Bienvenue sur SWRPG !

Créé en septembre 2006, ce RPG situé dans l'univers Star Wars a démarré à l'aube de la Guerre des Clones. Nous avons cependant pris une trajectoire bien différente de celle de la saga. 18 ans plus tard, nous voilà dans un univers parallèle aux films de George Lucas, un univers unique dans lequel nos propres personnages ont eu (et auront) un impact sur sa destinée.

Contexte: Il n'y a pas si longtemps que ça, dans une galaxie lointaine, très lointaine... L'Ancienne République influençait les quatre coins de la Galaxie, guidée et protégée par les légendaires Chevaliers Jedi, gardiens de la paix et de la justice. De nombreuses années plus tard, on dénombre de nombreux régimes successifs, mais aucun n'a réussi à s'imposer durablement. Empire Démocrate... Empire Sith... Voilà que les différents chemins empruntés nous ramènent donc à une République Fédérale, sans que l'on soit assuré qu'elle parvienne à durer dans le temps. Une République Fédérale qui décide de miser sur la nouvelle Garde Républicaine, vouée à remplacer un Ordre Jedi dont on refuse le dogme si particulier.

Pendant ce temps, Sith, Séparatistes et Chasseurs de Primes ont su se préserver à différentes échelles de l'échec de l'Ancienne République. Tandis que l'Ordre Sith a connu récemment sa fin sur Cathar, laissant la place à différents cultes bien moins influents mais tout aussi dangereux, les Chasseurs de la Guilde de Dantooine n'ont jamais été aussi nombreux, parcourant les mondes à la recherche de primes qui en valent le coup. La Confédération des Systèmes Indépendants, elle, résiste aux fluctuations du temps et se préserve des menaces extérieures en n'hésitant pas à agir lorsqu'il le faut, comme l'en atteste son intervention musclée sur Cathar. La même Cathar qui avait accepté d'accueillir les Vestiges de l'Empire suite à la scission de l'Empire Sith, et qui aujourd'hui se retrouve sous la tutelle des Séparatistes.

Les temps sont sombres, le ciel annonce de mauvais présages comme c'est le cas à chaque nouvelle ère. Les relations entre les grandes puissances ne sont pas au beau fixe, les Sith sont de nouveaux reclus dans l'ombre -là où ils sont les plus menaçants- et les Jedi se terrent sur Endor, bien décidés à ne pas dévoiler leur présence à ceux qui leur sont hostiles et bien décidés à s'en tenir à leur but éternel : l'étude de la Force.

Jamais une ère de SWRPG n'aura été si indécise et pourtant, il y aura toujours quelqu'un pour bouleverser l’échiquier galactique. Comme ce fut le cas ces huit dernières années. Peut-être que tu seras cette personne, qui sait? Notre Galaxie t'attend !

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Une journée ordinaire

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    Le ChroniqueurL Hors-ligne
    Le Chroniqueur
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    #5

    Post n°5
    Auteur : Arnon Veral

    André Roussimoff continua de déballer son argumentaires et les informations, comme souvent au compte-goutte. Je laissais échapper un petit sourire en coin au fur et à mesure de son discours…Cet homme était vraiment brillant. C’était grâce à cette intelligence redoutable qu’il était capable d’avancer ses pions sans jamais perdre la main. Il avait eu ces informations et avait attendu mon approbation pour me les donner totalement. Si beaucoup de gens auraient sans doute pu se sentir offusqués des manœuvres à peine masquées de Roussimoff, c’était loin d’être mon cas. Je savais très bien quels étaient les enjeux, et mon interlocuteur aussi, c’était pour cela d’ailleurs que nous ne nous étions jamais mis dans des situations de concurrence agressive.

    J’avais donc un nom, Leiel Osso. Cela ne me disait rien et pour cause, c’était un membre du cabinet de Dae’mid. Donc pas totalement une novice, elle devait fatalement connaître les dossiers, mais quant à savoir si elle allait changer la donne et la politique de son prédécesseur…Rien n’était moins sûr. Si au départ la politique de la C.S.I. m’avait émerveillée dans ses institutions qui se rapprochaient le plus d’une démocratie participative, la bureaucratie et le fait politique avaient tendance à m’irriter. Du temps où je travaillais pour l’Empire Sith, les décisions étaient prises verticalement et nous n’avions pas notre mot à dire. Le contraste était détonnant. Si j’avais été très maladroit au début face à toute cette politique, les gens comme André Roussimoff m’avaient montré la voie, lui-même semblait d’ailleurs naviguer avec aisance dans ce monde d’apparence.


    -Le nom de Leiel Osso ne me dit rien, en effet. Il est donc bien trop tôt pour se faire une idée, mais si elle était membre de son cabinet, nous pouvons espérer une technicienne qui connaît bien les dossiers et les enjeux. C’est un point très positif, mais le risque reste qu’elle soit dans la lignée de Dae’Mid…Nous verrons bien.

    Il était trop tôt pour avoir une opinion arrêtée sans avoir rencontré Osso. Il allait falloir être extrêmement vigilant le jour de l’entrevue, comme à chaque fois en terre inconnue. La tête pensante changeait et donc tous les poids lourds des acteurs économiques et sociaux devaient être en train de chercher à rencontrer Osso précisément pour tirer leur épingle du jeu. Dans cette jungle du marché, les plus forts et les plus adaptables s’en sortaient. Même ceux qui, comme moi, avaient trouvé une niche, ne pouvaient se sentir en sécurité. Même si Raxus Secundus n’était pas une planète extrêmement influente, les batailles de pouvoir étaient féroces.

    Roussimoff semblait particulièrement enjoué et à la manière d’un joueur d’échec chevronné, il conclut la discussion en m’invitant à contacter Deurteiker et Flere pour se joindre à nous. Le colosse savait que j’avais de bonnes relations avec eux et voulait que nous ayons le plus de poids. Une fois qu’il eut fini, je terminais ma tasse de café d’une traite et me levais pour le raccompagner. Je ne pus que remarquer la marque de familiarité lorsque Roussimoff se permit de m’appeler par mon prénom. Au fond, c’était un des aspect que j’appréciais le plus dans mon métier : conclure des affaires, discuter et arriver à un accord. Cette fois-ci je n’avais pas fait grand-chose, mais le fait qu’un homme de la trempe d’André Roussimoff pense immédiatement à moi pour une délégation à la sous-préfète de Raxus Secundus était un accomplissement de plusieurs années de réseautage en soi pour moi.


    -Je vous remercie d’être venue me rendre visite, André. C’est entendu, je vais contacter de ce pas Han et Eric, je pense ne pas trop m’avancer en vous affirmant qu’ils ne seront enchantés de se joindre à nous. Je vais de mon côté rassembler mes arguments, mais comme je vous l’ai dit plus tôt, je pense sincèrement que l’argument de l’opinion publique reste le langage universel compris par le politicien et ce, quelle que soit son obédience.

    Sur ces belles paroles, nous arrivions devant la sortie de mon bureau d’étude. Je serrais chaleureusement la main de Roussimoff, restant quelques secondes devant la porte alors qu’il disparaissait. C’est perdu dans mes pensées que je rejoignais lentement mon bureau. Je décidai d’employer la première partie de mon après-midi à finaliser le rapport sur lequel j’avais travaillé le matin afin de pouvoir le mettre en forme et l’envoyer au plus vite. Si la visite de Roussimoff avait quelque peu bouleversé mon programme, j’avais obligation de faire les choses rapidement pour garder notre réputation. Une fois le rapport envoyé, je rédigeais une note détaillée à l’attention de Deurteiker et Flere et je la leur faisais parvenir par le biais de ma secrétaire. Si ils désiraient me contacter pour avoir plus d’informations, ils le feraient, mais je savais très bien que c’était suffisamment clair pour les décider à se joindre à la fête.

    Une grande partie de la journée s’était déjà écoulée. Pourtant, même si le jour commençait à baisser, je décidai de m’employer à constituer un début de dossier pour le cabinet d’Osso. Je triais les documents, mettant de côté ceux qui étaient pour le dossier technique et d’autres qui pouvaient être utiles pour être soumis directement Osso. C’était ma stratégie et si devant Dae’Mid je n’avais pas pu la mettre en place quelques années auparavant, je n’étais plus un consultant, j’étais maintenant libre de mes mouvements. L’ancien directeur du bureau d’étude, Arty Nol, était un vieil homme dépassé qui avait écouté les sirènes de Rock Cie et des autres. Nol était sage et je l’avais toujours respecté, mais trop technocratique, trop classique dans sa manière d’aborder les choses. Ce n’était pas pour rien que j’avais pu racheter son établissement à un prix avantageux, car il était sur la pente descendante. Aussi, lorsque Nol avait pris sa retraite, il m’avait renouvelé sa confiance et avait suivi avec attention toutes mes actions. J’avais modernisé son entreprise et maintenant, elle fonctionnait à plein régime. Aussi ce bon vieux Arty ne manquait jamais une occasion de me féliciter. De mon côté, je l’appelais régulièrement pour le consulter, après tout il avait encore un impressionnant carnet d’adresses et j’avais tout intérêt à garder le lien avec lui.

    Alors que j’étais plongé dans mon travail, les bruits dans le couloir se firent entendre. Les employés quittaient progressivement le bureau d’étude à mesure que l’heure avançait. J’étais bien trop concentré pour me laisser influencer ou perturber par ça. Alors que le crépuscule avait maintenant envahi les champs environnants, je commençais à être satisfait de ce que j’avais fait. J’axais mon argumentation pour Osso sur le témoignage d’un agriculteur qui avait eu plusieurs problèmes récurrents typiques et représentatifs du manque d’harmonisation dans les directives et la politique agricole de la planète. J’avais agrémenté cela d’autres témoignages. La force de mon argumentaire résiderait dans un dossier fourni et détaillé qui rassemblait tous les détails techniques, celui-ci serait remis à l’équipe d’Osso et ses experts pourraient examiner plus en détail les rapports d’expertise et les études qui avaient été menées, ils pourraient ainsi corroborer les dires de la délégation. Ils comprendraient ainsi la nécessité absolue -dans l’intérêt de tous- de réformer la politique agricole de Raxus Secundus si on souhaitait la voir rester compétitive. Le monde changeait, et c’était pour cela que tout ne devenait plus que débats d’experts.

    Je décidais de m’arrêter lorsque j’avais fini cet immense tri. Après un rapide coup d’œil à ma montre, je réalisai que l’heure était tardive et que je devrais rentrer à pieds chez moi. Au fond, j’avais besoin d’air, et cela me convenait, après tout, mon domicile n’était qu’à une trentaine de minutes à pieds et cela me ferait du bien.

    Après avoir fermé l’étude, je boutonnais mon manteau jusqu’au cou et affrontait les morsures du froid qui était tombé avec l’obscurité. Si les bourrasques de vent auraient pu être un frein à une telle promenade, j’appréciais cela…Me trouver seul dans l’intimité unique que m’offrait la nuit avec les étoiles. Elles semblaient m’observer, comme autant de petites lucioles dans voute céleste. Quittant le halo rassurant de lampadaires qui illuminaient les alentours du bureau d’étude, je glissais dans l’obscurité. A cette heure, on ne voyait pas les champs, seuls quelques lampadaires épars éclairaient la route qui menaient à mon entreprise. J’étais dans les ténèbres et au fond, je ne pouvais m’empêcher de penser que c’était bel et bien ma place. J’avais fait tout au long de ma vie des choix malheureux et désormais, j’avais une nouvelle vie. J’avais réussi à me reconstruire, j’étais sobre depuis des années et j’avais réussi à faire mon deuil de la personne que j’avais été. Si je m’occupais avec le travail, dès que je me retrouvais seul, je ne pouvais empêcher mes vieux démons d’accourir. Il suffisait d’un son, d’une image, d’une odeur : le cri d’un animal qui pouvait ressembler dans son intonation à celui d’un homme, les bruits de pas qui faisaient résonner dans mon esprit la réminiscence de celui des bottes qui martelaient les salles de réunion de la Forge Stellaire. Si ces souvenirs créaient un état de terreur il y a quelques années, aujourd’hui j’avais appris à appréhender et à chasser ces pensées. J’avais été membre d’un système, celui-ci m’avait broyé et j’avais eu le choix, j’avais fait celui de partir et de déserter. Aujourd’hui, l’Empire Sith n’était plus, la bête avait été décapitée. L’Imperium était la seule rémanence de cette horreur.

    Alors que je marchais depuis une quinzaine de minutes sur les trottoirs aménagés, je me tournais discrètement une autre fois. Cette fois, j’en avais la quasi-certitude, quelqu’un me suivait. Il était difficile de savoir pourquoi ou qui, mais le coin était suffisamment isolé pour que j’en ai la suspicion, quelqu’un m’avait emboîté le pas et gardait une distance suffisante. Cela aurait pu apparaître comme une manifestation d’une certaine paranoïa, mais si j’étais un chef d’entreprise respecté sur Raxus Secundus, il ne fallait pas oublier que j’avais été un membre du BSI pendant une dizaine d’année et si je n’avais pas suivi la formation de terrain, je savais comment opéraient les espions et les membres du renseignement. Plusieurs fois, j’accélérais et je ralentissais mon rythme…Et pourtant, j’étais toujours suivi. Suivi à la même distance, idéale pour ne pas être repéré, mais également pour être remplacé lorsqu’on était plusieurs. Qui pouvait bien me suivre ? Je ne pensais pas à la police, c’était impossible, je n’avais jamais commis aucune infraction et ma vie était monotone et rangée. Je n’avais jamais non plus touché de pot-de-vin, toutes nos expertises étaient traçables et une copie était remise aux autorités de régulation. Il me vint quelque chose en tête : peut-être était-ce en rapport avec l’entretien avec André Roussimoff, l’espionnage industriel était monnaie courante dans les secteurs porteurs. Il pouvait arriver qu’on cherche à faire chanter un patron ou encore à lui extorquer des informations, surtout quand certains dossiers devenaient politiques. Un concurrent évincé de la délégation de Roussimoff ? Un détective privé payé par un partenaire commercial ? Les possibilités étaient multiples, voire quasi-infinies. Il restait bien sûr une autre possibilité, celle que j’ai été découvert…Si je ne pouvais totalement l’écarter, c’était peu probable puisque quelqu’un qui aurait eu l’information se serait empressé de m’interpeler. Je commençais à regretter de ne pas avoir appelé un chauffeur qui m’aurait conduit chez moi. Pourtant, je devais garder mon calme, faire comme si de rien n’était. C’était finalement ce qui me permettrait de me sortir de la situation sans trop d’embarras…Feindre et prendre mes précautions plus tard. Un rapide coup d’œil à ma montre me fit réaliser que j’étais à une dizaine de minutes de mon domicile, je continuais donc ma route, sans variation ostensible de rythme et maintenant mon calme tout en restant sur mes gardes.

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    • Le ChroniqueurL Hors-ligne
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      Le Chroniqueur
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      #6

      Post n°6
      Auteur : Super PNJ

      Arnon n'avait finalement pas eu de mauvaise surprise. Peut-être son suiveur avait-il décidé de ne rien faire ? Mais y avait-il seulement un suiveur, dans la nuit noire de Raxus Secundus ? Etait-ce son ouïe et son instinct qui lui avaient soufflé cette menace, ou bien n'avait-il pour lui qu'une paranoïa latente qui ne demandait qu'à se réveiller à tout moment ? Il pouvait bien retourner son appartement, il n'y avait rien à signaler, c'était une certitude, personne n'était venu, personne n'avait fouillé. Pourtant, ce sentiment allait-il le quitter ? Sans doute pas. Lorsque ce genre de sensation se réveille, on la ressent de jour comme de nuit, elle ne vous lâche plus, jamais, tant qu'on a pas la preuve formelle que ce n'est qu'une vue de l'esprit... Ou une réalité. Mais rien ne semblait le corroborer ou l'infirmer. Les jours suivants seraient semblables aux suivants. Affaires, dossiers, entretiens... Une journée ordinaire en somme.

      Roussimoff n'avait, semble-t-il, pas vraiment perdu de temps. Il envoyait régulièrement aux membres concernés par ce nouveau conglomérat des articles scientifiques relevant des dernières avancées, des bilans comptables publics de chaque grande entreprise, les brevets récents... Bref, il ne chômait pas, conformément à sa promesse et à sa réputation. De plus, il avait relancé Arnon sur la nécessité de rencontrer Eric Flere et Han Deurteiker. Le premier était membre du conseil d'administration d'une grande coopérative fruitière de Raxus Secundus, FruitRex. Comptable et économiste, il avait contribué de manière spectaculaire au redressement des finances du groupement en pratiquant une politique agressive sur les marchés, qui leur avait permis à terme de grossir et de devenir les premiers producteurs locaux. Homme de petite taille, d'un âge avancé (il tutoyait allègrement la soixantaine), les cheveux d'un blond peroxydé tirés en arrière, doté d'une petite brioche qui témoignait de son amour de la bonne chère, de petits yeux de fouine, il ressemblait au premier abord d'avantage à un grand-père tentant tant bien que mal de séduire de jeunes naïves, mais il lui suffisait de basculer dans le monde des chiffres pour prendre une tout autre dimension. Il devenait dès lors implacable, traquant la moindre erreur ou déviation.

      Le second, Han, était Directeur des Ressources Humaines dans l'entreprise qui avait la main sur tout ce qui était conditionnement et expédition des produits Raxiens. Il connaissait énormément de monde, et devait son surnom de « fossoyeur » à la manière dont il traitait ses employés : une main de fer dans un gant de fer. Si les salaires étaient bons, les exigences étaient absolument délirantes, et il veillait à surveiller de très près les activités de ses employés, quitte à devoir en remercier une grande partie. Grand, brun, les yeux presque blancs, il s'habillait de manière très stricte, uniquement de noir, et arborait un chapeau en toutes circonstances, ou presque, comme si il se rendait chaque jour à un enterrement.

      A regarder les contacts initiés par Roussimoff, il allait vite devenir très clair que le géant avait pour objectif de regrouper évidemment les plus grandes entreprises, mais surtout à avoir les points de vue de chaque secteur d'activités, venant de gens aux compétences bien différentes. Il n'avait effectivement rien laissé au hasard, et il semblait évident qu'il comptait mener la vie dure à cette Leiel Osso si elle ne pliait pas. Ils avaient raté le coche la dernière fois et s'en étaient mordu les doigts, mais ils étaient suffisamment puissants, désormais, et organisés.

      Restait la question de ce picotement sur la nuque d'Arnon, qui ne sentait pas la pression s'envoler. Au contraire. Au fur et à mesure des jours, elle semblait se faire plus pressante. Plus que se sentir suivi, il avait même l'impression d'être précédé, partout où il allait. C'était comme si tout son emploi du temps était connu d'un esprit invisible qui s'amusait à être son ombre. Pourtant, il aurait beau se retourner, ou fouiller, jamais il ne trouverait quoi que ce soit. On disait bien que les démons du passé ne vous quittaient jamais, c'était une évidence... Mais était-ce son passé ?


      Spoiler : Spoiler
      HRP
      Tu peux réaliser tes approches d'Eric et Han, et continuer de flipper dans ton coin ! Ne t'inquiète pas, j'ai un oeil sur toi...


      Kryann

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      • Le ChroniqueurL Hors-ligne
        Le ChroniqueurL Hors-ligne
        Le Chroniqueur
        a écrit sur dernière édition par
        #7

        Post n°7
        Auteur : Arnon Veral

        Je restais aux aguets pendant tout le reste du chemin. Pourtant, en effet rien ne vint…Simplement le bruissement des feuilles des arbres alors que les bourrasques les secouaient. Avais-je rêvé ? Mes réflexes d’officier du BSI avaient-ils été à ce point érodés par les années ? Peut-être également tout simplement que la paranoïa avait eu raison de moi. Je ne pouvais en être certain, observant une dernière fois autour de moi, je ne vis rien. Si le constat était là, je ne pus totalement m’affranchir du doute. La limite entre la vigilance et la paranoïa était ténue chez les agents et les officiers du renseignement et c’était ce que se plaisait à me dire Rec, c’était une mauvaise gestion de cette limite qui finissait par perdre beaucoup d’entre nous. Rec…Son visage souriant réapparut comme par magie dans mon esprit, faisant naître en moi un malaise qui se transforma en nausée. Je dus m’arrêter quelques secondes, en prenant appuis sur un arbre, pour réprimer les haut-le-cœur. Parvenant à me maîtriser, je continuais ma route jusqu’à mon appartement. Sans surprise, tout était en ordre. Je ne pus réprimer un nouveau malaise, cette fois je vomis mes tripes pour finalement reprendre mes esprits, haletant et en nage. La soirée se termina ainsi, avec un repas léger, je me couchai tôt et sombrai dans un sommeil profond et sans rêve.

        Les jours suivants furent à l’image de la journée qui les avaient précédé, relativement ordinaire. Si ce n’était Roussimoff qui me sollicitait de manière intense. Rapports d’expertise, articles scientifiques, textes de lois, bilans comptables annotés. C’en était presque délirant, j’en venais à me demander où cet homme puisait une telle énergie et quand il avait eu le temps d’entrer dans ce niveau de détail. J’envoyais de mon côté mes débuts de comptes-rendus à Roussimoff pour donner le change…C’était bien moindre que ce que lui avait fait, mais au moins c’était percutant et réussirait sans doute à convaincre Osso, du moins au niveau d’une présentation ou d’une discussion. Les rapports et les documents de Roussimoff étaient parfaitement organisés, mais connaissant le personnage, je savais qu’il n’attendait pas mon approbation : ces documents avaient été envoyés sans doute pour me faire comprendre qu’il fallait agir vite. Son message pour me relancer et me rappeler de contacter Flere et Deurteiker trois jours plus tard en fut la preuve. Cette fois, c’était sûr, je ne couperais pas à une discussion de vive voix avec les deux hommes. Je connaissais Flere et Deurteiker depuis longtemps et si les deux hommes avaient leurs vices et leurs défauts, j’avais été un des rares à réussir à nouer des liens cordiaux avec eux. Bien sûr, cela n’était pas extérieur à une différence de statut, les deux œuvraient dans des niches relativement différentes de la mienne et la taille de leurs entreprises n’avaient rien à craindre de notre petite structure. Il fallait ajouter à cela que comme tous les gros, ils avaient tout intérêt à sous-traiter certaines tâches aux plus petits qui pénétraient le tissu social des agriculteurs et des producteurs. J’avais, par exemple, plusieurs fois négocié avec des producteurs de variétés de fruits locales qui étaient nécessaires à Flere pour conquérir de nouveaux marchés. Cela était aussi dans l’intérêt de Deurteiker qui travaillait parfois avec Flere en exportant ses produits. Je savais également en mon for intérieur que ces deux hommes soignaient leurs relations avec moi car j’avais aussi des accointances avec les autres poids lourds du marchés de type Rock Cie. Nous convînmes donc d’un rendez-vous, que les deux hommes proposèrent spontanément de nous rejoindre à mon bureau et je concluais en fixant la date au lendemain. Aussitôt le combiné raccroché, je demandais de l’aide à Stacy, notre secrétaire, pour organiser mon bureau. Recevoir Deurtreiker et Flere allait demander un peu d’aménagement, je ne pouvais pas me permettre d’agir comme avec Roussimoff. Ces hommes n’étaient pas des ingénieurs excentriques et marginaux, il s’agissaient de gens très influents. Nous installâmes donc des sièges en cuir de très bonne facture et je demandais à Stacy d’aller acheter du café de bonne qualité et des cigares.

        Le lendemain, j’étais à mon bureau, chemise parfaitement repassée et nœud de cravate apparent sous mon sempiternel pull-over. Stacy m’informa que les deux hommes étaient arrivés. Ils étaient tous deux parfaitement à l’heure, si bien que je me surpris à me demander s’ils n’étaient pas arrivés ensemble. Je me rappelai les événements étranges survenus quelques soirs avant, mais l’angoisse était partie et si j’avais constamment cette sensation d’être épié et surveillé, la préparation de cet entretien et des réunions avec la sous-préfète Osso avait accaparé toute mon attention.

        Les deux hommes entrèrent dans mon bureau. Si Eric occupait l’espace avec sa bonhommie de façade et ses manières de grand-père rigolard, Han restait un peu plus en retrait et le « Fossoyeur » m’observait en coin à la manière d’un rapace charognard comme s’il attendait que je le nourrisse. Mais par-delà les apparences, je savais exactement à quoi m’en tenir, ces deux hommes n’étaient pas des débutants et contrairement à Roussimoff qui était venu me trouver, eux n’accepteraient pas d’avoir été dérangés pour rien. Je devais donc à tout prix les convaincre afin de conserver leur estime. Après quelques plaisanteries d’usage d’Eric qui me saisit la main chaleureusement en s’amusant de la petite taille de mon bureau, Han me salua en me touchant la main du bout des doigts. J’appelais les deux hommes par leur prénom, car nous avions sympathisé au fil des affaires. Je les invitai donc à s’asseoir pendant que Stacy apportait le meilleur café qu’elle avait trouvé dans mes jolies tasses en porcelaine. M’asseyant en claquant mes cuisses, je faisais le choix de ne pas perdre de temps.


        -Messieurs, je vous remercie d’avoir fait l’effort de trouver une place dans votre emploi du temps afin d’écouter ce que j’ai à vous dire. Ne perdons pas plus de votre temps précieux et entrons dans le vif du sujet. J’ai eu accès à une information anticipée, le sous-préfet Dae’Mid démissionne et laisse sa place à une totale inconnue issue de son cabinet, Leiel Osso.

        Je prenais le parti de laisser quelques secondes pour que la surprise fasse son effet. Eric et Han étaient bien trop intelligents pour ne pas comprendre ce que cela signifiait. Cela voulait dire une infinité de possibilités. Cela pouvait signifier un avenir florissant si nous arrivions à parler avec Osso et à la convaincre pour avoir une politique un peu plus harmonieuse dans le domaine agricole, mais aussi de tomber dans une situation défavorables si nous adoptions la mauvaise stratégie. Sirotant mon café, je continuais calmement.

        -Une délégation avec les acteurs majeurs du secteur agricole se prépare et nous sommes sur le point d’avoir une audience auprès de la sous-préfète Osso après sa nomination afin de faire valoir nos intérêts. Il va de soi que votre expérience est indispensable à la réussite d'une telle entreprise, aussi nous avons immédiatement pensé à vous compter parmi nous, si vous le voulez bien, naturellement. Considérant le nombre de personnes qui vont vouloir rencontrer Osso, il est évident que nous allons devoir être percutants durant l’entretien et éviter que Rock Cie nous savonne la planche comme ce fut le cas il y a six ans…Nous devons négocier une politique agricole cohérente sur Rexus Secundus. J’ai commencé à préparer ce dossier.

        Je fis glisser sur mon bureau deux copies papiers du dossier, déjà conséquent, que j’avais préparé pendant ces jours. Si je n’avais pas évoqué Roussimoff, c’était à dessein, je souhaitais garder une place prépondérante dans cette négociation et qu’instinctivement, mes deux interlocuteurs me considèrent comme un des instigateurs. C’était de bonne guerre, et là-encore, faisait partie d’une certaine stratégie commerciale. Alors que j’ouvrais ma copie du dossier, je désignais un premier feuillet sur lequel était présentés plusieurs témoignages d’agriculteurs et des photographies présentant les problèmes au grand public. La deuxième partie, plus conséquente, était une constellation de documents techniques et d’articles scientifiques -dont certains envoyés par Roussimoff- compilés pour étayer le propos.

        -Voici ce que je propose. Afin d’éviter de noyer Osso dans un jargon technique tel que nous l’avions fait il y a six ans, j’ai préparé une petite présentation pour énoncer les problèmes que nous rencontrons depuis quelques années et qui nuisent à la restauration de l’agriculture compétitive qui fut le fleuron de notre planète. J’ai mis au premier plan la politique agricole qui fixe les tarifs et qui condamne nos agriculteurs à demander des subventions pour survivre…Osso sera sans doute sensible à l’argument budgétaire et à l’impopularité que Dae’Mid a récolté chez les agriculteurs à cause de cela. Quelques autres points sont évoqués, comme les pesticides par exemple. Nous distribuerons ensuite le second dossier, plus volumineux, au cabinet d’Osso qui pourra analyser les détails techniques qui étayent notre propos et présentent nos propositions. C’est précisément sur ces points que j’aurai besoin de votre concours, vous, Eric en tant qu’économiste et pour votre expérience dans le redressement de FruitRex qui était à genoux…Et vous, Han, pour votre connaissance des réglementations de l’emploi et des contrats de travail.

        Je les laissais tous deux feuilleter le document et réaliser l’ampleur du travail qui avait été fait. La stratégie que je proposais était très différente de celle proposée par Rock Cie six années auparavant, mais j’assumais cette différence. Après tout, si je n’avais ni les relations, ni la légitimité à l’époque pour m’opposer à la stratégie de Rock Cie, je n’étais plus un simple consultant et les faits m’avaient donné raison. Je voulais également être certain de pouvoir rallier Eric et à Han à ma cause, c’était pour cela que je jouais la parfaite transparence avec eux.

        -Bien sûr, vous pourrez emporter une copie chacun afin de pouvoir mieux digérer les différents aspects de la stratégie. Mais j’aimerais d’abord avoir votre avis à chaud sur cette opportunité.

        Leur avis, je le connaissais déjà…Ces deux requins n’allaient pas louper une pareille occasion. Mais je les consultais, en y mêlant une sorte de respect pour deux personnes qui étaient mes aînés dans les affaires de Raxus Secundus. Cela faisait partie du jeu et sur le fond, n’était pas totalement feint car je les respectais beaucoup, et ce malgré leurs travers.

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          Post n°8
          Auteur : Super PNJ

          Arnon Veral n’était sans doute pas le plus fin des psychologues, mais il était tout de même suffisamment intelligent pour avoir su titiller en quelques phrases l’intérêt de ses interlocuteurs, et à capter leur attention pour un moment. Flere comme Deurteiker prenaient tout leur temps pour consulter le dossier, sans pour autant rentrer dans les détails. Pour l’heure, ce qui est importait était de vérifier si la structure et le propos étaient raisonnablement intéressants. Après tout, quelques mots ne valaient pas grand-chose, et il fallait bien vérifier la véracité des informations, ce qui passait par une analyse préliminaire du dossier. Ce fut Deurteiker qui haussa la voix le premier. Il était aussi grave qu’un croque-mort et surtout, sa lenteur d’expression avait de quoi crisper la personne la plus sereine du monde.

          -Je ne vous savais pas aussi influent, Veral. Toutes ces données ont du vous demander un temps considérable pour les rassembler. J’imagine que vous vous porteriez porte-parole de ce dossier ?

          Il marqua une pause, le temps de se replonger un instant dans le dossier.

          -Vous avez là des informations provenant notamment de Rock Cie, que vous accusez d’avoir raté leur précédente chance… J’ai du mal à imaginer Johnson participer à cette petite réunion, dans ces conditions, je me trompe ?


          -Ils n’auront pas le choix, Han. Pas si la plupart des grands groupes se réunissent. Veral a raison sur un point, c’est qu’il est nécessaire de présenter un dossier exhaustif à son cabinet préposé à la charge. En revanche, je vous déconseille de jouer au jeu de la politique, mon cher. Vous manquez de finesse, soit dit sans vouloir vous vexer. Et par finesse, j’entends roublardise. Vous ne manquez pas de flair, mais ces gens-là jouent un tout autre jeu.

          Le silence retomba sur la salle, alors que les deux hôtes remirent leurs nez dans les dossiers, montrant parfois du doigt quelques détails, abordant rapidement des précisions techniques… Ils étaient déjà en train d’étudier la chose. C’était dores et déjà gagné, lorsque Flere reprit la parole.

          -Me concernant, je ne suis pas fermé à l’idée, si tant est que personne ne cherche à tirer la couverture à soit. En revanche, comprenez bien qu’en vous portant fer de lance de cette entreprise, vous seriez le premier à en subir les conséquences de l’échec.

          -Ou à tirer les fruits de votre réussite. Le choix vous revient. Je vous ferai parvenir de quoi compléter votre dossier, si nous parvenons à un accord.

          La menace était parfaitement claire, même si elle était lancée sur le ton de l’humour et de la légèreté. Il n’y aurait qu’une seule tentative pour Arnon, et l’échec ne serait de toute façon pas toléré. Que ce soit par les grandes entreprises, ou par le nouveau gouvernement, il s’engageait là sur un chemin des plus périlleux. Echouer le mènerait directement à la ruine, et sans doute à la fermeture de son bureau d’études. L’autre face de la pièce était qu’une réussite l’amènerait sans doute bien plus haut qu’il ne l’aurait espéré, ce qui signifiait notamment des contrats juteux, des avantages politiques, et des positions avantageuses. Mais tout cela était loin. Pour l’heure, Arnon devrait finir de composer son équipe, et de monter le dossier. Avec ou sans Roussimoff.

          Rapidement, il fut laissé seul par ses deux interlocuteurs, qui le saluèrent. Les vieux roublards avaient manœuvré à dessein : un minimum d’engagement, pour un maximum de bénéfices. Ils n’étaient pas ceux qui avaient le plus à perdre, et en restant consultants, ils avaient surtout beaucoup à gagner. La toile était déjà tissée, pour eux, et ils n'étaient pas dupes : Arnon ne travaillait pas seul là-dessus, et l'origine des documents présentés était suffisamment évidente pour qu'ils devinent la présence d'un autre architecte qui n'était pas présent ce jour-là.

          Arnon ne resta pas seul bien longtemps. Stacy l’informa qu’un message à son attention exclusive l’attendait sur son holocomm.


          « Monsieur Veral. Nous suivons avec une attention particulière vos travaux, et nous souhaiterions pouvoir échanger avec vous concernant votre projet de rencontre avec la sous-préfète Osso. Nous ne doutons pas que vous êtes au courant, puisque vous avez déjà travaillé sur le sujet avec bon nombres de notables de Raxus Secundus. Si vous acceptez, vous n’aurez qu’à répondre favorablement à l’invitation que je vous transmettrai sous peu. Mes hommages, Monsieur. »

          Kryann

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            #9

            Post n°9
            Auteur : Arnon Veral

            Han fut le premier à parler, et lorsqu’il posa des questions, je me contentais de hocher lentement la tête. Sur le fond, ce dernier ne faisait que montrer qu’il avait parfaitement compris ce qui se passait. J’avais voulu jouer au plus fin avec ces deux renards, mais ces derniers n’étaient pas tombés de la dernière pluie. Même si Eric contredit Han sur la stratégie à adopter, balançant de mon côté, je savais qu’à partir de maintenant, ces deux-là ne se mouilleraient pas complètement. Ils avaient en effet revêtu l’habit d’observateurs. Faussement bienveillant, Eric me conseilla de ne pas jouer le jeu des politiques. Je savais tout ça, et alors à cet instant, je réalisai que même Roussimoff avait été plus malin que moi, il m’avait mis dans une situation où je ne pourrais faire autrement que d’endosser la responsabilité d’être une sorte de porte-parole, ce qui mettrait à l’abri les pontes de la Rock Cie qui avaient suffisamment souffert des mauvais choix faits lors de la rencontre initiale avec Dae’Mid. Ces derniers avaient touché un paquet de pognon, mais les subventions récurrentes avaient finalement été amputées…Leur statut de poids lourds du marché les avaient épargné de conséquences trop graves. Ce n’était pas mon cas, j’étais un petit patron et c’est par des menaces à peine masquées qu’ils me firent comprendre que je n’avais pas le droit à l’erreur.

            Je hochais un dernière fois la tête tout en finissant ma tasse de café d’une traite. Les règles du jeu étaient claires et les deux hommes me donnèrent quelques conseils techniques concernant mon dossier tout en me promettant de m’envoyer des documents pour compléter mon argumentaire. C’était un pari très risqué et mes chances de convaincre Osso étaient incertaines. Pourtant, je n’avais plus le choix, il en allait de ma réputation, cette opportunité était probablement unique et je ne pouvais me résoudre à la laisser passer. Alors que mes deux interlocuteurs avaient terminé cet entretien rapide, la conclusion était évidente à mes yeux.


            -Eh bien, Messieurs, je vous remercie de votre temps et de vos conseils. J’ai parfaitement conscience des risques inhérent à cette opération, mais nous sommes à la croisées des chemins, nous avons là une occasion unique d’améliorer notre condition et d’œuvrer pour le bien de Raxus Secundus comme nous ne l’avons jamais fait. Je ne ferai rien sans vous consulter, l’idée est en effet d’éviter toute initiative personnelle et que nous puissions nous concentrer sur les points qui font consensus.

            Je me surprenais à manier une certaine forme de langue de bois. Je me couvrais une fois de plus tout en rappelant que notre manœuvre devait être collective. Pourtant, je savais que j’étais piégé, ces deux vieux hiboux m’avaient amené là où ils voulaient et Roussimoff aussi, en m’envoyait vers eux, avait couvert ses arrières. C’était le jeu et j’avais moi-même joué dans la cour des grands. Ces grands groupes n’auraient aucun scrupule à me considérer comme un bouc émissaire en cas d’échec. Personne n’était suffisamment stupide pour prendre ces responsabilités après l’échec de la Rock Cie. La réussite de mon entreprise déprendrait autant du caractère et des idées de cette Leiel Osso que de la façon dont seraient assimilés nos arguments. Tant d’inconnues qui ne pourraient jamais être tirés au clair avant la rencontre avec la nouvelle Sous-Préfète de Raxus Secundus.

            Je saluai mes deux interlocuteurs avec un sourire respectueux avant de rejoindre mon bureau. Je me laissai choir mollement sur mon siège. Tout ça pour ça, croisant les bras, je finis par me masser lentement les tempes. Je n’étais décidément pas fait pour ce type de manœuvres politicienne, Eric avait raison et en fait, il y avait une sorte d’ironie dans la manière dont il avait asséné son propos, comme pour me montrer que j’étais déjà pris dans la nasse et que, sans m’en rendre compte, j’étais devenu le fusible de la délégation. N’étais-ce pas le but depuis le départ ? Je chassais cette pensée pour me concentrer sur ce qui pouvait encore être fait. Tous ces barons machiavéliques du secteur agricole avaient avancé leurs pions et sans m’en être rendu compte, j’étais mis échec et mat sans possibilité de faire machine arrière. Cette émotion passée, je ne pus m’empêcher de voir le gain que cela pourrait prodiguer…Si j’arrivais à convaincre Osso, ils seraient à leur tour mes obligés et je pourrais renverser la table. A moins qu’ils n’aient prévu autre chose, mais ça il était trop tôt pour le dire, j’allais avoir du travail, beaucoup de travail, pour bétonner un argumentaire dont je serais seul responsable.

            Il ne fallut que quelques minutes pour que Stacy apparaissent à nouveau, m’indiquant qu’un message était arrivé sur mon holocom. C’était un message personnel et donc je serais le seul à le lire. Une fois qu’elle fut partie et que je l’ai aidé à débarrasser le bureau des tasses de café, n’ayant même pas pu offrir de cigare à mes invités, je regagnai mon bureau. Le message était simple, laconique, quelques phrases pour m’indiquer que mon interlocuteur était au courant pour la rencontre avec Osso. Le message n’était pas signé et indiquait simplement la volonté de me rencontrer pour en parler. Peu de gens avaient la possibilité de me contacter personnellement, en général les nouveaux clients passaient par le secrétariat…Ceux qui avaient la possibilité de le faire étaient des proches ou alors des clients récurrents qui auraient signé leur message. Je listai dans ma tête les différentes possibilités : un concurrent écarté de la réunion ? Cela ne faisait pas vraiment de sens puisque cela était secret. Une manœuvre d’un des membres de la délégation ? Cela était déjà plus probable, quelqu’un qui n’aurait pas été convié à nos petites réunions préliminaires et qui serait effrayé à l’idée que ses revendications ne soient pas prises en compte. Si tel était le cas, le problème serait évacué rapidement puisqu’il suffirait de lui expliquer qu’il serait sollicité le moment venu. Après tout, je me devais de ne pas me faire d’ennemi. Ne pouvant trancher sur cette question, je répondais favorablement tout en indiquant que j’étais disponible pour une rencontre dans la journée.

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              #10

              Post n°10
              Auteur : Super PNJ

              La réponse d'Arnon resta sans retour. Etait-elle vraiment parvenue ? De fait, le message n'étant pas signé, il était tout aussi probable que la dite réponse se soit envolée dans l'espace, et perdue parmi les cieux, n'ayant pour conséquence qu'un simple vide dans une discussion qui n'était même pas encore entamée, avec un interlocuteur qui ne s'était même pas nommé, ni présenté. Autant dire que c'était le genre de conversation assez peu intéressante habituellement. Sauf que le terme « habituellement » n'avait plus vraiment cours, désormais. L'ancien Impérial venait de mettre le doigt dans un engrenage qui le dépassait tellement qu'il ne pouvait que voir le rouage qui s'apprêtait à lui broyer la main, et pas la machinerie tout entière à l'heure actuelle. Pourtant, aucun plan n'était infaillible, et il y avait forcément un bouton d'arrêt d'urgence pour le sauver. Cependant, il serait compliqué de le voir, à l'heure actuelle, surtout lorsqu'on panique à l'idée d'être englouti.

              L'idée même de ce rendez-vous en resta au projet, et la fin de la journée se déroula normalement pour Arnon. Nul doute que toutes ces discussions et ces projets allaient longuement trotter dans la tête de l'administrateur, et finalement se coupler et se marier avec cette sensation de suivi qui n'allait pas tarder à le reprendre. Car si le cerveau humain a ceci de merveilleux qu'il oublie ses soucis lorsqu'on parvient à se focaliser ailleurs, nos terreurs et nos peurs nous reviennent bien rapidement en tête dès lors qu'on a la tête ailleurs. Heureusement, le directeur avait beaucoup de choses à réaliser pour la suite des événements. Tout d'abord, il devait évidemment réussir à obtenir un rendez-vous auprès de Leiel Osso, ce qui ne serait pas aussi simple. Évidemment, avec le soutien des grandes entreprises planétaires, il avait un argument de poids, mais le bureau préfectoral croulerait sans doute déjà sous les demandes. Il pouvait très bien demander un rendez-vous auprès du préfet dès maintenant, tant que les choses n'étaient pas encore officielles, mais cela apparaîtrait comme une manœuvre bien étrange, et finalement assez suspicieuse. Il lui faudrait également réunir sa « commission », celle qui porterait les différentes compétences. Enfin, il était nécessaire de polir son discours.

              Eric et Han avaient été très clairs à ce sujet, tout en étant contradictoires. D'un côté, ils l'avaient enjoint (ou plutôt, forcé) à prendre la tête de cette commission indépendante, de l'autre, ils lui conseillaient de ne pas faire de politique. Mais c'était exactement ce qu'il s'apprêtait à faire. Une concession d'un côté pour récupérer une faveur de l'autre, un terrain d'entente à trouver, le tout à base de discours convenus et pleins de sous-entendus, qu'il lui faudrait maîtriser à la perfection. Heureusement que la nouvelle venue était aussi débutante que lui dans le domaine, cela équilibrerait les débats. Mais à l'inverse des vieux requins tels que Flere ou Roussimoff, l'un comme l'autre n'avaient pas nécessairement la culture du compromis. Les débats seraient intéressants.




              -Donc vous pensez vraiment qu'il fera l'affaire ?

              -Cela fait quelques années que je le suis de près ou de loin. Ne pas lui donner sa chance serait dommage. Si il réussit, tant mieux pour nous. Si il échoue, eh bien, nous explorerons d'autres options, elles ne manquent pas.

              -Je l'espère vraiment. Je n'aimerais pas que nous perdions du temps.

              -Ce ne sera jamais du temps perdu, Monsieur.

              Roussimoff se releva et serra la main de son interlocuteur. Etrangement, il avait un très bon sentiment à propos d'Arnon Vernel, ce sympathique mais bizarrement peu ambitieux directeur de bureau d'études. Cette nouvelle affaire ne manquerait pas d'exacerber ses ambitions, ou de le noyer totalement. En fonction de ça, son statut pourrait être revu. Il était difficile de lire sur le visage défiguré de l'homme, mais on pouvait aisément y voir un passé trouble, et surtout, une histoire compliquée. Pour autant qu'il le sache, Vernel s'était toujours refusé à l'évoquer. Mais était-ce simplement par pudeur, ou bien car il cachait autre chose ?



              Quelques jours après cette entrevue catastrophique (ou heureuse, selon le point de vue), les affaires d'Arnon avaient repris naturellement. Roussimoff avait fini d'envoyer les documents les plus importants et attendait désormais vraisemblablement le prochain mouvement du directeur. En d'autres termes, il avait toutes les cartes en main pour mener les choses à sa main.

              Kryann

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                #11

                Post n°11
                Auteur : Arnon Veral

                Le message demeura sans réponse, que ce soit toute la journée ou les trois jours suivants. Ce message n’était pas signé et je ne pus que rester sur mes gardes. J’étais observé, j’en étais certain désormais et cela me poussa à bousculer mes sacrosaintes habitudes. Le soir, je décidai d’appeler un chauffeur ou de prendre les transports en commun. Le matin, je modifiai mes horaires afin de faire mes allers et venues plus irréguliers. Enfin, je décidai de piéger ma porte en y coinçant un cale et en installant une petite caméra à l’entrée afin de prévenir toute intrusion. En tant qu’ancien membre du BSI , je ne pouvais que redouter les méthodes des agents ou des membres du renseignement. Car oui, loin d’être paranoïaque, c’était ce que je craignais le plus : un commando constitué pour m’arrêter en territoire de la confédéré. Se pouvait-il que quelqu’un ai retrouvé ma trace après toute ces années ? Cela paraissait hautement improbable car mon procès par coutumace avait eu lieu et surtout que le BSI avait été réorganisé lors de la chute de l’Empire Sith. C’était tout du moins ce que je m’étais dit durant ces années, mais au fond, j’étais bien obligé de reconnaître que je n’avais aucune certitude. Je ne savais pas jusqu’où pouvaient aller mes anciens collègues pour me retrouver et me faire payer ma désertion et mes crimes. Ces salopards n’auraient aucune pitié, tout simplement car ils seraient du bon côté du manche, pour avoir pratiqué cette politique pendant des années, je ne pouvais qu’admettre que ces gens-là n’auraient aucune limite. Les théories les plus folles, les machinations les plus tordues, les idées les plus extrêmes…Il y avait au sein du BSI ou de n’importe quelle autre entreprise de renseignement des gens rémunérés pour ça. Si je parlais d’autres entreprises de renseignement, c’était parce que cette possibilité-là existait aussi : le DSP ou les renseignements Républicains.

                Alors que j’avançais sur le dossier à transmettre à Osso, je demeurai hanté par cette idée d’être suivi, épié. Ah les pourritures, m’exclamai-je en mon for intérieur en imaginant un groupe d’agents en train de me filer ou d’écrire des rapports sur moi. Malheureusement, j’avais travaillé ma couverture au point de ne disposer d’aucune arme et de faire une croix sur mon passé. J’étais devenu Arnon Veral, au point d’avoir oublié Ludwig Noas. Mais Noas pouvait-il pour autant être considéré comme mort ? Malgré tous mes stratagèmes et tout ce travail de falsification d’identité, se pouvait-il qu’on revienne me demander des comptes ? Je m’étais évertué à recouvrir la réalité d’épaisses couches de mensonges et pourtant, je sentais que mon passé allait ressurgir. Mentir, trahir, tel avait été mon à partir du moment où j’avais rejoint le BSI, et cette réécriture permanente de la réalité, des faits, des actes de ma vie quotidienne ne m’avait jamais quitté. Ma vie avait été marquée du sceau du secret et les seules personnes à qui je disais la vérité étaient mes anciens supérieurs : des gens dont j’ignorais tout, jusqu’au nom, et qui recevaient mes rapports ou me donnaient des ordres laconiques. C’était ainsi que j’avais emmené à la mort des dizaines, des centaines de prisonniers en signant des ordres moi-même transmis aux sections particulières du renseignement Impérial. Je m’étais parfois demandé qui était aux commandes, qui donnait les ordres. Se pouvait-il que ces ordres infâmes ne soient que le fruit d’une machine infernale devenue folle avec plus personne à ses commandes ? Pourtant, j’avais appliqué à la lettre les directives, au début par pur opportunisme et par volonté d’avancement, par la suite par peur des représailles et enfin par pur automatisme. Je me revois à cette époque, je buvais beaucoup, les verrous moraux avaient sauté les uns après les autres pour m’amener à commettre l’indicible. Mes souvenirs étaient parfois flous, perturbés parce que mon cerveau était embué par les vapeurs éthyliques.

                Alors que les dates butoirs approchaient, j’étais de plus en plus perturbé par ces souvenirs qui rejaillissaient avec cette crainte d’avoir été retrouvé. Si le procès était bien évidemment une crainte, ce que je craignais plus encore, c’était ces souvenirs qui affluaient et me rappelaient ce que j’avais fait. Pourtant, je m’évertuai à maintenir un rythme de travail des plus soutenus. J’avais incorporé les différents documents de mes différents interlocuteurs tout en organisant ma stratégie et mes arguments. S’ils m’avaient tous confié qu’ils me faisaient confiance pour mener la délégation, il était clair que je ne pourrais pas tout maîtriser et que ma faiblesse serait identifiée : c’était l’aspect technique. J’avais beau être très bon pour les affaires administratives, j’étais bien loin de la connaissance d’un André Roussimoff qui avait une solide formation en agronomie et menait personnellement des recherches. C’était pour cela que j’avais fait le choix et le pari de déléguer cela à mes interlocuteurs qui fournissaient le dossier qui serait transmis au cabinet d’Osso. Pour ma part, j’axerai mes propres arguments sur le ressenti des agriculteurs et les conséquences en termes d’économie et de rendement des cultures de la politique menée par Dae’Mid. Si mes interlocuteurs m’avaient conseillé de ne pas verser dans la politique, je savais qu’à ce stade, je n’aurais pas le choix. Je faisais cependant le choix de ne pas critiquer trop durement la politique de Dae’Mid mais au contraire d’axer mon argumentaire sur le fait que ses mesures et son action étaient appropriées au début de son mandat, mais que la nécessité de réforme pour s’adapter à un nouvel environnement économique était pressante.

                Il me fallut encore plusieurs jours pour polir et terminer mon argumentaire, avec des allers-retours avec mes interlocuteurs, Roussimoff en tête. J’étais fin prêt. Je décidai donc d’envoyer un message à l’administration Osso par la voie officielle. C’était une demande d’audience de la part d’une délégation d’acteurs du domaine agricole. La demande était formelle et elle ne s’épanchait pas trop sur les raisons. Il y avait fort à parier que le cabinet d’Osso répondrait, puisqu’ils étaient les nouveaux venus et que leur position n’était pas encore favorable. Restait à savoir quand cela arriverait. Après avoir envoyé ce message, je basculais directement mes efforts et mon attention sur les expertises qui avaient pris du retard. Cela m’occupai l’esprit et m’empêchait de me focaliser sur mes vieux démons…

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                  Post n°12
                  Auteur : Leiel Osso

                  - Nouveau Message - URGENT

                  Vous êtes attendu au Palais Préfectoral le 17 katunda yelona à 14h15 pour votre entretien avec la Sous-Préfète Osso à 14h40.
                  Veuillez-vous munir des accréditations remplies et validées. Ces documents sont à faire authentifier au plus tard deux jours avant votre arrivée au Palais Préfectoral.



                  A l'attention de la Délégation aux Affaires Agricoles,

                  votre demande d'entretien a reçu un avis favorable de la Sous-Préfecture de Raxus Secundus. La Sous-préfète Osso vous recevra dans son bureau le 17 katunda yelona à 14h40.

                  Dans un souci d'interaction avec tous les acteurs du territoire, la nouvelle Préfecture s'attache à rencontrer les professionnels des grands secteurs d'activité de la planète. Votre engagement et votre savoir-faire ont été reconnus et vos avis nous intéressent.

                  Dans l'attente de vous recevoir bientôt,

                  Prospérité et Stabilité,

                  Leiel Osso


                  Veuillez trouver en pièce jointe les documents à fournir le jour de votre visite.
                  Pour tout renseignement, veuillez contacter le Bureau des admissions ou le Secrétariat de la Sous-Préfète (M. Delmach Sapoj - à ce poste).





                  Le datapad des invités à la réunion sonne. Le message est typique des courriers rédigés automatiquement. Touche plus humaine, la signature est une holocopie infalsifiable de celle de la Sous-Préfète.

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                    Post n°13
                    Auteur : Atreïs Helcar

                    Précédemment


                    Raxus Secundus. Planète agricole de moindre importance. Atréis s'était renseigné via l'holonet et était resté muet devant le peu d'informations qui en ressortait. Ses exportations n'étaient pas exceptionnelles mais suffisantes pour maintenir une économie stable. La population était relativement calme, les forces armées pratiquement inexistantes en comparaison de ce qui se faisait ailleurs, et finalement, le monde était des plus tranquilles. Les grandes entreprises faisaient dans l'agronomie, loin, très loin des grandes corporations qui finançaient largement la Confédération Séparatiste. Restait désormais à trouver le Petit Homme. Mais étrangement, il était plutôt confiant. Après tout, la planète était bien plus petite que Cato Neimoidia.

                    Confiant, il mit pied à terre. Et disparut dans les tréfonds de la capitale. Une traque de plus qu'il entendait mener à bien. De fait, il avait toutes les cartes en main pour retrouver son contact rapidement. Avec le peu d'informations dont il disposait, il avait déjà dressé un premier portrait-robot de celui qu'il cherchait, et il ne lui fallut pas plus de quelques heures devant l'holonet local pour établir une liste resserrée des principaux « suspects ». Il en était le premier surpris, surtout lorsque sa première cible se révéla être la bonne.




                    -Voici votre identifiant, ainsi que votre badge. Ne les perdez pas, je vous prie, les assistantes écervelées, j'ai assez donné.

                    La jeune fille brune à mèche blanche sourit poliment en réceptionnant ses accréditations de la réceptionniste de la Rock Cie, en compagnie de deux autres femmes. Nouvelle dans le service d'André Roussimoff, en qualité de secrétaire et dactylographe pour remplacer l'habituelle qui se trouvait être souffrante, elle avait pour mission de ne rien dire, et de laisser les responsables parler. Surtout aujourd'hui. Car l'homme, un important cadre de la société, devait se rendre au plus vite auprès de Monsieur Arnon Veral, un petit directeur de bureau d'études local, pour une affaire de la plus haute importance qu'on lui avait expliqué quelques heures plus tôt. Les principales entreprises agraires et agronomiques se regroupaient afin de faire porter leur message à la nouvelle sous-préfète, et le principal message était ce Veral. On le disait froid comme une lame, raide comme la justice, sans réelles attaches à Raxus Secundus autres que son travail.

                    Atréis maintient son sourire. Il avait gardé son accoutrement et son apparence, évidemment, se donnant l'air d'une jeune fille plutôt sérieuse, presque charmante, si on excluait les yeux noirs. En cela, il avait suivi les conseils de Petit Homme et se les répéta mentalement, tel un mantra :


                    -Une fois dans le service, parle le moins possible. Reste avenante, transparente, et tout ira bien. De toute façon, tu n'es là qu'en qualité d'observatrice, pour l'heure. Tu vas entendre quantité d'informations, dont la plupart ne t'intéresseront pas. Apprends à trier le bon grain de l'ivraie.

                    L'agent Petit Homme, en place depuis des années sur la planète, savait exactement de quoi il parlait, en particulier lorsqu'il s'agissait de la Préfecture. Sur un monde comme celui-ci, il y avait bien peu de vagues, et la situation actuelle était presque un tsunami dans son importance, quand bien même c'eut été une simple vaguelette sur un monde plus important. De fait, il comprenait bien qu'on ait envoyé un simple aspirant : rien de notable n'allait réellement se produire, probablement. Mais malgré cet état de fait, la CSI restait prudente. Le reste de l'entretien avait été consacré au reste de sa mission, d'une simplicité atterrante.



                    Lorsqu'Atréis emboîta le pas à André Roussimoff, il fut rapidement estomaqué par la longueur de sa foulée. L'individu était réellement impressionnant, dépassant franchement les deux mètres, et au physique de buffle. Néanmoins, il avait accueilli sa nouvelle « secrétaire » avec chaleur, et humanité, pourrait-on dire, tout comme ses deux proches associées. Il avait frappé dans ses mains légèrement, pour lui, ce qui aurait pu faire exploser la tête du Gurlanin sans même y penser.

                    -Parfait ! Par-fait ! Nous sommes donc au complet ! Allons-y, donc, Monsieur Veral doit déjà nous attendre. Ses avancées récentes vont nous permettre de progresser dans le dossier dont on vous a parlé ultérieurement.

                    Et il n'avait pas attendu. La navette avait traversé la ville, puis une partie de la campagne, pour s'arrêter tout près d'un vieux bâtiment, plutôt délabré, qu'on désigna comme le lieu de la réunion. Tout au long du trajet, Atréis était resté perdu dans ses pensées, ne répondant que par mono-syllabe aux rares questions. Mais pour une fois, ce n'était pas par simple misanthropie. Il se perdait dans la contemplation de ce nouveau monde inconnu. Après les hauteurs et le béton de Cato Neimoidia, le sable rouge de Géonosis, et les forêts luxuriantes de Qiilua, il était désormais dans un des centres agraires du secteur, Raxus Secundus. Quatre planètes, quatre lieux totalement différents. Quatre missions différentes. Dans le reflet, elle observa ses deux autres acolytes, une Humaine et une Twi'Lek, Jeanne et Sayrge, qui parlaient et riaient forts. Si elles savaient... En face, c'était Roussimoff. Inutile de revenir sur la solide impression qu'il avait fait à l'Aspirant.

                    Lorsqu'ils mirent pied à terre, André ouvrit le chemin. Il était désormais connu, étant donné le flux ininterrompu de documents qui avait transité entre son bureau et celui du Directeur des lieux, aussi, on ne fit pas spécialement de difficultés, et on appela rapidement le responsable. Il n'y avait plus qu'à attendre.

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                      #14

                      Post n°14
                      Auteur : Arnon Veral

                      La journée avait commencé comme des centaines d’autres pour moi. Finalement, lorsque j’étais revenu sur Raxus Secundus, cela avait semé stupeur et incrédulité auprès des collaborateurs qui me croyaient morts et avaient admis qu’AgroChrome allait être démantelé. J’avais sauvé l’entreprise de la liquidation et préservé mon bien des mains de l’état in extremis. Si je n’étais ni superstitieux, ni croyant, j’aurais quand même cette fois eu du mal à croire que cela ne relevait pas d’une sorte de Destin. Vasburg avait failli me mettre dans de beaux draps, une faillite économique et personnelle. J’aurais perdu mon appartement et mon entreprise, autant dire les seules choses qui maintenaient encore ma couverture. Mon système ne tenait encore que précisément car j’étais auto-suffisant et que personne ne pouvait me demander des comptes.

                      Alors quoi ? Vous pourriez sans doute vous dire que j’aurais eu une fête à mon retour à AgroChrome ? Non, après l’éphémère surprise, mes employés et mes collaborateurs étaient retournés à leur routine salvatrice, les rituels qui égrainaient et structuraient leur vie. Les soupirs d’étonnement et les questions discrètes avaient disparu au profit des bavardages insipides à la machine à café. Et moi ? Je donnais le change, comme à mon habitude, j’étais un très bon camarade de discussion, jonglant avec la banalité, inondant de petites formules toutes faites. J’ai toujours été fasciné par la capacité avec laquelle les gens pouvaient se satisfaire de ces conversations inutiles. Cela faisait partie de la comédie humaine, ou devrais-je dire, ça relevait plutôt de la tragédie. Malheureusement, au cours du temps, j’avais bien compris que je ne pourrais pas changer la nature des êtres conscients, en tout cas pas dans cette vie. J’avais donc repris ma place au sein de mes congénères, expédiant les affaires courantes, rattrapant les dossiers en retard depuis des semaines. Les agriculteurs qui étaient nos clients étaient sans doute les plus heureux de me revoir, ils avaient été horrifiés à l’idée de transférer leurs dossiers dans de plus grosses entreprises qui renégocieraient les conditions afin de transformer leurs petites exploitations familiales en succursales d’une production plus industrielle. C’était l’argument commercial d’AgroChrome, une entreprise qui restait à taille humaine et qui défendait les exploitations de petite taille et les appellations locales. Je ventais notre modèle économique et des prix compétitifs pour les denrées produites, mais en réalité, tout ça n’était que de la poudre aux yeux. J’avais suffisamment les bras longs pour connaître les responsables des multinationales qui rachetaient tout sur la planète et mon activité était tolérée, ils auraient pu nous asphyxier sur les prix de revente, mais là-encore, j’avais mes amis chez les distributeurs. On achetait la paix sociale, c’était précisément pour cela que j’avais accepté, plusieurs mois auparavant, d’aller face à la Sous-Préfète pour représenter notre secteur et avoir un politique agricole commune à toute la planète. Bien évidemment, je connaissais suffisamment les politiques et les décideurs pour ne pas me faire d’illusion quant aux conséquences de notre intervention.

                      J’aurais menti en vous disant que j’avais repris mes activités exactement comme avant. L’épisode avec Vasburg m’avait une fois de plus plongé dans le renseignement et membre du DSP. Etrangement, je n’eus plus aucune nouvelle d’eux, j’ai donc fait tout ce qu’on m’a demandé de faire, écrire des rapports réguliers envoyés par le canal sécurisé qu’on m’avait fourni. Le même type de rapports qui me fit remarquer du temps de l’Empire : clairs et concis, aussi ordonnés que percutants. Bien évidemment, il n’y avait pas grand-chose à raconter sur Raxus Secundus. Je les informais de la tendance politique, de ce que pensaient les agriculteurs et mes confrères, des taux de changes au sein de la planète. Un profane aurait pu se demander à quoi servaient de tels rapports, mais un initié aux Renseignements saura qu’ils sont essentiels. Il y a bien évidemment les chiffres officiels mais la réalité du terrain. J’ai appris au sein de ma carrière Impériale qu’il suffit d’une étincelle, même locale, pour réactiver les braises de la révolte…Ajoutez à cela un meneur pour souffler dessus et les conditions sont réunies pour que les problèmes commencent. Je me surprenais à penser à nouveau comme un membre du Département de Surveillance du BSI. C’était sans doute ce qui m’avait trahi auprès de Vasburg…Cette dernière avait tenté à tout prix de me soutirer des informations sur mon passé, mais j’avais résisté. Je commençais d’ailleurs à me demander si tout cela n’était pas qu’une vaste machination et que le DSP m’avait précisément recruté en vertu de mon expérience et de ma carrière passée. Le recrutement d’agents transfuges n’était pas une nouveauté, cela s’était toujours fait. Je chassais pourtant ces pensées lorsqu’elles revenaient me hanter, j’avais récupéré mes affaires et mon coffre-fort, si tout était à l’intérieur (mes souvenirs personnels compris…), je ne pouvais pas dire si quelqu’un avait réussi à les voir. Pour l’instant, j’avais rangé mon uniforme du DSP et mon arme dans le coffre-fort. C’était finalement mon seul espace personnel, mon seul refuge.

                      La journée avait donc commencé comme toutes les autres. Des bavardages inutiles et insipides sur les nouvelles voitures de luxe et me voilà sybarite malgré moi. Un compliment à la secrétaire qui avait changé de coupe de cheveux et une félicitation orale et discrète à un des employé dont la femme venait d’accoucher. Ayant fini ma revue des troupes, je m’enfermais dans mon bureau pour traiter les dossiers du jour. Appeler une exploitation maraîchère pour l’informer que nous avions terminé un plan d’action pour diminuer les traitements qui baissaient substantiellement le rendement de la pollinisation, écrire une lettre aux autorités de régulation pour faire accepter un label de qualité pour un autre client. Ces tâches s’enchaînaient, presque mécaniquement, je faisais ce travail depuis des années maintenant et j’avais appris à le faire efficacement. Efficacité et sobriété, tels étaient mes mots d’ordre. C’était ce qui m’avait d’ailleurs rendu aussi populaire auprès de mes collaborateurs, la discrétion et l’humilité. Je ne faisais pas de vague. C’est donc sur le rythme apaisant de la douce litanie des habitudes que ma journée se déroulait sans accroc. Je pris ma pause à midi pétante et trébuchante, comme à mon habitude. Déjeunant avec mes collaborateurs dans la salle de pause, je me faisais conciliant et aimable, pour finalement rejoindre mon bureau et m’y enfermer pendant les heures restantes. L’après-midi touchait à sa fin et il me restait pourtant encore une quantité importante de travail. Déjà, mes collègues commençaient à quitter l’entreprise, j’estimais qu’il me restait du travail pour environs une heure, me replongeant dans un épineux dossier où deux exploitations adjacentes tentaient de s’accorder sur la propriété d’un petit morceau de terrain.

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                        #15

                        Post n°15
                        Auteur : Super PNJ

                        Arnon fut dérangé brièvement dans sa lecture par un appel de son assistante. Il y avait là un droïde 3PO qui demandait à le voir pour lui donner un message de la part du gouvernement. Une situation qui pouvait bien devenir fâcheuse, au vu des derniers agissements de l'administrateur Veral... qui était supposé mort. Son retour sur Raxus Secundus avait effectivement provoqué quelques remous vite calmés, heureusement pour lui que la sous-préfète Osso avait été portée disparue des mois auparavant. La Force savait dans quel champ elle était partie batifoler au lieu de s'occuper de ses administrés... Toujours est-il que sans elle, il était plus simple de cacher ses agissements pour le compte du DSP et sa nouvelle appétance pour le renseignement.

                        Le pas mécanique du droïde se fit entendre à la porte et celui-ci attendit poliment l'autorisation pour entrer, et s'incliner autant que faire se pouvait compte tenu de ses articulations limitées. L'émail usé de sa carcasse métallique laissait à penser que la machine avait déjà bien vécu. D'une couleur argent passé, il était semblable à des dizaines d'autres modèles rien que sur Raxulon... Sa voix robotique retentit dans la pièce.


                        - Monsieur Veral, mon maître vous adresse ses hommages les plus distingués et espère que cette unité vous trouvera en bonne santé. J'ai un message à vous transmettre de sa part. Tout d'abord, il va de soi qu'il est navré de ne pas pouvoir se présenter en personne devant vous, comme cela eut été de rigueur. Malheureusement, il ne peut actuellement quitter son poste et devait absolument vous rencontrer. Pour votre information, toute cette discussion sera effacée de cette unité et votre bureau est sécurisé.

                        Le droïde fit une légère pause dans son discours pour laisser le temps à Arnon d'intégrer la chose. Il était évident que la machine évoquait là quelqu'un de militaire, qui connaissait son statut officieux d'Aspirant au DSP. Et surtout, qui savait comment le contacter.

                        - Mon Maître, qui se nomme Petit Homme, a été très récemment contacté par le préfet Dae'Mid de Cato Neimoidia qui dit avoir été victime d'un attentat contre lui. Il sollicite votre aide en tant qu'agent du DSP, sur le terrain, pour trouver les commanditaires de cet acte honteux à son encontre qui menace l'intégrité même de la classe dirigeante de la Confédération. Une navette a été affrétée à votre nom, et ce droïde réinitialisera sa mémoire avant de vous accompagner pour vous aider.

                        Les affaires reprenaient, déjà... Et il était temps pour Arnon de montrer réellement de quel bois il se chauffait.

                        Atréïs


                        Spoiler : Spoiler
                        HRP : Pour la suite : tu peux poster une dernière fois ici, puis sur [uurl=https://star-wars-rpg.soforums.com/t8888-Prendre-la-lumiere.htm#p95813]Cato Neimoidia[/url]

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                          #16

                          Post n°16
                          Auteur : Arnon Veral

                          Alors que je me plongeais dans une dernière relecture avant de terminer ma journée, mon assistante m’appela. Je fus surpris qu’elle fut encore là, il était tard et sans doute avait-elle été dérangée alors qu’elle-même rangeait ses affaires. Alors que je m’attendais à l’appel d’un client ou à un problème interne qu’un de mes collaborateurs n’aurait pas réussi à régler, on m’indiqua qu’un droïde 3PO voulait me délivrer un message gouvernemental. Je lui demandais alors de bien vouloir m’envoyer le droïde. Que pouvait bien me vouloir le gouvernement ? S’agissait-il du gouvernement local de Raxus Secundus ou de la CSI ? J’allais bientôt le découvrir, mais c’est dans un long soupir que je rangeai mes documents et éteignais mon ordinateur. Il était tard et une intuition me disait que je ne pourrais pas profiter de ma soirée. J’aurais été malhonnête en affirmant que cela était une réelle surprise, j’avais mis le doigt dans l’engrenage politique, qu’il soit local ou Confédéré, et désormais je n’avais plus le choix, je devais me plier aux ordres.

                          Le cliquetis métallique et la démarche dégingandée, presque boiteuse, d’un droïde 3PO qui n’était pas de première jeunesse m’indiquèrent que mon interlocuteur était arrivé. Le robot m’observa, son visage figé dans une expression presque guillerette. Ces droïdes étaient étranges, je m’étais toujours demandé ce qu’avait eu en tête leur concepteur. Ils étaient d’apparence humanoïde certes, mais leurs traits tirés et leur apparence bien trop métallique pouvaient interroger…Comment pouvait-on trouver ces machines sympathiques ou avenantes ? Dans un basic raffiné, sa voix synthétique déclama son message. Je portais ma main en me frottant le menton. C’était bien ce que je redoutais, il s’agissait bien d’une mission en rapport avec le DSP. Si des mois s’étaient bien écoulés depuis ma dernière interaction avec l’infâme Vasburg, je savais que mes rapports étaient lus, car je recevais les notifications. Avais-je été repéré ? Avais-je tout simplement réussi une sorte de test ? Je devais le reconnaître, les méthodes de la CSI ne m’enchantaient guère, mais Vasburg avait été claire, elle se doutait bien de quelque chose de concernant et je n’avais pas eu d’autre choix que d’embrasser leur cause. Au fond, surveiller et écrire des rapports, c’était ce qui m’avait sorti de l’usine et qui m’avait permis d’emprunter l’ascenseur social…Un ascenseur qui à défaut de m’avoir permis d’atteindre les sommets m’avait fait rejoindre l’enfer.

                          Je fronçais les sourcils à l’évocation d’un attentat contre Dae’Mid. Si je le connaissais moins bien que son adjointe Osso, j’avais rencontré le vieux haut-fonctionnaire à plusieurs reprises lorsqu’il avait reçu les représentants du monde agronomique sur Raxus Secundus. Il s’était toujours montré charmant, sa langue sucrée prononçait des paroles mielleuse…Un politicien habile qui savait se montrer extrêmement sympathique mais qui n’en faisait qu’à sa tête. Dae’Mid était très différent d’Osso, probablement car il était plus âgé et avait une plus grande expérience. Malgré ces travers, Dae’Mid avait toujours eu bonne réputation, c’était un homme sage et efficace et j’en venais à me demander qui aurait pu lui en vouloir au point d’attenter à sa vie ? L’option d’un conventicule à la solde de nos ennemis -au combien nombreux- n’était pas à exclure. Mais pourquoi s’en prendre à cet homme ? J’étais forcé de constater que je ne connaissais pas si bien Dae’Mid et que ses nouvelles fonctions avaient sans doute pu lui attirer un bon nombre d’ennemis. Après tout, le système politique de la CSI imposait des édiles Confédérés, ce qui était parfois mal vu dans certains mondes qui voulaient plus d’indépendance. J’ignorais totalement quels pouvaient être les problèmes locaux rencontrés par les fonctionnaires sur Cato Neimoidia. Remerciant le droïde, je lui demandais quelques minutes pour rassembler mes affaires et préparer mon départ. Ce dernier s’éclipsa.

                          Rassemblant mes affaires, je laissais un mot pour mes collaborateurs et prévenais mon assistante que j’allais devoir m’absenter. La partition avait été répétée plusieurs fois, mes fonctions gouvernementales comme conseiller officieux d’Osso me laissaient les coudées franches pour m’absenter sans avoir à trop me justifier. Ouvrant la porte de mon coffre-fort, je me saisissais d’un sac qui contenait mon uniforme et quelques affaires de rechange. Je m’élançais donc dans le couloir, suivant le droïde dont la mémoire avait déjà été effacée concernant la conversation.

                          A l’extérieur, je hélai le taxi que j’avais fait appeler et le droïde et moi nous dirigions vers l’astroport auquel il avait fait affréter un navette spécialement pour moi. A l’intérieur, j’évitais de me positionner trop proche du module de sauvetage…Réflexe hérité de ma dernière mission.

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                            #17

                            Post n°17
                            Auteur : Arnon Veral

                            J’avais fait un voyage plutôt long et pénible. Ma négociation avec Kalnietis sur la libération d’Ana Cynn s’était plutôt bien passée. Très courtois, le mafieux avait ardemment défendu ses positions et tout en restant aimable avait exigé un prix très élevé : au fond, pas vraiment de surprise à ce qu’il me permette de partir avec Cynn, cette dernière était en bout de course, bientôt il ne pourrait plus rien en tirer. Il avait simplement profité pour augmenter les marges dans un dernier coup d’éclat. J’avais bien évidemment payé, étant moi-même suffisamment riche pour me le permettre par mes activités commerciales. Le voyage avait été pénible, Cynn divaguait à cause du manque et j’avais chargé mon droïde de s’occuper d’elle. Une fois sur Raxus, je l’avais conduite à un des locaux que je louais et qui était vacants. J’avais fait venir des infirmiers pour qu’ils s’occupent d’elle et trouvent un traitement de substitution pour qu’elle ne souffre pas trop des effets de manque. Je décidai de m’occuper de Cynn plus tard, j’avais bien d’autres choses à faire.

                            J’avais fait appeler Juan, un des employés, pour qu’il vienne me chercher dans Raxulon avec un des véhicule de l’entreprise. Nous avions traversé la banlieue pour arriver à AgroChrome. Une fois à l’intérieur, même si je ne m’étais absenté que deux jours, je pus constater le soulagement de Stacy qui semblait maintenant exagérément soucieuse pour ma santé. Ramenant une boîte de chocolats et de friandises de mon voyage d’affaire, j’avais attiré les employés qui profitaient de m’avoir sous la main pour me faire part de leurs doléances. Elles étaient nombreuses : clients ayant appelé pour avoir des retours sur un dossier épineux, décisions à prendre, formalités administratives. Je n’avais pas rattrapé tout mon retard depuis mon décès présumé et les clients qui maintenant savaient que j’étais bien vivant m’inondaient de messages. Je m’approchais de Stacy qui était resté derrière le bureau d’accueil pour chercher quelque chose dans le courrier, elle me tendit une enveloppe cartonnée qui avait le sceau de la préfecture.

                            -Vous avez reçu cela pendant votre absence. Comme il y a l’entête de la préfecture, j’ai pensé que c’était plus important que le reste.

                            Je remerciais Stacy qui avait souvent tendance à trop en faire et à trop s’inquiéter, je ne voulais pas qu’elle se perde dans de nouvelles élucubrations. La réception d’une telle lettre devait déjà avoir mis le feu aux poudres des ragots qui parcouraient l’entreprise. Je prenais ensuite la longue liste de messages et d’appels qu’elle avait reçu, tout en prenant le temps de discuter avec mes employés et en leur présentant mon nouveau droïde de protocole qui serait très utile au sein de l’entreprise. Une fois cela terminé, je me saisissais de mon sac dans lequel j’avais plié mon uniforme et je rejoignais mon bureau. Cette petite pièce, avec une étagère et une bibliothèque à mon dos, avait quelque chose de rassurant, je me sentais en sécurité ici, au fin fond des locaux d’AgroChrome, c’était mon espace personnalisé. Je jetais également un coup d’œil au coffre-fort qui se trouvait à côté de mon bureau, ce dernier contenait mes seuls effets de valeur.

                            M’asseyant sur le siège de cuir, face au bureau en bois massif, je soupirais, me massant le visage. Les quarante-huit dernières heures avaient été éprouvantes et penser à tout le travail que j’allais devoir abattre afin de pouvoir rattraper mes absences me déprimait encore plus. Séquentiellement, j’organisais sur mon bureau les différentes requêtes. Je passais les coups de téléphone les plus urgents, signais les documents qui ne pouvaient pas attendre et me plongeais dans les dossiers qui nécessitaient mon expertise ou mon avis. Je terminais une première série en fin d’après-midi, appelant Stacy pour qu’elle puisse disposer des documents qui devraient être envoyés à la Préfecture, aux autorités compétentes de régulation ou aux clients qui avaient demandé des expertises ou des études sur leurs propres cas. Je me demandais si nous ne devrions pas recruter encore, au moins afin de pouvoir avoir de l’aide avec les clients qui se multipliaient. Ces nouveaux clients avaient d’ailleurs toujours les mêmes requêtes : des requêtes administratives et légales, ils cherchaient à exister et à avoir une assistance dans un marché Raxien de plus en plus gangréné et bloqué par les procédures administratives de la Confédération. Il était vrai que la CSI avait durci ses directives, dans un objectif de contrôler les productions. Le système devenait de plus en plus autoritaire et c’était toujours sous couvert du bien.

                            Une heure plus tard, je me rendis compte que je n’avais pas ouvert la lettre de la Préfecture. Me saisissant de mon coupe papier, je décachetais soigneusement l’enveloppe. Le faire-part était de qualité, la calligraphie soignée et une partie était écrite à la main. C’était une invitation personnelle de la Sous-Préfète. L’évènement aurait lieu quelques jours plus tard et semblait particulièrement prestigieux :


                            Préfecture de Raxus Secundus,

                            Madame la Sous-Préfète Leiel Osso,

                            A le plaisir de vous inviter à l’inauguration du nouvel Arboretum Xenobiologique de Raxulon, le 16 Zhellday melona à 11h20.

                            Heureuse de vous compter parmi les vivants !

                            Leiel Osso

                            A cet instant, je vous mentirais si j’affirmais que je n’avais pas été heureux en lisant cela. La Sous-Préfète m’invitait personnellement à venir à une inauguration : les dirigeants d’autres entreprises auraient tué père et mère pour avoir ce type d’invitation personnelle. En effet, en général les politiciens faisaient très attention à ne pas donner des impressions de collusion, c’était pour cela qu’il n’invitaient les chefs d’entreprise que lors des délégations ou dans des endroits très privés. J’avais pendant des années cherché à me rapprocher de l’administration de Dae’Mid sans succès, et voilà qu’Osso m’invitait personnellement, signant avec son nom et son prénom. C’était une aubaine que j’aurais eu tort de ne pas saisir. Je n’y voyais pas encore clair dans les projets d’Osso, mais elle semblait avoir des aspirations plutôt souverainistes, ce qui était relativement iconoclaste au sein de la CSI, surtout pour un monde mineur comme Raxus Secundus. On parlait d’ouverture de structures militaires et de lois locales sur l’agriculture et les marchés extérieurs. Beaucoup avaient moqué son jeune âge lorsqu’elle était arrivée au pouvoir, mais Osso avait été longtemps au sein de l’administration Dae’Mid, il n’y avait donc aucune surprise à ce qu’elle se révèle redoutable et efficace sur les questions techniques. La plupart des politiciens idéalistes finissaient par se heurter à leur mauvaise connaissance du terrain et des leviers politiques et économiques, mais Osso semblait être une technicienne hors-pair, capable de prendre des décisions tant sur la politique économique qu’agricole ou sur la sécurité. Pour l’instant, il était bien trop tôt pour juger son action et savoir si elle aurait la profondeur pour durer, mais elle semblait être capable de ménager la chèvre et le chou puisque ni la population, ni la CSI ne l’avait cloué au pilori. Sans doute jouait-elle sur les dissentions qui existaient entre ces deux groupes, les manifestations s’étaient en effet multipliées sur Raxus Secundus pour protester contre les directives de plus en plus strictes de la CSI et de l’autre côté, la CSI urgeait les responsables locaux à prendre leurs responsabilités. Il était très probable que Leiel Osso essaie de satisfaire les deux partis : donner de la souveraineté à Raxus Secundus tout en imposant les agendas principaux de la CSI. C’était intelligent, mais pour l’instant, nous ne pouvions rien conclure. J’avais encore un peu de temps pour me préparer, la date était quatre jours plus tard.

                            Je saisis un papier à lettre de mon côté, et de ma plus belle écriture, je rédigeais la réponse comme le voulait la convenance. Saisissant mon encrier, je la remerciais de son invitation et informais que je me joindrais avec plaisir à l’évènement. Signant, je laissais l’encre noire sécher avant de replier soigneusement la feuille de papier et de la replier dans l’enveloppe maintenant cachetée. Je demandais à Stacy de faire parvenir ma lettre par coursier à la Sous-Préfecture, la feuille comme l’enveloppe étaient d’une qualité exceptionnelle. J’avais déjà une idée de ce que je porterais : un costume complet vert avec veston croisé, cravate autour du col d’une chemise blanche et mocassins de cuir. Je rajouterai une pochette de soie aux motifs brodés. L’étiquette serait importante, mais pour l’instant, je devais me concentrer sur mon travail en retard.

                            Dix ans auparavant, bordure extérieure,

                            Nous avions fait le tour du propriétaire des usines et Cigella avait été horrifiée par l’état de délabrement des infrastructures locales. Les travailleurs œuvraient à même le sol, les machines rouillées semblaient d’un autre temps et la sécurité et l’hygiène étaient des concepts vides de sens pour les autochtones. Rapidement, Rec avait fait son spectacle habituel, enjôleur et convainquant, il avait embarqué la Zeltronne dans son véhicule. Rec n’avait pas été très précis sur les chiffres, Cigella n’était de toute manière pas très sensible à cet argument, mais il avait fait parler le facteur humain, l’organisation. Il avait invoqué des accords locaux avec le gouverneur de la planète : Selim Varicus, qui avait lui-même signé des contrats avec les administrations. Mon ami était habile, il avait sorti de nombreux documents pour appuyer son propos et avait argumenté qu’en tant que membre du Département de Surveillance, il ne pouvait rien faire. Loin d’agacer le Lieutenant-Colonel Cigella, cela l’avait motivé à dîner avec le gouverneur Varicus le soir-même. Nous avions donc quitté l’usine qui produisait des batteries et des munitions pour blaster, un travail répétitif et hautement automatisé -le seul que pouvaient remplir les autochtone- pour le palais du désormais Gouverneur de ce monde. Sur le chemin du retour, Rec avait pris Cigella dans son véhicule, plaçant quelques traits d’esprit qui faisaient glousser la Zeltronne comme une adolescente. La scène était pathétique et aurait pu m’importuner, mais je savais que ce qui se jouait était bien plus important. Qu’il couche avec elle si cela l’amusait, mais qu’il ne touche pas au rendement des usines sous ma responsabilité, je comptais bien rafler une promotion grâce à mon travail fait ici et nous permettre ainsi de quitter cette maudite planète.

                            Nous avions pris le temps de revêtir nos plus beaux uniformes. Cigella n’était pas en reste, coiffée d’un chignon et ayant revêtu un uniforme de gabardine fine qui avait dû lui coûter bien plus que sa solde le permettait. Elle-aussi devait avoir des combines, voire des revenus. Une activité à côté ? Un mari riche ? Un héritage ? Je peinais à analyser la psyché de cet étrange personnage, mais pour l’instant, je la voyais batifoler avec Rec sans réellement céder à une quelconque avance tacite. Nous nous mîmes en route vers le palais de Varicus, un immense bâtiment de pierre qui avait servi à un seigneur local où flottait maintenant un imposant drapeau Impérial. Là où les jardins regorgeaient auparavant d’herbes folles, la végétation était ordonnée et entretenue, nous pouvions voir des jardiniers, coiffés de leur chapeau de paille, en train de s’occuper de l’immense demeure. Quel gâchis, cette main d’œuvre aurait pu servir autrement, mais c’était le système Impérial, nous ne pouvions rien y faire. Des domestiques autochtones nous accueillirent et nous fûmes invités à entrer.

                            C’est dans un salon à l’ambiance feutrée par les essences précieuses qui recouvraient les murs et le plafond qu’aurait lieu le repas. La table avait été recouverte d’une nappe blanche où des assiettes de porcelaine aux armoiries impériales semblaient bien loin de la réalité du front de nos soldats qui combattaient à quelques centaines de kilomètres d’ici pour écraser les dernières poches de résistance de ce monde. Varicus était à l’autre bout de la table, son ventre imposant l’obligeait à éloigner la chaise du rebord de la table et je m’étais toujours demandé comment on avait pu lui tailler un uniforme alors qu’il dépassait le quintal pour sa petite taille. Un crâne déplumé coiffait un visage bouffi et poupin, souvent fendu d’un sourire ahuri et débile. Mais il ne fallait pas s’y méprendre, Selim Varicus était ce que je décrirais comme une « véritable saloperie ». Administrateur zélé, Varicus avait su louvoyer parmi les institutions impériales, et, au gré des trahisons et des alliances, il avait rejoint le système politique pour briguer des postes de gouverneur. A presque quarante-sept ans, cet homme qui ressemblait à un croisement entre un porc et un lutin avait réussi à prendre le contrôle d’une planète impériale, écartant tous ses ennemis. On disait qu’il avait placé un de ses fils, son cousin et même sa belle-famille à des postes-clefs de l’administration de plusieurs planètes. Alors que j’étais moi-même perdu dans le jeu d’apparence de cette soirée, Varicus rit de bon cœur à une blague de Rec.

                            J’aurais été de mauvaise foi si j’avais résumé la carrière de Varicus à une simple opportunité, à de la chance et de l’opportunisme. Cet homme était dangereux, nous l’avions compris immédiatement lorsque Rec et moi l’avions rencontré. Il n’était pas un simple politicien, mais le type d’homme capable de vous briser par un simple coup de fil, quelqu’un qui avait un réseau très important. Nous avions appris que Varicus avait fait fortune dans l’industrie textile. A l’avènement de l’Empire Sith, il avait été un des premiers à proposer des contrats à la nouvelle administration, produisant uniformes et tenues de travail, Varicus avait su profiter de contrats étatiques juteux. Bien évidemment, cela ne lui suffisait pas et l’industriel avait d’autres visions : il voulait entrer dans ce milieu politique. Prenant de l’envergure et des contacts, il était rentré dans l’administration impériale et avait gravi les échelons. Aujourd’hui, il avait des contacts dans divers organes, on parlait également de contacts avec les Siths, les vrais. C’était l’avantage de cet homme qui n’avait ni principe, ni morale, il était capable de s’adapter, de se faire apprécier. Flattant l’ego de ses amis comme de ses ennemis, il n’hésitait pas à trahir et à voler. C’était un fripon doublé d’un bandit au sens strict, pas celui des holofilms à la mine patibulaires, arme à la ceinture, mais d’un autre type. Le type qui manigance, l’intriguant qui complote.

                            Il convient ici pour moi de faire une pause dans la narration pour vous donner un conseil, chers lecteurs. Que ce soit clair, vous m’avez sûrement jugé et c’est de bonne guerre, nous ne nous connaissons pas. Nous serions sans doute très méfiants l’un envers l’autre si nous nous rencontrions, précisément car ma narration m’a amené à livrer certains secrets. Mais après tout, nous avons tous des cadavres dans les placards non ? Je vais donc prodiguer ce conseil qui vous sauvera la mise, car même s’il y a des limites à ma bienveillance, je suis un homme bon. Méfiez-vous des hommes comme Varicus, ce sont de loin les plus dangereux. Lorsque vous en identifierez un, ne l’attaquez jamais frontalement, jouez le naïf, feignez de rentrer dans son jeu. Mieux encore, si vous avez la chance de le voir faire des erreur, faites comme si vous n’aviez rien vu et conservez un sourire de circonstance. Vous aurez ainsi un dossier contre cette personne et plus le dossier sera important, plus vous serez en mesure d’éviter les intrigues. C’est ce que nous avions fait avec Rec, nous avions lentement accumulé des preuves qui n’avaient pas été difficiles à trouver : Varicus était corrompu, il allait voir des prostituées et acceptait des pots-de-vin. Ne vous y méprenez pas, il connaissait également nos combines et notre latitude avec les procédures et les règles, mais nous avions de quoi faire tomber Varicus et il le savait. De mon côté, j’étais prêt à agir à la moindre occasion, à savoir à le poignarder dans le dos, mais surtout à faire ça par derrière, comme ça il n’aurait pas su que c’était nous. Nous tenions ce porc par les ********, c’étiat pour cela qu’il faisait attention à ne pas nous contrarier. Pour l’instant, tout le monde jouait le jeu et ses petits yeux porcins étaient rivés sur la belle Zeltronne, non pas qu’elle l’attirait, mais précisément par méfiance. Le phacochère était en lisière du bois, il humait l’air face à ce nouvel animal qui venait de faire son apparition, l’homme-cochon qu’il était utilisait son flair pour savoir si cette nouvelle venue était une potentielle complice ou une ennemie. Vous pourriez vous dire à ce stade qu’il aurait fallu aller arrêter cette ordure, acculer ce tas de merde, mais comme je vous l’ai déjà dit, nous n’étions pas dans un holofilm et ce genre de sinistre personnage gagne souvent à la fin. Si nous étions prêts à le faire tomber, ce n’était bien sûr pas par charité ou par volonté du bien suprême -ce genre d’argument ne tient qu’en société pour se donner bonne conscience- mais bel et bien pour nous prémunir d’une de ses trahisons. Le goret sourit à nouveau, partant dans une nouvelle discussion dans lesquelles il racontait sa difficile tâche de gouverner ce monde qui n’était pas encore civilisé. On nous avait servi des mets délicats, du steak et des patates rôties, alors que nos soldats n’avaient que de la soupe et du riz.

                            -Dites-moi Lieutenant-Colonel, quelles sont les nouvelles de l’état-major. Ont-ils entendu parler de nouvelles industries dans la région ?

                            Le goret était malin, il savait toujours se positionner par rapport à ses intérêts. En acculant ainsi Cigella, il l’obligeait à répondre, je soupçonnais ce repas de n’être qu’une mise-en-scène pour servir son ambition. Là où au départ, j’avais vu là les marques d’un protocoles, je comprenais alors que Varicus avait tout orchestré et pensé à l’organiser après notre visite des usines précisément pour pousser Cigella à se plaindre de la condition des travailleurs. Ce fils de chien avait prévu de nous faire porter le chapeau pour la mauvaise condition de vie des autochtones tout en demandant un développement industriel. Cigella n’était probablement qu’un rouage d’un mécanisme qu’il avait pensé à plusieurs niveaux, tenant un discours cohérent à plusieurs responsables. Ainsi, la nasse de calomnies se refermerait sur nous. Rec comparait souvent cette masse informe à un Gamorréen, réflexion faite, je le trouvais beaucoup plus hideux qu’un Gamorréen. Cigella lui asséna un sourire poli, avalant une bouchée de notre luxueux repas.

                            -Eh bien, comme je vous l’ai déjà expliqué, c’est la raison pour laquelle je suis là. Nous devons d’abord faire un état-des-lieux précis de la situation ici. Nous devons savoir quels sont les besoins et comment effectuer une transition qui permettrait de traiter les travailleurs selon nos nouveaux standards diplomatiques. Nous verrons ensuite pour le tissu industriel.

                            Le visage porcin de Varicus se perdit dans une moue contrariée. Cet homme était dégoûtant et comme j’avais pu le prédire, il tentait de tirer les marrons du feu :

                            -C’est bien dommage pour la planète. Je demeure convaincu que nous pourrions faire énormément avec un peu plus de matériel et d’infrastructures…Travailler ensemble à suivre vos directives également. J’ai proposé plusieurs choses, soumises au Capitaine Noas et au Commandant Ornaz, malgré toute leur bonne volonté, nous restons tributaires de l’agenda du BSI qui gère ces questions de travail.

                            Le goret s’était une fois de plus positionné, écrivant une ode à sa gloire. Ce dernier n’avais jamais signé aucun papier, il n’émettait aucun ordre. Certains disaient que c’était pour ne pas se mouiller, mais c’était plus pervers que ça, c’était pour pouvoir adopter une position magnanime, se positionner comme celui qui avait les solutions. Je jetais un coup d’œil à Rec qui semblait s’amuser cyniquement de la situation, après tout, il ne nous avait pas chargé. Cigella l’avait écouté poliment et conclut, me mettant la main sur la manche.

                            -Vous avez tout à fait raison, mais si ces questions sont laissées au BSI, n’est-ce pas précisément pour éviter toute dérive ? On peut en effet regretter les décisions unilatérales, mais l’avantage de la bureaucratie ici est la traçabilité des directives. Le Capitaine Noas a rendu tous ses rapports et l’état-major du BSI est au courant de tous les efforts qu’il a déployé, avec le concours du Commandant Ornaz, pour satisfaire les plans économiques. Ils ont bien fait, suivi les ordres comme tout officier impérial doit le faire, mais aujourd’hui, nous changeons de cap. Il y a une volonté de mettre un tour de vis, c’est pour cela que je vais devoir inspecter toutes les archives…Y compris les vôtres.

                            Rec afficha un sourire carnassier et moi, je ne pouvais que m’amuser de la situation. Le Gouverneur Varicus avait régné en maître sur son petit empire et maintenant sur ce monde pendant des mois. Il avait amassé une fortune par le biais de conflits d’intérêts et d’autres irrégularités pendant des années, mais maintenant, il allait tomber en disgrâce. Là où de telles allégations de la part d’un agent du BSI auraient effrayé n’importe quel responsable politique impérial, Varicus sourit poliment. Loin d’être affecté, le pourceau affirma que ses archives étaient ouvertes à tous les responsables Impériaux et qu’il n’avait rien à cacher. Le reste du repas se déroula dans la même bonne ambiance. Varicus avait ouvert ses archives et rien n’était ressorti, il avait été très intelligent et avait plusieurs coups d’avance, comme à son habitude. Nous avions bien évidemment des preuves contre lui, autant qu’il en avait contre nous et dans cette omerta commune à la mafia et à la politique, nous avions décidé d’un statu quo, laissant Cigella dans la belle illusion de la synergie entre les services. Y croyait-elle vraiment elle-même ?

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