Post n°10
Auteur : Super PNJ
Le Givin s’enfonce doucement dans son fauteuil, un sourire aux lèvres. Il se sait en position de force. En face de lui, les deux humains et leur compagnon métallique sont contraints de coopérer, sans toutefois savoir dans quel pétrin ils mettent les pieds. Sur Tatooine, les informations se vendent chères… Très chères. Et la face de squelette, qui le sait très bien, en profite allègrement. Lorsqu’on en vient finalement à lui demander ce dont il a besoin, le roublard est aux anges. Il avale une nouvelle gorgée de son breuvage douteux, laisse échapper un léger soupir de contentement, puis se décide enfin à répondre.- Bonne question, en effet… De quoi pourrais-je avoir besoin selon vous, hmm ? La crapule ricane doucement avant de reprendre une gorgée de son infâme boisson. Le porte-flingue qui lui sert de garde du corps esquisse l’ombre d’un sourire, ayant probablement quelques sombres idées à ce sujet. Le Givin se penche soudainement en avant, pose son regard de mort les deux comparses le temps de quelques battements de cœur puis reprend d’une voix glaciale.- Il y a un officier du guet qui a un don pour fouiner là où il ne faut pas. Ses petites descentes sont actuellement en train de plomber mes affaires florissantes... Indique l’alien en guettant une réaction sur le visage des deux mercenaires. Cette canaille agit probablement pour le compte d’un concurrent, mais sans preuves de sa culpabilité, il m’est impossible de le tenir à l’écart. Toute information compromettante à son sujet sera appréciée à sa juste valeur… Des renseignements contre des renseignements, voilà un marché honnête n’est-ce pas… ?Merlow renifle une fois de plus avec dédain. Des charlatans qui lui ont proposé des marchés “honnêtes”, il en a connu un paquet. Nombre d’entre eux ont essayé de le doubler au moment de payer ses services. Les autres, pour leur part, n’ont pas jugé bon de le prévenir des dangers encourus en travaillant pour leur compte. Pour le déserteur, il n’est pas question de se fier aux dires du roublard à face de squelette. La mission aura sûrement son lot de complications… Pour ce qui est du reste, il est nécessaire de rester sur ses gardes. Rien ne permet, pour l’heure, de savoir si le Givin tiendra parole ou non. Après tout, il pourrait tout aussi bien se débarrasser de lui et de ses deux camarades d’infortune une fois la tâche accomplie. Cependant, le fusilier de Chumchurk est dans une impasse, il le sait bien. Refuser l’offre du truand, c’est courir au désastre. Le bougre ne les laissera pas partir comme ça sans avoir obtenu d’eux ce qu’il veut, il en est certain. Autant accepter et aviser par la suite...- Votre gars, il a un nom ? Demande finalement Merlow.- Bien sûr… Bien sûr. Je considère donc que vous acceptez la mission. L’ex-soldat impérial adresse un regard entendu à ses compagnons avant d'acquiescer d’un signe de la tête.- Dites-nous tout ce qu’il y a à savoir sur lui. Répond alors le mercenaire. On se charge du reste.- Selon mes employés, cet officier se prénomme Virtsek. Ils ont pu me fournir une description très précise du type… Humain, la trentaine, cheveux courts, yeux verts, implant cybernétique remplaçant son bras gauche. Annonce le vaurien alors qu’il fixe du regard le porte-flingue, occupé à prendre des notes. - Rien d’autre ?- Si j’avais la moindre information de valeur à son sujet, je n’aurai pas besoin de vos services. Fait remarquer le Givin, perplexe. Ce gars-là est prudent. Il doit probablement prendre toutes les précautions du monde pour ne pas se faire pincer dans ses petites affaires… Alors je vous demanderai de faire de même. Il est inutile de vous dire qu’un échec de votre part pourrait me mettre dans l’embarras...- Message reçu cinq sur cinq. Maintenant, si vous voulez bien nous excuser...- Oui… Oui… Bien sûr. Faites donc. Et surtout… Ne me décevez pas. Lâche pour tout commentaire l’alien, congédiant d’un geste de la main les trois partenaires.Alors qu’ils sortent de table, le garde du corps de la face de squelette leur adresse un ultime regard noir, comme pour les avertir qu’il ne leur accordera aucune pitié s’ils venaient à trahir leur engagement. Merlow, qui sait déjà à quoi s’en tenir, se contente de l’ignorer et paie son dû au gérant de la cantina avant de se diriger vers la sortie. Une fois dehors, le fusilier de Chumchurk en profite pour respirer un grand coup. La brise fraîche qui vient caresser son visage est pour lui d’une douceur réconfortante. Au-dessus de lui, les étoiles scintillent de mille lueurs. A cette heure-ci de la nuit, rares sont ceux qui osent encore se promener.- Si vous voulez mon avis, on est dans de beaux draps… Soupire le déserteur impérial en s’assurant que les environs soient sûrs. Face de squelette nous la mettra sûrement à l’envers une fois qu’on lui aura fourni ce dont il a besoin. M’enfin… Gardez-ça pour vous. Dans cette foutue ville, les murs ont des oreilles. On ne peut se fier à personne.Le mercenaire s’étire en baillant bruyamment, le corps rompu de fatigue. Toutes ces heures passées à traîner et à picoler dans les coins malfamés de Mos City commencent à peser sur ses épaules et ses jambes. Sa tête, pour sa part, se fait tout aussi lourde.- Venez. Il est grand temps de se reposer. On réfléchira à un plan d’action demain. Poursuit le porte-flingue en venant tapoter amicalement l’épaule de John. Après tout, un soldat privé de sommeil est un soldat qui a deux fois plus de chance de commettre des erreurs, n’est-ce pas Harvey ?Merlow sourit doucement, se rappelant probablement ses premiers pas dans l’armée impériale. S’il a laissé derrière lui l’Empire et ses institutions corrompues, le désormais fusilier de Chumchurk n’a rien oublié de ses quelques années de service. Après tout, les nombreuses compétences qu’il a pu acquérir ou affiner au cours de sa brève carrière militaire lui ont plus d’une fois sauvé la mise…- Bon sang… Il me tarde de regagner ma couchette… Conclut finalement le mercenaire en baillant une fois de plus.Le trajet du retour se passe sans encombre, le porte-flingue ayant choisi de privilégier un chemin sûr plutôt qu’un raccourci douteux. Seuls quelques animaux errants, en quête de restes à manger dans les nombreux tas d’ordures qui traînent le long des bâtiments, ont manqué à plusieurs reprises de les surprendre. Lorsqu’ils arrivent finalement à l’entrepôt, Merlow se sent enfin en sécurité. Le fusilier de Chumchurk posté en sentinelle devant la porte salue son camarade d’un signe de tête avant de fixer du regard ses deux étranges compagnons de route.- Le patron est à l’intérieur ? Demande alors le porte-flingue à son collègue.- Ouais. Tout le monde est rentré. On attendait plus que ta jolie petite gueule d’ange. Annonce l’autre, un sourire aux lèvres.- Et bien… Ne faisons pas attendre plus longtemps mes admirateurs. Répond le déserteur impérial en offrant à son frère d’armes une tape amicale sur l’épaule.Les deux hommes se mettent à rire le temps d’un instant. Merlow invite ensuite ses deux comparses à entrer dans le bâtiment, en bon hôte qu’il est. A l’intérieur, une douzaine d’hommes, aliens et autres mercenaires déjantés s’est déjà réunie autour d’une table qu’occupe actuellement un imposant Gamorréen. Le chef de la petite bande de soldats de fortune se contente d’observer de loin les deux compagnons que le porte-flingue semble avoir ramené avec lui.- Salut boss. Je vois qu’on a commencé la fête sans moi. Balance l’ex-soldat impérial pour détendre l’atmosphère, qui semble être tendue.- Ronf ronf ! Gruiiiik ! Ronf rooooonf. Se contente de donner pour toute réponse le capitaine de la compagnie.- J’vous présente John Harvey, de loin le meilleur tireur de précision qu’il m’ait été donné de rencontrer. Et la vieille carcasse à ses côtés, c’est son plus fidèle compagnon d’aventure. Indique Merlow à ses camarades d’armes. Avant que vous ne me posiez la question chef, oui je leur fait confiance. Je me porte volontiers garant pour eux. Ils ont accepté de nous apporter leur aide.Le mercenaire omet volontairement de dire qu’il a promis à Harvey de bosser avec lui en échange de ses services, histoire de ne pas irriter son patron. Après tout, le Gamorréen n’est pas vraiment réputé pour sa patience, ni même pour sa compassion. Pour l’imposant guerrier, les échanges de bons procédés sont, dans la plupart des cas, une pure perte de temps.- Harvey, voici Chumchurk le chétif, le capitaine de notre joyeuse compagnie de mercenaires. Le dénommé Chumchurk, contrairement à ce que son surnom laisserait croire, n’a rien d’un Gamorréen faible et fragile. L'humanoïde à figure porcine dispose d’une musculature très développée qui pourrait facilement éclipser celles, plus modestes, de gladiateurs entièrement dévoués à l’art du combat. A l’inverse de ses congénères, qui semblent privilégier un physique gras et volontiers nonchalant, le chef de la bande qui porte son nom n’est qu’une montagne de muscles parfaitement ciselés.- Gruik gruik grumpf. Ronf ronf. Par ces mots, le capitaine accueille les deux comparses de Merlow parmi les siens, acceptant ainsi qu’ils puissent bénéficier du même traitement que ses propres hommes. Au sein du groupe, certains semblent méfiants et n’apprécient visiblement pas qu’on puisse offrir à de parfaits inconnus un tel traitement de faveur. D’autres, à l’inverse, acquiescent en silence, probablement soulagés à l’idée d’avoir quelques bras supplémentaires sur une planète aussi hostile que Tatooine. Quoi qu’il en soit, Chumchurk a rassemblé autour de lui ses mercenaires afin qu’ils partagent à l’ensemble de la compagnie leurs trouvailles du jour. Après tout, ils ne sont pas payés par leur mystérieux employeur pour se tourner les pouces…- Les gens du coin sont vraiment des trouillards. S’ils savent quelque chose, et c’est mon avis, ils n’ont visiblement aucun intérêt à nous le rapporter. Quelqu’un fait pression sur eux. Indique un premier porte-flingue. Tout ce qu’on a réussi à avoir, c’est des regards fuyants, des expressions effrayées et des versions contradictoires. Il y a fort à parier que c’est là l'œuvre d’un gang… Ou d’un gars qui a suffisamment de pouvoir dans cette ville pour se permettre d’agir en toute impunité sous les yeux des locaux.- Même ressenti de mon côté. Personne n’a rien vu ou entendu si l’on se fie à leurs dires. Et pourtant, des gosses continuent de disparaître… On a croisé un couple de parents désespérés à la recherche de leur fils aîné, âgé de quinze ans. Selon eux, on les aurait suivi durant leur enquête et plusieurs tentatives d’intimidation ont été réalisées afin qu’ils abandonnent les recherches. Rapporte un autre, un Twi’lek à la peau verte. Ils nous ont fourni la description d’un type louche qui pourrait, toujours selon eux, être lié aux menaces qu’ils ont reçues. Le problème, c’est que cette description est celle d’un monsieur tout le monde qu’on aura probablement du mal à remarquer dans la foule.- Donc pour l’instant, tout ce qu’on a c’est du vent. Génial… Soupire un Advozse dont l’air dépité n’apporte rien de bon à la dynamique du groupe.- La description peut toujours nous être utile ceci-dit. On trouvera bien quelqu’un capable de nous en dire plus sur ce mystérieux type. Il suffit juste de s’adresser aux bonnes personnes. Fait remarquer Merlow, plus optimiste que son comparse. Il y a des gosses, près du spatioport, qui pourraient potentiellement nous renseigner sur ce genre de malfrats. J’pense pouvoir leur grappiller des info’, il suffit juste de me donner le feu vert.Le Gamorréen consent à lui donner sa bénédiction, d’un simple signe de tête. La description que le mercenaire Twi’lek rapporte à ses compagnons est en effet des plus banales. Le type recherché a entre quarante et cinquante piges, le crâne dégarni, un regard de fouine et une silhouette peu imposante. Avec ça, on ne risque pas d’aller loin… Des gars du genre, c’est pas ce qu’il manque sur Tatooine ! Mais le déserteur impérial pense tout de même pouvoir s’en sortir avec si peu.- Ronf roooonf ?Le grand patron pose la question qui fâche. Jusque-là, on ne peut pas dire que Merlow et ses comparses se soient montrés particulièrement efficaces. Bosser sur deux enquêtes, c’est déjà l’enfer. Maintenant, à cause de l’autre truand, les voilà désormais forcés de travailler sur un troisième dossier. On peut difficilement faire plus compliqué… Mais le porte-flingue, qui n’est pas du genre à se plaindre ou à dévoiler les problèmes dans lesquels il se fourre, préfère s’en tenir à une version très épurée de l’histoire.- On a fait le tour des coins malfamés de la ville. Même ressenti que les autres. Les gens ne sont pas bavards. On se frotte à un gros poisson, à n’en pas douter. Se contente de répondre l’ex-impérial. On a un indic’ potentiel, un gars prêt à balancer des info’... Mais faut le travailler un peu. Pour l’heure, il est pas motivé.Autour de lui, quelques commentaires dépités et quelques grognements circulent. Visiblement, cette journée d’enquête n’a pas été très fructueuse. Quelques suppositions, une piste bancale et une balance qui refuse de parler… C’est sûr que dit comme ça, il y a de quoi frustrer les troupes. Mais Chumchurk sait comment motiver ses hommes. Il leur rappelle simplement que la somme qu’on leur promet en cas de succès leur permettra de couvrir leurs dépenses sur les trois prochaines années. Cette dose de rappel semble revigorer les hommes. Les mercenaires se projettent déjà dans l’avenir, plus riches qu’un entrepreneur à qui tout réussi. À cette simple pensée, les voilà prêts à écumer Tatooine de fond en large à la recherche de leurs kidnappeurs d’enfants ! L’appât du gain, dans le monde du mercenariat, a toujours été un facteur de motivation… Et c’est avec cet état d’esprit, bon enfant et rêveur, que les porte-flingues se dispersent lorsque leur chef leur donne l’ordre de disposer. L’imposant Gamorréen termine sa boisson, s’essuie la bouche du revers de la main puis part s’isoler dans le bureau de l’ancien gérant, reconverti en quartiers privés. Les fusiliers de Chumchurk, assis sur leur couchette ou allongés dans leur hamac, se demandent bien ce qu’ils pourraient faire avec autant de pognon. Certains se voient déjà aux commandes de leur propre vaisseau de contrebande, d’autres s’imaginent dans les bras de jolies femmes. Les plus raisonnables, pour leur part, suggèrent l’idée d’acheter du nouveau matos pour leurs prochaines missions. Au final, chacun donne son avis et arrache un sourire ou une tranche de rire aux autres. Merlow, qui ne se prête pas au jeu, s’amuse toutefois à écouter les propositions délirantes de ses frères d’armes. Un sourire aux lèvres, il s’approche de son ancien camarade de section et de son partenaire mécanique.- Je n’ai pas vraiment sommeil. Enfin si. Mais je me connais… Toutes ces questions sans réponse vont me foutre en l’air et je vais retourner ça dans ma tête toute la nuit. J’vais faire quelques recherches sur l’Holonet du coin. On en apprendra peut-être plus sur tes Crocs Rouges, nos kidnappings, notre ami à face de squelette et son copain du guet… Et peut-être que j’pourrais dormir l’esprit tranquille… Indique le mercenaire à voix basse. Tu ferais bien de te reposer Harvey. La journée de demain risque d’être chargée. Quant à toi, bâton d’or, j’vais voir si je peux pas te trouver un bidon d’huile… On doit avoir ça dans le coin. Bordel… Je crois que j’ai trop picolé.L’homme se tient la tête, se masse le front, puis s’éloigne doucement en marmonnant quelque chose. Pour le déserteur, la nuit risque de ne pas être de tout repos !Spoiler : SpoilerHivernus.