Post n°3
Auteur : Lethos
Après une matinée au cabinet, Lethos a désormais une idée assez précise de son fonctionnement. La porte d’entrée sert de leurre, comme il l’avait appris en arrivant, un système de caméra, scanners et autres mécaniques complexes fournissent un portrait détaillé dès que le nouveau client sonne à l’entrée. Ce portrait détaillé est envoyé instantanément à l’étage, où Daniel officie en tant que documentaliste. A partir du portrait il cherche la moindre information possible pour déterminer qui est ce client. S’il s’avère que le client est lourdement armé, semble dangereux, ou représente quelqu’un d’hostile au cabinet, un système de trappe est dissimulé sous le paillasson pour expédier le fâcheux à la cave où des droïdes le désarment avant de le mener dans le cabinet.Là Henri Bombastus Basile de Balmora reçoit le client, en gardant deux choses à portée de main : son carnet dans lequel il note tout ce qui lui importe, et un boitier commandant une tourelle dissimulée dans le bureau. Au moindre geste menaçant du client, HBBB appui une fois sur le bouton. La planche frontale du bureau s’évase, révélant la tourelle. Une seconde pression et la tourelle fait feu. Une pression continue fait disparaitre la tourelle. Heureusement il n’avait guère besoin d’appuyer sur le bouton à ce moment de la consultation. Une fois la demande du client enregistrée, le duc estime le délai de traitement, et, le plus important, le prix du traitement. Généralement le client rouspète, essaye de marchander, puis lâche l’affaire, soit à la vision de la tourelle, soit parce qu’il connait l’efficacité de HBBB.Pour les clients habitués, c’est une autre histoire, ils entrent librement par la porte qu’a emprunté Lethos. Un système de détecteurs indique à HBBB leur venue. Daniel s’occupe alors de les recevoir -ce qui est une marque de confiance car peu de clients peuvent se vanter d’avoir rencontré le fameux Daniel- et les fait attendre dans un petit salon situé en face du cabinet. Dès qu’HBBB en a fini avec son client actuel, il s’occupe du nouveau. Ce manège se déroule généralement de 10h00 à 14h00. Après quoi Henri et Daniel s’occupe du traitement de chaque requête depuis les archives. Revenons maintenant à Lethos. Depuis son arrivée il a vu passé une dizaine de clients avec dix demandes différentes. Un marchand qui souhaite obtenir un prêt dans une banque, un civil qui veut que son prêt n’ai jamais eu lieu, un trafiquant qui veut disparaitre de la circulation, la diversité est incontestable.Ayant obéi aux injonctions de HBBB, Lethos s’est posté dans un coin de la pièce et observe le client depuis le coin de la pièce. Ce client est sobrement vêtu. Il possède une longue veste en cuir sombre qui descend jusqu’aux chevilles, elle recouvre une armure aux couleurs de la csi. Il fume une pipe métallique, avachi dans le fauteuil, le message est clair, c’est un habitué du cabinet. Cela se voit également à l’attitude décontractée du duc. Un silence s’installe quelques secondes avant que le nouveau venu prenne la parole.-Dis-moi cher duc, il est nouveau le jeune là, tu as fini par revendre Daniel ?-Ne dites pas de bêtises, Daniel est le moteur de ce cabinet, je ne pourrai rien faire sans lui ! Non j’ai décidé de prendre ce jeune homme sous mon aile, en échange de ses services comme assistant je trouve pour lui un moyen de quitter rapidement la planète. Mais cette affaire ne vous concerne pas je crois aussi revenons à l’affaire qui vous concerne capitaine.Le capitaine hoche la tête sans quitter Lethos des yeux. Puis il se tourne vers son « avocat ».-Tu as pu trouver des renseignements ?-Patience patience, cher ami. Traitons les actions selon leur importance hiérarchique. Et dans chaque affaire, la chose la plus importante est le tarif. Quand vous êtes venu me voir, je vous ai prévenu que l’affaire vous coûterait 4000 crédits. Au vu de votre ancienneté dans la maison, ce tarif ne vous serait pas demander en avance, mais le jour où je vous délivre votre information, ainsi que mentionné dans le contrat. » A la mention de la somme le capitaine fronce les sourcils.-Si cela ne te dérange pas, j’aimerais m’assurer que ce tarif est justifié.-Cela me dérange, mon tarif est justifié, cette affaire a nécessité de profondes recherches dans divers milieux et m’a demandé beaucoup de temps. Si vous voulez vous assurer de la justesse de ce prix, faites-le seul et ailleurs, une fois cela fait vous êtes invité à revenir me payer. Une tension se crée dans l’atmosphère du cabinet tandis que HBBB goûte tranquillement un verre de liqueur boisée aux essences d’Endor. Le capitaine le fixe du regard quelques instants, Lethos est persuadé que le client va s’insurger et partir. Mais il n’en est rien. A la surprise du jedi, le militaire grimace, soupire, puis sort de sa poche une carte métallique.-J’espère que ton information vaut le coup, avocat.L’avocat récupère dans un geste fluide la carte avant de la glisser dans une fente du bureau.-Evidemment qu’elle le vaut cher client, de toute manière vous récupérerez le double avec la récompense que vous gagnerez! Et maintenant, votre information.HBBB pianote quelques secondes sur son écran avant d’allumer une projection contre le mur. La projection montre un homme vêtu d’une armure dans un hangar, le duc remet en place son monocle avant de reprendre la parole.-Trouver votre homme a été assez facile, au sens où il ne cherche pas à cacher son identité. Jacques Rivière, anciennement sergent dans l’armée républicaine. J’ai réussi à obtenir son dossier militaire. Il a fallu ensuite faire appel à mes contacts. Il a participé à plusieurs opérations avant de déserter. Il a ensuite erré dans la galaxie avant de travailler dans le commerce. Un premier rapport détaille un échange commercial portant son nom. Il vendait à cette époque des armes aux séparatistes. Je crois que c’est à ce moment-là que vous avez dû croiser sa route capitaine. Un rapport plus récent le montre supervisant une transaction d’arme avec cette fois des républicains, toujours sous le même nom. Ce rapport date de l’année dernière. Depuis il a changé deux fois de patrons, avant de s’installer définitivement sur Mygeeto à son propre compte. Là son premier gros contrat est en lien avec des terroristes et--Je sais déjà tout ça foutredieu ! » Le capitaine tape du poing sur l’accoudoir de son fauteuil. «Je sais qu’il a fourni des armes aux terroristes siths ! Ce qui m’intéresse, c’est où se trouve sa base d’opération ! Pour l’instant mes 4000 crédits me paraissent largement gaspillés !Sans se départir de son calme, HBBB réajuste son monocle avant de poursuivre.-Après les attentats, notre cher Jacques s’est fait petit, conscient sans doute d’avoir un peu trop secoué notre planète. À tel point que même pour moi il a été difficile de trouver sa trace, mais j’ai fini par le trouver. Il faut croire que le sol de la planète était un peu trop chaud pour lui, il a dissous son organisation et s’est engagé sous le nom de Jacques Rivière -ce saligaud ne manque pas de culot- dans une escorte de cargaison illégale en partance pour Coruscant. Son vaisseau part dans une semaine.-Tu as le nom du vaisseau ?-Bien évidemment auquel cas je ne demanderai pas 4000 crédits, il s’agit du Rossignol, enregistré sous le pseudonyme du Lila, son propriétaire est doté d’un goût des plus discutables.-Je te remercie Balmora. » Le capitaine se lève et se dirige vers la porte tandis que HBBB se lève sur son siège pour s’incliner.-À votre service cher client, et n’hésitez pas à revenir !Une fois le client sorti de la pièce, Henri Bombastus Basile de Balmora se tourne vers Lethos.-Eh bien cher ami, en attendant le prochain client, avez-vous des questions ?Lethos le contemple quelques instants, avant de réfléchir.-J’ai bien compris que vous ne preniez que les clients riches, est-ce que vous les aidez tous ?-Absolument tous, tant qu’ils me payent.-Même les mauvais ?-Mauvais ? Qu’est-ce que c’est être mauvais ? Avoir un objectif qui ne convient pas à la bonne société ? Car au fond, être "mauvais" c'est faire quelque chose que la société condamne, et en ce sens je suis très mauvais! Lethos, dans ce monde, c’est ceux qui servent leurs seuls intérêts qui s’en sortent, toujours. Pas ceux qui servent la société. On vient me voir pour des informations sur un trafiquant d’esclave ? Je fournis ! On vient me voir pour régler une dette ? Je m’en occupe ! On me demande de briser les jambes d’un prétendant trop pauvre pour la fille de mon client ? Je m’en occupe ! Pourquoi ? Parce que même si je refuse, quelqu’un d’autre le fera, donc tant que ce soit fait, autant que je sois payé pour.Lethos contemple le nain, interdit. Il lui semble bien plus dangereux qu’avant.-Vous semblez quelqu’un d’assez cynique.-Tu crois ? Peut-être, mais au final c’est en étant cynique qu’on est le moins surpris, pourquoi ? Parce que ce monde est rempli de saloperie, et que de beaux idéaux ne peuvent masquer ça. Tu l’as bien vu lors du bombardement. La guerre, la misère, ce n’est pas en prônant la paix que tu ne les verras plus, ils seront toujours là, cachés mais toujours là. Lethos médite les paroles du nain, avant de répondre. -Vous qui êtes quelqu’un de cultivé, connaissez-vous le code jedi ?-Suffisamment pour savoir que c’est une utopie. La pure harmonie n’existe pas, où alors elle a bien changé. Lethos, je pense sincèrement que vous êtes intelligent, avez-vous vraiment besoin d’une doctrine religieuse pour vous faire une vision de notre univers ? Ne pouvez-vous faire confiance à votre propre jugement?Lethos ne répond pas, il ne veut pas l’admettre mais la réponse à cette question le terrifie. Il préfère poser une autre question au nain.-Vous devez-vous faire des ennemis avec vos affaires, vous n’avez pas peur de secouer un jour quelqu’un de vraiment dangereux ?Le nain se sert un autre verre en éclatant de rire.-Oh ne t’inquiète pas, il m’arrive de me faire des ennemis, mais ils préfèrent recourir à mes services plutôt que de se débarrasser de moi. Tu te rappelles ce que je disais ? Pour survivre, deviens indispensable !-Mais si un jour on décide que vous êtes plus utile mort que vivant ?-Crois moi Lethos, j’ai suffisamment eu le temps de me poser cette question, et de prévoir une solution au cas où. Ce n’est pas aujourd’hui que le duc Henri Bombastus Basile de Balmora sera surpris, oh ça non ! Laisse-moi plutôt te poser une question mon cher ami jedi. Pour l’instant tu as vu une dizaine de clients, une quantité somme toute dérisoire à l’échelle de la galaxie et pourtant déjà révélatrice de certains travers. Qu’en as-tu pensé ?Lethos redoutait cette question, car il s’est déjà fait une impression, et celle-ci n’est guère flatteuse.-Je dirais que vos clients sont très égoïstes. Et foncièrement mauvais pour reprendre la conversation précédente.- Mauvais c'est une question de point de vue. Quand à égoïste, je dirais plutôt intéréssés.Comme moi cela dit. Prenons l’exemple de ce cher twi’lek, peux-tu me rappeler sa demande ?-Il voulait que son frère renonce à sa part de l’héritage familial. -Exactement, plus égoïste tu meurs ! Et, à ton avis, son frère va-t-il accepter sans rien dire de se faire sucrer -pardonne moi l’expression- sa part de l’héritage ?-J’avoue que j’ai du mal à imaginer.-Exact, et un twi’lek désintéressé par l’argent n’existe pas en ce bas monde où je ne m’appelle plus HBBB ! Donc laisse-moi t’expliquer comment vais-je m’y prendre avec ce frère. Je vais d’abord lui envoyer un émissaire -un mercenaire tu m’as compris- avec trois instructions bien précises. Tout d’abord il doit lui demander poliment de renoncer à sa part. Le mercenaire devra ensuite lui proposer une compensation financière, je ne suis pas une brute moi monsieur. Et enfin le mercenaire devra employer, si le twi’lek refuse toujours- tous les moyens nécessaires pour le faire renoncer. Violence, chantage, peu importe tant qu’il finit par concéder sa part. Je suis clair pour l’instant ?-Limpide.-Or, que va-t-il se passer d’après toi ? Le frère va récupérer l’héritage de son père, mais son frère va probablement vouloir se venger. Que fera alors notre client ? Il finira par se débarrasser définitivement de son frère, tout ça pour de l’argent. Autre question maintenant: à ton avis, combien de demandes similaires atterrissent dans mon cabinet chaque année ?Le duc cesse désormais de sourire, et Lethos devine que le nombre doit être colossal. Décidément, pour le jedi, les vérités ne sont pas forcément bonnes à savoir. Le duc enfonce le clou.-Et ce n’est que pour les héritages, je pourrais te parler des clients qui veulent se débarrasser d’une compagnie rivale, ou de ceux qui veulent que tel vaisseau n’arrive jamais à bon port. En trente ans de cabinet, jamais, je te dis jamais, jamais je n’ai eu de demande altruiste, désintéressée, ou qui concerne le bien commun. Il faut l’accepter, on vit dans un monde pourri, rempli de gens pourris. Je ne dis pas que les gens bien n’existent pas, mais c’est exactement parce qu’ils sont bons qu’ils se font écraser par les pourris. Méditez bien ça cher ami !Lethos affiche un visage livide, il médite effectivement les paroles du nain, et il ne sait quoi penser de tout ce qui lui vient à l’esprit. Le nain se hisse sur son siège pour atteindre les épaules du jedi de ses mains.-Cher ami, je ne veux pas fausser votre jugement et vos convictions, je veux juste vous aider à ouvrir un peu votre esprit sur une réalité que peu de gens perçoivent, et que beaucoup gagneraient à connaitre, tout simplement.Le jeune homme hoche la tête, le discours du nain n'a pas ébranlé ses convictions personnelles, cependant il ne peut nier le fait que ce qu'il découvre aux côtés du duc le transforme petit à petit.