C'est bien ce que je craignais, un Mynock !
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L’assassin combat bien. Il a été à bonne école, c’est certain. Contre le commun des mortels, il s’impose sûrement comme un adversaire des plus redoutables… Mais pas face à une tueuse expérimentée qui a derrière elle des centaines d’années de pratique et des dizaines de contrats remplis à son actif. Lorsqu’il se rend compte qu’il ne fait pas le poids, qu’il n’est qu’un petit poisson dans ce bassin fermé où fraie un dangereux requin, l’Anzat rival ne cherche plus à fanfaronner. Il fait de gros efforts pour ne pas dévoiler son jeu, pour ne pas céder à la tentation. La faim le tenaille, il a du mal à contenir ses pulsions et son tempérament de tueur insouciant qui fonce au devant du danger menace de faire surface à tout moment.
Les frappes s’enchaînent. Les passes d’armes se poursuivent. Azah Suutrar contrôle le terrain. Elle s’amuse avec une facilité presque déconcertante tout en étant complètement concentrée sur le combat. Le fugitif s’en rend bien compte. Il s’adapte. Il cherche des solutions, tente de temporiser. La première lame d’Hivernus respecte cela. Son adversaire a au moins le mérite de lutter pour sa survie avec dignité. Il garde un esprit combatif qui plaît à notre sinistre tueuse en série.
De fait, l’Anzat laisse le combat durer plus longtemps que nécessaire, cherchant à pousser l’autre dans ses retranchements pour tester ses limites. Elle a le comportement d’une traqueuse curieuse, d’une créature perverse qui joue avec sa proie.
Et lorsque l’assassin mystérieux trouve un moyen de lui échapper, elle s’en amuse.
La structure de la passerelle cède soudainement sous leur poids. Le fugitif se laisse volontairement tomber dans le vide, disparaissant dans l’obscurité d’un gouffre sans fond. S’accrochant à la rambarde de sécurité pour ne pas chuter à son tour, Azah Suutrar suit des yeux la silhouette de son adversaire jusqu’à ce qu’elle soit complètement happée par les ténèbres. Un sourire se dessine naturellement sur les lèvres de la belle. Elle reste plantée là un instant, à moitié suspendue au-dessus du vide, à déterminer les chances de survie de son rival. Elle doute que quelqu’un puisse survivre à une telle chute… Mais croire et voir sont deux choses différentes.
Et un assassin Anzat qui se respecte ne se laisse pas si facilement mourir.
La première lame d’Hivernus doit donc constater en personne le décès de ce mystérieux tueur avant de faire un quelconque rapport à sa hiérarchie. Un travail bâclé est un travail qui déçoit… Et Azah Suutrar déteste décevoir son seigneur. Elle doit donc s’assurer que la proie est vaincue ou capturée. Il en va de sa fierté et de sa réputation. La belle fait donc appel à ses sens pour capturer le moindre son, le moindre frémissement, la moindre odeur. Il y a beaucoup d’informations à prendre en compte. Le grincement métallique de la structure qui a cédé, le souffle régulier de l’air qui circule dans les conduites, le clapotis de l’eau qui tombe au sol depuis des tuyaux percés… Et toutes ces odeurs d’huile, de moisissure et d’acier chauffé qui se mélangent sans distinction.
La tueuse en série se laisse à son tour tomber dans le vide, atterrissant avec grâce sur une conduite de canalisation située quelques mètres plus bas. Depuis ce nouveau point d’observation, l’Anzat cherche des indices à suivre. Rien en vue. Elle descend alors toujours plus bas, se servant tantôt d’une échelle de maintenance, tantôt d’un bond pour atteindre sa nouvelle destination. Après de nombreuses minutes de parcours au-dessus du vide, Azah Suutrar pense finalement avoir trouvé une piste intéressante à suivre. Un impact. Une trace qui a déformé l’acier en un endroit précis. Une empreinte laissée par un corps en pleine chute peut-être.
Des bruits de bottes qui martèlent le sol résonnent soudainement contre les parois en métal. Plus haut, des silhouettes armées commencent à se dessiner. Des faisceaux lumineux se braquent vers la passerelle brinquebalante puis viennent percer l’obscurité pour trouver la belle. Elle se contente de donner ses directives en communiquant une série de gestes précis puis s’enfonce dans l’ouverture sans se retourner. Les légionnaires du seigneur de Bajic savent désormais dans quelle direction chercher. Quelques-uns commencent déjà à préparer les cordes et les grappins pour descendre en rappel. D’autres se déploient pour sécuriser les niveaux annexes afin de couvrir le plus de terrain possible. Les terribles combattants de la légion Anooba opèrent toujours par groupe de trois ou quatre, adoptant une formation qui leur permet de couvrir tous les angles d’approche. Leur respiration est lente et discrète, leurs gestes sont méthodiques et leurs manœuvres sont parfaitement exécutées. Dès lors qu’ils ont besoin de communiquer avec les autres groupes, les légionnaires se contentent de faire biper un certain nombre de fois leur comlink afin de transmettre un message de manière cryptée. Le manque d’échanges par oral rend par ailleurs ces transmissions d’informations moins bruyantes.
Les Anzati n’ont que quelques minutes d’avance sur eux.
La première des lames d’Hivernus talonne l’assassin de près. Elle s'agenouille pour recueillir des informations. Des traces de bottes. L’autre a le pas lourd. Il commence à fatiguer. Une excellente nouvelle pour la traqueuse, qui sait dorénavant que l’assassin qu'elle poursuit est sur le point de craquer. La tueuse en série porte la main à son comlink.
- Tu t’es bien battu… Mais ta formation n’est pas complète. Il te reste encore beaucoup à apprendre. Rends toi. Rejoins moi.
Azah Suutrar marque un léger temps de pause afin d’écouter. Elle croit entendre l’écho de sa voix ailleurs, tente de localiser l’origine du son.
- Rejoins moi et je m’occuperai personnellement d’achever ton entraînement. Tu deviendras alors plus redoutable que jamais.