Une journée ordinaire
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Post n°16
Auteur : Arnon VeralAlors que je me plongeais dans une dernière relecture avant de terminer ma journée, mon assistante m’appela. Je fus surpris qu’elle fut encore là, il était tard et sans doute avait-elle été dérangée alors qu’elle-même rangeait ses affaires. Alors que je m’attendais à l’appel d’un client ou à un problème interne qu’un de mes collaborateurs n’aurait pas réussi à régler, on m’indiqua qu’un droïde 3PO voulait me délivrer un message gouvernemental. Je lui demandais alors de bien vouloir m’envoyer le droïde. Que pouvait bien me vouloir le gouvernement ? S’agissait-il du gouvernement local de Raxus Secundus ou de la CSI ? J’allais bientôt le découvrir, mais c’est dans un long soupir que je rangeai mes documents et éteignais mon ordinateur. Il était tard et une intuition me disait que je ne pourrais pas profiter de ma soirée. J’aurais été malhonnête en affirmant que cela était une réelle surprise, j’avais mis le doigt dans l’engrenage politique, qu’il soit local ou Confédéré, et désormais je n’avais plus le choix, je devais me plier aux ordres.
Le cliquetis métallique et la démarche dégingandée, presque boiteuse, d’un droïde 3PO qui n’était pas de première jeunesse m’indiquèrent que mon interlocuteur était arrivé. Le robot m’observa, son visage figé dans une expression presque guillerette. Ces droïdes étaient étranges, je m’étais toujours demandé ce qu’avait eu en tête leur concepteur. Ils étaient d’apparence humanoïde certes, mais leurs traits tirés et leur apparence bien trop métallique pouvaient interroger…Comment pouvait-on trouver ces machines sympathiques ou avenantes ? Dans un basic raffiné, sa voix synthétique déclama son message. Je portais ma main en me frottant le menton. C’était bien ce que je redoutais, il s’agissait bien d’une mission en rapport avec le DSP. Si des mois s’étaient bien écoulés depuis ma dernière interaction avec l’infâme Vasburg, je savais que mes rapports étaient lus, car je recevais les notifications. Avais-je été repéré ? Avais-je tout simplement réussi une sorte de test ? Je devais le reconnaître, les méthodes de la CSI ne m’enchantaient guère, mais Vasburg avait été claire, elle se doutait bien de quelque chose de concernant et je n’avais pas eu d’autre choix que d’embrasser leur cause. Au fond, surveiller et écrire des rapports, c’était ce qui m’avait sorti de l’usine et qui m’avait permis d’emprunter l’ascenseur social…Un ascenseur qui à défaut de m’avoir permis d’atteindre les sommets m’avait fait rejoindre l’enfer.
Je fronçais les sourcils à l’évocation d’un attentat contre Dae’Mid. Si je le connaissais moins bien que son adjointe Osso, j’avais rencontré le vieux haut-fonctionnaire à plusieurs reprises lorsqu’il avait reçu les représentants du monde agronomique sur Raxus Secundus. Il s’était toujours montré charmant, sa langue sucrée prononçait des paroles mielleuse…Un politicien habile qui savait se montrer extrêmement sympathique mais qui n’en faisait qu’à sa tête. Dae’Mid était très différent d’Osso, probablement car il était plus âgé et avait une plus grande expérience. Malgré ces travers, Dae’Mid avait toujours eu bonne réputation, c’était un homme sage et efficace et j’en venais à me demander qui aurait pu lui en vouloir au point d’attenter à sa vie ? L’option d’un conventicule à la solde de nos ennemis -au combien nombreux- n’était pas à exclure. Mais pourquoi s’en prendre à cet homme ? J’étais forcé de constater que je ne connaissais pas si bien Dae’Mid et que ses nouvelles fonctions avaient sans doute pu lui attirer un bon nombre d’ennemis. Après tout, le système politique de la CSI imposait des édiles Confédérés, ce qui était parfois mal vu dans certains mondes qui voulaient plus d’indépendance. J’ignorais totalement quels pouvaient être les problèmes locaux rencontrés par les fonctionnaires sur Cato Neimoidia. Remerciant le droïde, je lui demandais quelques minutes pour rassembler mes affaires et préparer mon départ. Ce dernier s’éclipsa.
Rassemblant mes affaires, je laissais un mot pour mes collaborateurs et prévenais mon assistante que j’allais devoir m’absenter. La partition avait été répétée plusieurs fois, mes fonctions gouvernementales comme conseiller officieux d’Osso me laissaient les coudées franches pour m’absenter sans avoir à trop me justifier. Ouvrant la porte de mon coffre-fort, je me saisissais d’un sac qui contenait mon uniforme et quelques affaires de rechange. Je m’élançais donc dans le couloir, suivant le droïde dont la mémoire avait déjà été effacée concernant la conversation.
A l’extérieur, je hélai le taxi que j’avais fait appeler et le droïde et moi nous dirigions vers l’astroport auquel il avait fait affréter un navette spécialement pour moi. A l’intérieur, j’évitais de me positionner trop proche du module de sauvetage…Réflexe hérité de ma dernière mission. -
Post n°17
Auteur : Arnon VeralJ’avais fait un voyage plutôt long et pénible. Ma négociation avec Kalnietis sur la libération d’Ana Cynn s’était plutôt bien passée. Très courtois, le mafieux avait ardemment défendu ses positions et tout en restant aimable avait exigé un prix très élevé : au fond, pas vraiment de surprise à ce qu’il me permette de partir avec Cynn, cette dernière était en bout de course, bientôt il ne pourrait plus rien en tirer. Il avait simplement profité pour augmenter les marges dans un dernier coup d’éclat. J’avais bien évidemment payé, étant moi-même suffisamment riche pour me le permettre par mes activités commerciales. Le voyage avait été pénible, Cynn divaguait à cause du manque et j’avais chargé mon droïde de s’occuper d’elle. Une fois sur Raxus, je l’avais conduite à un des locaux que je louais et qui était vacants. J’avais fait venir des infirmiers pour qu’ils s’occupent d’elle et trouvent un traitement de substitution pour qu’elle ne souffre pas trop des effets de manque. Je décidai de m’occuper de Cynn plus tard, j’avais bien d’autres choses à faire.
J’avais fait appeler Juan, un des employés, pour qu’il vienne me chercher dans Raxulon avec un des véhicule de l’entreprise. Nous avions traversé la banlieue pour arriver à AgroChrome. Une fois à l’intérieur, même si je ne m’étais absenté que deux jours, je pus constater le soulagement de Stacy qui semblait maintenant exagérément soucieuse pour ma santé. Ramenant une boîte de chocolats et de friandises de mon voyage d’affaire, j’avais attiré les employés qui profitaient de m’avoir sous la main pour me faire part de leurs doléances. Elles étaient nombreuses : clients ayant appelé pour avoir des retours sur un dossier épineux, décisions à prendre, formalités administratives. Je n’avais pas rattrapé tout mon retard depuis mon décès présumé et les clients qui maintenant savaient que j’étais bien vivant m’inondaient de messages. Je m’approchais de Stacy qui était resté derrière le bureau d’accueil pour chercher quelque chose dans le courrier, elle me tendit une enveloppe cartonnée qui avait le sceau de la préfecture.
-Vous avez reçu cela pendant votre absence. Comme il y a l’entête de la préfecture, j’ai pensé que c’était plus important que le reste.
Je remerciais Stacy qui avait souvent tendance à trop en faire et à trop s’inquiéter, je ne voulais pas qu’elle se perde dans de nouvelles élucubrations. La réception d’une telle lettre devait déjà avoir mis le feu aux poudres des ragots qui parcouraient l’entreprise. Je prenais ensuite la longue liste de messages et d’appels qu’elle avait reçu, tout en prenant le temps de discuter avec mes employés et en leur présentant mon nouveau droïde de protocole qui serait très utile au sein de l’entreprise. Une fois cela terminé, je me saisissais de mon sac dans lequel j’avais plié mon uniforme et je rejoignais mon bureau. Cette petite pièce, avec une étagère et une bibliothèque à mon dos, avait quelque chose de rassurant, je me sentais en sécurité ici, au fin fond des locaux d’AgroChrome, c’était mon espace personnalisé. Je jetais également un coup d’œil au coffre-fort qui se trouvait à côté de mon bureau, ce dernier contenait mes seuls effets de valeur.
M’asseyant sur le siège de cuir, face au bureau en bois massif, je soupirais, me massant le visage. Les quarante-huit dernières heures avaient été éprouvantes et penser à tout le travail que j’allais devoir abattre afin de pouvoir rattraper mes absences me déprimait encore plus. Séquentiellement, j’organisais sur mon bureau les différentes requêtes. Je passais les coups de téléphone les plus urgents, signais les documents qui ne pouvaient pas attendre et me plongeais dans les dossiers qui nécessitaient mon expertise ou mon avis. Je terminais une première série en fin d’après-midi, appelant Stacy pour qu’elle puisse disposer des documents qui devraient être envoyés à la Préfecture, aux autorités compétentes de régulation ou aux clients qui avaient demandé des expertises ou des études sur leurs propres cas. Je me demandais si nous ne devrions pas recruter encore, au moins afin de pouvoir avoir de l’aide avec les clients qui se multipliaient. Ces nouveaux clients avaient d’ailleurs toujours les mêmes requêtes : des requêtes administratives et légales, ils cherchaient à exister et à avoir une assistance dans un marché Raxien de plus en plus gangréné et bloqué par les procédures administratives de la Confédération. Il était vrai que la CSI avait durci ses directives, dans un objectif de contrôler les productions. Le système devenait de plus en plus autoritaire et c’était toujours sous couvert du bien.
Une heure plus tard, je me rendis compte que je n’avais pas ouvert la lettre de la Préfecture. Me saisissant de mon coupe papier, je décachetais soigneusement l’enveloppe. Le faire-part était de qualité, la calligraphie soignée et une partie était écrite à la main. C’était une invitation personnelle de la Sous-Préfète. L’évènement aurait lieu quelques jours plus tard et semblait particulièrement prestigieux :
Préfecture de Raxus Secundus,
Madame la Sous-Préfète Leiel Osso,
A le plaisir de vous inviter à l’inauguration du nouvel Arboretum Xenobiologique de Raxulon, le 16 Zhellday melona à 11h20.
Heureuse de vous compter parmi les vivants !
Leiel Osso
A cet instant, je vous mentirais si j’affirmais que je n’avais pas été heureux en lisant cela. La Sous-Préfète m’invitait personnellement à venir à une inauguration : les dirigeants d’autres entreprises auraient tué père et mère pour avoir ce type d’invitation personnelle. En effet, en général les politiciens faisaient très attention à ne pas donner des impressions de collusion, c’était pour cela qu’il n’invitaient les chefs d’entreprise que lors des délégations ou dans des endroits très privés. J’avais pendant des années cherché à me rapprocher de l’administration de Dae’Mid sans succès, et voilà qu’Osso m’invitait personnellement, signant avec son nom et son prénom. C’était une aubaine que j’aurais eu tort de ne pas saisir. Je n’y voyais pas encore clair dans les projets d’Osso, mais elle semblait avoir des aspirations plutôt souverainistes, ce qui était relativement iconoclaste au sein de la CSI, surtout pour un monde mineur comme Raxus Secundus. On parlait d’ouverture de structures militaires et de lois locales sur l’agriculture et les marchés extérieurs. Beaucoup avaient moqué son jeune âge lorsqu’elle était arrivée au pouvoir, mais Osso avait été longtemps au sein de l’administration Dae’Mid, il n’y avait donc aucune surprise à ce qu’elle se révèle redoutable et efficace sur les questions techniques. La plupart des politiciens idéalistes finissaient par se heurter à leur mauvaise connaissance du terrain et des leviers politiques et économiques, mais Osso semblait être une technicienne hors-pair, capable de prendre des décisions tant sur la politique économique qu’agricole ou sur la sécurité. Pour l’instant, il était bien trop tôt pour juger son action et savoir si elle aurait la profondeur pour durer, mais elle semblait être capable de ménager la chèvre et le chou puisque ni la population, ni la CSI ne l’avait cloué au pilori. Sans doute jouait-elle sur les dissentions qui existaient entre ces deux groupes, les manifestations s’étaient en effet multipliées sur Raxus Secundus pour protester contre les directives de plus en plus strictes de la CSI et de l’autre côté, la CSI urgeait les responsables locaux à prendre leurs responsabilités. Il était très probable que Leiel Osso essaie de satisfaire les deux partis : donner de la souveraineté à Raxus Secundus tout en imposant les agendas principaux de la CSI. C’était intelligent, mais pour l’instant, nous ne pouvions rien conclure. J’avais encore un peu de temps pour me préparer, la date était quatre jours plus tard.
Je saisis un papier à lettre de mon côté, et de ma plus belle écriture, je rédigeais la réponse comme le voulait la convenance. Saisissant mon encrier, je la remerciais de son invitation et informais que je me joindrais avec plaisir à l’évènement. Signant, je laissais l’encre noire sécher avant de replier soigneusement la feuille de papier et de la replier dans l’enveloppe maintenant cachetée. Je demandais à Stacy de faire parvenir ma lettre par coursier à la Sous-Préfecture, la feuille comme l’enveloppe étaient d’une qualité exceptionnelle. J’avais déjà une idée de ce que je porterais : un costume complet vert avec veston croisé, cravate autour du col d’une chemise blanche et mocassins de cuir. Je rajouterai une pochette de soie aux motifs brodés. L’étiquette serait importante, mais pour l’instant, je devais me concentrer sur mon travail en retard.
Dix ans auparavant, bordure extérieure,
Nous avions fait le tour du propriétaire des usines et Cigella avait été horrifiée par l’état de délabrement des infrastructures locales. Les travailleurs œuvraient à même le sol, les machines rouillées semblaient d’un autre temps et la sécurité et l’hygiène étaient des concepts vides de sens pour les autochtones. Rapidement, Rec avait fait son spectacle habituel, enjôleur et convainquant, il avait embarqué la Zeltronne dans son véhicule. Rec n’avait pas été très précis sur les chiffres, Cigella n’était de toute manière pas très sensible à cet argument, mais il avait fait parler le facteur humain, l’organisation. Il avait invoqué des accords locaux avec le gouverneur de la planète : Selim Varicus, qui avait lui-même signé des contrats avec les administrations. Mon ami était habile, il avait sorti de nombreux documents pour appuyer son propos et avait argumenté qu’en tant que membre du Département de Surveillance, il ne pouvait rien faire. Loin d’agacer le Lieutenant-Colonel Cigella, cela l’avait motivé à dîner avec le gouverneur Varicus le soir-même. Nous avions donc quitté l’usine qui produisait des batteries et des munitions pour blaster, un travail répétitif et hautement automatisé -le seul que pouvaient remplir les autochtone- pour le palais du désormais Gouverneur de ce monde. Sur le chemin du retour, Rec avait pris Cigella dans son véhicule, plaçant quelques traits d’esprit qui faisaient glousser la Zeltronne comme une adolescente. La scène était pathétique et aurait pu m’importuner, mais je savais que ce qui se jouait était bien plus important. Qu’il couche avec elle si cela l’amusait, mais qu’il ne touche pas au rendement des usines sous ma responsabilité, je comptais bien rafler une promotion grâce à mon travail fait ici et nous permettre ainsi de quitter cette maudite planète.
Nous avions pris le temps de revêtir nos plus beaux uniformes. Cigella n’était pas en reste, coiffée d’un chignon et ayant revêtu un uniforme de gabardine fine qui avait dû lui coûter bien plus que sa solde le permettait. Elle-aussi devait avoir des combines, voire des revenus. Une activité à côté ? Un mari riche ? Un héritage ? Je peinais à analyser la psyché de cet étrange personnage, mais pour l’instant, je la voyais batifoler avec Rec sans réellement céder à une quelconque avance tacite. Nous nous mîmes en route vers le palais de Varicus, un immense bâtiment de pierre qui avait servi à un seigneur local où flottait maintenant un imposant drapeau Impérial. Là où les jardins regorgeaient auparavant d’herbes folles, la végétation était ordonnée et entretenue, nous pouvions voir des jardiniers, coiffés de leur chapeau de paille, en train de s’occuper de l’immense demeure. Quel gâchis, cette main d’œuvre aurait pu servir autrement, mais c’était le système Impérial, nous ne pouvions rien y faire. Des domestiques autochtones nous accueillirent et nous fûmes invités à entrer.
C’est dans un salon à l’ambiance feutrée par les essences précieuses qui recouvraient les murs et le plafond qu’aurait lieu le repas. La table avait été recouverte d’une nappe blanche où des assiettes de porcelaine aux armoiries impériales semblaient bien loin de la réalité du front de nos soldats qui combattaient à quelques centaines de kilomètres d’ici pour écraser les dernières poches de résistance de ce monde. Varicus était à l’autre bout de la table, son ventre imposant l’obligeait à éloigner la chaise du rebord de la table et je m’étais toujours demandé comment on avait pu lui tailler un uniforme alors qu’il dépassait le quintal pour sa petite taille. Un crâne déplumé coiffait un visage bouffi et poupin, souvent fendu d’un sourire ahuri et débile. Mais il ne fallait pas s’y méprendre, Selim Varicus était ce que je décrirais comme une « véritable saloperie ». Administrateur zélé, Varicus avait su louvoyer parmi les institutions impériales, et, au gré des trahisons et des alliances, il avait rejoint le système politique pour briguer des postes de gouverneur. A presque quarante-sept ans, cet homme qui ressemblait à un croisement entre un porc et un lutin avait réussi à prendre le contrôle d’une planète impériale, écartant tous ses ennemis. On disait qu’il avait placé un de ses fils, son cousin et même sa belle-famille à des postes-clefs de l’administration de plusieurs planètes. Alors que j’étais moi-même perdu dans le jeu d’apparence de cette soirée, Varicus rit de bon cœur à une blague de Rec.
J’aurais été de mauvaise foi si j’avais résumé la carrière de Varicus à une simple opportunité, à de la chance et de l’opportunisme. Cet homme était dangereux, nous l’avions compris immédiatement lorsque Rec et moi l’avions rencontré. Il n’était pas un simple politicien, mais le type d’homme capable de vous briser par un simple coup de fil, quelqu’un qui avait un réseau très important. Nous avions appris que Varicus avait fait fortune dans l’industrie textile. A l’avènement de l’Empire Sith, il avait été un des premiers à proposer des contrats à la nouvelle administration, produisant uniformes et tenues de travail, Varicus avait su profiter de contrats étatiques juteux. Bien évidemment, cela ne lui suffisait pas et l’industriel avait d’autres visions : il voulait entrer dans ce milieu politique. Prenant de l’envergure et des contacts, il était rentré dans l’administration impériale et avait gravi les échelons. Aujourd’hui, il avait des contacts dans divers organes, on parlait également de contacts avec les Siths, les vrais. C’était l’avantage de cet homme qui n’avait ni principe, ni morale, il était capable de s’adapter, de se faire apprécier. Flattant l’ego de ses amis comme de ses ennemis, il n’hésitait pas à trahir et à voler. C’était un fripon doublé d’un bandit au sens strict, pas celui des holofilms à la mine patibulaires, arme à la ceinture, mais d’un autre type. Le type qui manigance, l’intriguant qui complote.
Il convient ici pour moi de faire une pause dans la narration pour vous donner un conseil, chers lecteurs. Que ce soit clair, vous m’avez sûrement jugé et c’est de bonne guerre, nous ne nous connaissons pas. Nous serions sans doute très méfiants l’un envers l’autre si nous nous rencontrions, précisément car ma narration m’a amené à livrer certains secrets. Mais après tout, nous avons tous des cadavres dans les placards non ? Je vais donc prodiguer ce conseil qui vous sauvera la mise, car même s’il y a des limites à ma bienveillance, je suis un homme bon. Méfiez-vous des hommes comme Varicus, ce sont de loin les plus dangereux. Lorsque vous en identifierez un, ne l’attaquez jamais frontalement, jouez le naïf, feignez de rentrer dans son jeu. Mieux encore, si vous avez la chance de le voir faire des erreur, faites comme si vous n’aviez rien vu et conservez un sourire de circonstance. Vous aurez ainsi un dossier contre cette personne et plus le dossier sera important, plus vous serez en mesure d’éviter les intrigues. C’est ce que nous avions fait avec Rec, nous avions lentement accumulé des preuves qui n’avaient pas été difficiles à trouver : Varicus était corrompu, il allait voir des prostituées et acceptait des pots-de-vin. Ne vous y méprenez pas, il connaissait également nos combines et notre latitude avec les procédures et les règles, mais nous avions de quoi faire tomber Varicus et il le savait. De mon côté, j’étais prêt à agir à la moindre occasion, à savoir à le poignarder dans le dos, mais surtout à faire ça par derrière, comme ça il n’aurait pas su que c’était nous. Nous tenions ce porc par les ********, c’étiat pour cela qu’il faisait attention à ne pas nous contrarier. Pour l’instant, tout le monde jouait le jeu et ses petits yeux porcins étaient rivés sur la belle Zeltronne, non pas qu’elle l’attirait, mais précisément par méfiance. Le phacochère était en lisière du bois, il humait l’air face à ce nouvel animal qui venait de faire son apparition, l’homme-cochon qu’il était utilisait son flair pour savoir si cette nouvelle venue était une potentielle complice ou une ennemie. Vous pourriez vous dire à ce stade qu’il aurait fallu aller arrêter cette ordure, acculer ce tas de merde, mais comme je vous l’ai déjà dit, nous n’étions pas dans un holofilm et ce genre de sinistre personnage gagne souvent à la fin. Si nous étions prêts à le faire tomber, ce n’était bien sûr pas par charité ou par volonté du bien suprême -ce genre d’argument ne tient qu’en société pour se donner bonne conscience- mais bel et bien pour nous prémunir d’une de ses trahisons. Le goret sourit à nouveau, partant dans une nouvelle discussion dans lesquelles il racontait sa difficile tâche de gouverner ce monde qui n’était pas encore civilisé. On nous avait servi des mets délicats, du steak et des patates rôties, alors que nos soldats n’avaient que de la soupe et du riz.
-Dites-moi Lieutenant-Colonel, quelles sont les nouvelles de l’état-major. Ont-ils entendu parler de nouvelles industries dans la région ?
Le goret était malin, il savait toujours se positionner par rapport à ses intérêts. En acculant ainsi Cigella, il l’obligeait à répondre, je soupçonnais ce repas de n’être qu’une mise-en-scène pour servir son ambition. Là où au départ, j’avais vu là les marques d’un protocoles, je comprenais alors que Varicus avait tout orchestré et pensé à l’organiser après notre visite des usines précisément pour pousser Cigella à se plaindre de la condition des travailleurs. Ce fils de chien avait prévu de nous faire porter le chapeau pour la mauvaise condition de vie des autochtones tout en demandant un développement industriel. Cigella n’était probablement qu’un rouage d’un mécanisme qu’il avait pensé à plusieurs niveaux, tenant un discours cohérent à plusieurs responsables. Ainsi, la nasse de calomnies se refermerait sur nous. Rec comparait souvent cette masse informe à un Gamorréen, réflexion faite, je le trouvais beaucoup plus hideux qu’un Gamorréen. Cigella lui asséna un sourire poli, avalant une bouchée de notre luxueux repas.
-Eh bien, comme je vous l’ai déjà expliqué, c’est la raison pour laquelle je suis là. Nous devons d’abord faire un état-des-lieux précis de la situation ici. Nous devons savoir quels sont les besoins et comment effectuer une transition qui permettrait de traiter les travailleurs selon nos nouveaux standards diplomatiques. Nous verrons ensuite pour le tissu industriel.
Le visage porcin de Varicus se perdit dans une moue contrariée. Cet homme était dégoûtant et comme j’avais pu le prédire, il tentait de tirer les marrons du feu :
-C’est bien dommage pour la planète. Je demeure convaincu que nous pourrions faire énormément avec un peu plus de matériel et d’infrastructures…Travailler ensemble à suivre vos directives également. J’ai proposé plusieurs choses, soumises au Capitaine Noas et au Commandant Ornaz, malgré toute leur bonne volonté, nous restons tributaires de l’agenda du BSI qui gère ces questions de travail.
Le goret s’était une fois de plus positionné, écrivant une ode à sa gloire. Ce dernier n’avais jamais signé aucun papier, il n’émettait aucun ordre. Certains disaient que c’était pour ne pas se mouiller, mais c’était plus pervers que ça, c’était pour pouvoir adopter une position magnanime, se positionner comme celui qui avait les solutions. Je jetais un coup d’œil à Rec qui semblait s’amuser cyniquement de la situation, après tout, il ne nous avait pas chargé. Cigella l’avait écouté poliment et conclut, me mettant la main sur la manche.
-Vous avez tout à fait raison, mais si ces questions sont laissées au BSI, n’est-ce pas précisément pour éviter toute dérive ? On peut en effet regretter les décisions unilatérales, mais l’avantage de la bureaucratie ici est la traçabilité des directives. Le Capitaine Noas a rendu tous ses rapports et l’état-major du BSI est au courant de tous les efforts qu’il a déployé, avec le concours du Commandant Ornaz, pour satisfaire les plans économiques. Ils ont bien fait, suivi les ordres comme tout officier impérial doit le faire, mais aujourd’hui, nous changeons de cap. Il y a une volonté de mettre un tour de vis, c’est pour cela que je vais devoir inspecter toutes les archives…Y compris les vôtres.
Rec afficha un sourire carnassier et moi, je ne pouvais que m’amuser de la situation. Le Gouverneur Varicus avait régné en maître sur son petit empire et maintenant sur ce monde pendant des mois. Il avait amassé une fortune par le biais de conflits d’intérêts et d’autres irrégularités pendant des années, mais maintenant, il allait tomber en disgrâce. Là où de telles allégations de la part d’un agent du BSI auraient effrayé n’importe quel responsable politique impérial, Varicus sourit poliment. Loin d’être affecté, le pourceau affirma que ses archives étaient ouvertes à tous les responsables Impériaux et qu’il n’avait rien à cacher. Le reste du repas se déroula dans la même bonne ambiance. Varicus avait ouvert ses archives et rien n’était ressorti, il avait été très intelligent et avait plusieurs coups d’avance, comme à son habitude. Nous avions bien évidemment des preuves contre lui, autant qu’il en avait contre nous et dans cette omerta commune à la mafia et à la politique, nous avions décidé d’un statu quo, laissant Cigella dans la belle illusion de la synergie entre les services. Y croyait-elle vraiment elle-même ?