Post n°6
Auteur : Hivernus
Il avait fallu donner une motivation nécessaire au détenu pour qu’il se mette à parler. Il est vrai que les coups de matraque sont suffisamment convaincants pour forcer la main. Fort heureusement pour lui, Thane Kelsan a échappé au pire. Le capitaine qui le cuisine aurait pu faire usage de droïdes spécialisés ou d’outils de torture plus appropriés et là… Le renégat se serait mis à chouiner comme une pauvre misère. Quoi qu’il en soit, le traître se met à parler. Et bon sang, il est sacrément bavard ! Une vraie piplette ! Victarion Vestrit ne peut pas se permettre de perdre de précieuses informations, alors il demande un bloc de données à l’un de ses acolytes. Un agent quitte la pièce le temps de quelques battements de coeur et revient avec un datapad, qu’il remet à son supérieur. L’officier du Département Investigation et Interrogation prend des notes. Kariek, Espace Sauvage, Régions Inconnues… Eickaries. Tout y passe ! Les moindres renseignements sont bons à prendre. Lorsque le silence revient dans la salle, le capitaine relit ses notes, examine les éléments qui lui semblent louches. Et il y a bien quelques détails qui s’avèrent curieux. Rehmor, Grand Moff ? Cette vieille crapule n’a jamais eu ce titre ! Peut-être qu’il a la prétention de le devenir un jour, et cela ne serait pas étonnant de sa part, mais il n’a pour l’heure pas eu le privilège d’occuper un tel poste. Vient ensuite le petit instant de géographie, lorsque Thane Kelsan parle d’une espèce installée dans l’Espace Sauvage qui semble en savoir beaucoup sur ce qu’il se passe dans les Régions Inconnues. C’est une chose qui semble bien étrange… Mais pourquoi pas après tout. Le plus curieux reste la recrudescence des dangers dans ce coin de la galaxie. Et l’on s’étonne ensuite de la disparition de ceux qui s'aventurent dans ce trou perdu ! Quoi qu’il en soit, selon le détenu, la Résilience est un groupuscule qui appartient désormais au passé... Morts ou réduits à l’état d’esclaves par une espèce belliqueuse, voilà donc le sort réservé aux parjures ! Tant mieux ! Bon débarras ! Du moins… Si cette information s’avère véridique. Après tout, notre homme pourrait très bien mentir pour couvrir les siens. Peut-être même qu’il est ici pour infiltrer le régime impérial afin d’informer ses petits copains de ce qu’il se fait au sein de l’Impérium. Le Bureau de la Sécurité Impériale ne peut prendre aucun risque. La confirmation de ces renseignements est une nécessité absolue si l’on veut éviter qu’un traître notoire en vienne à menacer l’intégrité d’un régime déjà fragilisé par des querelles intestines.- Écoutez Capitaine Kelsan, ce que vous me dites là est intéressant… Vraiment… Mais je doute réellement de l’intérêt de l’Impérium pour ces dangers que vous me décrivez. Indique froidement Victarion Vestrit en caressant le manche du blaster déposé sur la table. Eickaries, Vagaari, pirates, qu’ils s’entretuent donc dans leur coin si cela leur chante ! Ce problème ne concerne pas directement l’Impérium. Je vais être franc avec vous Capitaine...L’officier impérial inspire profondément, marque un léger temps de pause, comme pour choisir avec soin ses mots.- Vous prétendez être revenu parmi nous pour nous prévenir des dangers qui rôdent dans les confins de la galaxie. Vous prétendez vouloir nous aider à nous préparer à ces menaces. Voyez-vous… Ces paroles sont vides de sens à mes yeux. Le régime impérial n’a pas le temps de mobiliser des ressources pour de lointaines forces obscures, quand il doit se préparer chaque jour qui passe à un potentiel conflit avec la République Fédérale. Poursuit le cyborg en uniforme rouge sur sa lancée. De mon point de vue, puisque vos amis sont morts, vous saisissez la seule opportunité qu’il vous reste. Vous savez… J’aime beaucoup l’exemple du chien errant. Il vous correspond plutôt bien. Vous avez quitté la niche pour vivre d’incroyables aventures, et puis un jour, vous vous êtes rendu compte qu’il ne vous restait rien d’autre que cette… Niche. Mais l’Impérium n’est plus votre niche Capitaine Kelsan. Quoi qu’il en soit, les informations que vous venez de nous partager doivent encore être confirmées par nos agents…Le capitaine se lève, récupère le blaster, qu’il glisse dans son holster de jambe, puis s’empare du datapad qu’il garde sous le bras. Un geste sec de sa part suffit à décider du sort du parjure. Les deux soldats aux uniformes noirs se saisissent du détenu.- Capitaine Kelsan, votre sort n’a pas encore été statué. De ce fait, vous serez gardé en détention provisoire jusqu’à ce qu’un verdict soit rendu. Lâche finalement l’agent du Département Investigation et Interrogation sans avoir la moindre compassion pour son interlocuteur. Je vous conseille de garder le silence… Du moins, si vous tenez à votre intégrité physique. Les gens trop bavards ne font pas de vieux os dans nos prisons.Un hochement de tête plus tard, Thane Kelsan est une nouvelle fois plongé dans le noir. Le sac vient de nouveau recouvrir le visage du traître. Traîné hors de la pièce sans ménagement, celui qui a arboré la plaque de capitaine au sein de la marine impériale n’a officiellement plus aucune existence. Le voilà désormais plongé dans les ténèbres du sinistre royaume inventé de toute pièce par le terrifiant Bureau de la Sécurité Impériale… Le cortège s’enfonce toujours plus loin dans la terre. L’air se rafraîchit une énième fois. Là, sous les fondations de la cité impériale, dans le secret le plus absolu, des gens souffrent et meurent sans que personne ne s’en rende compte. Le petit groupe passe le sas sécurisé du centre de détention du Bureau de la Sécurité Impériale. Après avoir longé plusieurs couloirs, ce dernier arrive finalement à sa destination. Il ne reste que quelques dizaines de mètres avant de franchir les portes blindées du bloc E… Le pire endroit sur Cathar. Entre les murs de cette section du complexe carcéral, les prisonniers sont soumis aux pires atrocités. C’est en ces lieux que les agents du Département Rééducation et Propagande et ceux du Département Investigation et Interrogation se livrent à des expériences douteuses qui doivent leur permettre d’affiner leurs talents. Un cri vient déchirer le silence pesant, tel un chant de bienvenue. L’obscurité s’est emparée de cette section du centre de détention. Ici, la lueur de l’espoir a laissé place à une lente descente aux enfers. Le Bureau de la Sécurité de l’Impérium s’assure de briser le mental de leurs détenus, afin d’en faire des loques dociles. Jusque là, le travail acharné des agents de la police politique impériale a toujours porté ses fruits… La volonté des occupants du bloc E a disparu, emportée au loin par quelques expérimentations douteuses. Ceux qui s’avèrent assez récalcitrants et résistants sont les cobayes de nouvelles recherches “scientifiques”. Le cortège mené par le capitaine Vestrit s’arrête à l’entrée du bloc E. C’est dans cet endroit très accueillant que Thane Kelsan va passer quelques temps entre quatre murs. Plusieurs agents de détention, dont les uniformes noirs se confondent avec ceux des membres des services de renseignements, font leur apparition. Ils se figent dans un garde-à-vous impeccable à la vue du colosse de chair et d’acier en livrée rouge. Ce dernier leur rend volontiers leur salut militaire, puis déclare de son habituelle voix froide : - Capitaine Thane Kelsan. Faits : Désertion, trahison, actes de guerre contre l’Empire. Verdict : Protocole 110. Procédure standardisée.- A vos ordres. Répond une voix.L’officier impérial et ses acolytes remettent le parjure aux forces de sécurité du centre de détention. Ils quittent ensuite les lieux sans même s’inquiéter du sort réservé à celui qu’ils ont interrogé le temps de quelques minutes. Il y a fort à parier qu’ils vont probablement arrêter quelqu’un d’autre pour lui faire subir le même sort... Les nouveaux tortionnaires du traître ne sont pas plus bavards que les anciens. Ils se contentent de conduire le détenu jusqu’à sa nouvelle demeure. Des gémissements se font entendre dans le couloir où il est traîné de force. Un maton se charge de faire taire le chouineur à l’aide de sa matraque, qu’il cogne contre la paroi de la cellule. Finalement, le sac qui rendait aveugle Thane Kelsan est retiré de sa tête. Les agents de détention, au nombre de quatre et munis de masques à gaz, le poussent sans ménagement dans une geôle miteuse et sans mobilier déjà occupée par un prisonnier. Ce dernier s’écarte instinctivement et se colle contre l’un des murs, afin d’éviter de subir le courroux des soldats. L’un d’eux, matraque en main, se charge de le surveiller. Deux autres maintiennent au sol le parjure, le fouillent et retirent tout élément qui pourrait nuire à la sécurité du complexe, tandis que celui qui semble être le chef du groupe jette au sol une tenue grise dans un geste méprisant.- Je te laisse dix minutes pour enfiler ça. Si ce n’est pas fait lors de mon retour… Je te fais bouffer ma matraque. Lâche t-il au renégat avant de s’adresser au comlink attaché à sa veste tactique. Transfert du matricule 2317 effectué.Le surveillant est le premier à quitter la cellule. Ses subordonnés le suivent rapidement. La porte se referme lorsqu’ils disparaissent dans le couloir. La pièce est plongée dans une semi-obscurité constante. Tout est fait pour priver les détenus de la moindre humanité. Ils ne sont rien, si ce n’est de la vermine. Ainsi, ils doivent vivre comme les raclures qu’ils sont. Pas de table, pas de chaises, pas de lit… Pas même de toilettes. Les besoins sont faits dans le coin de la cellule. Les plus chanceux ont le privilège de pouvoir se soulager dans un seau… Les autres font à même le sol. La puanteur qui se dégage des geôles est infecte, mais elle correspond bien à l’allure immonde de ceux qui les occupent. Le camarade d’infortune de Thane Kelsan reste à une distance respectable. Humain ayant la trentaine, il fait facilement vingt ans de plus avec sa barbe noire hirsute et son visage creusé couvert de crasse. - Bienvenue dans le ventre de la Bête ! S'esclaffe à moitié le prisonnier. J’me présente, Phil Marvelik, ou plutôt… Le matricule 978. Si tu tiens à tes dents, je te conseille de vite enfiler cette foutue combinaison...Joignant le geste à la parole, le dénommé Phil dévoile à son interlocuteur un sourire privé de quelques dents. Il en vient ensuite à caresser l’épaisse tignasse qui recouvre sa tête.- Nos petits copains du Bureau de la Sécurité Impériale m’ont coffré ici parce que j’ai refourgué quelques armes à des gens pas très nets… Malheureusement pour moi, ces cons les ont utilisé pour attaquer un convoi… J’ai pris perpet’ ! Et toi ? C’est quoi ton p’tit nom ? Et surtout… Qu’est-ce que t’as branlé pour arriver dans ce foutoir ? C’est pas tous les jours qu’on partage son p’tit chez soi avec un officier !