Je n'avais rien à faire sinon attendre.
Alors je m'installai sur le banc métallique du compartiment passager et laissai la Force m'effleurer.
Je commençai par les petites choses. Une gourde posée sur le banc d'en face. Je la percevais dans le flux de la Force, sa masse, son poids. Je la fis glisser lentement vers moi. Facile. Trop facile. Je la renvoyai. La rattrapai. La maintins en suspension, testant ma concentration, cherchant les limites de ma prise.
Puis je passai à autre chose. Une caisse de rangement métallique dans le coin du compartiment. Plus lourde. Je la soulevai mentalement, centimètre par centimètre. Elle vibra, résista, puis quitta le sol. Pas longtemps. Quelques secondes avant que je la repose, les tempes légèrement chaudes.
Je recommençai. Encore et encore, la maniant de la même manière que la gourde jusqu'à ce que je fatigue.
La Force avait toujours été là. Depuis l'enfance, ce sens diffus qui me permettait de percevoir les intentions avant les gestes, les mouvements avant qu'ils ne se produisent.
Mais la maîtriser, comme Maitre Zaden ou les autres Grand Sith était autre chose.
Quelques heures plus tard, le pilote se manifesta depuis le cockpit.
Seigneur, sortie d'hyperespace dans deux minutes.
Je me levai et rejoignis le cockpit.
-----Coruscant-----
La planète apparut devant nous. Une sphère lumineuse, entièrement recouverte de métal et de béton, zébrée de couloirs de circulation aérienne en tous sens. Depuis l'espace elle donnait presque l'impression d'être vivante. Une ruche géante bourdonnant de millions de vies qui s'ignoraient mutuellement.
Le pilote intégra les couloirs de transit assignés, se faufila entre les flux de vaisseaux commerciaux et de navettes de transport, et se posa au statioport avec une précision mécanique.
Je retournai dans le compartiment passager et récupérai mes affaires.
La rampe s'abaissa. L'air de Coruscant m'accueillit — chaud, chargé, artificiel. Une odeur de carburant et de foule mêlée. Le statioport grouillait d'activité, des dizaines d'espèces différentes se croisant sans se regarder, des droïdes de service zigzaguant entre les passagers, des annonces résonnant en plusieurs langues dans les haut-parleurs.
Derrière moi, la rampe se referma. Quelques secondes plus tard, la navette reprenait de l'altitude et disparaissait dans le flux de circulation.
Les bas-fonds de Coruscant n'avaient rien d'accueillant. Les niveaux inférieurs s'enfonçaient dans une obscurité permanente, éclairée par endroits de néons clignotants et de lanternes à vapeur accrochées aux façades. L'architecture était un empilement chaotique de décennies de construction sans plan, des passerelles suspendues entre des bâtiments qui n'auraient jamais dû se toucher, des ruelles si étroites qu'on pouvait à peine y passer à deux.
Les bas-fonds de Coruscant m'avalèrent rapidement.
La foule changeait avec l'air.
Plus de touristes, plus de cols propres. Des visages marqués, des regards qui jaugeaient avant de se détourner. Des groupes qui occupaient les angles sans raison apparente. Des transactions rapides dans les recoins sombres.
Je gardai la tête basse et le pas régulier.
D’après les infos enregistrées, Greezzk devraient se trouver au « Brutes Savariennes » quelque part dans les bas-fonds.
Il me fallut encore une bonne heure pour trouver l'endroit. Pas de panneau, pas d'enseigne lumineuse. Juste une porte blindée au fond d'une ruelle que rien ne signalait aux non-initiés. Mais la Force me la désigna clairement — des dizaines de présences derrière, de la tension, de la vigilance.
Je m'avançai vers la porte.
Deux gardes se matérialisèrent dans le flux de la Force avant même que je les distingue clairement. Costauds, armés.
L'un d'eux leva une main.
On n'entre pas comme ça ici. T'es qui toi ?
Je m'arrêtai à quelques pas.
Quelqu'un qui a des affaires avec Grezzk.
Tout le monde a des affaires avec Grezzk. Dégage. Imbécile.
Je perçus l'hésitation du second garde dans la Force. Moins sûr de lui. Je laissai mon attention glisser vers lui, une pression subtile, presque imperceptible.
Dis à ton patron qu'un représentant de l'Ordre est là. Il comprendra.
Un silence. Les deux gardes échangèrent un regard que je sentis parfaitement. De l'incertitude. Et chez le second, quelque chose qui ressemblait à de la reconnaissance.
Le plus grand grogna quelque chose dans son comlink. Une réponse grésillante. Un silence.
La porte blindée s'ouvrit.
Tu laisses tes armes ici.
Je ne bougeai pas.
Non.
Il me jaugea une dernière fois. Décida que ça ne valait pas le coup.
Suis-moi.
Je suivis le garde à l'intérieur.
L'ancienne cantina se devinait encore sous les aménagements. Le comptoir d'origine était toujours là, reconverti en poste de surveillance. Les tables avaient laissé place à des caisses empilées jusqu'au plafond, des bâtons de la mort pour la plupart, encore emballés. Des mercenaires en armures disparates occupaient chaque angle - humains, Weequays, Aqualish - tous armés, tous attentifs.
Je perçus une bonne vingtaine de présences dans le flux de la Force. Tendues, méfiantes. L'endroit respirait la paranoïa.
Le garde me guida vers le fond, derrière une cloison improvisée. Un bureau. Encombré d'écrans, de datapads, de caisses. Une lumière verdâtre émanait d'un projecteur holo posé sur le bureau, affichant ce qui ressemblait à des transactions en cours. L'air était épais, chargé d'effluves d'alcool et de tabac épicé.
Et derrière le bureau, un Rodien.
El famoso Grezzk.
Il leva les yeux à mon entrée, les antennes légèrement dressées. Son regard me parcourut de haut en bas, cherchant à me situer. À m'évaluer.
Je restai debout, les bras croisés, et le laissai à sa réflexion.
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