Post n°12
Auteur : Super PNJ
Un bip sonore tire le Mon Calamarien hors de son lit. Il regarde l’heure sur le réveil en s’étirant doucement. Il est sept heures. L’humanoïde amphibien ressemblant à un poisson se dirige vers la penderie de sa cabine et s’empare d’un uniforme propre. La tenue d’officier comporte un ensemble blanc et noir frappé de l’emblême de la Confédération des Systèmes Indépendants sur l’épaule. Seul un col brodé de fils d’or apporte une touche d’excentricité à cet uniforme. Le Mon Cal caresse du bout des doigts la tenue qui fait sa fierté depuis tant d’années, songeur. Quelques souvenirs font surface. Certains sont pénibles, marqués au fer rouge par la violence des combats et des images d’horreur qui tardent à s’évanouir. D’autres sont paisibles et joyeux… Mais éphémères. L’officier chasse ces souvenirs et s’habille en silence. Il quitte ensuite ses quartiers privés et se dirige vers le mess pour y prendre un repas. Sur le chemin, un droïde protocolaire vient lui barrer la route. Il s’agit d’un vieux modèle de la série GG, à la carlingue peinte dans une nuance sombre de gris métallique.- Capitaine Rix, voici les derniers rapports d’incidents de la semaine, selon vos propres directives. Indique l’automate en remettant un bloc de données au militaire.Le dénommé Rix ne se fera jamais aux voix synthétiques des droïdes… Certaines séries ont un vocabulateur capable de reproduire à l’identique les intonations de personnages organiques. D’autres, à l’inverse, reproduisent une parodie de sonorités vaguement familières qui font froid dans le dos. Quoi qu’il en soit, le Mon Cal trouve ces différentes voix synthétiques particulièrement malsaines. Le temps a beau passer, il reste particulièrement gêné en présence de ces automates, qui sont pourtant légions au sein de la Confédération des Systèmes Indépendants.- Je te remercie. Tu peux disposer. Se contente de répondre le capitaine en s’emparant du datapad.L’officier poursuit sa route jusqu’au mess, prend un plateau-repas, s’installe à une table et consulte les dernières entrées du bloc de données. Une fois son appétit satisfait et sa curiosité comblée, le Mon Calamarien traverse une série de couloirs et pénètre dans une salle de briefing. Les quelques militaires présents dans la pièce se mêlent à une longue suite de responsables scientifiques. Ils n’attendent que lui visiblement.- Bonjour à tous et à toutes. Aujourd'hui, je serai bref. J’ai pu constater qu’une équipe réduite de chercheurs a trouvé le moyen de filer en douce sans prendre la peine de demander une quelconque autorisation de sortie de ma part. Annonce Rix en croisant ses mains palmées dans son dos. Il se trouve, par chance, que cet incident n’a fait aucun blessé. Cependant, je tiens à rappeler à tout le monde que nous ne sommes pas dans une station balnéaire. S’il y a des protocoles de sécurité très stricts à respecter, ce n’est pas pour rien. Je sais que c’est pénible, mais c’est pour votre bien. Tâchez donc de suivre ces protocoles à la lettre. Il y aura des mesures disciplinaires pour les plus récalcitrants, sachez-le. Un léger silence s’installe dans la salle de briefing. Au sein des militaires, personne ne bronche. Cependant, il y a bien deux ou trois blouses blanches qui semblent s’agiter dans le fond de la pièce. Quelques-uns échangent des commentaires à voix basse. D’autres protestent mollement en soupirant. Il y a fort à parier que certains d’entre eux iraient se plaindre au professeur Houdin. Peu importe. En tant que responsable de la sécurité du centre de recherche M4, le Mon Calamarien ne peut pas se permettre le moindre écart. Le Centre de Recherches à la Défense Avancée, dont il dépend, a été très clair à ce sujet : les études menées sur Myrkr sont d’une importance capitale. Elles pourraient, à long terme, permettre à la Confédération des Systèmes Indépendants de bénéficier d’outils capables de détruire n’importe quelle organisation de sensitifs, qu’elle soit militaire ou religieuse… De telles ressources pourraient imposer de façon définitive l’hégémonie séparatiste à l’ensemble de la galaxie... C’est du moins ce que le capitaine pense avoir compris. Après tout, le jargon scientifique n’est pas évident à décortiquer quand on est novice en la matière...- Pas de questions ?Dans l’assemblée, nulle voix ne s’élève. Les plus virulents savent par expérience que l’officier est intraitable, qu’il ne fait aucune concession. Il prend son rôle très au sérieux. Un tel comportement ennuie forcément les scientifiques… Mais il s’en moque bien. Le Mon Cal n’est pas là pour sympathiser avec l’élite intellectuelle de la Confédération des Systèmes Indépendants.- Très bien. Vous pouvez disposer dans ce cas.Certains chercheurs quittent la salle de briefing en traînant des pieds, visiblement dépités par le sermon du capitaine. D’autres pressent le pas afin de retourner au plus vite à leurs expériences, s’intéressant peu aux reproches du Mon Calamarien. Il ne reste désormais plus que les militaires dans la salle. La petite troupe comprend un sergent d’escouade, un agent vétéran du redouté Directoire de Sécurité Politique, quelques techniciens du C.R.D.A et le second du capitaine, un Quarren arborant le grade de lieutenant sur son uniforme. Ils attendent tous patiemment qu’il donne ses instructions du jour. - On a une caméra défectueuse dans le secteur trois. Et on m’a également signalé un problème avec les capteurs de mouvement dans le secteur dix-neuf. Je veux que ces deux affaires soient réglées dans les plus brefs délais. Indique l’officier en relisant ses notes sur son datapad. La prudence reste de mise. On m’a rapporté qu’une patrouille a été prise par surprise par une meute de Vornskr hier soir. Heureusement, les pertes à déplorer ne sont pas organiques.L’avantage des droïdes… On peut les envoyer au casse-pipe cent fois sans éprouver la moindre once de regret. Les remplacer n’est qu’une simple formalité. Néanmoins, le capitaine Rix préfère éviter les pertes inutiles quand cela est possible. Après tout, les modèles B1 ont beau être peu coûteux et faciles à renouveler, il n’en reste pas moins qu’il faut les venir de loin… Et ça, ça engendre quelques dépenses dont l’armée se passerait bien. - Cependant, cet incident indique qu’il est préférable de concentrer nos effectifs au sein du périmètre sécurisé. Les patrouilles hors du centre de recherche seront donc dès à présent réduites au strict minimum. Poursuit le Mon Calamarien. De nouvelles rotations et affections seront attribuées aux escouades concernées par ces changements. Ce sera tout pour ce matin. Rompez.Après cette petite session de briefing, l’officier se rend dans ses quartiers privés pour y passer le reste de la matinée. Il s’installe confortablement dans son fauteuil, hume l’air marin qui se dégage des humidificateurs muraux puis consulte les fichiers de son bureau. Pendant plusieurs heures, le Mon Cal tue le temps en lisant les rapports classifiés du C.R.D.A, comptes rendus de patrouilles et notes de service qui encombrent sa messagerie. Et finalement, dissimulée au milieu de tout ce fatras, une directive confidentielle attire son attention. Après l’avoir lu attentivement, Rix comprend qu’on envoie quelqu’un chercher quelque chose sur Myrkr. Et qu’il doit s’occuper de ça. Bien évidemment, il se doute que le quelque chose en question est l’une de ces charmantes créatures étudiées par les scientifiques. Le quelqu’un, pour sa part, doit probablement être un type des services de renseignements ou du C.R.D.A. Quoi qu’il en soit, il est bien précisé que la cargaison doit être livrée dans le plus grand des secrets et qu’elle ne doit en aucun cas être abîmée lors de son transfert. Une opération délicate donc… Mais quand on travaille pour le Centre de Recherches à la Défense Avancée, rien n’est insurmontable. Dix-huit heures, le lendemain.De fortes bourrasques de vent secouent la cime des arbres. Une pluie diluvienne s’abat sur la dense jungle qui abrite le centre de recherches M4. De temps à autre, un éclair vient strier le ciel, suivi quelques secondes plus tard par un puissant roulement de tonnerre. Au plus fort de la tempête, une navette se pose sur l’aire d’atterrissage. Mauvais timing. Depuis le centre de contrôle du complexe scientifique, le capitaine Rix fait le tour des écrans de surveillance. Avec un temps pareil, il suffirait d’une seule intervention des Vornskr pour compromettre le transfert. La passerelle s’abaisse et laisse apparaître la silhouette d’un personnage en uniforme. Il doit s’agir du “quelqu’un”. Alors qu’il s’apprête à cesser sa surveillance, le mouvement furtif d’une ombre sur l’écran numéro cinq inquiète le Mon Cal.- Passez-moi ça au scanner. Indique l’officier au technicien qui partage avec lui le poste de sécurité.L’humanoïde amphibien effectue un check sur les autres caméras et observe les données des capteurs de mouvement. Rien à signaler… Curieux. Une information que le technicien vient vite confirmer.- Il n’y a rien dans le secteur cinq Monsieur. Bon, au moins ça a le mérite d’être clair. Peut-être que ce qu’il a vu n’est simplement qu’un jeu de lumière. Après tout, avec la tempête qui se déchaîne dehors, ce n’est pas impossible.- Poursuivez la surveillance. Et faites moi signe s’il y a quoi que ce soit de suspect.- Oui Monsieur.Le capitaine quitte le centre de contrôle et rejoint un petit entrepôt dans lequel la précieuse cargaison est entreposée. L’agent du D.S.P, escorté d’une demi-douzaine de droïdes de sécurité, effectue les vérifications de dernières minutes sur le caisson en compagnie d’un spécialiste du C.R.D.A. Il consulte son bloc de données, lève la tête, dirige son regard vers l’officier et annonce d’une voix maîtrisée :- Nous pouvons commencer le transfert Capitaine. - Entendu. Rix s’avance vers la cargaison et jette un coup d'œil au caisson. Enfermé dans un cylindre hermétiquement clos, un Ysalamiri s’agrippe fermement à la branche de l’arbre Olbios qui lui permet de survivre. Une créature aussi fragile peut-elle vraiment venir à bout du plus puissant des utilisateurs de la Force comme le prétendent certains scientifiques ? Le Mon Calamarien demeure sceptique. Peut-être que ce transfert permettra de tester les théories des chercheurs… D’un geste de la main, le capitaine donne l’ordre de transfert. L’imposante porte de l’entrepôt s’ouvre en grinçant. Dehors, une pluie battante creuse le sol et le rend glissant. Les rafales de vent font voler des tas de feuilles et réduisent drastiquement le champ de vision. Il faut donc faire vite et espérer qu’aucun imprévu ne vienne compromettre le transfert.Les deux droïdes commandos BX de l’escorte ouvrent la marche. Vient ensuite le tour de l’officier qui supervise le transport de la cargaison que l’agent et le spécialiste du C.R.D.A déplacent sur un chariot à répulsion. Enfin, à l’arrière, quatre modèles B1 suivent le précieux caisson en cliquetant. Un éclair fend le ciel dans un fracas assourdissant. Les bottes du capitaine Rix s’enfoncent dans dix centimètres de boue. Il manque de glisser. La pluie pénètre le tissu de son uniforme. Des gouttes perlent le long de son visage. Lorsqu’il arrive à hauteur de la silhouette, le Mon Cal constate qu’il s’agit d’une jeune femme. L'humanoïde amphibien ravale les quelques commentaires désobligeants qui pourraient lui valoir des ennuis. L’individu qui lui fait face est bien trop jeune pour avoir un quelconque poste à responsabilité. Et l’absence de distinction militaire sur l’uniforme interroge. Se peut-il qu’on confie désormais des tâches de première importance à n’importe qui ? Etonnant. Surtout quand on sait que le commandement séparatiste se montre implacable. De nombreuses questions trottent dans la tête de l’officier. Il se peut que cette femme soit des services de renseignements… C’est peut-être même certainement le cas. Peu importe. On lui a donné l’ordre de remettre cette cargaison et c’est bien ce qu’il compte faire. Nouveau coup de tonnerre. Un éclair vient s’abattre sur un arbre. Une énorme branche, fendue par la foudre, s’écrase lourdement dans la boue. Le Mon Calamarien ravale le juron qu’il s’apprêtait à lancer. Il fait signe au spécialiste du C.R.D.A de faire monter la cargaison.- Un conseil. C’est fragile. Évitez de le faire tomber. Et surtout, ne le décrochez pas. Sous aucun prétexte. Indique le capitaine à l’inconnue. S’il n’est plus sur son support nutritif, c’est la mort assurée.L’officier exécute un salut militaire puis tourne les talons, l’uniforme complètement trempé par la pluie. Il ne sait pas ce que la Confédération des Systèmes Indépendants compte faire de ce spécimen, mais ce n’est visiblement plus son problème… Il rejoint rapidement l’entrepôt, depuis lequel il peut surveiller le départ de la navette, imité en cela par l’agent du D.S.P et son subordonné du C.R.D.A. Les droïdes de l’escorte, qui ne souffrent pas de la pluie, restent sur la piste d’atterrissage pour sécuriser la zone le temps que la cargaison soit hors de danger. Les mains posées sur la ceinture de son uniforme, le Mon Cal observe le transport s’envoler dans les airs, quelque peu malmené par la tempête. Alors qu’il disparaît peu à peu, happé dans l’horizon et avalé par des nuages chargés d’électricité, le capitaine Rix en vient à penser à une chose : un bon café ne serait pas de refus pour réchauffer ses vieux os.Spoiler : SpoilerHiverananas.