Bienvenue sur SWRPG !

Créé en septembre 2006, ce RPG situé dans l'univers Star Wars a démarré à l'aube de la Guerre des Clones. Nous avons cependant pris une trajectoire bien différente de celle de la saga. 18 ans plus tard, nous voilà dans un univers parallèle aux films de George Lucas, un univers unique dans lequel nos propres personnages ont eu (et auront) un impact sur sa destinée.

Contexte: Il n'y a pas si longtemps que ça, dans une galaxie lointaine, très lointaine... L'Ancienne République influençait les quatre coins de la Galaxie, guidée et protégée par les légendaires Chevaliers Jedi, gardiens de la paix et de la justice. De nombreuses années plus tard, on dénombre de nombreux régimes successifs, mais aucun n'a réussi à s'imposer durablement. Empire Démocrate... Empire Sith... Voilà que les différents chemins empruntés nous ramènent donc à une République Fédérale, sans que l'on soit assuré qu'elle parvienne à durer dans le temps. Une République Fédérale qui décide de miser sur la nouvelle Garde Républicaine, vouée à remplacer un Ordre Jedi dont on refuse le dogme si particulier.

Pendant ce temps, Sith, Séparatistes et Chasseurs de Primes ont su se préserver à différentes échelles de l'échec de l'Ancienne République. Tandis que l'Ordre Sith a connu récemment sa fin sur Cathar, laissant la place à différents cultes bien moins influents mais tout aussi dangereux, les Chasseurs de la Guilde de Dantooine n'ont jamais été aussi nombreux, parcourant les mondes à la recherche de primes qui en valent le coup. La Confédération des Systèmes Indépendants, elle, résiste aux fluctuations du temps et se préserve des menaces extérieures en n'hésitant pas à agir lorsqu'il le faut, comme l'en atteste son intervention musclée sur Cathar. La même Cathar qui avait accepté d'accueillir les Vestiges de l'Empire suite à la scission de l'Empire Sith, et qui aujourd'hui se retrouve sous la tutelle des Séparatistes.

Les temps sont sombres, le ciel annonce de mauvais présages comme c'est le cas à chaque nouvelle ère. Les relations entre les grandes puissances ne sont pas au beau fixe, les Sith sont de nouveaux reclus dans l'ombre -là où ils sont les plus menaçants- et les Jedi se terrent sur Endor, bien décidés à ne pas dévoiler leur présence à ceux qui leur sont hostiles et bien décidés à s'en tenir à leur but éternel : l'étude de la Force.

Jamais une ère de SWRPG n'aura été si indécise et pourtant, il y aura toujours quelqu'un pour bouleverser l’échiquier galactique. Comme ce fut le cas ces huit dernières années. Peut-être que tu seras cette personne, qui sait? Notre Galaxie t'attend !

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    #28

    Post n°28
    Auteur : Hivernus

    Lorsque Maurra et Jehena atteignent finalement le point de chute du Bothan, force est de constater qu’il a déjà disparu. Malgré cette déconvenue, les deux jeunes femmes n’en demeurent pas moins déterminées à accomplir la tâche qui leur a été confiée. Blaster en main, les deux apprenties d’Azah Suutrar fouillent les environs à la recherche d’indices quand arrivent finalement les renforts promis par le centre de contrôle. La zone est bientôt cernée de véhicules de patrouille et d’agents des forces de sécurité locales. Un lieutenant les approche, hésite un instant puis reconnaît le profil des agents envoyés spécialement par la régente pour appréhender les suspects qui semblent causer tant de remous dans le coin.

    - Vous faites partie de l’Unité Spéciale ?

    La question n’en est pas vraiment une. Mais l’officier demeure méfiant, probablement parce qu’il est trop habitué à redouter d’avoir face à lui un sympathisant des ouvriers rebelles qui ont plongé Kuat dans une guerre civile. De fait, confirmer l’identité des donzelles qui se présentent face à lui semble le rassurer.

    - C’est exact. Le Bothan s’est échappé. Mais il n’a pas dû aller bien loin… 

    - Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? 

    - Vous voyez ces poubelles ? Elles sont en désordre, ouvertes, écrasées par un impact brutal. Quelqu’un a chuté dessus.

    L’homme hausse les épaules, sceptique.

    - Cela pourrait être n’importe qui… Ce ne sont pas les alcooliques qui manquent dans le coin. Et on retrouve souvent des poivrots ou des clodo fourrés dans les détritus vous savez.

    La remarque semble exaspérer Jehena, qui lève les yeux au ciel en soupirant. Les agents de sécurité de Kuat sont-ils tous des abrutis finis ou des imbéciles nonchalants, peu prompts à faire leur boulot correctement ? A ses côtés, Maurra reprend la main, craignant que sa comparse ne fasse une bêtise.

    - Nous avons retrouvé un sac dans les poubelles… Avec du matériel militaire qu’un ouvrier des chantiers navals ne pourrait pas se payer. Le suspect l’aura probablement fait tomber dans sa chute. Ou aura cherché à s’en débarrasser volontairement pour ne pas attirer les soupçons.

    La jeune femme s’accroupit, ses yeux se posant sur des tâches suspectes. Elle effleure du bout des doigts les gouttelettes qui viennent maculer le tissu d’un vieux torchon.

    - Du sang. Et il est encore frais. 

    Du regard, elle balaie l’ensemble de la ruelle afin de chercher les traces d’un potentiel passage. N’ayant ni l’expérience de sa maîtresse, ni ses facultés, Maurra met du temps à trouver une piste à suivre. Après quelques minutes de recherche, l’apprentie de l’Anzat tombe finalement sur de précieux indices.

    - Ici. Et là. Se contente de dire la jeune femme en pointant du doigt différentes tâches de sang sur le sol. Le Bothan est parti dans cette direction… Non. On l’a traîné. Regardez. Des traces de bottes qui frottent le duracier, laissant des marques au sol.

    - Qui aurait intérêt à faire ça ? Demande le lieutenant, toujours aussi perplexe.

    - Un complice. Ou un sympathisant quelconque. Répond la lame d’Hivernus. Peu importe. Ils n’ont pas pu aller bien loin. Faites quadriller le secteur par vos hommes, lieutenant. Occupez chaque rue, fouillez chaque bloc d’habitations, remuez ciel et terre s’il le faut. Ils sont là, quelque part. A se cacher. A attendre.

    - Entendu, madame. Je vais faire parvenir vos directives aux troupes.

    L’officier offre à l’apprentie tueuse un hochement de tête qui pourrait s’apparenter à une forme de salut militaire puis s’en va donner ses ordres aux chefs de section. Il n’a pas vraiment l’air ravi de devoir jouer au sous-fifre pour des étrangers dont il ne connait rien mais puisque la régente leur a donné carte blanche pour régler cette situation au plus vite, le lieutenant sait qu’il n’a pas vraiment son mot à dire. Il se contente donc d’exécuter les ordres, préférant éviter toute forme d’ennui avec sa hiérarchie.

    Sous la supervision des agents personnels du seigneur Hivernus, le secteur grouille bientôt de patrouilles statiques, d’équipes de recherche et de droïdes de surveillance. Plusieurs colonnes d’agents des forces de l’ordre s’enfoncent dans les rues de quartiers complètement vidés de leurs habitants. Des véhicules de patrouille font le tour des immeubles, à la recherche de fugitifs correspondant à la description du Bothan ou de traînards qui refusent de se confiner chez eux alors que diverses unités d’assaut se déploient pour fouiller les appartements de chaque tour d’habitation, enfonçant portes et mobilier quand la situation l’exige.

    Une véritable chasse à l’homme est lancée… Et en l’espace d’une mission, Sorran est devenu l’ennemi numéro un de Kuat, le monstre à appréhender à tout prix.









    Le chasseur se doit d’être patient. C’est la première que l’on apprend lorsque l’on se lance dans une traque car il faut d’abord étudier sa proie avant d’envisager toute autre chose. Un chasseur impatient revient souvent bredouille… Ou disparaît à tout jamais. Azah Suutrar n’est pas de ceux-là. La tueuse a derrière elle des années d’expérience et des dizaines de victimes sur son tableau de chasse. Elle laisse ses sens explorer la pièce, son regard se perdre dans les détails les plus insignifiants… Et elle trouve finalement quelque chose.

    Une première piste sur l’identité de cette mystérieuse présence.

    Parmi les cadavres criblés d’impact de tirs, deux corps qui ne présentent aucune blessure par arme blaster. Un Trandoshan et un Rodien. L’Anzat remarque rapidement qu’ils ont été neutralisés de la même manière. Un coup dans l’épaule, probablement causé par une arme de mêlée à en juger la nature de la blessure, puis un autre dans le cou. La marque de cette deuxième attaque semble plus discrète, moins visible à l'œil nu. L’incision est légère. Pas de trace de sang. Une piqûre peut-être ? 

    Voilà une bien curieuse manière de venir à bout d'un ennemi… 

    Quoi qu’il en soit, la première des lames d’Hivernus tient une piste. Celui qui est passé par là a fait preuve d’une précision redoutable. Il a reçu un entraînement bien spécifique. Une formation d’assassin peut-être. Oui. C’est certain même. L’énigmatique présence n’est pas n’importe qui. Elle sait comment économiser ses mouvements pour frapper méthodiquement, profitant probablement de l’élément de surprise et du chaos ambiant pour fondre sur ses victimes. Azah Suutrar esquisse l’ombre d’un sourire, intriguée. Traquer un tueur professionnel lui semble bien plus alléchant que l’idée de poursuivre un simple malfaiteur.

    L’Anzat monte les escaliers afin de suivre sa piste. Au premier étage, des traces de combat au blaster. Multiples impacts de tirs sur les murs. L’affrontement a été féroce. Plusieurs soldats portant l’uniforme et les insignes des forces de sécurité de Kuat se portent à sa rencontre, arme en main. Ils sont nerveux, prêts à faire usage de la force. Elle le voit, le ressent… Et s’en amuse. Presque.


    - Je suis ici sur ordre de la régente Elisabeth de la Maison Kuat. Je suppose que vous faites partie du commando d’intervention… 

    - Ah. L’Unité Spéciale hein. Vous supposez bien, madame. Se contente de répondre l’autre. Mes hommes ont la situation en main. La cantina est sécurisée. Les assaillants ont été neutralisés.

    La tueuse en série demeure silencieuse le temps de quelques secondes. Son esprit semble ailleurs, absorbé par des choses que les agents Kuati ne peuvent voir, entendre ou comprendre. Lorsque son regard se pose sur le sergent, ses yeux ont une lueur terrible. L’homme a un mouvement de recul incontrôlé. Ses camarades s’agitent doucement, perplexes face à l’attitude étrange de la donzelle et de leur supérieur.

    - Il s’éloigne. 

    Le sous-officier fronce les sourcils, confus.

    - Il… ? 

    - Oui… Un tueur qui a vraisemblablement échappé à votre vigilance.

    - Je vous assure que nous avons ratissé de long en large ce bâtiment et qu’il n’y a plus personne… 

    Azah Suutrar n’écoute plus le sergent. Elle se moque bien de ses explications car il y a plus important en jeu. L’assassin qu’elle traque, ayant vraisemblablement achevé son œuvre, cherche désormais à s’éclipser. Elle ne le laissera pas s’échapper. Abandonnant le premier étage aux hommes de l’unité d’intervention, la tueuse en série rejoint le second niveau de la cantina. Curieux, le sous-officier la suit de près afin de voir ce qu’elle compte faire. 

    L’Anzat remarque d’abord les différents restes de piège qui traînent ici et là. Quelqu’un s’attendait à avoir de la visite. Mais le dispositif, ou ce qu’il en reste, apparaît improvisé. Il a été fabriqué en toute hâte. La donzelle poursuit son exploration des lieux, observée de près par le sergent et quelques-uns de ses hommes, quittant une pièce dans laquelle se trouve le cadavre d’un Togruta. Elle y pénètre sans demander d’autorisation à qui que ce soit, attirée par les effluves de sang tel un limier en chasse. La première lame d’Hivernus s’intéresse au corps sans vie, notant les blessures. Arme de mêlée. Frappes précises. Le Togruta a été tué par ce mystérieux assassin qu’elle traque désormais. Probablement sa proie, celle pour qui il est venu. 

    Elle s’agenouille, remarque des détails que d’autres ne pourraient voir ou comprendre. Elle garde pour elle ses découvertes, un sourire venant étirer ses lèvres. Le regard de la belle balaye la pièce à  la recherche d’indices qui auraient pu échapper à sa vigilance. Des traces de combats contre les murs. Des marques… Du sang. Des éraflures. Et une grille derrière une cloison.


    - Il est passé par les conduits.

    Derrière elle, le sergent frémit doucement. L'Anzat se dirige vers la grille. Les doigts de la femme effleurent doucement les murs, puis l’acier de la trappe. Elle les porte ensuite à son nez, humant les odeurs.

    - Où mènent ces conduits, sergent ?

    - Je n’en sais rien, madame… Je peux toujours demander un plan du bâtiment.

    « A toutes les unités, une patrouille a cessé d’émettre dans le secteur C-19. Investigation en cours. Prudence recommandée pour tous les agents opérant sur zone et dans les secteurs environnants. »


    - Que pouvez-vous me dire sur le secteur C-19 ?

    - Hmm. C’est une zone dédiée à la maintenance. Enfin je crois. Pas très loin des quais logistiques. 

    La tueuse en série se tourne lentement vers le sous-officier. Son visage s’illumine, son regard s’assombrit. Nouveau sourire. L’homme déglutit péniblement, tente de garder son sang-froid. Ce qu’il parvient à faire… Tant bien que mal.

    - Un plan du bâtiment ne sera pas nécessaire, sergent. Notre tueur a une longueur d’avance sur nous. Mais il ne m’échappera pas. Restez sur zone. Un officier viendra bientôt prélever les preuves que vous avez sécurisé.

    - Euh… Très bien, madame. 

    Le sergent s’écarte pour laisser passer la donzelle, l’observe s’éloigner puis disparaître au détour d’un couloir. Elle a un je ne sais quoi qui ferait trembler n’importe qui, Sith y compris. D’une certaine façon, il s’estime bien heureux qu’elle ne soit pas là pour lui. Il se détend quelque peu, rassuré à l’idée de la savoir sur une piste qui l’emmène loin de lui et de ses petits secrets. Sa mission remplie, il pourra bientôt regagner ses pénates et se foutre les pieds sous la table. Tout roule comme sur des roulettes. Sauf peut-être pour ce pauvre Mynock, a qui eu son compte. Et pour ces abrutis qui lui ont fait la peau, traqués comme du bétail par la moitié des forces de Kuat. 

    Bah ! Pas son problème.

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    • Le ChroniqueurL Hors-ligne
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      #29

      Post n°29
      Auteur : Ishiro Shinra

      L’Anneau de Kuat a des zones où personne ne regarde vraiment : couloirs de maintenance au vernis buriné, sas d’égalisation où le métal respire, passerelles de service qui sentent la graisse froide et le tibanna. Je m’y enfonce comme un noyé dans la vase, et j’éteins tout ce qui me trahit : pas de rythme, pas de but, pas de chaleur apparente. Le Pli anzati. On n’avance plus vers un endroit, on cesse d’exister entre deux points.

      Pourtant, il y a « l’autre ». Pas un pas, pas une silhouette. Une pression ténue, élastique, qui glisse dans le métal à deux couloirs de distance, puis s’absorbe, puis revient. Pas un genre, pas un souffle marqué : rien que l’intention propre d’un prédateur qui sait ce qu’il / elle fait. Ce n’est ni homme, ni femme, ni troupeau. C’est mieux. C’est intéressant.

      Je souris — à l’intérieur. J’aime quand la chasse devient réciproque.

      D’abord, il me faut deux pistes : une qui mène « ailleurs » et une qui n’existe pas.

      Dans une salle de lavage de filtres, les cuves exhalent des solvants lourds, des algues mortes macèrent dans des paniers d’acier. Parfait pour pourrir un nez bien dressé. Je déchire la doublure de ma veste, trempe le tissu dans le bain décapant, ajoute deux gouttes du sang épaissi du Trandoshan que j’ai laissé derrière moi (notes ferreuses et reptiles), puis je noue la bande à l’intérieur d’une gaine d’aération dont le ventilateur pulse la rumeur toutes les huit secondes. À chaque cycle : une bouffée d’odeur, un soupçon de chaleur, une fréquence qui imite une respiration. Une présence fantôme pour qui « lit » l’air.

      Sur ce couloir que je veux qu’il / elle prenne, je taille dans le vernis du montant une égratignure oblique courte, puis deux mètres plus loin, sa jumelle inversée. Code vieux comme Anzat : « saut de ligne ». Les nôtres plongent dedans sans réfléchir. Qu’il / elle plonge.

      Le premier piège « local » doit parler langage industriel, pas assassin. Je soulève le capot d’un pupitre de scrubbing atmosphérique et je simule une anomalie halon : compartiment en test, 90 secondes, volets coupe-feu qui claquent, diffusion à 30 %. Pas létal. Suffisamment brutal pour faire piquer la gorge, alourdir les muscles, instiller la hâte qui ruine la belle technique. Je colle en façade une pseudo-consigne fabriquée avec deux lettres déplacées : « Déverrouillage manuel requis ». Pour couper, il faudra entrer. Sans masque.

      À l’entrée, je répands au sol un voile luisant de solvant — rien qu’un film — et j’accroche au plafond un tronçon de conduite morte maintenu par un fil monomoléculaire. Le moindre déséquilibre déclenche la chute du cylindre, un bruit plein qui couvre le souffle qu’on vole. Dans l’angle, je bricole une charge sourde : ressort, condensateur de lampe, batterie de comlink ; un flash muet qui lave les capteurs d’un masque nocturne. Au centre, sur dalle sèche, je pose un écrou poli par des années de doigts. Objet banal. Marqueur nerveux. Cinq mètres plus loin, dans la pénombre, un casque CNK frappé au bord. L’odeur de fer. Le souvenir d’un coup.

      Je referme les volets, laisse une empreinte de paume volontaire sur la barre (qu’il / elle lise, qu’il / elle doute), et je me retire par une trappe de câble — non signalée.

      Mon vrai chemin est une couture de l’Anneau que seuls les gens de ma sorte voient au premier coup d’œil : échelle d’inspection écaillée, goulotte à palettes bâchées, catwalk au garde-corps desserré. Je descends l’échelle en épousant le montant de ma joue, pour que l’acier boive mon souffle. Je m’accroche à une lanière du convoyeur et me laisse tracter couché ventre au métal. Les galets battent un tempo qui me convient. Je deviens rythme aussi.

      Je n’ai pas besoin de la Cape de l’Ombre ici. Le chaos du blackout a recollé la foule à elle-même ; l’alerte CNK a retourné des dizaines d’yeux vers la cantina. Dans les entrailles, personne ne cherche « un homme ». On cherche « un motif ». Je m’assure que je n’en suis pas un.

      Un dépôt de pièces usagées me recrache : droïdes débité·e·s, actionneurs en tas, bacs de graisse à l’odeur rance. Je vole un transducteur optique sur un baliseur de quai — petit miroir parabolique parfait pour « renvoyer » une ligne de visée —, puis je passe une porte « Personnel autorisé ». Le badge volé bégaye, mais s’ouvre. Les néons vibrent. Je casse mes angles dans leur lumière verte.

      Le fil derrière moi ne rompt pas. L’autre a survécu au halon ? Ou n’a pas mordu ? C’est sans importance. Je ne parie pas sur une erreur ; j’empile des marges.

      Deuxième étage de la toile : altérer la confiance, pas la vitesse. Je gagne une chambre d’égalisation de pression. Sur le pupitre, je tends une ficelle monomoléculaire depuis le bouton de relance jusqu’à un percuteur bricolé contre une ampoule au sol. Si l’ombre coupe « proprement » par réflexe, verre brisé, flash blanc, bruit sec, et pendant un clignement, le corps réagit au lieu d’analyser. Au plafond, je visse un micro-pulvérisateur et j’y verse une lessive diluée : buée aqueuse qui colle aux cils, aux commissures, aux narines. Goût métallique. Suspicion sensoril / ellele. On perd des secondes à « nettoyer » ses sens. Je les prends.

      Je sors par l’autre porte, laisse un scellé « QC-12 » mal apposé, comme si un tech pressé l’avait mal fixé. Les yeux humains adorent croire à l’autorité des étiquettes.

      Ils sont là. Trois CNK. Deux parlent à voix basse, le troisième bâille. Leur posture dit l’habitude, pas l’urgence. Mauvais timing pour eux. Je n’ai pas d’état d’âme ; j’ai des protocoles.

      Je compte. Cinq pas. Deux colonnes. Une baie. Un caillebotis. Gauche bouchée, droite ouverte, arrière vide.

      Le premier n’a pas le temps de devenir un problème. Ma main lui couvre la bouche en lui tirant la nuque ; ma pique de Force, repliée, heurte d’un à-coup sec le ganglion sous-mandibulaire. Syncope blanche, chute molle. Il me sert de bouclier.

      Le deuxième tourne déjà son blaster. Je le prends derrière le premier, avance d’un demi-pas, pique en estoc dans l’interstice de l’épaulière. La vibration me dit « os », mon poignet corrige « nerf ». Il lâche, convulse. Je casse son poignet du talon — réflexe éteint.

      Le troisième recule d’un demi-pas, hanche qui cherche l’appui. Mauvais réflexe. Je jette au sol mon transducteur ; son viseur renvoyé l’éblouit un battement. J’entre dans sa garde en marche basse. La pique frappe horizontalement la trachée. Le souffle est confisqué. Je l’accompagne au sol, doigts sur la carotide. Trop vite. Puis trop lent. Puis rien.

      Je les range. Deux sous une passerelle, un dans un casier à vannes. Une bruine de dissolvant sur la zone pour que les capteurs lisent « maintenance ». Aux semelles, j’écrase la mousse de leurs bottes dans la grille jusqu’à ce qu’elle n’existe plus.

      Je ne ressens pas « l’autre » proche. Pas de joie visible, juste cette suture intérieure qui se resserre proprement. J’avance.

      Le grand motif

      Une traque se gagne rarement par un coup. Elle se gagne par une architecture. Mon piège global n’est pas une « trappe ». C’est un rythme imposé.

      Pousser l’ombre à croire à des bifurcations « logiques » : odeur respirable, trace de paume, casque fêlé, consigne « manuelle ». On suit ce qu’on reconnaît.

      L’amener sur une spire du ring où le trafic humain et machine se superposent juste assez pour fausser les échos — conduites d’air secondaire, égalisation, catwalk sous turbines.

      Forcer un choix en apparence neutre : couloir A (panneaux « sortie de secours » clignotants), couloir B (lisse, froid, sans balisage). Les gens entraînés évitent les « sorties balisées » lors d’une traque. Je veux qu’il / elle évite. Couloir B mène à la gorge du système de quarantaine.

      Déclencher un cycle de test automatique au moment exact où « l’autre » s’y engage : fermeture des coupe-feu, inversion de pression, brume antiseptique. Rien de mortel. Tout ce qu’il faut pour réécrire son timing et sa proprioception.

      Synchroniser le tout avec une fausse balise com que je lâche dans les ondes de sécu locale, juste assez sale pour que les CNK la captent « par accident » : patrouilles décalées, couloirs barrés, priorités déplacées. Je laisse eux aussi tirer le lierre dans la direction que j’ai choisie.

      Je n’ai pas besoin de tout « voir ». Je dois seulement être l’absence qui ordonne.

      Le frisson utile

      Je m’accorde le luxe rare d’une seconde pour goûter à ce que je fabrique. Les meilleurs chasseur·euse·s ne sont pas ceux qui courent le plus vite. Ce sont ceux qui imposent aux autres leur respiration. Là, dans la gorge de Kuat, tous mes fils sont tendus : solvants, halon, flash, buée, miroirs, consignes, sécu, portes. Si l’autre n’est pas des nôtres, il / elle trébuchera. S’il / elle l’est, il / elle ralentira. Dans les deux cas, j’ai gagné ce qui n’a pas de prix quand on disparaît : du temps.

      Un murmure pour la tôle — indulgence puérile, peut-être, mais je l’aime.bée

      « Là-bas. »

      La chambre froide

      Je rejoins la spire que j’ai choisie pour le cœur de ma toile : la section de quarantaine « 07-S ». Le plafonnier couine ; le couloir fait un angle mou et le sol est trop propre. Les gens « normaux » ne passent pas ici. Bien.

      Je ôte du mur un panneau « Test ajourné ». Je le remets à l’envers. C’est insignifiant. C’est pour moi.

      La console du local technique est verrouillée par un code obsolète de tech paresseux. Je le casse au deuxième essai. Je n’y inscris pas mon nom. Je me contente d’outrepasser le cycle de test qui devrait être hebdomadaire, je force la pré-dépression à +15 % et je « grille » le capteur d’état des coupes-feu gauche/droite pour la régulation croit qu’elles sont ouvertes, alors qu’elles claqueront à l’ordre du test. Trois secondes de différence à la fermeture. Trois secondes où les pieds hésitent et l’air repart en arrière. C’est là qu’on dépense les tendons.

      Je règle la brume antiseptique en diffusion courte et morcelée — saccades, pas nuage —, pour mimer des « pas » dans l’air. Je déclenche par minuterie avec une latence d’un couloir, celle que j’ai calibrée en descendant. Et j’ajoute une sonnerie de « défaut mineur » sur la section d’avant, pour attirer une patrouille CNK à contretemps. Qu’ils arrivent trop tôt, qu’ils repartent trop vite, qu’ils bousculent l’ombre s’il / elle s’y trouve.

      Je n’ai pas besoin d’être là quand ça se ferme. Je veux juste que ça se ferme quand il / elle y est.

      Sortir — sans existences

      J’emprunte l’échelle noyée derrière un capot « interdiction de manœuvre ». Les doigts sentent le métal froid, l’épaule entaille, mais le bras tient. En bas, un collecteur de palettes avale des caisses de connectique. Je glisse dedans une seconde, me laisse porter jusqu’au hub de distribution « HZ-12 ».

      Dans le hub, je me rhabille d’un autre moi. J’arrache une veste beige à un portemanteau, pique une casquette graisseuse « sous-traitant », glisse un badge magnétique dans ma manche pour faire croire à un bip. Je change de marche, de cadence, de hauteur d’épaule. Je n’ai pas « hâte ». J’ai « une tâche ».

      Un agent CNK me croise. Il cherche une « course ». Je lui offre un « trajet ». Son cerveau ne s’arrête pas.

      Je laisserai encore derrière moi deux miettes, presque invisibles : un tournevis oublié sous une console — pas le mien ; la trace franche d’un gant sur une barre — pas à ma taille ; une odeur d’algue qui colle dans la gaine — pas mon sang. Tout ce qui dit « quelqu’un » sans dire « moi ».

      Il me reste une chose à déposer : un silence. Dans une petite trémie à déchets secs, j’installe un respirateur d’appoint, un sac de patchs de chaleur, une cape de service noire — peau d’ombre prête, si jamais la toile cédait. Trois voies de fuite y convergent qui n’existent pas sur les plans : ventilation secondaire, catwalk d’inspection, gouttière à câbles. Non pas parce que j’en aurai besoin. Parce qu’un assassin heureux n’est pas celui qui gagne. C’est celui qui garde toujours un étage en plus sous ses pieds.

      Je laisse au métal un dernier mot, chuchoté comme un secret de gosse :

      « Cherche encore. »

      Je n’ai pas « semé » l’autre. Je l’ai forcé·e à danser au tempo de Kuat, pas au mien. La différence est fondamentale. il / elle peut être déjà en train de glisser entre mes volets, de cracher la buée de lessive, de rire dans son masque de ma halon timide. Ou il / elle peut être là, couché·e, muscles lourds, oreilles qui bourdonnent, en train de se promettre de me faire payer l’affront.

      Je ne saurai pas laquelle des deux est vraie aujourd’hui. Cela m’amuse. Parce que tout ce que j’ai réellement voulu, je l’ai obtenu : le droit d’être le premier à choisir le prochain terrain.

      Je prends le couloir qui sent la poussière sèche et la colle de caoutchouc. Une porte vibrante, un quai secondaire, des holos test qui clignotent. Je me fonds dans le chuintement des chariots et le raclement des bottes rincées. Le badge pique, le portique baille, je passe.

      Ce n’est pas une fuite. C’est une omission.

      Au loin, presque perçu par les os, une vague onde de pression — quelque chose a claqué, plus haut, plus tôt. Peut-être mes coupes-feu. Peut-être autre chose. Je n’ai pas besoin de savoir. Je garde pour moi un fragment de plaisir net, propre : la sensation du fil que j’ai tendu, qui vibre au lointain.

      Une dernière fois, à peine un souffle :

      « À toi de jouer, ombre. »

      Je deviens le bruit de fond du ring, l’erreur de mesure dans un relevé d’ingénieur, la fuite statistique qu’on met sur le compte de l’usure. Une absence, en marche. Une toile abandonnée qui continue de chasser toute seule. Et, quelque part, quelqu’un — ni homme ni femme, juste « l’autre » — qui vient d’apprendre mon nom sans l’entendre.

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        #30

        Post n°30
        Auteur : Hivernus

        Des colonnes entières de policiers arpentent désormais les rues du quartier. Les blocs d’habitations se remplissent peu à peu de bruits de bottes, de tambourinements sur les portes, de consignes et d’injonctions à suivre. Ceux qui résistent sont appréhendés ou neutralisés par la force. Les fouilles permettent de découvrir des caches d’armes, des pamphlets révolutionnaires, de la drogue ou des objets de contrebandes. Ici et là, quelques véhicules viennent ramasser délinquants, suspects et réfractaires à l’ordre. On en vient à maudire les forces de sécurité et ce fichu Bothan qui est la cause de tout ce merdier. 

        Pour l’heure, aucune trace du fugitif. Mais cela ne saurait tarder… 

        L'étau se resserre à chaque instant. La promesse d’une récompense semble délier les langues et plusieurs dénonciateurs attirés par l’appât du gain dirigent les équipes de recherche vers de nombreuses pistes crédibles. Le Bothan se serait réfugié dans un vieux bloc d’habitation occupé par la classe ouvrière ou planqué dans un vieux bâtiment désaffecté de la zone. On l’aurait vu en compagnie d’une crapule ou d’un anarchiste. Certains évoquent le profil du sympathisant. Vieux ou jeune, profil humain, type à l’apparence négligée, tenue d’ouvrier. Divers informateurs sont mis à contribution. On leur demande de fouiner ici et là, de mettre à profit leur réseau de contacts pour savoir ce qui peut en ressortir. 

        Maurra et Jehena coordonnent leurs efforts avec les chefs d’équipes des forces de sécurité locales. Leur expertise semble précieuse. Elles savent comment trouver des indices, où chercher, quoi faire. Le secteur est désormais entièrement bouclé. Nul ne peut entrer ou sortir de la zone sans passer devant une patrouille de police ou un point de contrôle temporaire. Les deux jeunes femmes s’apprêtent à entrer dans un énième appartement en compagnie d’une unité de sécurité lorsque leur comlink se met à biper. Maurra fait signe à sa comparse qu’elle compte prendre l’appel, lui laissant la supervision des opérations.


        - Ici Maurra, j’écoute.

        - Maurra, je suis en train de suivre une piste et il me faut quelqu’un pour sécuriser les preuves au sein de la cantina. Je doute que l’on puisse faire confiance aux types de l’unité d’intervention déjà sur place. Ils pourraient faire disparaître des éléments ou les remplacer pour orienter l’enquête dans un sens ou l’autre.

        - Je comprends, maîtresse. Je me dirige vers la cantina pour surveiller les agents de l’unité d’intervention et récupérer les preuves.

        - Très bien. Sois prudente, Maurra. Nous ne pouvons faire confiance à personne.

        - Bien évidemment, maîtresse… 

        La communication se termine sur ces derniers mots. La jeune femme sait ce qu’elle doit faire. Il lui faut juste prévenir sa comparse de sa nouvelle tâche… Et s’assurer désormais que rien n’échappe à son attention.






        Azah Suutrar remonte la piste dans les couloirs de maintenance. Elle progresse rapidement, tel un limier excité par la promesse d’une chasse fructueuse. La tueuse s’intéresse aux bruits, aux odeurs, aux vibrations. Ici et là, quelques leurres qui doivent tromper sa vigilance, la mener sur de fausses voies. D’abord un émetteur planqué dans une canalisation puis une bande de pansement tâchée de sang et un morceau de manche jetés dans un bac de collecte. Les odeurs changent peu à peu alors que l’Anzat poursuit son investigation. Le métal et l’huile laissent leur place aux solvants industriels, aux produits chimiques. Ces changements brusques dans l’environnement olfactif pourraient sans aucun doute perturber le flair des chiens de traque, des molosses dressés à la recherche de fugitifs.

        La première des lames d’Hivernus esquisse l’ombre d’un sourire, amusée. Celui qu’elle traque sait comment s’y prendre pour semer ses poursuivants. Il dissimule ses odeurs corporelles, laisse de faux indices, passe en des endroits peu fréquentés voire difficilement accessibles et camoufle sa présence par le silence de ses actes. C’est un professionnel, un habitué de ces missions.

        Tant mieux. La récompense et le plaisir de le capturer n’en seront que plus grands.

        Azah Suutrar n’est pas le commun des mortels. Elle a derrière elle des décennies de pratique et a été instruite par les meilleurs professeurs en la matière : des maîtres assassins Anzati qui ont à leur palmarès des centaines de victimes. Et elle a eu son lot d'expériences en traquant des dizaines de proies à travers la galaxie. La tueuse en série sait donc comment lire les indices invisibles, respirer les fluides presque inodores et prendre conscience des perturbations dans l’air. Elle passe par de vieux systèmes de canalisation et diverses conduites d’aération, suivant une piste que seuls ceux de son espèce peuvent voir. Le secteur de la maintenance laisse place à celui de la logistique. Le monde silencieux des égouts et des salles techniques s’efface au profit de l’univers bruyant des quais de déchargement et des entrepôts bondés de droïdes et d’ouvriers. L’assassin espère désormais se dissimuler au milieu de la foule… 

        L’odeur de lessive industrielle mène l’Anzat vers un nouvel indice : une veste abandonnée au sol. La lame d’Hivernus y remarque un signe très intéressant. Là, sur le col, se trouve la marque d’une griffe. Un symbole que la belle reconnaît rapidement. Le tueur est donc l’un des siens, comme elle s’en doutait déjà. Voilà qui rend les choses plus complexes mais également bien plus distrayantes à ses yeux. Elle en vient à se demander pourquoi laisser une telle marque. Est-ce là une preuve d’assurance, un signe d’arrogance ou une trace destinée à de potentiels congénères ? Azah Suutrar se pose de nombreuses questions. Elle cherche à cerner ce mystérieux tueur afin de mieux le comprendre, d’anticiper ses prochaines actions. Elle porte doucement la main vers son comlink, son regard filtrant l’espace environnant à la recherche de traces.


        - Centre de contrôle, ici Unité Spéciale. Je poursuis actuellement un fugitif dans le secteur de la logistique. Description de l’individu non déterminée. Profil dangereux et professionnel confirmé. Il cherche probablement à fuir l’Anneau en empruntant une navette. Je recommande la prudence aux unités d’intervention. Faites boucler la zone et confiner le personnel des quais dans des endroits faciles à contrôler.

        « Ici centre de contrôle, bien reçu Unité d’Intervention. Votre requête a été transmise aux unités de terrain. Les patrouilles locales ont été alertées. D’autres équipes sont actuellement mobilisées et devraient se diriger sur zone d’ici peu. »


        Alors qu’elle poursuit son observation des lieux, une odeur de lessive industrielle familière vient bientôt saisir son attention. L’assassin a laissé une trace… Une piste. Erreur bête ou volontaire ? Cela reste encore à voir. Azah Suutrar s’empare à nouveau de son comlink, réglant son appareil sur la fréquence de l’équipe de protection du sénateur Blokkus. Peut-être que les gardes du corps du Hutt peuvent avoir une utilité après tout… S’ils daignent vouloir bouger leurs fesses.

        - Unité Spéciale à Équipe Sebens, j’ai suivi la piste d’un assassin qui a échappé à la vigilance des forces de sécurité locales et qui se trouve actuellement dans le secteur des quais logistiques. Le suspect est un Anzat armé et dangereux, un professionnel qui aime semer des leurres et emprunter des chemins inhabituels. Faites preuve de prudence car il nous vous accordera aucune pitié s’il vous tombe dessus.

        Elle marque un léger instant de pause avant de poursuivre.

        - Je vous tiendrai au courant si j’en apprends plus sur notre assassin.

        L’Anzat reprend sa traque, suivant son congénère à l’odeur tout en faisant attention aux indices visuels qu’il peut laisser ici et là. Elle est sur sa piste. Une piste qui la conduit d’abord dans une salle de lavage de filtres. L’air est vicié par les résidus chimiques, perturbant son odorat. Malin. Son nez remarque toutefois une note singulière dans ce mélange de solvants industriels… Du sang. L’odeur l’amène vers une gaine d’aération et elle s’y infiltre sans se poser de question, sondant les environs en utilisant tous ses sens pour se prémunir du moindre danger. 

        La belle tombe sur de nouveaux indices. De nouvelles marques qui lui sont destinées. La tueuse en série comprend alors que l’assassin qu’elle traque cherche à la conduire exactement là où il veut. Mais la première des lames ne tombe pas dans le piège. Elle préfère contourner ce qui lui semble évident, emprunter un autre passage, utiliser son flair pour pister l’autre sans s’exposer inutilement.

        Et c’est ce qu’elle fait, en silence, sans un bruit. Elle est une ombre invisible, une silhouette sans contour, une vague forme qui glisse dans l’obscurité.

        La traque se poursuit, quelques corps portant les marques de l'assassin Anzat sont découverts, les pièges sont de plus en plus nombreux et la piste se resserre. Le tueur se sent acculé. Il cherche à rythmer le jeu, à fatiguer le chasseur afin qu’il devienne proie. Mais on ne fatigue pas Azah Suutrar. La donzelle marque des arrêts, analyse la qualité des engins improvisés et des systèmes bricolés par son congénère. Il tisse une toile, se construit un réseau dont les moindres ramifications sont interconnectées. L’assassin sait ce qu’il fait, ce qui démontre qu’il a une certaine expérience derrière lui. A chaque pause, la donzelle en profite pour relayer sa position aux forces de sécurité et aux Sebens du Hutt afin qu’ils puissent suivre sa piste. 

        L’autre souhaite la duper. Mais l’Anzat au service du seigneur Hivernus compte bien développer un piège de son propre cru. 

        Une nouvelle dynamique commence. Chacun cherche à débusquer l’autre sans se faire prendre à son propre jeu. Il n’y a plus de chat et de souris… Uniquement deux chasseurs qui s’observent sans se voir, qui se testent discrètement afin de mieux se comprendre. La tueuse en série préfère pour l’heure rester en retrait, privilégiant une position surélevée pour surveiller de loin ce qu’il se fait dans le coin. 

        Quelques patrouilles commencent à affluer dans le secteur. Les agents des forces de sécurité sont méthodiques dans leurs mouvements mais bruyants, peu discrets. Bruits de bottes, respirations régulières, ouvertures de portes, transmissions via comlinks. Azah Suutrar peut les entendre à des lieues à la ronde. Une distraction idéale… Et un appât de choix. La belle doute que l’autre soit assez stupide pour engager le combat cependant. Il préférera sûrement se dérober, tendre des pièges afin de retarder l’inévitable… Mais lorsqu’il sera acculé, encerclé de toute part, il lui faudra alors s’exposer et prendre des risques. 

        Et à ce moment-là, la première des lames sera prête à frapper.

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          Post n°31
          Auteur : Ishiro Shinra

          Je choisis un lieu qui ment bien.

          Un segment oublié entre deux veines vivantes de l’Anneau : à l’est, la logistique, son vacarme de chariots et ses alarmes muettes ; à l’ouest, la maintenance lourde, ses cathédrales de tuyauteries et ses coupoles où l’air change de peau. Entre les deux, un couloir de service que personne ne revendique, qu’aucun plan ne répare, dont l’éclairage se contente de mourir par intermittences. C’est là que je décide d’exister pour quelqu’un d’autre. Juste assez. Pas davantage.

          Le sol est un palimpseste de passages : frottis d’huile sèche, griffures d’échelles grimpées trop vite, transferts de poussière au ras des plinthes. J’efface, puis je réécris. Avec parcimonie. À hauteur de hanche, je laisse un frottement coude-métal, mat, elliptique, qui dit la précipitation contenue. Au sol, je dépose une fatigue : la trace inégale d’un talon « qui s’alourdit » — non pas le mien, mais une empreinte moulée, que je brise aussitôt d’une micro-glissade volontaire. L’œil qui sait lira « blessure ». L’œil qui sait davantage hésitera. Je veux précisément cet entre-deux : qu’elle entre en confiance en luttant contre sa propre méfiance.

          La lumière ici ne « fonctionne » pas : elle propose. Un néon long comme une rumeur palpite à intervalles réguliers, mais irrégulièrement espacés. Je synchronise ma scène sur sa respiration. Quand il meurt, je déplace. Quand il revient, je fige. Je laisse même, au mur, la silhouette d’une main passée au chiffon — claire, trop claire. Une main qui aurait récuré une suée. Une main coupable. Cette main-là n’est pas la mienne. Elle existe « pour être vue ».
          Je compose l’air.

          En amont, j’ouvre discrètement un by-pass de circulation, dérive un filet d’atmosphère des étuves vers ce goulot. Mélange simple : tièdeur de linge industriel, solvants édulcorés, soupçon de tibanna résiduel. Trois couches qui n’appartiennent pas à la même histoire, mais racontées ensemble, elles semblent « vivre ». Ça suffit à nourrir un nez entraîné sans l’assouvir. Et dans cette soupe, j’infuse deux phrases supplémentaires : une note d’ozone (un relais électrique qu’on fait crépiter sans alerter), et plus rare, plus intime, une poussière de peau chauffée — à peine. Assez pour réveiller la mémoire d’une poursuite réussie. Assez pour qu’elle pense « je le tiens ».

          Je ne suis pas là.

          Je suis plus loin, à la courbe, là où le couloir épouse la coque et se transforme en gorge acoustique. J’y ai placé ma voix, ou ce qui peut passer pour elle : un minuscule haut-parleur passif, sans alimentation, greffé contre une conduite tiède. Il ne « parle » que si l’on respire fort à proximité — la colonne d’air de la chasseuse devient l’amplificateur du piège. Alors, parfois, l’écho de ma respiration « revient », faible, cassé par le métal. Parfois pas. Deux déclencheurs — la fréquence et le débit — que nul ne soupçonne. C’est son souffle qui décidera d’entendre le mien.

          Je trace la géométrie.

          La gorge mène à une porte coupe-feu latérale, type « L-22 » : lourde, mais capricieuse, avec ce retard d’embrayage que j’ai déjà exploité. Derrière, une chicane d’inspection, puis un réduit — demi-lune nue, mur brut, deux armoires électriques et un œil de bœuf grillagé qui donne sur rien de romantique, seulement un puits de ventilation où le bruit tombe comme une pluie oubliée. Sur le papier, c’est un cul-de-sac. Dans l’imaginaire de celles et ceux qui n’aiment pas « les culs-de-sac », c’est une cage. J’organise tout pour que cela en ait l’odeur et le goût.

          Sur le seuil de la L-22, je laisse un fil rompu — cuivre millimétrique — et, juste à côté, une goutte de sang. Pas rouge vif. Terre brûlée dans l’ombre. Trop peu pour crier. Trop présent pour être ignoré. À trente centimètres, je scotche, sous le retour de tôle, un pansement frangé de fibres qui n’appartiennent à aucun uniforme standard. Qu’elle le voie. Qu’elle croie l’avoir « découvert ». Qu’elle goûte, une seconde, la chaleur d’un récit qui l’adoube.

          Je règle le temps.

          Les coupes-feu sont esclaves de la pression. J’ai truqué le capteur. Quand la porte s’ouvrira, l’algorithme croira à une sur-pression lente, anodine, qui engendrera un cycle de compensation… en trois étapes. Trois soupirs qui, dans l’oreille, ressemblent à une présence qui se déplace. D’abord à droite, puis derrière, puis tout près. On n’écoute pas « une porte ». On écoute « un prédateur ». C’est là toute la manœuvre.
          Dans le réduit, j’ai posé la scène comme un décor de théâtre discret. À gauche, je laisse une armoire entrouverte, ses relais dormants à la vue, ses rubans câblés comme des tripes sages. Au sol, j’ai disposé un tapis de poussière « réglée » : striée de lignes perpendiculaires, à peine droites, juste assez fausses pour que la vraie ligne — la mienne — se fonde parmi elles. Tout autour, j’inscris des micro-événements contradictoires : une semelle « entre », mais la poussière retombe « contre » le sens attendu ; un frottis de tissu « sort », mais sur la tranche du montant « intérieur » ; un cheveux court, luisant, capturé dans une vis cruciforme — humain, oui, mais pas le mien, pas ici, pas cette heure. Qu’elle sente l’évidence. Qu’elle trébuche sur l’excès d’évidence.
          Au mur du fond, j’ai laissé une marque. Subtile. La griffe. Pas le signe entier — une seule incision, invisible au non-initié, placée là où la main caresse quand elle doute. Une ligne qui ne dit rien et dit tout à celles qui connaissent la langue. Elle peut signifier « je saigne », « je suis passé », « je te vois », « tu es tard ». Les nôtres choisissent. Je veux qu’elle choisisse mal.

          J’offre une issue.

          À l’angle de l’œil de bœuf, je n’ai pas desserré les boulons. J’ai seulement « vécu » avec le métal plusieurs minutes, pour qu’il garde la mémoire de doigts insistants, pour que la chasseuse « sente » que cède là où je n’ai jamais voulu passer. À deux pas, en revanche, sous une marche impossible — la troisième, toujours elle —, le seuil abat-jour cache une trappe de test, minuscule, qui donne, par le ventre, sur un anneau d’équilibrage. C’est mon couloir. Mes pieds n’y marqueront rien. L’air y parlera pour moi.

          Je prête des voix.

          Un faux comlink — récupéré et re-sculpté — repose sur le bord d’une armoire, recouvert d’un chiffon qui ne recouvre rien. Il ne capte pas, il émet un faux « presque-signal » quand on le manipule, assez pour engendrer, dans une oreille habituée, ces micro-ajustements d’attention qui avalent une seconde, deux, trois. Une chasseuse qui prend, qui soupèse, qui compare ce bruit à ceux de sa mémoire… perd du temps. Et dans cette seconde, la L-22 s’ébrouera une fois encore, soupirera à l’arrière. Qui surveille l’arrière quand le trophée pèse dans la main ?
          Je fais semblant de me planter.
          En amont de la gorge, dans l’ombre de la courbe, j’abandonne une « carte » textile — badge RFID textile d’un sous-traitant — percée d’une agrafe mal repliée. L’agrafe a laissé une griffure brève sur le plastoïde adjacent, tournant « vers » la gorge. Ce sont des petites choses, mais les petites choses que nos yeux aiment aligner en flèche. Qu’elle la suive. Qu’elle se félicite de sa froideur pour avoir résisté à trois autres invitations avant d’accepter celle-ci. Qu’elle pense « ça, c’est moi qui l’ai choisi ».

          Je remplis le silence.

          La gorge est un instrument. Je la règle sur un souffle qui ne peut pas être le mien — trop lent, trop plat —, puis je la dérègle d’un rien, pour que quelque chose d’organique en sorte. Entre deux battements de ventilation, j’invite de minces feuilles d’aluminium à tinter presque comme une chaîne. Le cerveau finit les sons qu’on lui propose. Qu’elle entende ses fantômes. Qu’elle les combatte et s’y attarde. Chaque combat est un pas qu’on ne fait pas.
          Je fabrique une promesse.
          Avant la gorge, sur la paroi froide, je colle un patch thermique défectueux — volontairement — qui s’allume quand on le frôle. Il réchauffe le métal d’un degré, deux. Pas assez pour être visible à la caméra, mais suffisamment pour que la main qui « connaît » la conduite se dise qu’un corps est passé. À hauteur d’épaule, je laisse, piégé dans le joint, un cheveu très sombre, torsadé. Pas le mien. Une offrande. Un clou dans la bouche d’un sanctuaire. Les chasseurs ont leurs cultes.

          Je glisse ma voix — la vraie, cette fois — comme on signe un billet qu’on n’enverra pas. Sous ma langue, un souffle posé sur un fil, à peine plus qu’une intention.
          « Tu es proche. »
          Rien d’autre. Le reste, l’Anneau l’inventera.

          Je m’éloigne alors, sans m’éloigner. Je me replie dans le ventre des structures, sens sous mes paumes la chaleur que la coque emmagasine. À portée de vue, la scène respire déjà sans moi. Elle vit. Les coupes-feu soupirent sur commande. L’air se met à avoir de la mémoire. Les poussières redeviennent des écritures. Les traces se contredisent avec douceur — jamais assez fort pour créer la méfiance, juste assez pour flatter la compétence de la chasseuse : elle pensera « je l’ai corrigé ». Personne ne résiste longtemps au plaisir d’avoir raison.
          Je prévois l’erreur qu’elle ne commettra pas, et la remplace par une erreur qu’elle acceptera. À l’entrée du réduit, d’un côté, j’ai laissé un morceau de manche — découpé, fil tiré, avec un micro-rimbus de solvant. Le classique. Trop classique. Une Anzat mordue sourira et soufflera dessus avec mépris. C’est ce que je veux. En se privant de ce leurre-là, elle avalera l’autre sans le voir.
          L’autre est partout.

          Dans la gorge, j’ai réglé le délai si fin que la respiration de qui s’avance déterminera la chorégraphie du son. Si elle avance vite, « je fuis » ; si elle avance lentement, « je m’embusque ». Dans les deux cas, la porte au fond du réduit, elle, aura le bon réflexe : une seconde de sur-fermeture qui grogne — bruit d’une bête qui refuse —, assez pour que la chasseuse sente la cage, trop peu pour qu’elle s’arrête. On s’arrête devant la preuve, pas devant la vraisemblance.
          Les patrouilles ruissellent déjà dans les travées voisines. Je les veux. Elles sont le décor sonore de la promesse : ce petit bruit d’urgence qu’une professionnelle aime dompter. Elles donnent à l’air une densité qui conforte les certitudes : « je suis là où ça se joue ». En réalité, ça se joue un mètre à côté, sous la troisième marche. Là où la poussière est neuve parce que personne ne s’y couche jamais. Là où mes doigts ont déjà appris la poignée invisible par cœur.

          Je sème deux phrases finales, à double fond.

          Sous le faux comlink, j’ai glissé un micro-papier hydrophile imbibé de brume antiseptique séchée. Si l’on soulève l’appareil avec la hâte de l’appropriation, la paume se mouille à peine, juste assez pour transmettre une odeur « vivante » au papier qui suivra. Ce papier, c’est l’étiquette d’un vieux disjoncteur « DÉRIVATION A-13 ». Elle retiendra l’effluve, la donnera au nez, qui la redonnera au cerveau. Qui validera. Qui descendra.
          Et sur la cornière du seuil, j’ai posé — posé, pas abandonné — un écrou poli. Trop propre pour avoir roulé. Trop net pour avoir été oublié. Celle qui connaît nos façons lira « défi ». Celle qui croit nous connaître lira « suffisance ». Dans les deux lectures, on s’engage. On s’engage en croyant choisir.

          Je laisse, enfin, la salle apprendre son rôle en mon absence. Elle sait déjà quand respirer, où briller, quoi dire. Elle sait où conduire. Elle sait aussi que je ne reviendrai pas tout de suite. Il n’y aura pas de face-à-face ici. Ce n’est pas un théâtre pour couteaux. C’est un théâtre pour certitudes.
          Au loin, l’Anneau claque une gouttière. Des voix montent, se répercutent, s’aplatissent. Mon piège global n’est pas « un endroit », c’est une somme de petites promesses tenues à demi. J’ai tendu des fils dont chacun, pris seul, pèse moins qu’un soupir. Ensemble, ils tiennent un monde.
          Si l’ombre qui me suit a la qualité que je crois, elle entrera dans cette pièce avec la grâce des nôtres. Elle soupèsera, corrigera, contournera même l’évidence que j’ai grossie à dessein. Elle pensera, peut-être, qu’elle s’est autorisée à ignorer le mensonge banal pour épouser la vérité fine. Alors la gorge lui rendra mon souffle qui n’est pas le mien. La porte louvoiera. Le métal aura le goût exact de la peau chaude qu’elle souhaitait. Et sous ses pieds, la poussière striée lui dira que je me suis acculé — tout en l’amenant à une marche qu’on ne regarde jamais.

          Quand elle comprendra — car elle comprendra —, il n’y aura encore rien à prendre. Pas de silhouette qui s’arrache à l’ombre. Pas de vibro-lame qui appelle la lumière. Juste un après. Juste la sensation infime d’avoir traversé une présence qui n’était qu’un programme d’air et de poussière. Juste assez de frustration pour pousser plus loin. Juste assez d’orgueil pour revenir. Juste assez de goût pour croire, la prochaine fois, qu’elle choisira mieux.
          Je ne veux pas sa chute. Pas encore.

          Je veux sa certitude.

          Je me retire alors d’un cran supplémentaire, coulé dans un autre couloir, où d’autres respirations me servent d’écran. Je passe devant des vies qui n’ont pas mon nom, emprunte la banalité comme on enfile un vêtement sec. Ma main frôle une balustrade et s’en souvient, au cas où. Mes yeux se posent sur un plan d’évacuation et ne le lisent pas : ils l’absorbent.

          Je m’éloigne, et la scène, derrière moi, se ferme — doucement, exactement au moment où l’on se croit « plus dedans que dehors ». C’est là que les bonnes chasses commencent.

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            Post n°32
            Auteur : Blokkus

            Dans le bâtiment réquisitionné, tandis qu'Inaba montait la garde, ses vibrolames à la main tout en maintenant à distance l'officier Kuati, les Sebens menaient les interrogatoires, chacun à sa façon, Yoshio lui usait de psychologie pour briser son prisonnier lui promettant un long séjour au bagne de Kessel, Mifuné, lui préférait laisser parler ses poings sa victime encaissait les coups mais n'avouait pas, peut être tout simplement parce qu'il n'avait rien à avouer. Keiko utilisait une vieille méthode, il avait réussi à capturer un rat mutant dans la rue , il l'avait coincé dans un seau en duracier et avait collé le fond contre l'abdomen de sa victime, il allumait un zippo contre le fond et la créature creusait à même la chair pour s'échapper mais encore une fois point d'aveu. Peut être qu'a coté, Seiji et sa matraque électrique aurait plus de réussite ,  visiblement pas.
            Minoru lui plongeait régulièrement le visage de son prisonnier dans une barrique remplie d'eau, simulant une noyade mais aucun renseignement utile ne sortait de la bouche de l'interrogé.
            Enfin, Daisuké, plus technique, avait relié une batterie à la peau de son prisonnier grâce à des pinces en acier et malgré les décharges électriques , il ne crachait pas le morceau, à croire que toutes ses crapules n'avaient rien à voir dans cette histoire.
            Le sous officier resté à l'extérieur entendait les hurlements de douleur et autres supplications, il avait menacé d'appeler ses supérieurs si cela ne cessait pas immédiatement.
            C'est à ce moment que sortit le leader cyborg tout en s'essuyant négligemment les mains  avec un chiffon;

            -On n'obtient pas de résultat, il faut passer au plan B!

            Les autres mercenaires sortirent à leur tour du bâtiment, certains avaient des traces de sang sur leurs vêtements, le Kuati alla vomir dans un coin, faisait sourire certains Sebens, ils comprenaient maintenant pourquoi on avait fait appel à eux, les forces locales étaient trop tendres.
            C'est à ce moment que Minoru reçu un message prioritaire sur son comlink crypté;


            Code
            - Unité Spéciale à Équipe Sebens, j’ai suivi la piste d’un assassin qui a échappé à la vigilance des forces de sécurité locales et qui se trouve actuellement dans le secteur des quais logistiques. Le suspect est un Anzat armé et dangereux, un professionnel qui aime semer des leurres et emprunter des chemins inhabituels. Faites preuve de prudence car il nous vous accordera aucune pitié s’il vous tombe dessus.



            Yoshio ne savait pas qui était cette unité spéciale, mais ce qu'il savait c'est qu'elle sous estimait les Sebens, ils n'avaient pas traversé nombre de champs de bataille pendant les guerres cloniques pour se faire ridiculiser par un vulgaire assassin. Il ordonna à ses hommes:

            -La chasse reprends les enfants! cap sur les quais logistiques!

            Certains sourirent tandis que d'autres vérifiaient leur armes, ils laissaient les prisonniers, enfin ce qu'il en restait au sous officier, à lui de se débrouiller pour les transporter à l'hôpital le plus proche, mais il ne fallait pas qu'il tergiverse, certains étaient bien amochés.
            Les Sebens eux s'étaient déja mis en route...


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              #33

              Post n°33
              Auteur : Super PNJ

              Bureau Fédéral d'investigation
              Section E



              La République Fédérale était enfin la officiellement... la navette du Bureau Fédéral d'investigation en provenance de coruscant venait d'apparaitre dans l'espace réel, après avoir contacté le vaisseau du Seigneurat de Bajic, ils avaient escorté le sénateur Blokkus à l'intérieure de la navette modifiée. Le Hutt avait semblé être déçu, sans doute s'attendait il à une démonstration de force avec l'arrivée d'une flotte de combat, mais ce n'est pas ce qu'avaient convenu le colonel Furax, chef du SRR et le directeur Gohmhen du BFI,  c'était la Section E chargée des opérations spéciales qui avait été chargée de venir enquêter sur Kuat après la découverte d'un étrange groupe terroriste hérité de l'empire passé.
              Le Hutt, escorté par sa bande de criminels, avait donc débriefé rapidement le chef de section Mat Graver, il lui avait surtout recommandé de faire preuve de discrétion dans cette affaire.
              Graver n'était pas un enfant de chœur, ancien commando il avait combattu lors de la bataille de la Forge Stellaire, son équipe était constituée de vétérans qui ne reculaient devant aucune méthode pour arriver à leurs fins.

              Après avoir obtenu l'autorisation des autorités locales, les membres de la section arrivèrent sur l'anneau dans le secteur ou s'était déroulé l'assaut de la cantina.
              Selon les rapports que Mat avait pu consulter, il y avait eu des morts, des prisonniers et des terroristes en fuite.
              Graver décida de se concentrer sur les fuyards, il doutait que les prisonniers fassent vraiment partie du complot, sans doute des seconds couteaux ou des individus au mauvais endroit au mauvais moment.
              Sa prothèse oculaire droite se mit à briller avant qu'il ordonne à ses hommes:

              -On a plusieurs cible en fuite! 
              Certaines ont été repérés par les holocam de surveillance! on bouge!

              Les commandos vérifièrent leur arme, pour cette mission, ils voyageaient léger , armure dissimulée sous les vêtements et pistolets ou fusils blaster à canon court, de la discrétion, c'est bien que leur avait demandé le Hutt...

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                #34

                Post n°34
                Auteur : Hivernus

                Les patrouilles se lancent à la poursuite du suspect dans les méandres de l’Anneau, quadrillant méthodiquement la zone de recherche. Azah Suutrar suit la progression des unités de terrain à distance, écoutant les échanges que les agents transmettent par comlink. Les hommes sont visiblement sous tension. Quelques-uns d’entre eux tombent dans des pièges tantôt inoffensifs, tantôt dangereux. Chutes, brûlures, impasses… On en vient même à trouver les corps d’un trio de soldats, probablement victimes d’une embuscade. L’assassin joue avec leurs nerfs, cherchent à les essouffler, à leur faire perdre la raison. Et cela semble en partie marcher. 

                Diverses transmissions font état de bruits de pas, de respirations bruyantes, de chuchotements étranges, de tintements suspects et d’indices trompeurs. Les agents des forces de sécurité se sentent encerclés de toute part par des sons dont ils ne peuvent pas définir la provenance. Ils ne savent plus où donner de la tête, perdent patience. Le tueur cherche à tromper leurs sens afin de conserver l’avantage. Il veut gagner du temps, les attirer vers un lieu de son choix de manière à garder une avance sur eux. Mais la première lame d’Hivernus n’est pas dupe. Et elle compte bien l’empêcher de mener cette chasse comme il l’entend en imposant ses propres règles.


                - Unité Spéciale à Centre de contrôle. Ordonnez à toutes les unités de cesser leurs recherches et de maintenir leurs positions actuelles.

                « Bien reçu, Unité Spéciale. Les agents maintiennent leurs positions jusqu’à nouvel ordre. »


                - Le fugitif est actuellement coincé entre une section de maintenance et une section logistique. Il se sert probablement des conduites de ventilation et du réseau de canalisations pour circuler librement. Verrouillez tous les accès, déployez des droïdes de surveillance dans les couloirs et envoyez des unités aux endroits les plus sensibles.

                « Bien reçu. Directives en cours de transmission, Unité Spéciale. »


                - Très bien…

                La donzelle esquisse l’ombre d’un sourire. Elle compte bien mettre la main sur ce sale petit Anzat qui s’amuse à semer ici et là des messages qui lui sont destinés… Et elle sait comment s’y prendre pour y parvenir.

                - Centre de contrôle, est-ce que vous avez en votre possession des gaz incapacitants ?

                « Affirmatif, Unité Spéciale. Ainsi qu’une variante létale. »


                - Compris. Veuillez demander à vos agents de mettre des protections adéquates puis faites répandre une version non létale dans la zone des recherches. Nous allons forcer notre fugitif à se livrer lui-même. Il est impératif que vos hommes restent en position et qu’ils n’en bougent sous aucun prétexte. Laissez les droïdes traqueurs rabattre le fugitif vers eux ou transmettre en temps réel des informations sur son actuelle position.

                « Entendu. Directives distribuées aux unités de terrain. »


                Azah Suutrar repose doucement son comlink. D’ici peu, le mystérieux tueur sera appréhendé, c’est certain. Accès entièrement verrouillés, système de ventilation et réseau de circulation des eaux en circuits fermés, gaz incapacitant dispersé et unités stratégiquement positionnées… Si son congénère parvient à passer au travers de tout cela, alors il aura largement mérité son estime.

                Non. S’il est assez malin, il se livrera de lui-même. Et demandera à ce qu’il soit mis en contact avec elle. Et peut-être alors aura-t-il une chance de s’en sortir. 

                Peut-être.

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                  #35

                  Post n°35
                  Auteur : Ishiro Shinra

                  Je comprends ce qui se passe avant même que les mots ne s’assemblent complètement.
                  Le comlink que j’ai récupéré sur le cadavre d’un agent encore tiède pulse doucement contre ma paume, diffusant ses transmissions à travers la coque métallique comme une vibration intime, presque osseuse, qui remonte le long de mon bras pour se déposer contre ma tempe, là où les signaux deviennent sensations avant de devenir pensée, et il n’y a pas besoin d’une voix claire pour comprendre qu’un changement vient de se produire, qu’un centre décisionnel vient de s’installer au sommet de la pyramide, qu’une volonté unique a remplacé la cacophonie nerveuse des unités dispersées.
                  Les patrouilles cessent d’avancer.

                  Les transmissions deviennent plus nettes.
                  Plus ordonnées, plus froides.

                  Je reste immobile dans le couloir de maintenance, étroit, poussiéreux, bordé de tuyauteries anciennes qui suintent encore l’huile chaude des systèmes de recyclage thermique, et je sens dans l’air quelque chose qui ne relève pas encore de l’odeur mais déjà de la texture, une lourdeur infime, un glissement invisible dans la densité ambiante, comme si l’espace lui-même avait décidé de peser davantage.

                  Du gaz, probablement non létal.

                  Je n’ai pas besoin d’en entendre davantage.
                  Ils ne veulent pas me tuer, cela signifie qu’elle me veut vivant.

                  Je ne sais pas encore qui elle est, mais je reconnais l’intelligence dans la décision, la précision du geste stratégique, l’absence totale d’émotion dans la manière d’écraser un périmètre plutôt que de le fouiller, de verrouiller les accès plutôt que de les sonder, d’imposer l’immobilité plutôt que de poursuivre.

                  Elle ne chasse plus.
                  Elle serre.

                  Je laisse le respirateur pendre contre ma poitrine, son métal froid pressé contre la peau encore chaude de l’effort précédent, et je n’active rien tout de suite, parce que la panique est toujours l’erreur que l’adversaire espère, le réflexe précipité, la recherche immédiate d’une sortie évidente, la fuite vers une zone plus claire, plus respirable, plus visible.

                  Je fais l’inverse ; je m’avance ; pas vers une issue ; vers le cœur.

                  Le gaz commence à s’infiltrer comme une brume subtile qui ne pique pas encore mais qui modifie déjà la façon dont l’air glisse dans la gorge, qui épaissit les respirations, qui ralentit les réflexes sans les briser, et je sens les néons vaciller derrière le voile translucide qui envahit le couloir, transformant les lignes nettes des structures en silhouettes floues, presque liquides.

                  Je ne fuis pas la saturation, je la cherche.

                  Je m’adosse contre la paroi métallique et j’active enfin le respirateur de Naboo, scellant autour de ma bouche et de mon nez une bulle autonome, silencieuse, étanche, conçue pour des marais toxiques et des atmosphères saturées d’algues venimeuses, que j'ai utilisé pour descendre dans les profondeurs noire d'un lac. Le monde extérieur se transforme immédiatement en une réalité plus lointaine, plus sourde, comme si j’étais déjà à moitié ailleurs.

                  Mon rythme cardiaque ralentit ; je le commande.
                  Technique ancienne, respiration fractionnée, consommation minimale.
                  Chaleur réduite, je deviens moins.

                  Moins visible.
                  Moins vivant.

                  Les transmissions continuent. Unités en position et accès verrouillés.
                  Ventilation fermée puis droïdes déployés.

                  Elle impose ses règles avec une rigueur presque élégante, et je perçois dans cette architecture décisionnelle une forme de satisfaction froide, la certitude de contrôler un espace tridimensionnel en le comprimant jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un point central, qu’un noyau contraint d’émerger pour respirer.

                  Je ne bougerai pas, je laisse le gaz s’accumuler.

                  Je sens la pression monter, non seulement dans mes oreilles mais dans les parois elles-mêmes, dans les conduites qui vibrent légèrement sous la surcharge, dans les joints qui gémissent sous la densité accrue d’un système qui n’a pas été conçu pour supporter une concentration prolongée sans compensation, et je pose ma paume contre l’acier pour sentir la variation, pour écouter la structure plutôt que les voix humaines.

                  Les humains attendent que je suffoque. tandis que la structure, elle, ne ment pas.
                  La pression augmente encore. Un seuil approche.

                  Je repère la grille secondaire d’expulsion, à peine visible sous la couche de poussière accumulée, conçue comme une soupape d’urgence en cas de surcharge interne, et je me positionne sous elle avec une lenteur qui n’est pas une hésitation mais une décision assumée, mes muscles relâchés, mon centre de gravité abaissé, mon esprit déjà dans le flux.

                  Les droïdes passent, rapides, méthodiques.
                  Ils ne s’attardent pas dans la zone saturée ils balayent, mesurent, repartent.

                  Ils ne savent pas qu’ils viennent de confirmer ce que je voulais savoir : la saturation est devenue un angle mort opérationnel.
                  La vibration change. Un sifflement aigu se propage le long des conduites.
                  La soupape s’arme.

                  Je ne souris pas, je me prépare.

                  La purge explose dans un souffle brutal qui arrache la grille de son logement avec une violence sourde, aspirant le gaz vers l’extérieur avec une force presque animale, et je me laisse entraîner sans lutter, mon corps s’inscrivant dans le flux comme une particule parmi d’autres, dissimulé dans la turbulence thermique, invisible au milieu du chaos qu’ils ont eux-mêmes provoqué.

                  La conduite est étroite. Brutale.
                  Le métal râpe contre mes épaules. Je me contracte, me roule et me laisse le flux me porter.

                  La trappe se referme derrière moi dans un claquement sec qui scelle la scène comme si rien ne s’était produit.

                  Je suis ailleurs.

                  Dans un conduit secondaire non surveillé, non quadrillé, non pensé comme une issue viable parce qu’il ne correspond pas à la logique humaine de la fuite.

                  Je retire le respirateur, l’air est plus froid ici.
                  Je reste immobile quelques secondes, écoutant les transmissions lointaines qui cherchent encore une signature thermique dans un périmètre intact, qui parlent de quadrillage maintenu, d’absence de brèche, d’un fugitif qui aurait dû se manifester.

                  Elle doit écouter aussi.
                  Elle doit sentir l’incohérence.
                  Elle doit comprendre qu’elle a créé la pression et que j’ai utilisé la soupape.

                  Je ne ressens pas de triomphe.
                  Seulement une curiosité plus profonde.

                  Elle est méthodique.
                  Elle est patiente.
                  Elle impose un cadre.

                  Je me redresse lentement et je m’enfonce dans le réseau inférieur, loin des axes logistiques évidents, loin des zones que les unités considèrent comme sensibles, vers les niveaux techniques que personne ne verrouille parce qu’ils ne correspondent pas à la cartographie instinctive de la fuite humaine.
                  Je disparais.
                  Non pas parce que je me cache, mais parce que je ne suis plus dans leur schéma. Et tandis que je progresse dans l’Anneau, silencieux, je sais qu’elle ne cessera pas de réfléchir à ce moment précis, à cette absence inexplicable, à cette signature perdue dans la saturation, et que la prochaine fois, elle cherchera la soupape avant moi.

                  Cela ne m’inquiète pas.
                  Cela m’intéresse.

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                  • BlokkusB Hors-ligne
                    BlokkusB Hors-ligne
                    Blokkus
                    a écrit sur dernière édition par
                    #36

                    Les Sebens avançaient l'arme au poing lentement vérifiant tous les angles morts, le fait de savoir que leur cible était un Anzat les incitaient à la plus grande prudence, ils connaissaient cette race de réputation , ils savaient très bien qu'ils se nourrissaient de chair humaine et ils n'avaient pas envie de finir en casse croute. Inaba était en tête progressant silencieusement tandis que Keiko, son rat mutant sur son épaule fermait la marche.
                    Soudain un nouveau message resonna dans l'oreillette de Minoru, le centre de contrôle leur demandait de garder leur position, le cyborg sourit, la cible avait du être repérée et l'étau se refermait sur lui.
                    -On se poste!

                    Aussitôt, les mercenaires se positionnèrent veillant à viser avec leurs blasters toutes les directions, la cible ne devait pas leur échapper.
                    Un deuxième message, qui élargit encore plus le sourire du leader, l'Anzat était coincé entre une section de maintenance et une section logistique utilisant les conduites de ventilation ou canalisation pour se déplacer.
                    -On le tient, les droids vont le rabattre!

                    Enfin un dernier message , l'unité spéciale allait utiliser des gaz pour le débusquer et le faire sortir de son trou.
                    -A vos respirateurs!

                    Comme un seul homme , les Sebens fouillèrent leur besaces et autres sacs à dos pour sortir leur respirateur A99 et le fixer sur leur visage. Ainsi avec cet appareil, ils pouvaient tenir plus de deux heures avant que leurs réservoirs ne soient vides.
                    Les armes étaient prêtes, les doigts sur les gâchettes, les Sebens n'attendaient plus qu'une cible...

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                    • HivernusH Hors-ligne
                      HivernusH Hors-ligne
                      Hivernus
                      a écrit sur dernière édition par
                      #37

                      L’attente est longue et pénible. Les droïdes de surveillance ratissent la zone à la recherche du fugitif sans parvenir à retrouver sa trace. L’Anzat se cache quelque part et temporise. Il cherche une solution. Une unité est déployée pour aider dans les recherches. Peut-être que l’intervention de soldats va contraindre le tueur à se révéler, à commettre une erreur. Mais il n’en est rien. Telle une ombre insaisissable, le congénère de la première lame d’Hivernus demeure invisible. Azah Suutrar comprend alors que l’assassin n’est plus là, qu’il a trouvé une issue de secours. Elle sourit doucement, lui reconnaissant quelques qualités.

                      Il est malin… Mais il perd l’avantage. Il s’épuise à trouver des solutions et il sera bientôt à court d’options.

                      - Unité Spéciale à Centre de contrôle. Le fugitif a quitté la zone. Il se sert probablement d’un comlink récupéré sur un agent neutralisé pour se tenir au courant de nos manœuvres. Changez de fréquence de transmission.

                      « Ici Centre de contrôle. Bien reçu. Nouvelle fréquence de transmission attribuée aux unités de terrain. »

                      La belle inspire doucement. Son esprit est désormais ailleurs… Elle cherche à anticiper les futures actions de son semblable. En bonne traqueuse qu’elle est, la donzelle se met dans la tête d’un criminel recherché et se demande désormais quelles sont les différentes options qui se présenteraient à elle si elle était dans sa situation. Rejoindre les quais logistiques ou un spatioport pour s’enfuir à bord d’un vaisseau ? Trop évident. Dangereux. Se fondre dans la masse en espérant passer inaperçu ? Possible mais comporte trop de facteurs de risque. Se planquer dans un coin tranquille en attendant que la tempête passe ? Envisageable. Crédible. Piste à suivre.

                      Une dernière éventualité, plus sinistre, se dessine dans la tête d’Azah Suutrar. Si le tueur est, comme elle, en partie dirigé par ses pulsions, il se peut simplement qu’il se contente de poursuivre son œuvre funeste. Chez les Anzati, la chasse est autant un art qu’une facette essentielle de leur façon de vivre et ceux qui ne parviennent pas à contrôler cette envie de tuer se retrouvent souvent à semer des cadavres dès lors qu’ils passent quelque part. L’assassin qu’elle traque semble être de ceux-là. Il tue avec une précision remarquable, c’est un fait. Mais dans le cas présent, les corps et les marques qu’il laisse dans son sillage sont un handicap. Un aveu de faiblesse.

                      Un tueur expérimenté ne s’embête pas à faire traîner des indices. Il se contente de remplir son contrat, empoche les crédits et retourne dans les méandres de l’obscurité sans qu’on puisse remonter jusqu’à lui. Il est une ombre, un fantôme, un murmure. Toute mort qui ne figure pas dans sa mission initiale est un problème de plus à gérer, une preuve de son passage, de son existence. De fait, un bon professionnel évite d’attirer l’attention en faisant plus de dommages que nécessaire. Hors, dans le cas présent, l’Anzat qu’elle traque laisse volontiers son instinct de chasseur s’exprimer. Il ne tue pas par nécessité mais parce qu’il en a le pouvoir. En s’exposant inutilement pour éliminer différentes patrouilles qu’il aurait tout simplement pu éviter, l’assassin démontre qu’il se laisse porter par l’appel du meurtre et qu’il aime jouer avec ceux qu’on lance à sa poursuite.

                      En suivant cette logique, le tueur va chercher à se trouver un nouveau terrain de chasse. L’Anneau est un endroit si vaste qu’il pourrait trouver son bonheur partout et poursuivre ses lubies en toute impunité avant de se décider à disparaître pour de bon lorsqu’il se sera lassé. Impensable pour Azah Suutrar. Elle compte bien mettre un terme à ce petit jeu stupide qu’est le sien, tout aussi intéressant soit-il.

                      - Unité Spéciale à Centre de contrôle. Nouvelles suggestions : Faites fermer tous les accès au spatioport et aux secteurs logistiques. Gardez à quai tous les vaisseaux, installez des plots de détention et déployez plusieurs unités pour garder les infrastructures. Faites étendre le couvre-feu aux secteurs alentours et envoyez vos droïdes de surveillance dans les zones de maintenance annexes.

                      « Suggestions en cours de transmission, Unité Spéciale. Autre chose ? »

                      - Bien évidemment, Centre de contrôle. Je crains que notre fugitif emprunte des voies cachées pour se dérober à notre vue. Afin de comprendre la logique du tueur, j’aimerai avoir accès aux plans de l’Anneau ainsi qu’au déploiement des unités de terrain. Dans leur intégralité. Il se peut que quelque chose ait échappé à notre attention.

                      La réponse met du temps à venir. Un silence pesant s’installe. La simple idée d’offrir une vue d’ensemble sur les installations militaires et civiles de l’Anneau à une étrangère, notamment dans un contexte de guerre, peut en effet en crisper plus d’un. Mais finalement après quelques instants de doute et de débat, une réponse s’impose finalement.

                      « Votre requête a été acceptée, Unité Spéciale. Transmission des plans en cours… Veuillez noter que ces plans sont destinés à votre usage exclusif… »

                      Une menace dissimulée comme on les aime… Plus cordiale que la moyenne cependant. Azah Suutrar esquisse l’ombre d’un sourire, habituée aux avertissements en tout genre. Quand on travaille pour des individus impitoyables, les rappels à l’ordre et les recommandations virent souvent au drame.

                      - C’est bien compris, Centre de contrôle.

                      La belle se détache volontiers de son comlink pour examiner plus en détail les plans qu’on vient de lui envoyer. Une reproduction miniature des installations de l’Anneau se projette en trois dimensions sous ses yeux. De nombreux points de couleur se détachent rapidement du reste de la carte holographique, signalant l’emplacement des patrouilles et des droïdes de surveillance ainsi que les secteurs placés en quarantaine ou faisant l’objet d’un couvre-feu. L’Anzat examine chaque élément de la carte, porte son attention sur chaque détail qui pourrait échapper à la vigilance des forces de sécurité locales, tente de comprendre par quel endroit l’assassin qu’elle traque pourrait se faufiler, quel lieu pourrait faire l’objet de sa stratégie. Il y a beaucoup à prendre en compte et le temps manque.

                      Elle doit prendre une décision. Et vite.

                      La première lame d’Hivernus se fie autant à son instinct qu’à son expérience. Elle est pratiquement persuadée que son homologue empruntera un chemin qui ne figure pas sur les plans de l’Anneau. Reste désormais à trouver quelle forme ce chemin doit prendre… Et pour cela, Azah Suutrar doit reprendre sa traque.

                      - Unité Spéciale à Centre de contrôle. Le fugitif s’est probablement déporté vers les niveaux de maintenance. Je me rends sur place pour investiguer.

                      « Bien reçu, Unité Spéciale. Plusieurs patrouilles se détachent de leur affectation actuelle pour vous porter assistance. »

                      - C’est noté, Centre de contrôle.

                      La tueuse en série change ensuite de canal de communication, passant sur l’ancienne fréquence utilisée par les forces de sécurité de Kuat. Elle porte son comlink à ses lèvres, un sourire mesquin déchirant son visage.

                      - Je sais que tu écoutes. Je compte bien te traquer jusqu’aux tréfonds de l’Anneau s’il le faut. Cette chasse est amusante mais tu perds l’avantage. Je ne compte pas te laisser la moindre occasion de t’échapper. Anzat en soit témoin, tu n'auras aucune once de répit… Le manque de soupe finira par te monter à la tête et j’aurai alors gagné.

                      L’Anzat marque un léger temps de pause, avant de poursuivre.

                      - Je te laisse une chance de me prouver ce que tu vaux vraiment : un duel qui doit démontrer lequel de nous deux a appris auprès du meilleur professeur sur Anzat. Le vainqueur pourra décider du sort du perdant…

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                      • Ishiro ShinraI Hors-ligne
                        Ishiro ShinraI Hors-ligne
                        Ishiro Shinra
                        a écrit sur dernière édition par
                        #38

                        Je comprends ce qui se passe avant même que les mots ne s’assemblent complètement.

                        Le comlink que j’ai récupéré sur le cadavre d’un agent encore tiède pulse doucement contre ma paume, diffusant ses transmissions à travers la coque métallique comme une vibration intime, presque osseuse, qui remonte le long de mon bras pour se déposer contre ma tempe, là où les signaux deviennent sensations avant de devenir pensée. Les patrouilles cessent d’avancer. Les transmissions se structurent. Les voix deviennent moins nombreuses, plus nettes, plus froides, et dans cet ordre soudain je reconnais immédiatement la signature d’un esprit qui a pris la tête de la chasse.

                        Quelqu’un a repris le contrôle.

                        Je reste immobile dans le couloir technique où je me suis arrêté, coincé entre une batterie de condensateurs industriels et une gaine d’évacuation qui vibre à intervalles réguliers, et je sens dans l’air quelque chose qui n’appartient déjà plus à la simple mécanique d’un quadrillage humain. La pression du dispositif se transforme. Les soldats ne cherchent plus. Ils tiennent. Ils verrouillent. Ils attendent.

                        Et derrière eux, quelqu’un pense.

                        Sa voix l’a confirmé, elle vient d’Anzat.
                        Mais ce n’est pas sa voix qui m’a permis de le comprendre. Je m'en doutais inconsciement.

                        Les pièges que j’ai laissés derrière moi, les traces volontairement imparfaites, les détours, les silences entre deux fausses pistes… tout cela n’était pas seulement destiné aux patrouilles humaines. C’était une manière d’observer la traque elle-même. Une manière de mesurer l’intelligence qui se trouvait derrière les ordres.

                        Un soldat suit une piste.
                        Un officier coordonne des hommes.
                        Un chasseur, lui, lit l’intention.

                        Elle n’a jamais mordu aux évidences.

                        Là où d’autres auraient foncé, elle a contourné. Là où j’ai laissé des indices trop visibles, elle les a ignorés. Là où les patrouilles ont trébuché dans mes pièges, elle s’est arrêtée pour comprendre leur logique.

                        C’est ainsi que je l’ai identifiée.Pas par son nom, mais par sa manière de penser.
                        Et maintenant que sa voix a confirmé ce que mes pièges m’avaient déjà appris, le doute n’existe plus.

                        Je ne suis plus poursuivi par une escouade, je suis traqué par un égal.
                        Je ferme les yeux un instant.
                        Cela signifie que les règles changent.

                        Depuis la cantina, j’ai agi comme un animal encerclé, utilisant l’espace, les hommes et leurs machines comme des obstacles à déplacer, des instruments à détourner, des masses à fatiguer jusqu’à ce que la chasse se dilue dans la confusion.

                        Mais cette méthode ne fonctionne plus,face à elle, chaque trace devient un message.
                        Chaque piège devient une conversation, chaque mort devient une signature.
                        Alors je dois arrêter de parler.

                        Je laisse le comlink retomber doucement contre ma paume.
                        Je pourrais répondre. Je pourrais utiliser l’ancienne fréquence pour lui renvoyer ses propres mots, pour nourrir ce duel qu’elle cherche à provoquer, pour accepter immédiatement la forme qu’elle propose à cette chasse.

                        Mais ce serait une erreur.
                        Elle me parle pour deux raisons.
                        La première est évidente : me pousser à agir.
                        La seconde est plus subtile : me faire réfléchir dans sa direction. Elle veut que je tourne autour d’elle mentalement, que je la laisse devenir le centre de mon espace, que je commence à construire mes décisions en fonction de sa présence.

                        Je refuse, pour le moment.
                        Je vais la rejoindre, mais pas comme elle l’attend.
                        Je dois commencer par effacer ce que je suis devenu dans les dernières heures.

                        La veste beige que j’avais récupérée plus tôt disparaît la première. Je la retire lentement, la retourne entièrement, puis je la découpe en plusieurs morceaux que je disperse dans des conduits secondaires déjà saturés d’odeurs industrielles. Ce n’est plus un leurre. C’est une mue. Une peau que je n’ai plus besoin de porter. Je passe ensuite mes doigts sur mes poignets, mon cou, derrière les oreilles, effaçant méthodiquement tout ce qui peut porter ma signature. L’huile des conduites. La poussière des entrepôts. Le sang séché des combats précédents. Trop d’odeurs, c’est encore une odeur. Je neutralise tout, jusqu’à ce que ma présence se fonde dans celle du réseau technique lui-même.

                        Je ne dois plus laisser de trace.
                        Pas face à elle.

                        Les patrouilles humaines continuent leur travail quelque part dans l’Anneau. Je les entends parfois, lointaines, lourdes, prévisibles. Elles n’ont plus d’importance. Elles ne sont plus qu’un écran sonore, une marée lente qui se déplace sans vraiment comprendre ce qu’elle cherche.
                        La vraie traque commence seulement maintenant.
                        Je progresse plus haut dans les niveaux techniques, loin des axes logistiques principaux et des zones où les soldats concentrent leurs efforts. Je choisis des secteurs de maintenance intermédiaire, des étages sans valeur stratégique immédiate, où l’on ne garde ni docks ni armements, mais seulement des systèmes de redistribution énergétique et des boucles de circulation industrielle.

                        Des endroits vastes, complexes. Parfaits pour quelqu’un qui veut observer sans être observé.

                        Je m’arrête finalement dans un anneau de maintenance circulaire qui entoure un vieux noyau énergétique. Les parois y sont épaisses, parcourues de vibrations constantes. Le bruit ambiant est si dense qu’aucun son isolé ne peut s’en détacher clairement. C’est une mer de métal et d’énergie dans laquelle un mouvement prudent peut disparaître sans effort.

                        Je m’installe là. Pas comme un homme qui prend position, mais comme une présence qui cesse d’exister pour le monde visible.
                        Je m’abaisse lentement, jusqu’à ce que mon corps se confonde presque avec la structure elle-même. Ma respiration ralentit encore. Mon poids se répartit contre la paroi tiède. Je laisse ma température se fondre dans celle du métal. Chaque muscle se relâche jusqu’à ne conserver que la tension nécessaire pour agir.

                        Je n’offre rien, pas un bruit, ni déplacement. pas même l’illusion d’une présence.
                        Et alors le souvenir revient.

                        Anzat.
                        La lumière dure des plaines minérales. Les falaises basaltiques découpées comme des lames dans le ciel pâle. Le vent sec qui balaie la poussière volcanique et laisse sur la peau une sensation de pierre.

                        Je me revois plus jeune, plus rapide, plus impatient.
                        Beaucoup plus impatient

                        La gorge était étroite, creusée dans une pierre noire que le vent avait poli pendant des siècles, et l’air y avait ce goût minéral, presque métallique, qui reste sur la langue lorsque l’on respire trop vite après une course. Au-dessus de moi, les falaises basaltiques découpaient le ciel en lanières pâles, et la lumière froide du matin glissait le long des parois comme si la planète elle-même refusait d’offrir une chaleur véritable à ceux qui y vivaient.
                        Je suivais une piste. Je la suivais avec la certitude orgueilleuse de celui qui croit avoir compris quelque chose d’essentiel.
                        Les empreintes dans la poussière volcanique étaient nettes, dessinées comme des marques dans une cendre sombre encore vierge, chaque pas imprimé avec une précision presque insolente. Une pierre avait été déplacée sur le côté du chemin, laissant une trace claire sur la couche noire du sol, et plus loin une marque de frottement sur la roche signalait l’endroit exact où la proie avait posé la main pour s’équilibrer en descendant la pente.

                        Tout était là, lisible, évident.
                        Je pensais être proche.
                        Je pensais avoir compris la trajectoire, la vitesse, l’hésitation dans la démarche, les pauses nécessaires pour reprendre son souffle. Je pensais sentir presque physiquement la présence de celui que je poursuivais, comme si la poussière elle-même conservait l’écho de sa chaleur.

                        Et dans cette certitude, je commençais déjà à savourer la victoire.

                        Chaque pas que je faisais dans cette gorge étroite me rapprochait de la fin de la chasse, ou du moins c’est ce que je croyais, et je me souviens encore de la manière dont mon cœur battait alors, non pas par fatigue, mais par cette excitation brutale que ressent un prédateur persuadé de tenir enfin la gorge de sa proie.

                        Je m’étais avancé avec assurance.
                        Trop.
                        C’est là que mon maître m’avait frappé. Pas un coup spectaculaire, ni une attaque sauvage destinée à me briser.
                        Un mouvement presque invisible. Je n’avais même pas vu son bras se lever.
                        Il y eut simplement un choc sec contre mon flanc, précis comme une lame courte plantée dans un point vital, et le monde bascula d’un seul coup, la roche noire surgissant devant moi tandis que mes jambes cédaient sans comprendre pourquoi.

                        Je tombai lourdement dans la poussière.

                        L’air quitta mes poumons dans un râle involontaire, comme si quelqu’un avait serré mes côtes dans un étau, et la poussière volcanique se souleva autour de moi en un nuage épais qui s’engouffra immédiatement dans ma bouche, dans mon nez, dans ma gorge, transformant ma respiration en une brûlure sèche.
                        Pendant une seconde, peut-être deux, je ne compris rien.
                        Le monde oscillait encore autour de moi, mes mains cherchant un appui dans la cendre noire, mes poumons essayant de reprendre leur rythme.

                        Puis la colère monta. Une colère jeune et brute.
                        Je me relevai d’un mouvement brusque, les poings déjà serrés, prêt à répondre au coup, prêt à prouver que je n’étais pas l’élève fragile qu’il semblait vouloir voir en moi.
                        Mais lui n’avait pas bougé.
                        Il se tenait à quelques pas seulement, immobile comme une statue taillée dans la même pierre que les falaises autour de nous.
                        Ses bras étaient relâchés le long de son corps, son regard posé sur moi et dans ses yeux il n’y avait rien.
                        Ni colère, ni déception.
                        Ni la moindre trace d’une émotion qui aurait pu ressembler à de la compassion. Seulement cette froideur tranquille qui caractérisait chacune de ses leçons.
                        Une absence totale d’indulgence.

                        « Tu es mort. »

                        Sa voix n’avait pas été forte, elle n’avait pas eu besoin de l’être.
                        Elle était tombée dans la gorge comme une pierre dans un puits.

                        Je m’étais tourné vers la piste.
                        Les empreintes étaient toujours là, parfaites, claires, indiscutables.
                        Je ne comprenais pas.
                        Il avait craché dans la poussière. Un geste bref, presque dédaigneux.

                        « Justement. »

                        Le mot était tombé avec la même sécheresse que le premier.
                        Puis il avait avancé.
                        Sa main s’était refermée brutalement sur le col de ma tunique, et avant même que je puisse protester ou me dégager il m’avait tiré vers l’arrière avec une force qui ne laissait aucune place à la résistance. Mes talons raclaient la pierre noire tandis qu’il me traînait hors de la gorge.
                        Quelques mètres seulement.
                        Mais assez pour que la perspective change. Assez pour que je voie enfin ce que je n’avais pas regardé.
                        Il m’avait poussé contre un rocher sombre qui dominait le passage étroit, une masse de basalte chauffée par le soleil du matin, et il avait posé sa paume contre la surface tiède comme si ce simple contact suffisait à résumer toute la leçon.

                        « Regarde. »

                        Je regardai, et cette fois je vis.
                        La piste descendait bien dans la gorge. Et les empreintes s’enfonçaient dans la poussière noire.
                        La pierre déplacée.
                        La trace sur la roche.
                        Tout conduisait vers le bas.

                        Mais le chasseur n’était jamais passé par là.
                        La vraie position dominait la gorge. Une corniche étroite, invisible depuis le sol, offrait une vue parfaite sur le chemin que j’avais suivi avec tant d’assurance.
                        Un endroit idéal pour attendre. Pour regarder quelqu’un suivre les traces, pour tuer celui qui s’y abandonnerait.
                        Je sentis le poids de l’erreur s’abattre sur moi, mon maître n’avait pas bougé. Sa main restait posée sur la pierre chaude.

                        « Un bon assassin sait créer une piste. »

                        Il laissa le silence s’installer.
                        Le vent s’était levé entre les falaises, soulevant la poussière noire en spirales lentes qui passaient entre nous comme des spectres.
                        Puis sa voix tomba de nouveau, plus froide encore., plus définitive.

                        « Un vrai assassin sait quand arrêter d’en laisser. »

                        Il me regarda longtemps. Si longtemps que je sentis peu à peu la colère se dissoudre en quelque chose de plus lourd. Quelque chose qui ressemblait à une compréhension douloureuse.
                        Alors il ajouta, avec cette dureté calme qui ne cherchait jamais à adoucir ses enseignements :

                        « Quand tu cesses de courir… »>/span>

                        Le vent siffla entre les rochers, ses yeux restaient fixés sur moi.

                        « La chasse change de maître. »>/span>

                        Le souvenir disparaissaît lentement.

                        Je rouvre les yeux, lLa situation est la même.
                        Les traces que j’ai laissées m’ont permis d’identifier celle qui me poursuit et maintenant elles n’ont plus aucune utilité.

                        Le temps s’étire lentement, les minutes deviennent longues, épaisses, presque liquides. Les patrouilles continuent leurs rondes lointaines. Les drones passent parfois au niveau inférieur, leurs capteurs balayant les couloirs avec une régularité presque rassurante. Peu à peu, l’Anneau ralentit sous l’effet du couvre-feu et des secteurs verrouillés. Et dans ce ralentissement, un autre rythme finit par apparaître.

                        Plus discret, plus précis.
                        Quelqu’un se déplace., mais pas comme les soldats ou comme les droïdes.
                        dans cette démarche, chaque mouvement est pesé, chaque pause dure juste assez longtemps pour écouter.
                        Je ne bouge pas. Je n’essaie pas de confirmer ce que je soupçonne déjà.
                        Je laisse simplement le temps passer, comme si j’étais une pièce oubliée dans l’architecture de l’Anneau.

                        Elle a dit que je perdais l’avantage.
                        Peut-être, probablement. Mais un avantage n’existe que tant que l’on accepte de jouer selon les règles de l’autre. Je n’ai plus besoin de courir ni besoin de tuer.
                        Je n’ai plus besoin de prouver quoi que ce soit aux patrouilles humaines qui arpentent ces couloirs. Ce duel n’appartient plus qu’à deux êtres.
                        Deux chasseurs.

                        Deux enfants d’une planète qui enseigne très tôt que la patience est la première des armes.

                        Je laisse encore mon esprit se vider un peu plus, jusqu’à ce qu’il ne reste qu’une chose : l’attention pure, cette sensation particulière qui permet de sentir un changement dans l’air avant même que l’oreille ne le transforme en son.

                        Si elle vient, je le saurai. Pas parce qu’elle fera une erreur.
                        Parce qu’aucun prédateur ne peut totalement cacher son existence à un autre qui attend assez longtemps.

                        Alors je reste là.
                        Immobile.
                        Silencieux.
                        Invisible.

                        Et dans l’ombre dense des structures techniques de l’Anneau, j’attends simplement que la chasse reprenne réellement.

                        sign_ishiro.png

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                        • HivernusH Hors-ligne
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                          #39

                          Le silence de l’assassin parle pour lui. Il refuse l’affrontement parce qu’il sait qu’il n’a pas l’avantage. Azah Suutrar sourit doucement, amusée par cette réaction qu’elle anticipait à moitié. Les Anzati sont des créatures patientes qui aiment observer leur proie avant d’entrer en action. La chasse est excitante parce qu’elle peut durer des jours, des mois, voire même des années entières. La soupe d’une cible hautement convoitée n’en est que meilleure après une belle traque. Il est certain que ce jeune spécimen va chercher à comprendre la nature de la menace qu’elle représente avant de tenter quoi que ce soit à son encontre. Jusqu’à présent, il s’est contenté de pièges improvisés et de leurres insignifiants afin de tester ses capacités. Il a laissé des marques provocatrices à son attention. Et il sait désormais qu’il ne joue pas dans la même catégorie qu’elle.

                          Il va devoir manœuvrer habilement et faire preuve de prudence.

                          Une chose qui lui fait défaut semble-t-il... Et qui lui coûte déjà cher. Car la première lame d’Hivernus a pu observer comment le tueur opère, comment il procède. Il agit par instinct. Un terrible instrument quand il est utilisé à mauvais escient par un assassin incapable de réfrener ses pulsions… Mais un outil précieux pour la belle. Le combat est perdu d’avance pour son congénère et il n’a pas l’air de s’en rendre compte.

                          - Le silence est une arme redoutable entre des mains aguerries… Mais tu manques encore d’expérience. Ton travail est brouillon. Et ton dernier repas ne te gardera pas en vie très longtemps, j’en ai bien peur.

                          Azah Suutrar marque un temps de pause, laissant ses sens divaguer. Elle croit percevoir quelque chose. Une présence. Un trouble. L’écho d’un vide. La tueuse en série se dirige dans cette direction, suivant la piste avec la grâce et la furtivité d’un prédateur traquant une proie vulnérable.

                          - Tu as laissé ta nature primaire prendre le dessus. Tu t’es nourri trop rapidement… Sans prendre en compte la qualité de la soupe de ta victime. Une erreur de jugement qui peut te coûter la vie… Non. Qui va te coûter la vie. C’est un fait.

                          La dernière phrase est empreinte d’un soupçon d’amusement qu’un rire sinistre vient finalement ponctuer. Elle dégaine une lame qu’elle laisse glisser le long d’une paroi. Un cri métallique vient déchirer le silence.

                          - Tu vas mourir ici.

                          Un fait. Une vérité glaçante. Pour autant, entre les lèvres séduisantes de la terrifiante tueuse en série, ces quelques mots peuvent paraître trompeurs… Mais il n’en est rien. Un Anzat doit se montrer exigeant dans ses choix de repas car la “chance” (ou soupe comme elle est plus familièrement appelée) qu’il tire de ses victimes a une certaine consistance qui peut varier en fonction de la présence personnelle et du statut de chaque individu. Les faibles d’esprit et les laquais de bas étage ne sont de fait pas plus rassasiants que des restes de table… Il faudrait au bas mot des dizaines d’entre eux pour subvenir aux besoins d’un Anzat chaque semaine. Hors, le dernier repas de notre assassin actuel laisse à désirer. Un pauvre espion jouant double jeu et pris au piège comme un bleu n’a rien d’une proie de grande valeur.

                          La soupe, ou chance, d’un tel individu calmera peut-être la soif de l’Anzat pour une journée ou deux mais certainement pas plus.

                          De fait, le fugitif va devoir trouver un moyen de se nourrir rapidement et il ne peut clairement pas se permettre de laisser derrière lui autant de cadavres avec une traqueuse aguerrie à ses trousses. Et au vu de la situation actuelle, trouver une source de subsistance digne de ce nom risque de s’avérer difficile. L’Anneau n’est pas un endroit où les belles prises se trouvent en abondance et les quelques individus qui pourraient convenir sont très certainement placés sous haute protection.

                          - Tes options sont limitées… Le déshonneur d’une capture, une fin digne… Ou une mort lente et pénible qui te conduira dans les méandres de la folie. Viens donc m’affronter, assassin. Viens te confronter à ton destin et je te dirai quelle solution est la plus adaptée.

                          La première lame d’Hivernus laisse le silence retomber. Elle impose un choix. Elle attend. Le temps joue en sa faveur et elle le sait.

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                          • Ishiro ShinraI Hors-ligne
                            Ishiro ShinraI Hors-ligne
                            Ishiro Shinra
                            a écrit sur dernière édition par
                            #40

                            La traque change de nature.
                            Je le sens comme on sent l’orage avant que le ciel ne décide de se déchirer.

                            Ce n’est plus une poursuite, ce n’est plus une fuite.
                            C’est une équation instable dont aucun de nous deux ne contrôle encore l’explosion.

                            Je cesse de courir.
                            Pas parce que je suis fatigué, ni parce que je suis acculé, mais parce que courir me rend prévisible, lisible, facile à traquer, et que toute trajectoire trop logique devient un aveu de faiblesse entre les mains de cette chasseresse expérimentée.

                            Mes poumons brûlent pourtant. Chaque inspiration râpe ma gorge comme du verre pilé, saturée d’odeurs métalliques, d’humidité stagnante et de solvants industriels qui collent à la peau comme une seconde pellicule. Je ne peux rien contre la fatigue nerveuse, contre cette tension sourde qui s’accumule dans mes tempes comme une pression prête à rompre, ni contre la faim plus profonde qui commence à creuser mon centre comme une vrille lente.

                            Je pose une main contre la paroi froide d’une conduite principale.
                            Le métal vibre faiblement.
                            Un rythme régulier.

                            Des machines massives tournent quelque part derrière ces murs, indifférentes à la chasse qui se joue entre leurs entrailles, indifférentes à la vie, à la mort, à la peur, à la volonté, indifférentes à nous deux comme une mer l’est aux noyés.

                            Je ferme les yeux une seconde.

                            Et les paroles de Char’Dy remontent, non comme un souvenir tendre, non comme une prière, mais comme un outil brut qu’on sort lorsque tout le reste menace de céder.

                            Il n’y a pas d’émotions, il y a la paix.

                            Mensonge utile.
                            La peur est là.
                            Froide, précise, lucide.

                            Je ne cherche pas à l’éteindre. Je la comprime, je la plie, je la range derrière une cloison mentale comme on enferme une bête dangereuse dans une cage solide. La paix n’est pas l’absence d’émotion. C’est le contrôle absolu de ce qui reste.

                            Il n’y a pas d’ignorance, il y a la connaissance.

                            Je ne sais pas où elle se trouve.
                            Je ne sais pas quand elle frappera.
                            Je ne sais pas ce qu’elle a vu, compris, anticipé.

                            Mais je sais qu’elle est Anzat.
                            Je sais qu’elle a lu mes pièges comme un livre ouvert.
                            Je sais qu’elle n’est pas en train de courir.

                            Connaître ce que je ne sais pas suffit à tracer les contours du danger.

                            Il n’y a pas de passion, il y a la sérénité.

                            Mon corps veut fuir.
                            Frapper.
                            Se nourrir.
                            Mettre fin à cette tension insupportable.

                            Je refuse.

                            La sérénité n’est pas la douceur.
                            C’est l’absence de précipitation.

                            Il n’y a pas de chaos, il y a l’harmonie.

                            Autour de moi, tout semble désordonné : les gouttes tombent du plafond, les vibrations mécaniques, les échos lointains des patrouilles, les pulsations irrégulières de l’éclairage défaillant.

                            Mais sous ce tumulte… un rythme.

                            Je synchronise ma respiration dessus.
                            Inspirer.
                            Suspendre.
                            Expirer.

                            Si quelqu’un écoute, je disparais dans la respiration du lieu lui-même.

                            Il n’y a pas de mort, il y a la Force.

                            Celle-ci, je ne l’ai jamais comprise totalement. La mort reste une fin tangible, brutale, concrète, mais Char’Dy parle d’autre chose : d’une continuité, d’une trace, d’un écho laissé derrière soi dans le tissu du monde.

                            Si je dois mourir ici… quelque chose subsistera.

                            Cette pensée ne me réconforte pas.
                            Mais elle stabilise mon esprit.

                            La Force n’est pas un fleuve pour moi, ni une mer calme comme pour ceux qui la maîtrisent. C’est plutôt une série d’éclairs brefs, violents, incontrôlables, des impressions, des frissons, des certitudes sans explication, comme si quelqu’un frappait parfois sur une cloche invisible et que je n’entendais que l’écho.

                            Et là, dans ce silence mécanique, elle murmure une vérité simple.

                            Je ne suis plus la proie.
                            Je deviens… autre chose.

                            J’abandonne délibérément une piste parfaite.

                            Un chemin évident.
                            Protégé.
                            Rapide.

                            Celui qu’un fugitif rationnel aurait choisi.

                            Je prends l’inverse.
                            Un passage étroit, irrégulier, jonché de débris techniques et d’arêtes tranchantes, un couloir sans issue apparente où la condensation tombe en gouttes lourdes du plafond comme une pluie paresseuse. Mes bottes s’enfoncent dans une boue noire faite de graisse, d’eau stagnante et de poussière métallique.

                            Chaque pas laisse une empreinte claire.

                            Je continue pourtant.

                            Qu’elle voie cela.
                            Qu’elle comprenne.
                            Qu’elle se demande pourquoi.

                            Je ralentis volontairement, assez pour que la fatigue paraisse réelle, assez pour que la trajectoire semble désespérée, assez pour que tout indique un être à bout.

                            Puis, brusquement, je quitte la surface boueuse pour grimper sur une structure latérale, une série de conduites parallèles courant le long du mur. Mes appuis deviennent silencieux, suspendus, presque irréels. La boue continue droit devant… sans moi.

                            Une piste qui ne mène nulle part.
                            Une fuite qui s’arrête dans le vide.

                            Je reste immobile au-dessus d’elle, accroupi comme une créature tapie dans les branches invisibles d’une forêt morte.

                            Respiration lente.
                            Cœur ralenti.
                            Muscles verrouillés.

                            Le temps s’étire.

                            Quelque part, loin derrière, des bruits de bottes, des voix étouffées, des transmissions radio nerveuses. Les unités de sécurité quadrillent encore le secteur.

                            Elles ne sont pas ma menace, juste du bruit.
                            Des proies aveugles jetées dans un labyrinthe qu’elles ne comprennent pas.

                            Elle, en revanche… je ne perçois pas sa présence clairement.
                            Mais je perçois son absence. Un vide étrange, un silence dans le tissu même de la traque.
                            Comme si quelqu’un avançait, là où rien ne devrait bouger.

                            Je quitte mon perchoir sans bruit, glissant dans un autre conduit transversal, plus étroit encore. L’air y est plus chaud, saturé d’électricité statique. Mes doigts effleurent des câbles isolés, tièdes, vibrants. Une odeur d’ozone me picote les sinus.

                            Je m’arrête net.

                            Quelque chose a changé. Pas un bruit. Pas un mouvement.

                            Une sensation.

                            La chasse ne progresse plus vers moi.
                            Elle se redéploye autour.
                            Elle apprend.

                            Un sourire imperceptible étire mes lèvres. Bien.

                            Alors nous allons arrêter de jouer au chat et à la souris.
                            Je retire lentement un pansement ensanglanté de mon avant-bras. La plaie n’est pas grave, mais elle saigne suffisamment pour servir. Je presse la compresse contre une grille d’aération, laissant l’odeur imprégner le métal, puis je la glisse dans le flux d’air aspiré vers les niveaux inférieurs.

                            Une piste mobile, vivante.
                            Impossible à suivre proprement.

                            Ensuite, j’arrache un morceau de tissu de ma manche, y trace une marque à la griffe — nette, assumée — puis je l’abandonne dans un angle éclairé par une lampe de maintenance.

                            Pas caché.
                            Pas dissimulé.

                            Offert, tel un message sans mots qui annonce : Je sais que tu es là.

                            Je reprends ma progression, mais cette fois sans chercher à fuir. Mes déplacements deviennent irréguliers, presque erratiques. Parfois rapides, parfois d’une lenteur exaspérante. Je traverse volontairement des zones ouvertes avant de replonger dans l’obscurité. Je laisse des traces, puis les efface, puis en laisse d’autres, contradictoires.

                            Un puzzle dont aucune pièce ne s’emboîte.

                            Je ne cherche plus à disparaître, je cherche à devenir incompréhensible.

                            Au bout d’un moment, impossible de dire combien de temps, je m’arrête dans une vaste salle technique circulaire. Des colonnes de filtration montent jusqu’au plafond comme les troncs d’une forêt industrielle. Des passerelles métalliques s’entrecroisent à différentes hauteurs, noyées dans des halos de lumière sale.

                            Un endroit parfait pour un affrontement.
                            Ou pour une disparition.

                            Je reste au centre, immobile. La Force vibre faiblement autour de moi, comme une corde tendue prête à rompre. Pas un guide fiable. Pas une protection. Juste… une alerte permanente.

                            Je ferme les yeux.
                            Si elle est aussi douée que je le soupçonne… elle comprendra. Je ne suis plus en fuite. Je prépare quelque chose.

                            Quand je les rouvre, mon regard est calme.
                            Froid.
                            Décidé.

                            Qu’elle vienne.
                            Cette fois, je ne fuis pas. Mais je ne me laisserai pas prendre non plus. Parce que la chasse a cessé d’être une question de vitesse… ou de force. Elle est devenue une question de volonté.
                            Et la mienne, nourrie par la fatigue, la douleur et cette faim sourde qui creuse mon ventre comme une bête enfermée, est désormais plus tranchante que la lame la plus fine.

                            Quoi qu’il advienne ensuite… je ne serai plus jamais la proie. La suite ne ressemble pas à une fuite, elle ne ressemble même plus à une manœuvre tactique.

                            C’est une disparition, pas celle d’un corps, ni celle d’une silhouette mais celle d’une existence traçable. Je quitte la salle technique sans me retourner, abandonnant derrière moi un théâtre entier de signaux contradictoires, d’indices volontairement imparfaits, de pistes trop visibles pour être honnêtes, sachant qu’elle lira tout cela non comme un chaos mais comme une grammaire, une syntaxe de la chasse, et qu’elle cherchera la phrase cachée derrière les mots. Alors je cesse d’écrire.

                            Je ne laisse plus rien.
                            Ni sang.
                            Ni tissu.
                            Ni empreinte.
                            Ni rythme.
                            Même ma respiration change.

                            Char’Dy m’a appris qu’on ne disparaît pas en devenant invisible, mais en cessant d’occuper l’espace mental de son poursuivant, en devenant une variable nulle, une absence mathématique, une équation sans solution.

                            Je ralentis jusqu’à l’immobilité. Puis je repars… différemment. Plus de trajectoire logique. Plus de progression continue.

                            Je glisse dans un conduit de maintenance étroit, couvert d’un isolant poreux qui absorbe les sons et retient la chaleur corporelle, un piège pour les chasseurs novices mais une cache idéale pour qui sait contrôler son métabolisme. Je reste accroupi plusieurs minutes, laissant mon rythme cardiaque retomber jusqu’à devenir presque imperceptible, mes muscles figés dans une tension minimale, mes pensées réduites à un fil unique : survivre.
                            La faim gronde, mais je l’enferme derrière une porte mentale épaisse.

                            Un Anzat affamé pense en ligne droite tandis qu’un Anzat lucide pense en spirale.
                            Je me force à choisir la spirale.

                            Quand je ressors, ce n’est pas dans la direction attendue. Je ne remonte ni vers les niveaux supérieurs, ni vers les zones logistiques, ni vers un point d’extraction évident. Je plonge plus profondément dans les entrailles de l’Anneau, vers les zones où personne ne circule volontairement, là où l’air devient lourd, tiède, saturé d’odeurs anciennes et de vibrations basses que le corps ressent avant même que l’esprit ne les identifie.

                            Un endroit où les sens ordinaires se fatiguent.
                            Un endroit où seule la patience survit.

                            Je retire ma veste extérieure et la retourne, exposant la doublure sombre imprégnée d’odeurs étrangères accumulées lors de déplacements passés : poussière d'endroits lointains, carburants, antiseptiques, fumées anciennes. Je frotte rapidement la surface contre une paroi humide, ajoutant la signature chimique du lieu, puis je l’enfile de nouveau. Plus qu’un camouflage visuel, c'est un camouflage olfactif, thermique, tactile.

                            Ensuite, j’active les techniques les plus fondamentales que mon maître m’a imposées jusqu’à la douleur : relâcher la chaleur inutile, ralentir la circulation périphérique, réduire les micromouvements involontaires, dissoudre la tension musculaire visible sans perdre la capacité d’exploser en action. La Cape de l’Ombre n’est qu’un outil pour les non-sensitifs, face à un autre Anzat, elle ne sert qu’à masquer l’évidence. Ce que je fais maintenant… c’est autre chose, je cesse d’être un corps en mouvement. Je deviens un élément du décor, une aspérité, une variation de température. Un bruit parasite indistinguable des machines.

                            Je progresse ensuite par bonds irréguliers, non pas en distance mais en temps : parfois plusieurs minutes immobiles, parfois une traversée rapide d’un espace ouvert, puis de nouveau l’arrêt complet. Un observateur extérieur jurerait que la zone est vide, puis percevrait une ombre fugace impossible à localiser.

                            Un fantôme n’est pas invisible, il est incohérent.

                            Je passe par une salle de filtration abandonnée où des colonnes cylindriques rouillées forment un dédale serré. Là, je grimpe en hauteur au lieu de contourner, progressant le long des structures verticales pour éviter les zones de passage naturel. Chaque prise est choisie pour ne pas vibrer, chaque déplacement est synchronisé avec les pulsations mécaniques du système pour masquer le moindre frottement.

                            En haut, je reste suspendu plusieurs minutes, observant.
                            Rien, pas de patrouille, pas de drones, pas de présence identifiable.

                            Mais ce n’est pas rassurant.

                            C’est pire. Cela signifie que quelqu’un contrôle la zone sans s’y montrer.

                            Je quitte l’endroit par une ouverture latérale presque invisible et me retrouve dans un corridor étroit parcouru par des câbles épais gainés de polymère sombre. L’électricité statique y crépite doucement, saturant l’air d’une odeur d’ozone et brouillant les capteurs les plus simples.

                            Parfait.

                            Je retire brièvement mon respirateur Naboo de sa poche intérieure, vérifiant son intégrité, ses filtres encore propres, son autonomie suffisante. Le contact du matériau lisse contre mes doigts est étrangement rassurant, comme un rappel tangible que je possède encore des options, encore des couches de survie que mon adversaire ne peut anticiper.

                            Pas encore.

                            Je le remets en place sans l’activer, il ne doit servir qu’au moment critique. Puis je reprends ma progression, plus lente encore, plus diffuse. À un moment, je me glisse dans un espace entre deux cloisons techniques, si étroit que mes épaules frottent le métal des deux côtés. Là, je reste totalement immobile pendant un temps indéterminé, laissant mes sens se recalibrer, laissant mon esprit dériver vers cet état étrange entre veille et sommeil que les Anzati utilisent pour économiser leur énergie sans perdre leur vigilance.

                            C’est dans cet état que je sens quelque chose.
                            Pas une présence, pas une direction une tension.
                            Comme si l’air lui-même attendait.

                            Elle n’est pas loin.
                            Pas assez pour être perçue clairement, mais suffisamment pour que mon instinct se contracte comme un muscle prêt à se déchirer.

                            Je ne bouge pas, bouger serait admettre l’avoir détectée.
                            Au lieu de cela, je laisse mon rythme cardiaque ralentir encore, jusqu’à ce que chaque battement devienne une impulsion isolée dans un silence intérieur total. Ma respiration devient si faible que ma poitrine semble immobile, si elle sonde l’environnement… elle ne trouvera qu’un espace mort.

                            Le temps s’étire encore, puis la tension diminue légèrement. Pas parce qu’elle est partie mais parce qu’elle a changé d’angle. Elle cherche ailleurs, je crois.

                            Bien.

                            Je quitte ma cache sans bruit, me laissant glisser dans un autre passage, plus profond, plus sombre, là où l’éclairage d’urgence ne pénètre même plus. L’obscurité y est presque totale, mais mes yeux se sont adaptés depuis longtemps, et la Force, capricieuse mais présente, dessine parfois les contours du monde comme un éclair lointain.

                            Je ne suis plus en fuite.
                            Je ne suis plus poursuivi.
                            Je suis devenu… introuvable.

                            Et dans cette obscurité dense, saturée d’odeurs métalliques, de chaleur stagnante et de vibrations lointaines, une certitude froide s’impose enfin :
                            Même elle, aurait du mal à me retrouver. Ce n’est pas impossible, ce n’est jamais impossible. Mais tout de même difficile. Et dans une chasse entre deux prédateurs, la difficulté est la première fissure dans l’inévitabilité.

                            Je continue à m’enfoncer dans les profondeurs de l’Anneau, effaçant mon passage non par des artifices visibles mais par l’absence totale de traces, par le refus de toute signature, par une discipline si rigoureuse qu’elle frôle l’inhumain. Disparaître réellement, ce n’est pas quitter un lieu. C’est cesser d’exister dans l’esprit de celui qui vous cherche.

                            Et pour la première fois depuis le début de cette traque… je sens qu’elle pourrait douter. Un doute minuscule, presque imperceptible mais suffisant.

                            Parce que tant que je respire encore… la chasse n’est pas terminée.
                            Mais rester en vie ne suffit plus.

                            Disparaître, ralentir, effacer ma trace, me fondre dans le métal, dans l’huile, dans la poussière et les vibrations de l’Anneau m’a permis de rompre le rythme qu’elle voulait m’imposer, de lui refuser les évidences dont vivent les prédateurs sûrs d’eux, mais je comprends désormais avec une clarté glaciale que cette invisibilité n’est qu’un répit, pas une solution. Un Anzat ne meurt pas seulement d’une lame.

                            Il meurt d’épuisement.
                            De solitude.
                            De faim.

                            Et la faim, elle, ne peut être trompée indéfiniment, elle est là, présente.

                            Pas encore insupportable ni délirante. Mais présente, persistante, logée sous mes côtes comme une bête enfermée qui racle lentement les parois de sa cage. Chaque respiration la réveille un peu plus. Chaque minute passée sans me nourrir la rend plus précise, plus insistante, moins négociable.

                            La soupe de Mynock n’était pas digne. Suffisante pour survivre à court terme, et surtout nécessaire pour les informations que je lui ai soutirées. Mais très insuffisante pour soutenir une traque prolongée face à un prédateur de haut niveau.

                            Je le savais au moment même où je m’étais nourri, je le sens encore davantage maintenant. La chasseresse aussi le sait. C’est là que réside son véritable avantage.
                            Pas sa vitesse, ni son expérience seule. Mais bien sa certitude que le temps travaille pour elle.

                            Je m’arrête un instant dans l’ombre d’un renfoncement technique, laissant mon dos s’appuyer contre une paroi encore tiède. Les machines au-delà diffusent une chaleur constante qui masque ma signature thermique et absorbe les variations mineures de respiration. J’y reste immobile, non pour me reposer, mais pour écouter mon propre corps.
                            Trop de tension, de vigilance, d’énergie dépensée pour rester invisible. Cela ne peut pas durer des jours. Elle le sait et elle compte dessus.
                            Je ferme les yeux brièvement, non pour chercher la paix, mais pour mesurer l’état réel de mes ressources. La Force ne me nourrit pas. Elle ne comble pas ce vide. Elle peut m’aider à agir malgré lui, à le contenir, à le canaliser, mais elle ne supprime pas la nécessité biologique, presque primitive, qui définit mon espèce.

                            La faim est un calendrier, chaque heure qui passe me rapproche d’un point où la prudence deviendra secondaire face à l’instinct.

                            C’est exactement ce qu’elle attend.
                            Mais cette même faim peut aussi devenir un calcul, une fractale compliquée, une équation avec plusieurs inconnues.

                            Si je suis affamé… elle doit envisager que je le devienne dangereux.
                            Un Anzat acculé et affamé n’est pas une proie.
                            C’est une catastrophe imprévisible.

                            Je rouvre les yeux.

                            L’Anneau respire autour de moi comme un organisme immense et inconscient. Des flux d’air circulent dans les conduites, des masses mécaniques oscillent, des vibrations remontent par le sol comme des pulsations profondes. Tout cela continue sans se soucier de notre duel, mais c’est précisément cette indifférence qui crée des angles morts exploitables. Je me remets en mouvement, lentement, en choisissant un itinéraire qui ne mène ni vers une sortie évidente, ni vers un abri confortable, ni vers une zone densément peuplée.

                            Les proies potentielles sont rares ici et celles qui pourraient réellement me sustenter sont sous protection.

                            Je le sais.
                            Elle le sait.
                            Tous les acteurs de cette chasse le savent désormais.

                            Cela crée une tension supplémentaire, invisible mais réelle : plus je tarde à me nourrir, plus les options se réduisent, plus les choix deviennent extrêmes. Je ne dois pas chercher immédiatement une cible. Je dois d’abord comprendre comment elle anticipe ce besoin. Parce qu’elle ne se contente pas de me traquer. Elle pense déjà à ce que je devrai faire pour survivre. C’est là que la pression doit commencer à changer de sens.

                            Jusqu’à présent, elle poursuivait un fugitif.
                            Maintenant, elle attend un affamé. Et attendre est dangereux, on commence à imaginer, à supposer, à construire des scénarios.

                            Je ralentis encore mon rythme, me déplaçant par séquences irrégulières, m’arrêtant parfois longuement dans des zones où rien ne justifie un arrêt tactique évident, reprenant ensuite une progression rapide sur quelques mètres avant de redevenir presque immobile. Non pour brouiller une piste — il n’y en a plus — mais pour casser toute tentative de prédiction.

                            Si elle essaie d’estimer combien de temps je peux tenir… elle doit se tromper.
                            Si elle suppose que je chercherai rapidement une proie… elle doit se tromper.
                            Si elle imagine que je vais me diriger vers les zones où vivent les individus les plus “riches” en soupe… elle doit se tromper aussi.

                            Je ne dois pas agir comme un Anzat affamé, je dois agir comme un Anzat capable d’attendre au-delà du raisonnable. Parce que cela signifie une chose, que je prépare quelque chose d’autre.
                            Une hypothèse plus sombre naît lentement dans mon esprit, froide, désagréable, mais impossible à ignorer. Si aucune proie valable n’est accessible… si toutes les cibles importantes sont protégées… si les zones riches sont surveillées… alors la seule source de soupe réellement significative restante dans cet environnement est… elle.

                            Je n’ai aucune certitude de pouvoir la vaincre, ni aucune illusion sur la difficulté d’un tel acte. Mais l’idée elle-même change la nature de la chasse. Ce n’est plus seulement une fuite. C’est la possibilité d’une inversion totale.

                            Je ne nourris pas cette pensée par arrogance, je l’examine comme on examine une arme dangereuse dont on ignore encore si l’on devra s’en servir. Tuer un autre Anzat est une entreprise extrême, risquée, presque suicidaire face à un adversaire plus expérimenté, mais l’existence même de cette option modifie ma posture mentale.

                            Elle n’est plus simplement la prédatrice, elle peut devenir une variable, une cible théorique. Un risque… réciproque.

                            Je sens la faim réagir à cette idée, non pas avec satisfaction, mais avec une sorte d’attention aiguë, comme si une partie de mon esprit primitif reconnaissait instinctivement la valeur potentielle d’une telle prise. Je l’étouffe immédiatement. Penser trop tôt à la nourriture revient à trahir mon état réel. Je dois rester froid. Calculateur. Fonctionnel.

                            Je continue à avancer, m’enfonçant dans une zone où les installations deviennent plus anciennes, moins entretenues, où les signaux officiels se raréfient et où les infrastructures semblent avoir été modifiées trop de fois pour rester cohérentes. Un labyrinthe organique de métal et de conduites, parfait pour quelqu’un qui ne cherche plus seulement à se cacher, mais à rendre toute cartographie mentale incertaine. La pression ne disparaît pas, elle change lentement de forme. Je ne suis plus seulement un fugitif traqué par une chasseresse expérimentée. Je suis un prédateur affamé qui refuse d’agir comme tel. Et c’est peut-être ce qui la perturbera le plus. Parce que tant que je ne me comporte pas comme une proie affamée… elle ne peut pas prédire quand je le deviendrai vraiment.

                            Dans une chasse entre deux êtres comme nous, l’imprévisibilité n’est pas un luxe. C’est la seule véritable défense.

                            Je poursuis mon avancée dans l’obscurité tiède, le regard stable, la respiration contrôlée, la faim tenue à distance comme une lame rangée dans son fourreau, sachant qu’elle finira par devoir sortir, mais refusant de décider du moment tant que je peux encore choisir. Elle me cherche, très bien. Mais maintenant, elle doit aussi envisager ce que je pourrais faire lorsque je cesserai simplement de survivre… pour redevenir un chasseur. Et dans cet intervalle fragile, incertain, dangereux, où aucun de nous deux ne sait encore lequel cédera le premier à ses propres contraintes… la pression n’appartient plus à elle seule.

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                            • HivernusH Hors-ligne
                              HivernusH Hors-ligne
                              Hivernus
                              a écrit sur dernière édition par Hivernus
                              #41

                              Les heures passent… Le capitaine Rafor fait les cent pas sur la passerelle, passant de console en console pour superviser le travail des matelots placés sous ses ordres. Il observe. Il écoute. Il s’informe sur la situation. Les agents du seigneur Hivernus travaillent désormais main dans la main avec les autorités locales. Quelques fugitifs donnent encore du fil à retordre aux forces de sécurité mais la situation semble être à présent sous contrôle. Ou presque… Car si l’officier a bien appris quelque chose au cours de sa carrière, c’est qu’il ne vaut jamais s’avouer vainqueur et prendre la confiance trop rapidement. Rien n’est jamais acquis et le moindre petit élément perturbateur peut venir changer le cours des choses. Il faut donc rester vigilant, ne jamais relâcher sa garde. Et c’est pour cette raison que Rafor garde un œil attentif sur les écrans.

                              Au milieu du brouhaha de la passerelle, un chuintement discret vient bientôt attirer l’attention du capitaine. Le militaire se tourne vers l'ascenseur pour accueillir l’agent Maurra, qui revient tout juste de l’Anneau. La jeune femme se poste devant l’officier, mains croisées dans le dos et sourire étrange au bout des lèvres. Rafor sent son corps frémir. Un frisson intense le parcourt de haut en bas. Il ne l’avouera jamais publiquement mais les lames d’Hivernus, ces assassins et espions qui œuvrent pour le compte du Chiss dans l’ombre, déclenchent en lui un sentiment d’insécurité qu’il ne parvient jamais à réprimer complètement. Il faut dire qu’il a pu les voir en action plus d’une fois… Et lorsque ces donzelles sortent des ténèbres pour frapper, les cadavres s'amoncellent rapidement.

                              L’homme attend donc que la jeune femme fasse son rapport, guettant du coin de l’oeil ses moindres faits et gestes.

                              - Capitaine… Vous pouvez informer le seigneur Hivernus que nous avons pu sécuriser de nombreux éléments de réponse sur les lieux de l’attaque et dans les environs. Nous nous apprêtons à consigner les preuves avant de les faire analyser.

                              - De l’excellent travail, agent. Je suis certain que le seigneur Hivernus sera satisfait par vos résultats. Dois-je lui transmettre un message spécifique ?

                              - Dites-lui que nous avons pu récupérer les corps des mystérieux assaillants et de leurs victimes, que nous avons retrouvé du matériel militaire sophistiqué, quelques documents et objets intéressants… Que nous avons transféré nos découvertes sur le “Poing de Pandore” et que la République n’aura au mieux que des miettes à étudier pour se consoler.

                              - Compris.

                              Maurra gratifie le capitaine d’un signe de tête nonchalant puis s’éloigne pour reprendre ses sinistres activités. Rafor esquisse l’ombre d’un sourire, soulagé… Et amusé. Il imagine déjà la tête des agents des renseignements républicains quand ils verront qu’ils n’ont rien à se mettre sous la dent. Un enseigne quitte des yeux sa console pour informer son supérieur d'une nouvelle qu'on lui a soufflé dans les oreilles.

                              - Capitaine… Le seigneur Hivernus nous informe qu’il a enfin obtenu le droit de déployer ses troupes dans l’ensemble du système Kuat. Il souhaite que nous commencions les manœuvres dès à présent.

                              - Entendu. Alertez les chefs de bataillons. Qu’ils se préparent à débarquer sur l’Anneau. Transmettez un message au commandement kuati. Informez leur état-major que nous nous apprêtons à envoyer du renfort à leurs hommes et qu’ils peuvent s’attendre à une collaboration complète de notre part. Nous sommes là pour les soutenir, pas pour les commander.

                              - A vos ordres, capitaine.

                              Les bonnes nouvelles s’enchaînent, semble-t-il. Le sourire de l’officier prend de l'ampleur, vient à présent illuminer son visage afin de lui donner un petit air satisfait. Oh oui… Il peut voir la mine déconfite des républicains, sentir d’ici la rage qu’ils ressentent probablement en cet instant précis. Ils doivent s’arracher les cheveux et maudire leurs supérieurs.


                              La chasse dure depuis des heures maintenant. Elle s’éternise. Malgré les provocations et les offres, le tueur refuse toujours le combat. Il apparaît évident qu’il préfère se laisser mourir plutôt que d’affronter son courroux. Aurait-il peur ? Ou cherche-t-il désespérément une issue de secours ? Peut-être s’estime t-il tout simplement supérieur, que sa fierté l’empêche d’envisager la possibilité même d’un échec. Possible…

                              La première lame d’Hivernus continue donc sa traque, en recherche d’indices, de pistes à suivre. Le mystérieux assassin qu’elle poursuit semble perdre en cohérence. Il tente toujours de la semer en la menant vers des culs de sac et des chemins trop évidents à surveiller. Il marque des temps d’arrêt, revient sur ses pas, change brusquement de direction. Il laisse des indices contradictoires, des marques évidentes de son passage. Curieux. Etonnant. Essaie-t-il de la rendre confuse, de la perdre dans un enchevêtrement d’informations inutiles ? C’est à présent certain. L’Anzat sait qu’elle peut lire en lui comme dans un livre ouvert et il souhaite à présent rendre ses intentions moins claires. Malin…

                              Azah Suutrar se contente donc d’ignorer les différentes pistes pour se concentrer sur l’essentiel. Lui. Sa présence. Sa forme. Elle peut le sentir au travers des murs. Il fait tout pour se dérober à sa vue. Il tente d’endormir ses sens, de tromper sa vigilance. Il se montre astucieux en cela… Et la terrible tueuse en série admet avoir bien du mal à le localiser avec précision. Mais elle sait qu’il est là. Elle le sent. Et il finira par se trahir.

                              Car il n’est qu’un petit rongeur qui se fait la malle dans les murs pour échapper aux prédateurs. Mais il fait du bruit… Et surtout, comme tout petit animal qu’il est, il aura besoin à un moment ou à un autre de sortir de sa cachette pour se nourrir.

                              La première des lames s’enfonce dans les profondeurs de l’Anneau, là où les sections de maintenance apparaissent plus anciennes, où les tâches d’huile et de rouille ont quelque chose d’antique. Elle sait qu’il se cache là. Qu’il attend. Elle erre dans les couloirs, passe de salle en salle, de niveau en niveau. L’Anzat étudie ce nouveau terrain de jeu avec beaucoup d’intérêt. L’autre ne laisse plus aucune trace à présent. Il est un fantôme. Il change encore une fois de stratégie mais conserve toujours l’attitude d’une proie. Étrange. Déroutant. Décevant même.

                              Azah Suutrar a soif d'action. Elle aimerait se confronter à un pair, mesurer son talent face à un autre assassin originaire de la nébuleuse Anzat. Mais il semblerait que ce curieux spécimen n’ait ni la volonté ni les qualités requises pour un tel combat. Est-il lâche ? Attend t-il simplement son heure ? Impossible à dire. L’Anzat poursuit ses déambulations dans ce labyrinthe de couloirs, de conduites et de salles de maintenance que le fugitif s’est choisi pour repaire. Elle étudie la configuration des lieux, les endroits propices aux embuscades, les cachettes potentielles, les points de fuite possibles… Trop nombreux pour être comptés. C’est là un royaume idéal pour un tueur qui souhaite se faire discret.

                              La première lame d’Hivernus tombe finalement sur une sorte de salle de contrôle annexe depuis laquelle elle peut surveiller l’ensemble des activités dans ce secteur à l’abandon. Caméras de surveillance, capteurs de chaleur, panneaux de commandes, plan holographique de la zone… Tout y est. L’endroit parfait pour attendre que l’autre se dévoile enfin. S’il daigne se montrer un jour. Le comlink de la belle se met à bipper alors qu’elle effectue des réparations sommaires sur quelques consoles en mauvais état.

                              - Ici Suutrar, j’écoute.

                              - Dame Suutrar… Le seigneur Hivernus a obtenu l’autorisation de déployer ses troupes sur l’Anneau. Souhaitez-vous une quelconque assistance dans vos recherches ?

                              Enfin… Le seigneur Hivernus a eu ce qu’il voulait.

                              - Déployez deux escouades de légionnaires dans le secteur de maintenance 18-C-2. Configuration de chasse : Delta-six. Équipement de traque contre les profils dangereux requis. Qu’ils rejoignent ma position actuelle.

                              - Entendu. Les renforts sont en route, dame Suutrar.

                              Un sourire carnassier vient fendre les lèvres de l’Anzat. Elle a formé personnellement les soldats de la légion Anooba. Ce sont de parfaits combattants et de fins limiers. Avec deux dizaines de guerriers parfaitement entraînés pour la traque et le combat au corps-à-corps, équipés de lames empoisonnées, de boucliers de mêlée dérivés de ceux utilisés par les Mandaloriens du temps de leurs terribles croisades et de casques dotés d’un champ à impulsion électrique empêchant les suggestions mentales, la tueuse en série s’offre un avantage certain. Il ne reste plus qu’à attendre. Encore… Toujours.

                              Par chance, la première lame d’Hivernus ne manque pas de patience. C’est là le premier atout d’un chasseur.

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                              • Ishiro ShinraI Hors-ligne
                                Ishiro ShinraI Hors-ligne
                                Ishiro Shinra
                                a écrit sur dernière édition par
                                #42

                                La traque ne s’est jamais perdue, elle s’est condensée, lentement, inexorablement, comme une pression invisible qui s’accumule sans jamais se relâcher, jusqu’à ce que la matière elle-même finisse par céder sous son propre poids, incapable de supporter plus longtemps ce qui s’exerce sur elle, et tout ce qui semblait chaotique, dispersé, instable, n’était en réalité qu’une contraction progressive du réel, une réduction méthodique de l’espace, une manière d’éliminer tout ce qui ne comptait pas jusqu’à ne laisser subsister qu’un seul point de convergence.

                                Elle.
                                Une Anzat qui me traque.

                                Et plus j’avance, plus une certitude s’impose, non pas comme une pensée formulée, mais comme une évidence qui s’ancre lentement : si elle est ici, si elle a traversé ces couches successives d’illusions, de silences et de contradictions, ce n’est pas simplement parce qu’elle m’a suivi.

                                C’est parce qu’elle a accepté de venir.

                                Chaque détour, chaque silence, chaque trace laissée puis effacée n’était ni une fuite, ni une erreur, ni une hésitation dictée par la peur, mais une sélection progressive, un filtrage, une construction lente et rigoureuse, une manière de découper l’Anneau lui-même en couches successives, d’écarter les zones de passage, d’éviter les flux, de contourner les regards, d’abandonner les lieux vivants pour m’enfoncer volontairement dans ce qui ne sert plus à rien, jusqu’à ce que l’espace cesse d’être un refuge pour devenir une contrainte.

                                Je ne cherchais pas à disparaître, mais à réduire le monde lui-même, à en éliminer les variables, à en écraser les possibilités jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un espace contrôlable, compréhensible… et mortel.

                                Parce qu’un Anzat ne chasse pas dans la foule, il y survit, il s’y adapte, mais il tue dans le vide, là où rien ne vient perturber la décision, là où chaque mouvement existe pleinement, sans interférence.

                                Les profondeurs de l’Anneau respirent comme un organisme ancien, saturé de fatigue, d’huile et de chaleur stagnante, les conduites suintent lentement, les parois vibrent à des fréquences irrégulières, les flux d’air se croisent sans logique apparente, transportant des odeurs contradictoires, des signatures qui se superposent, se contaminent, se déforment, jusqu’à rendre toute lecture instable, et ce chaos, que d’autres subissent, devient ici une matière que je façonne.

                                Je ne m’y cache pas.
                                Je l’habite.

                                Chaque variation de température, chaque écho déformé, chaque point mort, chaque incohérence devient une donnée, un repère, une possibilité, et lorsque j’ai laissé des traces, lorsque j’ai feint l’erreur, lorsque j’ai donné l’illusion du désordre, ce n’était pas pour la perdre, car elle ne se perd pas, mais pour la mesurer, pour observer comment elle lit, comment elle élimine, comment elle choisit ce qui mérite d’exister.

                                Et elle a répondu comme prévu.
                                Elle a ignoré le bruit, traversé les pièges, rejeté les évidences, cherché non pas une direction mais une cohérence.

                                Alors je lui ai offert un espace où la cohérence n’existe plus.

                                Cette salle.

                                Les colonnes de filtration s’élèvent comme les restes d’une architecture oubliée, les passerelles suspendues tracent des lignes brisées dans l’espace, certaines encore solides, d’autres instables, d’autres prêtes à céder sous la mauvaise contrainte, tandis que l’air lui-même devient incertain, saturé de flux contradictoires, de chaleurs mouvantes, d’odeurs déplacées, transformant chaque perception en hypothèse.

                                Un lieu où même un Anzat doit choisir ce qu’il accepte de croire.

                                Je suis là depuis longtemps.
                                Bien avant qu’elle ne comprenne.

                                Parce que cet endroit n’est pas un hasard.
                                C’est une conclusion.

                                Je ne suis pas caché.
                                Je suis intégré.

                                Mon corps épouse la structure, mes appuis suivent les vibrations, mon souffle se dissout dans le rythme du lieu jusqu’à disparaître non pas visuellement, mais logiquement, comme une variable que l’on cesse de prendre en compte.

                                Et lorsqu’elle entre, lorsqu’elle s’installe, lorsqu’elle pense avoir atteint le point d’attente…
                                quelque chose s’est déjà refermé.

                                Pas autour d’elle.
                                Sur elle.

                                Chaque pas qui l’a menée ici a été validé, chaque décision qu’elle a prise a été anticipée, chaque refus de suivre une fausse piste l’a rapprochée de la seule qui comptait réellement, et à mesure que le monde disparaît autour d’elle, une pression plus subtile prend sa place, une anomalie difficile à nommer, une impression que les distances ne sont plus fiables, que les sons ne voyagent plus correctement, que les odeurs mentent.

                                Elle ne perd pas le contrôle.
                                Mais elle doit choisir ce qu’elle croit.

                                Et ce choix…
                                est déjà une ouverture.

                                Un bruit surgit alors, léger, métallique, sec, parfaitement intégré à l’ensemble, une contrainte qui cède comme elle aurait pu le faire naturellement, sans urgence, sans violence, non pas un piège visible mais un déclencheur discret, l’activation silencieuse d’un système déjà en place.

                                Mais ce n’est pas ce bruit qui compte.
                                C’est ce qu’il déplace.

                                Parce qu’au moment où son attention glisse, même brièvement, même sans erreur, quelque chose en elle accepte une variation, une infime déviation dans sa lecture du monde, et c’est suffisant pour que tout le reste s’aligne.

                                L’espace ne se referme pas sur elle brutalement, il se réorganise, lentement, logiquement, inévitablement, comme si chaque élément cessait d’être indépendant pour répondre à une seule dynamique.

                                La sienne.
                                Sa position.
                                Son poids.
                                Ses choix.

                                Chaque appui qu’elle prend, chaque micro-ajustement, chaque correction participe à une redistribution des tensions invisibles qui parcourent la structure, et sans qu’elle ne le perçoive encore pleinement, elle cesse d’être une observatrice du lieu pour en devenir une composante active.

                                Une variable.

                                Je lâche prise au moment exact où tout converge, dans une simultanéité brutale où la structure cesse d’être stable, la passerelle se tord sous des contraintes accumulées, l’espace perd sa cohérence, l’air change de direction, les vibrations se répercutent dans des angles impossibles, et les repères qu’elle utilise se fragmentent.

                                Et dans cette rupture, je suis déjà là.

                                Présent.
                                À l’endroit précis où sa certitude tente de se reconstruire.

                                La Force traverse mon corps comme une surcharge, brutale, imprécise, douloureuse, amplifiant chaque perception jusqu’à la saturation, et derrière elle, plus profonde, plus sourde, la faim gronde, cherchant à pousser plus loin, à frapper plus fort, à rester… et c’est précisément contre cette impulsion que je dois lutter.

                                Je frappe.

                                Pas comme un prédateur dominant.
                                Comme une nécessité.

                                Un point.
                                Un instant.
                                Une structure vivante dans un espace qui ne lui appartient plus.

                                Et au moment de l’impact, quelque chose résiste.

                                Infime.
                                Presque imperceptible.
                                Mais suffisant.

                                Suffisant pour rappeler une vérité essentielle : elle n’est pas désorientée, elle n’est pas dépassée, elle est en train d’apprendre, et si je reste une fraction de seconde de trop, si je m’attarde, si je cède à cette impulsion…
                                le piège pourrait se refermer sur moi.

                                Alors je disparais.

                                Immédiatement.
                                Sans transition.
                                Sans regard.
                                Sans confirmation.

                                Parce que le piège n’était pas l’impact.
                                Le piège…
                                c’était l’instant.

                                Et lorsque le chaos retombe, lorsque les structures cessent de hurler, lorsque l’air retrouve une stabilité trompeuse, il ne reste plus qu’une chose.

                                La compréhension.

                                Lentement.
                                Inévitablement.

                                Que ce qui s’est produit n’était pas une réaction.
                                Ni une opportunité.
                                Mais une construction.

                                Et c’est seulement là que la vérité peut exister pleinement.

                                Je ne suis pas celui qui a été acculé dans ces profondeurs.
                                Je suis celui qui a choisi l’endroit où la chasse devait se jouer.

                                Parce que je suis Anzat.

                                Et qu’un Anzat ne fuit pas.

                                Il prépare.
                                Il observe.
                                Il réduit.
                                Puis il choisit.

                                Et lorsque ce moment arrive…
                                la traque change de nature.

                                Parce que désormais, elle sait.

                                Elle n’a jamais poursuivi une proie.
                                Elle a suivi un prédateur.

                                Et cette prise de conscience ne la fragilise pas, elle la rend plus dangereuse, plus précise, plus attentive, mais elle introduit aussi quelque chose d’autre, plus discret, plus profond, une incertitude nouvelle qui s’insinue là où il n’y avait que de la certitude.

                                Parce qu’elle doit maintenant envisager une possibilité qu’elle n’avait pas pleinement intégrée.

                                Qu’elle n’a jamais contrôlé le rythme.
                                Qu’elle n’a jamais contrôlé la direction.

                                Et que depuis le moment où elle a décidé de me suivre…
                                elle avançait déjà dans quelque chose qui n’était pas entièrement le sien.

                                Et dans une chasse entre deux Anzati, ce n’est ni la peur, ni la fatigue, ni même la force qui décide de l’issue.

                                C’est cette fissure presque invisible qui s’ouvre dans l’esprit, ce moment où la lecture du monde cesse d’être fiable, où chaque décision doit être réévaluée, où chaque certitude devient suspecte.

                                Et certaines fissures…
                                ne se referment jamais.

                                sign_ishiro.png

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