Dans l'ombre
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Post n°9
Auteur : Arnon VeralL’ambiance était désormais différente. Vasburg semblait se décongeler un peu. Il n’était pas étonnant qu’elle n’ait rien à dire sur Osso, c’était bel et bien le propre des renseignements que de compartimenter. Au BSI, les choses fonctionnaient comme ça aussi, dans tous les processus de prise en charge, de filature et même d’élimination, chaque rouage avait son rôle à jouer, parfois ignorant totalement l’existence même des autres rouages. Nous étions les pions entre les mains d’organes d’encadrement opaques. Vasburg avait un grade apparent de Lieutenant -même si c’était sans doute sa couverture- il était évident à mes yeux qu’elle était un agent de terrain, probablement avec des tâches subalternes. Après tout, c’était aussi ce que j’était au BSI, mon grade de Capitaine était suffisant pour prendre des décisions à mon échelles mais je n’avais aucune vision à long terme des objectifs du Bureau. Cependant, la jeune femme avait utilisé l’occasion pour me poser des questions sur mon ressenti concernant Osso. C’était une bonne manœuvre, très intelligente. L’agent qui se trouvait face à moi ne perdait pas le nord et ne déviait pas de ses tactiques.
-Notre entrevue fut trop courte pour en juger. Je dirais qu’elle semble jeune et idéaliste, du moins c’est l’image qu’elle veut donner, mais bon il est trop tôt pour avoir un avis tranché. En tout cas, elle semble vouloir mettre du corps à l’ouvrage. En tout cas, nous n’avons pas suffisamment échangé pour qu’elle me dévoile ses parts d’ombre…Mais lorsqu’elle le fera, je vous promets de vous faire signe.
Le sarcasme était évident, et je rendais un sourire sincère à Vasburg. Sur le fond, c’était le signe que j’avais intégré que maintenant, nous étions dans le même camp. Elle et moi allions devoir travailler ensemble et la mission qui m’avait été confiée était des plus délicates. Trouver le bon équilibre entre la Délégation et les initiatives privées avec Osso était un casse-tête. Si je perdais le contact avec Osso, je perdrais la face envers la délégation qui me ferait sauter comme un vulgaire fusible. Si je faisais preuve de trop de liberté dans mes négociations avec Osso et que les termes des accords ne satisfaisaient pas les autres membres de la délégation, je pouvais m’attirer les foudres des plus gros groupes du secteur agricole de Raxus Secundus. Dans les deux cas, je ne jouais pas simplement ma position au sein de la Délégation, mais aussi mon avenir professionnel. J’avais mis des années à développer ce bureau d’étude, à redresser et moderniser AgroChrome et maintenant j’étais à l’abri financièrement, mais si je perdais ce matelas confortable, je pouvais me retrouver à la rue et voir d’autres conséquences bien plus sérieuses apparaître. Gagner et faire une négociation fructueuse n’était un objectif suffisant, je devais éviter d’être frappé d’anathème. Car si je perdais tout, il était évident que le DSP aussi retirerait ses billes. Vasburg ne m’avait fait aucune proposition sérieuse, je n’étais qu’un candidat parmi tant d’autres, un informateur. Il n’y avait aucune pitié à attendre de ces gens.
Perdus l’espace de quelques secondes dans ces pensées, je réalisai à quel point Deurteiker et Flere avaient eu raison : ma situation était extrêmement délicate et il n’était pas simplement dans mon intérêt que les choses réussissent…C’était la seule issue convenable pour moi. Les autres membres de la Délégation me tenaient et ils le savaient, Osso avait probablement aussi flairé ma position inconfortable. Je n’étais cependant pas résigné à laisser ces gens jouer avec moi et m’utiliser pour manœuvrer le camp adverse. Ma stratégie était toujours la même, convaincre Osso que la négociation était dans l’intérêt de Raxus Secundus, pas simplement le fait de lobbies. D’un autre côté, je dévoilerai les avancées au compte-goutte à la Délégation tout en gardant quelques atouts dans ma manche et en ne les informant pas des moyens employés pour cela. Il me suffirait de rendre compte en même temps au DSP. L’équation s’était considérablement complexifiée, car elle comportait maintenant trois variables : la Délégation, la Sous-Préfète Leiel Osso et le DSP. Trois partis qui n’hésiteraient pas une seconde à me briser les choses tournaient mal. Je serais le bouc émissaire idéal. J’avais été piégé, et voulant servir un intérêt supérieur, on m’avait mis en première ligne. Il subsistait cependant une zone d’ombre avec Osso, qui pour moi serait la plus sensible à l’intérêt général. C’était mon meilleur espoir dans toute cette mayonnaise qui prenait beaucoup trop vite à mon goût. Je devais garder le contrôle des négociations avec elle, lui délivrer les éléments les plus convaincants et ainsi mettre les meilleures chances de convaincre de mon côté. J’étais extirpé de mes pensées par Vasburg qui me salua, confirmant une fois de plus qu’elle resterait dans les parages.
-Je vous remercie pour votre sollicitude et pour les informations, Lieutenant Vasburg. Nous resterons en contact et je vous remettrai mon rapport au plus vite. Je vous souhaite une agréable fin de journée.
Le sourire était une fois de plus sincère, presque commercial. J’en avais terminé avec l’entretien avec Vasburg. Même si les informations étaient légères, j’en savais plus que ce qu’on aurait pu croire au premier abord. Ainsi Rock Cie avait été infiltré par le DSP, et cette institution recrutait des civils. C’est très intéressant.
Informations complémentaires :
A la lecture du dossier d’Arnon Veral, Vasburg comprendrait que les choses étaient relativement légères, mais que tout était en ordre. Veral était né sur Coruscant, il avait fuit pour les mondes indépendants, travaillant quelques temps dans le fret de marchandise. Quelques mois avant la bataille de la Forge Stellaire, profondément anti-impérial, il s’était porté volontaire pour combattre aux côtés de l’Alliance Rebelle et avait été incorporé comme engagé dans une des escouades d’infanterie qui avaient été débarquées sur la Forge, dans les premiers instants de la bataille. Les troupes rebelles étaient tombées sur des stormtroopers aguerris qui les avaient mis en déroute. Veral avait été fait prisonnier de guerre et fait du travail forcé pour le compte du BSI alors que la bataille était en cours. A la fin de la bataille, il avait été rassemblé avec d’autres prisonniers par des officiers du BSI qui comptaient les éliminer. Lors du carnage, Veral avait été blessé à ma tête par une explosion et il avait réussi à désarmer un des deux officiers du BSI qui liquidaient le groupe pour finalement les éliminer tous les deux. Par la suite, Veral avait été libéré et récupéré par les troupes de la C.S.I., il avait donné son numéro de matricule, son histoire et une rapide enquête tant auprès des forces Rebelles (pour contrôler son matricule) que sur le lieu et les circonstances dans lesquelles il s’était échappé lui avaient donné raison. Veral avait ensuite fait une demande de visa auprès de la C.S.I. et été transféré sur Raxus Secundus dans un hôpital militaire. Il avait fini par obtenir la citoyenneté et trouver un travail dans la société AgroChrome, reprenant des études d’ingénieur agronome, pour finalement racheter la société.
Le fait d’être le seul survivant de son groupe de prisonniers pouvait paraître étrangement, mais cela pouvait aussi relever de la coïncidence. Une photographie des corps des deux officiers du BSI, face contre terre, sur le ventre, était jointe au dossier, l’un d’eux n’avait plus sa casquette et son visage n’était pas visible. L’autre officier avait été immédiatement identifiable d’après le dossier, il s’agissait du Commandant Rec Ornaz, officier fanatique des Opérations Spéciales Impériales qui avait fait partie du dernier carré défendant la Forge Stellaire. Ornaz avait été poursuivi pour plusieurs chefs d’accusations, dont la liquidation de prisonniers. Tout concordait et Vasburg aurait du mal à trouver quelque chose contre Arnon Veral dans son seul dossier. -
Post n°10
Auteur : Atreïs HelcarPour la troisième fois, le commandant de caserne regarda la carte en soupirant, puis son interlocutrice. Il n’y avait pas de doutes possibles à avoir, mais la situation l’agaçait au plus haut point. Cela faisait des années qu’il était sur Raxus Secundus, et jamais il n’avait été sollicité pour ce genre de choses. Vingt-cinq années de carrière dans la tranquillité la plus totale, à organiser vaguement quelques rondes, quelques moments de surveillance. En d’autres termes : farniente absolue, et surtout, pas de vagues. Sur une planète aussi perdue que celle-ci, c’était à peine si des soldats étaient nécessaires, de toute façon, personne ne s’intéressait à ce caillou dérivant dans l’espace. Et voilà qu’on venait briser sa routine négligemment, en se cachant derrière une tenue négligée (qui porte encore un blouson de cuir, franchement ?) et un sourire charmeur. La vérification n’avait pas pris longtemps : Elfriede Vasburg devait avoir tout ce qu’elle demandait, ordre direct des supérieurs du Commandant Ethan Parker. Des cibles mobiles, l’accès au champ de tir, des munitions, et par-dessus le marché, un adversaire ?! Pour qui se prenait-elle, celle-là ? Elle devait avoir à peine trente ans, si ce n’est moins, semblait catapultée sur ce fichu monde de la veille, et affichait pourtant une assurance de tous les instants. Ses yeux étaient si noirs qu’on distinguait à peine la pupille de l’iris, et on pouvait presque y voir une étincelle de raillerie. Les mains enfoncées dans les poches, un sourire moqueur, les cheveux négligemment coiffés en une longue tresse qui retombait sur son épaule, tout indiquait au militaire que cette fille-là allait l’ennuyer sévèrement. Ou alors, c’était l’imposant fusil de précision DLT-20A qu’elle portait dans son dos.
Depuis son arrivée, elle était debout dans le bureau principal, immobile, attendant que le Commandant ne se décide soit à l’envoyer paître, soit à accéder à ses demandes. Elle n’avait dit que ça. Un bonjour enjoué, la présentation de sa carte, et ses doléances. Depuis, elle patientait, et ça faisait enrager l’homme. Sa manière de se tenir, alors qu’elle devrait être au garde-à-vous… Mais c’était presque lui, qui y était… De toute façon, il n’avait pas le choix. Ordres directs venant d’au-dessus. Il devait s’y plier.
-C’est d’accord, Lieutenant. Mais je veux un inventaire complet de ce que vous avez utilisé, des balles tirées, des cibles, du matériel… tout.
-Vous savez très bien que je ne peux pas accéder à cette demande, mon commandant. Je vous remercie.
Parker était à deux doigts d’exploser. Voilà qu’elle répondait pour le provoquer, désormais ! Mais qui était cette femme dont il n’avait jamais entendu parler ? Elle le salua à peine avant de tourner les talons, et s’il ne put s’empêcher d’avoir un regard appuyé sur son fessier, cela ne le calma définitivement pas. Elle savait qu’elle était en position de force, et en profitait, cette garce. Il décrocha son holocomm’ et avertit son subordonné en charge de l’armurerie. Dans sa main, le combiné semblait à deux doigts d'être écrabouillés en tout petits composants.
-Tu me gardes un œil sur tout ce qu’elle fait. Pigé ?
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Pourtant, la femme brune n’était pas décidée à mettre le bazar. Au contraire. Libéré de ses contraintes pour quelques heures, l’aspirant 8913 avait décidé de les mettre à profits pour se dérouiller quelque peu. Les considérations politiques qui l’accaparaient et l’accapareraient à nouveau bientôt lui avaient donné mal au crâne et il avait besoin de retrouver ses sensations premières, celles qu’il affectionnait par-dessus tout : le tir, la chasse. Et ensuite, il lui fallait un adversaire. Son séjour sur Cato Neimoidia lui avait fait comprendre qu’il n’était pas au point lors des duels au corps-à-corps, et il fallait bien qu’il se décide à s’entraîner, surtout sous cette forme. Bien différente de celle d’origine, il n’avait pas les mêmes sensations. Les muscles, les mouvements, la vision, les réflexes, tout était modifié, et encore maintenant, il avait du mal à s’y habituer. Il n’escomptait pas avoir une grande résistance sur cette base, s’il se fiait à la tête du Commandant, mais sait-on jamais…
Il avait obtenu sans mal les cibles qu’il avait demandées, les faisant disposer à des distances de plus en plus lointaines : cinquante, cent, cent cinquante et deux cents mètres. Positionné en hauteur, sur une petite butte, il surplombait le champ de tir. La crosse de son fusil calée entre son cou et son épaule, il réglait soigneusement la lunette de visée en fonction de la première cible, la plus proche. Le temps était idéal, la température légèrement fraîche, le soleil masqué par quelques nuages qui obscurcissaient à peine le ciel bleu de Raxus. La brise caressait doucement la peau du Lieutenant, qui prit un temps pour l’apprécier. Il y avait un peu de Qiilura sur cette planète résolument rurale, fermière, qui n’avait que peu d’industries et peu de raisons d’intéresser les puissances étrangères et internes. Pourtant, les choses semblaient changer avec l’arrivée de cette nouvelle sous-préfète. Les événements à venir seraient sans doute suffisamment importants pour que le DCRS s’en soucie. Mais est-ce que cela le concernerait, il ne pouvait pas le dire.
Il inspira longuement, expirant par le nez. Une petite routine qu'il avait assimilée au cours des différents exercices de tir qu'il avait eu, sur Géonosis. Les conditions étaient nettement plus compliquées, là-bas, entre la chaleur écrasante, le soleil de plomb qui brûlait les rétines et chauffait le métal de l'arme, le vent incessant qui faisait tourbillonner le sable des plaines, sans compter l'absence d'éléments de végétation qui rendait impossible le camouflage : tireur d'élite sur Géonosis était un réel sacerdoce. Et en même temps, cela formait mieux que n'importe où ailleurs. Son œil se posa sur la lunette, la proximité familière de la lentille avait un côté rassurant, comme si le fait d'être derrière son arme changeait la face du monde et le déroulement de l'Histoire. Son doigt se posa sur la détente. La frôlant presque sensuellement, il réalisait à cet instant qu'il pouvait justement faire basculer des histoires, et d'autant plus maintenant qu'il avait intégré le DCRS. Il était couvert, protégé. Le canon se dirigea lentement vers la première cible, extension de la volonté du Gurlanin, prêt à répandre son habituel déluge de feu.
Le bruit résonna alentour. Le choc du percuteur se fit ressentir dans le bras de l'agent, et le recul de l'arme l'obligea à raffermir temporairement sa poigne sur la crosse et le canon. Autour de lui, l'herbe bruissa légèrement, comme une réaction à son tir. Le laser à haute vélocité avait jailli de la bouche du fusil, fusant droit vers la cible. Manqué. De peu, certes, mais manqué malgré tout. Il y avait dans cet échec comme un rappel de sa condition, finalement. Tout lieutenant qu'il fut officiellement, il n'en restait pas moins un simple aspirant, qui devait donner le change devant un autre. Avec réussite, il l'espérait, en tout cas plus que sur son dernier tir. Il tâtonnerait, c'était une certitude, comme il allait devoir le faire pendant quelques secondes avec son arme pour finalement toucher sa cible. Dans un cas comme dans l'autre, il y avait tellement de paramètres, de variables, qui changeaient d'une cible à l'autre, qu'il lui faudrait devenir un expert, un spécialiste, pour espérer atteindre ses cibles du premier coup. C'était toute la difficulté de la chose. Un échec pouvait signifier sa mort, pure et simple. Il n'avait pas le droit à l'erreur, mais devait se former à travers elle. Laissé à son libre-arbitre, il allait devoir se former seul. Sa main attrapa la lunette et la régla. Il ferait preuve de patience. Son prochain coup serait dans le mille... -
Post n°11
Auteur : Atreïs HelcarFaire un rapport, faire un rapport... Il en avait de bonnes le commandant ! Un rapport sur quoi, exactement ? Sur la manière dont elle tirait ? Sur la façon dont tout son corps semblait se mêler à son arme pour se mouvoir avec élégance ? Sur son... enfin voilà, quoi ! Le Lieutenant Elfriede Vasburg était une bonne tireuse, c'était sûr, et de là où il était, le Sergent armurier Walter Extar, pouvait voir qu'elle empilait les coups au but pour peu d'échecs. Oh, bien sûr, on pouvait toujours faire mieux, tirer plus vite, plus précisément, mais pour une femme qui semblait aussi jeune, la performance était déjà pas loin d'être excellente. Et puis, ce n'était pas si désagréable à regarder... Elle était loin des canons de beauté qu'on voyait dans les holofilms et aurait paru physiquement bien fade à côté, mais il y avait une sorte de magnétisme envoûtant dans ses yeux et se manière de se déplacer. Comme si on était obligé de la regarder. Ou bien était-ce que l'homme ne voyait que peu de femmes dans le coin ? C'était également une possibilité.
Atréis avait conscience d'être observé. Le sergent armurier, qui avoisinait allègrement la cinquantaine, ne l'avait pas lâché du regard alors qu'il choisissait soigneusement ses chargeurs. Ce n'était pas par jeu qu'il prenait son temps, mais bien par inexpérience. Soupeser le pour et le contre, s'assurer de la bonne compatibilité... Tout cela prenait encore du temps. Et l'autre ne lui lâchait pas la grappe, le suivant jusqu'au champ de tir, sans aucune discrétion. L'aspirant essayait de s'enlever de la tête cette distraction, qui l'agaçait légèrement, mais il n'y parvenait qu'à moitié. Sans laisser paraître son énervement, il avait empilé les tirs, pendant une demi-heure, une heure, deux heures, alternant les cibles, de plus en plus vite au fur et à mesure de son entraînement. Ses gestes étaient plus fluides, plus sereins, plus expérimentés, tout simplement. En somme, il prenait confiance en son tir.
Ce fut après ces deux longues heures qu'il se releva enfin. Chargeurs vides, il était légèrement transpirant du fait de la concentration qu'il s'était acharné à maintenir. Une légère moue s'affichait sur son visage. Encore trop souvent, il manquait sa cible, à son goût. La perfection ne viendrait qu'avec le temps... Et du temps, pour le moment, il en manquait. Si cette petite excursion avait été bénéfique, il lui fallait malgré tout bientôt reprendre la route. Mais avant ça… Il avait un petit compte à régler, avec ce sergent qui se pensait discret… Et surtout le commandant du camp. Qu’ils n’aient pas confiance était une chose, qu’ils le suivent en était une autre qu’il n’acceptait pas. Et il leur préparait une petite surprise… A sa manière.***
-Vous dépassez les bornes, Lieutenant ! Et vous outrepassez vos droits ici ! Il est absolument hors de question que j'accepte... ça !
-Pourtant, vous le ferez, Commandant. Je n'apprécie pas d'être espionné, encore moins aussi mal, pour le compte d'un militaire aigri. Il n'était question que d'une aide, et vous en faites une affaire personnelle. Sur ma planète, les comptes se règlent en direct. Ou préférez vous que j'informe votre hiérarchie de votre attitude ?
Ethan Parker blémit soudainement. Le ton de la femme avait brusquement changé. Avant, il était doux, posé. Là, il était glacial, et menaçant. Suffisamment pour qu'un militaire de carrière qui n'avait vu que des choux dans sa vie ne s'en inquiète. Atréis le trouvait de plus en plus antipathique, en plus d'être d'une lâcheté sans bornes. Le commandant se liquéfiait à vue d'oeil, et si cela ne le surprenait pas, ça avait le don de l'agacer.
-Je vous attends dans la cour intérieure. Sans faute. Vous, et votre armurier.
Son aplomb suffit à rendre muet Parker. La femme venait purement et simplement de les défier tous les deux, en même temps. Alors que cela faisait des années qu'il ne s'étaient pas entraînés, ils n'avaient pas eu d'autre choix que d'accepter, car elle menaçait d'en reférer à qui de droit. Et il était hors de question que les autorités supérieures débarquent ! Mais il n'en resterait pas là. Il avait le bras long. Suffisamment long pour la faire renvoyer. Il devait plier, aujourd'hui, mais demain, ce serait elle qui casserait. Avec rage, il intima à Walter Extar de se présenter, et lui expliqua la situation rapidement. Lui aussi blêmit mais comprenait le problème de la situation. -
Post n°12
Auteur : Atreïs HelcarAtréis s'étirait dans un coin de la cour. Ses yeux noirs, dissimulés en partie par sa chevelure de même couleur, étaient rivés sur ses futurs adversaires, dardant des regards mauvais. Leur attitude lui avait souverainement déplu, et il comptait bien leur faire comprendre. Et pour cela, quoi de mieux qu'un petit entraînement amical ? Après tout, il avait demandé à ce qu'on lui trouve un adversaire, et voilà qu'il en avait deux. A leur allure, ce ne serait sans doute pas passionnant. Le Commandant masquait une légère bedaine sous son uniforme et semblait déjà légèrement essoufflé, alors que rien n'avait été commencé. Le sergent armurier, lui, semblait plus en forme, mais était ridiculement gringalet pour un soldat expérimenté. A côté, Atréis, pourtant pas le plus costaud, faisait figure de monstre physique. Mais l'essentiel n'était pas là. Il avait besoin de se sentir vivant. Il avait besoin de transpirer un bon coup. Et de frapper quelque chose pour expurger toute la tension qui l'habitait depuis son arrivée sur Raxus. C'était là une chose à laquelle on ne pouvait pas se préparer. L'extrême concentration qu'il avait du garder à chaque seconde l'avait fatigué, plus que de raison, et l'avait conduit à se demander comment se détendre. Finalement, la réponse venait d'elle-même.
Sans les quitter des yeux, il se releva. Sans dire un mot, il s'approcha. Il était prêt, et il espérait au fond de lui, pour eux, qu'ils étaient prêts aussi. Pour l'occasion, il avait abandonné sa tenue civile. Face aux militaires se tenait la Lieutenant Elfriede Vasburg, en uniforme de combat. Le pantalon ajusté sous des bottes de cuir qui arrivaient en dessous du genou, le haut suffisamment serré pour laisser libre les mouvements, ses cheveux coiffés en une rapide queue de cheval, elle avait une autre attitude que lors de son arrivée. Concentrée, déterminée, elle leur tourna le dos, faisant craquer sa nuque.
Pour le Gurlanin, c'était une occasion supplémentaire de s'habituer à ce corps qui lui était encore étranger à certains moments. Il s'en était rendu compte sur Cato Neimoidia lorsqu'il avait du se battre dans le noir. Moins rapide, moins précis, il avait subi une bonne partie du duel. Pas question que la situation se reproduise. Lorsqu'il se retourna, ses deux adversaires étaient debout. Avaient-ils une stratégie ? Sans doute pas. Il fléchit légèrement les genoux, se tourna légèrement, regardant en face de lui. Comme on lui avait appris. Inspiration longue. Expiration. Les bras le long du corps, mains ouvertes. Le dos très légèrement voûté. Et il attendit. Quelques secondes. Juste assez pour que Walter Extar perde patience. Etrange, Atréis aurait pourtant parié sur le Commandant en premier, qui le haïssait viscéralement, à son regard. Le poing fit mine de s'abattre sur la joue du Lieutenant, qui esquiva en faisant un simple pas de côté. Juste ce qu'il fallait pour obliger le Sergent a se faire emporter par son élan, et juste ce qui était nécessaire pour parer l'attaque du commandant. Son bras se mit en opposition de celui du grassouillet qui essayait de le prendre par surprise, alors qu'il pliait légèrement les genoux pour amortir le choc. Dans le même mouvement, il les déplia immédiatement pour repousser l'autre avec un air de défi.
Il venait précisément d'avoir la confirmation à ses doutes. Enlisés, embourgeoisés sur cette planète sans histoires, ils en avaient perdu leurs réflexes et leurs qualités de combattants. Finalement, la leçon serait multiple. Le plus haut gradé revenait déjà à l'attaque. Son pied se dirigeait droit vers le ventre d'Atréis, qui se décala, et attrapa la jambe. Sans le lâcher, son coude opposé descendit droit vers le genou. Le coup résonna dans le bras du Gurlanin, et le cri de douleur de son adversaire lui parvint bien vite aux oreilles, non sans une certaine satisfaction.
Avec un sourire en coin, il se retourna immédiatement vers le sergent, qui se remettait tout juste en place. A nouveau, il para l'attaque, un coup de poing mou qui s'écrasa dans le creux de la main du Gurlanin. Il serra les doigts, suffisamment pour l'empêcher de se dégager immédiatement, et tira vers lui avec force, tout en se décalant de nouveau sur le côté. Mais cette fois, son genou partit directement vers le ventre de l'homme qui se plia en deux, souffle coupé. A peine le temps de comprendre, qu'Atréis l'empoignait aux épaules, et son front vint percuter le nez du malheureux qui se brisa dans un craquement sinistre.
Un hors combat. L'autre était en train de se relever en se tenant le genou.
-C'est bon ! C'est bon... Assez !
-Assez ? Je suis à peine échauffé, Commandant.
Il vint le saisir au col avec une douceur presque insultante, finissant de le relever pour ensuite le relâcher, froissant son uniforme de combat qui n'avait pas été utilisé depuis sans doute des années. La lueur malsaine qui s'était manifestée dans les yeux d'Atréis semblait se calmer quelque peu.
-Vous aviez demandé des adversaires, vous les avez eu ! Maintenant, laissez nous en paix !
-Des adversaires, oui, pas des enfants apeurés. J'espère que le message est suffisamment clair, désormais, et que vous vous tiendrez hors de mon chemin et de mon sillage.
Il ne répondit pas. Les yeux noirs ne le lâchaient pas, et il finit par se contenter d'un signe de tête de soumission. Le pire affront pour un gradé séparatiste qui n'en avait que le nom. Aux yeux d'Atréis, c'était un exemple à montrer dans toutes les écoles d'officiers pour leur faire comprendre ce qu'il ne fallait pas faire. Un lâche, un trouillard, un planqué. Il avait envie de l'éviscérer sur place. Il lui tourna le dos avant que son instinct ne prenne le dessus. Il ne doutait pas que cette petite excursion laisserait des traces, mais ce n'était pas plus mal. Il forgeait un caractère à Elfriede Vasburg. Droite. Féroce. Indépendante.
-Foutue Cette femme est méprisable mais n'entâchez pas sa réputation par une insulte odieuse !... T'entendras parler de moi...
Atréis se retourna à peine, regardant le gradé avec un sourire, juste avant de partir.
-Et j'espère que vous ne m'oublierez pas, Commandant. -
Post n°13
Auteur : Atreïs HelcarAtanae Tel’Illma tenait à sa vie privée. Pas de mauvaise expérience, uniquement un mantra auquel elle se tenait, pour garder toute son efficacité au travail. La jeune femme avait montré à de nombreuses reprises son efficacité, et c’était dans sa sphère intime qu’elle trouvait les ressources pour repartir chaque jour à l’assaut des montagnes de dossiers. Une vie bien ordonnée, bien compartimentée, que rien, ni personne, ne pouvait venir déranger. Evidemment, cela pouvait conduire à quelques moments de flottement, comme lorsqu’elle avait retoqué sa désormais ex-collègue, devenue sous-préfète au prix d’une ascension ahurissante, mais au moins, elle avait la paix. Et c’était tout ce qui comptait.
Surtout, cela lui permettait de faire ce qu’elle voulait en dehors de son travail, loin de ses collaborateurs et supérieurs, loin des regards, loin du jugement. Car, pour un esprit aussi cartésien, aussi ciselé, c’était là sa plus grande crainte : être jugée négativement par les siens. Elle haïssait le reproche, car elle détestait se rater. La moindre défaillance de sa part lui était insupportable, aussi faisait-elle tout pour qu’un reproche reste unique. Jusque là, Dae’mid, et Osso après lui, n’avaient rien eu à lui dire. Normal. Le premier l’avait formée, et elle avait aidé la seconde, alors même qu’elle n’était qu’une jeune assistante paniquée. C’était bien pour ça que Dae’mid l’avait rappelée, d’ailleurs. La transition s’était faite avec certains heurts, mais globalement, elle avait été plus douce qu’escomptée. Et pour Atanae, c’était un retour aux affaires courantes.
Une fois le travail terminé, souvent tard le soir, elle retournait chez elle, dans son appartement dans la périphérie de Raxulon. Un trajet en transports en commun suffisamment long pour lui permettre de passer de la sphère professionnelle à sa vie privée. Toujours. Puis une longue douche chaude, suivi d’un repas frugal, et de lectures passionnantes, philosophiques ou politiques. En de rares occasions, elle sortait boire un verre. Un seul, avant de rentrer. L’équilibre était parfait, elle n’avait besoin de rien d’autre. Ce soir-là était un des rares où elle avait l’envie de sortir un peu, s’aérer l’esprit et s’enivrer d’un alcool local léger. Elle avait ses habitudes dans un troquet local, qui pour l’occasion revêtait des habits de lumière. Une sorte de soirée spéciale, qui faisait la part belle à des danses exotiques, et à des chants polyphoniques dont elle ne reconnaissait pas l’origine. Elle hésitait à rentrer chez elle, du coup. Le bruit lui était difficilement supportable, et elle n’apprécierait pas son verre. Et en même temps, elle en avait envie. Tant pis. Elle poussa la porte du bar, et s’assit dans un coin, un peu à l’écart du reste des locaux qui s’amusaient. La jeune femme passait inaperçue, ce qui lui allait bien. Elle se demandait ce qu’elle faisait là.
Ses yeux se tournèrent vers la piste de danse. Il y avait un peu de monde, et chacun bougeait à son rythme. Là où certains étaient d’une sensualité suave, d’autres étaient franchement ridicules, mais surtout, la plupart s’en fichait totalement. Ils étaient au-delà de ça. Certains dans une optique de séduction, d’autres qui ne voulaient que se dépenser. Derrière chacun, se disait Atanae, il y avait une histoire, une raison à leurs trémoussages irréguliers, qu’ils dissimulaient derrière les sourires et les chants. Un instant, elle regarda son verre. Une fraction de seconde, elle se demanda si elle ne manquait pas elle-même une occasion. Elle n’avait jamais su danser, et n’avait jamais eu la volonté d’essayer. D’ailleurs… avec qui le ferait-elle ? Elle s’ébroua mentalement. Elle n’en avait pas besoin, c’était une certitude. Elle termina son verre et s’apprêta à se lever, lorsqu’elle se figea. Devant elle, une jeune Humaine se dressait. Pas bien grande, le teint pâle, habillée sommairement. Une veste en cuir dans laquelle elle gardait les mains enfoncées dans les poches. Un léger sourire timide s’étalait sur ses lèvres. Ses cheveux noirs tombaient en partie sur ses yeux, en quelques mèches rebelles, mais pas suffisamment pour les masquer. Ils étaient si noirs que sa pupille ne se distinguait pas de son iris, si noirs qu’on avait l’impression de se plonger dans l’obscurité de l’Univers. Atanae s’ébroua à nouveau. Au milieu des stroboscopes, des lumières, la jeune fille semblait irréelle. D’ailleurs, d’où sortait-elle, elle ne l’avait vue nulle part avant ce moment. Etait-ce l’alcool ingéré trop vite ou autre chose ? Atanae ne savait plus ? La voix lui parvint, douce, enjôleuse, alors qu’elle lui tendait une main :
-Tu partais ?
Elle ne sut quoi répondre. Le tutoiement soudain. La chaleur amicale… non, pas amicale, différente. C’était comme si ça venait d’un autre monde. Elle ne pouvait pas lâcher ce regard noir, si noir, dans lequel il lui prenait l’envie de se noyer. Atanae sourit. Elle n'avait aucune idée de qui ou quoi était cette étrangère, pourtant à cet instant, ça n'avait pas d'importance. Elle ferma les yeux un instant puis les rouvrit, comme pour se persuader qu'elle hallucinait. Mais non. La jeune femme était toujours là, patientant, immobile, et son sourire s'élargit, en réaction à celui de la Wroonienne qui venait d'apparaître. Elle ne comprenait décidément pas ce qu'elle faisait, à cet instant précis, mais sous une impulsion soudaine, elle prit cette main tendue, se levant.
Les lumières flashaient toujours plus, l'aveuglant, l'empêchant de remettre ses idées en place, avec pour seul guide cette main brûlante de la jeune femme, qui pressait gentiment ses doigts. Elle la vit se retourner, la regarder dans les yeux. A nouveau, elle se perdit dans ce regard d'ébène, à en perdre la raison, le sens des réalités et du temps qui s'écoulait. Elle sentit deux mains sur ses hanches, la pression contenue sur sa peau à travers les vêtements. Elle se retrouvait pendue au cou de l’autre, au milieu des autres. Rien n’avait d’importance, personne ne la regardait, finalement, et elle se laissa finalement aller lorsque les lèvres se frôlèrent. Qui était-elle ?
Le noir.
Puis le jour. C'est ce qui réveilla Atanae en sursaut, lorsque le soleil matinal de Raxus se posa sur sa joue. En sueur et en panique, elle tâta le lit à sa droite, puis à sa gauche. Seule. Comme toujours. Qu'est ce qu'elle avait fait hier soir ? Assise, elle se pressa les paumes des mains sur les yeux. Essayer de se rappeler ce qu'elle avait fait. Le bar, le verre, la danse... Il y avait autre chose. Par instinct, elle regarda ses mains, puis les frotta l'une contre l'autre. Il y avait quelqu'un d'autre. Pas ici, mais la veille. Il y avait eu quelqu'un avec elle, tout ce temps. La Wroonienne retomba en arrière. Pourquoi n'arrivait-elle pas à se souvenir ? Se souvenir de quoi ? Avait-elle... rêvé ? -
Post n°14
Auteur : Atreïs HelcarAtréis avait quitté le bureau et la sous-préfecture sans un regard en arrière, que ce soit pour le bâtiment, l’occupante des lieux, ou plus simplement pour Atanae Tel’Ilma. Le Gurlanin emportait avec lui le mystère de cette dernière nuit, ce que la Wroonienne avait pu dire ou faire, ce qu’elle avait découvert, et plus globalement, un souvenir la hanterait longtemps. L’humanoïde ne la reverrait sans doute jamais, et le métamorphe n’en avait cure. Tout ce qui lui important, à lui, c’était sa mission. Il était venu pour récupérer des informations et avait obtenu ce qu’il attendait. Son avis sur la délégation, ce qu’elle avait pu faire de ses premiers jours en tant que gouvernante, et se faire son propre avis sur la femme et sur Arnon pour le compte de la CSI. Ses pas le menèrent directement au Kassava, là où il était attendu pour un dernier entretien.
-Alors ? Verdict ?
-Comme vous l’attendiez, Monsieur.
Elle s’assit en face de son interlocuteur, s’étirant lentement tout le regardant dans les yeux.
-La sous-préfète Osso semble assez circonspecte vis à vis de sa position dans la CSI. Elle considère ma simple présence comme une ingérence de la Confédération dans ses affaires et a été fortement contrariée d’apprendre ce que nous savions déjà. Mais je ne sais pas si c’est pas simple manque d’expérience et parce qu’elle était destabilisée, ou juste parce qu’elle cache des choses. Je ne suis pas certaine que ce soit bien important, cela dit. Ses prochaines actions nous en diront bien plus longs.
-Je suis d’accord avec vous, Lieutenant. Venons-en à votre nouveau collègue, Veral. Sachez que j’approuve de l’envoyer aussi rapidement sur le terrain, mais je me demande si le mettre entre les mains de la Légion Amber était une bonne chose. Nous le verrons bien vite, j’imagine.
-C’est la meilleure expérience qu’il pourrait avoir. Mais je crois également qu’il fallait l’éloigner de Raxus Secundus. Il s’est très vite rapproché de la sous-préfète, au point qu’elle voulait lui proposer de prendre une place de conseiller. Du reste, je n’ai rien appris d’extravagant à son sujet, si ce n’est qu’il a un passé qui me semble bien obscur et dans lequel nous pourrions être amenés à creuser. Je sais, j’ai lu son dossier, mais quelque chose dans son attitude me semble incohérente. Je n’ai pas d’indices, juste un pressentiment. Mais gardons l’oeil sur lui.
-Ce sera compliqué, Aspirant. Il est parti pour un moment et dans un endroit inconnu. Mais là n’est pas la question. Avez-vous appris autre chose ?
-Rien d’important, Monsieur. La délégation a ses entrées au gouvernement et dans les différents cabinets, la sous-préfète a un œil sur Monsieur Roussimoff et du reste, elle me semble préoccupée par les problèmes de sa planète et ses habitants. Je doute qu’elle se mêle immédiatement d’affaires extérieures. Et quand elle le fera, elle aura les intérêts de Raxus à l’esprit.
-Bien. Vous avez fait du bon travail, Aspirant. Mais votre temps sur Raxus est révolu, maintenant. J’ai reçu des ordres pour vous, vous allez partir pour Utapau. Là-bas, vous serez à nouveau contactée par nos services. Vous partirez dès que possible.
La jeune fille brune ne fit qu’acquiescer. A nouveau jeté sur les routes hyperspatiales, il allait découvrir un nouveau monde, de nouvelles perspectives et une nouvelle mission. Tout cela l’éloignait encore un peu de Qiilura. De son propre monde, des siens, et de son objectif. Ses pensées se dirigèrent vers son monde natal et ce qu’il avait laissé derrière. Suffisamment longtemps pour que son interlocuteur ne prenne pas la peine de saluer. Lorsqu’il revint à lui, il était seul, à nouveau, encore. L’instant suivant, ses pensées revinrent à Atanae. Deux êtres solitaires qui s’étaient croisés. Ce qu’il s’était passé resterait entre eux, et plus assurément, dans sa tête à lui. Nulle part ailleurs. Puis il s’ébroua, chassant ces pensées de sa tête. En se levant, il reprit ses affaires, son arme. Direction le spatioport, pour laisser derrière lui Raxus Secundus. -
Post n°15
Auteur : Atreïs HelcarPrécédemment
Atréïs avait écouté la demande, ou plutôt, la supplique de Sief Saad pour lui demander de rejoindre la salle du Conseil. Mais il n’en avait cure. L’attitude des Raxiens à l’égard de la Confédération avait été la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Il avait été indolent, permissif, même avec ses propres troupes, June en avait été la preuve. Si les séparatistes ne voulaient pas respecter le grade et l’uniforme, ils respecteraient la terreur qu’il leur inspirerait. Ses yeux noirs se posèrent sur le secrétaire qui ne semblait jamais tarir de paroles enjôleuses. Mais ça ne fonctionnerait pas. Pas sur lui. Un fin sourire finit par orner les lèvres de la commandante Aureliana Irons.
-Dites à Madame Osso que je suis très occupée également. Le Sergent King s’occupera de ce qu’il faut.
Puis il tourna les talons sans regarder en arrière. Son sourire disparut aussitôt. L’avenante commandante allait laisser la place à une forme bien plus sombre, bien moins sympathique. Il était temps que la Lieutenante Vasburg refasse son apparition. D’un pas énergique, il s’en retourna vers le Prédateur, alors que son IA, elle, travaillait sur ce fameux Conseiller qui se pensait manifestement tout permis. Les excuses n’étaient plus une possibilité, désormais, pas après une si longue carrière.
40 ans de service auprès des différents Conseils de la planète. 40 ans de politique, de loyauté arrangeante et fluctuante, et sans doute tout autant d’arnaques, de jeux dans l’ombre, de conflits et de complots en coulisses. Bergen n’était plus rien suite à sa démission, et Atréïs entendait bien le lui faire comprendre, tout comme il en ferait un exemple pour la population de cette planète qui ne demandait qu’à être mise au pas. Contrairement à ce que pouvait bien dire la sous-préfète, il était persuadé que les mots de Bergen étaient pensés, et que toute cette soi-disant colère n’était qu’un jeu de plus au service des petites rixes locales. Mais si Raxus Secundus sollicitait l’aide de la CSI, elle se devait également d’en assumer les conséquences et d’en respecter les règles.
Rapidement, il avertit Tregar qu’il ne passerait que peu de temps à bord du vaisseau, lui demandant de lui trouver une navette pour la demeure de Bergen, dans Raxulon. Une résidence à hauteur de son ancien rang, où on lui confirma qu’il s’était rendu, sans doute pour ruminer une quelconque vengeance à l’encontre d’Osso. Peu lui importait, vraiment. Se glissant dans la peau de Vasburg, il sortit sa tenue habituelle. Haut simple, veste de cuir, pantalon large, bottes de marche, la Lieutenante était plus proche de la contrebandière qu’autre chose à cet instant. A l’exception près du fusil qui ornerait bientôt son épaule et dont elle ne se séparerait pas. Et quelque chose lui disait qu’elle ferait mieux de ne pas s’en séparer immédiatement.
A la faveur du soir tombé, la Lieutenante descendit du vaisseau pour rejoindre le speeder taxi qui lui fut alloué. Elle donna l’adresse avec un petit sourire, se régalant de l’expression du conducteur devant son arme. C’était cela dont Atréïs avait besoin. Inspirer la peur de sa simple présence. Se calant confortablement dans la banquette, il regarda le paysage défiler devant ses yeux. Ces derniers temps, il se rendait compte qu’il était de plus en plus confronté aux affronts. Arnon Veral, Leiel Osso, June King, tous n’avaient eu en tête que la volonté de le contredire. Cela n’arriverait plus. Il était le bras de la Générale Suprême et à ce titre, il ferait régner sa loi. Qui était celle de la Confédération.
Lorsqu’on lui signala son arrivée, il tendit quelques crédits au chauffeur, sans un mot, puis le laissa repartir. La maison était luxueuse, largement trop grande pour les seuls André et Lucilla Bergen qui y vivaient à peine quelques mois dans l’année. Son IA avait bien travaillé, il disposait des accès du SIS et des dossiers inhérents à ces deux personnes, ainsi que ceux de chaque personne travaillant pour le couple. Les deux avaient dépassé l’âge de la retraite, largement, et si il semblait qu’ils l’avaient enfin réalisé, Atréïs comptait bien s’en assurer. Il ne prit même pas la peine de s’annoncer, poussant les lourdes portes de la maison qui était en ébullition. Partout couraient des domestiques qui rangeaient, nettoyaient et emballaient tout le mobilier alors que dans un salon résonnait la voix honnie désormais d’André Bergen, ex-Conseiller de Raxus Secundus. Suivant celle-ci, mains dans les poches de sa veste, il se dirigea vers un énorme salon qui était l’épicentre de toute l’activité.
Se plantant au milieu de la porte, il attendit patiemment qu’enfin les yeux du vieil homme se posent sur lui, et il lui décrocha un sourire flamboyant alors que le politicien se mit à bégayer.
-M… Mais… Q… Qui êtes-vous ? Que faites-vous chez moi ?
La fin de sa phrase sonnait avec un peu plus d’assurance, un peu plus de volonté, la vigueur de l’homme politique habitué des discours et des débats refaisait surface, mais il ne pouvait pas masquer le trouble qui apparaissait sur son visage face aux yeux noirs du Gurlanin qui le fixait et se régalait déjà de cette confrontation verbale qui s’annonçait. D’un geste gracieux, il ouvrit sa veste et montra son badge de Lieutenant.
-Lieutenant Elfriede Vasburg, de la Troisième Flotte. Je suis envoyée par la Confédération des Systèmes Indépendants pour enquêter sur une altercation que vous auriez eu avec notre représentante, la sous-préfète Leiel Osso, et qui aurait conduit à de fâcheux commentaires.
Il laissa planer un délicieux silence pour lui, sans cesser de regarder sa proie droit dans les yeux. Sa main retomba pour se poser sur sa hanche, avec une certaine élégance nonchalante, et il s’appuya sur sa jambe alors que la confrontation fut interrompue par Bergen.
-Des… fâcheux commentaires ? Lieutenant, je crois que je ne comprends pas vraiment…
-Vous auriez dit, en pleine réunion et en présence de nombreux témoins, et je cite « J’emmerde la CSI ». Monsieur Bergen, je crois que vous ne pouvez pas réellement contester la gravité de ces propos, surtout en votre qualité de représentant de Raxus Secundus, au moment même où votre planète consent à s’ouvrir enfin à la CSI et ses avantages…
-Lieutenant…
-De plus, vous n’êtes pas sans savoir que votre position fermée et ouvertement hostile aux avantages de la CSI n’est pas sans être problématique suite à ce discours…
-Il suffit Lieutenant !
-André, je t’en prie, calme-toi, pense à toi et ton coeur.
Les yeux noirs se tournèrent vers Lucilla Bergen, l’épouse, qui suppliait son mari et se ratatina instantanément devant le regard froid de la soldate.
-Lieutenant, vous ne pouvez pas entrer dans ma demeure ainsi sans vous annoncer, et encore moins proférer de tels propos à mon sujet ! Il est exact que mes mots ont dépassé ma pensée à cet instant, mais si nous devions enfermer chaque personne pour un mot plus haut que l’autre, nous devrions construire des mondes prisons ! Je ne peux tolérer que vous veniez remettre en cause mon intégrité, encore moins chez moi.
-Votre intégrité, Monsieur Bergen ? Allons… Vous savez tout comme moi que derrière cet accès de colère se cache une réalité et une vérité que vous vous êtes efforcé de cacher, profitant allègrement des aides des corporations séparatistes pendant toutes ces années. Oh, vous n’êtes pas le seul, bien sûr, mais vous êtes un symbole, une icône, ici, et je doute que vos concitoyens apprécient de vous entendre proférer des insultes à l’encontre du système qui les nourrit et pourrait par conséquent ne plus le faire.
Il s’avança d’un pas lent, félin et animal, la main toujours sur la hanche, alors qu’il regardait ses ongles de l’autre.
-Monsieur Bergen, je vous assigne à résidence à partir d’aujourd’hui. Ordre sera donné de satisfaire à vos besoins, et vous serez accompagné pour vos sorties, ainsi que votre épouses, par des B1. En attente des conclusions de l’enquête, évidemment. Je vous souhaite une bonne journée.
Et il tourna immédiatement les talons, laissant le couple pantois, et les domestiques autour interdits. Oh oui, cela lui avait du bien. -
Post n°16
Auteur : Atreïs HelcarLe sentiment du devoir accompli habitait Atréïs au moment où il franchissait à nouveau le pas de la porte du couple Bergen. Une sorte de joie malsaine l’avait envahi en annonçant sa sentence qui se voulait irrévocable par les forces en présence sur Raxus. De fait, son autorité aurait pu être contestée, mais en invoquant la CSI, il s’assurait qu’il ne soit pas contredit dans ses propos. Même la sous-préfète, même les Viginti ne pouvaient s’opposer aux ordres du commandement supérieur. C’était à la fois la force et la faiblesse de la Confédération : tous répondaient à une seule et même autorité, l’armée, dirigée par la Générale Suprême et alimentée par les corporations bancaires. Le reste n’était finalement qu’esbroufe et poudre aux yeux. Les pouvoirs politiques en place n’avaient aucune réelle autorité sur leurs peuples autre que celle conférée par la prestance de l’organe supérieur, les préfets pouvaient être révoqués dans la seconde de leur dépassement, et rien n’outrepassait réellement le corps armé. C’était une vérité froide dans laquelle il se complaisait.
Mais il ne comptait pas en abuser. Bergen serait un exemple et serait jugé équitablement. Il avait dores et déjà rédigé son rapport au sujet de l’homme et la tenue de son discours, appuyé par les enregistrements constants de son IA qui n’avait évidemment pas perdu une miette de l’échange. Leur connexion se faisait de plus en plus fluide, et progressivement, la machine était moins présente, moins intrusive, et ne se manifestait qu’en cas de réel besoin, se contentant de compiler données, dossiers et informations pendant qu’il n’avait pas usage de son existence. Comme en cet instant où il déambulait sereinement dans les rues de Raxulon. Il aurait sans doute du retourner immédiatement au spatioport, mais une sorte de folie douce l’avait pris, l’incitant à aller flâner quelques temps autour de la ville qui était bien loin de l’agitation géonosienne. Oh, bien sûr, l’activité était présente, voire florissante pour la capitale d’une planète de cette envergure, mais tout cela demeurait humain, loin des hautes villes de Cato Neimoidia ou des ruches de Géonosis qui fourmillaient littéralement.
Lui-même faisait tâche dans ce décor qui aurait pu sembler idyllique à n’importe quel être conscient normal. La simple présence du fusil dans son dos en faisait la cible de tous les regards, qu’ils soient curieux, outrés ou simplement amusés. Cela importait peu : Vasburg était sur Raxus Secundus, qu’ils en témoignent, cela ne changerait rien. Cependant, il devait bien reconnaître qu’il n’était pas spécialement à son aise, et pas uniquement à cause des regards. Evoluer au sein de cette foule était chaotique, loin de l’ordre de l’armée, dicté par des ordres donnés à des unités robotiques qui s’exécutaient selon un automatisme pré-conçu. Savoir que les directions données étaient suivies à la lettre le rassurait, au contraire de cette masse imprévisible que pouvait constituer une population si hétéroclite. Raxus Secundus n’était pas vraiment un nid à révoltes. La population, bien qu’au passé belliqueux, se complaisait désormais dans une sorte de moyenne bourgeoisie pataude et peu volubile. Le pouvoir était plus ou moins entre les mains d’une oligarchie préétablie et les gens s’en accommodaient sans aucune difficulté. L’arrivée de la CSI n’avait pas changé grand-chose au tableau, apportant simplement la création de ce poste de sous-préfet qui, avant Osso, n’avait aucun intérêt à élever la voix, et était bien peu utile dans l’Assemblée.
Mais les lignes bougeaient. Osso avait lancé l’Arborescence. Le DSP et le DCRS, présents sur la planète comme sur chacune des autres, avait lancé une alerte à leurs agents, de se tenir sur leurs gardes. Les attentats ces derniers temps étaient fréquents, et aucune planète ne semblait vouloir échapper à la règle. Ces indications étaient principalement dédiées à ceux qui avaient la même mission qu’Arnon Veral : assurer la stabilité politique du système par tous les moyens. Lui-même était en dehors de cela, investi d’une mission autre, en dehors des sentiers battus. Peut-être était-ce cela qui le conduisait à se sentir autant en décalage avec le reste du monde. Il n’évoluait pas dans les mêmes sphères. Ni plus hautes, ni plus basses, différentes. Un niveau de compréhension différent. Il suffisait de regarder la foule passer pendant une trentaine de secondes pour constater dix métiers différents qu’il serait incapable de faire.
Mais il n’enviait pas leur quiétude. Son IA le rappela à l’ordre en lui signalant que Tregar cherchait à le joindre. Il prit la communication après s’être ébroué légèrement pour se remettre les idées en place.
-Commandante Irons. Le Prédateur est prêt à repartir, le trajet a été dessiné, Prime est prévenue, de même que Secundus. Nous n’attendons que vous.
-Parfait, Sergent. Nous partirons dès que je remets le pied sur le vaisseau.
-Commandante ? Tout va bien ?
Il laissa la conversation en suspens un instant. Il avait lui aussi senti sa propre mélancolie dans sa voix, son propre déchirement, comme si une lutte intérieure avait subitement pris le pas sur l’extérieur, se montrant publiquement dans une tentative désespérée. Mais il ne pouvait pas montrer de signes de faiblesse, pas devant ses subordonnés. Il en était fini de cet aspect d’Atréïs, il l’étoufferait comme le reste.
-Tout va bien, Sergent. J’arriverai d’ici une heure. Préparez un rapport sur l’ex-conseiller Bergen, le conseiller à l’armée Korvax et la sous-préfète Osso. Catégorie noire.
-Oui, Commandante.
La catégorie noire. C’était ceux qu’il voulait surveiller d’un peu plus près, ceux qu’il voulait réellement comprendre et anticiper. Certains y entraient, d’autres en sortaient, au gré de leurs actions et de leurs destins. Il éprouvait à l’égard de ces trois individus une curiosité particulière. Osso, bien entendu, était la première d’entre eux. Une parvenue arriviste, accédant au pouvoir en dehors des voies officielles et pourtant proclamée par Raxus Secundus, qui se dépêtrait dans sa politique. Elle ne lui avait pas fait forte impression la première fois, pas plus la seconde. Une femme ordinaire mais a priori capable d’attirer le pouvoir, et douée d’une certaine conviction pour avoir sorti Raxus de sa torpeur. Bergen, lui, s’était proclamé de lui-même ennemi de la Confédération par ses propos, malgré quarante années de bons et loyaux services. Quant à Korvax, c’était sa dévotion qui lui posait question. Il faudrait comprendre. Informer June. Du travail en perspective.
Il sortit de sa réflexion pour regarder autour de lui. Personne ne faisait réellement attention à lui. Un clignement d’oeil, il serait loin.