Quand Nyméia se décide à arriver, je suis toujours à mon bureau. Certaines choses ne changent jamais, et les maux de crâne en font partie. J’ai l’impression que quelqu’un est en train de faire tourner une visseuse entre mes tempes, et j’ai du mal à me concentrer sur ce qui est important : tout le reste en dehors de moi. Ouais, je sais, c’est original, je ne pense pas qu’à ma petite personne des fois. Mais que voulez-vous… On finit par changer. Bref. C’est donc avec mon plus beau front en sueur et mes cheveux défaits en plus des cernes sous mes yeux que je reçois la Twi’lek. Je la vois regarder un peu partout en entrant dans la pièce, comme elle le fait souvent. Officiellement, pour s’assurer que personne n’observe ou que rien n’est en bordel. Officieusement… bref.
Elle a pris son temps mais elle est enfin là. Quand elle passe le pas de la porte, je relève les yeux et je lui souris. Ouais, elle m’a un peu manqué, quand même, pendant tout ces jours où elle n’était pas là. Faut dire que vu à quel point je me décharge sur elle, ça fait un paquet d’informations que je dois retenir sans la laisser gérer. Sauf que la fatigue me rattrape, et quand elle s’asseoit sur mon bureau, je laisse tomber mon visage sur le bois, dans un bruit sourd, et une douleur qui ne m’inquiète pas. Le soupir qui s’échappe de mes lèvres est à fendre l’âme, mais il se transforme en marque de contentement quand je sens la main de mon aide de camp se poser sur mes cheveux. Sa voix est un baume pour l’esprit. Le mien en tout cas.
-J’suis là, Erys, ne t’en fais pas. Tout ira bien. J’ai lu les premiers rapports, tu as très bien agi, personne ne te reprochera jamais rien.
J’aurais du mal à vous décrire les sensations… Je sens ses doigts peigner doucement mes cheveux, en même temps qu’ils glissent sur mon crâne, provoquant de doux frissons dans mon échine, la chaleur de sa peau se transmet comme si je n’avais pas vu la lumière du soleil depuis des années. Nyméia a toujours été douce avec moi, mais c’est toujours mieux quand ça fait un moment, comme si j’avais besoin de mon fix régulièrement, comme si il fallait que je m’en prive pour mieux la retrouver. J’ai pas envie de m’en priver, mais comment retrouver cette sensation, après ? …
-Erys, dis moi pourquoi tu me fais venir ici.
Ah, la fameuse question… Elle a jamais été super patiente, de ce point de vue, et la baratiner n’aurait aucun intérêt, vu qu’elle lit à travers moi comme un livre ouvert. Ce qui, entre nous, est légèrement pénible quand je dois lui mentir vis-à-vis de la Garde… Mais là, ce n’est pas le souci qui me vient. En fait, je n’ai pas de réelle réponse à lui apporter autre que l’envie de l’avoir près de moi. Du coup, quand je réponds, je ne sais même pas où commencer ou ce que je dois dire exactement… Je le sens dans ma voix qui n’est pas du tout assurée, et qui n’a pas l’air de vouloir se stabiliser.
-Simplement pour les rapports… Pour savoir où en est Arkinnea…
Elle me coupe dans ma réponse en appuyant très légèrement sa main sur ma tête. Dans d’autres circonstances ou avec n’importe qui d’autre, je lui aurait démoli la face, mais là, je la laisse faire.
-Arrête de mentir. Arkinnea ne va pas s’arrêter de tourner parce que tu n’es pas là une semaine. Tu sais que nous sommes sur les rails et que ça va prendre du temps. C’est pour ça que t’as mis du monde sur le projet, tu te souviens ? Donc… pourquoi ?
Je relève la tête lentement vers elle, avant de relâcher un soupir. Je colle mon menton dans la paume de ma main, accoudée au bureau, sans la lâcher des yeux. Elle est chiante, à avoir toujours raison.
-J’avais juste besoin… d’une pause.