Bienvenue sur SWRPG !

Créé en septembre 2006, ce RPG situé dans l'univers Star Wars a démarré à l'aube de la Guerre des Clones. Nous avons cependant pris une trajectoire bien différente de celle de la saga. 18 ans plus tard, nous voilà dans un univers parallèle aux films de George Lucas, un univers unique dans lequel nos propres personnages ont eu (et auront) un impact sur sa destinée.

Contexte: Il n'y a pas si longtemps que ça, dans une galaxie lointaine, très lointaine... L'Ancienne République influençait les quatre coins de la Galaxie, guidée et protégée par les légendaires Chevaliers Jedi, gardiens de la paix et de la justice. De nombreuses années plus tard, on dénombre de nombreux régimes successifs, mais aucun n'a réussi à s'imposer durablement. Empire Démocrate... Empire Sith... Voilà que les différents chemins empruntés nous ramènent donc à une République Fédérale, sans que l'on soit assuré qu'elle parvienne à durer dans le temps. Une République Fédérale qui décide de miser sur la nouvelle Garde Républicaine, vouée à remplacer un Ordre Jedi dont on refuse le dogme si particulier.

Pendant ce temps, Sith, Séparatistes et Chasseurs de Primes ont su se préserver à différentes échelles de l'échec de l'Ancienne République. Tandis que l'Ordre Sith a connu récemment sa fin sur Cathar, laissant la place à différents cultes bien moins influents mais tout aussi dangereux, les Chasseurs de la Guilde de Dantooine n'ont jamais été aussi nombreux, parcourant les mondes à la recherche de primes qui en valent le coup. La Confédération des Systèmes Indépendants, elle, résiste aux fluctuations du temps et se préserve des menaces extérieures en n'hésitant pas à agir lorsqu'il le faut, comme l'en atteste son intervention musclée sur Cathar. La même Cathar qui avait accepté d'accueillir les Vestiges de l'Empire suite à la scission de l'Empire Sith, et qui aujourd'hui se retrouve sous la tutelle des Séparatistes.

Les temps sont sombres, le ciel annonce de mauvais présages comme c'est le cas à chaque nouvelle ère. Les relations entre les grandes puissances ne sont pas au beau fixe, les Sith sont de nouveaux reclus dans l'ombre -là où ils sont les plus menaçants- et les Jedi se terrent sur Endor, bien décidés à ne pas dévoiler leur présence à ceux qui leur sont hostiles et bien décidés à s'en tenir à leur but éternel : l'étude de la Force.

Jamais une ère de SWRPG n'aura été si indécise et pourtant, il y aura toujours quelqu'un pour bouleverser l’échiquier galactique. Comme ce fut le cas ces huit dernières années. Peut-être que tu seras cette personne, qui sait? Notre Galaxie t'attend !

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Ishiro ShinraI

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  • C'est bien ce que je craignais, un Mynock !
    Ishiro ShinraI Ishiro Shinra

    Dès l’impact de la crosse, quelque chose devient clair, non pas brutalement ni comme une révélation soudaine, mais comme une évidence que j’avais refusé d’accepter jusque-là et qui s’impose enfin sans possibilité de retour en arrière. Le choc ne me désoriente pas réellement, mais il déplace quelque chose de plus profond, une certitude silencieuse que je maintenais depuis le début, l’idée que j’avais encore un coup d’avance, que la structure de mon piège pouvait compenser ce que je ne maîtrisais pas encore.

    Elle vient de le briser, sans effort, sans hésitation, sans même chercher à exploiter immédiatement l’avantage qu’elle vient de créer.

    Je recule d’un pas, juste assez pour absorber l’impact et réorganiser ma posture, mais elle est déjà là, stable, ancrée, prête, et je comprends que ce n’est pas sa vitesse qui est dangereuse, mais sa constance. Elle ne rattrape pas le combat, elle ne le poursuit pas, elle y est déjà, comme si elle n’avait jamais eu besoin de s’y adapter.

    Lorsqu’elle parle, lorsqu’elle ricane avec ce ton presque léger, presque moqueur, il ne s’agit pas de provocation mais de confort, d’une aisance totale dans un espace qui lui appartient pleinement.

    Et moi… je viens d’y entrer.

    Je redresse la tête sans répondre, sans lui offrir le moindre mot ni la moindre réaction, parce que ce qui compte désormais ne se joue plus dans ce que je montre, mais dans ce que je retiens. Lorsqu’elle dégaine sa vibrolame, le geste est fluide, presque inutilement élégant pour quelqu’un qui cherche à tuer, et c’est précisément ce détail qui m’alerte.

    Elle ne combat pas encore.
    Elle démontre.
    Elle m’évalue.

    Et lorsqu’elle se met en position, le changement ne se manifeste ni dans l’air ni dans la Force, mais dans la manière dont l’espace autour d’elle semble déjà structuré, organisé, verrouillé.

    Ce n’est pas une posture.
    C’est un système.
    Le premier échange confirme tout.

    Ma pique de Force part sur une trajectoire volontairement brisée, imparfaite, destinée à provoquer une réaction, à créer une ouverture, mais elle ne bloque pas, elle ne pare pas, elle absorbe. Et dans ce mouvement, je comprends immédiatement que ce que j’avais pris pour une faille n’en était pas une.

    C’était un test.

    Je pivote, j’enchaîne, variation basse, remontée rapide, angle inversé, mais elle est déjà là, alignée, prête, et chaque fois que je crois imposer un rythme, elle le redéfinit, non pas en le brisant mais en l’intégrant dans sa propre logique.

    Le schéma est visible, mais ce n’est pas une boucle.
    C’est une progression.

    Chaque échange me coûte plus qu’il ne lui apporte, chaque tentative m’expose davantage qu’elle ne la contraint, et lentement, imperceptiblement, le centre du combat se déplace jusqu’à ce que je ne sois plus celui qui initie, mais celui qui s’adapte.

    La faim remonte, plus forte, plus insistante, s’accrochant à chaque mouvement, cherchant à transformer chaque échange en opportunité brute, en violence directe, en rupture immédiate, et je la contiens difficilement, conscient que céder à cette impulsion reviendrait à devenir lisible.

    Et être lisible face à elle…
    c’est mourir.

    Un nouvel échange, plus rapide, plus proche, et ma pique frôle, dévie, revient, sans jamais trouver ce que je cherche, tandis qu’elle n’est jamais là où je l’attends, et lorsqu’elle contre, ce n’est pas pour repousser mais pour placer.

    Un choc.
    Léger.
    Précis.
    Mais suffisant.

    Je perds un appui, infime mais réel, et dans cet instant, je vois enfin la structure.
    Ce n’est pas une danse.
    C’est une réduction.

    Elle ne cherche pas à me battre, elle cherche à m’enfermer, à réduire mon espace, à limiter mes options, à me forcer lentement vers une seule trajectoire, une seule erreur, une seule fin.

    Et cette fois… le piège n’est plus le mien.
    La réalisation est froide, immédiate, parfaitement lucide.
    Je ne peux pas la battre ici, pas maintenant, pas comme ça.
    Mais je peux survivre.
    Alors je change, non pas de vitesse ni de rythme, mais de logique, cessant de chercher la faille, cessant de vouloir prendre l’avantage, cessant de jouer à son jeu.

    Mes mouvements deviennent plus courts, plus bruts, moins ambitieux, et je ne cherche plus à gagner mais à durer, à rester dans cet espace incertain où rien n’est encore décidé, à refuser la conclusion, parce que tant que le combat n’est pas terminé…

    je ne suis pas mort.

    Et pour la première fois depuis le début de cette traque, je comprends quelque chose qu’aucun piège, aucune préparation, aucune stratégie ne pouvait m’enseigner.

    Elle n’est pas simplement meilleure.
    Elle est à son apogée.
    Et moi… je viens seulement d’entrer dans la vraie chasse.

    Le rythme ne ralentit pas, il se resserre comme un étau invisible dont chaque mouvement réduit encore l’espace qui me reste, non pas physiquement mais mentalement, stratégiquement, jusqu’à ce que chaque option devienne lisible, anticipable, condamnée avant même d’être tentée, et dans cette pression parfaitement maîtrisée, je comprends que rester dans cette dynamique revient à accepter une fin que je ne contrôle pas.

    Ses attaques ne sont plus exploratoires, elles convergent vers une fermeture progressive, une logique implacable qui ne laisse plus d’angles morts exploitables, et c’est précisément dans cette précision absolue que se trouve ma seule ouverture.

    Je cesse de lutter contre son rythme.
    Je l’accepte.
    Je m’y aligne.
    Et c’est là que tout commence réellement.

    Parce que dans cet instant précis, alors que je laisse volontairement mon équilibre dériver, que mon appui se dégrade légèrement et que mon souffle devient irrégulier, je sens sa réaction, non pas visible, mais inscrite dans sa manière d’occuper l’espace, dans cette certitude tranquille qui lui appartient.

    Elle pense avoir compris.
    Et elle a raison.
    Mais pas complètement.

    La Force s’impose alors, non pas comme une maîtrise mais comme une surcharge brute, une tension qui amplifie chaque perception au point de la rendre presque insupportable, transformant chaque vibration en signal, chaque déplacement d’air en alerte, chaque mouvement en nécessité, et dans cet état instable, dangereux, je cesse d’anticiper.

    Je cherche à survivre.

    Mes esquives deviennent irrégulières, imparfaites, parfois en retard, parfois trop rapides, comme si mon corps réagissait avant même que mon esprit ne formule une décision, et dans ce chaos contrôlé, dans cette perte volontaire de pureté technique, je sens enfin une friction.

    Infime.
    Mais réelle.
    C’est suffisant.

    Je laisse alors la trajectoire se refermer, je laisse son avantage exister, je laisse l’espace se réduire jusqu’à rendre la conclusion presque évidente, et c’est précisément dans cet instant que je décide de rompre, non par la force ni par la vitesse, mais par l’incohérence.

    Ma main lâche la pique de Force comme une rupture totale de logique, et pendant une fraction de seconde, je sens la recalibration immédiate qu’elle impose à cette disparition inattendue.

    La pique percute la conduite sous pression exactement là où je l’avais fragilisée, et au moment même où l’impact déclenche la rupture, où la structure cède sous la contrainte accumulée, je tends déjà la main dans le flux qui s’arrache, guidé moins par la précision que par une impulsion brute de la Force, accrochant l’arme au passage alors que l’explosion d’air se libère dans un souffle violent, saturant l’espace de condensation, de bruit et de chaos.

    Mais ce n’est pas l’explosion qui compte.
    C’est ce que je fais dedans.

    Je plonge directement dans sa zone, porté par cette Force instable qui hurle dans mes nerfs, me permettant de glisser entre ses angles, non pas parfaitement, mais suffisamment pour survivre, et dans cet instant suspendu, je cesse d’être un combattant.

    Je deviens une trajectoire.

    Je passe à portée immédiate, dangereusement proche, assez pour sentir la menace réelle, et dans ce passage impossible, ma main perturbe brièvement sa posture, un décalage minuscule mais vital.

    Dans le même mouvement, je frappe la structure, précisément là où elle doit céder.

    La passerelle bascule, modifie l’angle du combat, supprime les appuis, et cette fois, je ne reste pas.
    Je m’abandonne au mouvement.
    Je chute.
    Volontairement.

    Le vide me saisit, les vibrations saturent mes sens, et la Force, instable, m’arrache à la trajectoire la plus dangereuse juste assez pour atteindre une ouverture identifiée juste avant.

    Je m’y engouffre sans ralentir, sans regarder, sans vérifier.
    Parce que rester une seconde de plus serait une erreur.

    Mon corps retrouve un rythme plus lent, plus froid, plus effacé, mais chargé d’une fatigue réelle que je ne peux plus ignorer.

    Ma respiration revient difficilement.

    La faim gronde en moi avec une violence sourde, presque intrusive, cherchant à s’imposer comme une nécessité absolue, mais je la repousse encore, tant que je peux, conscient que céder reviendrait à offrir à mon adversaire ce qu’elle attend. Derrière moi, je sais qu’elle est toujours là, même sans la voir ni la percevoir clairement, car sa présence ne disparaît pas, elle se suspend, elle se réorganise, elle attend.

    Elle n’est pas vaincue.
    Elle n’est pas désorientée.
    Elle est interrompue.
    Et face à elle, c’est déjà une victoire fragile.

    Parce que ce combat n’a jamais été destiné à être gagné, seulement à être quitté au bon moment, et maintenant que j’ai survécu à cet instant, à cette fracture où tout aurait pu s’arrêter, la traque change encore de nature, non pas en ma faveur… mais plus entièrement contre moi.

    Kuat

  • C'est bien ce que je craignais, un Mynock !
    Ishiro ShinraI Ishiro Shinra

    La traque ne s’est jamais perdue, elle s’est condensée, lentement, inexorablement, comme une pression invisible qui s’accumule sans jamais se relâcher, jusqu’à ce que la matière elle-même finisse par céder sous son propre poids, incapable de supporter plus longtemps ce qui s’exerce sur elle, et tout ce qui semblait chaotique, dispersé, instable, n’était en réalité qu’une contraction progressive du réel, une réduction méthodique de l’espace, une manière d’éliminer tout ce qui ne comptait pas jusqu’à ne laisser subsister qu’un seul point de convergence.

    Elle.
    Une Anzat qui me traque.

    Et plus j’avance, plus une certitude s’impose, non pas comme une pensée formulée, mais comme une évidence qui s’ancre lentement : si elle est ici, si elle a traversé ces couches successives d’illusions, de silences et de contradictions, ce n’est pas simplement parce qu’elle m’a suivi.

    C’est parce qu’elle a accepté de venir.

    Chaque détour, chaque silence, chaque trace laissée puis effacée n’était ni une fuite, ni une erreur, ni une hésitation dictée par la peur, mais une sélection progressive, un filtrage, une construction lente et rigoureuse, une manière de découper l’Anneau lui-même en couches successives, d’écarter les zones de passage, d’éviter les flux, de contourner les regards, d’abandonner les lieux vivants pour m’enfoncer volontairement dans ce qui ne sert plus à rien, jusqu’à ce que l’espace cesse d’être un refuge pour devenir une contrainte.

    Je ne cherchais pas à disparaître, mais à réduire le monde lui-même, à en éliminer les variables, à en écraser les possibilités jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un espace contrôlable, compréhensible… et mortel.

    Parce qu’un Anzat ne chasse pas dans la foule, il y survit, il s’y adapte, mais il tue dans le vide, là où rien ne vient perturber la décision, là où chaque mouvement existe pleinement, sans interférence.

    Les profondeurs de l’Anneau respirent comme un organisme ancien, saturé de fatigue, d’huile et de chaleur stagnante, les conduites suintent lentement, les parois vibrent à des fréquences irrégulières, les flux d’air se croisent sans logique apparente, transportant des odeurs contradictoires, des signatures qui se superposent, se contaminent, se déforment, jusqu’à rendre toute lecture instable, et ce chaos, que d’autres subissent, devient ici une matière que je façonne.

    Je ne m’y cache pas.
    Je l’habite.

    Chaque variation de température, chaque écho déformé, chaque point mort, chaque incohérence devient une donnée, un repère, une possibilité, et lorsque j’ai laissé des traces, lorsque j’ai feint l’erreur, lorsque j’ai donné l’illusion du désordre, ce n’était pas pour la perdre, car elle ne se perd pas, mais pour la mesurer, pour observer comment elle lit, comment elle élimine, comment elle choisit ce qui mérite d’exister.

    Et elle a répondu comme prévu.
    Elle a ignoré le bruit, traversé les pièges, rejeté les évidences, cherché non pas une direction mais une cohérence.

    Alors je lui ai offert un espace où la cohérence n’existe plus.

    Cette salle.

    Les colonnes de filtration s’élèvent comme les restes d’une architecture oubliée, les passerelles suspendues tracent des lignes brisées dans l’espace, certaines encore solides, d’autres instables, d’autres prêtes à céder sous la mauvaise contrainte, tandis que l’air lui-même devient incertain, saturé de flux contradictoires, de chaleurs mouvantes, d’odeurs déplacées, transformant chaque perception en hypothèse.

    Un lieu où même un Anzat doit choisir ce qu’il accepte de croire.

    Je suis là depuis longtemps.
    Bien avant qu’elle ne comprenne.

    Parce que cet endroit n’est pas un hasard.
    C’est une conclusion.

    Je ne suis pas caché.
    Je suis intégré.

    Mon corps épouse la structure, mes appuis suivent les vibrations, mon souffle se dissout dans le rythme du lieu jusqu’à disparaître non pas visuellement, mais logiquement, comme une variable que l’on cesse de prendre en compte.

    Et lorsqu’elle entre, lorsqu’elle s’installe, lorsqu’elle pense avoir atteint le point d’attente…
    quelque chose s’est déjà refermé.

    Pas autour d’elle.
    Sur elle.

    Chaque pas qui l’a menée ici a été validé, chaque décision qu’elle a prise a été anticipée, chaque refus de suivre une fausse piste l’a rapprochée de la seule qui comptait réellement, et à mesure que le monde disparaît autour d’elle, une pression plus subtile prend sa place, une anomalie difficile à nommer, une impression que les distances ne sont plus fiables, que les sons ne voyagent plus correctement, que les odeurs mentent.

    Elle ne perd pas le contrôle.
    Mais elle doit choisir ce qu’elle croit.

    Et ce choix…
    est déjà une ouverture.

    Un bruit surgit alors, léger, métallique, sec, parfaitement intégré à l’ensemble, une contrainte qui cède comme elle aurait pu le faire naturellement, sans urgence, sans violence, non pas un piège visible mais un déclencheur discret, l’activation silencieuse d’un système déjà en place.

    Mais ce n’est pas ce bruit qui compte.
    C’est ce qu’il déplace.

    Parce qu’au moment où son attention glisse, même brièvement, même sans erreur, quelque chose en elle accepte une variation, une infime déviation dans sa lecture du monde, et c’est suffisant pour que tout le reste s’aligne.

    L’espace ne se referme pas sur elle brutalement, il se réorganise, lentement, logiquement, inévitablement, comme si chaque élément cessait d’être indépendant pour répondre à une seule dynamique.

    La sienne.
    Sa position.
    Son poids.
    Ses choix.

    Chaque appui qu’elle prend, chaque micro-ajustement, chaque correction participe à une redistribution des tensions invisibles qui parcourent la structure, et sans qu’elle ne le perçoive encore pleinement, elle cesse d’être une observatrice du lieu pour en devenir une composante active.

    Une variable.

    Je lâche prise au moment exact où tout converge, dans une simultanéité brutale où la structure cesse d’être stable, la passerelle se tord sous des contraintes accumulées, l’espace perd sa cohérence, l’air change de direction, les vibrations se répercutent dans des angles impossibles, et les repères qu’elle utilise se fragmentent.

    Et dans cette rupture, je suis déjà là.

    Présent.
    À l’endroit précis où sa certitude tente de se reconstruire.

    La Force traverse mon corps comme une surcharge, brutale, imprécise, douloureuse, amplifiant chaque perception jusqu’à la saturation, et derrière elle, plus profonde, plus sourde, la faim gronde, cherchant à pousser plus loin, à frapper plus fort, à rester… et c’est précisément contre cette impulsion que je dois lutter.

    Je frappe.

    Pas comme un prédateur dominant.
    Comme une nécessité.

    Un point.
    Un instant.
    Une structure vivante dans un espace qui ne lui appartient plus.

    Et au moment de l’impact, quelque chose résiste.

    Infime.
    Presque imperceptible.
    Mais suffisant.

    Suffisant pour rappeler une vérité essentielle : elle n’est pas désorientée, elle n’est pas dépassée, elle est en train d’apprendre, et si je reste une fraction de seconde de trop, si je m’attarde, si je cède à cette impulsion…
    le piège pourrait se refermer sur moi.

    Alors je disparais.

    Immédiatement.
    Sans transition.
    Sans regard.
    Sans confirmation.

    Parce que le piège n’était pas l’impact.
    Le piège…
    c’était l’instant.

    Et lorsque le chaos retombe, lorsque les structures cessent de hurler, lorsque l’air retrouve une stabilité trompeuse, il ne reste plus qu’une chose.

    La compréhension.

    Lentement.
    Inévitablement.

    Que ce qui s’est produit n’était pas une réaction.
    Ni une opportunité.
    Mais une construction.

    Et c’est seulement là que la vérité peut exister pleinement.

    Je ne suis pas celui qui a été acculé dans ces profondeurs.
    Je suis celui qui a choisi l’endroit où la chasse devait se jouer.

    Parce que je suis Anzat.

    Et qu’un Anzat ne fuit pas.

    Il prépare.
    Il observe.
    Il réduit.
    Puis il choisit.

    Et lorsque ce moment arrive…
    la traque change de nature.

    Parce que désormais, elle sait.

    Elle n’a jamais poursuivi une proie.
    Elle a suivi un prédateur.

    Et cette prise de conscience ne la fragilise pas, elle la rend plus dangereuse, plus précise, plus attentive, mais elle introduit aussi quelque chose d’autre, plus discret, plus profond, une incertitude nouvelle qui s’insinue là où il n’y avait que de la certitude.

    Parce qu’elle doit maintenant envisager une possibilité qu’elle n’avait pas pleinement intégrée.

    Qu’elle n’a jamais contrôlé le rythme.
    Qu’elle n’a jamais contrôlé la direction.

    Et que depuis le moment où elle a décidé de me suivre…
    elle avançait déjà dans quelque chose qui n’était pas entièrement le sien.

    Et dans une chasse entre deux Anzati, ce n’est ni la peur, ni la fatigue, ni même la force qui décide de l’issue.

    C’est cette fissure presque invisible qui s’ouvre dans l’esprit, ce moment où la lecture du monde cesse d’être fiable, où chaque décision doit être réévaluée, où chaque certitude devient suspecte.

    Et certaines fissures…
    ne se referment jamais.

    Kuat

  • C'est bien ce que je craignais, un Mynock !
    Ishiro ShinraI Ishiro Shinra

    La traque change de nature.
    Je le sens comme on sent l’orage avant que le ciel ne décide de se déchirer.

    Ce n’est plus une poursuite, ce n’est plus une fuite.
    C’est une équation instable dont aucun de nous deux ne contrôle encore l’explosion.

    Je cesse de courir.
    Pas parce que je suis fatigué, ni parce que je suis acculé, mais parce que courir me rend prévisible, lisible, facile à traquer, et que toute trajectoire trop logique devient un aveu de faiblesse entre les mains de cette chasseresse expérimentée.

    Mes poumons brûlent pourtant. Chaque inspiration râpe ma gorge comme du verre pilé, saturée d’odeurs métalliques, d’humidité stagnante et de solvants industriels qui collent à la peau comme une seconde pellicule. Je ne peux rien contre la fatigue nerveuse, contre cette tension sourde qui s’accumule dans mes tempes comme une pression prête à rompre, ni contre la faim plus profonde qui commence à creuser mon centre comme une vrille lente.

    Je pose une main contre la paroi froide d’une conduite principale.
    Le métal vibre faiblement.
    Un rythme régulier.

    Des machines massives tournent quelque part derrière ces murs, indifférentes à la chasse qui se joue entre leurs entrailles, indifférentes à la vie, à la mort, à la peur, à la volonté, indifférentes à nous deux comme une mer l’est aux noyés.

    Je ferme les yeux une seconde.

    Et les paroles de Char’Dy remontent, non comme un souvenir tendre, non comme une prière, mais comme un outil brut qu’on sort lorsque tout le reste menace de céder.

    Il n’y a pas d’émotions, il y a la paix.

    Mensonge utile.
    La peur est là.
    Froide, précise, lucide.

    Je ne cherche pas à l’éteindre. Je la comprime, je la plie, je la range derrière une cloison mentale comme on enferme une bête dangereuse dans une cage solide. La paix n’est pas l’absence d’émotion. C’est le contrôle absolu de ce qui reste.

    Il n’y a pas d’ignorance, il y a la connaissance.

    Je ne sais pas où elle se trouve.
    Je ne sais pas quand elle frappera.
    Je ne sais pas ce qu’elle a vu, compris, anticipé.

    Mais je sais qu’elle est Anzat.
    Je sais qu’elle a lu mes pièges comme un livre ouvert.
    Je sais qu’elle n’est pas en train de courir.

    Connaître ce que je ne sais pas suffit à tracer les contours du danger.

    Il n’y a pas de passion, il y a la sérénité.

    Mon corps veut fuir.
    Frapper.
    Se nourrir.
    Mettre fin à cette tension insupportable.

    Je refuse.

    La sérénité n’est pas la douceur.
    C’est l’absence de précipitation.

    Il n’y a pas de chaos, il y a l’harmonie.

    Autour de moi, tout semble désordonné : les gouttes tombent du plafond, les vibrations mécaniques, les échos lointains des patrouilles, les pulsations irrégulières de l’éclairage défaillant.

    Mais sous ce tumulte… un rythme.

    Je synchronise ma respiration dessus.
    Inspirer.
    Suspendre.
    Expirer.

    Si quelqu’un écoute, je disparais dans la respiration du lieu lui-même.

    Il n’y a pas de mort, il y a la Force.

    Celle-ci, je ne l’ai jamais comprise totalement. La mort reste une fin tangible, brutale, concrète, mais Char’Dy parle d’autre chose : d’une continuité, d’une trace, d’un écho laissé derrière soi dans le tissu du monde.

    Si je dois mourir ici… quelque chose subsistera.

    Cette pensée ne me réconforte pas.
    Mais elle stabilise mon esprit.

    La Force n’est pas un fleuve pour moi, ni une mer calme comme pour ceux qui la maîtrisent. C’est plutôt une série d’éclairs brefs, violents, incontrôlables, des impressions, des frissons, des certitudes sans explication, comme si quelqu’un frappait parfois sur une cloche invisible et que je n’entendais que l’écho.

    Et là, dans ce silence mécanique, elle murmure une vérité simple.

    Je ne suis plus la proie.
    Je deviens… autre chose.

    J’abandonne délibérément une piste parfaite.

    Un chemin évident.
    Protégé.
    Rapide.

    Celui qu’un fugitif rationnel aurait choisi.

    Je prends l’inverse.
    Un passage étroit, irrégulier, jonché de débris techniques et d’arêtes tranchantes, un couloir sans issue apparente où la condensation tombe en gouttes lourdes du plafond comme une pluie paresseuse. Mes bottes s’enfoncent dans une boue noire faite de graisse, d’eau stagnante et de poussière métallique.

    Chaque pas laisse une empreinte claire.

    Je continue pourtant.

    Qu’elle voie cela.
    Qu’elle comprenne.
    Qu’elle se demande pourquoi.

    Je ralentis volontairement, assez pour que la fatigue paraisse réelle, assez pour que la trajectoire semble désespérée, assez pour que tout indique un être à bout.

    Puis, brusquement, je quitte la surface boueuse pour grimper sur une structure latérale, une série de conduites parallèles courant le long du mur. Mes appuis deviennent silencieux, suspendus, presque irréels. La boue continue droit devant… sans moi.

    Une piste qui ne mène nulle part.
    Une fuite qui s’arrête dans le vide.

    Je reste immobile au-dessus d’elle, accroupi comme une créature tapie dans les branches invisibles d’une forêt morte.

    Respiration lente.
    Cœur ralenti.
    Muscles verrouillés.

    Le temps s’étire.

    Quelque part, loin derrière, des bruits de bottes, des voix étouffées, des transmissions radio nerveuses. Les unités de sécurité quadrillent encore le secteur.

    Elles ne sont pas ma menace, juste du bruit.
    Des proies aveugles jetées dans un labyrinthe qu’elles ne comprennent pas.

    Elle, en revanche… je ne perçois pas sa présence clairement.
    Mais je perçois son absence. Un vide étrange, un silence dans le tissu même de la traque.
    Comme si quelqu’un avançait, là où rien ne devrait bouger.

    Je quitte mon perchoir sans bruit, glissant dans un autre conduit transversal, plus étroit encore. L’air y est plus chaud, saturé d’électricité statique. Mes doigts effleurent des câbles isolés, tièdes, vibrants. Une odeur d’ozone me picote les sinus.

    Je m’arrête net.

    Quelque chose a changé. Pas un bruit. Pas un mouvement.

    Une sensation.

    La chasse ne progresse plus vers moi.
    Elle se redéploye autour.
    Elle apprend.

    Un sourire imperceptible étire mes lèvres. Bien.

    Alors nous allons arrêter de jouer au chat et à la souris.
    Je retire lentement un pansement ensanglanté de mon avant-bras. La plaie n’est pas grave, mais elle saigne suffisamment pour servir. Je presse la compresse contre une grille d’aération, laissant l’odeur imprégner le métal, puis je la glisse dans le flux d’air aspiré vers les niveaux inférieurs.

    Une piste mobile, vivante.
    Impossible à suivre proprement.

    Ensuite, j’arrache un morceau de tissu de ma manche, y trace une marque à la griffe — nette, assumée — puis je l’abandonne dans un angle éclairé par une lampe de maintenance.

    Pas caché.
    Pas dissimulé.

    Offert, tel un message sans mots qui annonce : Je sais que tu es là.

    Je reprends ma progression, mais cette fois sans chercher à fuir. Mes déplacements deviennent irréguliers, presque erratiques. Parfois rapides, parfois d’une lenteur exaspérante. Je traverse volontairement des zones ouvertes avant de replonger dans l’obscurité. Je laisse des traces, puis les efface, puis en laisse d’autres, contradictoires.

    Un puzzle dont aucune pièce ne s’emboîte.

    Je ne cherche plus à disparaître, je cherche à devenir incompréhensible.

    Au bout d’un moment, impossible de dire combien de temps, je m’arrête dans une vaste salle technique circulaire. Des colonnes de filtration montent jusqu’au plafond comme les troncs d’une forêt industrielle. Des passerelles métalliques s’entrecroisent à différentes hauteurs, noyées dans des halos de lumière sale.

    Un endroit parfait pour un affrontement.
    Ou pour une disparition.

    Je reste au centre, immobile. La Force vibre faiblement autour de moi, comme une corde tendue prête à rompre. Pas un guide fiable. Pas une protection. Juste… une alerte permanente.

    Je ferme les yeux.
    Si elle est aussi douée que je le soupçonne… elle comprendra. Je ne suis plus en fuite. Je prépare quelque chose.

    Quand je les rouvre, mon regard est calme.
    Froid.
    Décidé.

    Qu’elle vienne.
    Cette fois, je ne fuis pas. Mais je ne me laisserai pas prendre non plus. Parce que la chasse a cessé d’être une question de vitesse… ou de force. Elle est devenue une question de volonté.
    Et la mienne, nourrie par la fatigue, la douleur et cette faim sourde qui creuse mon ventre comme une bête enfermée, est désormais plus tranchante que la lame la plus fine.

    Quoi qu’il advienne ensuite… je ne serai plus jamais la proie. La suite ne ressemble pas à une fuite, elle ne ressemble même plus à une manœuvre tactique.

    C’est une disparition, pas celle d’un corps, ni celle d’une silhouette mais celle d’une existence traçable. Je quitte la salle technique sans me retourner, abandonnant derrière moi un théâtre entier de signaux contradictoires, d’indices volontairement imparfaits, de pistes trop visibles pour être honnêtes, sachant qu’elle lira tout cela non comme un chaos mais comme une grammaire, une syntaxe de la chasse, et qu’elle cherchera la phrase cachée derrière les mots. Alors je cesse d’écrire.

    Je ne laisse plus rien.
    Ni sang.
    Ni tissu.
    Ni empreinte.
    Ni rythme.
    Même ma respiration change.

    Char’Dy m’a appris qu’on ne disparaît pas en devenant invisible, mais en cessant d’occuper l’espace mental de son poursuivant, en devenant une variable nulle, une absence mathématique, une équation sans solution.

    Je ralentis jusqu’à l’immobilité. Puis je repars… différemment. Plus de trajectoire logique. Plus de progression continue.

    Je glisse dans un conduit de maintenance étroit, couvert d’un isolant poreux qui absorbe les sons et retient la chaleur corporelle, un piège pour les chasseurs novices mais une cache idéale pour qui sait contrôler son métabolisme. Je reste accroupi plusieurs minutes, laissant mon rythme cardiaque retomber jusqu’à devenir presque imperceptible, mes muscles figés dans une tension minimale, mes pensées réduites à un fil unique : survivre.
    La faim gronde, mais je l’enferme derrière une porte mentale épaisse.

    Un Anzat affamé pense en ligne droite tandis qu’un Anzat lucide pense en spirale.
    Je me force à choisir la spirale.

    Quand je ressors, ce n’est pas dans la direction attendue. Je ne remonte ni vers les niveaux supérieurs, ni vers les zones logistiques, ni vers un point d’extraction évident. Je plonge plus profondément dans les entrailles de l’Anneau, vers les zones où personne ne circule volontairement, là où l’air devient lourd, tiède, saturé d’odeurs anciennes et de vibrations basses que le corps ressent avant même que l’esprit ne les identifie.

    Un endroit où les sens ordinaires se fatiguent.
    Un endroit où seule la patience survit.

    Je retire ma veste extérieure et la retourne, exposant la doublure sombre imprégnée d’odeurs étrangères accumulées lors de déplacements passés : poussière d'endroits lointains, carburants, antiseptiques, fumées anciennes. Je frotte rapidement la surface contre une paroi humide, ajoutant la signature chimique du lieu, puis je l’enfile de nouveau. Plus qu’un camouflage visuel, c'est un camouflage olfactif, thermique, tactile.

    Ensuite, j’active les techniques les plus fondamentales que mon maître m’a imposées jusqu’à la douleur : relâcher la chaleur inutile, ralentir la circulation périphérique, réduire les micromouvements involontaires, dissoudre la tension musculaire visible sans perdre la capacité d’exploser en action. La Cape de l’Ombre n’est qu’un outil pour les non-sensitifs, face à un autre Anzat, elle ne sert qu’à masquer l’évidence. Ce que je fais maintenant… c’est autre chose, je cesse d’être un corps en mouvement. Je deviens un élément du décor, une aspérité, une variation de température. Un bruit parasite indistinguable des machines.

    Je progresse ensuite par bonds irréguliers, non pas en distance mais en temps : parfois plusieurs minutes immobiles, parfois une traversée rapide d’un espace ouvert, puis de nouveau l’arrêt complet. Un observateur extérieur jurerait que la zone est vide, puis percevrait une ombre fugace impossible à localiser.

    Un fantôme n’est pas invisible, il est incohérent.

    Je passe par une salle de filtration abandonnée où des colonnes cylindriques rouillées forment un dédale serré. Là, je grimpe en hauteur au lieu de contourner, progressant le long des structures verticales pour éviter les zones de passage naturel. Chaque prise est choisie pour ne pas vibrer, chaque déplacement est synchronisé avec les pulsations mécaniques du système pour masquer le moindre frottement.

    En haut, je reste suspendu plusieurs minutes, observant.
    Rien, pas de patrouille, pas de drones, pas de présence identifiable.

    Mais ce n’est pas rassurant.

    C’est pire. Cela signifie que quelqu’un contrôle la zone sans s’y montrer.

    Je quitte l’endroit par une ouverture latérale presque invisible et me retrouve dans un corridor étroit parcouru par des câbles épais gainés de polymère sombre. L’électricité statique y crépite doucement, saturant l’air d’une odeur d’ozone et brouillant les capteurs les plus simples.

    Parfait.

    Je retire brièvement mon respirateur Naboo de sa poche intérieure, vérifiant son intégrité, ses filtres encore propres, son autonomie suffisante. Le contact du matériau lisse contre mes doigts est étrangement rassurant, comme un rappel tangible que je possède encore des options, encore des couches de survie que mon adversaire ne peut anticiper.

    Pas encore.

    Je le remets en place sans l’activer, il ne doit servir qu’au moment critique. Puis je reprends ma progression, plus lente encore, plus diffuse. À un moment, je me glisse dans un espace entre deux cloisons techniques, si étroit que mes épaules frottent le métal des deux côtés. Là, je reste totalement immobile pendant un temps indéterminé, laissant mes sens se recalibrer, laissant mon esprit dériver vers cet état étrange entre veille et sommeil que les Anzati utilisent pour économiser leur énergie sans perdre leur vigilance.

    C’est dans cet état que je sens quelque chose.
    Pas une présence, pas une direction une tension.
    Comme si l’air lui-même attendait.

    Elle n’est pas loin.
    Pas assez pour être perçue clairement, mais suffisamment pour que mon instinct se contracte comme un muscle prêt à se déchirer.

    Je ne bouge pas, bouger serait admettre l’avoir détectée.
    Au lieu de cela, je laisse mon rythme cardiaque ralentir encore, jusqu’à ce que chaque battement devienne une impulsion isolée dans un silence intérieur total. Ma respiration devient si faible que ma poitrine semble immobile, si elle sonde l’environnement… elle ne trouvera qu’un espace mort.

    Le temps s’étire encore, puis la tension diminue légèrement. Pas parce qu’elle est partie mais parce qu’elle a changé d’angle. Elle cherche ailleurs, je crois.

    Bien.

    Je quitte ma cache sans bruit, me laissant glisser dans un autre passage, plus profond, plus sombre, là où l’éclairage d’urgence ne pénètre même plus. L’obscurité y est presque totale, mais mes yeux se sont adaptés depuis longtemps, et la Force, capricieuse mais présente, dessine parfois les contours du monde comme un éclair lointain.

    Je ne suis plus en fuite.
    Je ne suis plus poursuivi.
    Je suis devenu… introuvable.

    Et dans cette obscurité dense, saturée d’odeurs métalliques, de chaleur stagnante et de vibrations lointaines, une certitude froide s’impose enfin :
    Même elle, aurait du mal à me retrouver. Ce n’est pas impossible, ce n’est jamais impossible. Mais tout de même difficile. Et dans une chasse entre deux prédateurs, la difficulté est la première fissure dans l’inévitabilité.

    Je continue à m’enfoncer dans les profondeurs de l’Anneau, effaçant mon passage non par des artifices visibles mais par l’absence totale de traces, par le refus de toute signature, par une discipline si rigoureuse qu’elle frôle l’inhumain. Disparaître réellement, ce n’est pas quitter un lieu. C’est cesser d’exister dans l’esprit de celui qui vous cherche.

    Et pour la première fois depuis le début de cette traque… je sens qu’elle pourrait douter. Un doute minuscule, presque imperceptible mais suffisant.

    Parce que tant que je respire encore… la chasse n’est pas terminée.
    Mais rester en vie ne suffit plus.

    Disparaître, ralentir, effacer ma trace, me fondre dans le métal, dans l’huile, dans la poussière et les vibrations de l’Anneau m’a permis de rompre le rythme qu’elle voulait m’imposer, de lui refuser les évidences dont vivent les prédateurs sûrs d’eux, mais je comprends désormais avec une clarté glaciale que cette invisibilité n’est qu’un répit, pas une solution. Un Anzat ne meurt pas seulement d’une lame.

    Il meurt d’épuisement.
    De solitude.
    De faim.

    Et la faim, elle, ne peut être trompée indéfiniment, elle est là, présente.

    Pas encore insupportable ni délirante. Mais présente, persistante, logée sous mes côtes comme une bête enfermée qui racle lentement les parois de sa cage. Chaque respiration la réveille un peu plus. Chaque minute passée sans me nourrir la rend plus précise, plus insistante, moins négociable.

    La soupe de Mynock n’était pas digne. Suffisante pour survivre à court terme, et surtout nécessaire pour les informations que je lui ai soutirées. Mais très insuffisante pour soutenir une traque prolongée face à un prédateur de haut niveau.

    Je le savais au moment même où je m’étais nourri, je le sens encore davantage maintenant. La chasseresse aussi le sait. C’est là que réside son véritable avantage.
    Pas sa vitesse, ni son expérience seule. Mais bien sa certitude que le temps travaille pour elle.

    Je m’arrête un instant dans l’ombre d’un renfoncement technique, laissant mon dos s’appuyer contre une paroi encore tiède. Les machines au-delà diffusent une chaleur constante qui masque ma signature thermique et absorbe les variations mineures de respiration. J’y reste immobile, non pour me reposer, mais pour écouter mon propre corps.
    Trop de tension, de vigilance, d’énergie dépensée pour rester invisible. Cela ne peut pas durer des jours. Elle le sait et elle compte dessus.
    Je ferme les yeux brièvement, non pour chercher la paix, mais pour mesurer l’état réel de mes ressources. La Force ne me nourrit pas. Elle ne comble pas ce vide. Elle peut m’aider à agir malgré lui, à le contenir, à le canaliser, mais elle ne supprime pas la nécessité biologique, presque primitive, qui définit mon espèce.

    La faim est un calendrier, chaque heure qui passe me rapproche d’un point où la prudence deviendra secondaire face à l’instinct.

    C’est exactement ce qu’elle attend.
    Mais cette même faim peut aussi devenir un calcul, une fractale compliquée, une équation avec plusieurs inconnues.

    Si je suis affamé… elle doit envisager que je le devienne dangereux.
    Un Anzat acculé et affamé n’est pas une proie.
    C’est une catastrophe imprévisible.

    Je rouvre les yeux.

    L’Anneau respire autour de moi comme un organisme immense et inconscient. Des flux d’air circulent dans les conduites, des masses mécaniques oscillent, des vibrations remontent par le sol comme des pulsations profondes. Tout cela continue sans se soucier de notre duel, mais c’est précisément cette indifférence qui crée des angles morts exploitables. Je me remets en mouvement, lentement, en choisissant un itinéraire qui ne mène ni vers une sortie évidente, ni vers un abri confortable, ni vers une zone densément peuplée.

    Les proies potentielles sont rares ici et celles qui pourraient réellement me sustenter sont sous protection.

    Je le sais.
    Elle le sait.
    Tous les acteurs de cette chasse le savent désormais.

    Cela crée une tension supplémentaire, invisible mais réelle : plus je tarde à me nourrir, plus les options se réduisent, plus les choix deviennent extrêmes. Je ne dois pas chercher immédiatement une cible. Je dois d’abord comprendre comment elle anticipe ce besoin. Parce qu’elle ne se contente pas de me traquer. Elle pense déjà à ce que je devrai faire pour survivre. C’est là que la pression doit commencer à changer de sens.

    Jusqu’à présent, elle poursuivait un fugitif.
    Maintenant, elle attend un affamé. Et attendre est dangereux, on commence à imaginer, à supposer, à construire des scénarios.

    Je ralentis encore mon rythme, me déplaçant par séquences irrégulières, m’arrêtant parfois longuement dans des zones où rien ne justifie un arrêt tactique évident, reprenant ensuite une progression rapide sur quelques mètres avant de redevenir presque immobile. Non pour brouiller une piste — il n’y en a plus — mais pour casser toute tentative de prédiction.

    Si elle essaie d’estimer combien de temps je peux tenir… elle doit se tromper.
    Si elle suppose que je chercherai rapidement une proie… elle doit se tromper.
    Si elle imagine que je vais me diriger vers les zones où vivent les individus les plus “riches” en soupe… elle doit se tromper aussi.

    Je ne dois pas agir comme un Anzat affamé, je dois agir comme un Anzat capable d’attendre au-delà du raisonnable. Parce que cela signifie une chose, que je prépare quelque chose d’autre.
    Une hypothèse plus sombre naît lentement dans mon esprit, froide, désagréable, mais impossible à ignorer. Si aucune proie valable n’est accessible… si toutes les cibles importantes sont protégées… si les zones riches sont surveillées… alors la seule source de soupe réellement significative restante dans cet environnement est… elle.

    Je n’ai aucune certitude de pouvoir la vaincre, ni aucune illusion sur la difficulté d’un tel acte. Mais l’idée elle-même change la nature de la chasse. Ce n’est plus seulement une fuite. C’est la possibilité d’une inversion totale.

    Je ne nourris pas cette pensée par arrogance, je l’examine comme on examine une arme dangereuse dont on ignore encore si l’on devra s’en servir. Tuer un autre Anzat est une entreprise extrême, risquée, presque suicidaire face à un adversaire plus expérimenté, mais l’existence même de cette option modifie ma posture mentale.

    Elle n’est plus simplement la prédatrice, elle peut devenir une variable, une cible théorique. Un risque… réciproque.

    Je sens la faim réagir à cette idée, non pas avec satisfaction, mais avec une sorte d’attention aiguë, comme si une partie de mon esprit primitif reconnaissait instinctivement la valeur potentielle d’une telle prise. Je l’étouffe immédiatement. Penser trop tôt à la nourriture revient à trahir mon état réel. Je dois rester froid. Calculateur. Fonctionnel.

    Je continue à avancer, m’enfonçant dans une zone où les installations deviennent plus anciennes, moins entretenues, où les signaux officiels se raréfient et où les infrastructures semblent avoir été modifiées trop de fois pour rester cohérentes. Un labyrinthe organique de métal et de conduites, parfait pour quelqu’un qui ne cherche plus seulement à se cacher, mais à rendre toute cartographie mentale incertaine. La pression ne disparaît pas, elle change lentement de forme. Je ne suis plus seulement un fugitif traqué par une chasseresse expérimentée. Je suis un prédateur affamé qui refuse d’agir comme tel. Et c’est peut-être ce qui la perturbera le plus. Parce que tant que je ne me comporte pas comme une proie affamée… elle ne peut pas prédire quand je le deviendrai vraiment.

    Dans une chasse entre deux êtres comme nous, l’imprévisibilité n’est pas un luxe. C’est la seule véritable défense.

    Je poursuis mon avancée dans l’obscurité tiède, le regard stable, la respiration contrôlée, la faim tenue à distance comme une lame rangée dans son fourreau, sachant qu’elle finira par devoir sortir, mais refusant de décider du moment tant que je peux encore choisir. Elle me cherche, très bien. Mais maintenant, elle doit aussi envisager ce que je pourrais faire lorsque je cesserai simplement de survivre… pour redevenir un chasseur. Et dans cet intervalle fragile, incertain, dangereux, où aucun de nous deux ne sait encore lequel cédera le premier à ses propres contraintes… la pression n’appartient plus à elle seule.

    Kuat

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    Fabrique de droïdes

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    Ishiro ShinraI Ishiro Shinra
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    Interface tactique sécurisée • lecture restreinte • acquisition biométrique validée
    Acquisition
    Identifiant
    Nom : Shinra
    Prénom : Ishiro
    Rang : LVL 2
    État de verrouillage
    Signal ID : SSR-ISHIRO-02
    Statut : CONFIRMED
    Menace : HIGH
    Bioclass
    ANZAT
    Affiliation
    SSR
    Comportement
    • Solitaire
    • Silencieux
    • Chirurgical
    Lecture tactique
    Sujet mobile à forte capacité d’approche silencieuse. Préférence pour les isolats, les angles morts et les trajectoires brèves. Le risque principal ne provient pas d’un excès d’agression, mais d’une précision prédatrice constante.
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    Opération « Chant des Dunes » : +20 000 :$: | Mission
    Acquisition unité R3 : -800 :$: | Dossier
    HUD tactique SSR • verrou biométrique validé • lecture hors protocole déconseillée
    Casiers

  • C'est bien ce que je craignais, un Mynock !
    Ishiro ShinraI Ishiro Shinra

    Je comprends ce qui se passe avant même que les mots ne s’assemblent complètement.

    Le comlink que j’ai récupéré sur le cadavre d’un agent encore tiède pulse doucement contre ma paume, diffusant ses transmissions à travers la coque métallique comme une vibration intime, presque osseuse, qui remonte le long de mon bras pour se déposer contre ma tempe, là où les signaux deviennent sensations avant de devenir pensée. Les patrouilles cessent d’avancer. Les transmissions se structurent. Les voix deviennent moins nombreuses, plus nettes, plus froides, et dans cet ordre soudain je reconnais immédiatement la signature d’un esprit qui a pris la tête de la chasse.

    Quelqu’un a repris le contrôle.

    Je reste immobile dans le couloir technique où je me suis arrêté, coincé entre une batterie de condensateurs industriels et une gaine d’évacuation qui vibre à intervalles réguliers, et je sens dans l’air quelque chose qui n’appartient déjà plus à la simple mécanique d’un quadrillage humain. La pression du dispositif se transforme. Les soldats ne cherchent plus. Ils tiennent. Ils verrouillent. Ils attendent.

    Et derrière eux, quelqu’un pense.

    Sa voix l’a confirmé, elle vient d’Anzat.
    Mais ce n’est pas sa voix qui m’a permis de le comprendre. Je m'en doutais inconsciement.

    Les pièges que j’ai laissés derrière moi, les traces volontairement imparfaites, les détours, les silences entre deux fausses pistes… tout cela n’était pas seulement destiné aux patrouilles humaines. C’était une manière d’observer la traque elle-même. Une manière de mesurer l’intelligence qui se trouvait derrière les ordres.

    Un soldat suit une piste.
    Un officier coordonne des hommes.
    Un chasseur, lui, lit l’intention.

    Elle n’a jamais mordu aux évidences.

    Là où d’autres auraient foncé, elle a contourné. Là où j’ai laissé des indices trop visibles, elle les a ignorés. Là où les patrouilles ont trébuché dans mes pièges, elle s’est arrêtée pour comprendre leur logique.

    C’est ainsi que je l’ai identifiée.Pas par son nom, mais par sa manière de penser.
    Et maintenant que sa voix a confirmé ce que mes pièges m’avaient déjà appris, le doute n’existe plus.

    Je ne suis plus poursuivi par une escouade, je suis traqué par un égal.
    Je ferme les yeux un instant.
    Cela signifie que les règles changent.

    Depuis la cantina, j’ai agi comme un animal encerclé, utilisant l’espace, les hommes et leurs machines comme des obstacles à déplacer, des instruments à détourner, des masses à fatiguer jusqu’à ce que la chasse se dilue dans la confusion.

    Mais cette méthode ne fonctionne plus,face à elle, chaque trace devient un message.
    Chaque piège devient une conversation, chaque mort devient une signature.
    Alors je dois arrêter de parler.

    Je laisse le comlink retomber doucement contre ma paume.
    Je pourrais répondre. Je pourrais utiliser l’ancienne fréquence pour lui renvoyer ses propres mots, pour nourrir ce duel qu’elle cherche à provoquer, pour accepter immédiatement la forme qu’elle propose à cette chasse.

    Mais ce serait une erreur.
    Elle me parle pour deux raisons.
    La première est évidente : me pousser à agir.
    La seconde est plus subtile : me faire réfléchir dans sa direction. Elle veut que je tourne autour d’elle mentalement, que je la laisse devenir le centre de mon espace, que je commence à construire mes décisions en fonction de sa présence.

    Je refuse, pour le moment.
    Je vais la rejoindre, mais pas comme elle l’attend.
    Je dois commencer par effacer ce que je suis devenu dans les dernières heures.

    La veste beige que j’avais récupérée plus tôt disparaît la première. Je la retire lentement, la retourne entièrement, puis je la découpe en plusieurs morceaux que je disperse dans des conduits secondaires déjà saturés d’odeurs industrielles. Ce n’est plus un leurre. C’est une mue. Une peau que je n’ai plus besoin de porter. Je passe ensuite mes doigts sur mes poignets, mon cou, derrière les oreilles, effaçant méthodiquement tout ce qui peut porter ma signature. L’huile des conduites. La poussière des entrepôts. Le sang séché des combats précédents. Trop d’odeurs, c’est encore une odeur. Je neutralise tout, jusqu’à ce que ma présence se fonde dans celle du réseau technique lui-même.

    Je ne dois plus laisser de trace.
    Pas face à elle.

    Les patrouilles humaines continuent leur travail quelque part dans l’Anneau. Je les entends parfois, lointaines, lourdes, prévisibles. Elles n’ont plus d’importance. Elles ne sont plus qu’un écran sonore, une marée lente qui se déplace sans vraiment comprendre ce qu’elle cherche.
    La vraie traque commence seulement maintenant.
    Je progresse plus haut dans les niveaux techniques, loin des axes logistiques principaux et des zones où les soldats concentrent leurs efforts. Je choisis des secteurs de maintenance intermédiaire, des étages sans valeur stratégique immédiate, où l’on ne garde ni docks ni armements, mais seulement des systèmes de redistribution énergétique et des boucles de circulation industrielle.

    Des endroits vastes, complexes. Parfaits pour quelqu’un qui veut observer sans être observé.

    Je m’arrête finalement dans un anneau de maintenance circulaire qui entoure un vieux noyau énergétique. Les parois y sont épaisses, parcourues de vibrations constantes. Le bruit ambiant est si dense qu’aucun son isolé ne peut s’en détacher clairement. C’est une mer de métal et d’énergie dans laquelle un mouvement prudent peut disparaître sans effort.

    Je m’installe là. Pas comme un homme qui prend position, mais comme une présence qui cesse d’exister pour le monde visible.
    Je m’abaisse lentement, jusqu’à ce que mon corps se confonde presque avec la structure elle-même. Ma respiration ralentit encore. Mon poids se répartit contre la paroi tiède. Je laisse ma température se fondre dans celle du métal. Chaque muscle se relâche jusqu’à ne conserver que la tension nécessaire pour agir.

    Je n’offre rien, pas un bruit, ni déplacement. pas même l’illusion d’une présence.
    Et alors le souvenir revient.

    Anzat.
    La lumière dure des plaines minérales. Les falaises basaltiques découpées comme des lames dans le ciel pâle. Le vent sec qui balaie la poussière volcanique et laisse sur la peau une sensation de pierre.

    Je me revois plus jeune, plus rapide, plus impatient.
    Beaucoup plus impatient

    La gorge était étroite, creusée dans une pierre noire que le vent avait poli pendant des siècles, et l’air y avait ce goût minéral, presque métallique, qui reste sur la langue lorsque l’on respire trop vite après une course. Au-dessus de moi, les falaises basaltiques découpaient le ciel en lanières pâles, et la lumière froide du matin glissait le long des parois comme si la planète elle-même refusait d’offrir une chaleur véritable à ceux qui y vivaient.
    Je suivais une piste. Je la suivais avec la certitude orgueilleuse de celui qui croit avoir compris quelque chose d’essentiel.
    Les empreintes dans la poussière volcanique étaient nettes, dessinées comme des marques dans une cendre sombre encore vierge, chaque pas imprimé avec une précision presque insolente. Une pierre avait été déplacée sur le côté du chemin, laissant une trace claire sur la couche noire du sol, et plus loin une marque de frottement sur la roche signalait l’endroit exact où la proie avait posé la main pour s’équilibrer en descendant la pente.

    Tout était là, lisible, évident.
    Je pensais être proche.
    Je pensais avoir compris la trajectoire, la vitesse, l’hésitation dans la démarche, les pauses nécessaires pour reprendre son souffle. Je pensais sentir presque physiquement la présence de celui que je poursuivais, comme si la poussière elle-même conservait l’écho de sa chaleur.

    Et dans cette certitude, je commençais déjà à savourer la victoire.

    Chaque pas que je faisais dans cette gorge étroite me rapprochait de la fin de la chasse, ou du moins c’est ce que je croyais, et je me souviens encore de la manière dont mon cœur battait alors, non pas par fatigue, mais par cette excitation brutale que ressent un prédateur persuadé de tenir enfin la gorge de sa proie.

    Je m’étais avancé avec assurance.
    Trop.
    C’est là que mon maître m’avait frappé. Pas un coup spectaculaire, ni une attaque sauvage destinée à me briser.
    Un mouvement presque invisible. Je n’avais même pas vu son bras se lever.
    Il y eut simplement un choc sec contre mon flanc, précis comme une lame courte plantée dans un point vital, et le monde bascula d’un seul coup, la roche noire surgissant devant moi tandis que mes jambes cédaient sans comprendre pourquoi.

    Je tombai lourdement dans la poussière.

    L’air quitta mes poumons dans un râle involontaire, comme si quelqu’un avait serré mes côtes dans un étau, et la poussière volcanique se souleva autour de moi en un nuage épais qui s’engouffra immédiatement dans ma bouche, dans mon nez, dans ma gorge, transformant ma respiration en une brûlure sèche.
    Pendant une seconde, peut-être deux, je ne compris rien.
    Le monde oscillait encore autour de moi, mes mains cherchant un appui dans la cendre noire, mes poumons essayant de reprendre leur rythme.

    Puis la colère monta. Une colère jeune et brute.
    Je me relevai d’un mouvement brusque, les poings déjà serrés, prêt à répondre au coup, prêt à prouver que je n’étais pas l’élève fragile qu’il semblait vouloir voir en moi.
    Mais lui n’avait pas bougé.
    Il se tenait à quelques pas seulement, immobile comme une statue taillée dans la même pierre que les falaises autour de nous.
    Ses bras étaient relâchés le long de son corps, son regard posé sur moi et dans ses yeux il n’y avait rien.
    Ni colère, ni déception.
    Ni la moindre trace d’une émotion qui aurait pu ressembler à de la compassion. Seulement cette froideur tranquille qui caractérisait chacune de ses leçons.
    Une absence totale d’indulgence.

    « Tu es mort. »

    Sa voix n’avait pas été forte, elle n’avait pas eu besoin de l’être.
    Elle était tombée dans la gorge comme une pierre dans un puits.

    Je m’étais tourné vers la piste.
    Les empreintes étaient toujours là, parfaites, claires, indiscutables.
    Je ne comprenais pas.
    Il avait craché dans la poussière. Un geste bref, presque dédaigneux.

    « Justement. »

    Le mot était tombé avec la même sécheresse que le premier.
    Puis il avait avancé.
    Sa main s’était refermée brutalement sur le col de ma tunique, et avant même que je puisse protester ou me dégager il m’avait tiré vers l’arrière avec une force qui ne laissait aucune place à la résistance. Mes talons raclaient la pierre noire tandis qu’il me traînait hors de la gorge.
    Quelques mètres seulement.
    Mais assez pour que la perspective change. Assez pour que je voie enfin ce que je n’avais pas regardé.
    Il m’avait poussé contre un rocher sombre qui dominait le passage étroit, une masse de basalte chauffée par le soleil du matin, et il avait posé sa paume contre la surface tiède comme si ce simple contact suffisait à résumer toute la leçon.

    « Regarde. »

    Je regardai, et cette fois je vis.
    La piste descendait bien dans la gorge. Et les empreintes s’enfonçaient dans la poussière noire.
    La pierre déplacée.
    La trace sur la roche.
    Tout conduisait vers le bas.

    Mais le chasseur n’était jamais passé par là.
    La vraie position dominait la gorge. Une corniche étroite, invisible depuis le sol, offrait une vue parfaite sur le chemin que j’avais suivi avec tant d’assurance.
    Un endroit idéal pour attendre. Pour regarder quelqu’un suivre les traces, pour tuer celui qui s’y abandonnerait.
    Je sentis le poids de l’erreur s’abattre sur moi, mon maître n’avait pas bougé. Sa main restait posée sur la pierre chaude.

    « Un bon assassin sait créer une piste. »

    Il laissa le silence s’installer.
    Le vent s’était levé entre les falaises, soulevant la poussière noire en spirales lentes qui passaient entre nous comme des spectres.
    Puis sa voix tomba de nouveau, plus froide encore., plus définitive.

    « Un vrai assassin sait quand arrêter d’en laisser. »

    Il me regarda longtemps. Si longtemps que je sentis peu à peu la colère se dissoudre en quelque chose de plus lourd. Quelque chose qui ressemblait à une compréhension douloureuse.
    Alors il ajouta, avec cette dureté calme qui ne cherchait jamais à adoucir ses enseignements :

    « Quand tu cesses de courir… »>/span>

    Le vent siffla entre les rochers, ses yeux restaient fixés sur moi.

    « La chasse change de maître. »>/span>

    Le souvenir disparaissaît lentement.

    Je rouvre les yeux, lLa situation est la même.
    Les traces que j’ai laissées m’ont permis d’identifier celle qui me poursuit et maintenant elles n’ont plus aucune utilité.

    Le temps s’étire lentement, les minutes deviennent longues, épaisses, presque liquides. Les patrouilles continuent leurs rondes lointaines. Les drones passent parfois au niveau inférieur, leurs capteurs balayant les couloirs avec une régularité presque rassurante. Peu à peu, l’Anneau ralentit sous l’effet du couvre-feu et des secteurs verrouillés. Et dans ce ralentissement, un autre rythme finit par apparaître.

    Plus discret, plus précis.
    Quelqu’un se déplace., mais pas comme les soldats ou comme les droïdes.
    dans cette démarche, chaque mouvement est pesé, chaque pause dure juste assez longtemps pour écouter.
    Je ne bouge pas. Je n’essaie pas de confirmer ce que je soupçonne déjà.
    Je laisse simplement le temps passer, comme si j’étais une pièce oubliée dans l’architecture de l’Anneau.

    Elle a dit que je perdais l’avantage.
    Peut-être, probablement. Mais un avantage n’existe que tant que l’on accepte de jouer selon les règles de l’autre. Je n’ai plus besoin de courir ni besoin de tuer.
    Je n’ai plus besoin de prouver quoi que ce soit aux patrouilles humaines qui arpentent ces couloirs. Ce duel n’appartient plus qu’à deux êtres.
    Deux chasseurs.

    Deux enfants d’une planète qui enseigne très tôt que la patience est la première des armes.

    Je laisse encore mon esprit se vider un peu plus, jusqu’à ce qu’il ne reste qu’une chose : l’attention pure, cette sensation particulière qui permet de sentir un changement dans l’air avant même que l’oreille ne le transforme en son.

    Si elle vient, je le saurai. Pas parce qu’elle fera une erreur.
    Parce qu’aucun prédateur ne peut totalement cacher son existence à un autre qui attend assez longtemps.

    Alors je reste là.
    Immobile.
    Silencieux.
    Invisible.

    Et dans l’ombre dense des structures techniques de l’Anneau, j’attends simplement que la chasse reprenne réellement.

    Kuat
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