de mon uniforme. Je ne savais que faire, cette histoire ne pouvait pas bien se finir. Assis sur le siège passager, j’avais été en sueur tout le long. Maintenant, Radek avait assis la femme sur un siège et l’avait ligoté, nous étions dans un petit cabanon loin du château, dans la forêt. J’avais agis dans la précipitation, ne sachant pas vraiment où j’allais. La Comtesse sanglotait et moi, je ne savais toujours pas que faire, Radek se mit au garde-à-vous, dans l’attente d’instruction, prêt à frapper. Moi, je fumais nerveusement ma cigarette.
-@£*!&% ta gueule ! Tu peux pas la fermer oui ?
Mon agacement trahissait mon impuissance. Je savais qu’à partir du moment où nous la torturerions, je franchirais un nouveau cap, un point de non-retour. Mais c’était pourtant la guerre, nous devions traiter les ennemis. Nous devions agir et éliminer la menace. Cette femme m’avait méprisé depuis le début et je m’étais senti délaissé. La vérité, c’était que je savais que je ne pourrais pas changer les choses, chaque seconde qui passait me rapprochait du naufrage. Je crois qu’à cet instant, elle l’eut senti, elle sentit que je vacillais, que j’étais désespéré. Elle se mit alors à parler, entre quelques sanglots.
-Vous êtes foutus. Vos armées sont en déroute, elles perdent partout. Vous finirez au bout d’une corde Capitaine. Quand vous serez en cavale, on vous dénoncera…Vous serez traqué comme une bête.
Cela réveilla Radek, qui, loin de s’émouvoir lui décocha un crochet au niveau de la pommette droite, craquelant le visage de la poupée de porcelaine. Un liquide carmin coula de la commissure de ses lèvres alors que ses yeux s’embuaient de larmes. Loin d’arrêter Radek, ce dernier la frappa au niveau du ventre puis lui donna un coup de tibia au niveau des cuisses. Je levais la main en signe d’apaisement et le colosse, semblable à une machine démoniaque, revint en place, droit comme un « i ». Son visage n’avait été parsemé d’aucune émotion, c’était à se demander s’il en avait éprouvé un jour. J’avais entendu des bruits de couloirs qui disaient qu’il faisait peur à ses anciens collègues du BSI car eux-mêmes le considéraient comme un extrémiste. Je me ressaisis, cette fois m’approchant d’elle, je tirais la chaise vers moi et elle détourna la tête, comme si elle voulait éviter un nouveau coup.
-Tu ne comprends décidément rien. C’est affligeant de bêtise. Il faut que tu parles, si tu ne parles pas, on va te faire des choses que tu n’imagines pas. Tu as collaboré avec des terroristes et maintenant, il va falloir que tu me dises…Le nom des contacts, qui ils sont, qu’est-ce qu’ils font. Il me faut des noms.
Elle sembla hésiter quelques minutes. Ce fut suffisant à Radek pour s’absenter et revenir en laissant tomber des objets sur la table : tournevis, chignole, couteaux et d’autres outils comme des scies qu’il avait trouvé dans la remise. La Comtesse écarquilla à nouveau les yeux, cette fois prise de terreur.
-Non…Non…NON !
Radek alluma la chignole et s’approcha, sans sourciller. Ce qui se passa ensuite n'est pas important, tout du moins, ça ne serait qu’un enchaînement de violences que je préfère ne pas raconter. Quoi qu’il en soit, j’ai dû empêcher Radek d’aller au bout de son projet mais elle finit par parler…La souffrance était trop forte. Nous n’avions pas abîmé son visage et sa plastique non plus, j’avais préféré le générateur aux outils de Radek, sans doute par peur du sacrilège de son corps sculptural. Lorsqu’elle dévoila le nom des commanditaires qui avaient comploté avec son mari, ce fut comme trouver les pièces du puzzle. Alors que je remettais en place sa gandoura pour lui assurer un peu de pudeur, Rec m’appela, le Baron n’avait pas voulu se rendre, il avait croqué dans une pilule de cyanure quand il l’avait vu arriver. La Comtesse fut jetée au cachot dans son propre château, tous les domestiques qui étaient impliqués dans le complot furent fusillés sous mon autorité, conformément aux ordres que je venais de recevoir de la part de mes supérieurs. Rec et moi nous lancerions dans les jours d’après dans une terrible chasse à l’homme dans les bois. Plus d’une quarantaine d’arrestation eurent lieu et deux-cent corps furent envoyés à la morgue, châtiment de ceux qui avaient résisté. Le verdict fut sans appel, après un interrogatoire des principaux chefs, nous avions démantelé la partie armée et active du réseau terroriste. Plus de soixante-dix autres arrestations eurent lieu dans les milieux universitaires la semaine suivante. Dans toute cette agitation, nous avions oublié la Comtesse, enfin, moi je ne l’avais pas oublié et Rec ne voulut pas en entendre parler. Alors que je terminais dans les trois derniers jours de notre présence sur Garqi le préparatif de mon plan afin d’enrôler les travailleurs et les futurs soldats, mon ami semblait être agité et contrarié. Il n’avait toujours pas digéré la façon dont les choses s’étaient passées ici, mais il finit par retrouver son caractère jovial après deux bières. Tout reprendrait son cours rapidement.
Le jour avant notre départ, je déjeunais avec Radek. Ce dernier se borna à répondre par monosyllabe à mes questions. J’appréciais étrangement cet homme car il avait une oreille compatissante et qu’il ne trahissait jamais mes secrets. Je me surpris à lui confier que j’avais aimé le Château, c’était un endroit où j’aurais apprécié de vivre. Malheureusement, les choses ne s’étaient pas produites comme prévu. Dans l’après-midi, nous apprîmes que l’opération avait été un succès, plusieurs dizaines de milliers de personnes avaient été raflé et envoyé dans les principaux centres de travail. L’Empire Sith avalait la main d’œuvre dans sa fuite en avant. La grande dévoreuse n’était plus qu’un colosse aux pieds d’argile et nous reçûmes des nouvelles du front qui n’étaient pas brillantes, on nous demandait déjà de partir ailleurs pour essayer de compenser l’hémorragie en personnel. Mes ordres étaient tombés, je devais faire fusiller la Comtesse. Je ne transmis pas l’ordre à Radek, ni à Rec qui était maintenant complètement obnubilé par la prochaine biture. Il me proposa de le rejoindre à la taverne pour fêter notre départ. Je prétextais quelques affaires à régler.
Je me rendis sur le domaine du Château, ce dernier n’était plus qu’un champ de ruines qui n’avait plus rien à voir avec ce qu’il était avant. Les Stormtroopers avaient éventré les murs, inspecté chaque recoin. Personne n’avait fait cas de la Comtesse et moi, je revenais ici, au péril de ma propre vie. Un terroriste aurait pu être dans le coin et me liquider mais pourtant, les mains dans les poches de mon uniforme, j’observais le soleil et ses rayons évanescents, j’étais au calme, je me sentais bien. C’était comme si la guerre et ses horreurs avaient quitté mon univers. Finalement, ce Château était une composante de l’univers : il avait vécu la terreur, l’espace d’un instant, connu une quasi-destruction, mais la nature était toujours là après ces évènements. Triste analogie qu’on pouvait transposer à ce qui se passait dans la galaxie, qu’importait le vainqueur, dans cent-cinquante ans, nous serions tous mort et la forêt, les ruisseaux et les animaux seraient toujours là. Je me mis à penser à un livre pour enfant que je consultais lorsque j’étais petits : les aventures de Cuidou. Cuidou était une petite grenouille qui parcourait le monde et découvrait de nombreux amis. Elle devait aller à l’école, lacer ses chaussures et ses défis se bornaient à comprendre l’importance de la famille et de ses amis. C’était éducatif et empreint de bienveillance. Je réprimais des larmes en repensant à cette période d’innocence, les sourires de Cuidou se mêlaient au crissement de la chignole de Radek dans mon esprit. Je descendis lentement dans les catacombes du Château, arrivant aux oubliettes et j’entendis la supplique rauque d’une femme.
Ouvrant la lourde porte en métal et en bois, je sortais mon arme de service de son holster en ôtais la sécurité. Comme Cuidou avait retrouvé sa mère à la fin de sa journée d’école, sonnant le glas de l’histoire, ce chapitre aussi touchait à la fin et arrivait à son terme. Je fis face à la Comtesse, cette dernière arrêta immédiatement de pleurer et de supplier lorsqu’elle me vit. Cet instant fut comme hors du temps, elle me fixa droit dans les yeux, finalement se rendant compte que je n’arrivais pas tirer. La Comtesse se releva et s’approcha de moi, contre toute attente, son regard n’était pas mauvais ni haineux…Il était juste triste. Baissant mon arme, elle m’asséna à son tour un gifle qui claqua dans le couloir des oubliettes, les yeux remplis de larmes.
-A cause de toi, j’ai tout perdu. Ma vie est pire que la mort. Je ne veux plus jamais te voir, jamais. Tu es de ceux qui transforment tout ce qu’ils touchent en champ de ruines.
Elle s’enfuit ensuite, prise de sanglots. Je demeurais là, hébété, sans réellement comprendre ce qui s’était passé. Je fus pris à la gorge d’un sentiment amer. Si ma mission était un succès, j’avais échoué. Je le sus à cet instant. Je fus assaillis à nouveau de souvenirs de mon enfance, quand tout était simple. Je me mis étrangement à repenser à une de ces histoires de Cuidou, qui finissaient bien et abordaient des thèmes simples et bienveillants. Je tombai à genou, hoquetant de sanglots, ma casquette tomba au sol alors que je fus pris de tremblements et de sanglots, maintenant en position fœtale. La casquette en gabardine s’était retourné, perdant toute sa contenance sur le sol et affichant la petite nominette aux broderies rouges enfantines : Capitaine Ludwig Noas.
Le soir je finirais au bar avec Rec. Nous serions ivres morts et je tenterais d’oublier ma vie minable dans la vie d’une prostituée. J’ignorais ce qu’était devenue la Comtesse et n’en entendis plus jamais parler. Pourtant, Louise Arfal -c’était son nom- quitta la planète et fut un témoin-clef des procès du BSI et spécifiquement du procès Noas et Ornaz, écrivant un très long rapport à charge contre les actions du Capitaine Noas et du Major Ornaz sur Garqi. On les accuserait de tortures et de massacres ainsi que de crimes de guerre. Arfal rejoignit ensuite Raxus Prime, prenant une place de négociante en liqueur, pour être nommée dans l’administration à l’âge d’aujourd’hui trente-huit ans dans l’administration de la planète. Bien évidemment, j’ignorerais tout cela, ne connaissant même pas le nom de celle que j’avais toujours appelé « la Comtesse ». -
Post n°7
Auteur : Super PNJAvant de rentrer dans la salle d’interrogatoire, un droïde avait interpellé Arnon. Le temps passé à rafistoler la blessure de l’homme avait également permis de mettre un nom sur son visage. Alec Sater. Un patronyme on ne peut plus commun. Le prisonnier était un simple courtier en assurance, menant une vie de célibataire paisible et sans histoires. Son casier judiciaire était entièrement vierge, pas la moindre trace d’une infraction, un citoyen modèle lambda en somme. On ne lui prêtait même pas de possession d’arme, d’usage de stupéfiants ou quoi que ce soit : c’était un homme d’une simplicité déconcertante. Même son passé était des plus ennuyeux. Une famille de la classe moyenne, des études dans la même veine, des proches encore en vie, pas de morts étranges ou quoi que ce soit. Il n’aurait pas dû être là.
L’homme avait toutes les raisons d’avoir peur. Il ne savait pas où il était, il ne savait pas réellement qui se tenait en face de lui. La réalité était qu’il était pris dans une spirale infernale de laquelle il n’avait aucune idée de comment se sortir. C’était comme les sables mouvants, quand on se rend compte qu’on est enfermé dedans, il est trop tard. C’était précisément son cas à cet instant. Face à Adriel Venkhor et ses méthodes peu orthodoxes, il ne pouvait rien. C’était bien la pire des situations. Attaché et impuissant, il voyait déjà sa mort arriver.
Pourtant, il écouta fort sagement le petit discours du Sergent qui l’avait blessé et capturé. Des méthodes officiellement interdites dans la CSI où tout était fait pour le bonheur des gens. C’était la version des autorités. C’était la version des gouvernements. C’était un mensonge éhonté dans lequel chacun était libre de se prélasser. C’était pour ça qu’il avait rejoint ce que d’autres appelaient Légion. Mais Légion n’existait pas réellement, dans les faits, elle-même, à l’instar de la CSI, n’était qu’un organe et lui-même n’était rien dans tout cela. C’était pour ça qu’il sentait sa mort arriver. Au milieu des questions d’Adriel, il n’aurait absolument aucune réponse satisfaisante à fournir.
Néanmoins, il essaya de garder une certaine assurance. Bien bâti, gâté par la nature, la blessure le lançait mais ne devait pas le distraire de l’impression qu’il chercherait à donner, celle d’un homme sûr de lui, de ses forces et de ses cartes. Peine perdue, car même si il se redressa comme il le put, bombant légèrement le torse, sa voix fébrile le trahit instantanément, résonnant un octave plus haut qu’à l’accoutumée, dans un cri de crécelle aussi perturbant qu’incongru. Et ce n’était pas du fait de Kalnietis, dont il ignorait jusqu’à l’existence…
-Je ne sais pas. On me l’a demandé. On m’a dit que je devais vous retrouver là-bas et faire ce que j’ai fait.
Il s’agita légèrement sur sa chaise. Il savait pertinemment que le peu qu’il savait ne l’aiderait en rien. Ni lui, ni Venkhor. C’était tout le but de cette organisation obscure.
-Je sais juste qu’ils veulent qu’on s’appelle Légion. Tous. C’est tout. Je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas ce qu’ils font. Moi, je voulais juste… Mieux. Plus. Autrement.
Le discours était assez peu orthodoxe mais finalement clair, du moins l’espérait-il. Il expliqua rapidement qu’il avait été invité à participer à une sorte de repas à débats, au cours duquel la CSI avait été largement remise en cause dans son fonctionnement actuel, et qu’il fallait faire bouger les lignes. C’était important pour lui qui se sentait délaissé dans ce qu’il faisait, qui se sentait engoncé dans un statisme déplorable et insupportable. Mais il n’était rien, ni personne, il n’aurait rien pu faire seul. Alors les débats furent une sorte de purgatoire. De catharsis où il pouvait dévoiler ses pensées. Et une chose en entraînant une autre, il fut bientôt convaincu qu’il fallait faire quelque chose. On lui promit qu’il aurait sa chance un jour, et le jour était venu, même si on ne lui expliqua pas en détail le pourquoi du comment. La simple promesse que ça pourrait changer beaucoup de choses lui suffit.***Dae’mid était à son bureau. Il avait appris la mort de Nocturna, les événements récents et surtout, l’attaque et la capture d’un individu banal. Cette enquête était décidément incompréhensible pour tout le monde, y compris pour lui. Comment tout ces éléments étaient-ils reliés ? Comment faire pour trier le bon grain de l’ivraie ? En désespoir de cause, il appuya sur le bouton de son holocommunicateur.
-Passez moi la sous-préfète Katinsale, je vous prie.Atréïs -
Post n°8
Auteur : Arnon VeralL’homme avait peur, même s’il cherchait à garder sa contenance, il savait très bien dans quelle panade il se trouvait. Aussi, je le laissais dérouler, tranquillement, hochant la tête. Légion, c’était un nom intéressant, un groupuscule qui pourtant ne me disait rien. D’un autre côté, cela faisait des années que j’étais hors-service, il était donc difficile pour moi d’avoir des informations sur tous les illuminés qui cherchaient à combattre le pouvoir. Je ne pus cependant réprimer un sourire intérieur, un sourire amer et acide : la CSI, la République, l’Imperium, tous avaient prétendu être le renouveau démocratique ou représenter le peuple. Ils s’étaient tous présentés comme l’unique alternative à l’Empire Sith, le dangereux oppresseur, pensant qu’ils pourraient construire leur petit paradis rêvé. La vérité, c’était que la CSI s’enfonçait dans la bureaucratie et ainsi dans une sorte de dictature qui était molle au début mais s’était cristallisée. Sûre d’elle, cette organisation n’avait de « Confédération » et d’ « indépendant » que le nom, ce qui donnait raison a posteriori aux propagandes Impérialo-Sith les plus caricaturales. Malheureusement, Sater ne trouverait pas en moi une oreille compatissante, ce n’était pas moi qui faisais les règles et je n’avais qu’une mission : mettre la main sur ceux qui étaient à l’origine de l’attaque contre Dae’Mid. C’était ce qui me faisait me lever le matin pour l’instant. Saisissant mon carnet, je notais soigneusement le nom et les informations qu’il m’avait donné.
Je sortis mon étui à cigarettes en argent, extrayant un des petits bâtonnets et craquant une allumette. Alors que je réfléchissais, j’aspirais la nicotine qui infusa dans mon sang. Ma seule réponse fut une volute qui se perdit en formes mélancoliques. La situation était intéressante : le ton de l’homme était presque craintif, il était voûté, presqu’enclin à geindre. Je hochais la tête, fumant tranquillement ma cigarette. L’homme transpirait la peur jusqu’au bout de ses ongles, cela passait par son regard craintif ou la petite voix criarde alors qu’il ânonnait des banalités qui se voulaient politiques. Je n’avais pas la prétention d’être un idéologue…Et je n’en étais de toute manière pas un, mais je savais reconnaître un discours construit. Lui n’avait jamais commis aucun délit.
-C’est intéressant…Je suis toujours saisi par le contraste qui existe entre le moment où une personne négocie en position de force et celui de sa déchéance. Il y a quelques heures, vous me menaciez, tout sourire, prêts à exécuter cette pauvre handicapée, galvanisé par votre propre fatuité. Malheureusement, on ne s’impose pas activiste…Il m’a fallut peu de temps pour réaliser que vous n’aviez jamais été formé à porter une arme. La situation vous a échappé, monsieur Sater, vous avez joué et vous avez perdu…C’est un fait. Je dois l’avouer, je nourris une colère sourde à votre encontre…Déformation professionnelle sans doute…Mais la conséquence est sans appel, vous n’aurez aucune clémence à attendre de ma part.
Le retour au vouvoiement était également un retour au respect. Le bruit et les pétarades étaient passés, nous revenions dans le temps long, celui des conséquences. Je me levais lentement de la chaise, déambulant quelques pas dans la pièce nue de béton gris monotone. La fumée de ma cigarette semblait danser au rythme de la sérénade monocorde de mes paroles. Finalement les choses nous étions revenu au point de départ. Je jetais un regard tantôt sur l’homme et tantôt sur le petit sac de jute que j’avais ramené avec moi et au contenu inconnu.
-Au Bureau de Sécurité Impériale, les gens comme vous avaient un nom, on les appelait les escargots. Ce nom grotesque prenait son sens dans une plaisanterie que les agents faisaient entre eux : il suffisait de vous plonger dans l’eau avec un peu de sel et dans l’huile bouillante pour vous faire baver…
Je recrachais un nouveau panache liquoreux tout en me grattant le coin de bouche en signe de réflexion. En réalité, j’avais avancé mes pièces et Sater était déjà échec et mat. Je savais qu’il ne pourrait pas me dire le fond de l’histoire derrière la Légion, c’était une évidence. Maintenant, il devait cependant comprendre que je n’allais pas me satisfaire de ce qu’il m’avait dit. C’était un peu léger et il fallait développer. Portant à nouveau ma cigarette à la bouche, je revenais à ma place, devant la petite table, ouvrant le sac de jute et en extrayant un marteau constellé de rouille et d’usure. J’avais pris ce que j’avais pu et cela ferait l’affaire.
-C’est tout le problème de la confiance. Je ne peux vous faire confiance, puisque nous sommes ennemis, je le comprends vous savez. A votre tour, comprenez que j’ai mon propre agenda, ma mission et une certaine pression de la part de ma hiérarchie. Je vais devoir écrire un rapport et vous allez devoir m’en dire plus. Si vous le voulez bien, j’aimerais revenir sur ce que vous m’avez dit tout à l’heure, vous souhaitiez me parler de quelque chose, eh bien c’est le moment. Vous m’en direz un peu plus sur vos motivations, comment vous êtes entrés en contact avec la Légion, mais également ce qu’ils vous ont dit, qui vous a donné les ordres. Vous avez toute mon attention.
Je terminais ma cigarette, éteignant le mégot sous ma semelle. Maintenant, les cartes étaient entre ses mains, sinon j’étais prêt à passer à la vitesse supérieure. J’espérais sincèrement qu’il parlerait et que j’aurais de quoi rendre mon rapport. De toute façon, Sater était foutu et il le savait, maintenant c’était une question de détails. S’il voulait éviter à une trop lourde sanction, voire à une exécution sommaire, il devrait donner des informations. Je demeurais tranquillement assis, fixant tour à tour le marteau et le visage de mon prisonnier. -
Post n°9
Auteur : Super PNJAlec Sater transpirait à grosses gouttes, et c’était parfaitement compréhensible. Il n’était pas homme d’action et avait malgré tout accepté la mission qui aurait du bien se passer. Mais il n’avait pas le recul, ni l’expérience nécessaire pour se rendre compte qu’il n’était qu’un coup dans l’eau, une tentative pour en masquer d’autres. Non, tout ce qu’il voyait, lui, c’était son échec dans sa tâche et dans sa fonction. Et maintenant, il était face à ce type qui lui faisait plus que peur. La lueur psychopathique qui se lisait dans son regard suffisait largement à comprendre le rapport de force et le plaisir que son hôte prenait à l’interroger. Mais que pouvait-il dire qu’il ne savait déjà ?
-Je… Je vous l’ai dit, j’ai été invité, par l’intermédiaire d’une lettre, je n’ai jamais su qui l’avait envoyée. Au début, c’était juste des soirées habituelles… Il y avait toujours beaucoup de monde, et pas toujours les mêmes personnes… Et puis on m’a invité dans d’autres soirées, où on échangeait sur la CSI… Je ne sais pas, je ne sais plus…
Il avait les nerfs à vif. L’échange de coups de feu, sa course effrénée, le plaquage de la soldate dans les poubelles, tout cela avait distillé de l’adrénaline dans son organisme qui, maintenant qu’elle refluait, le laissait sous le choc, transpirant et tremblant.
-Moi, je voulais juste que les choses aillent mieux. Pour tout le monde, tout ceux qui ne sont pas dans les grandes corporations, qui sont écrasés par les taxes et par les droïdes… C’est pour retrouver de la dignité, c’est compréhensible, non ?
Ca ne l’était sûrement pas. Il n’avait aucun nom à donner, autre que Légion, autre que ces soirées qu’il ne pourrait pas raconter dans le détail. Il ne savait pas exactement comment il en était arrivé là et c’était précisément ce qu’il cherchait à faire comprendre à Venkhor, à cet instant. Les soirées, puis les dîners, puis les débats, tout cela s’était enchaîné sans qu’il ne s’en rende compte, sans qu’il ne comprenne dans quoi il s’était fourré. La propagande avait parfaitement marché sur lui, le convertissant lentement mais sûrement en un prosélyte convaincu par un discours qu’il ne maîtrisait pas, poli pour lui par des cerveaux autrement plus discrets et capables.
-Je vous jure que je vous ai tout dit. Tout ce que je sais, c’est que… C’est qu’on veut mieux que ce que la CSI nous offre à ce moment, rien de plus…
Arnon n’aurait pas le temps de se demander ce qu’il voulait dire, qu’on frappa à la porte, trois coups secs, pour lui demander de sortir. Sur le pas de la salle, Danlun était là, l’oeil mauvais et la mine renfrognée, le saluant puis parlant à voix basse.
-Désolée de déranger, Sergent. On a mis la main sur un des tireurs de l’extérieur. On le cuisine en ce moment, mais c’est… discutable. Je ne sais pas si on en tirera quoi que ce soit.
Elle inspira et rejeta ses cheveux en arrière.
-Et de toute façon, je crois que vous non plus. Quand vous aurez terminé, le préfet a fait passer une demande, il veut vous voir. Sergent.
Elle le salua de nouveau avant de s’éclipser. Elle était fatiguée.Atréïs