Post n°2
Auteur : Atreïs Helcar
La voix fluette de la petite Wyrri résonna dans l’appartement insalubre et délabré de la famille Bardot à plusieurs reprises.- Maman ? Maman ? On s’en va avec Lorrack, on va à l’école.Ce fut la voix de son frère qui lui répondit, pas bien plus grave, mais un peu plus bourrue et brutale, malgré quelques notes et trémolos dans sa voix qui indiquaient bien qu’il se forçait à adopter ce ton en particulier.-Laisse tomber, Wywy, elle est pas là, elle a dû rester dehors, c’est pas grave…Par habitude, depuis la disparition de leur père, c’était Lorrack qui s’occupait de sa jeune sœur, puisque leur génitrice avait semblé oublier jusqu’à la notion de leur existence, hormis lorsqu’il s’agissait de passer ses nerfs, ce qui ne manquait jamais d’arriver. L’aîné de la fratrie, bien que pas encore confronté aux affres de la rue et des malandrins qui y traînaient, avait bien vite compris que le décès du chef de famille avait eu des répercussions terribles sur leur dépravée de mère qui, non contente de les négliger, s’était enfermée dans l’alcool qu’elle l’envoyait régulièrement chercher à sa place, et d’autres substances moins licites mais toutes aussi dangereuses et qui empestaient l’appartement dans lequel lui et sa sœur étaient enfermés à double tour.Oh, comme il la haïssait désormais, et chaque fois un peu plus lorsqu’il la voyait battre sa sœur. Lui, les coups, ça ne l’inquiétait pas, il en avait plus que sa dose à l’école, et ça arriverait encore. En revanche, sa seule famille restante, cela le mettait dans une colère noire. Il aurait bien voulu tout casser chez lui, mais il n’y avait rien, et il ne voulait pas que sa mère soit dans une fureur qui amènerait l’un ou l’autre à un acte regrettable, dont la principale victime serait Wyrri. La pauvre se berçait encore d’illusions sur la marâtre, l’image encore fortement imprégnée de ce qu’elle fut ou semblait être à l’époque… Et la laisser sans l’un ou l’autre signifiait la laisser sans revenus ou sans protection… Puisque personne n’en avait rien à faire de la situation de deux jeunes élèves, il se débrouillerait dès qu’il serait assez grand, quitte à lui aussi partir faire l’armée. Cela faisait longtemps qu’il n’était plus vraiment un petit garçon désormais.***- Alors, qu’est ce qu’on a ?- Du matériel de merde, chef. Et un vieux clochard alcoolique crevé.Le « chef » passa outre l’insubordination de l’agent à qui il aurait bien fait manger ses dents en même temps que son poing, mais il se contint. De nos jours, on ne savait plus bien qui était le neveu de l’arrière-petit-fils d’un quelconque représentant d’une corporation qui ne manquerait pas de venir lui baver sur les rouleaux si il mettait son grain de sel. Aussi, il se promit de lui faire payer en temps et en heure, et reporta son attention sur le macabre spectacle qui s’étalait devant ses yeux. Rien de bien étrange, en soi : le vieux sans-abri semblait être mort d’asphyxie, en témoignait la tâche de vin bas de gamme qui s’échappait de ses lèvres et la bouteille pratiquement vide non loin de lui, ainsi que ses lèvres boursouflées.Le chef du secteur n’était pas un lapin de six semaines. Au contraire. Pas militaire, il avait fait sa petite carrière dans la police locale, et s’était fait une sorte de réputation pas totalement usurpée quant à son talent d’observation et ses connaissances en anatomie. Bien sûr, ça n’aidait pas les enquêtes plus que ça, puisque les médecins légistes arrivaient aux mêmes conclusions que lui : mais il gagnait quand même de précieuses heures qui avaient parfois permis de sauver des vies, dans sa jeunesse qui lui paraissait désormais loin, lorsqu’il pouvait encore poursuivre les auteurs de petits crimes ou larcins. A présent, il avait toujours un œil observateur, mais également la bedaine de celui qui n’a pas ralenti sa consommation de calories mais reste avachi devant un écran à remplir des rapports… Alors autant dire que quand il avait l’occasion de sortir de son bureau pour se redonner un coup de fouet, il la saisissait, et celle-ci ne faisait pas exception.Evidemment, il n’aurait pas beaucoup de temps : la planète était en ébullition et les médias relayaient constamment la nouvelle de l’attentat sur le nouveau préfet. Non pas que cela le concernait directement, mais il fallait désormais frayer avec ceux qui tenteraient d’en profiter, la menace de ce pseudo groupe terroriste, et évidemment, l’insécurité grandissante résultant en dizaines de coups de téléphone indiquant qu’untel avait vu un terroriste… Bref, un beau merdier dont il faudrait bien se dépatouiller. Il laissa là sa réflexion pour regarder la scène. Celle-ci lui paraissait étrange, à tout le moins. Non pas qu’il n’eut pas l’habitude de retrouver des clochards morts -cela était même assez courant- mais il y avait dans sa posture quelque chose de différent, sans réussir encore à mettre la main sur cet élément. Ses yeux coururent sur le cadavre, son nez froncé par l’odeur d’urine qui s’en dégageait, puis sur la scène en elle-même.L’endroit était tragiquement banal, une ruelle mal famée dans laquelle essayaient de se réfugier et s’abriter ceux qui n’avaient pas la chance d’avoir un toit. Quelques poubelles renversées au loin expliquaient l’odeur rance et moisie qui traînait, et beaucoup d’eau coulait avec la pluie diluvienne. Ce qui ne faciliterait pas la tâche. Il se prit à marmonner.- Bizarre quand même… Vu l’âge, ça devait faire un bail… Habitué donc. Mais pourquoi…Et ainsi de suite pendant de longues minutes alors qu’il se massait la nuque. Sous son imperméable, le Neimoidien sentait que ses vêtements commençaient à être trempés et il ne faudrait pas longtemps pour que, de toute façon, on le rappelle à l’ordre et à son bureau pour l’une ou l’autre paperasse à remplir dont il se fichait. Il se mit à faire les cent pas devant la scène dont l’accès était barré, puis claqua doucement des doigts. Une fois, deux fois, un réflexe, comme pour essayer de craquer une allumette spirituelle dans son esprit. Puis l’illumination lui vint. Il sortit un petit datapad et s’attela rapidement à l’écriture d’un résumé succinct de la situation. Il avait trouvé ce qui le gênait, enfin.Spoiler : SpoilerHRPQuelques petites remarques en passant : je vais vérifier, mais les gurlanins ne peuvent prendre des formes trop éloignées en termes de taille de la leur. Autre petit point : Dae’Mid est préfet et non sous-préfet. Rien de grave mais je précise. Pour la suite, eh bien, tu as quelques éléments à ta disposition. Autre chose, il te faut acheter ton arme.J’ai fait court puisque tu vas pouvoir désormais faire mumuse avec ta prisonnière, nous verrons bien ce que ça donne.Atréïs